26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 14:41

actupls 17 01 examen

Souffrance, stress, désengagement, crise des vocations... 
À quoi est due cette crise de motivation 
que l’on observe chez beaucoup d’enseignants  ?

 


« Ce qui me motive, confie Laurence, professeure en collège, c’est le contact avec les jeunes, et le sentiment, quand un cours a bien marché, de voir des petites lumières qui s’allument dans leurs yeux, de leur avoir transmis des connaissances, des valeurs, et de les sentir progresser. Ce qui me démotive, c’est d’avoir à en abandonner certains au bord de la route, parce qu’il faut faire un programme… et leur imposer souvent d’aborder des questions qu’ils ne se posent pas. Ce décalage induit une démotivation chez les élèves, une sorte de résignation à faire un “métier d’élève” qui ne les intéresse pas. »


 

Les enseignants sont en souffrance : c’est ce que montrent nombre d’études, de sondages, de témoignages de jeunes profs, qui décident de jeter l’éponge et de se réorienter. Scandalisés par ce que certains voient comme une déliquescence de l’école et de la société tout entière, leur déchirement est d’autant plus grand que beaucoup témoignent d’un profond attachement à la noble tâche de transmettre des savoirs, chèrement acquis durant leurs études, dont ils se sentent empêchés.


 

Depuis quelques années, sociologues et psychologues de l’éducation analysent cette question. Qu’est-ce qui crée ce sentiment de malaise et de démotivation chez les enseignants ? 


  

Entre emprise et déprise


 

Pour Françoise Lantheaume et Christophe Hélou, l’école et ses professionnels seraient aujourd’hui confrontés à « une période de redéfinition des repères et d’adaptation à des univers sociaux en perpétuel changement ». Dans leur enquête, ces deux sociologues décrivent trois postures du métier : la prise, l’emprise et la déprise. En situation de prise, le plaisir de faire un métier que l’on aime domine : un cours bien réussi par exemple, « qui a marché », donne une sensation jubilatoire de maîtrise de la situation. Mais la multiplicité et l’enchevêtrement des tâches, la difficulté à toutes les gérer de manière satisfaisante, peuvent engendrer l’emprise, sentiment d’être submergé par les sollicitations et la diversité des registres d’action, et où l’enseignant se sent débordé. C’est alors un mécanisme de déprise qui s’enclenche, se traduisant par un désengagement, le désir « d’aller voir ailleurs » résultant d’un sentiment d’impuissance, produisant doute, incertitude, tout en diminuant la satisfaction au travail. 


 

Une accumulation 
de missions


 

Le nouveau management qui s’est introduit dans l’Éducation nationale – à l’instar de toutes les organisations – demande à chacun une démarche d’analyse et d’évaluations diverses et variées (niveaux CM2-sixième, résultats au brevet et au bac…), ainsi que la réalisation de projets d’école et d’établissements. À la gestion de la classe au quotidien, aux corrections et à la préparation des cours, au suivi individualisé des élèves viennent s’ajouter les livrets d’évaluations annuels destinés à l’administration, la tenue de réunions diverses et variées avec les collègues et les autres personnels de l’éducation (santé, orientation, etc.)


 

Il leur faut aussi répondre aux demandes de plus en plus exigeantes de familles elles aussi stressées et inquiètes du destin scolaire de leur progéniture et souvent suspicieuses vis-à-vis de l’école. Loin de l’attitude réservée qui était la règle lorsque l’école était considérée comme un sanctuaire quasiment impénétrable, les parents exigent aujourd’hui des comptes, demandent des explications sur les devoirs ou le suivi des programmes…


 

En définitive, les enseignants doivent faire face à de nouvelles exigences de polyvalence, de polycompétence, de participation aux équipes pédagogiques et au travail collectif, et de satisfaction de leurs usagers que sont les élèves en manifestant une réflexivité qui leur permette de s’adapter à des demandes sans cesse nouvelles. 


 

Une autorité contestée


 

Depuis une trentaine d’années, les évolutions de la société ont contraint les enseignants à transformer leurs pratiques. Les élèves ont changé et ont acquis un droit d’expression parfois difficile à gérer : les profs doivent faire face à ces petites incivilités ou plus grandes violences qui sont entrées dans les murs de l’école, éduquer à la citoyenneté, à la démocratie, au respect d’autrui. Des élèves qui s’interpellent à haute voix, d’autres qui se cachent à peine pour jouer avec leur portable en classe, d’autres encore qui viennent accaparer l’attention du prof pour protester sur une note estimée injuste…


 

Il leur faut prendre en compte aussi la variété des publics, la diversité des cultures, la connaissance des religions et des modes de socialisation familiale. Sans compter que, dans une société où l’échec scolaire est considéré comme une grave injustice, ils se doivent d’obtenir de meilleurs résultats avec des élèves dont le niveau, les capacités et les goûts sont de plus en plus hétérogènes. La remise en cause de l’autorité est surtout sensible dans les collèges, qui accueillent des élèves en pleine adolescence, moment où la motivation scolaire est la plus faible, selon les psychologues. Mais elle atteint de plein fouet de jeunes enseignants, nommés pour leur premier poste dans les établissements « difficiles », souvent sans aucune préparation à ces difficultés.


  

Une profession 
dévalorisée


 

Dans un sondage du CSA datant de 2008, 93 % des enseignants – davantage dans le secondaire que dans le primaire – jugeaient leur profession dévalorisée et près de la moitié désirait changer de métier (tout en restant au sein de la fonction publique). Aujourd’hui, les candidats à la profession sont devenus moins nombreux que le nombre de postes offerts.


 

En somme, le « malaise au travail », observé aujourd’hui dans de nombreuses professions, fait de déprises et de déprimes, de burnout, d’épuisement physique et moral, n’épargne pas les enseignants, et prend pour eux des caractéristiques bien spécifiques. 


 

Le paradoxe est que la pénibilité du métier semble niée par la société, qui considère souvent que les profs ont des conditions de travail privilégiées (vacances, horaires), alors qu’une méconnaissance de la réalité quotidienne des classes rend difficile la reconnaissance de la complexité de leurs tâches. C’est ce que constatent Laurence Janot-Bergugnat et Nicole Rascle, estimant que les enseignants sont pris dans une injonction contradictoire : « On dévalorise leur rôle en même temps qu’on leur en demande toujours plus. » Ce manque de reconnaissance est source de culpabilité chez les enseignants. Se sentant peu soutenus par la société, soupçonnés d’être responsables des problèmes de l’école, ils doivent en outre aujourd’hui affronter une pluralité d’exigences, venues des changements sociaux et des transformations de l’institution.

   

Source: www.SciencesHumaines.com

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 12:46

A les entendre, personne ne s’intéresse à eux. Epuisant pour leur entourage, leur insatiable besoin de reconnaissance les condamne effectivement à la solitude. Pourquoi s’enferment-ils ainsi dans ce rôle de victime ?

 


Pourquoi ?

 

Un collègue qui ne leur dit pas bonjour, un ami qui oublie leur anniversaire… Autant de situations auxquelles ils donnent une même explication : « Personne ne m’aime. » « Et c’est vrai ! commente Samuel Lepastier, psychanalyste et psychiatre. Ce constat correspond à la réalité d’une vie d’adulte. » Il existe en effet un écart immense entre l’aspiration de chacun à être aimé et ce que l’on reçoit comme amour. « Parce que cet amour que l’on désire, c’est celui auquel seul l’enfant peut aspirer : l’amour parfait et total de sa mère. »

Or, à l’âge adulte, même la plus grande passion amoureuse est une relation dans laquelle chacun donne et reçoit, alors que l’amour maternel est souvent un pur don.

 

Carence affective…

 

Chacun doit donc pouvoir vivre avec cette frustration qui prévaut dans les relations matures. Mais pourquoi certains en sont-ils incapables ? Maud Lehanne, psychothérapeute qui anime un café psycho à Paris, raconte que la phrase « personne ne m’aime ! » y est un leitmotiv.

 
Selon elle, cette plainte émane toujours « de personnes qui ont manqué d’amour étant enfants ou, du moins, qui ont le sentiment de ne pas avoir été assez aimées ». En effet, ajoute-t-elle, « si presque tous les parents aiment leurs enfants, beaucoup ne savent pas le leur montrer ou le leur dire ».

 

… Ou trop plein d’amour ?

 

« Mais un excès d’amour envers l’enfant provoque les mêmes effets, poursuit la psychothérapeute. Adulte, il réclamera auprès des autres ce qu’il a reçu au centuple, s’imaginant que tout le monde le lui doit. »
Effrayé par une telle exigence d’amour et forcé de constater qu’aucun de ses efforts pour la satisfaire n’est suffisant, l’autre finit, le plus souvent, par fuir. Et, bien entendu, cette réaction alimente le mal-être de l’éternel "incompris". Une fois de plus, celui-ci obtient la preuve que « personne ne l’aime » !

 

Une défaillance narcissique

 

C’est un cycle infernal dans la mesure où ces personnes sont incapables de se remettre en question : ce sont les autres qui sont en tort, qui ne font pas l’effort de s’intéresser à elles, qui ne savent pas les aimer à leur juste valeur. Samuel Lepastier explique : « Elles raisonnent selon un système de pensées qui consiste à tout interpréter par rapport à elles-mêmes. »

 

Ce mode de fonctionnement égocentrique cache toujours une profonde défaillance narcissique et une hypersensibilité. Etre aimé signifie en toutes circonstances : « Etre le plus aimé. » Dans ce cas, comme l’écrivait le psychanalyste Elie Humbert (in La Dimension d’aimer, Cahiers jungiens de psychanalyse, 1994), « ce n’est pas vrai que l’on cherche à être aimé. On cherche à être le préféré. »

 
Pour se protéger, ces personnes choisissent, et ce souvent inconsciemment, d’accuser les autres de ce qui leur arrive. Comme le précise Samuel Lepastier, « il est toujours plus facile de se dire : “Ce sont les autres qui ne sont pas aimants”, que de reconnaître que l’on puisse ne pas être toujours aimable ».

 

Un manque de confiance en soi

 

« Personne ne m’aime ! » résonne comme une insatiable demande de compliments dont le but est de rassurer sans cesse. Cet état de dépendance à l’égard de l’autre est symptomatique d’un manque de confiance en soi : « Celui qui a été suffisamment soutenu et valorisé par ses parents n’aura pas besoin des autres pour se construire, affirme Maud Lehanne. L’appui qu’il aura reçu lui suffira pour avancer avec confiance, sans avoir besoin d’obtenir la confirmation qu’il est digne d’être aimé. »

 

Que faire ?

 

Revisiter son enfance
Puisque ce sentiment de ne pas être aimé trouve ses origines dans l’enfance, on s’efforcera de s’y replonger, seul ou avec un thérapeute : « Me suis-je senti entouré ? M’a-t-on montré que l’on m’aimait ? » Ces réflexions ne doivent pas servir à régler des comptes avec ses parents, mais à prendre conscience que le problème se rapporte à sa propre histoire et qu’il est inutile et injuste d’en faire porter la responsabilité aux autres.

 

Se rappeler ceux qui nous aiment
L’affirmation « personne ne m’aime » est toujours le fait d’une exagération. Pour la contrer, noter le nom de cinq proches et écrire la dernière attention que chacun nous a manifestée : appel téléphonique, invitation, compliment… Ces gestes qui, sans être la marque d’un amour immense, sont des preuves que l’on nous estime.

 

Etre conscient de ce que l’on donne
« Qu’ai-je fait pour mériter leur attention ? » Noter les dernières marques d’affection données à ces personnes. Une manière efficace de prendre conscience que l’amour est un échange. Et de découvrir que le plaisir de donner est aussi gratifiant que celui de recevoir.

 

Faire avec son manque
 L’amour parfait est un fantasme. Il s’agit donc d’apprendre à "faire avec". Comment ? Par un processus que les psychanalystes nomment "sublimation" : utiliser notre manque (l’amour parental) comme une force qui nous remplira autrement. Création artistique, recherche scientifique, action caritative… A chacun de trouver ce qui lui permettra de transformer sa frustration en une source d’énergie positive.

 

Conseils à l'entourage

 

La personne qui se plaint de ne pas être aimée attend de son entourage qu’il la rassure, l’entoure et lui exprime sans cesse son attachement. Celui qui veut garder une place auprès d’elle doit prendre en compte cette demande d’affection, sans pour autant se mettre à son seul service. Quoi qu’on fasse, on aura affaire à un puits sans fond et aucune preuve d’amour ne sera jamais suffisante pour panser une telle blessure affective. On risque donc de s’essouffler vainement.

 

D’où la nécessité d’apprendre à donner à l’autre son lot d’affection, mais "raisonnablement", c’est-à-dire sans se désespérer de ne pas parvenir à faire taire ses plaintes et ses demandes.

 

Témoignage

 

Monique, 39 ans, artiste peintre

 
« Toute ma vie, j’ai eu le sentiment qu’aucune déclaration d’amour ou d’amitié ne saurait me satisfaire. Le manque restait là, au fond de moi. Une sensation de vide. J’avais d’ailleurs des vertiges, des “problèmes d’oreille interne” ; les médecins ne croyaient pas si bien dire ! Toute ma vie, j’avais espéré entendre ma mère me dire : “Je t’aime.” Jusqu’à sa mort il y a quelques années, elle n’en a jamais été capable. Après sept ans de psychanalyse, cela m’est apparu comme une évidence, je ne suis pas plus “comblée”, mais je sais vivre avec ce manque. Ma mère serait folle de rage si elle me voyait, loin des études de droit qu’elle avait prévues pour moi. Elle ne comprendrait pas que toutes les couleurs que j’étale sur mes toiles sont autant de “je t’aime” qu’elle n’a jamais pu m’offrir. »

 

A lire

 

Plus jamais victime de Pierre Pradervand. 
Sortir d’une attitude de victime, pour aller vers une vie pleinement responsable. Des clefs selon un spécialiste du développement personnel (Jouvence, 2001). 

De l’amour de l’autre à l’amour de soi de Patrick Delaroche. 
Qu’est-ce que le narcissisme ? Comment se construit-il et peut-on le dépasser ? Le point de vue d’un psychanalyste (Denoël, 1999).
 

Laura Lil pour psychologies.com

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychanalyse
22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 09:12

Le but de l'école de philosophie d'Epineuil: Réapprendre à penser dans le contexte du post-consumérisme et de la post-mondialisation. Permettre au public soucieux "du devenir" de sortir du panurgisme intellectuel.

 

Bernard Stiegler y dispense, en toute simplicité, un savoir d'une qualité nettement supérieure aux universités populaires ou aux organismes d'état.

 

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"La planète entière connait aujourd’hui une crise économique, politique, morale et spirituelle d’ampleur historique et sans précédent. Trois ans après l’effondrement du système des subprimes et le processus destructeur qu’il a déclenché, il est devenu évident que le modèle industriel consumériste est arrivé à son terme . Fondé sur l’opposition fonctionnelle entre producteurs et consommateurs, ce modèle s’était établi au début du XXè siècle aux Etats-Unis d’Amérique, inspiré à la fois par un entrepreneur, Henry Ford, un économiste, Joseph Schumpeter, et le concepteur des public relations dont les principes constitueront plus tard la base du marketing, Edward Bernays." 
 
Après la deuxième guerre mondiale, le modèle consumériste s’est étendu à l’Europe Occidentale – notamment à travers le plan Marshal. Et il s’est finalement imposé au monde entier dans les trois dernières décennies – ce que l’on a appelé la mondialisation. Mais au début du XXIè siècle, il a rencontré ses limites. * Cependant, une autre société industrielle tente de se mettre en place depuis que le réseau internet est devenu accessible à tous (1992). Dans cette nouvelle forme de société, que nous appelons la société réticulaire, et où nous pensons qu’un nouveau modèle industriel se met en place, le rôle des externalités positives (c’est à dire des activités sociales productrices de valeurs économiques non monératisées) devient de plus en plus important sur le plan économique aussi bien que dans la reconfiguration des relations sociales et politiques. C’est ainsi qu’émerge une économie de la contribution – dont l’économie du logiciel libre est un paradigme précurseur.
    
 
Fondée sur les réseaux numériques et le protocole TCP-IP, dont la pratique s’est planétarisée en moins de vingt ans avec la technologie du world wide web, cette société réticulaire constitue en effet un espace relationnel où il n’y a plus des producteurs d’un côté et des consommateurs de l’autre, mais où tous les acteurs sont devenus des contributeurs. Dans la société réticulaire, où la relation devient cruciale, et qui est dominée par les technologies relationnelles – dont les « réseaux sociaux » sont l’illustration la plus visible, sinon la plus signifiante – , les serveurs distribués se substituent aux émetteurs, aux centraux téléphoniques, aux centrales d’achats, cependant que les smarts grids sont en passe de rendre caduques les centrales énergétiques. * L’économie post-consumériste de la contribution qui émerge dans la société réticulaire ouvre également l’ère de la post-mondialisation.
 
La post-mondialisation n’est pas la fin du processus de planétarisation des relations économiques, politiques, scientifiques, technologiques, culturelles et sociales : c’est au contraire le début d’une nouvelle ère de la planétarisation – fondée sur la reconstitution réticulaire des localités et des territorialités, c’est à dire sur leur mise en réseaux à travers les technologies relationnelles. Car à la différence des réseaux hertziens fondés sur les émetteurs et les plans de fréquences que monopolisaient les industries de programmes (radios et télévisions), et qui court-circuitaient la vie des territoires, les réseaux numériques, agrégeant des serveurs, et connectant à travers eux des terminaux personnels protéiformes (ordinateurs, téléphones mobiles, smartphones, tablettes), sont territorialisés, et permettent la reconstitution d’une sociabilité territoriale ouverte aux lointains. Ils offrent en cela aux collectivités locales et régionales des opportunités tout à fait inédites de développements économiques et sociaux. C’est dans ce contexte que depuis deux ans, Ars Industrialis a engagé en France des initiatives locales et régionales (avec Nantes Métropole, la Région Nord-Pas-de-Calais et la Région Ile-de-France) qui tirent parti des possibilités de reterritorialisation ouvertes par les technologies numériques. * Les technologies numériques, comme toutes les technologies, sont autant des poisons que des remèdes. C’est ainsi que la pathologie du déficit attentionnel (attention deficit disorder) est souvent aggravée par les technologies numériques lorsque celles-ci sont socialisées exclusivement selon les modèles du marketing – qui s’est emparé des potentialités de la société réticulaire sans attendre que les puissances publiques lui en donnent l’autorisation.
   
 
C’est ainsi que les digital natives, c’est à dire les générations nées après l’apparition du web, paraissent souvent bien plus hyper-consuméristes qu’actrices d’un nouveau modèle industriel fondé sur la contribution. Cet état de fait relève de ce qu’Ars Industrialis, reprenant un discours de Platon à propos de l’écriture, appelle le caractère « pharmacologique » de ces technologies. Dans l’Antiquité grecque, à l’époque de Périclès, de Socrate et de Sophocle, c’est à dire au Vè siècle avant notre ère, l’écriture – qui rendit possible au VIIè siècle le droit profane et accessible à tous, c’est à dire la cité grecque et la citoyenneté –, devient entre les mains des Sophistes un moyen de manipulation de l’opinion publique. L’écriture est à la fis un remède et un poison : un « pharmakon ». C’est de la même manière que les technologies d’information et de communication – analogiques ou numériques – doivent être dites « pharmacologiques ». Elles posent en cela un problème d’écologie relationnelle, qui constitue l’enjeu des technologies culturelles et cognitives numériques en tant qu’elles peuvent être appréhendées aussi bien comme technologies de l’esprit au service d’une nouvelle forme de civilisation que comme technologies de contrôle comportemental par la traçabilité, la captation destructrice de l’attention, et finalement, la généralisation des comportements grégaires. Avec la numérisation, la prégnance des technologies relationnelles sur les esprits individuels aussi bien que sur les collectivités tend à devenir hégémonique. C’est si vrai que le dispositif éducatif que formaient l’institution familiale et l’institution scolaire s’en trouve profondément déstabilisé et menacé.
 
La démocratie elle-même, telle qu’elle repose sur l’éducation, pâtit gravement de ces mutations. Cependant, cet état de fait est essentiellement lié à une incapacité des sphères économiques et politiques à penser le nouveau monde qui émerge sur les ruines du précédent. Ou plus précisément, il résulte de la résistance que le modèle antérieur oppose à la transformation en cours – car il est évident que toutes sortes de rentes de situation sont menacées par le dépérissement du consumérisme et de l’époque de la mondialisation qui résulta de la planétarisation du mode de vie américain. Or, s’il est à présent largement admis que le XXIè siècle pourrait connaître des menaces extrêmes concernant l’espèce humaine du fait de la combinaison de facteurs tels que la démographie, la toxicité physique et mentale, l’épuisement des sources énergétiques traditionnelles, de l’air, de l’eau, des terres cultivables, etc., ces immenses questions écologiques ne trouveront aucune réponse sans que soit mise en œuvre une écologie de l’esprit fondée et une écologie relationnelle – qui reconstituent un projet politique fondé sur la responsabilité retrouvée de chacun, et par chacun à sa place. 
 
Nécessitant l’élaboration d’une nouvelle économie politique, de telles questions ne pourront être affrontées que si des modèles nouveaux et originaux se développent au niveau territorial, reposant sur l’appropriation réfléchie des technologies relationnelles et de la société réticulaire par les acteurs locaux, et non sur la réplication stérilisante de « bonnes pratiques » préconisées par un bench marking qui consiste toujours plus ou moins à adapter les comportements individuels et collectifs aux prescriptions du marketing. Il n’y a aucune possibilité de s’isoler du devenir induit par la généralisation des technologies numériques, et la seule façon de lutter contre les effets toxiques de ces développements récents de la société industrielle est de repenser l’avenir économique et politique dans sa globalité en fonction des spécificités de ce nouveau remède qu’est le « pharmakon » numérique, et en luttant contre ses aspects empoisonnants. Le projet de l’école d’Epineuil  est de contribuer à cette réflexion au niveau territorial, en étroite relation avec la vie des habitants d’une région, mais aussi en ouvrant cette région à la fois à des relations de très haute qualité avec des chercheurs venus de tous les continents, et à des questions qui sont propres à notre temps, mais qui trouvent leurs premières formulations dès l’époque grecque dans la philosophie, et que l’on ne peut ignorer face aux défis du XXIè siècle.
 
La crise provoquée par le pharmakon de l’écriture lorsque les Sophistes s’en emparent est aussi celle du désir des citoyens grecs. Et s’il est vrai que le consumérisme conçu aux Etats-Unis repose sur une organisation et une exploitation du désir qu’il s’agit de détourner vers les marchandises par le biais des industries culturelles – ce qui est pensé par Bernays, qui est aussi le neveu de Freud, comme american way of life, mais ce qui conduit vers la fin du XXè siècle à la destruction de ce que Freud lui-même décrivait comme une « économie libidinale » – , en Grèce comme dans le monde contemporain, c’est le rapport entre le pharmakon et le désir qui est en jeu. Chacun sait que Socrate définit la philosophie comme amour du savoir, c’est à dire comme désir. Et chacun sait aussi que cependant, le savoir n’est le fruit du logos, c’est à dire de la pensée, que dans la mesure où celle-ci contient ses passions – c’est à dire les sublime. Chez Platon, le processus de cette sublimation passe par la question ti esti ? qui signifie qu’est-ce que ? C’est la question de ce qui fait l’essence d’un être, et elle fonde ce qui deviendra avec Aristote l’ontologie. Or, en tant qu’elle constitue aussi une définition et en cela une indexation, l’ontologie est une question qui se pose de nos jours dans des termes nouveaux avec les réseaux numériques contributifs, en tant qu’ils consistent essentiellement à produire ce que l’on appelle depuis les années 1990 des métadonnées, bases du semantic web et du social web.
 
L’école d’Epineuil étudiera ces questions dans leur ensemble aussi bien avec les lycéens de la région qu’avec des chercheurs internationaux du monde entier et avec les habitants eux-mêmes de la région Centre. Pour ce faire, elle mettra en œuvre des concepts issus des travaux d’Ars Industrialis et de Bernard Stiegler, et en particulier, les concepts d’organologie générale, de grammatisation et de pharmacologie. Il s’agit ainsi de promouvoir une recherche contributive intrinsèquement transdisciplinaire, nouant le monde académique au monde commun (et non seulement au monde économique). L’école d’Epineuil sera en cela ouverte à des chercheurs de nombreuses disciplines aussi bien qu’à une grande diversité de publics. Ce laboratoire de recherche contributive sur la société réticulaire territorialisée pourra alimenter la réflexion régionale sur le développement économique et social dans le contexte du nouveau modèle industriel qui se met en place , mais aussi former et fidéliser de jeunes chercheurs issus de la région, et créer autour d’eux de nouveaux types de réseaux de sociabilité. Des collaborations avec Nantes Métropole (dans le cadre du Quartier de la création et de son pôle de recherche, pour lequel Ars Industrialis a été missionné) et la région Nord-Pas-de-Calais (dans le cadre du programme Mineurs du Monde, pour lequel Ars Industrialis a également été missionné) pourraient voir le jour au fil du développement du projet. Enfin, à travers son séminaire, l’école portera ces questions dans le monde académique et au niveau international dans le but de conduire un programme doctoral transdisciplinaire.
 
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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 11:25

Entretien avec Philippe Meirieu [en français] réalisé par Alejandra Birgin à Lyon, édité par le Département de la technologie de l'éducation à la Faculté de Philosophie et des Sciences Humaines, Université nationale de Córdoba.

 

 

 

 

" Philippe Meirieu explique avec brio l'évolution de la pédagogie depuis l'école de Jules Ferry, sa filiation avec la philosophie... les difficultés que celle-ci rencontra lorsqu'elle affronta les divers courants républicains Anglo-Saxons, où elle fut accusée à tort, tout comme la psychanalyse, de favoriser l'émergence de générations d'enfants-rois ! Ces fausses croyances, encore véhiculées aujourd'hui par des polémistes comme le psychologue Didier Pleux, sapent le rôle réel de la pédagogie et l'impact positif qu'elle pourrait avoir sur l'ensemble d'une population sensibilisée... Philippe Meirieu entend ici donner un éclairage critique à ces combats idéologiques, donner un sens nouveau à des notions comme " la normalité " ou " l'autorité ", et analyser avec rigueur le rôle et la formation des enseignants au 21ème siècle. "

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Pédagogie-éducation
28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 12:57

"LES GENS RECLAMENT LA LIBERTE DE PAROLE COMME COMPENSATION A LA LIBERTE DE PENSER QU'ILS UTILISENT RAREMENT"

Soren Kierkegaard - Philosophe danois chrétien du XIXème siècle

 

 

Dans les démocraties anciennes (USA, Canada, une partie de l’Europe occidentale, Australie), les gouvernements n’ont plus la possibilité, pour de multiples raisons (tant morales que culturelles, historiques, d’image et de crédibilité) d’imposer leur volonté absolue par la force militaire ou policière comme dans d’autres régions du monde. La seule façon d’imposer cette autorité consiste à se servir de la crise pour asservir, sous couvert de protection régalienne, les peuples qu’ils gouvernent.

 

Extension de la doctrine du choc, chère aux démocrates radicaux américains, (qui, à l'instar de la théorie de la Canadienne Naomi Klein, défendent l’idée selon laquelle l’espace public est de plus en plus restreint au profit des multinationales), la stratégie du choc permet aux gouvernements démocratiques et néo-libéraux (ou ultra-libéraux) d’asservir leurs peuples en se servant de techniques telles que la régression psychologique, les peurs sécuritaires et les processus d’infantilisation économique, sociale, culturelle, politique. Au final, les peuples apeurés, sous l'influence des médias, se réfugient derrière leur gouvernement et acceptent de sacrifier une grande part de leurs libertés sur l’autel de la sécurité...  

[ D'après Christian Poveda - Ouvrage La mort en face ]

 

Si toutefois, par malheur pour ces gens-là, l’humanité [notamment par le biais de l’éducation] parvenait à prendre conscience de ce qu’elle est, cela sonnerait le glas de cette caste qui constitue la « tique-mère » de l’ultra-libéralisme, longtemps soutenu par Milton Friedman et l'école de Chicago. Retarder cette échéance constitue un enjeu vital pour ces pervers des nations globalisées. L’émergence d’un système alternatif fiable basé sur la confiance, comme l’économie contributive (13), marquerait l’annihilation définitive de ce groupe noir (14) ayant choisi un mode de vie sans issue, et tentant de nous l’imposer. Tant que les citoyens et les nations ne modifieront pas leurs modes d’existence en vue de se soutenir mutuellement, nous subirons l’horrible laideur de conditions de vie moyenâgeuses… avec les serfs en zone rouge, et les seigneurs en zone verte, le tout séparé par des fils barbelés… comme par le passé !  

[ D'après "Je n'est  pas un autre" - Ou comment reconquerir sa beauté intérieure ]

 

     

Les sept techniques de l’asservissement - D'après un extrait de l'ouvrage "Je n'est pas un autre" du psychanalyste et psychosociologue Franck Trommenschlager :

 

Ce groupe noir, [ayant engendré au fil du temps d’autres sous-groupes parallèles, tous obnubilés par les finances, le contrôle sans faille des masses et des moyens de production], étend son hégémonie en utilisant des procédés très anciens et maintes fois éprouvés au fil des siècles. Selon certaines versions historiques, c’est sous ces mêmes méthodes fallacieuses que fut saccagée l’emblématique bibliothèque d’Alexandrie par des chrétiens extrémistes [elle sera détruite définitivement vers 640], sous la houlette de l’évêque Cyrille en 415 de notre ère. L’éminente philosophe Hypatie mourut peu après ces funestes événements, victime d'un lynchage sur lequel pèse lourdement l'implication du patriarche (voir à ce sujet l’œuvre cinématographique « Agora », péplum philosophique hispano-maltais réalisé par Alejandro Amenábar et sorti en 2009).

 

 

Voici un exemple non exhaustif de sept de ces procédés, nous en retrouvons certains de nos jours, sous couvert du marketing et du neuro-marketing :

 

  • Les castes et les cartels stimulent les instincts humains les plus grégaires, instincts qui doivent être assouvis rapidement, puisque dangereusement pulsionnels ;

  • ils prolongent, de façon ambiguë, des conditions de vies oppressantes, en excitant des sentiments mêlant insécurité et violence, notamment par le biais des industries culturelles ;

  • ils utilisent la souffrance humaine en insufflant aux individus des pensées de révolte face aux institutions locales, ou collectivités territoriales ;

  • ils renforcent les difficultés d’existence, en limitant l’accès aux moyens techniques liés à la santé, en concentrant les hôpitaux pour mieux les rentabiliser et en ralentissant l’accès aux soins, via un parcours balisé et rationalisé ;

  • ils détournent les consciences en orientant l’énergie libidinale des individus vers des plaisirs addictifs : jeux d’argent, drogues diverses, jeux en ligne, night-club, et autres divertissements désuets ;

  • ils récupèrent des messages normalement libérateurs pour les souiller, notamment en y introduisant des idées pernicieuses, afin d’ériger en coupable l’émetteur de ces messages [forcément gênant pour les affaires]. Ce qui fut le cas de la psychanalyse, où toutes les tentatives de souillures ont été expérimentées dans le but de la discréditer… pour l’instant sans succès ;

  • une fois toutes ces conditions de perversions mises en place par ces castes, elles proposent « sans complexes » d’apporter la solution aux malheurs qui en découlent : « Comment redevenir heureux grâce aux doctrines que nous vous proposons ! Comment réussir dans la vie avec nos théories économiques ! etc. »

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D’autres ouvrages consacrés aux pervers narcissiques, ces experts dans l’art du maquillage et du détournement des perceptions, complètent bien ce funeste tableau. Il va sans dire qu’identifier le serpent et s’immuniser de son venin est une étape de mithridatisation (15) primordiale dans le cheminement vers la beauté authentique.

  

Un dernier passage voudrait que je parle brièvement de l’esthétique, car au cours de l’histoire des civilisations, ces groupes se transmettant cette « hideuse doctrine » n’ont jamais cessé de lutter contre l’extériorisation de l’âme noétique ; notamment en pillant ou en détruisant le patrimoine mondial de l’humanité, à travers les désastres écologiques, les guerres [même récentes] ou les braderies de monuments historiques au profit de milliardaires inconnus !

 

L’esthétique, quelque soit sa représentation concrète, constitue la mémoire de l’homme à travers les strates de son évolution ; cette notion sera par ailleurs développée dans mon deuxième ouvrage. Contempler la beauté signifie se rappeler et entretenir cette petite partie de nous, si fragile, que dans nos maux nous l’oublions. Car qui sommes-nous, nous les pauvres hères malvoyants, sourds et muets, face aux attaques de ces hordes affamées ? Ils ont su développer, au cours des époques, leurs capacités à nous diriger avec pugnacité dans le seul objectif de ne jamais changer, de ne jamais mourir… et nous ne sommes pas, pour le moment, suffisamment armés pour lutter avec acuité contre les « courants toxiques » mentaux qu’ils déversent sans vergogne dans nos cerveaux.

  

 

Sources, et origines détaillées des groupes noirs politico-économiques :

 

12- Selon un rapport publié le 12 février 2013 par Oxfam, les principales banques françaises possédaient en 2012 au moins 18 fonds leur permettant de spéculer pour plus de 2,5 milliards d'euros sur les marchés de matières premières. Sources : Rapport « Réforme bancaire : ces banques françaises qui spéculent sur la faim ». Article disponible : Cf. http://www.lafranceagricole.fr/


13- L’économie contributive met en évidence deux formes d’activités humaines : l’économie productive : celle où l’homme produit des biens et des services directement utiles à la société. On y trouve essentiellement des activités marchandes (commercialisées) et régaliennes (financées par l’impôt). L’économie contributive : celle où l’homme prépare l’avenir et gère le passé. On y trouve la vie associative, culturelle, spirituelle, politique, mais aussi toutes les activités liées à la vie de la famille et celles liées à l’innovation. Actuellement, cette facette de l’économie est mal irriguée financièrement. Or un État qui néglige son terreau social, culturel et prospectif dégénère et s’autodétruit. Propos de Bernard Stiegler - Cf. article http://lecercle.lesechos.fr/

 

14- Pour exemple : la notoirement connue « Société de Thulé » ou Ordre de Thulé (en allemand Thule-Gesellschaft) a été une société secrète allemande de Munich, qui à l'origine était un groupe d'études ethnologiques s'intéressant tout spécialement à l'Antiquité germanique et au pangermanisme aryen. Ses mythes racistes et occultistes inspirèrent le mysticisme nazi et l'idéologie nazie. Cf. http://fr.wikipedia.org/

 

Autre exemple: Les Skull and Bones(littéralement le Crâne et les Os) sont une fraternité de l'université Yale aux États-Unis. Ce groupe assez discret est aussi connu par les anglophones sous les noms « Chapter 322 » et « Brotherhood of Death » (« la fraternité de la mort »).

Dans son livre Le Pouvoir occulte américain, Anthony Sutton dénonce la capacité du S&B à établir des chaînes d’influences verticales et horizontales, ce qui permet d’assurer une continuité dans leur plan de domination de la politique.


     Ce qui frappe à la lecture de la liste des membres des Skull and Bones, c'est la présence quasi systématique des noms des familles américaines les plus prestigieuses. Lord, Whitney, Taft, Jay, Bundy, Harriman, Weyerhaeuser, Pinchot, Rockefeller, Goodyear, Sloane, Stimson, Phelps, Perkins, Pillsbury, Kellogg, Vanderbilt, Bush, Lovett et ainsi de suite. Les Skull and Bonessont tout simplement le club de l’élite, de la classe dirigeante, encore aujourd'hui, comme en témoigne la présence de George Walker Bush et de John Kerry, liés par conséquent par un « pacte secret ».

Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Skull_and_bones

 

15- la mithridatisationconsiste à ingérer volontairement des doses croissantes d'un produit toxique afin d'acquérir une insensibilité ou une résistance vis-à-vis de celui-ci.

 

 

Liens sécurisés vers l'ouvrage : www.boutique.franceregion.fr ou www.amazon.fr

 
Envoyer votre demande à l'éditeur : bereny@anaproductions.com

Demande de dédicace de l'auteur : cabinet.psychanalyse@orange.fr

 

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Trommenschlager Franck et Editions du pont de l'Europe - Tous Droits Réservés ©2014. Droits sur l'ouvrage : « Je n'est pas un autre. Ou comment reconquerir sa beauté intérieure ». Oeuvre déposée et protégée en date du 23 août 2013.

Numéro ISBN 978-2-36851-028-5.
La loi apporte sa protection à toute oeuvre sans distinction du genre, de la forme d'expression, du mérite ou destination (art L. 112-1 CPI). Aucune reproduction, même partielle, autre que celles prévues à l'article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle, ne peut être faite de ce site sans l'autorisation expresse de l'auteur.

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 09:42

" Rien de pire pour un enfant que de naître et vivre dans un environnement mentalement perverti par ses parents ". Yvonne Poncet-Bonissol nous fait part du vécu de ces enfants, de leurs histoires, afin d'éviter les risques de reproduction. Voici décrit leurs souffrances, suivi de l'apport inédit des techniques psychologiques les plus efficaces pour remédier à cet esclavagisme aux multiples visages.

 

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Une famille formidable

Toute la difficulté pour l’enfant confronté à un parent pervers narcissique réside dans un paradoxe : sa souffrance est d’autant plus gigantesque que tous les signes extérieurs de son développement, ainsi que ceux relatifs à son milieu familial, non seulement ne laissent transparaître aucune faille, aucune souffrance, mais renverraient même l’image d’une famille quasi parfaite, dans laquelle l’enfant se développe et grandit dans l’harmonie sans jamais poser de problème.

 
Par conséquent, cet enfant n’a aucun moyen direct de crier son malaise, aucune accroche possible dans cette illusion d’harmonie et cette réalité factice, aucune place pour une quelconque révolte : le piège est bien ficelé, l’image renvoyée est lisse, socialement correcte. C’est un peu comme avoir un revolver braqué dans le dos et être obligé de faire bonne figure pour ne pas que celui qui le pointe tire. Ne surtout pas attirer l’attention sur la face cachée de la réalité.

Seul au monde

« le sentiment dominant, de loin, chez cet enfant, est celui d’un isolement profond et d’une immense solitude », précise la spécialiste Catherine Salobir. D’abord parce qu’il n’existe entre son parent pervers narcissique et lui aucune transmission, quelle qu’elle soit. Rien ne lui est dit, rien ne lui est jamais raconté, ou alors, bien « enrobé » et « lissé ». Il prendra conscience, au fil des années, qu’il y a des trous dans son histoire, parce qu’il n’y a jamais eu de véritable récit à ce sujet. Les bribes d’information que l’enfant finira par obtenir ne seront que celles qu’il aura pu glaner de ci de là, au fil des conversations dont il aura été le témoin avec certains proches de la famille, ou de recoupements que lui seul sera parvenu à établir. Le pervers narcissique ne se dévoile pas, il ne livre rien. Ainsi, tant sur le plan de son histoire personnelle que sur celui des connaissances générales, l’enfant comprend très tôt qu’il doit tout découvrir et apprendre par lui-même. Il sait qu’il devra grandir seul, ce qu’il aura beaucoup de mal à pardonner.

 
L’enfant a par conséquent du mal à se situer dans son histoire, à trouver sa place, comme si le lien de la filiation n’existait finalement que sur les registres d’état civil. C’est là encore un paradoxe : son parent est bien vivant, mais en réalité, l’enfant se sent orphelin, à ceci près qu’il n’a aucune chance d’être adopté, ce à quoi il pense d’ailleurs parfois car cela signifierait enfin avoir un parent, c'est-à-dire quelqu’un qui sait que l’essentiel est dans le don et l’échange, quelqu’un qui « sait vivre ».

 
Le pervers narcissique vit avec son enfant, mais séparément ; ils ne partagent rien. Sécheresse absolue. Un gouffre infini les sépare. Le parent ne sait pas ouvrir les portes de son cœur, symboliquement tenir chaud et envelopper. C’est un langage qu’il ignore complètement et dont il ne veut rien entendre, préférant se réfugier dans une intellectualisation quasi systématique des évènements de la vie, qui lui permet habilement, (car il s’agit en général d’un être brillant), de ne pas aborder les sujets sensibles tout en jouissant d’un pouvoir de fascination sur son entourage, qui se laisse, hélas, berner.

 
De cette mascarade, l’enfant est témoin, mais il a appris à dissimuler sa nausée et son chagrin. Sa plaie est à l’intérieur, comme sa solitude. Que son parent soit donc rassuré, pour l’heure tout semble – désespérément – normal.

 
Le pervers narcissique ne présente son enfant aux autres qu’à travers son propre narcissisme, ce qui le valorise aussi. De fait, l’extérieur ne perçoit cet enfant qu’à travers la description qu’il lui en fait, et le méconnaît. Une fois encore, nous sommes dans le domaine de l’image, de l’apparence. L’enfant expérimente la solitude qu’il y a à ne pas être reconnu et compris, à peaufiner l’image du foyer parfait, comme un accessoire dernier cri qu’il est de bon ton d’afficher.

 
Il arrive néanmoins que certaines personnes proches de l’entourage familial parviennent à saisir quelque chose de cet enfant : capables d’une réelle écoute et de se faire leur propre idée sur lui, sans être influencés par le discours ambiant des parents, ils établissent avec lui une relation sincère et vraie, simplement parce qu’ils le regardent, lui.

 
Cette situation nouvelle procure à l’enfant un profond bien-être, même si, dans le même temps, cela ne fait qu’intensifier sa souffrance de réaliser que ses proches sont incapables de saisir au quotidien ce que d’autres, plus éloignés et plus anonymes, ont su percevoir.

 
Un dernier aspect du sentiment d’isolement est directement lié à l’autre parent, le conjoint sur lequel le pervers narcissique exerce une emprise considérable, pris dans une relation de soumission, avalé par celui qui organise et centre chaque instant de la vie autour de lui, devant abandonner presque totalement son rôle de parent pour se dévouer exclusivement à celui d’époux ou d’épouse. L’enfant est doublement orphelin de ses parents : il réalise l’impensable, il lui faut faire son deuil et surmonter l’anachronisme qu’il y a à vivre avec ceux qui sont déjà morts, qu’il doit déjà « enterrer ».

Qui suis-je ?

L’affirmation de soi est également très délicate pour l’enfant : n’ayant pas de place réelle, il a beaucoup de mal à se manifester autrement qu’à travers ce qu’il a compris de ce qu’il devait être. Il ne réclame jamais grand-chose, n’est quasiment jamais demandeur. Il sait qu’il doit se glisser dans le costume tristement étroit qu’on a confectionné pour lui, sinon il deviendra un étranger. Il n’y a pas d’espace pour la contestation, qui serait immédiatement étouffée et violemment réprimée. L’enfant perçoit très tôt, dans ce simulacre d’équilibre, l’intolérance de son parent à toute forme de différence, à tout ce qui ne lui ressemble pas. La singularité est taboue.

 
La discrète mais réelle dictature ambiante ne laisse évidemment pas de place à la discussion, à l’échange de points de vue différents, puisque rien ne doit risquer de menacer l’ordre établi et le sentiment de toute puissance que le pervers narcissique défend envers et contre tout. L’enfant sait que c’est ailleurs qu’il pourra vivre libre, qu’il doit pour l’instant se taire s’il ne veut pas être rejeté ou risquer de confronter son parent à son propre néant. Il ne s’oppose pas de front au pervers narcissique, il se réfugie souvent dans le silence, ce qui lui vaut alors d’être défini comme un enfant sage et bien élevé, un enfant modèle qui vient redorer bien malgré lui le blason du narcissisme du parent, qui, incapable de la moindre empathie, à aucun moment ne réalise l’artificiel de cette attitude.

 
Ce silence imposé verrouille chez l’enfant toute verbalisation des sentiments et des affects. La parole avec le pervers narcissique ne s’articule qu’autour de discussions où les émotions ne transparaissent jamais parce qu’elles sont dangereuses pour lui, risqueraient de l’affaiblir, de le rendre vulnérable et de lui faire perdre son pouvoir. Son discours, souvent empreint d’une culture à vertu protectrice, est toujours sérieux ». Sa parole, sa pensée, doit occuper tout l’espace, tant celui des autres que celui de leurs émotions. Ici, on ne s’épanche pas, on raisonne. Ici, on ne vit pas, on est mort.

Une île au milieu des gens

Le fardeau que supporte l’enfant du pervers narcissique a un impact sur ses relations avec le monde extérieur.
Sur le plan relationnel, l’enfant dans sa famille témoigne d’une raideur forte vis-à-vis du contact physique. Les rares étreintes avec le parent ne sont pas chaleureuses, comme si l’enfant se préservait de manière inconsciente, d’une dangereuse contamination. Au quotidien, ce contact physique se réduit au strict minimum, comme s’il fallait mettre le plus de distance entre la vie et la mort. Il faut dire que le parent narcissique n’est pas lui non plus enclin au contact physique.

 
Sur le plan social, il ne sera pas facile à l’enfant de nouer des contacts avec les autres. D’avoir vécu auprès d’un parent intolérant à toute différence, systématiquement dans le jugement et préoccupé par l’apparence lui aura rendu difficile toute spontanéité et toute intégration dans un groupe : du temps lui sera nécessaire.
 
L’enfant du pervers narcissique, qui a appris à survivre à la tragédie des faux-semblants, a toujours eu en lui la connaissance intuitive et très précoce qu’il échapperait au piège de son parent et qu’il trouverait, dehors, la terre qu’il devait conquérir pour vivre libre (sauf si les manipulations font apparaître le monde extérieur comme dangereux, auquel cas il sera pris dans un filet de contradictions inconscientes plutôt paralysant).
Plus âgé, il « sait » qu’il est un rescapé, qu’il est passé à côté de ce qui aurait pu l’enterrer vivant, le rendre taciturne ou pire. C’est pourquoi il a parfois la rage de vivre chevillée à l’âme, la rage d’exister, de dire, de se dire, et surtout de partager, de transmettre. Dans ce duel ultra sophistiqué, le pervers narcissique n’est pas parvenu à mettre la voix de son enfant en échec, ni sa richesse, ni sa chaleur.

 
L’immense solitude dans laquelle il l’aura fait vivre pendant des années aura fait naître un sentiment de force et d’indépendance, même s’il met du temps à se révéler. Il a grandi seul, est devenu fort et avide de liberté, lui qui a connu la prison. Il saura jouir de la vie d’une manière qui déplaira certainement à son parent, confronté à son propre vide et à son affligeante inconsistance. Tel est le destin d’un enfant parvenu à faire de sa souffrance l’œuvre d’art de sa vie.

 
Cependant, les enfants n’ont pas tous, face au drame d’avoir un parent pervers narcissique, ce potentiel de lutte et de survie. Pour la majorité d’entre eux, certains symptomes empreints de souffrance s’expriment très tôt : agressivité, terreurs nocturnes, troubles alimentaires, psychosomatisations, allergies… Toutes ces manifestations expriment une soif d’être aimé, regardé et entendu. Tyrannique, coléreux, agressif… Non, il n’est pas caractériel. Mais en révolte.

 
 Dans la constellation familiale du pervers narcissique, on constate que l’enfant est très tôt désigné comme l’héritier du parent pervers. C’est celui qui, généralement, est le préféré de ce dernier, comme s’il avait reconnu d’emblée celui qui serait digne de lui « succéder ». Alors peu à peu, une toile d’araignée perverse se tisse.

 

Extrait du livre : "pour en finir avec les tyrans et les pervers dans la famille", d' Yvonne Poncet-Bonissol.  

 

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Des solutions tangibles face aux pervers

 

Sachant que le pervers narcissique ne considère pas qu'il a un problème, les thérapies n'ont pas prises sur lui.
Il est extrêmement rare qu'il change ou veuille changer d'attitude ou de valeurs morales.

 
Donc il ne reste que trois solutions :

 
1 - rester et accepter la domination, en ayant conscience d'aller vers sa propre destruction ;
2 - partir et se libérer. C'est une solution très difficile car elle se fait dans la douleur et la culpabilité.
A noter : le pervers n'abandonne jamais sa victime sans réagir. Cependant, cette solution semble la plus raisonnable.

 

3 - Une troisième et dernière solution nous vient de Chine... Utilisée traditionnellement dans les arts et techniques de soi, elle peut également se configurer comme une technique mentale à part entière. Elle se nomme singulièrement "Le miroir aux scorpions".

 

La technique consiste à absorber et à reproduire par l'observation les comportements du manipulateur (son venin psychique), dans le seul but de les retourner contre l'agresseur. Ce modus-operandi est dangereux et profondément destructeur. "Il demande une très haute maîtrise de soi", car le processus de mithridatisation implique un empoisonnement volontaire de sa psyché ! Le praticien de cette formule devient en partie et dans ses actes le pervers qu'il rejette. De là, la frontière qui mène à la haine n'est jamais bien loin... et il est très aisé de perdre sa conscience et ses valeurs pour sombrer dans une vie linéaire centrée sur la vengeance, pour finalement devenir soi-même un pervers.

 

Pour celui qui parvient à dissocier les techniques manipulatoires de la psyché pathogène, les possibilités de neutralisation du pervers sont nombreuses:

 

- Il devient possible de neutraliser les réseaux entretenus par le pervers en injectant le doute et la suspicion dans les relations qu'il entretient.

 

- Le pervers et par nature un tantinet paranoïaque. Il est donc possible d'augmenter le niveau de paranoïa en jouant sur les peurs du susdit pervers. Peurs qui devront être identifiées au préalable par la victime qui souhaite reconquérir sa liberté.

 

- Le pervers craint par dessus tout le silence et le calme, il a besoin de mouvements et de pensées pour entretenir une emprise lui permettant de nourrir son narcissisme. Pensez à laisser des longs silences suspects dans vos conversations, vous déclencherez ainsi un effet miroir qui laissera le pervers sans armes psychologiques.

 

- Le pervers craint l'isolement, cette situation le prive de sa capacité à vampiriser autrui et à s'en nourrir. Une fois le doute semer dans les relations, créez du vide autour du pervers... Dans le meilleur des cas, il se décomposera dans la douleur de sa propre folie ; dans le pire des cas, il deviendra très agressif (violences possibles).

 

- Soyez toujours extrêmement vigilants car le manipulateur peut à tout moment se retourner subtilement ou frontalement contre vous. La discrétion est de rigueur avec l'usage de cette technique orientale.

- Quand vous aurez parachevé le travail de sape autour du pervers, il vous suffit alors de l'abandonner pour signer sa destruction ! Dans un état de décrépitude avancée et de solitude profonde, sans capacité de parasiter la substance vitale d'autrui, il s'autodétruira seul... ou entre pervers (ils ont l'art de s'agresser entre eux !).

 

Dans tous les cas, Il est formellement interdit d'user de ces concepts contre des victimes innocentes ou pour satisfaire sa propre paranoïa... de même dans l'environnement du travail. Veillez à vérifier que l'opposant potentiel soit bien un pervers narcissique. Si vous faites erreur, vous contribuez en toute conscience à la laideur du monde... ce qui est intolérable. Si toutefois vous occultez cet avertissement, ne soyez pas étonné de finir comme eux : c'est à dire devenir un prolétaire de l'esprit, un pauvre parmi les pauvres, abandonné de tous.

 

Deux autres liens utiles:

 

http://www.psy-luxeuil.fr/article-processus-d-emprise-psychique-67981318.html

 

http://www.psy-luxeuil.fr/article-psychologie-de-la-femme-serpent-ou-l-envers-de-la-perspicacite-100632781.html

 

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Trommenschlager Franck Tous Droits Réservés ©2014. Droits sur le texte : « Des solutions tangibles face aux pervers ». Texte rédigé le 17 Janvier 2014.
La loi apporte sa protection à toute oeuvre sans distinction du genre, de la forme d'expression, du mérite ou destination (art L. 112-1 CPI). Aucune reproduction, même partielle, autre que celles prévues à l'article L 122-5 du code de la propriété intellectuelle, ne peut être faite de ce site sans l'autorisation expresse de l'auteur.
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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 09:50

-UN ENTRETIEN AVEC BERNARD STIEGLER, PHILOSOPHE- 

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"Le triste constat d'une société mentalement appauvrie"

 

« L’infantilisation des adultes, la puérilisation des enfants, la destruction des rapports de générations, tout cela revient à réfléchir au pouvoir immense du marketing sur une société devenue un troupeau de consommateurs. Permettez-moi un détour… Le capitalisme a muté au début du vingtième siècle, avec le fordisme. Nous sommes alors sortis de l’époque productiviste du capitalisme, celle de la révolution industrielle de la fin du XIXe siècle et début du XXe siécle qui a transformé nos vies – des chemins de fer à l’électricité alimentant l’usine et les nouvelles concentrations urbaines. Ce capitalisme a transformé les ouvriers, les artisans, les paysans en prolétaires. Grâce aux avancées techniques, aux nouvelles machines, la productivité s’est trouvée multipliée par dix, cent, parfois par mille… Ces énormes gains de production ont assuré la prospérité de la la petite bourgeoisie intellectuelle, de la moyenne bourgeoisie des entrepreneurs et des commerçants, et de la grande bourgeoisie industrielle, de la finance et du capital. Henri Ford invente la voiture bon marché et le consommateur Au début du siècle, de nouvelles méthodes de travail vont être expérimentées pour accroître encore la productivité. C’est d’abord le taylorisme, imaginée par l'ingénieur américain Frederick Winslow Taylor (1856-1915). On cherche à organiser scientifiquement le travail, « The One Best Way », la meilleure façon de produire, le rendement maximum grâce à l'analyse des techniques de production (gestes, cadences). C’est aussi le passage du salaire à la tâche au salaire à l'heure. La méthode de Taylor prouvera son efficacité dans la sidérurgie, qu’il formalisa en 1911 dans « Les principes du management scientifique ». C’est alors que Henri Ford, fondateur de la Ford Motor Company, apparaît. Pour produire la fameuse Ford T, il va encore perfectionner le travail à la chaîne - que Charlot met en scène dans les « Temps modernes ». En même temps, il se dit : On peut encore augmenter considérablement la productivité. Pour cela, il faut inventer une nouvelle logique de distribution et de vente. En conséquence, il installe des concessionnaires Ford dans le monde entier, vend des voitures par centaines de milliers. Il développe encore l’idée que le peuple doit consommer, profiter des nouvelles inventions techniques - c’est selon lui la seule façon de développer l’industrie, mais aussi la bonne manière d’obtenir la paix sociale et civile. Ce faisant, il invente le concept de « consommateur ».

 

Conférence Isègoria management : Bernard Stiegler parle du "vivre ensemble" et des dérives sociétales.

 

 

Qu’est-ce qu’un consommateur ? C’est un producteur, un ouvrier qui se définit non seulement comme une source de travail, mais aussi comme un pouvoir d’achat. L’ouvrier doit être capable d’acheter ce qu’il produit, rouler en voiture pour commencer, comme hier les riches. Autrement dit, Henri Ford élargit l’assiette des marchés des biens industriels produits par le capitalisme. Il pose un principe : n’importe qui doit pouvoir acheter - consommer. Pour cela, il pratique une politique de salaires élevés et lance des lignes de voitures bon marché, produites à coût très bas, par un travail très séquencé – le fameux « travail en miettes ». Ce n’est pas par philanthropie. Henri Ford a compris, de manière empirique, que s’il ne mène pas ces actions conjointes, il va se retrouver - comme le prédisait Marx - avec une surproduction considérable, ce qui bloquera la croissance capitaliste. Cette stratégie va se révéler plus que payante : elle va être à l’origine de ce qu’on appelle le mode de vie américain, l’American way of life. Une production de masse pour une consommation de masse. Edward Louis Bernays invente la « propaganda » et comment manipuler l’inconscient Ce faisant, l’industrie américaine commence d’étudier comment influencer et contrôler les comportements de ces nouveaux « consommateurs ».

 

Dans les années 1920-1930, Edward Louis Bernays, met au point les premières méthodes de « relations publiques » - le futur marketing autant que la « progaganda », titre de son ouvrage de 1928 - pour le cigarettier Philip Morris, qui va accrocher au tabac, avec les dégats de santé que l'on sait, des millions de gens à travers le monde. Utilisant les analyses venues de Gustave Le Bon sur la psychologie des foules, et les travaux de Sigmund Freud, il affirme que la foule ne pense pas, soumise à des pulsions et des effets collectifs – celés dans le Ça. Il faut donc moins la convaincre que la manipuler par des actions symboliques capables d’atteindre son inconscient. Ainsi, Bernays a distillé des symboles phalliques dans les publicités pour le tabac, ou encore organisé des défilés de « fumeuses » très chic et « libérées », « Les torches de la liberté », pour convaincre les femmes de fumer en public. Bernays a encore travaillé en politique. Il a inventé le « petit déjeuner » du président avec des people, pour le rendre sympathique, ou encore promu l’entrée en guerre des Etats Unis en 1918, contre l’opinion publique américaine. Ses thèses sur la façon de s’adresser à l’inconscient public seront reprises dans les années 1950 par Louis Cheskin et Ernest Dichter, l’auteur de « La stratégie du désir. Une philosophie de la vente » » (préfacée par le publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis). Ce sont les pères des « études de motivation », qui reprennent à leur compte toute la théorie de l’appareil psychique de Freud, en vue de s’adresser au désir du consommateur : exciter le Ça, convaincre par là le moi, flatter les tendances régressives du surmoi, bref travailler sur l’ensemble de l’appareil psychique par les affiches de rue, les slogans, la radio, les pages des magazines, l’événementiel, les plaquettes, les tracts. Nous entrons véritablement dans l’ère du « marketing psychologique ».

 

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LE PSYCHOPOUVOIR

  

De fait, après Henri Ford, la grande industrie a systématisé sa logique commerciale et capitalistique, comme sa recherche de profits maximisés. Dès 1937, un grand « pavillon de la publicité » fait sensation à l’Exposition Universelle de Paris, où on vante le métier de « publicitaire » et parle de « consommation » et de « motivation de la consommation ». Pendant la guerre, les Américains mettent en place une task force, regroupant cybernéticiens, psychologues et psychanalystes pour mieux convaincre les soldats d’aller combattre, et de bombarder une Allemagne protégée par des tirs aériens nourris. Ces stratégies, n’oublions pas, ont beaucoup joué par la suite dans l’élaboration de ce qu’on a appelé ensuite aux Etats-Unis le « soft power », c’est-à-dire la bonne manière de parler à la population, de développer et pacifier le pays sans contraindre la population – plutôt en construisant ses désirs. Pour cela, tous les gouvernements vont promouvoir l’American Way of life, présenté comme le summum de la bonne vie possible – jusqu’au jour où la dure réalité rattrape le rêve, comme nous l’avons vu pendant les cracks des années 1990, et aujourd’hui, avec la crise générale. Le « soft power », l’épopée de l’Américan way of life s’est beaucoup traduit dans la vie quotidienne par le pouvoir de conviction du marketing et de la publicité en faveur de la consommation. Depuis les années 1950, la grande industrie a véritablement aiguisé sa science du marketing, cherchant toutes les manières pour induire chez le consommateur, artificiellement, des désirs et des comportements qui le transforment en acheteur. Quand elle investit un milliard de dollars sur un produit, elle ajoute 10%, cent millions, pour sa publicité. Aujourd’hui ces recherches continuent, de plus en plus sophistiquées, comme par exemple le « neuromarketing » : il vise à identifier les zones du cerveau responsables de la sécrétion d’hormones, afin de vérifier si l’imagerie publicitaire les active. On fait appel pour cela à l’imagerie cérébrale pour savoir si l’hypothalamus a été excité ou non. On cherche encore à déclencher des réflexes conditionnés en s’appuyant sur des symboles référentiels de la « culture teenager », « people » ou bien « ethnique ». Le psychopouvoir entre à la maison Cette stratégie de création de désirs et de contrôle des comportements, je l’appelle le « psychopouvoir ».

  

Si, classiquement, on appelle avec Michel Foucault le contrôle de la production - du travail, des gestes en miettes, de la fatigue, de l’organisation du temps - le « biopouvoir », le contrôle de la consommation relève du « psychopouvoir ». La consommation devient l’espace du contrôle de la volition : de la volonté, de la motivation, des désirs conscients et inconscients. Aujourd’hui, le grand vecteur de tout cette stratégie est bien sûr la télévision. Avec elle, nous entrons dans la diffusion de masse, la captation de masse. La télévision c’est le truc qui tue, si je puis dire, la killer application. Avec elle, le psychopouvoir industriel va entrer tout à coup dans des millions de foyers. Elle va devenir un nouveau membre de la famille, agrandir le cercle – jusqu’à peu à peu se substituer à la structure familiale. Ce n’est pas un hasard si Ray Bradbury, dans Farhenheit 451, publié en 1953, montre une télévision du futur qui s’appelle « La Famille ». De fait, vingt ans plus tard, des théories apparaissent qui étudient comment catégoriser les programmes et la publicité par « tranche d’âge », comment s’adresser à chacune d’entre elles selon leurs centres d’intérêts, leurs occupations récurrentes, leurs désirs de vie, leur vie sexuelle – bref, toute la famille. Donc, si je suis un groupe international qui vend de l’assurance, de l’automobile, du voyage ou des jouets, je peux grâce à ces études tenter de capter l’attention de tous. Si je suis un groupe diversifié, je vais vouloir capter quelqu’un pour la vie, depuis l’enfance !

  

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LA TELEVISION DEVIENT LA FAMILLE

  

C’est comme au jeu des 7 familles, je séduit le fils, le père, la grand-mère, et transmet le message de génération en génération. Ce faisant, truffée de messages publicitaires, la télévision, progressivement, détourne les processus d’identification des enfants à leurs parents vers l’invité permanent, le troisième membre de la famille, la télévision et ses programmes, ses publicités. Bientôt, progressivement, les parents se retrouvent court-circuités par des films, des spots, des personnages, des musiques, des appels pressants, tout une culture publicitaire, et ils n’existent plus véritablement comme les modèles dominants de la cellule familiale. De plus, ils deviennent eux-mêmes des téléspectateurs - 4h30 par jour en moyenne en France - ils se retrouvent captés par les images et les appels à leurs propres désirs, comme leurs enfants, ils se retrouvent comme eux captés, isolés. Si bien qu’au final, la télévision est bien devenue « La Famille » : elle l’a remplacé, elle lui a substitué ses valeurs, ses jeux, ses joies, ses contradictions. Elle a délité les échanges entre les générations. Selon la Kayser Family Foundation, les adolescents américains passent 6 h 30 par jour devant la télévision – captivés et capturés Avant cinq ans imprimer la compulsion d’achat.

 

Depuis une dizaine d’années, les spécialistes du marketing et des programmes se demandent comment faire pour que les enfants s’identifient à leurs programmes et leurs spots plutôt qu’aux projets de leurs parents. Bien sûr, ils ne le disent pas comme ça, ils parlent de programme éducatif, ou de publicités créatives, mais l’enjeu est là. Pourquoi faudrait-il que les enfants vivent une telle identification si tôt, très jeunes, si possibles avant cinq ans ? D’abord, à cause du caractère indélébile de l’impact produit à cet âge, qui va permettre de produire le plus tôt possible cette « fidélisation » des consommateurs dont parle beaucoup Jeremy Rifkin dans « L’Âge de l’accès ». Une mise en condition qui conduit à évaluer ce qu’on appelle la « Lifetime value », selon la théorie marketing modélisant le pouvoir d’achat d’un individu influencé toute sa vie par la publicité. Pour y parvenir, les chercheurs du marketing se sont appuyés sur les travaux de Freud concernant les « processus d’identification primaire ». Selon le père de la psychanalyse, sans cette première identification presque toujours faite en miroir des parents et des proches, l’appareil psychique infantile ne se forme pas pleinement, l’enfant ne devient pas un être raisonnable et construit : il tourne « fou » si vous voulez. Ces processus d’identification primaires sont primordiaux pour qu’un enfant se socialise, acquière un surmoi c’est-à-dire un sens moral – et toute cette base psychique qui se produit avant l’âge de cinq ans, s’enfouit dans l’inconscient. Ensuite, elle est acquise, l’adolescent ne s’en rend plus compte, mais elle le pilote dans la vie par rapport à ce que Freud appelle les « identifications secondaires ».

 

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LE SURMOI CEDE AU PULSIONNEL

  

Quand l’enfant devient adolescent puis adulte, il s’identifie alors à des gens qui ne sont plus ses parents. C’est ainsi qu’on coupe le cordon, on s’identifie à une rock star, un joueur de foot, à Arthur Rimbaud ou Marylin, à je ne sais qui … On admire, on aime des personnages, des vies, des figures qui vont nous aider à constituer notre personnalité. C’est ce que Freud appelle la segmentation du Moi, une structure en couches constituée par la succession des modèles auxquels nous nous sommes identifiés. Bien sûr, au cours de cette constitution, on est confronté régulièrement à des contradictions internes. Par exemple, adolescent, on va s’identifier difficilement à quelqu’un qui contredit nos principes religieux, ou certaines traditions familiales, ou à certaines règles apprises à l’école, si on en a. C’est dans ces moments, explique Freud, que les processus d’identification primaire nous servent d’arbitre dans nos conflits entre nos identifications secondaires. On comprend bien que si avant cinq ans, la télévision remplace la famille, si elle contribue largement à la mise en place des identifications primaires – à des personnages publicitaires, des slogans, à une imagerie, des valeurs de consommation, une simplicité de comportement, etc -, ses programmes et son marketing vont jouer un rôle primordial dans la formation de la personnalité.

 

C’est là qu’interviennent les actuelles chaînes de télévision pour enfants de moins de trois ans, lancées depuis quelques années dans le monde entier. La télé devient Papa-Maman J’ai été à l’origine, avec un groupe de pédopsychiatres, du mouvement contre ces « télévisions pour les bébés ». Une étude de la CNAF en France (allocations familiales) a montré que les enfants exposés précocement aux écrans éprouvent des difficultés à faire des études supérieures. En développant ces télévisions, qui se présentent toutes comme « éducatives », le marketing des chaînes voudrait remplacer l’éducation parentale par celle de la télévision. Ainsi ils inventent des émissions, des jeux, des modes qui rivalisent avec les parents, les court-circuitent. Ces télévisions remplacent aussi la nounou, le grand parent, la sœur, la mère qui pourrait les garder. Elle supplante des personnes vivantes avec qui interagir, échanger, se former, développer une relation passionnelle riche. Il en résulte la destruction des relations intergénérationnelles et de l’activité psychique – sans l’autre, comment se développer ? Ce renversement des relations de décision diminue l’influence de la famille, des professeurs, tout le domaine de la vie adulte, des valeurs complexes et de l’autorité – ce que Freud appelle le « surmoi ». Or un enfant sans surmoi, sans référence, obéit à ses pulsions. Il devient un consommateur pulsionnel, un spectateur traversé d’images. C’est le but recherché. Former des individus infantilisés, gaves d’images et pulsionnels.

 

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À BAS LES VIEUX, VIVE LE COOL

  

Pensez que les chaînes de télévisions pour bébé proposent des émissions pour endormir les petits, conseillant même de mettre devant ceux qui font des mauvais rêves. Quand un enfant fait un cauchemar, il est important de le faire parler, l’écouter. Le mettre devant une télévision pour apaiser ses peurs, c’est le rendre muet. Il va enfouir le cauchemar. C’est ainsi que se fabrique les psychotiques. Les psychiatres disent qu’ils traitent désormais de nombreux enfants psychotiques, plus que des névrosés. La névrose est un problème de surmoi. Une chercheuse américaine de Los Angeles, Katherine Hayles, a mis en place des procédures d’analyses des capacités intellectuelles de ses étudiants, dans une très bonne université. Elle a constaté qu’ils n’étaient plus capables de se concentrer sur un texte pendant plus d’une demi-heure. Elle est arrivée à considérer que leurs cerveaux n’étaient plus habitués à fournir un effort prolongé de concentration, à force de faire des jeux vidéos, suivre plusieurs médias en même temps, le Net, la radio, la télé, parfois sur un seul écran d’ordinateur. L’étude révèle que les étudiants échouaient à soutenir le type d’attention propre à l’adulte de la génération précédente, c’est-à-dire l’attention profonde, la capacité à se concentrer sur un travail, à écouter quelqu’un parler longtemps, à prendre le temps de réfléchir – et donc de devenir quelqu’un de sensé, de responsable : un être majeur. Les enfants prescripteurs des parents En captant l’attention des enfants dès le plus jeune âge, les experts du marketing comptent sur leur pouvoir prescripteur auprès des parents. Le meilleur moyen de faire acheter un parent hésitant, c’est de convaincre ses enfants en jouant sur le conflit des générations.

 

Voyez toutes ces publicités qui exaltent les valeurs jeunes, fraîches, pulsionnelles, contre celle des vieux – qui ne sont pas « cool », ne comprennent rien, n’ont plus d’enthousiasme, etc. C’est là toute la politique des marques, des marchands de jouets qui inondent les chaînes pour enfants et ados. Ils jouent sur le conflit générationnel, mais surtout, ils anéantissent la différence intergénérationnelle. Une étude de marketing se félicitait récemment que 61% des actes d’achat des adultes étaient prescrits par les enfants. Vous comprendrez alors pourquoi les enfants sont des cibles fondamentales. On dévalorise les parents, on ridiculise leurs problèmes et leurs ennuis d’adulte, on se moque de leur autorité et de la nécessité qu’ils ont de dire “non” à tous les désirs des enfants - entre autres, ses désirs de consommation. Quand un parent ne sait plus dire « non » à ses enfants, ou encore quand il copie ses valeurs pour faire jeune et demeurer en contact avec lui, il s’infantilise. D’ailleurs, les psychologues rappellent qu’il est bon que le père soit en conflit avec son fils, et que, dans une famille vivante, le grand-père soit là pour arbitrer le conflit. Le grand-père rappelle au père qu’il a été un fils, et montre au fils que son père a aussi été un adolescent en colère. Ainsi le conflit a des chances de se résoudre. À partir du moment où l’on détruit les différences intergénérationnelles, élimine les espaces de conflit, abolit les lieux de rencontre, remplace la vie de famille par le télévision, tout le monde y perd et s’infantilise. L’appareil psychique des enfants et des adolescents s’en trouve rétréci, comme celui des adultes.

 

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PLUS DE MAJEURS, PLUS DE MINEURS: TOUS CONSOMMATEURS !

 

Prenez la récente campagne de publicité lancée par la chaîne Canal J. Des affiches représentaient de jeunes enfants, en fait des préadolescents. On voyait un grand-père qui faisait l’idiot, tentait les amuser, et les gamins faisaient des têtes consternées. La légende de l’affiche disait : « Nos enfants valent mieux que ça. Canal J ». Autrement dit, il fallait que le père et le grand-père débarrassent le plancher. Le seul apport ludique, le seul échange drôle et intéressant, le seul prescripteur symbolique valable pour les enfants devient alors Canal J. La télé - entendez une série de programmes qui les enferment dans leur univers « jeune ». Le risque, c’est d’escamoter le dialogue intergénérationnel, l’échange contradictoire, le frottement des esprits – cet espace conflictuel et communautaire où s’élabore ce que Emmanuel Kant appelle « la majorité ». Plus de mineur, plus de majeur. Plus d’adulte, tous des enfants Il existe une relation étroite entre ce marketing qui abolit le dialogue intergénérationnel, puérilise les enfants, infantilise les adultes, et le fait qu’aujourd’hui, un peu partout dans le monde, on supprime l’excuse de minorité pour les individus mineurs qui commettent des actes criminels. C’est une décision très grave. On veut faire passer des enfants en cours d’Assise, les mettre en prison dès 12 ans, comme en Angleterre. Mais si la loi stipule que les mineurs n’ont plus droit à l’excuse de minorité, le droit à être des enfants avant de devenir des adultes responsables, cela signifie qu’ils ne sont plus des mineurs, mais des majeurs.

 

Or si les mineurs ne sont plus considérés comme des mineurs, en conséquence les majeurs ne sont plus majeurs eux-mêmes – c’est à dire adultes. On est majeur du fait de n’être pas mineur. Si on dilue la minorité d’un point de vue juridique, on dilue aussitôt la majorité, c’est-à-dire qu’on prive les parents de leur responsabilité d’adulte. Tout le monde devient adulte, ou tout le monde devient enfant ? Un enfant n’aurait plus la possibilité de devenir un adulte, de changer, d’évoluer ? Un adulte devrait être traité comme un enfant ? Le fait de rendre indifférentes minorité et majorité implique sur un plan pénal qu’il n’existe plus de différence entre les parents et les enfants. Cependant la question pénale est fondamentale, elle constitue l’horizon symbolique par excellence. C’est le droit. Le Surmoi. À travers le marketing et la liquidation du droit des mineurs, notre société conduit à la liquidation des différences entre les générations. Du coup il n’est pas surprenant de voir combien l’âge de l’enfance se prolonge, les adolescents restent chez leurs parents jusqu’à 30 ans, les parents eux-mêmes se mettent à jouer aux mêmes jeux que leurs enfants, à voir les mêmes films, à s’habiller comme eux – tandis que nous assistons à la liquidation d’une véritable culture adulte, élaborée, complexe, problématique, riche. Privés de leur pouvoir d’exercer leur pouvoir de parents par une culture « djeune » qui les ridiculisent, les adultes deviennent à leur tour de grands enfants.

 

 

Autre lien : http://www.psy-luxeuil.fr/article-les-7-techniques-d-asservissement-des-neoliberaux-124332160.html

Published by Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - dans Dossier Perversion-manipulation
18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 12:58

Bien connus des internautes, les trolls sont de véritables trouble-fête. Au Canada, une étude s'est efforcée de cerner leur profil psychologique. Résultat, ce sont des individus "sadiques", "psychopathes" et "machiavéliques", mais qui cherchent à s'amuser.

 

 

Ils sont parmi nous. Ils sont tapis dans l'ombre, attendant le moment propice pour vous sauter à la gorge. Ils ne vous pardonnent rien et prennent un malin plaisir à saboter la conversation. Vous les aurez peut-être reconnus : "ils", ce sont les trolls du net, ces individus qui passent leur temps à alimenter des polémiques en tout genre sur la toile pour leur propre divertissement.

 

Si l'on vous parle aujourd'hui des trolls, c'est parce que ces derniers ont fait l'objet d'une étude canadienne tout à fait intéressante. Baptisée "les trolls veulent juste s'amuser", l'analyse conduite par Erin E. Buckels, Paul D. Trapnell et Delroy L. Paulhus, revient sur la psychologie de ces curieux personnages ainsi que les raisons les poussant à jouer les trouble-fête.

 

D'après les trois universitaires, ceux qui ont une telle activité sur Internet ont une certaine propension au "sadisme", à la "psychopathie" et au "machiavélisme", lit-on dans le résumé. Rien d'étonnant, dans la mesure où le "trolling" est présenté "comme un comportement trompeur, destructif ou disruptif dans le contexte social d'Internet, et n'ayant aucun but apparent".

 

 

Bien sûr, les travaux des trois Canadiennes ne surprendront pas les vieux briscards du web. Ces derniers ont eu largement le temps de cerner le profil-type du troll à force de les croiser sur les forums, dans les jeux vidéo, au sein des salons de discussion ou en bas des articles de presse ou de blog. Cependant, l'étude vient confirmer ce que l'empirisme avait déjà permis de deviner.

 

Mais selon les trois chercheuses, les trolls ne sont pas nécessairement poussés par la volonté d'être désagréable ou blessant, mais plutôt par la perspective de passer un bon moment. Cela étant, tous sont loin d'apprécier les activités des trolls. S'ils ne sont pas forcément très nocifs, ils poseraient parfois suffisamment de difficultés pour inciter les gérants de sites à se montrer de plus en plus strict.

 

Lors du festival texan SXSW, le directeur de la publication à Gawker, se lamentait de la médiocrité de certaines interventions. "Les trolls et les spammeurs ne sont pas le problème, on peut les gérer avec force et brutalité. La vraie tragédie, c’est le triomphe de la médiocrité. À la fin des années 90, on pensait que l’on pourrait capturer l’intelligence du public. Ce n’est pas ce qu’il s’est passé".

 

 

Du côté de la presse en ligne, certains médias sont de plus en plus tentés d'interdire ll'usage des pseudonymes afin d'obliger les internautes à assumer leurs écrits sous leur véritable identité (à supposer, bien sûr, qu'ils livrent la vraie...). On pense par exemple au Huffington Post, qui a envisagé cette hypothèse l'été dernier dans le but de civiliser les commentaires.

 

Les trolls finiront-ils par disparaître un jour ? Rien n'est moins sûr. Le réseau semble constituer un terrain propice pour ces derniers (Internet n'est-il pas l'empire de la méchanceté, à en croire Frédéric Beigbeder ?). Par ailleurs, une étude menée en Chine avait d'ailleurs avancé que la colère était un sentiment qui se propageait plus rapidement sur les réseaux sociaux que les autres sentiments.

 

En attendant de savoir si les trolls se calmeront un jour, que faire ? Appliquer les bonnes vieilles recettes, diront certains "Keep calm and don't feed the troll". Autrement dit : restez calme et ne rentrez pas dans son jeu.


http://www.numerama.com/

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychologie
18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 11:32

La psychanalyse est trop souvent mal comprise et critiquée... Voici donc 10 questions-réponses pour tenter de mieux comprendre ce qu'est "le travail sur soi"

 

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Pourquoi s'aventurer dans un processus à deux, qu'on dit à tort interminable et coûteux, quand tout semble faire croire que la solution à nos petits et grands problèmes est en nous, et qu'ils peuvent se régler "rapidement" en prenant du temps pour soi ou en méditant ? Parce que la psychanalyse est une démarche unique en son genre. Qu'elle propose un travail de découverte de soi à nul autre pareil, à condition de la débarrasser de certains travers qui l'ont polluée au fil du temps (fausses croyances, idéologies diverses, scientisme, et autres groupuscules intolérants), nous disent les spécialistes, Serge Tisseron en tête.  


Ce dernier est l'auteur de Fragments d'une psychanalyse empathique, ouvrage dans lequel il milite pour une psychanalyse ouverte d'esprit. Grâce à son aide et à celle d'autres professionnels et de patients, nous avons mis la psychanalyse sur le divan. En dix questions. 


1. Qu'est-ce qu'une analyse ?


"Faire une analyse, c'est chercher l'enfant qu'on a été et celui qu'on ne veut plus être", nous dit une jeune femme qui a fait un "travail" pendant deux ans et demi. Pour Serge Tisseron, cette définition est juste, mais elle ne recoupe que le deuxième temps de ce travail. "Le premier consiste à découvrir que notre manière de réagir au monde nous est vraiment propre. La psychanalyse est la seule méthode qui invite à trouver ce qu'il y a de plus personnel et spécifique en vous, un voyage initiatique qui vous rend véritablement adulte. C'est pour cela qu'elle n'a jamais été acceptée par aucun gouvernement totalitaire." 


2.Comment la distinguer d'autres types de thérapies ?

 

 Avec le développement des autres méthodes thérapeutiques, du comportementalisme et du cognitivisme (voir l'encadré en bas de page), il est plus aisé de définir la spécificité de la psychanalyse. Pour Serge Tisseron, "c'est un espace ouvert où on a la possibilité de mettre des mots et des images sur son expérience personnelle du monde. Où l'on peut se découvrir". On ne peut le faire qu'en analyse, parce que le thérapeute accompagne sans s'imposer, sans en référer à sa propre histoire. Parce qu'il a lui-même déjà suffisamment parlé, au cours de son analyse de formation.  


Qu'est-ce que la psychanalyse nous apprend ? "Deux choses essentielles, selon Maud Sauvageot, psychanalyste. D'abord, que ce que vous vivez vous appartient. Un patient vous dit par exemple: "J'ai perdu ma mère il y a trois ans, je suis triste tous les jours, mais c'est normal." Votre rôle de psychanalyste consiste à lui faire comprendre que le lien de cause à effet ne justifie pas tout, qu'il existe sûrement d'autres causes à cette tristesse. Car la réalité du monde qui appartient à chacun -la réalité psychique- est dépendante de l'environnement, mais pas seulement. La deuxième chose, c'est que la représentation que chacun se fait de sa vie est liée au présent, mais aussi à la persistance du passé."Nous avons des zones de fragilité malgré les forteresses que nous avons édifiées. Et nous réagissons souvent à des situations actuelles comme nous l'avons fait dans le passé." C'est ce que l'analyse propose de dénouer.  


3.Pourquoi la psychanalyse a-t-elle parfois eu mauvaise réputation ?


L'image d'un Freud au visage sévère (ravagé par un cancer de la mâchoire) est devenue le symbole de la psychanalyse, déplorent certains praticiens, comme Serge Tisseron. "Après guerre, elle a connu un essor comme phénomène culturel, explique-t-il. Elle a été développée en partie par des praticiens juifs traumatisés par la Shoah. Rien ne prédestinait la psychanalyse à cette rencontre avec l'Histoire, mais celle-ci a eu de lourdes conséquences, invitant les psychanalystes à cultiver cette figure tragique. Que l'on retrouve dans le choix du silence." 


S'est ajouté à ces raisons historiques le fait que nombre de psychanalystes ont mis en avant la difficulté de leur travail et la souffrance que celui-ci pouvait charrier. Ils ont ainsi véhiculé l'image d'un thérapeute qui gratte ses propres plaies pour rester en empathie avec le patient. Par ailleurs, les psys "modernes" sont sévères à l'égard d'une forte tendance, dans les années 1950 jusqu'aux années 1980-1990, à ne pas se soucier du bien-être du patient, à ne penser qu'à son inconscient et pas à son conscient, à ignorer sa réalité familiale. La discipline est tombée dans une foule d'ornières, disent-ils. Pour Serge Tisseron, "il est important de débarrasser la psychanalyse de ses scories pour retrouver ce qui en fait son essence: l'émergence de la force vitale du patient, le coeur du message originel de Freud, trop souvent détourné". 


4.Y a-t-il un danger à faire une analyse ?


On a entendu des patients nous faire part de leur crainte de se retrouver "perdus au milieu du gué". D'autres encore reconnaître: "Ça peut être violent, une séance qui s'arrête comme ça, tout net"; ou: "Il faut beaucoup de courage, car on se retrouve parfois en plein désarroi, mais vous êtes guidé, jamais seul"... La réponse des psys est unanime. Dès que vous acceptez de confier une partie de votre corps ou de votre esprit, vous courez un risque. "Mais la vie est composée de risques. Faire confiance, c'est courir le risque d'être déçu. Mais ne pas faire confiance, c'est être déçu quoi qu'il arrive. Car aucune porte ne s'ouvrira", affirme Jean-Pierre Winter, psychanalyste et auteur de Transmettre (ou pas) (Albin Michel, 2012). 


5.A trop fouiller en soi-même, ne risque-t-on pas de devenir narcissique ?


Au début du travail, il y a un moment où le patient est plus centré sur lui et il revendique davantage ses propres désirs. Réprimés dans l'enfance, ceux-ci refont surface. Une fois qu'il les a nommés et qu'il a pris conscience du fait qu'il ne pourra jamais les satisfaire, il apprend à les laisser filer. C'est ce que l'on appelle, "sous un nom horrible", selon Serge Tisseron, la castration symbolique. "Accepter que le passé ne se reproduira plus et que l'avenir ne pourra pas le réparer. Mais que, dans le présent, on peut apprendre à vivre en paix." Une des grandes vertus de la psychanalyse est de nous amener à ne pas répéter toujours les mêmes choses.  


6. Est-il possible d'entamer une analyse quand on va très mal ?


Ce n'est pas le fait d'aller mal qui est déterminant, mais celui de présenter un symptôme que l'on peut précisément décrire ou non. Si le patient est sujet à de sérieuses crises bipolaires ou à des accès de décompensation récurrents, c'est un psychiatre qu'il faut consulter, pour qu'il prescrive le médicament adapté. Peut-être y a-t-il une thérapie comportementale et cognitive (TCC) adaptée à ce symptôme.  


La psychanalyse intervient soit quand on a déjà consulté un psychiatre ou un comportementaliste et que ça n'a pas marché, soit parce qu'on éprouve le désir de mieux se connaître, soit pour débloquer les causes profondes relatives aux symptomes douloureux. Certains font une analyse parce qu'ils ont le sentiment qu'une partie d'eux-mêmes ne parvient pas à s'exprimer. Ils n'arrivent pas à communiquer avec leurs proches, par exemple. "On peut vivre sans se soigner de cela, bien sûr, ce n'est pas une maladie, mais c'est un confort. La psychanalyse s'occupe de patients qui ont une vraie souffrance, mais aussi de ceux qui souhaitent, simplement, mieux vivre", résume Serge Tisseron. 


7.Comment savoir si on est tombé sur le bon psy ?


Trouver qu'un psy est mauvais fait-il de lui un mauvais psy ? Pas si simple. "La relation entre un thérapeute et son patient est éminemment subjective", observe Mickael Benyamin, psychologue clinicien et psychothérapeute. "Un patient peut être frustré par le silence d'un thérapeute, quand son voisin trouvera intrusifs les conseils et les paroles d'un autre", précise-t-il. Trouver le bon, c'est avant tout trouver celui avec lequel on se sent bien. Mais la réciproque a ses limites: ne pas avoir le feeling avec l'un n'en fait pas un mauvais professionnel.En revanche, ce n'est pas parce qu'un analyste est empathique que c'est un bon analyste. Plus prosaïquement, selon Serge Tisseron, il vaut mieux choisir un psychanalyste d'un certain âge, car "les jeunes psys ont besoin d'argent, donc, ils acceptent trop de patients... Traditionnellement, les psychanalystes recevaient trois fois avant de démarrer ou non l'analyse. Ça ne se fait plus et c'est dommage".    


8.Peut-on émettre des doutes quant à la parole du psychanalyste ?


Il arrive, lorsque vous manifestez votre désaccord, surtout au début, que l'analyste vous dise: "Si ça doit se passer ainsi, le travail va être impossible." Comment peut-on savoir à ce moment-là si l'on a raison et si l'analyste n'est pas le bon, ou si ce qu'il dit est une manière de vous signifier quelque chose? "Il est important de comprendre qu'une bonne analyse est une succession de moments malheureux -parce qu'il y a de la souffrance- et heureux. S'il n'y a que de la souffrance, changez d'analyste", résume Serge Tisseron. 


9.Faut-il absolument s'allonger ?


Pas nécessairement... surtout lors d'un suivi de type psychodynamique. Mais la plupart des patients que nous avons questionnés en sont convaincus, la position allongée leur a permis de débloquer des choses, d'oser prononcer des phrases qu'ils ne se seraient pas permises s'ils avaient été en face à face. Pourtant, certains thérapeutes pensent que le fait de pouvoir voir, interagir, permet aux patients d'avancer en souffrant moins.  


Didier Anzieu, auprès de qui Serge Tisseron suivait une analyse, "faisait en sorte que je le voie me regarder, me permettant ainsi de mieux me voir moi-même", dit-il. Mais la doxa dans les écoles de psychanalyse, c'était: allongé ou rien! Or, pour Serge Tisseron et d'autres, de plus en plus nombreux, le patient allongé surévalue le moindre bruit de gorge ou de lime à ongles. 


Aujourd'hui, beaucoup de psys qui pratiquent le face-à-face ne s'en vantent pas, car ils craignent toujours de passer pour des anti-freudiens ne respectant pas le "principe de neutralité". Le respect de ce même principe conduit une grande partie des psys à adopter le plus grand silence. 


10.Comment sait-on qu'on est arrivé au terme d'une analyse ?


C'est une décision qui se prend à deux, mais dont le patient sent souvent l'imminence. Parce qu'il se sent tout simplement mieux dans sa vie amoureuse, affective, sociale. Face à cela, il y a deux types d'analystes: ceux qui veulent continuer, parce qu'ils estiment qu'il y a encore du travail à faire, et ceux qui reconnaissent qu'un chemin important a été parcouru, que leur patient a évolué et qu'il est prêt pour une pause, temporaire, ou un arrêt. "J'ai des patients avec qui nous avons fait un travail formidable pendant un, deux ou trois ans et qui reviennent des années plus tard parce qu'ils traversent une épreuve, raconte Serge Tisseron. C'est très sain et ce n'est pas le signe que le travail a été mal fait. Des analyses qui durent dix ans sont pour moi une ineptie. On ne va quand même pas s'embarquer en CDI avec son psy, surtout à notre époque!" En somme, on fait une analyse pour vivre, on ne vit pas pour faire une analyse.

 

Par Elvira Masson pour www.lexpress.fr

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 11:21

Brillante intervention de Bernard Stiegler au festival d'Avignon 2014... autour du devenir noétique "de l'art" et du "temps de l'existence", face à une logique grandissante d'automatisation et de rentabilisation des êtres vivants.

 

 

-Intervention de Bernard Stiegler à la 23ème minute -

 

La crise des intermittents ne doit pas nous cacher une crise généralisée de l’emploi, qui est amené à disparaître avec le développement universel de l’automation. Mais travail n’est pas emploi : et si le modèle de l’intermittence était appelé à devenir le régime de tous ?

 

 

Bernard Stiegler : « Dans 20 ans l’emploi aura disparu, tout le monde sera intermittent »

 

 

À l’époque de l’automatisation généralisée...

 

Le siècle dernier était celui du consumer capitalism, produit dérivé du taylorisme : produire à la chaîne et consommer comme le marketing le dicte. On a parlé du keynésianisme et du welfare state de Roosevelt. Mais aujourd’hui, ce modèle semble s’écrouler sous la pression de ses propres contradictions, cependant que se planétarisait la mise en réseau numérique. Celle-ci va provoquer dans les années qui viennent un processus d’automatisation généralisée où l’emploi salarié deviendra exceptionnel : les robots se substitueront massivement aux employés humains.

 
Cette nouvelle époque industrielle ne sera viable que si elle consiste en une renaissance du travail dans une société de contribution où les gains de temps issus de l’automatisation seront massivement réinvestis dans la capacitation et la déprolétarisation du travail : les robots sont des machines qui n’ont pas besoin des esclaves humains pour fonctionner.

 

 

Source texte: rue89.nouvelobs.com

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