25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 12:34

Et s’il fallait non pas considérer les aptitudes supérieures des "surdoués" mais plutôt se demander ce qui inhibe l’intelligence "normale" ? Et s’il n’y avait pas de "dons" particuliers, mais un type de positionnement psychique, un certain rapport au monde, qui produirait des résultats remarquables sans relever pour autant d’une faculté cérébrale ? En bout de ligne, que signifie vraiment "être intelligent" ?

 

Supporter la différence... un long parcours de vie !

Supporter la différence... un long parcours de vie !

Tous les grands peintres ne se coupent pas l’oreille, tous les grands compositeurs n’assassinent pas leur femme et tous les grands mathématiciens ne laissent pas leur peau dans un duel perdu d’avance. Pour les « surdoués », il en va de même : certains sont heureux, et beaucoup ne sont pas plus malheureux que la moyenne (ce qui, notamment à notre époque, n’est pas pour autant synonyme de bonheur). Évidemment, ceux que je reçois dans mon cabinet arrivent avec leur mal- être. C’est la loi du genre et, quand on est psy, il faut toujours conserver à l’esprit que la lentille à travers laquelle on voit le monde est trompeuse.

 

Le « surdouement » charrie cependant son lot de souffrances spécifiques. D’ailleurs, un des ouvrages notables de ces dernières années sur le sujet s’intitule : Trop intelligent pour être heureux ?

 

Beaucoup de « surdoués » expriment la certitude que leur difficulté à vivre provient de leur différence, de l’acuité de leur regard qui les condamnerait à la souffrance. Même si la fréquence de ce ressenti subjectif ne peut être prise pour preuve, il faut du moins l’interroger.

 

Quand ils parlent de leur malaise, que disent- ils ? Ce qui revient d’abord, c’est une moindre résistance à l’ennui. Avoir l’impression que le temps file sans raison, surtout quand cela leur est imposé, semble pour eux intolérable. Se mettent alors en place des stratégies, conscientes ou non, pour échapper à ce qui constitue une vraie angoisse. Le problème, c’est que certaines de ces stratégies ont elles- mêmes des répercussions coûteuses au sein des institutions qu’ils fréquentent, école ou entreprise.

 

La maîtresse de Gabriel n’avait jamais pu l’observer en dehors de l’école. Un jour, parce qu’elle est très appréciée par les parents de l’enfant, elle est conviée chez eux pour une fête. Là, Gabriel, tout fier de lui montrer son univers, sort son hautbois et joue pour elle. Interloquée, elle se tourne vers le père et murmure : « En un an et demi, c’est la première fois que je le vois se poser ! » À l’école, le corps tressaute, nerveusement. Parfois Gabriel détruit compulsivement ses crayons ou sa gomme.

 

Emmanuelle, venue me voir initialement pour son fils, reconnu « surdoué » mais ayant des difficultés d’apprentissage, notamment pour l’écriture, raconte : « J’ai peur que ça vienne de moi. Moi aussi j’étais lente, ça m’a été difficile d’apprendre à écrire. » Comme je l’interroge plus avant, elle continue : « Je passais beaucoup trop de temps à former les lettres, j’essayais de les rendre les plus belles possibles, c’était comme si chacune me racontait une histoire. » Avant même de se passionner pour la peinture, Emmanuelle était fascinée par les formes qu’elle observait autour d’elle et passait des heures dans le jardin de ses parents à scruter la courbe d’une feuille, le dessin d’une brindille.

 

Qu’y a- t-il de commun entre ces deux anecdotes ? Les deux peuvent être interprétées comme la mise en place d’une réaction à l’angoisse du vide provoquée par l’ennui. Agitation du corps, destruction des objets, ou surinvestissement du détail de l’opération demandée (écrire), sont autant de tentatives pour trouver une jouissance réparatrice. Mais Gabriel sera catalogué comme élève dissipé et Emmanuelle garde encore aujourd’hui le souvenir cuisant de ces premières années d’école où on a commencé à lui renvoyer l’image d’une incapable.

 

La relation aux autres constitue aussi un point névralgique. Elle a deux versants : la difficulté à établir des liens satisfaisants et l’angoisse de se sentir différent. Si les « surdoués » n’étaient caractérisés que par une plus grande habileté logique, les répercussions sur leurs relations sociales seraient mineures. Bien sûr, pour ceux qui sont très bons élèves, il y aurait toujours la jalousie que cela peut susciter chez les autres. Mais au moins les « surdoués » qui ne parviennent pas à être performants à l’école seraient- ils épargnés. Il n’en est rien.

 

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Les situations de harcèlement par leurs camarades, sinon par les adultes eux- mêmes, dépassent très largement les cas des bons élèves. C’est pourquoi l’explication par la jalousie est souvent inopérante à apaiser ceux qui sont objets de persécutions. Pour aller au fond des choses, la recherche des responsables ne suffit pas (persécuteurs, persécutés, tiers, institution), et il faudra chercher, derrière ce qui est présenté comme la confrontation de méchants et de victimes dans une école qui peine à jouer pleinement son rôle, tout ce qui rend inévitable la question de la violence.

 

Même quand il n’y a pas persécution, le sentiment d’isolement est souvent très grand chez les « surdoués ». Il est fréquemment lié à la différence des centres d’intérêt, en particulier quand le « surdoué » trouve dans son milieu familial des nourritures culturelles dont il s’empare avec appétit et qu’il peine à partager ensuite avec ses camarades de classe. La propension des enfants « surdoués » à engager des discussions avec leurs aînés et à raisonner sur des questions qui « ne sont pas de leur âge » accroît encore ce phénomène. Mais ces facteurs font écran au véritable problème. Si cela se résumait ainsi, il y aurait deux solutions aisées :

 

– soit se débrouiller pour insérer l’enfant dans un milieu scolaire où il rencontrera davantage de camarades culturellement nourris (après tout, il y a des univers sociaux où acheter des figurines de dinosaures à ses enfants et leur coller le système solaire au plafond font partie des gestes élémentaires du parent, au même titre que changer les couches), et au pire, attendre qu’en grandissant il puisse évoluer enfin dans des sphères qui lui conviennent mieux.

 

– soit éviter les nourritures spirituelles qui risquent de l’isoler, veiller à l’intéresser aux mêmes dessins animés que ses copains de classe et lui acheter une DS à la première occasion.

 

Ces deux stratégies peuvent avoir leur intérêt, peuvent même être nécessaires à telle étape du développement d’un enfant. Elles restent pourtant à la surface du problème.

 

Bien souvent, le sentiment d’isolement demeure, même au milieu de gens qui parlent de dinosaures toute la journée (dans le cas où le « surdoué » est devenu paléontologue – il y en a), et même quand les objets investis par le « surdoué » semblent de ceux qui devraient lui permettre de se fondre dans le nombre (quand il passe tout son temps à faire tourner des « Bey Blade », ou à jouer au foot ; quand il fait plus tard des choix d’étude et de vie tout à fait « normaux »). Quant à la question de la maturité, elle est tout aussi trompeuse : si Maxime a du mal aujourd’hui à partager ses interrogations sur la mort avec ses copains de classe, on peut le mettre sur le compte de leur jeunesse. Mais rien ne garantit que les années lui amèneront d’ellesmêmes des interlocuteurs.

 

Il aura fallu des semaines et de nombreuses séances pour que Maxime le formule ainsi : « Quand on joue, on dirait qu’on joue au même jeu, mais on joue pas pareil. » Pas pareil : un quelque chose qui crée un écart angoissant, parce qu’impossible à cerner, même par ceux qui ont été détectés comme « surdoués ». On leur a dit qu’ils étaient « surdoués » ou « précoces » ou « à haut potentiel », mais lorsqu’il n’est apparemment pas du tout question de logique, d’intelligence ou de raisonnement, on ne les a pas préparés à penser cette différence. Alors souvent, ils l’attribuent à autre chose et cela donne une certitude sur soi- même du type : « Je suis surdoué et anormal. »

 

D’ailleurs, même le « je suis surdoué » est mystérieux, puisqu’au fond, personne ne comprend vraiment de quoi il s’agit. On ne sait pas ce que c’est mais cela suscite tout de même chez les autres de l’effroi ou de l’admiration. Et puis il y a un score, un nombre, autour duquel s’élabore souvent un curieux fétichisme. Je vaux 135 ou 142 ou 153, qu’est- ce que cela peut bien signifier ? Qu’est- ce que cela induit ?

 

Adrien, comme beaucoup de « surdoués », est ivre de sa puissance. Quand il commence à faire quelque chose, il a l’impression que rien ne peut lui résister et le regard admiratif de ses parents le plonge dans une surexcitation qui masque mal l’angoisse qui l’accompagne. Car vient toujours le moment où les choses résistent, deviennent difficiles, même pour lui, et où il faudrait travailler pour franchir un cap. À ce moment il s’effondre, et doute encore beaucoup plus de lui- même que n’importe qui. Adrien a neuf ans, et encore le temps de surmonter cela. Mais s’il ne fait pas l’apprentissage de l’échec, comme étape indispensable de la progression, si on ne l’accompagne pas dans ce dur chemin qui consistera à accepter que soit remise en cause, momentanément, cette facilité autour de laquelle il a construit toute son identité, alors son existence entière, comme celle de très nombreux « surdoués », risque d’être une longue fuite pour maintenir, à un coût toujours plus élevé, l’illusion de la toute- puissance.

 

Cette liste de souffrances ne serait pas complète si l’on ne revenait pas sur l’une des plus importantes : le sentiment d’hébétude devant la marche dite « normale » du monde. Lorsqu’on a besoin de savoir à quoi sert quelque chose pour pouvoir le faire, il y a de quoi ressentir de la panique face à la maigreur des justifications habituelles. Finalement, pour qu’une société ou une institution fonctionne, il y a surtout besoin qu’elle reproduise mécaniquement un certain nombre de processus qui, absurdes ou pas, marcheront une fois mis bout à bout, et pour que cette reproduction mécanique se fasse, elle a besoin d’en inscrire la nécessité chez la plupart des individus, sous forme de réflexes. Il y a un âge où les enfants demandent le pourquoi des choses et le pourquoi du pourquoi. À poursuivre l’interrogation dans la vie quotidienne, il y a très vite un moment où plus personne n’a de réponse (en général, dès le pourquoi du pourquoi du pourquoi) et où tombe le dernier mot : parce que c’est comme ça ! Parce qu’on a toujours fait comme ça !

 

On pourrait s’en satisfaire, et d’ailleurs beaucoup s’en satisfont, mais celui qui a besoin d’une véritable explication est vite pris de vertige. Comment continuer à cheminer dans ce monde, y progresser, y agir ? Certains n’y parviennent pas.

 

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Carlos Tinoco est normalien, agrégé de philosophie, enseignant et psychanalyste. À l’âge de dix ans, il a intégré l’un des premiers centres en France dédiés aux enfants dits « précoces » : Jeunes Vocations artistiques, scientifiques et littéraires. Père de deux enfants, il vit à Paris.
 
Extrait de "Intelligents, trop intelligents",  de Carlos Tinoco, publié aux éditions JC Lattès, 2014. Source : http://www.atlantico.fr/
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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 11:27

Chaque amour a le sentiment de ne ressembler à aucun autre ! Dans la lignée des anciens philosophes grecs, les psys dégagent pourtant trois grands profils types de l’état amoureux, dans lesquels nous pouvons tous nous reconnaître.

 

Peinture d'Anton Raphael Mengs

Peinture d'Anton Raphael Mengs

Parler d’amour, c’est associer désir physique, échange et complicité. Pourtant l’amour se décline en une infinité de nuances : fusion, raison, dépendance, haine… Mais toujours le même mécanisme est à l’œuvre : « C’est dans la relation à la mère que l’on trouve la matrice de l’amour que l’on privilégiera ensuite », explique Didier Lauru, psychanalyste. Nos comportements d’adulte sont l’occasion de prolonger – ou de réparer – les expériences vécues dans les tout premiers moments de l’enfance. Le point commun entre les différentes façons d’aimer ?

 

L’idéalisation de l’autre et la dévalorisation de soi. Aveuglé par les émotions, on pare notre partenaire de toutes les qualités dont on se croit le plus souvent dépourvu. D’où l’expression « tomber amoureux » : on descend quelques marches et on installe l’autre sur un piédestal. « C’est l’estime de soi qui chute d’abord », explique Didier Lauru. Ensuite ? « Tout est une question de degrés » – d’idéalisation, de dénarcissisation, de dépendance vis-à-vis de l’autre – qui, selon les spécialistes, déterminent trois grands profils amoureux : Eros ; son opposé, Agapê ; et Philia.

 

 

" Eros L’amour passion "

 

Le cœur s’emballe, l’excitation alterne avec la peur, le désir physique est insatiable, le manque nous obsède dès les premières séparations. Nos repères sont bousculés, on se perd un peu. Cet état est propre à la rencontre amoureuse. « Ce qui nous guide vers une relation, c’est d’abord le désir d’exaltation et cette opportunité que nous offre le partenaire de vivre plus intensément, explique Claude-Marc Aubry, psychologue. Ce partenaire est alors moins vécu comme un sujet que comme un objet. » Objet support de nos manques et de nos fantasmes d’un amour idéal, objet chargé de combler nos manques affectifs… L’intensité et la durée de cet état passionnel varient en fonction de la force de ses projections sur l’autre. « Il dure entre six mois et deux ans », ajoute Claude-Marc Aubry.

 

Après ? « Il a changé », « Je ne la reconnais plus », se surprend-on à dire. « La réalité de l’autre finit toujours par s’imposer à nos yeux. » Soit on l’accepte et on entre dans un autre type de relation, soit on en est incapable et la déception, donc la souffrance, est irréversible. On peut alors basculer dans la haine : les émotions exacerbées demeurent, mais changent de pôle. Ou dans la dépendance : « Sans lui, je me sens vide », « Sans elle, je ne suis rien. » Resté à l’état d’objet, le partenaire devient indispensable pour vivre.

 

Aimer avec passion, c’est découvrir en soi une capacité à vivre des émotions dont on ignorait l’intensité, et rompre avec un quotidien parfois pauvre en émulation. La passion amoureuse a des vertus bénéfiques et instructives pour et sur soi, mais, parce qu’elle est fondée sur le narcissisme et l’égocentrisme, elle ne peut être le seul socle de construction d’une vraie relation à deux. Laquelle n’est possible qu’à condition de pouvoir regarder l’autre vraiment : c’est en décidant d’apprécier son partenaire avec ses défauts et ses qualités, mais aussi en reprenant conscience de ce que l’on est, soi, hors du couple, que l’on peut glisser d’une passion déraisonnée à un amour plus constructif et apaisé.

 

" Philia L’amour-amitié "

 

Autant l’amour passion incite au repli sur soi et sur le couple, autant cet amour-amitié invite à s’ouvrir sur l’extérieur. On est complice, on se comprend, on s’écoute, on s’intéresse l’un à l’autre et au monde… Et, tout à coup, cette amitié a priori sans ambiguïté se transforme : les regards changent, le désir s’installe. Selon Didier Lauru, « cet instant correspond à un moment d’idéalisation de l’autre qui, bien souvent, coïncide avec celui où l’on se sent – ou se croit – aimé de lui. » Cette « intuition » donne envie de se laisser aller à des sentiments amoureux jusque-là inhibés par un manque de confiance en soi ou par la crainte de pervertir la relation amicale. La relation amoureuse se fonde alors sur des bases solides : celles qui avaient conduit à l’amitié, du partage d’une passion commune à une communication très forte.

 

Un virage sans dérapage ? Pas toujours. Selon Didier Lauru, « la relation qui prévalait jusqu’à présent est oubliée au bénéfice d’une nouvelle rencontre sur le mode amoureux. “On perd la mémoire”… Preuve que l’amour, même le plus “calme” et progressif, est toujours un peu pathologique ! »

 

Cet amour-Philia, peut-on le retrouver dans toutes les relations ? « Oui, répond Claude-Marc Aubry, on peut tout à fait considérer que l’amitié sexuée est une définition du “bon amour”. » « Bon », car à la dépendance, cet amour oppose l’attachement nourri par une entente développée au fil du temps et des expériences partagées. Seule « dérive possible » : pris dans une connaissance mutuelle parfaite, les partenaires ne ressentent plus de curiosité ou de besoin de se séduire. La tiédeur émotionnelle s’installe, au risque de la lassitude et de l’envie de trouver ailleurs des « sensations » fortes.

 

" Agapê L’amour profond "

 

C ’est l’amour alliant désir et raison : on sait "bien vivre", on sait être “libres ensemble”, on s’aime, mais on ne s’appartient pas. « L’amour profond commence avec la prise de conscience de ce qu’est l’autre réellement, loin des fantasmes », explique Claude-Marc Aubry. Amour dit « mature » ou « éclairé », « il suppose une bonne compréhension de soi-même et de l’autre, mais aussi de savoir déjouer les pièges et mécanismes qui nous lient au passé et qui entraînent la dépendance. » L’imaginaire suggéré par les sentiments amoureux n’empêche ni de voir la réalité de l’autre, ni celle du couple. Et l’idéalisation du partenaire nous narcissise plutôt que de nous faire perdre confiance en nous.

 

Sylvie Bellaud-Caro rappelle que cet amour réunit trois éléments : moi, l’autre et la relation. « Il peut y avoir harmonie, conflit, joie, tristesse… peu importe. Ce qui est fondamental, c’est que les deux partenaires restent indépendants et se rejoignent ensuite dans le couple pour le nourrir de projets, d’envies, d’expériences à partager. »

 

Mais comment faire la différence entre un « je t’aime profondément » et un « je t’aime passionnément » ? « En réfléchissant à l’intensité de son ressenti », répond la thérapeute : me manque-t-il au point que, sans lui, j’ai l’impression de ne plus exister ? Ou simplement parce que j’aimerais partager ce moment, cette conversation avec lui ? « L’attachement n’est pas la dépendance. » C’est le respect qui fait la différence : respect de soi – être à l’écoute de ses propres désirs, ne pas s’oublier pour l’autre – et respect de l’autre. Si le mot respect ne fait pas écho à nos idéaux romantiques, il s’imposera pourtant vite comme le meilleur garde-fou de l’amour.

 

Anne-Laure Gannac pour psychologies.com

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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 13:44

"Les Lumières sont l'émancipation de l'homme de son immaturité dont il est lui-même responsable. L'immaturité est l'incapacité d'employer son entendement sans être guidé par autrui. Cette immaturité lui est imputable non pas si le manque d'entendement mais la résolution et le courage d'y avoir recours sans la conduite d'un autre en est la cause. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! voilà donc la devise des Lumières." Emmanuel Kant.

 

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QU’EST-CE QUE LES LUMIÈRES (Kant - 1784) ?

Réponse à l'irresponsabilité des décideurs contemporains

 

Les lumières sont ce qui fait sortir l’homme de la mino­rité qu’il doit s’imputer à lui-même. La minorité consiste dans l’incapacité où il est de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui. Il doit s’imputer à lui-même cette mino­rité, quand elle n’a pas pour cause le manque d’intelligence, mais l’absence de la résolution et du courage nécessaires pour user de son esprit sans être guidé par un autre. Sapere aude, aie le courage de te servir de ta propre intelligence ! voilà donc la devise des lumières.

 

La paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu’une si grande partie des hommes, après avoir été depuis longtemps affranchis par la nature de toute direction étrangère (naturaliter majorennes), restent volontiers mineurs toute leur vie, et qu’il est si facile aux autres de s’ériger en tuteurs. Il est si commode d’être mineur ! J’ai un livre qui a de l’esprit pour moi, un di­recteur qui a de la conscience pour moi, un médecin qui juge pour moi du régime qui me convient, etc. ; pourquoi me donnerais-je de la peine ? Je n’ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront pour moi de cette en­nuyeuse occupation. Que la plus grande partie des hommes (et avec eux le beau sexe tout entier) tiennent pour difficile, même pour très-dangereux, le passage de la minorité à la majorité ; c’est à quoi visent avant tout ces tuteurs qui se sont chargés avec tant de bonté de la haute surveillance de leurs semblables. Après les avoir d’abord abêtis en les traitant comme des animaux domestiques, et avoir pris toutes leurs précautions pour  que ces paisibles créatures ne puissent tenter un seul pas hors de la charrette où ils les tiennent enfermés, ils leur montrent ensuite le danger qui les menace, s'ils essayent de marcher seuls. Or ce danger n'est pas sans doute aussi grand qu'ils veulent bien le dire, car, au prix de quelques chutes, on finirait bien par apprendre à marcher ; mais un exemple de ce genre rend timide et dégoûte ordinairement de toute tentative ultérieure...

 

 

La maturité selon le modèle médiatique :

 

La maturité selon les occidentaux - au 21ème siècle (Source: Les inconnus -VEVO)

 

Il est donc difficile pour chaque individu en particulier de travailler à sortir de la minorité qui lui est presque devenue une seconde nature. Il en est même arrivé à l'aimer, et provisoire­ment il est tout à fait incapable de se servir de sa propre intel­ligence, parce qu'on ne lui permet jamais d'en faire l'essai. Les règles et les formules, ces instruments mécaniques de l'usage rationnel, ou plutôt de l'abus de nos facultés naturelles, sont les fers qui nous retiennent dans une éternelle mi­norité. Qui parviendrait à s'en débarrasser, ne franchirait en­core que d'un saut mal assuré les fossés les plus étroits, car il n'est pas accoutumé à d'aussi libres mouvements. Aussi n'arrive-t-il qu'à bien peu d'hommes de s'affranchir de leur minorité par le travail de leur propre esprit, pour marcher ensuite d'un pas sûr.

 

Mais que le public s'éclaire lui-même, c'est ce qui est plutôt possible ; cela même est presque inévitable, pourvu qu'on lui laisse la liberté. Car alors il se trouvera toujours quelques libres penseurs, même parmi les tuteurs officiels de la foule, qui, après avoir secoué eux-mêmes le joug de la minorité, répan­dront autour d'eux cet esprit qui fait estimer au poids de la raison la vocation de chaque homme à penser par lui-même et la valeur personnelle qu'il en retire. Mais il est curieux de voir le public, auquel ses tuteurs avaient d'abord imposé un tel joug, les contraindre ensuite eux-mêmes de continuer à le subir, quand il y est poussé par ceux d'entre eux qui sont incapables de toute lumière. Tant il est dangereux de semer des préjugés ! car ils finissent par retomber sur leurs auteurs ou sur les successeurs de leurs auteurs. Le public ne peut donc arriver que lentement aux lumières. Une révolution peut bien amener la chute du despotisme d'un individu et de l'oppression d'un maître cupide ou ambitieux, mais jamais une véritable réforme dans la façon de penser ; de nouveaux préjugés serviront, tout aussi bien que les anciens, à conduire les masses aveugles.  

 

La diffusion des lumières n'exige autre chose que la liberté, et encore la plus inoffensive de toutes les libertés, celle de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses. Mais j'en­tends crier de toutes parts : ne raisonnez pas. L'officier dit : ne raisonnez pas, mais exécutez ; le financier : ne raisonnez pas, mais payez ; le prêtre : ne raisonnez pas, mais croyez. (Il n'y a qu'un seul maître dans le monde qui dise : raisonnez tant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, mais obéissez.) Là est en général la limite de la liberté. Mais quelle limite est un obstacle pour les lumières ? Quelle limite, loin de les entraver, les favorise ? — Je réponds : l'usage public de sa raison doit toujours être libre, et seul il peut répandre les lu­mières parmi les hommes ; mais l'usage privé peut souvent être très-étroitement limité, sans nuire beaucoup pour cela aux progrés des lumières. J'entends par usage public de sa raison celui qu'en fait quelqu'un, à titre de savant, devant le public entier des lecteurs. J'appelle au contraire usage privé celui qu'il peut faire de sa raison dans un certain poste civil ou une cer­taine fonction qui lui est confiée. Or il y a beaucoup de choses, intéressant la chose publique, qui veulent un certain méca­nisme, ou qui exigent que quelques membres de la société se conduisent d'une manière purement passive, afin de concourir, en entrant pour leur part dans la savante harmonie du gouver­nement, à certaines fins publiques, ou du moins pour ne pas les contrarier. Ici sans doute il n'est pas permis de raisonner, il faut obéir.

 

Mais, en tant qu'ils se considèrent comme membres de toute une société, et même de la société générale des hommes, par conséquent en qualité de savants, s'adressant par des écrits à un public dans le sens propre du mot, ces mêmes hommes, qui font partie de la machine, peuvent raisonner, sans porter atteinte par là aux affaires auxquelles ils sont en partie dévolus, comme membres passifs. Il serait fort déplorable qu'un officier, ayant reçu un ordre de son supérieur, voulût raisonner tout haut, pendant son service, sur la convenance ou l'utilité de cet ordre ; il doit obéir. Mais on ne peut équitablement lui dé­fendre, comme savant, de faire ses remarques sur les fautes commises dans le service de la guerre, et de les soumettre au  jugement de son public. Un citoyen ne peut refuser de payer les impôts dont il est frappé ; on peut même punir comme un scandale (qui pourrait occasionner des résistances générales) un blâme intempestif des droits qui doivent être acquittés par lui. Mais pourtant il ne manque pas à son devoir de citoyen en publiant, à titre de savant, sa façon de penser sur l'inconve­nance ou même l'iniquité de ces impositions. De même un ec­clésiastique est obligé de suivre, en s'adressant aux élèves aux­quels il enseigne le catéchisme, ou à ses paroissiens, le symbole de l'Église qu'il sert ; car il n'a été nommé qu'à cette condition.

 

Mais, comme savant, il a toute liberté, et c'est même sa voca­tion, de communiquer au public toutes les pensées qu'un exa­men sévère et consciencieux lui a suggérées sur les vices de ce symbole, ainsi que ses projets d'amélioration touchant les choses de la religion et de l'Église. Il n'y a rien là d'ailleurs qui puisse être un fardeau pour sa conscience. Car ce qu'il enseigne en vertu de sa charge, comme fonctionnaire de l'Église, il ne le présente pas comme quelque chose sur quoi il ait la libre fa­culté d'enseigner ce qui lui paraît bon, mais comme ce qu'il a la mission d'exposer d'après l'ordre et au nom d'autrui. Il dira : notre Église enseigne ceci ou cela ; voilà les preuves dont elle se sert. Il montrera alors toute l'utilité pratique que ses pa­roissiens peuvent retirer d'institutions auxquelles il ne souscri­rait pas lui-même avec une entière conviction, mais qu'il peut néanmoins s'engager à exposer, parce qu'il n'est pas du tout im­possible qu'il n'y ait là quelque vérité cachée, et que dans tous les cas du moins on n'y trouve rien de contraire à la reli­gion intérieure. Car, s'il croyait y trouver quelque chose de pareil, il ne pourrait remplir ses fonctions en conscience ; il devrait les déposer. L'usage qu'un homme chargé d'enseigner fait de sa raison devant ses paroissiens est donc simplement un usage privé ; car ceux-ci ne forment jamais qu'une assemblée domestique, si grande qu'elle puisse être, et sous ce rapport, comme prêtre, il n'est pas libre et ne peut pas l'être, puisqu'il exécute un ordre étranger. Au contraire, comme savant, s'adressant par des écrits au public proprement dit, c'est-à-dire au monde, ou dans l'usage public de sa raison, l'ecclésiastique jouit d'une liberté illimitée de se servir de sa propre raison et de parler en son propre nom. Car vouloir que les tuteurs du peuple (dans les choses spirituelles) restent eux-mêmes toujours mineurs, c'est une absurdité qui tend à éterniser les absurdités.

 

Mais une société de prêtres, telle qu'une assemblée ecclé­siastique, ou une classe vénérable (comme elle s'appelle elle-même chez les Hollandais), n'aurait-elle donc pas le droit de s'engager par serment à rester fidèle à un certain symbole im­muable, afin d'exercer ainsi sur chacun de ses membres, et, par leur intermédiaire, sur le peuple, une tutelle supérieure qui ne discontinuât point, et qui même fût éternelle ? Je dis que cela est tout à fait impossible. Un pareil contrat, qui aurait pour but d'écarter à jamais de l'espèce humaine toute lumière ultérieure, serait nul et de nul effet, fût-il confirmé par le souverain pou­voir, par les diètes du royaume et par les traités de paix les plus solennels. Un siècle ne peut s'engager, sous la foi du ser­ment, à transmettre au siècle suivant un état de choses qui in­terdise à celui-ci d'étendre ses connaissances (surtout quand elles sont si pressantes), de se débarrasser de ses erreurs, et en général d'avancer dans la voie des lumières. Ce serait un crime contre la nature humaine, dont la destination originelle consiste précisément dans ce progrès ; et par conséquent les générations suivantes auraient parfaitement le droit de rejeter ces sortes de traités comme arbitraires et impies.

 

La pierre de touche de tout ce que l'on peut ériger en loi pour un peuple est dans cette question : ce peuple pourrait-il bien s'imposer à lui-même une pareille loi ? Or, en attendant en quelque sorte une loi meilleure, il pourrait bien adopter pour un temps court et dé­terminé une loi analogue à celle dont nous venons de parler, afin d'établir un certain ordre ; encore faudrait-il que, pendant toute la durée de l'ordre établi, il laissât à chacun des citoyens, particulièrement aux ecclésiastiques, la liberté de faire publi­quement, en qualité de savants, c'est-à-dire dans des écrits, leurs remarques sur les vices des institutions actuelles, jusqu'à ce que ces sortes d'idées eussent fait de tels progrès dans le public que l'on pût, en réunissant les suffrages (quand même ils ne seraient pas unanimes), soumettre à la couronne le projet de prendre sous sa protection, sans gêner en rien tous ceux qui voudraient s'en tenir à l'ancienne constitution religieuse, tous ceux qui s'accorderaient dans l'idée de la réformer. Mais se concerter, ne fût-ce que pour la durée de la vie d'un homme, afin d'établir une constitution religieuse immuable que per­sonne ne puisse mettre publiquement en doute, et enlever par là en quelque sorte un espace de temps au progrès de l'huma­nité dans la voie des améliorations, le rendre stérile et même funeste pour la postérité, c'est ce qui est absolument illégitime.

 

Un homme peut bien différer quelque temps de s'éclairer per­sonnellement sur ce qu'il est obligé de savoir ; mais renoncer aux lumières, soit pour soi-même, soit surtout pour la posté­rité, c'est violer et fouler aux pieds les droits sacrés de l'humanité. Or ce qu'un peuple ne peut pas décider pour lui-même, un monarque le peut encore moins pour le peuple, car son autorité législative repose justement sur ce qu'il réunit dans sa volonté toute la volonté du peuple. Pourvu qu'il veille à ce qu'aucune amélioration véritable ou supposée ne trouble l'ordre civil, il peut d'ailleurs laisser ses sujets libres de faire eux-mêmes ce qu'ils croient nécessaire pour le salut de leur âme. Cela ne le regarde en rien, et la seule chose qui le doive occuper, c'est que les uns ne puissent empêcher violemment les autres de travailler de tout leur pouvoir à déterminer et à répandre leurs idées sur ces matières. Il fait même tort à sa majesté en se mêlant de ces sortes de choses, c'est-à-dire en jugeant dignes de ses augustes regards les écrits où ses sujets cherchent à mettre leurs connaissances en lumière, soit qu'il invoque en cela l'autorité souveraine de son propre esprit, auquel cas il s'expose à cette objection : Cæsar non est supra grammaticos, soit surtout qu'il ravale sa puissance suprême jusqu'à protéger dans son État, contre le reste de ses sujets, le despotisme ecclésiastique de quelques tyrans.

 

Si donc on demande : vivons-nous aujourd'hui dans un siècle éclairé ? je réponds : non, mais bien dans un siècle de lu­mières. Il s'en faut de beaucoup encore que, dans le cours actuel des choses, les hommes, pris en général, soient déjà en état ou même puissent être mis en état de se servir sûre­ment et bien, sans être dirigés par autrui, de leur propre in­telligence dans les choses de religion ; mais qu'ils aient aujour d’hui le champ ouvert devant eux pour travailler librement à cette œuvre, et que les obstacles, qui empêchent la diffusion générale des lumières ou retiennent encore les esprits dans un état de minorité qu’ils doivent s’imputer à eux-mêmes, di­minuent insensiblement, c’est ce dont nous voyons des signes manifestes. Sous ce rapport, ce siècle est le siècle des lu­mières ; c’est le siècle de Frédéric.

 

Un prince qui ne croit pas indigne de lui de dire qu’il re­garde comme un devoir de ne rien prescrire aux hommes dans les choses de religion, mais de leur laisser à cet égard une pleine liberté, et qui par conséquent ne repousse pas le noble mot de tolérance, est lui-même éclairé et mérite d’être loué par le monde et la postérité reconnaissante, comme celui qui le premier, du moins du côté du gouvernement, a af­franchi l’espèce humaine de son état de minorité, et a laissé chacun libre de se servir de sa propre raison dans tout ce qui est affaire de conscience. Sous son règne, de vénérables ecclé­siastiques, sans nuire aux devoirs de leur profession, et, à plus forte raison, tous les autres qui ne sont gênés par au­cun devoir de ce genre, peuvent, en qualité de savants, sou­mettre librement et publiquement à l’examen du monde leurs jugements et leurs vues, bien qu’ils s’écartent sur tel ou tel point du symbole reçu. Cet esprit de liberté se répand aussi hors de chez nous, là même où il a à lutter contre les obstacles extérieurs d’un gouvernement qui entend mal son devoir ; car le nôtre offre une preuve éclatante qu’il n’y a absolument rien à craindre de la liberté pour la paix publique et l’harmonie des citoyens. Les hommes travaillent d’eux-mêmes à sortir peu à peu de la barbarie, pourvu qu’on ne s’applique pas à les y re­tenir.

 

J’ai placé dans les choses de religion le point important des lumières, qui font sortir les hommes de l’état de minorité qu’ils se doivent à eux-mêmes, parce que, quant aux arts et aux sciences, notre souverain n’a aucun intérêt à exercer une tutelle sur ses sujets, et surtout parce que cet état de minorité est non-seulement le plus funeste, mais encore le plus avilis­sant de tous. Mais la façon de penser d’un chef d’État, qui favorise les arts et sciences, va plus loin encore : il voit que, même pour sa législation, il n'y a aucun danger à permettre à ses sujets de faire publiquement usage de leur propre raison et de publier leurs pensées sur les améliorations qu'on y pourrait introduire, même de faire librement la critique des lois déjà promulguées ; nous en avons aussi un éclatant exemple dans le monarque auquel nous rendons hommage, et qui ne s'est laissé devancer en cela par aucun autre.

 

Mais aussi celui-là seul, qui, en même temps qu'il est lui-même éclairé et n'a pas peur de son ombre, a sous la main pour garant de la paix publique une armée nombreuse et par­faitement disciplinée, celui-là peut dire ce que n'oserait pas dire une république: raisonnez tant que vous voudrez et sur tout ce que vous voudrez, seulement obéissez. Les choses hu­maines suivent ici un cours étrange et inattendu, comme on le voit souvent d'ailleurs, quand on les envisage en grand, car presque tout y est paradoxal. Un degré supérieur de liberté civile semble favorable à la liberté de l'esprit du peuple, et pourtant lui oppose des bornes infranchissables ; un degré inférieur, au contraire, lui ouvre un libre champ où il peut se développer tout à son aise. Lorsque la nature a développé, sous sa dure enveloppe, le germe sur lequel elle veille si ten­drement, à savoir le penchant et la vocation de l'homme pour la liberté de penser, alors ce penchant réagit insensiblement sur les sentiments du peuple (qu'il rend peu à peu plus capable de la liberté d'agir), et enfin sur les principes mêmes du gou­vernement, lequel trouve son propre avantage à traiter l'homme, qui n'est plus alors une machine, conformément à sa dignité.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 17:38

Inconnu, mystérieux, troublant, voire inquiétant : L’inconscient ne cesse d’attiser notre curiosité. À quoi sert-il ? Comment nous influence-t-il ? Pourquoi son existence est-elle régulièrement mise en cause ? Réponses à quelques questions… et à de nombreuses idées reçues.

 

-L'inconscient, cet autre qui vit en nous !-

Aujourd’hui, l’idée d’un inconscient en nous n’étonne plus personne… Si nous perdons, deux jours de suite, les clefs de la maison, nous pensons : « C’est un acte manqué », sous-entendu un message de l’inconscient. Après un cauchemar, nous interrogeons nos amis : « Selon toi, que signifie mon rêve ? Que je veux inconsciemment rater mon examen ? » Quand un proche enchaîne les ratages amoureux, nous lui suggérons que, peut-être, il refuse inconsciemment de s’engager. Mais savons-nous vraiment de quoi nous parlons quand nous faisons appel à cette entité ?

 

Nous avons tendance à nous l’imaginer en dieu obscur ne cherchant qu’à nous rendre malade ou malheureux. Ou, au contraire, en divinité généreuse dont il suffit de s’attirer les bonnes grâces pour réussir sa vie. Ou encore lui attribuons-nous une volonté, un but, comme s’il était une personne à part entière… Autant d’interprétations, autant d’erreurs.

 

Selon l’expression de Freud, l’inconscient est une « autre scène », dissimulée aux regards, où se joue notre existence. Il est le lieu du refoulement des pulsions, de nos souvenirs, des désirs qui nous angoissent ou nous font honte. Sans en avoir conscience, nous pouvons être animés par une culpabilité qui nous pousse à nous autopunir en ratant notre vie amoureuse ou sociale parce que, par exemple, nous avons intériorisé et interprété certaines injonctions ou désirs parentaux. L’inconscient nous place face à une vérité dérangeante : des émotions, des fantasmes, des idées que nous ignorons peuvent déterminer notre vie davantage que notre volonté. Dans une époque qui fait la part belle au quantifiable et au rationnel, cette notion est très critiquée. Il y a plusieurs années, le philosophe Michel Onfray a consacré des centaines de pages à de violentes attaques contre ce qui ne serait qu’une émanation de la névrose de Freud. L’inconscient est également très critiqué par des néo-thérapeutes qui l’estiment dépassé et de nouvelles techniques psychothérapeutiques anglo-saxonnes prétendent s’en passer. Alors que savons-nous exactement de cette réalité intérieure qui influencerait nos vies ?

 

 

L'inconscient, une vieille histoire ?

 

 

L’intuition d’un savoir intérieur caché n’est pas récente. Au IVe siècle, les rabbins, auteurs du Talmud, l’un des textes majeurs du judaïsme, avaient déjà compris que nos songes nous parlent de nos aspirations secrètes et de nos désirs inavouables. Du côté des philosophes, au XVIIIe siècle, Spinoza déplorait que les causes véritables de nos actions nous soient presque toujours cachées. Leibniz, dans ses Nouveaux Essais sur l’entendement humain (Flammarion 1990), émettait l’idée de « petites perceptions inconscientes » influençant notre pensée. Toutefois, pour la philosophie, qui idéalise la conscience et la rationalité, l’inconscient ne recèle aucun savoir intéressant : c’est le lieu d’un manque, d’une confusion qu’il convient de balayer.

 

Le terme apparaît formellement un siècle plus tard. Selon le philosophe Schelling, l’inconscient est un élan vital qui unit les profondeurs de l’esprit et la nature. Schopenhauer, dans Le Monde comme volonté et comme représentation (Gallimard 2009), imagine des forces inconscientes qui régiraient à la fois les hommes et l’univers. Nietzsche, lui, a l’intuition d’un soi invisible – « maître plus puissant que le moi » – qui est le guide qu’il nous faut écouter, car le conscient est un « état personnel imparfait ». A la fin du siècle, c’est aux médecins de s’en emparer en soignant les malades mentaux par l’hypnose. En 1889, Freud, lors d’un voyage à Nancy, observe son confrère Hippolyte Bernheim qui traite par cette méthode ses patients névrosés. Ces expériences lui permettent de réaliser qu’un autre moi coexiste avec la personnalité consciente. Pour désigner ce dernier, le psychologue Pierre Janet invente le terme de « subconscient » en 1889 dans son ouvrage L’Automatisme psychologique (L'Harmattan 2005). Mais, comme tous les psys de son temps, il pensait que cette part inconsciente était un état pathologique, le signe d’une dissociation psychique, d’une névrose grave. Aucun d’eux, Freud excepté, ne comprend que nous possédons tous un inconscient.

 

 

Une invention freudienne ?

 

 

Freud innove en inventant un inconscient qui parle, se déchiffre et guérit, un inconscient peuplé de désirs sexuels, agressifs, mégalomanes, inavouables, de pulsions de vie et de mort, et qui possède des lois internes. Il nous propose en fait une vision révolutionnaire de l’âme humaine. Toutes les techniques actuelles d’exploration du psychisme ont une dette envers lui, rappelle le neuropsychiatre Boris Cyrulnik dans son livre De chair et d’âme (Odile Jacob, 2008). « Cette notion doit beaucoup à Carl Gustav Carus, professeur de zoologie à l’université de Vienne, qui, en 1850, écrit un livre – non traduit – intitulé Das Unbewusste (« l’inconscient »), dans lequel il soutient que les animaux savent sans savoir qu’ils savent. Quelques années plus tard, Eduard von Hartmann écrit sa Philosophie de l’inconscient (L'Harmattan 2008). Mais sans Freud, ces intuitions seraient restées parcellaires et éparpillées. »

 

 

Ami ou ennemi ?

 

 

L’inconscient ne nous veut ni bien ni mal. Nous en possédons un parce que notre moi refuse de laisser pénétrer dans la sphère consciente tout élément susceptible de nous heurter, de nous faire peur, de nous donner une trop mauvaise image de nous ou de ceux que nous aimons. Imaginons qu’une personne dangereuse veuille entrer chez nous. Nous allons la mettre à la porte – la refouler – et installer des verrous pour être sûr d’être bien protégé. Naturellement, elle ne sera pas d’accord et insistera pour signaler sa présence. C’est ce qui se produit avec les pensées et désirs refoulés dans l’inconscient. Ils ne sont jamais suffisamment réduits au silence pour se faire oublier. Et ils profitent des failles de la conscience – un moment de fatigue, le sommeil… – pour s’exprimer sous la forme de rêves, de lapsus, d’actes manqués. Ils surgissent quand nous nous y attendons le moins. Au lieu d’envoyer un SMS à notre amoureux, nous l’expédions à notre ex que nous ne réussissons pas à effacer de notre mémoire. Nous égarons l’adresse d’un rendez- vous professionnel dont dépend notre avenir matériel, mais qui ne satisfait pas notre créativité. Autant de rappels à l’ordre de nos vrais désirs. La sensation que l’inconscient est un danger, une menace n’est rien d’autre que l’angoisse du moi conscient qui réalise qu’il ne peut pas tout contrôler.

 

 

Inné ou acquis ?

 

 

Pour les psychanalystes qui se réclament de Freud, nous ne naissons pas dotés d’un inconscient. Très tôt, les expériences agréables ou déplaisantes laissent des traces mnésiques (de mémoire) dans le cerveau. Mais l’inconscient n’apparaît qu’avec l’acquisition du langage. Et les premiers désirs refoulés sont liés aux élans incestueux oedipiens auxquels nous devons renoncer pour grandir. C’est la raison pour laquelle il est difficile à certains d’accéder à une vie amoureuse satisfaisante : ils ne parviennent pas à se détacher de leurs premières amours pour maman et papa, tout en croyant être passés à autre chose depuis des décennies. C’est pour cette raison également que nous choisissons généralement, et sans nous en rendre compte, des partenaires qui ressemblent à nos parents. Car, ce qui est refoulé dans l’inconscient y survit éternellement, il « ignore le temps et la contradiction », nous dit Freud. A l’inverse, pour Jung (In Psychologie de l’inconscient - LGF, “Le Livre de poche”, 2010), disciple puis adversaire de Freud, il est présent dès notre naissance. Et à côté de l’inconscient individuel se tient, selon lui, un inconscient collectif qui nous relie à nos ancêtres ou aux héros des grands mythes fondateurs de la civilisation. Dans une optique jungienne, une pomme dans un rêve renvoie au mythe du paradis terrestre. Quand nous rêvons d’un avion en difficulté, nous devons nous souvenir du mythe d’Icare, ce héros grec qui chute pour avoir volé trop près du soleil et n’avoir pas écouté les conseils avisés de son père. Une facon de poser que tous les êtres humains ont tous les mêmes rêves, les mêmes attentes et les mêmes difficultés à atteindre leurs buts.

 

 

Un dialogue amoureux ?

 

 

Les inconscients dialoguent, c’est certain. Sur le divan bien sûr, entre le patient et le thérapeute. Mais pas uniquement. Pour Jung, « ce sont les rapports humains. Vous ne pouvez pas être avec quelqu’un sans être complètement imprégné par cette personne ». En amour, le phénomène vaut plus qu’ailleurs : « La réalité de l’inconscient dépasse la fiction, assure le psychanalyste Jacques-Alain Miller. Vous n’avez pas idée de tout ce qui est fondé, dans la vie humaine, et spécialement dans l’amour, sur des bagatelles, des têtes d’épingle, des “divins détails”. » A sa suite, le psychanalyste Yves Depelsenaire, auteur d’Un musée imaginaire lacanien (Lettre volée, 2009), évoque à propos de la rencontre amoureuse : « Ce qui est décisif, c’est l’écho que nous trouverons dans l’autre de notre propre symptôme, notre propre exil intérieur. Un je ne-sais-quoi qui résonne avec notre inconscient. »

 

 

Un autre imaginaire ?

 

 

L’imaginaire est la voie royale vers l’inconscient. Dans une optique psychanalytique, l’imaginaire n’est ni illusoire ni mensonger, ce mot désigne tout ce qui se manifeste par des images : les songes de la nuit, les rêveries de la journée, les fantasmes et les mythes, ces éléments collectifs dont, selon Jung, nos âmes ont besoin pour se nourrir spirituellement. Et n’oublions pas que, pour les psys, les fictions ont elles aussi une valeur de vérité : les petites histoires que nous nous racontons, les pensées vagabondes qui nous accompagnent tout au long de la journée, les scénarios que nous forgeons véhiculent nos désirs inconscients et des pans enfouis de notre personnalité. Même s’ils nous semblent absurdes, ils ont l’utilité de nous remettre en contact avec le petit enfant que nous avons été. « L’image est une force agissante, il est légitime de la faire agir », écrivait le psychanalyste Charles Beaudoin (In De l’instinct à l’esprit - Imago, 2007). Des techniques telles que l’hypnose, le rêve éveillé, la visualisation ou les tests projectifs s’appuient justement sur son pouvoir créateur.

 

 

Le refuge de notre mauvaise foi ?

 

 

« Je ne crois pas en l’existence de l’inconscient, affirme le philosophe Robert Misrahi. Nous sommes toujours conscients, présents à nous-mêmes. L’inconscient n’est que le nom que nous donnons à nos obscurités, à nos complicités, nos passivités et nos ignorances. » (In Savoir vivre, manuel à l’usage des désespérés, entretiens avec Hélène Fresnel - Encre marine, 2010). Pour de nombreux penseurs, en particulier Jean-Paul Sartre, l’idée d’un inconscient n’est qu’un prétexte pour démissionner en tant qu’humain responsable. C’est le refuge de la mauvaise foi et de la lâcheté : « Je ne savais pas ce que je faisais, ce n’est pas moi, c’est mon inconscient. » En réalité, Freud nous invite à rendre l’inconscient le plus conscient possible. Pour son héritier, le psychanalyste Jacques Lacan, nous sommes responsables de lui. Nous avons à en répondre, ce qui signifie que nous devons connaître et affronter nos pensées et nos fantasmes inavouables, même si cela nous coûte moralement. C’est tout l’objet de la cure analytique.

 

 À lire notamment : La Transcendance de l’ego de Jean-Paul Sartre (Vrin, 2003).

 

 

Une zone dans notre cerveau ?

 

 

« Les avancées des neurosciences, les sciences du cerveau, confirment les intuitions de Freud sur la réalité de l’inconscient, assure Boris Cyrulnik. Et les théories analytiques permettent aux neurobiologistes de mieux saisir ce qu’ils observent. »

 

Loin d’enterrer Freud, de nombreux neurobiologistes tels Jean-Pol Tassin, ou neurologues tels Lionel Naccache, auteur du Nouvel Inconscient (Odile Jacob, 2009) vérifient ses hypothèses depuis plusieurs décennies. Il n’existe pas à proprement parler de siège central de l’inconscient. Mais trois zones cérébrales sont impliquées dans les processus inconscients : les structures limbiques (le royaume des émotions et de la sensibilité affective), les zones associatives du cortex ou` se créent les liens entre les idées, les mots et les choses, et les aires sensorielles.

 

Le développement de la neuropsychologie permet également de mieux comprendre pourquoi nos conflits psychiques se traduisent si fréquemment par des maladies psychosomatiques, des douleurs physiques. En effet, le cerveau traite les mots exactement comme les sensations physiques. Une insulte est ressentie de la même facon qu’une gifle. Cette analogie explique pourquoi, après un choc, au lieu d’être malheureux, angoissé, nous pouvons nous sentir relativement serein… tout en nous mettant curieusement à souffrir de dorsalgies, de migraines ou de douleurs abdominales.

 

 

Un inconscient du corps ?

 

 

Les recherches actuelles le montrent : l’inconscient, ce n’est pas seulement « dans la tête », c’est toute une organisation psychocorporelle. Depuis la fin des années 1980, les neurobiologistes se penchent sur un deuxième inconscient, « cognitif ». Comme le décrit Boris Cyrulnik, il s’agit d’une mémoire purement corporelle, sans souvenirs, sans désirs secrets ni pensées honteuses. C’est grâce à lui que nous accomplissons les gestes du quotidien : nous laver les dents, sortir de chez nous, sauter dans le métro, rentrer, composer le code de la porte d’entrée sans même nous souvenir des chiffres, automatiquement, sans y réfléchir. Cet inconscient « corporel » explique aussi pourquoi sans le vouloir beaucoup d’enfants maltraités deviennent des adultes maltraitants. Ils ont intégré dans leur corps les gestes de la violence. Il peut également rendre compte des fausses allégations : une femme peut, par exemple, porter plainte « aujourd’hui » pour viol et éprouver le fait d’avoir été violée parce qu’elle l’a réellement été « dans le passé ». Son inconscient cognitif ayant conservé la trace du drame, il aura suffi que le sourire d’un homme dans le métro lui rappelle celui de son agresseur pour réactiver le drame. Si nous voulons vraiment comprendre nos émotions, nos vrais désirs, sortir de la spirale infernale de l’échec et nous épanouir, il est urgent d’accepter d’écouter notre inconscient.

 

 

Isabelle Taubes pour http://www.psychologies.com/

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Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychanalyse
18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 14:30

Voici le second article qui rend hommage à l'immense talent du psychologue et psychanalyste Pierre Daco. "Les triomphes de la psychanalyse", son deuxième ouvrage, retrace le déroulement des analyses, la découverte du moi et la renaissance des grands symboles dans le cœur des hommes. Ce livre est un bréviaire en ces temps de guerre entre les différents courants psychologiques. Un guide précieux qui dépoussière nos idées reçues et nous permet de redécouvrir la véritable signification du mot "psychanalyse", souvent galvaudé par de fausses croyances (qui phagocytent sa dimension thérapeutique) et par les mauvaises transmissions universitaires de cette discipline profondément humaine. Ce livre, vendu à plusieurs millions d'exemplaires, vient restaurer l'honneur et la fonction libératrice de cette psychothérapie toute particulière !

   

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Sigmund Freud : L'éternel incompris  (1856 - 1939)

 

 

Ce fut comme une bombe tonnant sur le monde. Provoquant étonnements, stupéfactions, colères. Des sarcasmes, aussi !

Pensez donc ! On entrait, en quelque sorte, dans le Surréalisme du Mental, dans un monde déformé, insaisissable, à première vue grotesque. Rien ne semblait plus correspondre à la réalité ; les gens prenaient peur. Leur Moi, ce Moi magnifié, puissant, raisonnable, c'était donc ça et rien que ça ? ...

Comment ! Ce Freud osait flanquer au monde de pareilles gifles ? N'osait-il pas prétendre que le fond de l'homme était un océan immense, inconnu, bourré de cavernes inconscientes ? Et que la partie raisonnable et consciente, face à cet océan intérieur, était très peu de choses ?


Les hommes se tâtèrent en ricanant, à la recherche de cet Inconscient dont ils ignoraient même l'existence ...

Non, les sarcasmes ne manquèrent pas. Et, en plus, ce Freud voulait donner aux rêves une explication rigoureuse ! En disant que le rêve n'était pas un chaos absurde, mais une réalité logique ! ...

  
Ne prétendait-il pas que les luttes intérieures de l'enfant, ses chocs émotifs, continuaient à exister sourdement en l'individu adulte, comme les satellites dont j'ai parlé ? Et que leurs effets pouvaient sortir à la moindre occasion ? L'homme, qui croyait donc se mater, se dominer, se guider, devenait une proie de son inconscient ; et cet inconscient déterminait la plupart de ses actions ... !

En plus, ( c'était le comble ! ), ce Freud voyait la Sexualité partout ... Il ouvrait les portes d'un Domaine Interdit, censuré, caché, dont on ne parlait qu'à voix basse derrière d'épais rideaux. Et voilà que de cette " chose " morale, il voulait faire une réalité scientifique !

Il était donc fatal que l'on hurle. Car les hommes devaient abandonner les pensées familières. Ils devaient s'aventurer dans une mer grasse et houleuse ... Et les hommes furent, dans leurs vanités, aussi offensés que lorsqu'ils apprirent que la Terre n'était pas le centre du monde ...


"Les sarcasmes furent donc leur défense."

Mais Freud continuait, géant indifférent. Et depuis, la Psychanalyse a envahi la psychologie, l'éducation, la littérature, le théâtre, les hôpitaux, les écoles, l'art ...
Les travaux psychanalytiques continuent sans répit, dans toutes les directions, orthodoxes ou non.

Un des rêves de l'homme n'est-il pas de sonder le Mental, jusque dans ses plus infimes galeries ? ...

 

Biographie et informations

Biographie :

Pierre Daco est un psychologue et psychothérapeute français, né en 1936 et mort en 1992.

Disciple de Charles Baudouin et de Carl Gustav Jung, il est membre de l'Institut International de Psychothérapie et de la Fondation Internationale de Psychologie Analytique. Ses ouvrages ont participé à la diffusion et à la médiatisation de la psychologie.

Ses écrits sont à la fois empreints de psychologie analytique, eu égard au fait qu'il resitue les grands symboles (ou archétypes) dans le quotidien de ses patients, et de la psychanalyse freudienne sur la base de laquelle il s'appuie afin d'expliquer les mécanismes inconscients, ou sous-jacents qui sous-tendent toutes nos réactions comportementales, y compris les complexes, inhibitions, la « projection », les « fixations », etc.

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LA TERMINOLOGIE PSYCHANALYTIQUE


... La Psychanalyse de Freud est, avant tout, une méthode particulière d'analyse et de traitements psychologiques, prenant place dans la psychothérapie.

Voici les termes ( barbares mais logiques ! ) que nous rencontrerons en psychanalyse :

- L' inconscient
- le " ça " et le subconscient
- les pulsions
- le Moi
- la censure
- le Moi idéal
- l'idéal du Moi
- le Sur-Moi
- les refoulements
- les complexes
- les rêves
- l'abréaction


Tout d'abord, nous pouvons imaginer un personnage ramant à la surface d'un lac. Comparons-le à l'individu conscient, c'est à dire opérant la synthèse de ses perceptions diverses.
Supposons maintenant que ce rameur n'ait jamais plongé, ou n'ait jamais eu l'occasion de savoir que ce lac possède une profondeur, un fond. Il croira donc que rien n'existe hormis la surface, de même qu'un homme ignorerait qu'il existe autre chose que sa vie consciente.
Quand supposera-t-il que ce fond de lac existe ? Lorsqu'il verra une bulle crever à la surface. Ou mieux encore, lorsqu'une énorme bulle d'air éclatant sous sa barque, le fera basculer ...
A ce moment seulement, le rameur se rendra compte qu'il existe une partie invisible, produisant certains effets ; et que seul un plongeon permet de l'explorer. Cette partie est : L'INCONSCIENT

Un individu inconscient ( inconscient est ici adjectif ) est celui qui ne connaît pas ses faits psychologiques et physiologique. Cet état est temporaire chez l'Homme normal, car la plupart des faits inconscients peuvent devenir conscients au fur et à mesure des besoins.

Exemples :
_ Je suis inconscient des battements de mon coeur ; mais il suffit de canaliser mon attention sur eux, pour qu'ils soient perçus consciemment.
_ Je suis en train d'écrire, et conscient d'écrire. Je ne pense donc pas à mon ami Jacques. Cependant, le souvenir de mon ami se trouve dans ma mémoire. Brusquemment je lève les yeux sur l'horloge, qui me rappelle le rendez-vous que Jacques m'a fixé. A ce moment, Jacques monte dans le champ de ma conscience.

Tout ceci est évidemment clair et très simple.

LES SOUVENIRS

Ils font partie de la zone inconsciente de l'individu. Ils s'y trouvent en masses incalculables ; certains d'entre eux étant" chargés " d'émotions agréables ou désagréables. Nous en verrons la grande importance en psychanalyse.

Beaucoup de souvenirs demeurent enfouis ( "oubliés" ) pendant longtemps ; parfois même durant toute la vie. Malgré cela, ils se trouvent inscrits dans la mémoire : on conçoit donc immédiatement qu'ils puissent produire certains effets, à l'insu du sujet !

Dans certains cas, ( hypnotisme, rêve nocturne, choc émotif, traumatismes crâniens, narco-analyse, narcose chirurgicale, etc etc) des souvenirs oubliés remontent brusquement à la conscience, à la surface.

LES HABITUDES

Elles font également partie de l'Inconscient. A vrai dire, l'habitude est un "tic" normal, et pouvant devenir conscient au moment où il se produit.

Les habitudes comprennent la plupart des actes moteurs, beaucoup d'opinions, des slogans intérieurs, des jugements appris. La Presse, la Radio, la Publicité s'en chargent bien souvent ! Mais si l'effet d'une habitude est souvent conscient, il n'en est pas de même des motifs cachés produisant cette habitude.

Les habitudes offrent un intérêt primordial en psychologie : certains "tic" révèlent un état affectif troublé .

Passons en revue les tics courants :

Froncement des sourcils - écarquillement des yeux - reniflement - nez froncé - lèchement des lèvres - mâchonnements - crachotements - toux - râclement de la gorge - haussement d'épaules - tête poussée hors du col, etc ; tous ces tics s'accomplissent immédiatement, en un éclair. Ce sont des tics simples.

Existent des tics aux ramifications plus compliquées : On rectifie sa cravate - on suce son pouce - on se ronge les ongles - on se manipule le nez, etc

Un tic est souvent le symptôme d'un état affectif momentané. Beaucoup de gens ont des tics "habituels" . L'apparition et l'intensité d'un tic dépendent d'un état émotionnel ; un tic se montre dans la "nervosité " d'un moment difficile, et disparaît avec l'aisance et la détente.

De nombreux tics verbaux existent également (expressions toutes faites, calembours répétés dix fois par jour, etc )
Ils disparaissent également avec la détente.

Nous avons aussi le véritable tic pathologique. Il traduit une situation affective ou physiologique. Son étude révèle souvent un conflit affectif inconscient. Certains facteurs nerveux sont fréquemment en cause également.

Reprenons l'exemple de la surface du lac. Il y a en dessous donc, l'inconscient physiologique et psychologique.
Cet inconscient prend sa source dans de très multiples éléments. Il est semblable à un fond de lac, formé de vase, de boue, d'or, de perles, de terre, et qui prolongerait ses racines vers un fond plus vaste encore : La Terre toute entière, dont il fait partie.

Il en est ainsi de notre Inconscient : il est formé aussi bien de faits psychologiques que de la sécrétion de nos glandes endocrines, et du fonctionnement de nos organes. Il est formé aussi bien de l'hérédité que de la composition du sang.Il prend sa source partout ; la nation dont on fait partie le forme ataviquement à la naissance ; les climats religieux, sociaux, géographiques, le forment également. La santé générale de l'individu décide de sa forme et de son étendue ...
Cet Inconscient-là regroupe aussi les tendances communes aux membres d'un même groupe social ... L'inconscient d'un Chinois est différent, à la naissance, de l'inconscient d'un Français.

Donc, on voit que cet immense Inconscient n'est pas facilement explorable ; il faudrait pouvoir analyser la moindre fibre nerveuse de l'Homme, et connaître les traces profondes qu'ont laissées en lui les dizaines de milliards d'expériences humaines qui l'ont précédé ...

Pour Freud donc, cet Inconscient là ne monte pas toujours à la surface de la conscience. Il fallait donc un Inconscient " intermédiaire", et susceptible de devenir conscient, à l'occasion ... Cet Inconscient " intermédiaire" s'appelle :

LE " ça "

Ce terme, qui semble un peu barbare, est cependant d'une logique rigoureuse. Nous nous sommes tous fait cette réflexion ; cela est plus fort que moi, je ne puis m'en empêcher. ça est plus fort que moi se traduit donc : " il y a en moi quelque chose qui me pousse à accomplir telle action alors que je n'en ai pas le désir conscient". Je prends l'exemple banal d'une personne qui se relève dix fois afin de vérifier la fermeture du gaz. Elle n'a donc pas le désir conscient de le faire ; mais une poussée inconsciente l'y oblige. C'est alors qu'elle dira : "ça" est plus fort que moi.

Le "ça" est appelé également : le Subconscient. Il désigne l'ensemble des tendances orientant certaines de nos activités.
L'Inconscient et le "ça" sont en rapport étroit. C'est normal puisque tous les deux forment le réservoir obscur des instincts, des habitudes, des souvenirs, etc.

Les racines du "ça" ( subconscient ) plongent dans l'Inconscient général. Leur action réciproque est gigantesque. Le "ça " est donc l'ensemble des faits psychologiques qui échappent momentanément à notre conscience. Pour que ces faits psychologiques remontent à la " surface ", certains états particuliers sont nécessaires ( par exemple dans le rêve nocturne, dans l'hynose, la psychanalyse, etc. ) Dans le "ça " se trouvent beaucoup de souvenirs et de sentiments " oubliés ". Or, beaucoup de ces souvenirs et sentiments gardent leur charge émotive. Ils sont comme des " aimants " psychologiques stagnant au fond de nous-mêmes, c'est à dire qu'ils attirent à eux les circonstances qui s'y rapportent.

Comment la présence de " satellites " subconscients peut-elle être décelée ? Quand les symptômes montent à la surface de la conscience. Par exemple :

une personne souffre d'angoisse. Cette angoisse n'est pas la maladie elle-même, mais un symptôme d'une maladie se trouvant dans le "ça" ( = subconscient ). Nous le verrons plus loin.

EN RESUME

a) Le rameur de surface représente l'Homme conscient.
b) Le fond du lac, invisible, représente le "ça" ( subconscient).

 
c) de temps à autres, ce fond libère des bulles ( symptômes ) qui viennent crever à la surface ( conscience) et qui préviennent de ce que" quelque chose " se passe au fond. Si ces bulles sont puissantes, elles risquent de déséquilibrer la barque. C'est alors la névrose, dont nous parlerons.

L'Inconscient et le "ça" agissent par l'intermédiaire de certains centres nerveux, dont nous parlerons également. Nous verrons que l'Inconscient humain peut être d'une force incroyable, et d'une puissance terrifiante. On le constate quand il se libère, sans qu'un contrôle et un frein conscients lui soient opposés ... On le voit déjà dans les complexes, les obsessions, les névroses, le dédoublement de la personnalité, etc ...

Mais il existe des affections mentales où les forces inconscientes se déchaînent tout à fait librement. C'est le cas par exemple de la Manie-Dépressive, qui sera envisagée plus loin. La libération des instincts ne connaît plus, dans ce cas, ni morale, ni censure, ni tabous. Toutes les convenances, établies par les sociétés pendant des millénaires, sont balayés comme des feuilles mortes ... Et ainsi, une question se pose :

LE SUBCONSCIENT EST-IL MORAL OU IMMORAL ?

La question est capitale. Le subconscient n'est ni moral, ni immoral. Il regroupe l'ensemble de nos tendances, de nos désirs, de nos instincts. Se demander : " L'enfant de deux mois est-il moral ou non ? "n'a pas plus de sens, que de se demander l'inverse, puisque cet enfant vit uniquement sur ses instincts profonds. Le subconscient est donc en dehors de la morale. Il l'ignore, tout simplement. Il ignore même son existence. Il ne connaît pas les conventions sociales, familiales, morales, éthiques, sexuelles. Le subconscient tend ( comme chez l'animal et chez le petit enfant ) à satisfaire, le plus rapidement possible, ses besoins organiques et psychologiques, purement égoïstes.
Ces besoins sont appelés : pulsions.

Donc :
a) Le subconscient ( le ça ) est le réservoir général des instincts.
b) Les pulsions sont des tendances venant du subconscient, mais demandant la réalisation de tel besoin particulier.

Exemple : un homme a une attirance sexuelle envers une femme.
a) Le "ça" sera l'instinct sexuel général.
b) La " pulsion "sera la canalisation de cet instinct vers cette femme-là.

LE MOI

Nous avons conscience de ce que notre "Moi" n'est pas le "Moi" des autres. Le "Moi" est donc la personnalité propre à un sujet.

Et si l'on dit : " Moi", je fais ceci, cela implique que nous avons conscience de le faire, personnellement et volontairement. Or le " Moi" se situe dans la couche subconsciente. Pourquoi ?

1° - En premier lieu, l'enfant vit sur son subconscient instinctif, ( son "ça" ) Il n'a pas encore conscience d'être " lui" . Il ne dit pas " je " ; il ne dit pas " moi ". Il parle de lui à la troisième personne.

2°- Que se passe-t-il ensuite ? Les circonstances extérieures commencent à "bombarder " le subconscient de l'enfant.

3°- A la suite de ce " bombardement" de circonstances, l'enfant commence à sentir son "Moi". Il commence à se rendre compte de sa personnalité propre. Il se rend compte que les choses arrivent à "Lui", et pas à un autre. A ce moment il commence à dire "Je" . Le jeune André ne dira plus : - André fait ceci ; c'est pour André, etc.- mais : Je fais ceci; c'est pour moi.

Le "Moi" a fait son apparition. Il est donc une partie du "ça", transformé par les circonstances extérieures. Si on considère le "ça" comme une pâte qui fermente sous l'effet de circonstances extérieures ( la partie supérieure d'un four qui chauffe ), alors le "Moi" est une protubérence qui gonfle à la surface de cette pâte. Notre "Moi" reste donc en rapport très étroits avec nos instinct profonds. Une très grande partie de notre "Moi" reste donc subconsciente, et exige des circonstances particulières pour remonter à la surface de la conscience.

LA CENSURE

Chacun sait que beaucoup de nos pulsions instinctives sont grossières, choquantes, primitives. Il suffit de songer aux instincts d'agressivité, aux sentiments de haine envers tout ce qui s'oppose à nos désirs, à certaines pulsions sexuelles violentes et animales, aux pulsions de brutalité, de vengeance, de possession, etc. ( qui se trouvent donc dans le "ça").


Socialement, il est donc indispensable de stopper toute cette vie de jungle grouillant dans le subconscient. Je répète que, cependant, cette jungle n'a rien qui soit moral ou immoral. Le Loup qui dévore l'agneau n'est ni immoral ni cruel. " Cruel "est la traduction sensible et morale que nous donnons à son acte. Or, le loup fait son métier de loup ; un point c'est tout. Il est en dehors de toutes les considération philosophiques ou morales puisqu'il les ignore ! C'est bien évident.

Le " ça " agit de même ; il accomplit son action, sans se préoccuper du restant ! Or, l'Homme est destiné à la vie sociale. La plupart des pulsions venant du subconscient doivent donc être arrêtées, ou canalisées vers des actions bonnes, et supportables dans une vie en commun. Sur le subconscient de l'être humain vont donc s'abattre des torrents d'interdictions, des montagnes de censures. Tout cela est indispensable, mais nous verrons cependant la nécessité d'un " juste milieu".

Qui va se charger de cette Censure ? ... L'Education.

Voici donc l'education à l'affût, perchée au-dessus des pulsions, les examinant une à une. Tantôt le ciseau de la censure éducative coupera telle pulsion, tantôt elle laissera passer telle autre, ou lui imposera un déguisement acceptable.

La censure vient donc de l'éducation. Elle empêche une pulsion de se réaliser ou la transforme dans un but social et moral.

Par exemple :

Un enfant prend plaisir à considérer certaines parties de son corps. J'insiste : en faisant cela, il est en dehors d'une morale à laquelle il ne songe même pas. Il obéit aux ordre de son "ça " instinctif. Mais les adultes sont là, qui veillent.
Que vont-ils faire ?

a) ou bien ils interdiront purement et simplement l'action de l'enfant, sous menaces de châtiments. L'enfant, évidemment, n'y comprendra rien, mais obéira par un réflexe conditionné à la menace ( exactement comme un animal qui craint le bâton ).

b) ou bien les adultes présenteront à l'enfant des valeurs morales. Ils feront intervenir la modestie, la honte, la pudeur, qui feront du "ça" et du "Moi" instinctifs de l'enfant, un MOI Social, c'est à dire "dressé".

Autre exemple : les enfants prennent plaisir à s'intéresser à leurs fonctions intestinales. L'éducation intervient donc, en développant l'idée du dégoût, de la pudeur, de la honte devant la société, etc.

Ici se passe une chose capitale en psychanalyse

Le "ça" subconscient et instinctif devient un " Moi" social, poli, tourné vers les autres, tenant compte des autres, de leurs désirs, de leurs besoins. Le "Moi" commence à envisager les réactions des autres, au lieu d'être centré sur son propre plaisir égoïste. C'est ce qu'on appelle :

LE " SUR-MOI "

Le terme se définit lui-même ; ce qui est au-dessus du moi " brut".

Mais pour Freud, le Sur-Moi n'est pas, du point de vue moral, supérieur au " Moi ". On peut comprendre pourquoi. Le Sur-Moi s'est formé par une transformation sociale et morale imposée par les autres. Le Sur-Moi est un Moi "inhibé" par l'éducation. C'est un Moi ayant subi un dressage. Il n'a rien de spontané, mais il permet une vie en commun.

Car, ( pour Freud toujours) le Sur-Moi est dû à la pression sociale, qui oblige le Moi à se conformer aux convenances.
Voyons bien ceci : le "Moi " et le " ça" égoïstes sont donc censurés par l'ducation. Chaque partie du Sur-Moi devient une partie du Moi pétrie par les éducateurs ( qui ont ordonné au Moi : " Tu peux faire ceci ; tu ne peux pas faire cela ; ceci est bien ; cela est mal ; ceci est moral ; cela ne l'est pas etc." )

En pétrissant chaque morceau du Moi, l'éducation y a donc intégré des interdictions, ou des permissions. ( Mais bien plus souvent des interdictions !)

Donc : dès que le Sur-Moi agit, il met en branle, automatiquement, toutes les interdictions qui sont collées à lui ...
Que cela signifie-t-il ? Le Moi et le ça ont été censurés par l'éducation. Mais le Sur-Moi possède sa propre censure ... comme une pâte possèderait des raisins introduits par le pâtissier. Donc, si la pâte ( Sur-Moi) monte, les raisins ( censure) bougent en même temps ...

Le Sur-Moi devient la Douane, la gendarmerie autonome et subconsciente de l'individu. On voit donc immédiatement que cette gendarmerie du Sur-Moi puisse être souvent en opposition féroce avec les pulsions du " ça" !

Ce mécanisme est d'ailleurs la base de nombreuses névroses.

Supposons maintenant que le Moi ( plongeant dans les instincts ) lance une pulsion socialement ou moralement mauvaise, que va-t-il se passer ?

Cette pulsion va se heurter au Sur-Moi et à la "gendarmerie" qui en fait partie. Nous sommes à la frontière, et la question traditionnelle va se poser.

_ Le Sur-moi : " N'avez-vous rien à déclarer ? "
_ Le Moi : " J'ai à déclarer une pulsion. "
_ Le Sur-Moi : " Cette pulsion est-elle acceptable moralement? "
_ Le Moi : "Je l'ignore ; je suis en dehors de la Morale. Je viens du "ça ", cet immense territoire où agissent les instincts. "
_ Le Sur-Moi : " Je dois donc examiner cette pulsion ; je la laisserai passer si elle est acceptable ou je la refoulerai vers le territoire d'où elle vient, c'est à dire le subconscient. "

Ainsi se passent les choses, à l'intérieur d'un même individu ; c'est

LE REFOULEMENT

C'est un mécanisme subconscient, par lequel les pulsions interdites par le Sur-Moi, sont rejetées dans le réservoir du " ça".

Le rejet peut s'exprimer soit par le Refoulement donc, soit par la Répression ; ce qui est deux choses différentes.

1°) La Répression

Elle est un phénomène conscient. Le sujet renonce volontairement et consciemment à un désir condamné par ses convictions. ( Le désir est une pulsion devenue consciente )

Exemple : Un désir sexuel d'un frère envers sa soeur : le "ça", réservoir général, envoie une pulsion sexuelle dirigée vers la soeur. Cette pulsion arrive à la conscience du frère sous forme de désir. A ce moment, le frère repousse volontairement ce désir, parce que s'opposant à ses convictions morales, religieuses, éthiques etc. Il a donc réprimé son désir.

2°) Le Refoulement

C'est un phénomène subconscient. Le mécanisme opère sur la pulsion elle-même. La pulsion est refoulée avant même d'arriver à la conscience. ( Nous verrons pourquoi ) Cela signifie donc que nous ne savons jamais, au moment même, si nous refoulons quelque chose. Mais, direz-vous, quand sait-on qu'on a refoulé une pulsion ? On le sait alors quand un symptôme, apparaissant à la surface de la conscience, permet de déceler la présence du refoulement. C'est donc, encore ici, la bulle qui crève à la surface du lac.

Il va de soi que ces symptômes peuvent être infiniment variés : ils vont de certains rêves nocturnes à de terribles idées fixes, en passant par diverses maladies physiques ou psychologiques.

Exemple : Un désir sexuel d'un frère envers sa soeur : le "ça" , réservoir général, envoie une pulsion sexuelle dirigée vers la soeur. Dans le subconscient du frère, cette pulsion instinctive se heurte à la gendarmerie du Sur-Moi, qui la stoppe et la refoule vers son réservoir d'origine. Dans ce cas, le frère ignore que ce refoulement s'est opéré en lui. Mais peut-être un symptôme apparaîtra-t-il durant la nuit, sous forme de rêve.

Dans le cas d'un refoulement, y'a -t-il toujours des symptômes ? ... Tout dépend de la puissance et de la durée du refoulement. Certains petits refoulements passagers resteront sans suite, ou se traduiront par un simple rêve nocturne. D'autres refoulements, plus prolongés, pourront très bien ne donner aucun symptôme très net. Mais de toute façon, on peut immédiatement les détecter, ne serait-ce que dans l'attitude et le comportement de la personne qui a "refoulé".

Et n'oublions pas qu'un refoulement vient de la lutte entre deux forces subconscientes : le " ça " et le " Sur-Moi" ... Lutte parfois féroce, aboutissant aux pires conflits intérieurs. Conflits d'autant plus pénibles que la personne se sent écartelée entre de multiples tendances, sans savoir ce qui se passe en elle.

La première question qui pourrait se poser est celle-ci : pourquoi dans le cas de la Répression, cette pulsion a-t-elle pu passer la douane du Sur-Moi, et non pas dans le cas du Refoulement ?

L'EDUCATION ET LE REFOULEMENT

Si les éducateurs accomplissent convenablement leur office, ce Sur-Moi sera un filtre épurateur, et non une dalle d'acier étouffant tout. Nous connaissons ceux dont on dit populairement : " c'est un refoulé ". Ce sont des personnes qui, justemment, ont une dalle d'acier entre leurs pulsions et leur conscience. Rien ne se passe. Tout est arrêté. Elles sont alors semblables à une automobile dont le filtre à huile serait bouché ... Elles refoulent aussi bien les pulsions banales que les grandes pulsions. Le Refoulement est devenu un unique mécanisme-réflexe. La constipation mentale les atteint. Elles vivotent sur un infime fragment de conscience : toute spontanéité disparaît ... Elles croient vivre, mais elles dorment éveillées. Et elles imposeront à leur tour leurs refoulements à leurs enfants. Elles en prendront le "ça" et malaxeront chacune de ses parties, en les bourrant inconsciemment de leurs propres refoulements. Ce sera la continuation des " Sur-Moi " opaques, bloquant toute pulsion spontanée.

Chez l'homme bien formé, toute pulsion, quelle qu'elles soit passera sans dommage. Elle sera constatée consciemment, acceptée ou refusée volontairement. Chez cet homme, tout se passe au grand jour de son conscient. C'est le " Connais-toi toi-même ! " C'est l'homme a la conscience harmonieuse, large, équilibrée. Qui accepte le bien et le mal, mais sans angoisse maladive. C'est l'être du Juste Milieu, sachant que toute chose possède un sens ; et observant son subconscient avec détachement, sans jamais être écrasé par lui, tout en connaissant sa puissance ...

Revenons au Refoulement:

Supposons qu'une pulsion, venant du "ça" arrive à la douane subconsciente du Sur-Moi.

1°) Cette pulsion peut être admise sans difficulté. Il faut pour cela qu'elle présente un aspect bon-ton, correspondant au code du Sur-Moi. Dans ce cas, la pulsion monte à la conscience telle quelle.

Par exemple : Le " Sur-Moi" laissera passer des pulsions d'affection, d'amitié, de création artistique, de joie devant la nature etc.

2°) Elle peut être admise, à condition de s'habiller autrement. Elle montera vers la conscience, mais sous un déguisement, comme un "clochard" habillé en mondain. La vie courante présente des millions de cas de ce genre.

Par exemple : une jeune femme passe devant un groupe d'hommes. Ils réagissent en " sifflant d'admiration" . Que se passe-t-il réellement ?

a) la base de ce sifflement admiratif est évidemment sexuelle : mâle devant femelle.

b) le subconscient de ces hommes envoie une pulsion sexuelle dirigée vers la femme, ce qui est naturel et instinctif.
Supposons maintenant que ces hommes soient des êtres absolument primitifs, n'ayant jamais entendu parler de morale, de religion, de vie sociale, de respect des autres etc. Supposons qu'ils soient mentalement semblables aux singes des forêts. Quelle serait donc leur réaction ordonnée par leur "ça" ? Ils attaqueraient sexuellement la femme, ou lanceraient des plaisanteries terriblement obcènes ( comme cela se voit dans certains cas de psychose grave, dans lequel l'instinct est libéré sans aucun frein ).

c) or, cette pulsion sexuelle pure est arrêtée par la douane du Sur-Moi.

d) si ces hommes sont moralement sains, il n'y aura aucun refoulement. Mais cette pulsion sexuelle va se filtrer et se déguiser, avant d'arriver à la conscience. La pulsion brutale devient un sifflement admiratif.

e) ces hommes sont donc conscients de siffler et d'avoir une pulsion sexuelle. Mais ils demeureront inconscient du "filtrage" qui s'est produit en eux.

LES PLAISANTERIES

La plupart des plaisanteries proviennent de la même cause. On sait que la sexualité est le domaine interdit par excellence ! C'est donc le domaine sur lequel s'abat le plus grand nombre d'interdictions ... donc de déguisements et de refoulements. Or, si nous considérons cent plaisanteries, nous constatons que quatre-vingt-dix d'entre elles sont à base sexuelle ! Que ces plaisanteries soient spirituelles ou grossières ne change rien à la question. Elles sont donc une déformation de la pulsion sexuelle primitive, filtrées par la censure du Sur-Moi, à l'insu de l'homme.

Ici également, une éducation mal faite fera de la sexualité un terrain de névroses, parce qu'elle fera du "ça" sexuel un terrain absolument honteux. Le Sur-Moi devient alors une véritable plaque de béton, refoulant les pulsions sexuelles, même parfaitement admissibles ... C'est alors la lutte intérieure, incessante, sourde, visqueuse, entre le "ça" et le Sur-Moi, jusqu'au complexe et jusqu'à la névrose.

Or, n'est-il pas préférable de constater consciemment une pulsion sexuelle ( même interdite moralement, comme un désir d'inceste) et de la rejeter volontairement ... plutôt que de la refouler inconsciemment, avec toutes les luttes et tous les ravages que ces refoulements peuvent amener ?

 

Published by Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - dans Dossier Psychanalyse
17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 18:52

La fête instaure une rupture avec le quotidien. Elle perturbe l’ordre normatif de la société tandis qu'elle suscite un véritable « dépaysement », tant le changement radical qu’entraînent les débordements de celle-ci est cathartique. Selon les auteurs cités, la fête se caractérise par des excès dus au relâchement du contrôle de soi, imposé habituellement par notre image sociale résiduelle... Un véritable bain de jouvence en dehors des conventions sociales !

 

-Les vertus de "La Fête"... dans toutes ses dimensions !-

Extrait I : La fête pour rompre avec le quotidien : désordre, excès, « soupape »

 

La fête telle qu’elle est définie par les ethnologues renvoie au temps : elle est un temps hors du temps (celui de la quotidienneté). Elle nous fait également prendre conscience du temps, entretenant une mémoire de celui-ci, tout en célébrant le temps qui passe, c’est la raison pour laquelle la fête évoque à la fois la vie et la mort (Halloween, Carnaval). Elle renvoie enfin au temps individuel et social lesquels définissent de fait des cycles de fêtes : cycle de la vie individuelle : naissance, mariage etc, cycle de l’histoire : fêtes de commémoration, d’un personnage ou d’un événement parfois mythique, cycle du travail : les fêtes du milieu rural célèbrent bien souvent les saisons ou les activités agricoles, cycles religieux enfin lesquels ont souvent repris des célébrations païennes. Les deux derniers types de fêtes se retrouvent sur le même calendrier avec des célébrations qui deviennent très nombreuses après le solstice d’hiver et surtout après l’équinoxe de printemps. Le temps de la fête lui-même n’est pas continu, des fêtes ont disparu puis ressurgi, de nouvelles fêtes apparaissent, d’autres s’éteignent. Il faut le temps d’une génération pour qu’une fête s’inscrive dans la mémoire collective. Et il suffit parfois d’en reprendre l’idée pour que l’interruption soit oubliée (il en est ainsi pour le carnaval de Venise).

 

La fête est facteur de cohésion sociale, en particulier dans le cas des fêtes publiques. elle est une initiation aux règles de la société, c’est un rituel de passage, dans la fête traditionnelle c’est la jeunesse qui gouverne, elle reproduit les hiérarchies en usage, se plaçant sous un pouvoir, religieux, économique ou politique. Mais elle est aussi rupture, par la transgression de la norme sociale : l’alcool à outrance, la drogue, la ripaille, le gaspillage, le bruit, le travestissement sont autorisés de même que la dérision de l’autorité.

 

Elle est "un excès permis, voire ordonné, une violence solennelle d’un interdit".(Freud).

 

Là encore, il n’y a pas de linéarité, si bien des fêtes sont d’origine ancienne, on s’aperçoit que leurs règles sociales de départ ont changé : les débordements ne sont autorisés que dans un certain seuil sous le regard de la police, des municipalités, des services de santé lesquels soumettent à autorisation les rassemblements dans l’espace public, les transgressions ont de moins en moins de sens, ainsi en est-il de la transgression de l’identité sexuelle (hommes enceintes, hommes déguisés en femmes), le gaspillage perd de son sens dans une société de consommation, ou il le renouvelle, de l’excès de table de la ripaille carnavalesque, on passe à l’alcoolisation de plus en plus jeune et plus excessive qu’autrefois, ou à la multiplication des événements consommatoires (fêtes des grands mères, festivals et fêtes à foison). Enfin la cohésion sociale n’est plus toujours assurée, dans la mesure où certaines catégories de la population sont exclues ou s’excluent elles mêmes de la fête. Ainsi les festivals qui dans une certaine mesure, à condition qu’ils soient inscrits dans la durée, sont une forme contemporaine de la fête ne peuvent être facteur de cohésion sociale puisqu’ils s’adressent toujours à un type de population, souvent cultivée ou aisée ou encore jeune. Il reste néanmoins des fêtes à même de rassembler lesquelles assurent la vision de l’autre, dans sa différence, sinon sa rencontre mais ne sont-elles pas moins nombreuses ?

 

Enfin, les fêtes s’inscrivent dans l’espace, elles existent en campagne et en ville, elles ne sont pas historiquement une spécificité urbaine. Elles ont par contre, dans chacun de ces cadres, des spécificités : les fêtes rurales renvoient plus souvent au rapport à la nature, aux animaux, au cycle des saisons. Les fêtes urbaines quant à elles investissent beaucoup plus l’espace public, œuvrant au lien entre les différents espaces de la ville, notamment entre les quartiers et le centre. Elles diffèrent également par les énormes concentrations d’individus qu’elles suscitent, c’est l’effet de foule et de concentration. Là encore les transformations sont nombreuses : beaucoup de fêtes ont disparu notamment dans les plus grandes villes, ainsi en est-il des carnavals, des fêtes de la ville placées sous l’auspice d’un saint patron, des fêtes de quartier ou des représentations des quartiers dans les fêtes de la ville. Bien souvent ce sont les festivals qui les ont remplacés, lesquels par l’investissement des lieux qu’ils proposent recomposent une mémoire mais ne donnent pas toujours à voir les effets de concentration et de foule. […]

 

La fête, par le rassemblement qu’elle provoque, par la sélection de lieux qu’elle établit, reflet à la fois d’une volonté municipale et d’un rapport particulier entre la population et l’espace urbain, suscite adhésion et sentiment identitaire. Cette existence paraît toutefois plus superficielle qu’autrefois. La fête met en exergue des identités et des attitudes qui ne s’expriment plus, chez bien des individus, qu’à ce moment-là : c’est une mise en spectacle de l’attachement à la ville. Cette mise en spectacle est liée tout autant à la croissance du budget culturel des municipalités (tablant sur la valorisation du caractère gai de la cité dans la course à l’image) qu’au comportement de consommateurs des produits et des productions de la ville des individus.

 

Toutefois dans ce moment de liesse, l’urbanité, perdue dans le mouvement et l’échange, dans les cloisonnements et morcellements de l’espace, retrouve dans la fête l’exaltation des fondations, la vie de la rue, la rumeur qui contribuent à nous assurer que la ville continue d’exister. La ville retrouve de la lisibilité, permettant à la foule comme le remarque Pierre Sansot " de mêler des individus d’origines différentes, brassant les êtres dans sa fluidité ".

 

Par Isabelle Garat « Fêtes en villes, villes en fête », cafe-geo.net

 

 
 

Extrait II : Jean Cazeneuve, La Vie dans la société moderne, 1982

  

 

Faire la fête, c’est, d’une manière ou d’une autre, n’être plus tout à fait soi-même, laisser la spontanéité jaillir en levant les habituelles barrières que la convenance impose. Au masque social que l’individu porte quotidiennement sans s’en rendre compte se substitue celui d’un personnage mythique, grotesque si possible. Tout ce qui peut contribuer à affaiblir le contrôle de soi-même est fortement recommandé. Les beuveries sont souvent un élément important de la célébration, aussi bien dans la fête des Indiens Papagos en l’honneur de la liqueur de saguaro que dans la fête des vendanges à Neufchâtel et dans beaucoup de variétés du carnaval contemporain. Les bruits, les chants, les effets de foule, l’agitation, la danse, tout contribue, en même temps que l’étrangeté des décors et des costumes, à créer l’indispensable dépaysement. On sait qu’il suffira, la fête finie, d’ôter les masques, de balayer les confettis et de brûler Mardi-Gras pour retrouver d’un coup le monde de tous les jours, fastidieux peut-être, mais rassurant. Tout au plus devra-t-on pendant quelques jours soigner les foies et les estomacs s’ils ont la mémoire courte.

 

  

Extrait 3 :Roger Caillois, L’Homme et le Sacré, 1939

 

 

A la vie régulière, occupée aux travaux quotidiens, paisible, prise dans un système d’interdits, toute de précautions, où la maxime quieta non movere (ne pas troubler la tranquilité) maintient l’ordre du monde, s’oppose l’effervescence de la fête. Celle-ci, si l’on ne considère que ses aspects extérieurs, présente des caractères identiques à n’importe quel niveau de civilisation. Elle implique un grand concours de peuple agité et bruyant. Ces rassemblements massifs favorisent éminemment la naissance et la contagion d’une exaltation qui se dépense en cris et en gestes, qui incite à s’abandonner sans contrôle aux pulsions les plus irréfléchies. Même aujourd’hui, où cependant les fêtes appauvries ressortent si peu sur le fond de grisaille que constitue la monotonie de la vie courante et y apparaissent dispersées, émiettées, presque enlisées, on distingue encore en elles quelques misérables vestiges du déchaînement collectif qui caractérise les anciennes frairies. En effet, les déguisements et les audaces permises au carnaval, les libations et les bals de carrefour du 14 juillet témoignent de la même nécessité sociale et la continuent. Il n’y a pas de fête, même triste par définition qui ne comporte au moins un début d’excès et de bombance : il n’est qu’à évoquer les repas d’enterrement à la campagne. De jadis ou d’aujourd’hui, la fête se définit toujours par la danse, le chant, l’ingestion de nourriture, la beuverie. Il faut s’en donner tout son soûl, jusqu’à s’épuiser, jusqu’à se rendre malade. C’est la loi même de la fête.

 

 

Extrait 4 : La fête commerciale, l’exemple de la fête des grands-mères

 

Texte 1 : Michel Raffoul, Le Monde, 26 février 1999.

 

Avec son inscription sur huit millions d’agendas et 300 000 calendriers de la marque Quo Vadis, la Fête des grands-mères fait son entrée dans le club très fermé des fêtes « officielles ». Totalement inconnue du public il y a encore dix ans, cette nouvelle célébration familiale, née en 1987, et qui concerne sept millions de mamies, s’est imposée à une vitesse fulgurante au point de se hisser juste derrière la très populaire Fête des mères. Une réussite largement due à une campagne de promotion, celle des cafés Grand’Mère du groupe Kraft Jacobs Suchard (KJS) qui a chargé l’agence Euro RSCG Vitesse … de faire disparaître toute référence à la marque au profit d’événements « gratuits et désintéressés » en faveur des grands-mères.

 

« Nous voulons être les promoteurs anonymes d’une valeur familiale, explique-t-on au service marketing de KJS. Si nous souhaitons populariser cette fête, c’est d’abord pour développer un lien social. » Louable générosité qui n’empêche pas une vaste – et fructueuse – opération « Cafés Grand’Mère » dans les grandes surfaces relayée par une campagne de 138 spots télévisés !

 

Aussi surprenante qu’elle paraisse, cette démarche n’est pas une première. En 1949, les briquets Flaminaire avaient lancé en France, avec le succès que l’on sait, une tradition américaine née en 1910 : la Fête des pères. En s’inspirant de ce modèle, mais avec des moyens autrement plus importants, KJS a confié une vaste opération commerciale à plusieurs agences spécialisées. Leur mission : faire en sorte d’inscrire la fête – et le café du même nom – dans les habitudes françaises.

 

L’agence Eccla organise la campagne en grandes et moyennes surfaces, Young et Rubicam se charge des spots télévisés, Véronique Foucauld Conseil soutient des actions « citoyennes » dans le Nord – Pas de Calais, où est née l’entreprise, et s’associe depuis trois ans à la « Ronde des géants » qui veille à la sauvegarde des mannequins d’osier traditionnels. Parallèlement, Vitesse développe une campagne tous azimuts en multipliant les initiatives « sociales » le jour de la fête : parcours-découvertes avec grand-mère dans quarante villes de France, menu spécial « fête des grands-mères » proposé par quatre cents grandes tables, « cadeaux à croquer » envoyés par « Pense-fêtes », cartes postales Ingénio de La Poste à personnaliser, projets pédagogiques dans 1200 écoles, sites Internet pour envoyer des souhaits virtuels aux « cyber grands-mères », mobilisation de 20 000 commerçants autour de la fête, finales de l’élection d’une « super-mamie » qui aura lieu cette année au Futuroscope de Poitiers … Un service Minitel a également été mis en place par une opportune « Association pour la promotion de la Fête des grands-mères » pour orienter les amateurs.

 

L’inscription sur la page du calendrier de Quo Vadis couronne aujourd’hui les efforts de KJS. « Plus les gens s’approprieront cette fête, mieux l’association remplira son rôle, insiste-t-on à l’agence Vitesse. Le calendrier institutionnalise l’événement et lui apporte la légitimité sociologique que nos recherchions. » Bel exemple de marketing ….

 

Texte 2 : Nicolas Herpin, Le Monde, 26 février 1999, propos recueillis par Michel Raffoul

 

Comment expliquez-vous l’emballement du phénomène des fêtes ?

Il s’agit d’une stratégie destinée à mieux réguler les comportements de consommation tout au long de l’année. On assiste depuis peu à l’émergence de nouvelles formes de commercialisation pour mieux faire face aux à-coups subis par la grande distribution lors des fêtes traditionnelles. Les opérateurs industriels ne cherchent pas tant à multiplier le nombre des fêtes qu’à mieux les répartir dans le temps, si possible pendant les périodes creuses. La fête présente l’avantage de provoquer artificiellement un mouvement de mobilisation collective qui induit de façon accélérée le passage à l’acte d’acheter. Les gens sont entraînés par l’atmosphère générale. « Je pourrais acheter ce produit » se transforme alors en « j’achète ! ».

 

A force de multiplier les dates, ne risque-t-on pas de lasser le consommateur ?

Chaque personnage n’est pas concerné de la même manière par toutes les fêtes et les entreprises jouent sur cette situation. Elles ne conçoivent pas ces événements festifs pour motiver tout le monde en même temps mais plutôt à tour de rôle des franges de la population dont elles ont au préalable ciblé les besoins. Ce qui explique en partie la désaffection grandissante pour les fêtes de fin d’année : les célébrations uniformisantes cèdent peu à peu la place aux fêtes qui s’adressent à un public spécifique.

 

Comment expliquer le succès de fêtes non commerciales comme la Gay Pride ou la parade techno par exemple ?

Ces fêtes sont liées à l’émergence de communautés culturelles de plus en plus volontaristes qui souhaitent revendiquer leur identité et une reconnaissance sociale. Certains opérateurs soutiennent ces événements. Ils apparaissent très clairement dans ces manifestations sous forme de « publicité bricolée ». On s’aperçoit qu’institutionnaliser une fête entraîne sa commercialisation.

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 13:34

Si être libre, c’est être soi, en cohérence avec sa « nature essentielle », comment se débarrasser des contraintes qui nous freinent ? La thérapie est un bon moyen, mais ce n’est pas le seul, conquérir sa liberté intérieure est le travail de toute une vie - Suivi d'une analyse de Fabrice leroy et de l'entretien de Roland Gori, professeur émérite de psychopathologie clinique à l'université d'Aix-Marseille et psychanalyste, sur l'antenne d'IDFM Radio Enghien.

-Roland Gori : Le combat pour se sentir libre !-

L’être humain ressent cette nécessité intérieure, tout au long de sa vie : être « soi ». Depuis le « non » du petit enfant jusqu’aux plus grands choix des adultes, en passant par les révoltes adolescentes, « c’est le sentiment que nous devons, nous et nous seuls, répondre à nos besoins les plus profonds et les réaliser », expose Alain Braconnier. Le psychiatre et psychanalyste ajoute : « Cette réalisation ne répond pas à une demande extérieure, mais bien à un besoin intérieur. La liberté rejoint l’identité. Je pense aux analysants disant, finalement : “Je me sens beaucoup plus libre.” »

 

Il s’agit donc de se donner de l’espace et de retrouver l’intégrité de sa personnalité. Ce que le psychothérapeute Thierry Janssen aime à nommer « l’essence » de l’être, ou que la spécialiste en sagesses orientales Denise Desjardins désigne comme notre « nature essentielle » (définition issue du bouddhisme), par opposition à l’« ego », qui représente notre part de narcissisme – certes, indispensable, mais souvent envahissant, car répondant aux besoins de réparation de l’être blessé en soi.

 

Les contraintes dans lesquelles nous sommes pris s’opposent sans cesse à l’exercice de notre liberté intérieure. « Elles prennent bien des formes : l’éducation, les valeurs morales, les pressions sociales, mais aussi les contraintes intérieures, les inhibitions, les angoisses… » souligne Alain Braconnier. S’il nous arrive de ne plus nous sentir d’équerre avec notre partenaire, d’être en désaccord avec nos valeurs dans le travail, mal dans notre vie, c’est souvent parce que nous n’osons pas blesser, nous mettre en danger, aller au bout de nos choix. L’enjeu est bel et bien vital. « Bien sûr, on peut toujours s’arranger avec les compromis, rester dans le déni, faire taire ce besoin profond de liberté, que moi j’appellerai aussi de “cohérence”, mais cela finit inévitablement par remonter, par s’exprimer », remarque Thierry Janssen. Exactement comme le refoulé, l’absence de liberté intérieure trouve un moyen pour se manifester. Physiquement – les affections psychosomatiques, les accidents – ou psychiquement, « par une souffrance réelle, voire par la dépression », indique Alain Braconnier.

 

La voie de l'action

 

Comment procéder ? Lever les contraintes ou, au contraire, les accepter, mais en pleine connaissance, voilà le travail qui nous attend. « Comme toujours, la thérapie est un bon chemin pour y parvenir, puisqu’il s’agit non seulement d’identifier ces contraintes, mais encore de pouvoir les élaborer, puis les transformer. » Car c’est bien le sentiment d’être en cohérence avec soi et ses valeurs qui donne naissance à l’action et à ses corollaires : l’épanouissement, la jubilation. Ce que la philosophe et théologienne Lytta Basset nomme « la réconciliation avec soi-même, ce laborieux et souterrain travail de réunification ». L’action, épanouissante, « pacifiante », celle qui permet d’entendre, enfin, cette petite voix qui sait si bien ce qui nous convient. « La liberté intérieure, c’est le premier pas vers la liberté », conclut Alain Braconnier.

 

Exercice : Ouvrez la « porte des nuages »

 

Cet exercice traditionnel oriental (1), que je soumets régulièrement à la pratique, calme le coeur et amène une paix intérieure profonde en renforçant l’énergie des poumons, siège des émotions. À faire chaque fois que nous nous sentons oppressés :

 

- Asseyez-vous sur une chaise, sans vous adosser, pieds à plat devant vous écartés de la largeur des épaules.

- Posez les mains à plat sur les cuisses.

- Étirez votre colonne vertébrale de manière à avoir le sommet de la tête tiré vers le haut.

- Relâchez les zones du corps par tranches, de la tête aux pieds.

- Soulevez vos bras latéralement, puis ramenez vos mains sur vos épaules (main droite sur épaule gauche et main gauche sur épaule droite).

- Conservez cette position, fermez les yeux et relâchez le visage.

- Relâchez les coudes et les épaules, écoutez votre respiration naturelle et sentez la chaleur de vos mains emplir votre poitrine jusqu’au dos.

- Respirez plus profondément. En inspirant, rentrez le ventre et gonflez un peu la poitrine. En expirant, relâchez votre ventre en le gonflant légèrement.

- Continuez quelques minutes. Bras toujours croisés, revenez à votre respiration naturelle pendant deux à trois minutes.

 

1- Egalement développé par Ke Wen, directrice du centre de culture chinoise Les Temps du corps, dans son ouvrage Entrez dans la pratique du qi gong (Le Courrier du livre, 2009).

 

Roland Gori : " Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ? "

Réflexions à propos du livre « Faut il renoncer à la liberté pour être heureux »Roland Gori, Editions « Les Liens qui Libèrent » :

 

Fabrice Leroy: L'éxécutant est un éxecuteur. C'est comme cela que j'aimerais introduire à la lecture du dernier livre de Roland Gori, qui nous confronte, comme les précédents, à un certain nombre de questions, au carrefour du politique, de l'anthropologique, du psychique et du social.

 

Voilà, au fond, à quoi finit par conduire le conformisme généralisé, la soumission librement consentie aux protocoles, aux procédures techniques : à s'exécuter, dans toute la polysémie de cette expression.

 

D'une part, exécuter l'autre, mon semblable, en ne le voyant que comme un segment de population, une part de marché, ou, quand il tombe malade, un « terrain physiologique où s'exprime le trouble », pour citer Canguilhem. Mais d'autre part, et dans le même mouvement, s'exécuter soi-même. Car au delà de l'autre, il y a l'Autre, le lieu d'où je parle et où je suis parlé, l'adresse à laquelle mes pensées trouvent leur source, et que l'autre, mon frère, mon semblable, incarne et supporte. Autrement dit, le lieu de mon humanité est le même que celui de la fraternité, car celui à qui je parle me permet de penser ce que je viens de dire, et d'en être le sujet.

 

Au lieu de cela, le commandement de l'idéologie néo-libérale et du « système technicien », qu'analyse rigoureusement Roland Gori dans son livre, semble être : « tu réifieras ton prochain comme toi-même ». Ce qui peut nous faire penser à ces vers de Léo Ferré : « Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s´il s´agissait d´objets manufacturés. Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais...La solitude... ».

 

Oui, la solitude. Car il n'y a pas de liberté sans l'autre. La liberté, nous rappelle Roland Gori, trouve son origine dans l'affranchissement des esclaves, l'effacement de leurs dettes. Non pas s'affranchir de l'autre, mais de ses dettes, afin de pouvoir s'engager dans le lien à l'autre. C'est cela, la liberté.

 

Ce livre nous amène donc à réfléchir aux éléments anthropologiques et politiques permettant de comprendre la recomposition des sensibilités et des subjectivités de notre époque. Sans trop entrer dans les détails, j'en donnerai au moins deux : d'une part, l'importance, l'omniprésence de la technique, des automatismes, des procédures, des protocoles dans nos vies et nos métiers. D'autre part le fond de culpabilité et d'angoisse propre au lien social et à la liberté, à notre liberté, celle qui résulte de l'absence de garantie quand à notre engagement comme sujet de nos actes.

 

Le lien entre les deux est démontré clairement tout au long de ces pages : pour ne pas avoir à affronter le risque, l'incertitude, le doute et la culpabilité inhérente à nos actes, l'idéologie gestionnaire, le calcul, l'automatisation des procédures viennent à point nommé pour ne rien engager de nous-même dans ce que nous faisons et ce que nous pensons.

 

Mais ce qu'il s'agit de bien comprendre, c'est que le livre de Roland Gori n'est pas un plaidoyer contre la technique. Il n'est pas question de regretter le temps d'avant, au prétexte que la technique, aujourd'hui, envahit tout et dénaturerait les liens sociaux. Le problème n'est vraiment pas à ce niveau là, et l'auteur tendrait plutôt à se féliciter des capacités extraordinaires qu'offrent les technologies actuelles dans la communication et la transmission de l'information. Non, ce dont il est question, me semble-t-il, c'est de la transformation de notre pensée, une pensée humaine, en une pensée technique, ce qui lui fait perdre toute dignité.

 

Car il s'agit bien de la modificaion d'une manière de penser, et non d'un manque de temps pour exercer cette pensée. Les conséquences en sont analysées tout au long de l'ouvrage, et elles sont majeures. Sur le plan politique, cela se traduit par ce que l'on pourrait appeler une dépolitisation assez radicale : les questions politiques finissent par ne plus recevoir que des réponses techniques, celle des « experts ». Par ailleurs, le bien commun – et c'est là où la question du bonheur, comme facteur de la politique selon Saint Just, arrive – se trouve réduit à la gestion individuelle des bonheurs privés et à celle de la sécurité.

 

Sur le plan anthropologique, maintenant : la culpabilité, au fondement du lien social par refoulement de la haine, se trouve évacuée au profit d'une prise en charge des comportements par l'appareil social, par une délégation de pouvoir, en quelque sorte.

 

Le « système technicien » (Ellul), au fond, vient se substituer tant à une pensée politique qu'au lien social qui se tisse entre sujets. Il s'agit de réguler la société comme on régule le marché, et plus encore, de se réguler soi-même. Pour employer d'autres références, la culpabilité, socle de la responsabilité pour autrui (Levinas), se trouve ravalée au niveau d'une simple erreur technique, d'un défaut d'apprentissage, qu'une réponse correctrice devrait effacer.

 

Cette « technicisation » des pensées et des subjectivités tend à s'étendre dans tous les domaines de l'existence, et dans tous les métiers, y compris – et c'est là un point central – dans tous les métiers de l'humain. C'est le cas dans le champ de la psychiatrie, par exemple. Avec les dernières versions du DSM, l'entretien, le diagnostic, la clinique elle-même, se réduisent de plus en plus à une procédure de codage, ignorant complètement ce qui fait la spécificité de l'humain et de ses souffrances. La narrativité du récit clinique, seule à même de restituer la complexité de la psychopathologie, laisse place au formalisme des critères statistiques, des items à cocher, et des échelles quantifiant le niveau de dépression comme on mesure la température d'un individu.

 

Qui plus est, il ne s'agit pas de coder dans n'importe quel sens. Ce dont il est question, en réalité, c'est de l'extension infinie d'un système de contrôle et de normalisation des conduites, en lieu et place d'une interrogation sur le sens et la signification des symptômes. Ainsi, les normes liées aux performances, aux compétences, aux « habiletés sociales », ne font pas que réduire le malade à la somme de ses comportements, elles en font un « handicapé psychique ». Le symptôme n'est plus à entendre, mais à rééduquer, à normaliser. Il s'agit, au fond, de coder pour ne plus avoir à décoder.

 

Mais c'est plus largement, et pas seulement dans le champ de la psychopathologie, que l'auteur nous invite à porter l'analyse. L'extension du paradigme techniciste, en robotisant nos existences et notre intimité, en faisant de la vie elle-même un véritable programme d'éducation thérapeutique, transforme chacun d'entre nous en un handicapé existentiel, s'évaluant lui-même en permanence, qu'il le sache ou pas, et se réifiant ipso facto comme objet même de cette auto-évaluation.

 

Les promesses de bonheur véhiculées par un discours social réduisant les questions politiques à des problèmes techniques ne sont pas sans effet sur les individus, en tant que sujets politiques et anthropologiques. Il ne s'agit pas seulement de séduire les foules pour se faire élire ou ré-élire, ou pour consommer plus. Il ne s'agit pas non plus de dénoncer stérilement l'individualisme contemporain. Non, tout cela a des racines beaucoup plus profondes : il y a là une véritable incitation à abandonner la liberté politique, en rabattant la question du bonheur dans la sphère privée au lieu de la maintenir au niveau politique, celui du bien commun.

 

Le bonheur privé n'est pas à mépriser, bien entendu. Mais pris comme horizon politique au détriment du bonheur commun, c'est la spécificité du politique elle-même qui se perd, au profit d'une expertise généralisée de nos « affaires domestiques » (pour paraphraser Benjamin Constant).

 

En se conformant aux discours promettant le bonheur par le respect des procédures, des comptes et des décomptes, l'angoisse et la culpabilité propres à toute position de liberté trouvent donc un soulagement immédiat dans tous ces dispositifs de servitude volontaire. En s'appuyant sur Freud, Roland Gori nous rappelle alors que la culpabilité inconsciente est consubstantielle au lien social et que toute pratique sociale prétendant faire l'économie de l'angoisse sociale ne peut que conduire, sur le plan subjectif et anthropologique, à une impasse en aliénant chacun à sa propre sécurité.

 

Pour le dire autrement, si la technique libère l'homme, cela n'est vrai qu'en partie, car lorsqu'elle devient norme des pensées et des conduites, elle finit par libérer l'homme...de sa propre liberté. Là où le progrès technique devrait libérer l'homme en lui donnant le temps d'exister comme sujet politique, cette même technique risque en réalité de produire l'inverse : sa propre dépolitisation.

 

C'est ici que l'on saisit, avec Roland Gori, que la liberté en question n'est pas une liberté égoïste, préservant son seul espace en se désintéressant d'autrui. Pour chacun, la liberté est exigeante, elle oblige, et pas seulement en tant que sujet individuel, mais en tant que sujet politique, qui ne nie pas la dette qu'il contracte depuis toujours avec ses frères d'humanité. Liberté et lien social vont décidément du même pas.

 

Sources: Fabrice Leroy pour www.oedipe.org

Christilla Pellé Douel pour psychologies.com

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 18:50

Bernard Stiegler fait école aux parents d'élèves de la ville d'Epineuil afin de sensibiliser les éducateurs, parents, enseignants et formateurs aux troubles de l'attention, véritable fléau qui touche en profondeur l'essence même d'un sujet - citoyen : Sa conscience et son humanité.

 

Conférence donnée à la Maison Ecole le 5 juin 2010 à l’initiative de l’Association des Parents d’Elèves d’Epineuil-le-Fleuriel

Chaque jour, partout, nous le constatons : la perte d’attention est devenue un fait majeur de notre époque. Elle constitue aux États-Unis une véritable pathologie, et l’on estime que 15% des enfants américains souffrent de ce que les pédopsychiatres américains appellent l’attention deficit disorder.
 
Or, l’attention est chez l’être humain le fruit de l’éducation. Un enfant sauvage, qui n’a reçu aucune éducation, est privé d’attention. Chaque société humaine est basée sur un système éducatif et des institutions spirituelles, cultuelles, culturelles et académiques qui ont pour but de former puis de développer l’attention.

 

À la fin du XIXè siècle, en France, la IIIè République institua un système d’instruction publique et obligatoire qui avait pour but de permettre à tous les enfants vivant sur le sol français d’accéder aux formes les plus élevées de l’attention, et, ainsi, de «devenir français».

 

Au XXè siècle, l’attention devient cependant ce qu’il s’agit de capter et de canaliser pour l’attirer vers les marchandises, et ce, au risque de détruire tout le système de formation de l’attention.
-Bernard Stiegler, instituteur au Grand Meaulnes !-
Selon une enquête récente, les adolescents américains passent dix heures et demi par jour devant les médias audiovisuels et électroniques, et leurs parents consacrent plus de cinq heures par jour à la seule télévision. Dans de telles conditions, il devient impossible de former leur attention. La situation évolue malheureusement dans le même sens en France.

 

C’est à examiner de plus près cette situation et les possibilités de la transformer que s’attachera cette conférence.
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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 16:49

Toutes les femmes sont uniques ! Féminin, féminité, féminisme, nous picorons toutes un peu dans ces trois facettes pour être nous et à nulle autre pareille. Une grande psychanalyste, Jacqueline Schaeffer, nous explique pourquoi c’est une vraie chance d’être une femme aujourd’hui, et pourquoi il ne faut pas rejeter sa féminité.

 

" Féminin et refus du féminin " par Jacqueline Schaeffer

La gloire d'être femme

 

Nous avons beaucoup plus de chance et de possibilités que les hommes. Si nous vivons plus longtemps qu'eux, c’est peut-être parce que nous avons une plus grande capacité qu’eux à supporter les traumatismes.

 

Les femmes vivent constamment dans un conflit entre le maternel, la féminité, le féminin et le social, quatre pôles antagonistes, difficiles à harmoniser.

 

Quelle différence faites-vous entre la féminité et le féminin ?

 

La féminité, c’est le corporel de la femme, son apparence. Cela se transmet par la mère, malgré soi. Ce narcissisme corporel, c’est-à-dire la possibilité de séduire et de se montrer, en dépit de tous les complexes que l’on peut avoir, passe par l’identification à la mère, sauf quand celle-ci n’est pas très féminine. Le féminin, c’est la chair, c’est l’intérieur, le plus inquiétant, cela touche à la vie sexuelle et érotique. Cela s’acquiert par le désir d’un homme, contre le maternel de la mère. La féminité, c’est tout ce qui fait le charme de la femme alors que le féminin, c’est la jouissance.

 

" Jouissance et refus du féminin "

 

Quand une femme rencontre la jouissance, quelque chose s’est passé dans son corps. Il y a eu une étincelle. Elle a pris feu. Il faut que cela prenne feu.

 

Il y a quelque chose d’incandescent dans la jouissance. Beaucoup de femmes ne la rencontrent jamais – ce qui n’empêche pas le plaisir par ailleurs ! Il faut être assez forte pour pouvoir supporter cette sorte d’éclatement.

 

Le refus du féminin porte là-dessus aussi. « Tu ne m’auras pas ! ». Une de mes patientes me disait : « Je ne veux pas lui donner le plaisir de me donner du plaisir ». Voyez jusqu’où ça va !

 

Féminin et féminisme

 

Le féminisme n’a rien à voir avec l’inconscient ou la sexualité. C’est un combat juste pour essayer d’obtenir l’égalité sur le plan économique et social. Mais il est néfaste dans le domaine sexuel s’il se confond avec l’annulation de la différence des sexes.

 

Pour arriver à la jouissance, il faut accepter d’être dominée par un homme, lâcher ses défenses et se laisser aller. C’est une  dérive de confondre l’égalité et la non-différence.

 

Accepter de se prêter aux fantasmes des hommes

 

La féminité fait très bon ménage avec ce que l’on nomme l’ « angoisse de castration » des hommes, celle de sa virilité. Il faut juste saisir sur quoi se fonde celle de chaque homme, parce que ça dépend de ses expériences primaires – comment sa mère séduisait son père, si elle le séduisait, ce qui ne plaisait pas à son père, etc.

 

La femme veut deux choses antagonistes. Son moi déteste, hait la défaite, mais son sexe la demande, et plus encore, l’exige.

 

Une femme sent très bien ce qui plait à un homme, à condition d’avoir cette acceptation de son féminin.

 

L’essentiel n’est-il pas, pour une femme, de pouvoir vivre en harmonie, physiquement et psychiquement, ces trois expériences : être femme-sujet, mère et amante ?

Refus du féminin et destruction de soi !

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 09:06

Phénomène mis en exergue par Freud dès les débuts de la psychanalyse, 
le transfert a une fonction essentielle dans la cure. Pourquoi 
est-ce un passage obligé pour le patient ? Et qu’en est-il hors psychanalyse  ?

 

Image Les Amants (1525) - Auteur Guilo Romano(1499-1546) - Domaine Public

  

Übertragung, qui signifie littéralement « report » en allemand, mais qui sera traduit en français par « transfert », recouvre l’ensemble des sentiments positifs et négatifs ressentis par le patient à l’égard de l’analyste, en tant qu’ils sont la transposition d’une relation ancienne. Le terme figure dès 1895 dans les Études sur l’hystérie de Sigmund Freud et Josef Breuer. Ce dernier avait accepté de recevoir Bertha Pappenheim (passée à la postérité sous le nom d’Anna O.), qui présentait un catalogue de symptômes très envahissants : paralysie des membres inférieurs, troubles de la vue, anorexie, toux nerveuse, qui disparaissaient lorsqu’elle parlait en séance. Mais bientôt la patiente déclenche un élan passionnel, une forte énamoration pour Breuer, et celui-ci en est désemparé. Le récit de cette cure à son collègue et ami Sigmund Freud va avoir un impact direct sur la façon dont ce dernier va envisager le traitement des patients.


 

Convaincu que l’hypnose, alors pratiquée massivement à la fin du XIXe siècle, confère au thérapeute un bien trop grand pouvoir de suggestion sur le patient, Freud délaisse cette méthode au profit de la cure par la parole. Or, rapidement, le Viennois fait ce constat : ce n’est pas parce que la suggestion est forte que le transfert est fort. En réalité, plus le transfert est fort, plus le pouvoir de suggestion devient grand. De fait, note Freud dans Selbstdarstellung (Sigmund Freud présenté par lui-même) en 1925 (1), « dans chaque traitement analytique, s’instaure, sans aucune intervention du médecin, une relation affective intense du patient à la personne de l’analyste, relation qui ne peut s’expliquer par aucune des circonstances réelles. Elle est de nature positive ou négative, va de l’état amoureux passionnel, pleinement sensuel, jusqu’à l’ex­pression extrême de la révolte, de l’exaspération et de la haine. Cette relation, qu’on appelle, pour faire bref, transfert, prend bientôt la place chez le patient du désir de guérir et devient, tant qu’elle est tendre et modérée, le support de l’influence médicale et le ressort véritable du travail analytique commun. »


 

À la fois moteur et résistance


 

Le modèle prototypique de la cure freudienne étant l’analyse des patients névrosés, il est postulé qu’à la névrose ordinaire, celle qui a amené le patient à consulter, va se substituer la névrose de transfert, définie comme une « maladie artificielle ». Cette répétition dans le transfert permet alors au patient de se remémorer des attitudes incon­s­cientes qu’il va revivre dans son rapport à l’analyste, le but étant cette fois, dit Freud, d’aboutir « à une solution différente  ». Mais le transfert est aussi responsable des résistances les plus fortes face à la thérapie, puisqu’il s’oppose à la remémoration du matériel refoulé. Cette idée est centrale chez Lacan et ses élèves pour qui le transfert imaginaire est précisément ce qui fait obstacle à la cure. Car, à chaque fois que l’analysant évoque en séance quelque chose de l’ordre du transfert (« Je me demande à quoi vous pensez quand je vous parle » ; « J’avais peur de vous décevoir en racontant cela  », etc.), c’est une résistance, c’est-à-dire une résistance pour éviter de parler d’autre chose. Le transfert véritable est, lui, d’ordre symbolique.


 

Dans la conception lacanienne de la cure, l’analyste est dit en position de « sujet supposé savoir ». Le patient se figure que l’analyste a toutes les réponses aux questions qu’il se pose, le transfert devient donc de « l’amour qui s’adresse à du savoir ». Dans son Séminaire sur le transfert (2), Lacan prend l’exemple de Socrate et d’Alci­biade pour illustrer le prototype de ce qu’est l’analyse. Quand Alcibiade déclare son amour à Socrate, celui-ci ne cède pas. Il réussit à lui dévoiler l’objet de son désir inconscient, qui le renvoie à un autre : Agathon. En d’autres termes, Socrate, en ne répondant pas au désir d’Alcibiade, réussit à le guider vers la vérité de son désir. Mais alors, le transfert, est-ce donc de l’amour ? Ou bien l’amour de transfert n’est-il donc qu’un amour factice ? Au fond, quelle différence y a-t-il entre amour de transfert et amour ?


 

Et le contre-transfert 
de l’analyste  ?


 

Freud souligne en 1915 dans un texte intitulé Observations sur l’amour de transfert que « rien ne nous permet de dénier à l’état amoureux qui apparaît au cours de l’analyse le caractère d’un amour "véritable", tout amour étant "une réédition de faits anciens, une répétition de réactions infantiles". Il n’en existe pas, qui n’ait son prototype dans l’enfance et c’est précisément "le facteur déterminant infantile" qui confère justement à l’amour son ca­ractère compulsionnel et frisant le pathologique » (3).


 

Nuance de taille toutefois, comme Socrate avec Alcibiade, l’analyste ne doit pas se prendre pour celui à qui cet amour est véritablement adressé. Répondre à la demande d’amour du patient, c’est courir à la catastrophe. Aussi l’analyste doit-il garder pour lui son contre-transfert, c’est-à-dire la sympathie ou l’anti­pathie qu’il a pour tel ou tel patient. Le terme « contre-transfert » apparaît dès le 7 juin 1909 dans une lettre de Freud, dans laquelle il fait allusion à la relation amoureuse entre Jung et sa patiente Sabina Spielrein, le mettant en garde contre ces débordements regrettables. La question du contre-transfert est l’un des ferments de la brouille entre Freud et un autre de ses disciples, Sándor Ferenczi. En 1910, Ferenczi prend « Madame G. » en analyse, et en tombe amoureux . Une fois l’analyse terminée, Madame G. lui demande de prendre en analyse sa fille Elma, jeune femme en détresse dont un fiancé potentiel se suicidera. Ferenczi perd pied et propose alors à la jeune fille de… l’épouser, alors même qu’elle est la fille de son amante, ancienne patiente non encore divorcée.


 

À mille lieues de cette conception de la cure, un courant amorcé par Carl Gustav Jung, qui se développe avec Donald W. Winnicott (auteur de La Haine dans le contre-transfert, en 1948) et Paula Heimann*, conduit aux intersubjectivistes anglo-­saxons, pour lesquels la thérapie devient une rencontre entre deux personnes. Ici, le contre-transfert de l’analyste et son expression maîtrisée sont un pilier de l’analyse. Ainsi, selon Paula Heimann, «  la réponse émotionnelle de l’analyste à son patient dans la situation analytique représente l’un des outils les plus importants pour son travail » (4). En rendant compte au patient névrosé de ce qu’il suscite, l’analyste peut l’aider à mieux décrypter ses mouvements inté­rieurs. Par ailleurs, être à l’écoute de ses émotions, dans la rencontre éprouvante avec la psychose de certains patients, permet justement d’être pour ces patients un contenu qui peut héberger les pensées qu’ils ne parviennent pas à appréhender.


 

Et dans les autres thérapies  ?

 

Le transfert, loin de concerner seulement la psychanalyse, intéresse une multitude d’autres thérapies. Mais, en y regardant de plus près, il y a même transfert dans n’importe quel type de relation humaine (5), à l’école, au travail, en amour, en amitié… Toute­fois, on s’aperçoit que si les notions de transfert et de contre-transfert existent dans certaines thérapies, elles recouvrent des réalités bien différentes. On l’a rappelé, l’hypnose avait été abandonnée par Freud qui craignait qu’elle donne lieu à des débordements transférentiels massifs. Un siècle plus tard, l’hypnose semble bénéficier d’un certain retour en grâce, étroitement lié à son utilisation médicale dans certains hôpitaux (6). Pour Jean-Marc Benhaiem, créateur du Diplôme Universitaire (DU) d’Hypnose médicale à la Pitié Salpêtrière et directeur du centre Hypnosis, « Freud a eu raison d’aban­donner une pratique autoritaire et simpliste de l’hypnose. Le mérite d’Erickson*, quarante ans plus tard, a été de montrer une autre façon de faire de l’hypnose, ce qui aurait proba­blement plu à Freud. Mais il n’est pas utile ni éclairant de mettre l’hypnose et la psychanalyse face à face. Ce sont des pratiques qui poursuivent des objectifs et des stratégies différents ! »

 

Selon le Dr Benhaiem, il est donc impératif de « mettre de côté les termes de transfert et contre-transfert qui appartiennent à la psychanalyse, sinon on mélange et on complique tout. » Et de parler plutôt, s’agissant de l’hypnothérapie, de « confiance » et de « compréhension ». «  Pour pratiquer l’hypnose, le thérapeute fait sentir à son patient qu’il ne le juge pas, qu’il l’accepte comme il est. C’est le point de départ. S’il montrait une hostilité, la thérapie n’aurait plus lieu d’être poursuivie. Donc pas de sympathie, ni d’hostilité, mais une simple compréhension profonde de ce que ressent son patient. L’hypnose ne fait pas appel aux sentiments ou aux émotions, elle vise à rétablir des réflexes vitaux d’adaptation chez une personne paralysée par la peur. » Et d’ajouter : « Les recherches actuelles tendent à favoriser un changement rapide, voire une séance unique. La question du transfert et de la résolution du transfert et du contre-transfert ne se pose plus dans ce contexte. » Mais la demande de thérapie, qui consiste à s’adresser à tel praticien plutôt qu’à tel autre (le fameux « Je viens vous voir parce que…  »), ne suppose-t-elle pas, dès la prise de rendez-vous, une amorce transférentielle ? Pour Lise Bartoli, hypnothérapeute et psychologue clinicienne, « lors d’une hypnothérapie, le rôle du transfert est plus important que dans d’autres thérapies, car le patient devra se laisser guider, les yeux fermés, pendant la majeure partie des séances. Une forme d’abandon physique afin d’être plus actif psychiquement. » Lise Bartoli fait donc en sorte que ses patients puissent apprendre l’hyp­nose et pratiquer à leur tour car « le transfert, même massif, qu’il peut y avoir en début de thérapie ne doit pas durer tout le temps de la thérapie, je pense qu’il faut savoir transférer à notre tour au patient une forme de connaissance ». Lacan et son allégorie du banquet socratique ne disent pas autre chose. Mais la durée de la thérapie n’est pas la même. En hypnothérapie, note Lise Bartoli, « les patients savent que la durée de la thérapie sera courte, de 4 à 8 séances environ », ce qui ne garantit pas un soulagement dans la durée. « Disons que le pouvoir de suggestion est désormais non pas "Dormez je le veux" (et c’est moi thérapeute qui ferai tout le travail) mais "Vous avez la capacité de vous réveiller" (et c’est vous, patient, qui trouverez la solution). » 


 

Pour Carl Rogers, créateur de l’Ap­proche Centrée sur la Personne, où l’on ne parle plus de patient mais de « client » et où l’écoute du thérapeute se doit d’être « empathique », le transfert est envisagé comme un « type de relation de dépendance prégnante et persistante qui n’a pas tendance à se développer » (7). Ce n’est pas ce que relate Marie-Jeanne Marti dans Les marchands d’illusions (8), où l’un de ses interlocuteurs témoignant dans l’ouvrage se retrouve sous la coupe d’un thérapeute rogérien qui a tout du gourou de faits divers… Or, une ana­lyse ou une thérapie sérieuse est justement celle qui va permettre la liquidation du transfert. Liquider son transfert, c’est être enfin délivré de certaines répétitions liées à des pro­blématiques œdipiennes. Ou être libéré de l’illusion qu’un autre (le psy par exemple) sait, choisit ou existe à notre place. Subsiste alors une question à laquelle il reste à chacun une vie entière pour réfléchir : peut-il y avoir un amour sans transfert ?

 

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(1) Sigmund Freud, Sigmund Freud présenté par lui-même, 1925, Gallimard, Folio, 1987.

(2) Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VIII, 
Le Transfert, Le Seuil, 1960-1961.

(3) Sigmund Freud, La technique psychanalytique (1904-1919), Puf, coll. « Quadrige », 2013.

(4) Paula Heimann, « On counter-transference », International journal of psycho
analysis, vol. 31, n° 1-2, 1950, et « Counter-transference », British journal of Medical psychology, vol. 33, n° 1, 1960.

(5) L’idée est présente chez Jung dès 1913.

(6) Voir l’article de Sarah Chiche, « Hypnose : 
le retour en grâce ? », Sciences Humaines, n° 240, août-septembre 2012.

(7) Voir l’article d’Héloïse Junier, « Qu’est-ce que l’Approche Centrée sur la Personne ? », 
Le Cercle Psy n° 7, décembre 2012/
janvier-février 2013.

(8) Marie-Jeanne Marti, Les marchands d’illusions. Dérives, abus, incompétences 
de la nébuleuse « psy » française, 
Mardaga, 2006.

 

Source: Sarah Cliche pour le-cercle-psy.scienceshumaines.com

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