12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 10:00

Un synopsis de cette profession

 

Ecoute, analyse et parcours de soins personnalisé : 

 

L'exigence de soins de qualité.

  

psychanalyste livre

 

 

Ecoute, analyse des souffrances et parcours de soins personnalisé

 

<< Psychanalyste et psychosociologue, je vous reçois sur rendez-vous pour vous aider dans les situations de crise, dans la gestion du stress, mais également pour soigner vos troubles anxieux et les états dépressifs liés aux épreuves de la vie.

Spécialiste de la psychologie des profondeurs, j'analyse avec soin vos souffrances et travaille avec vous à l'amélioration de vos conditions de vie, à travers l'étude et l'optimisation de vos capacités personnelles et cognitives.

Je reçois enfants, adolescents et adultes. >>

 

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L'authentique psychanalyste est avant tout un gardien du calme. Par le calme vient la guérison, le respect de soi et de son corps, la tolérance à la douleur, l'équilibre, l'observation, l'écoute et la juste appréhension du monde qui nous entoure... « Du calme » découle toute paix, toute intelligence sereine et objective ; et par lui, loin des affects de l'émotion, vient la lucidité, au-delà des fausses idées, au-delà des souffrances et des enfermements.

 

"Il est une intelligence et un cœur, et ne condamne jamais. Il constate, aime et comprend."

Il ne voit pas l’action elle-même, sinon pour la rectifier si elle est déviée. Mais il cherche les intentions profondes… Que celles-ci soient corrigées, et les bonnes actions suivront !

  

Ses connaissances humaines, psychologiques, physiologiques, sociologiques (qui doivent être grandes), lui servent de bréviaire. Il s’appuie sur elles, mais les actualise sans cesse, car le mental humain ne subit aucune classification toute faite.

 

Il n’oublie jamais que tout être humain souffre, telle est sa condition même. L’homme cherche des solutions à cette souffrance par tous les moyens dont il dispose. Et la plupart des mauvaises actions qu’il commet (hormis les cas de perversion), ne sont d’ailleurs que des recherches désespérées et maladroites de soulagement.

 

Le psychanalyste est parfois relationnel : cela signifie qu’il travaille à se sentir de plus en plus relié à tout ce qui l’entoure. Il sait que beaucoup de personnes ont peurs et sont plongés dans l’angoisse ou l’obscurantisme… les hommes cherchent donc, avant tout, la sécurité !

 

Cette sécurité doit leur être apportée par la famille et la société. Quand ce n’est pas le cas, leurs angoisses grandissent. Leur apporter une sécurité nouvelle est donc du ressort du psychanalyste et celui-ci travaillera à ce que chacun la trouve en soi.

 

Il marche sur des sables mouvants : ceux de la société toute entière… ou tout écart ou déséquilibre de sa part est proscrit. Il regarde d’un même œil toutes les pathologies ; rien ne l’étonne ni ne l’écœure, parce qu’il cherche les motifs et comprend, sans jugement aucun.

 

Dans son cabinet circule des centaines d’ado, des mères et des pères dépassés… des couples et des personnes isolées. Leurs sentiments sont parfois contradictoires ou exacerbés. Parfois, on les voit dressés les uns contre les autres !

 

Le psychanalyste rétablit la balance, par l’équilibre et la lucidité qu’il apporte à ses patients…

Empêchant ainsi, pour certains d’entre eux, de laisser dériver leurs symptômes jusqu’aux pathologies psychiatriques.

 

"Il parle à chacun son langage, et n’oublie jamais le terrible pouvoir des mots".

 

Il entend les secrets les plus tabous, que personne d’autre, sauf prêtre et imam, n’entend jamais. C’est tout le vécu humain qui se déverse devant lui… il considère cela comme un honneur, pour servir… et ne s’en glorifie pas lui-même car la plus haute maitrise demande également la plus grande simplicité.

 

Voilà la condition essentielle de son rôle et de son devoir. Ces vérités sont d’hier, s’emploient aujourd’hui et sont léguées pour demain… pour les futurs artisans de la connaissance.

  

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 11:07

Roland Gori : « la psychanalyse n'est pas un guide des mœurs »

Propos partagés sur ce site, recueillis par Philippe Petit pour Marianne.

        

En plein débat sur le projet de loi autorisant le mariage et l'adoption pour les couples de même sexe, le psychanalyste, et fondateur de « l’Appel des appels », Roland Gori, répond aux questions de Marianne, soulignant que cette demande de reconnaissance sociale des couples homosexuels témoignent, selon lui, d’une laïcisation de plus en plus forte des institutions organisant l’existence des individus.


Roland Gori : « la psychanalyse n'est pas un guide des mœurs »

Marianne : La loi Taubira concerne à la fois l'extension du domaine du mariage et l'application de nouvelles règles de filiations concernant les couples homosexuels? Les psychanalystes semblent  très divisés concernant cette loi qui est débattue au parlement. Quelle est votre position?  

Roland Gori : Il faut cesser d’instrumentaliser la psychanalyse.  La psychanalyse est d’abord et avant tout une méthode spécifique  mise en acte dans une pratique clinique et dont les connaissances proviennent de cette expérience. Et comme le dit Freud, ce dont on n’a pas l’expérience il faut le taire. Alors les psychanalystes qui s’expriment pour ou contre la loi Taubira sur le mariage gay ou l’adoption par des couples homosexuels, je ne suis pas sûr qu’ils aient beaucoup d’expérience clinique à apporter en la matière. Pas davantage que la psychanalyse sauvage des hommes politiques, ces spéculations psychologisantes autour des projets de loi ne possèdent de validité scientifique.

La psychanalyse n’est pas un guide des mœurs et un ensemble de prescriptions morales. Il faut rompre avec cette tendance des « experts » à idéologiser la psychanalyse ou tout autre mode de connaissance. 

Concernant la loi Taubira les psychanalystes doivent d’autant plus être prudents que le mot « homosexualité » n’a pas le même sens dans le langage courant et en psychanalyse ?  

Dans le langage courant, il s’agit d’un « comportement » concernant le choix d’un partenaire sexuel de même sexe ; en psychanalyse il s’agit non de ce que fait un sujet mais de ce qu’il est dans ce qu’il fait, c’est à dire d’une position psychique. Freud disait que « nul ne pouvait être tenu pour homosexuel en fonction de son choix d’objet ». Un homme peut se comporter comme un Don Juan  et « consommer » sexuellement de nombreuses femmes tout en se révélant du point de vue psychique « homosexuel », pris dans un désir entièrement orienté par un désir pour des rivaux ou un défi à l’autorité paternelle. Il serait plus juste d’ailleurs de parler des homosexualités plutôt que de l’homosexualité.

Au début de la vie, l’être humain est bisexuel et ce n’est qu’au cours de son histoire qu’il s’identifie à un genre masculin ou féminin. Mais le féminin ne demeure pas le monopole des femmes, ni le masculin celui des hommes. Roland Barthes disait avec beaucoup  de vérité que l’amoureux, l’aimant, est « féminisé non parce qu’il  est « inverti » mais parce qu’il est celui qui attend ». Les deux  cette confusion linguistique qui conduit abusivement à prétendre expertiser en la matière, je ne vois pas pourquoi en tant que citoyen je devrais m’opposer au mariage des homosexuels. Pour moi cette revendication culturelle, comme celle de l’homoparentalité, se révèle plutôt comme le symbole d’une révolution des mœurs. Cela veut dire que le mot « couple » ou le mot « parent » sont en train socialement de changer  de sens,  comme ils ont d’ailleurs changé de significations au cours des siècles précédents et selon les structures de parenté des sociétés. 


L’anthropologue Maurice Godelier parle très justement à ce sujet de « métamorphoses de la parenté »...
 
C’est le mot juste. Je crois comme lui que l’humanité n’a eu de cesse d’inventer de nouvelles formes d’alliances et de parentés. Je crois que cette demande de reconnaissance sociale des couples 
homosexuels et leur aspiration à l’adoption témoignent d’au moins deux choses : d’une part de l’augmentation croissante aujourd’hui des revendications des minorités quelles qu’elles soient, et d’autre part d’une laïcisation de plus en plus forte des institutions organisant l’existence des individus.

Cela veut dire à mon avis que la désacralisation du monde civil, son désenchantement religieux s’accroît et qu’en contrepartie de nouvelles figures s’imposent pour occuper ce vide laissé par la pulvérisation des figures traditionnelles de l’autorité. Sinon pourquoi y aurait-il un débat passionnel autour de ces questions ? Si ce n’est qu’elles mobilisent l’arrière-fond religieux des formes d’alliance et de parenté, qu’elles poussent en avant les questions laissées en suspens par l’effondrement des marques majeures de l’autorité.

Quelles conditions pour l'adoption ? 

Cela concerne les homosexuels comme les hétérosexuels. Je pense par exemple que nous restons trop agglutinés aux anciens modèles d’une conjugalité organisée autour d’un noyau du couple papa-maman auquel les enfants s’agrègent, plus ou moins séparés du reste de la famille et à distance des autres relations sociales. Si la loi maintenait cette illusion et devait favoriser pour les homosexuels le déni de l’altérité, de la différence, alors pour le coup on serait plus que jamais dans le semblant et dans l’imposture. L’hétérosexualité du couple ne garantit pas en lui-même l’existence de différences constitutives comme les différences  de sexe et de génération par exemple, elle n’est pas davantage une garantie de socialisation des enfants. On oublie trop souvent que Platon suggérait que pour favoriser la citoyenneté républicaine ce ne soit pas les parents qui élèvent leurs enfants…

La fameuse loi du père, qui a donné à l’idéologie psychanalytique ses plus beaux fleurons, est une fonction au sens quasi mathématique du terme, un ensemble de règles permettant des opérations qui ne sauraient se confondre avec les personnages chargés de l’incarner à un moment donné. Donc là encore, ce n’est que dans l’après coup de l’expérience clinique et au cas par cas que l’on peut dire quelque chose, et non  en amont de cette expérience pour servir la soupe idéologique de je ne sais trop quelle cause.

Le débat autour de l'ouverture du mariage pour tous ne se situe pas uniquement au niveau de l'altérité des sexes mais également 4 au niveau de la parenté et de la filiation. Toute réforme du mariage doit être examinée au prisme de son impact pour tous les citoyens. Les effets de la réforme sur le Code Civil sont connus, mais sur les principes de la bioéthique, ils le sont moins. Doit-il y avoir selon vous une limite à imposer en ce qui concerne ces derniers? Etes vous favorable par exemple à la gestation pour autrui?

A partir du moment où vous voudrez bien admettre avec moi que les notions de couple, de parenté ou de famille ne sont pas des vérités naturelles et biologiques. Elles procèdent essentiellement 

de transactions sociales et symboliques et il est évident que tout changement en la matière confronte à des problèmes éthiques. Simplement, ces problèmes éthiques, voire bioéthiques, ne doivent pas demeurer une affaire de spécialistes, faute de quoi on fabriquerait de l’imposture, mais que leur traitement doit faire l’objet de débats citoyens. Si nous voulons réinventer de nouvelles façons de vivre ensemble et de traiter ces problèmes éthiques, il est nécessaire de réhabiliter la parole, le débat et le récit des expériences de vie. Après quoi on pourrait toujours procéder à un référendum. Cela me parait d’autant plus indispensable que le système technicien aujourd’hui, accouplé à la religion du marché, menace l’humanité dans l’homme. 

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 10:36

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Aujourd’hui, Pôle emploi accompagne plus de trois millions de chômeurs, presque un million de plus qu’il y a quatre ans au moment de sa création. Pour faire face à cette vague, l’organisme a recruté des agents en CDD d’un an dans le courant de l’année 2012. Une journaliste des «Infiltrés» a réussià intégrer une agence importante d’une grande ville française : une embauche sans vraie sélection et avec une formation sur le tas. Dans le même temps, l’agence remerciait des agents formés qui finissaient un CDD de deux ans.

 

Jour après jour, cette infiltrée a découvert la réalité du quotidien des conseillers de Pôle emploi, en sous-effectifs chroniques, écrasés par la bureaucratie et des directives inapplicables, parfois à la violence, et scandalisés par la politique du chiffre !

 

Voici le documentaire France 2 - Les infiltrés:

 

 

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 09:57

Que vivent les patients qui ont connu une trop grande intimité avec leurs psys ? Et pourquoi doit-on absolument s’abstenir de passer à l’acte ?

 

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<< Thérapeutes hommes ou femmes, d'origines et de cursus divers: il arrive parfois que certains d'entre eux cachent derrière leurs statuts des refoulements, des perversions ou des manques affectifs qui provoquent des "passages aux limites" profondément destructeurs lors des thérapies ! >>

 

Certains le font...


Après une séance où je lui avais parlé de ma peur des hommes, il m’a pris la main, m’a caressé les cheveux et m’a demandé de me déshabiller, se souvient Sylvie. Devant mes réticences, il m’a assuré que cela faisait partie de la thérapie. J’ai été incapable de lui résister. Ne pas savoir dire non était l’un de mes principaux symptômes et, forcément, mon psy le savait. Au bout de quelques mois, j’étais si abattue que c’est lui qui m’a mise à la porte.


Dès les débuts de la psychanalyse, Freud instaure l’interdit des relations sexuelles entre psy et patient comme règle de base. Non par souci de moralisme ou pour ménager la sensibilité des conjoints respectifs du thérapeute et du patient. Mais pour avoir constaté que le psy doit s’effacer, s’oublier en tant qu’individu, afin de permettre au patient d’explorer son inconscient et ses fantasmes.


Malheureusement, certains thérapeutes confondent parfois leur cabinet et leur chambre à coucher.

Susan Bauer, psychiatre et psychothérapeute américaine, a enquêté sur ce thème délicat et publie ses observations dans Relations intimes (Payot). Si elle y étudie surtout la situation anglo-saxonne, ses constatations s’appliquent également à la France, où les abus existent. Que vivent les individus qui ont connu une trop grande intimité avec leur thérapeute ? Pourquoi ce dernier doit-il absolument s’abstenir de " jouir " de ses patients ? Enquête auprès de patients et de psys dont les pratiques diffèrent. Et curieusement, qu’ils utilisent la psychanalyse classique, les TCC, ou les thérapies incluant un travail corporel, tous s’accordent pour dénoncer les passages à l’acte sexuel.

   

Sexe et thérapie : "totalement incompatibles"

   

Depuis trois ans, le psy d’Anna la reçoit une fois par semaine dans son cabinet et s’allonge avec elle sur le divan. Elle était allée le consulter car, à 28 ans, sa vie affective était un désert. "Toujours le même scénario : j’arrive, je me déshabille, je m’allonge… L’affaire terminée, il m’embrasse sur la joue. Je le paye, je pars. Il est ma seule relation affective." Anna ne se plaint pas d’être abusée. Pourtant…

 

"Il y a toujours abus en pareil cas, explique Bernard Auriol, psychiatre et psychothérapeute, qui utilise des techniques psychocorporelles. Car, même si de nombreuses patientes cherchent à séduire leur psy, leur véritable demande n’est pas de nature sexuelle : elles aspirent à un changement, à se déprendre des conflits et dépendances qui les emprisonnent. Or ce type de relation a l’effet inverse : elle enferme le patient dans un univers dont le thérapeute est le maître. Bien sûr, on note des exceptions, mais…"

 

D’ailleurs, insiste Bernard Duperier, psychanalyste et psychiatre, "impossible de continuer à être thérapeute dans une telle situation ! Si le patient est trop amoureux, le travail n’avance pas : obsédé par son psy, il ne pense qu’à lui et cesse de s’interroger sur ses propres problèmes. Et si, en outre, il y a passage à l’acte sexuel, le patient sera définitivement enkysté dans sa passion. En fait, je ne vois pas comment on peut tomber amoureux d’un patient. Les vérités crues qui se révèlent sur le divan me semblent incompatibles avec le mystère nécessaire à l’éclosion de l’amour."


Qui passe à l’acte ?

 

Susan Bauer distingue trois cas de psys qui passent à l’acte. D’abord le thérapeute naïf et sincère, persuadé d’aider son patient : le plus souvent, c’est un psy de sexe féminin, telle cette psychologue de 57 ans, qui, en toute bonne foi, a "voulu offrir une seconde chance à un malade schizophrène". Ensuite arrive le thérapeute incompétent. "Il y en a comme dans toute profession, commente Bernard Duperier. Mal formés, ils ne savent pas où s’arrêter." Enfin, minoritaire, le psy "prédateur" : "Il profite de sa position, explique Christophe André, psychiatre et psychothérapeute. Sentant ses patients prêts à se laisser séduire, il propose, sous prétexte de thérapie, des jeux sexuels. Pour ne pas être inquiété par la justice ou les organisations professionnelles, il interrompt le plus souvent la thérapie en racontant à sa proie qu’elle n’en a plus besoin. Et quand il a fini de s’amuser, il l’abandonne. Généralement, c’est un récidiviste."


Selon lui, les psys qui passent à l’acte se recrutent essentiellement chez les médecins, les sexologues et les praticiens de thérapies à médiation corporelle. Sous prétexte de rechercher un prétendu trouble hormonal, il leur est facile de demander à la patiente de se dévêtir ou de lui caresser les seins en lui faisant croire qu’il s’agit d’un exercice de relaxation. Mais, dans les faits, tous les thérapeutes, toutes écoles confondues, peuvent être concernés.

 

Toutefois, dans la grande majorité des idylles de divan, le psy éprouve de vrais sentiments amoureux, insiste Susan Bauer. Reste que cet amour n’empêche en rien les dégâts. "La communauté thérapeutique connaît quelques individus qui ont même plaqué femme et enfants pour épouser une patiente, renchérit Christophe André. Et les choses se passent rarement bien. Presque toujours, ces thérapeutes traversent une période difficile de leur vie. Presque toujours aussi, la patiente est beaucoup plus jeune qu’eux et les idéalise, ce qui n’est guère propice à l’épanouissement du couple."

 

Raymonde Hazan, aujourd’hui thérapeute, créatrice de l’analyse intensive, a vécu l’expérience de la transgression avec son premier thérapeute. Si elle témoigne, c’est qu’à ses yeux elle fait dorénavant partie de son expérience professionnelle" : "Grâce à cela, je connais la limite. Je sais ce qu’un psy peut ou non s’autoriser." Ainsi a-t-elle mis au point un cadre thérapeutique flexible, qui inclut des séances en dehors du cabinet –dans un café, etc.– et autorise le patient à téléphoner quand il en éprouve le besoin. D’ailleurs, de plus en plus de psys n’hésitent plus à travailler dans un cadre plus souple que le classique divan/fauteuil.


Comme un inceste


En revanche, le passage à l’acte sexuel est toujours nocif, car "vécu comme un inceste", insiste Raymonde Hazan. En effet, le psy symbolise le père tout-puissant et omniscient, qui ne saurait se tromper. Le patient étant "sous influence", il lui est difficile de dire non.

 
" Mon psychologue est passé à l’acte après douze ans de thérapie, explique Raymonde Hazan, mais l’“encerclement” a été progressif. Il était fasciné par moi, par les textes que j’écrivais. N’arrivant pas à venir à bout de certains de mes symptômes, il m’a proposé un “travail par le toucher”. Résultat : nous nous sommes retrouvés au lit. Voir le psy – ce héros – en caleçon, bedonnant, c’est terrible. Démystification totale, brutale ! Et simultanément, terreur absolue : je me sentais coupable, j’avais l’impression d’avoir commis un acte interdit. Je ne savais plus où j’en étais. Si je demandais de l’aide au psy, l’homme répondait. Quand, à l’inverse, j’interpellais l’homme, c’était le psy qui parlait. Je lui ai expliqué que j’avais besoin de poursuivre mon analyse avec quelqu’un d’autre, il s’y est opposé violemment. Craignant pour sa réputation, il avait peur que je confie nos “secrets” à l’un de ses confrères. Il a maintenu nos quatre séances hebdomadaires, dont une “d’amour” qu’il me faisait aussi payer. Comme j’allais de plus en plus mal, il a déclaré que j’étais “complètement folle” et m’a conseillé un séjour en hôpital psychiatrique. Depuis, j’ai rencontré d’autres femmes qui ont connu cette épreuve. Je peux témoigner que les patientes abusées, comme les enfants victimes d’inceste, se sentent coupables, ne parviennent pas à incriminer le véritable responsable, ont envie de mourir."

 

Selon une récente étude helvétique, 95 % des patientes ayant eu une relation amoureuse avec leur thérapeute présentent effectivement ces symptômes. Les patientes les plus exposées sont celles qui ont été victimes d’abus pervers dans leur enfance et sont restées fragilisées, peu sûres d’elles-mêmes. Or "il faut avoir suffisamment d’estime de soi pour s’opposer aux manœuvres d’un psy trop insistant", remarque Christophe André.

 

Sortir de l’engrenage

 

Pour guérir de ce drame et faire le deuil de l’expérience traumatisante, les thérapeutes préconisent une thérapie avec un nouveau psy. Malheureusement, ce n’est pas simple. Sur le plan affectif, les patients ont de grandes difficultés à couper le lien qui les étouffe : pris dans un conflit entre haine et amour, peur et honte, ils n’arrivent pas à lâcher prise. Et au niveau social – notamment si le psy est médecin-psychiatre – ils ont du mal à se faire entendre. "Face à ces transgressions, la communauté thérapeutique est mal à l’aise", explique Bernard Duperier.

 

"Quand j’ai appelé des psys à l’aide – j’en ai contacté plus de quinze – aucun n’a accepté de me recevoir, confirme Raymonde Hazan. D’emblée, j’étais prise pour une hystérique, une emmerdeuse ne songeant qu’à faire du scandale. L’un m’a dit : “Puisque vous avez su coucher avec votre psychologue, vous saurez aussi fort bien vous sortir de tout cela."

 

En dépit de ces obstacles, Christophe André conseille aux patientes d’envoyer, dans ce cas-là, des courriers au conseil de l’ordre des médecins et aux organisations professionnelles de psys, pour qu’une trace existe. "Comme pour le viol ou l’inceste, il faut briser la loi du silence."

 

"De leur côté, les psys de toutes catégories sont appelés à se protéger juridiquement pour éviter toutes accusations douteuses ou tentatives de diffamation. L'enregistrement à la CNIL doit-être envisagé."

 

Recourir à la loi ?

 

Faut-il, comme aux Etats-Unis, pénaliser les relations affectives de divan ? La majorité des thérapeutes français s’y oppose. Leurs arguments : pour exercer convenablement son métier, le psy ne doit pas craindre une convocation au tribunal parce qu’il aurait pris la main d’une patiente dépressive. Christophe André ne partage pas ce point de vue : "C’est vrai, on peut craindre la menace de l’hypercontrôle, mais les patients doivent pouvoir se défendre. Le problème mériterait d’être débattu sur la place publique. Cela touche à la dignité de notre profession. Vis-à-vis de ce problème, nous sommes dans une situation similaire à celle de l’inceste voilà trente ans : on n’en parlait pas et on avait tendance à ne pas croire les victimes." 

 

A l’heure actuelle, la seule garantie pour le patient est l’éthique du thérapeute. "Au bout de deux séances, Emmanuelle, qui était ma patiente, et moi avons constaté que nous nous plaisions trop pour travailler ensemble, se souvient Jacques S., psychanalyste. Je l’ai envoyée chez un collègue et nous avons eu une histoire amoureuse."Quant à Sonia, c’est en allant consulter pour la première fois qu’elle a rencontré son futur mari : " Il m’a serré la main et ç’a été le coup de foudre. Deux semaines plus tard, je m’installais chez lui et j’entamais mon analyse avec un de ses confrères."

 

La faute au transfert ?

 

Dans toute thérapie s’instaure automatiquement un lien affectif du patient vers l’analyste : le transfert. Indispensable, il permet de revivre – pour s’en détacher – les conflits névrotiques infantiles. Mais, dans la foulée, il ressuscite les amours œdipiennes pour papa et maman, à la base de ces conflits. Par conséquent, tout individu en thérapie va aimer son psy et vouloir être aimé de lui, comme il a souhaité l’être autrefois de son père ou de sa mère. D’où l’admiration qu’il lui porte et le poids particulier donné à ses paroles. C’est dire que l’amour pour le psy s’adresse à un autre du passé.

 

Un principe, dans sa formation, le thérapeute a eu l’occasion d’éprouver lui-même l’amour de transfert et de réaliser qu’en aimant son psy il se trompait sur la personne. Cependant, les psys sont des êtres humains et éprouvent des sentiments divers pour leurs patients. La situation se complique vraiment quand, mal formé, le psy se comporte comme s’il était le véritable destinataire de l’amour transférentiel et y répond physiquement. Ou que, pervers, il s’appuie sur son pouvoir pour s’allonger lui aussi sur le divan.


Célèbres idylles

 

La psychologie naissante a été marquée par de nombreuses histoires d’amour sur le divan, rappelle Susan Bauer dans Relations intimes:

  

Sandor Ferenczi autorisait ses patientes à l’embrasser et finit par épouser l’une d’elles. 

Le grand Jung fut, pendant plus de dix ans, l’amant de sa patiente Sabina Spielrein. Elle n’échappa à cette relation fusionnelle, qui l’entraînait de la satisfaction extrême à la tentation du suicide, qu’en devenant elle-même analyste. Cette romance a permis à Jung d’inventer ses notions clés d’anima (la part féminine de l’homme) et d’animus (la part masculine de l’homme) mais, en même temps, elle le terrifiait. Marié, il avait peur que Sabina révèle leur liaison au grand jour.


Erich Fromm, psychanalyste auteur du classique “L’Art d’aimer”, épousa sa thérapeute Frieda Fromm Reichman.

 

La romancière Anaïs Nin eut une liaison avec ses deux analystes, Robert Allendy, président de la Société psychanalytique de Paris, et Otto Rank, un des élèves préférés de Freud. Follement amoureux, ils souffrirent beaucoup. En contrepartie, elle eut le désagrément de ne pouvoir effectuer un authentique travail sur elle-même !

 

Dans les années 30, Wilhelm Reich, spécialiste des blocages sexuels, inventeur de la bio-énergie, caressait les fesses de ses patients dans un but thérapeutique. Dans les années 50-60, les cercles de développement personnel californiens élevaient les relations intimes avec les patients au rang de technique de révélation de soi – au même titre que le LSD.

 

William Schultz, inventeur d’une technique psychocorporelle, le training autogène, avait de fréquentes aventures avec ses patients. Par souci d’honnêteté, il rendait publique chacune de ses conquêtes. Et si une femme, une fois l’histoire terminée, se sentait abusée et abandonnée, il lui rappelait qu’elle avait choisi cette expérience et ne devait s’en prendre qu’à elle.

 

A 65 ans, Fritz Perls, créateur de la Gestalt thérapie, rencontra la belle Marty Fromm, 32 ans. Elle était sa patiente et, simultanément, faisait sa cuisine et lavait son linge. En retour, il l’initiait au sexe, y compris à plusieurs. " Il voulait me manipuler comme un marionnettiste tire les ficelles de ses poupées, écrit-elle dans son journal intime. Il affirmait faire tout cela pour moi, mais il le faisait pour lui. ". Sous l’influence de Perls, malgré tout, elle retourna à l’école, se lança dans une maîtrise de psychologie, et finit par enseigner cette discipline. L’une de ses premières initiatives fut de critiquer Perls et sa théorie.

 

Progressivement, au cours des années 70, à la demande des mouvements féministes, les organisations professionnelles se mirent à sévir. En 1973, l’Association américaine de psychiatrie adoptait un code de déontologie établissant que les rapports sexuels avec les patients sont contraires à l’éthique. En 1977, l’Association américaine de psychologie la suivait. Peu avant 1990, la France suivra avec un code pour les différentes disciplines.


"Officiellement, la fin de soixante-dix ans d’expérimentation, de confort personnel et d’amours occasionnelles", note Susan Bauer. En réalité, uniquement la fin des idylles vécues au grand jour.

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 09:47

La honte comme un sentiment social, selon Serge Tisseron


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Je trouve intéressant le point de vue de Tisseron concernant le sentiment de la honte, d’autant plus que c’est le point de vue d’un psychanalyste qui définit la honte comme un sentiment social.

Pour l'hypothèse psychanalytique, la honte est éprouvée au moment de l’Œdipe, lorsque l’enfant désire le parent du sexe opposé, et qu’il a honte de ce désir et de ne pouvoir rivaliser avec le parent du même sexe, qui est perçu comme supérieure à lui. Lorsque le sujet ressent de la honte dans sa vie d’adulte c’est lié à la projection d’instances parentales sur des personnages ou des institutions, une répétition donc de la honte éprouvée au sein de la famille en lien avec les imagos parentales. 

Tisseron nous dit que l’enjeu de la honte est le risque d’exclusion. La honte est un sentiment complexe du fait qu’il renvoie à des situations vécues comme honteuses, aux non dits, à des situations de violence. Confondre le sentiment de la honte lié à une situation réelle de violence subie par le sujet, avec la projection d’une instance parentale intériorisée, serait reproduire cette même violence au sein de l’espace thérapeutique. 

Tisseron dit clairement que certaines théories psychanalytiques peuvent empêcher la personne de pouvoir symboliser ce qui a été à l’origine de ce sentiment. 
Une autre caractéristique de la honte c’est qu’elle est souvent accompagnée, cachée derrière d’autres sentiments, comme le sentiment de culpabilité, qui crée de la confusion. La confusion étant ici le moyen pour la personne de se défendre du risque de déségrégation mentale lié au sentiment de la honte.

Tisseron souligne la nécessité de favoriser l’expression de la situation qui a été à l’origine de la honte, et d’analyser les défenses intersubjectives à côté des défenses subjectives.
Il souligne le rôle essentiel de l’environnement dans la construction de soi à côté du rôle joué dans l’enfance par les premières figures d’attachement et d’investissement. « Les enveloppes psychiques ne sont pas constituées une fois pour toutes dans la relation avec la mère primitive, mais constamment confrontées à la dynamique sociale. » (Tisseron, 1992, p. 178).

Le psychisme humain prend racine dans la famille, qui est un lieu d’identifications et d’apprentissages, et un lieu de soutien, de holding au sens où en parle Winnicott. Par la suite il est tributaire des groupes auxquels il participe. Le groupe a un effet contenant sur le sujet, il contient des parties dangereuses de lui-même, le protége, et permet le partage de certaines instances comme le surmoi et l’idéal du moi, soutenant le système de défense du sujet. En contrepartie le groupe attribue un rôle à chaque sujet. C’est pour cette raison que le vécu de la honte peut non seulement survenir par rupture d’investissements du sujet sur des objets réels, mais aussi par rupture des investissements dont il est lui-même l’objet de la part du groupe. Le rejet du groupe provoque une violence telle qu’il peut « ébranler les personnalités les mieux constituées. » (Tisseron, 1992, p. 178). 

Une compréhension de la honte dans tous ses aspects nécessite non seulement l’analyse des situations d’enfance au cours desquelles l’enfant a été confronté à la honte, mais aussi à l’exploration des situations humiliantes auxquelles il a vu ses parents confrontés, à la prise en compte des hontes des parents cachées à l’enfant et à l’étude des ensembles auxquels l’individu participe, qui partagent ses valeurs ou les lui contestent. Plusieurs situations peuvent émerger, même des situations qui ne sont pas en lien avec le sentiment de la honte. Tisseron émet l’hypothèse que l’on peut supposer qu’une personne soit plus sensible au vécu de la honte, du fait d’une fragilisation de son moi, et des enveloppes psychiques. Face à des situations sociales difficiles, du fait de cette fragilisation, la personne perd ses repères internes et ne peut pas mettre en place les réaménagements nécessaires pour faire face à ces situations. Mais mettre l’accent sur cette fragilisation sans intervenir autour des situations humiliantes réelles vécues renferment la personne dans un cercle vicieux : ressentie comme un témoignage de l’inadéquation entre le monde et soi, elle empêche l’ajustement qui permettrait de lui échapper.

 

1. La prise en compte des déterminismes sociaux

Tisseron nous dit que dans des problématiques liées au sentiment de honte, tenir compte du milieu social dont le sujet est issu est fondamental lorsque l’on aborde ce thème. 

Il parle de comment certaines attitudes émotionnelles peuvent représenter une tentative d’affirmer le maintien d’un lien privilégié avec le mode de communication familiale, plutôt que le signe d’un affaiblissement dans la constitution du moi. « Le travail analytique implique en effet pour ces patients une double rupture : de leurs habitus et repères personnels, et de leur tradition culturelle familiale. » (Tisseron, 1992, p.155).

Lui permettant de ne pas se couper de ses origines, il aura la tendance à se questionner davantage sur l’histoire familiale. Ce qui pose la question de savoir si une tentative de compréhension des déterminismes sociaux n’est pas une nécessité de dégagement de la honte d’un autre en soi. La compréhension des déterminismes sociaux des adultes qui ont entouré la personne dans son enfance, est aussi un renoncement à la toute puissance du subjectif, et une condition nécessaire à la mise en sens et donc à la symbolisation du récit familial.

L’enfant s’approprie et s’identifie à la honte des parents, à celle que les parents ont vécue ou subie face à des situations humiliantes, liées à leurs conditions sociale et professionnelle. Tenir compte du décalage historique et de l’évolution des mœurs permet dans ce cas-là de pouvoir se dégager de la honte introjectée et se séparer d’une stigmatisation de classe et d’une fidélité. 

 

2. La médiation des images

Tisseron propose une approche thérapeutique de la honte au travers de la médiation d’images. L’image est le moyen privilégié pour accéder à la représentation. Elle permet le lien avec le corps et ce que Tisseron appelle les éprouvés du corps, qu’en APO on appellerait sensation. 

Tisseron nous dit combien dans les problématiques de honte, les défaillances du moi sont à l’œuvre, en mettant la personne dans un cercle vicieux. Afin qu’elle puisse symboliser la honte, séparer ce qui lui appartient de ce qui lui a été transmis, séparer les différentes émotions qui créent la confusion, il est important d’oser penser la honte au sein de la cure, de la nommer, mais aussi d’utiliser le partage des images de la part du psychanalyste. 

En effet l’image a le pouvoir de donner l’illusion d’un partage psychique, avec une annulation des limites corporelles. L’image assure une identité de perception qui permet de contenir. 

Tisseron rappelle que les défaillances des enveloppes psychiques sont importantes dans la honte, et que ces défaillances peuvent survenir à n’importe quel moment de la thérapie, lorsqu’un enfant a éprouvé une excitation qui n’a pas pu être contenu, et a dû recourir au clivage. « Avec de tels patients, l’image permet de réintroduire le corps et les émotions qui le mobilisent. Et le travail du psychanalyste avec eux doit consister d’abord à mettre des images sur leurs propos…un peu comme un créateur de bande dessinée, ou de rébus, met des images sur des textes, mais aussi comme le travail du rêve. » (Tisseron, 1992, p.164). Tisseron donne l’exemple d’une femme qui exprime l’éprouvé du dégoût. Il lui dit « Vous avez eu envie de vomir » (Tisseron, 1992, p. 165). Il prend l’image statique de l’éprouvé corporel, le dégoût, pour la mettre en mouvement par le verbe. « Il s’agit de favoriser la remémoration d’éprouvés corporels à partir desquels se fixent les images » (Tisseron, 1992, p. 165).

Pour des personnes qui n’ont pas été contenue dans une excitation, qui ont été dans une proximité physique avec peu d’élaboration mentale, l’image permet de contenir davantage cette excitation, car elle crée un espace transitionnel. Tisseron propose que le psychanalyste partage une image avec le patient, ce qui a un effet surprise.

Donner une image qui implique le thérapeute dans l’action d’imaginer, permet de signifier que l’image peut être partagée à deux, que nous faisons référence à un langage commun, peut être une culture commune, une sorte d’appartenance, le travail d’association est relancé. L’image permet donc de pouvoir à la fois partager un langage commun, un bagage culturel et social commun, et de contenir.

Tisseron donne l’exemple d’une patiente, Sonia qui lui demande « Je voudrais être sur vos genoux », il parle de l’impossibilité pour elle de s’imaginer, et au fond ce qu’elle disait par-là était « Je n’arrive pas à m’imaginer sur vos genoux ». La renvoyer par l’analyse du transfert à ses carences affectives aurait été répéter cette violence du manque, qu’elle a vécu dans son enfance. Tisseron propose donc de revenir sur le sens de sa demande. Il en déduit que le choix de l’image a permis à Sonia d’accéder à ce qu’elle aurait aimé mais qu’elle n’a jamais eu, (ce que nous appelons en APO énergie conséquentielle), « l’espace de ce qui n’est pas mais qui pourrait être, l’espace imaginaire ». Tisseron décide d’intervenir en la rassurant sur la réciprocité de l’image, qui par son pouvoir de co-création d’un espace commun, permet la connexion à l’éprouvé corporel, à la sensation et donc de relancer l’activité symbolique. Ce faisant il lui répond « Je peux imaginer que je vous reprends sur mes genoux et que je cajole la petite fille qui est en vous comme un père cajolerait sa fille » (Tisseron, 1992, p. 172).

 

3. Conclusion

Le sentiment de la honte est un sentiment difficile à nommer du fait de son caractère contagieux.

La honte peut être masquée par d’autres sentiments, elle renvoie à la complexité du lien entre la scène psychique et la scène sociale. Elle est souvent liée à des carences affectives dans l’enfance, mais les enveloppes psychiques se confrontent à l’environnement, et à la dynamique sociale. C’est pourquoi il est nécessaire de soutenir la personne dans une mise en mot de la situation vécue comme honteuse, porteuse d’humiliation, et en même temps être à l’écoute du manque de contenant qui lui est souvent lié. 

L’image permet, au travers de son pouvoir contenant et de partage, d’aider ces personnes à faire le lien avec leur éprouvés corporels, pour relancer le travail de symbolisation.

Le travail autour de la honte demande au psychothérapeute une certaine sensibilité à ce sujet et une analyse sur le double registre de l’intersubjectif et du subjectif. 

Il s’agit donc de valoriser la honte, comme tentative pour le sujet de symboliser et dépasser une violence vécue et subie comme honteuse.

Le psychothérapeute ou psychanalyste doit recréer un sentiment d’appartenance, d’affiliation avec le patient ce qui suppose l’implication de sa subjectivité. Ce qui a aussi l’avantage de mettre le psychothérapeute et le patient au même niveau, il y a là un partage qui se fait au sens d’un partage d’être humain à être humain. Et dans cette « descente du piédestal » on peut supposer que cela peut être très réparateur au sens où il n’y a plus de doutes possibles à ce moment là, d’éventuelles positions hiérarchiques différentes, le psychothérapeute occupe une position symbolique si je puis dire ainsi, accessible.

Par Federica Scagnetti, Psychothérapeute et Psychanalyste.
Voir la page Psycho-Ressources

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 12:14

"La doxa est l'ensemble – plus ou moins homogène – d'opinions (confuses ou non), de préjugés populaires ou singuliers, de présuppositions généralement admises et évaluées positivement ou négativement, sur lesquelles se fonde toute forme de communication, sauf par principe celles qui tentent précisément à s'en éloigner telles que les communications scientifiques et tout particulièrement le langage mathématique."

   

tiraillement-contradiction-paradoxe.jpgParadoxes, tiraillements et contradictions !

  

Origine du concept


La doxa (du grec δόξα, doxa, « opinion », « conjecture ») est, dans la philosophie de Parménide, l'opinion confuse que l'on se fait sur quelqu'un ou sur un aspect de la réalité, par opposition au vrai chemin d'accès à la vérité : l'Être qui est. La doxa est donc un concept qui remonte aux origines mêmes de la philosophie.

 

-Excellent petit document sur "la doxa", influencée par les médias et la télévision-

 

Concept moderne : quelques définitions


La compréhension du monde n'est évidemment pas un phénomène simple, non médiatisé. Le savoir est toujours une construction et, qui plus est, une préconstruction et une reconstruction. Tout ce que l'homme conçoit et rencontre est une reprise (ou du moins une variante) du savoir qu'il possède déjà, d'une signification et d'une évaluation auxquelles il a préalablement consenti.


Connaissance et communication supposent le passage à travers, et donc le partage d'un système de compréhension. Selon Charles Grivel (1980 : d1) ce filtrage entre l'homme et le monde est double : à côté du filtrage sémantico-logique de la langue, il existe une précompréhension qui est sociale, fondée sur le goût, le comportement, c'est-à-dire sur « les slogans du bien-penser ». Nous retrouvons la même idée chez Itamar Even-Zohar (1980 : 65) : tout code sémiotique transmet des renseignements sur « le monde réel » suivant des conventions culturelles. Il existe un « répertoire », un système structuré, de « réalèmes » (des « realia », des éléments provenant du « monde réel »), qui entre dans des relations intra- et inter-systémiques.

Pour qu'un message soit acceptable (ou du moins vraisemblable), il doit être conforme à ces « impératifs de transmission » de compréhensibilité, d'utilité et de persuasivité (Grivel 1981 : 74). Cela suppose le partage d'un même discours, des mêmes « créances » (Grivel 1980 : d5), c'est-à-dire une « communauté de foi » entre les participants de la communication. Toute cette entente de base est implicite : « on ne parle pas de ce que tout le monde sait ». D'ailleurs, cela pourrait semer la confusion et causer la mise en question de ces présupposés mêmes : « toute vérité n'est pas bonne à dire » (Grivel 1980 : d5,10).


Ce qui vaut pour toute forme de communication, vaut a fortiori pour le texte : tout texte est dominé par des puissances distributives, des mécanismes d'insertion.


Les « réalèmes » de Even-Zohar n'impliquent pas de jugement de valeur. Toutefois il signale que, précisément par les contraintes conventionnelles imposées aux réalèmes, il devient possible de leur assigner des « fonctions secondaires », à côté de celle d'informer sur le monde. Even-Zohar donne des exemples d'ordre esthétique et littéraire, mais il est clair que ces fonctions secondaires peuvent être également, et surtout, d'ordre idéologique. Ceci est déjà suggéré par Pierre Bourdieu : « À chaque position correspondent des présuppositions, une doxa, et l'homologie des positions occupées par les producteurs et leurs clients est la condition de cette complicité qui est d'autant plus fortement exigée que […] ce qui se trouve engagé est plus essentiel, plus proche des investissements ultimes. » (Bourdieu 1979 : 267)


En effet, le concept de « doxa » ne reçoit sa valeur pleine que lorsqu'on accepte l'idée que les réalèmes sont soumis à un jugement de valeur. Ils deviennent alors des « idéologèmes » (des « universaux » dans la terminologie de Grivel 1978 : 40), qui constituent un réseau de valeurs : la doxa. La doxa constitue donc un ensemble (un « réseau », un système) de valeurs, de maximes autour de certains (tous, mais certains plus que d'autres) aspects et éléments de la réalité signifiée. Elle se situe au-delà de la langue, mais en deçà du discours dont elle fonde, tacitement, l'intercompréhension.


Fonction sociétale


La doxa facilite la communication - mais en la fondant. (L'homonyme est ironique : fonder implique fondre.) Cela signifie que sa fonction première est son service à l'idéologie dominante. Plus en particulier, sa fonction est d'inscrire progressivement l'ordre social dans l'individu. La doxa convertit les structures sociales en principes de structuration, en manière d'organiser le monde social : « (…) l'expérience première du monde est celle de la doxa, adhésion aux relations d'ordre qui (…) sont acceptées comme allant de soi. » (Bourdieu 1979: 549)


Bourdieu reprend un terme de Durkheim, « conformisme logique », pour indiquer ce processus décisif pour la conservation de l'ordre social: « l'orchestration des catégories de perception du monde social qui, étant ajustées aux divisions de l'ordre établi (et par là, aux intérêts de ceux qui le dominent) et communes à tous les esprits structurés conformément à ces structures, s'imposent avec toutes les apparences de la nécessité objective. » (Bourdieu 1979: 549-550)


Au fond, ce que fait le discours doxique, c'est convertir l'histoire, la culture, en essence, nature. Plusieurs auteurs signalent ce phénomène: Bourdieu (1979: 73) le présente comme l'agencement fondamental de l'idéologie, Barthes s'en est tellement énervé qu'il a commencé à écrire ses Mythologies: « (…) je souffrais de voir à tout moment confondues dans le récit de notre actualité, Nature et Histoire, et je voulais ressaisir dans l'exposition décorative de ce-qui-va-de-soi, l'abus idéologique qui, à mon sens, s'y trouve caché. » (Barthes 1957: 7)


Cette transformation de l'histoire en nature, de l'existence en essence, est propagé au niveau du discours par le mythe. L'image mythique, qui est à la vérité le masque du concept, se présente comme raison du concept. Un système de valeurs est propagé comme une série de faits (Barthes 1957: 237-239). « Le monde entre dans le langage comme un rapport dialectique d'activités, d'actes humains: il sort du mythe comme un tableau harmonieux d'essences. » (Barthes 1957: 251)


Comme le font remarquer Amossy et Rosen (1982: 47), le cliché, qui n'a aucune « qualité naturelle » fait exactement la même chose: il se réclame du « naturel » pour voiler sa conventionnalité.


Il est clair que la conversion de l'histoire en nature sert à prolonger l'ordre actuel des choses: L'état actuel est proclamé nature, c'est-à-dire réalisation de l'essence de l'être humain, donc moralement bien. Histoire devient Nature qui devient Morale: ainsi toute atteinte aux structures sociétales devient l'immoralité même. (Cf. Barthes 1957: 151.) En dernière analyse, la doxa, pour Barthes, est l'image que la bourgeoisie se fait du monde et impose au monde. La stratégie bourgeoise est de remplir le monde entier de sa culture et de sa morale, en faisant oublier son propre statut de classe historique: « Le statut de la bourgeoisie est particulier, historique: l'homme qu'elle représente sera universel, éternel; (…) Enfin, l'idée première du monde perfectible, mobile, produira l'image renversée d'une humanité immuable, définie par une identité infiniment recommencée. » (Barthes 1957: 250-251)

 

http://fr.wikipedia.org/

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 14:54

Image IPB
(Photo © James Whitlow Delano)


Le terme "Hikikomori" (retrait social) désigne un phénomène psychosocial qui sévit au Japon et arrive en France. Il s'agit d'individus souffrant d'une pathologie comportementale, qui les pousse à vivre reclus chez eux, refusant de quitter le domicile familial et d'avoir des contacts sociaux.

Les Hikikomoris représentent un peu le cliché du célibataire endurci sans emploi, ou encore du "no-life", issus du langage courant... Mais en pire, puisqu'il s'agit ici d'un réel trouble pouvant avoir de lourdes conséquences psychologiques !

Ces personnes s'enferment généralement dans leur chambre pendant plusieurs mois voire plusieurs années, se refusant à tout contact communicatif avec la société et parfois même avec leur famille. Ils ne sortent de leur chambre que pour répondre aux besoin vitaux. Ils vivent à un rythme décalé, dormant pendant la journée et s'adonnant à diverses activités antisociales pendant la nuit : télévision, ordinateur, jeux vidéo... Ils vivent généralement dans des conditions très précaires et peu hygiéniques, ne se lavant jamais, se nourrissant mal et étant entourés d'un désordre ambiant.

 

Au Japon, on peine à expliquer ce phénomène, apparu durant les années 80 et prolixe dans les années 90. On estime en général que le processus commence par une impossibilité d'aller à l'école, qui deviendra vite une incapacité à affronter le monde en dehors des murs de sa chambre. Les raisons les plus souvent avancées sont le harcèlement à l'école, les maltraitances familiales, ou les échecs professionnels, dans une société très compétitive.
Cependant, d'autres, tel que le professeur Tamaki Saito, l'un des premiers psychiatre s'étant intéressé aux Hikikomori, cherchent les raisons du côté de la culture et de l'histoire japonaise. Selon lui, la célébration de la solitude dans les poèmes traditionnels et la musique, et l'isolement du Japon au milieu du dix-neuvième siècle pourraient expliquer une partie de ce problème propre au Japon.
 

Image IPB
(Photo © Kendra Scarlavai)


Les individus concernés sont le plus souvent des hommes (77%), souvent des fils aînés. Au niveau des statistiques, un jeune sur 10 serait un hikikomori, ce qui ne représente malgré tout que 1% de la population. L'âge moyen se situe autours des 26 ans, mais ce phénomène atteint aussi de jeunes adolescents.

Les causes ne sont pas difficiles à indentifier : manque de confiance en soi, dépression, pression sociale, impression de ne pouvoir répondre aux attentes de la société, traumatismes... Beaucoup de victimes d'ijime (harcèlement psychologique et physique), lorsqu'ils ne se suicident pas, deviennent des hikikomoris.

Les conséquences mentale sur l'individu peuvent être lourdes : à force de n'avoir aucun contact avec la société, la notion de bien ou de mal finit par se perdre. Les hikikomoris accumulent aussi un énorme retard scolaire. La perte de toutes références causée par leur enfermement conduit parfois à des comportements violents, il arrive que les hikikomoris s'en prennent à leur famille voire à des inconnus dans la rue lorsqu'enfin, ils sortent de chez eux.

Généralement, les hikikomoris ne sont pas traités, il arrive fréquemment que leur famille nie l'existence de ce phénomène car beaucoup trop honteux. Il existe cependant quelques cellules d'aide à la réinsertion sociale des hikikomoris, bien que peu nombreuses, même si en général les japonais préfèrent attendre que l'individu réintègre la société par sa propre volonté. Un soutien psychologique est bien sûr nécessaire pour sa réadaptation. Une fois la confiance retrouvée et l'isolement quitté, il devient plus facile de se replonger dans un train de vie "normal".

Une petite vidéo sur ce thème : 

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 13:10

"On sait que c’est l’entité la plus complexe de l’univers connu. Mais les découvertes se multiplient et font exploser tous les schémas. Notre cerveau est bien plus élastique que prévu, ses neurones peuvent même repousser. Et il fonctionne en wifi, relié aux cerveaux des autres."

 

infographie du cerveau

      

On sait que c’est l’entité la plus complexe de l’univers connu. Mais les découvertes se multiplient et font exploser tous les schémas. Notre cerveau est bien plus élastique que prévu, ses neurones peuvent même repousser. Et il fonctionne en wifi, relié aux cerveaux des autres. Combiner ces deux approches révolutionnaires, c’est admettre que l’Homo sapiens peut modifier lui-même sa structure – et donc que le monde n’est pas forcément fichu ! Cela dit, notre cervelle pourra-t-elle jamais percer entièrement ses propres mystères ? Les découvertes récentes sont en tout cas spectaculaires.

 

1, un cerveau plastique qui peut voir avec la peau

 

L’idée de plasticité corticale et neuronale ne figure dans aucun programme de médecine avant les années 1990 : les premiers qui en parlent sont ridiculisés, tels Paul Bach-y-Rita et son frère George, deux médecins hors norme qui, à la fin des années 1960, réussissent à sauver leur père, un professeur de tango paralysé par un accident vasculaire cérébral (AVC) et que les neurologues disaient condamné. Après un an d’exercices acharnés, le vieil homme danse de nouveau. A sa mort, six ans plus tard, ses fils le font autopsier et découvrent, stupéfaits, qu’une bonne partie des nerfs reliant son cortex à sa moelle épinière avaient été détruits par son AVC : sa guérison a donc reposé sur l’optimisation des quelques liaisons neuronales restantes. Le psychiatre canadien Norman Doidge en fait le récit fantastique dans « Les Etonnant Pouvoirs de transformation du cerveau » (Belfond, 2007).

 

Certes, nos lobes corticaux sont spécialisés : les images visuelles sont traitées à l’arrière de notre crâne ; nous entendons et parlons « sur les côtés » du cerveau (grâce aux aires de Broca et de Wernicke) ; nous prêtons attention et analysons avec nos lobes frontaux. Mais la répartition par zones fonctionnelles peut se modifier. Sous la pression d’une urgence et d’une motivation intense, une zone peut même remplir la fonction d’une autre. La démonstration la plus frappante de cette « suppléance corticale » nous vient des appareils inventés plus tard par Paul Bach-y-Rita : ils permettent à des aveugles de « voir » avec leur langue ou la peau de leur dos en stimulant, à l’aide des pixels émis par une caméra, la zone de leur cerveau en principe destinée aux perceptions tactiles. Conclusion ? Si un humain peut apprendre à « voir par la peau », c’est que notre cerveau est un organe vraiment plastique !

  

Le psychiatre Christophe André, qui a introduit la méditation à l’hôpital Sainte-Anne, tempère cependant cet enthousiasme : « Guérir d’un trouble neurologique ou psychique n’est pas brusquement devenu facile. En tant que clinicien, les nouvelles découvertes me disent que la neuroplasticité est réelle, mais qu’elle exige beaucoup de travail de la part du patient. »

 

2, des trillons de milliards de réseaux neuronaux

 

Imaginez ce que vous portez dans le crâne : cent milliards de neurones, chacun doté de mille à dix mille connexions, assisté de centaines de milliards de cellules gliales (qu’on a longtemps prises pour un « bourrage » sans importance, mais qui pourraient jouer un rôle crucial), le tout relié électriquement et chimiquement grâce à une centaine de neuromédiateurs. Fermez les yeux et pensez au visage d’un être cher. Le voyez-vous ? Vous venez juste d’allumer un réseau de quelques dizaines de millions de neurones. Les trillons de milliards de réseaux possibles forment une entité en reconstitution permanente. Une vraie jungle vivante : les neurones colonisent, au sens propre, tout territoire vacant. « Et si nous perdons un neurone par seconde, nous savons désormais que de nouveaux neurones naissent constamment dans une zone appelée “subépandymaire”, d’où ils migrent dans tout le tissu cérébral », explique le Pr Bernard Mazoyer, qui dirige le Groupe d’imagerie neurofonctionnelle de Caen.

  

De nouveaux neurones ? Même chez les adultes et les seniors ? Un dogme colossal s’écroule, qui prétendait la chose impossible. « Mais le plus important, poursuit Bernard Mazoyer, ce ne sont pas tant les nouveaux neurones que les nouvelles connexions. Un neurone ne devient opérationnel que si ses dendrites se mettent à pousser, le reliant par des synapses à d’autres neurones. » Qu’est-ce qui fait pousser les dendrites, ces sortes de tentacules ? Le désir, l’affection, l’interrogation, la réflexion, l’action, la volonté : oui, vous pouvez décider de connecter vos neurones ! Qu’est-ce qui détruit ces derniers ? L’âge, le stress, la pollution, certaines maladies, mais surtout la passivité : un neurone s’use et meurt beaucoup plus vite si l’on ne s’en sert pas ; ses synapses se rabougrissent et finissent par se détacher, le mettant hors-jeu. A l’inverse, apprendre, aimer, agir, méditer, rend nos neurones vigoureux. Et l’on sait désormais que toute expérience, physique, émotionnelle ou mentale, fait naître ou remodèle en nous un réseau neuronal.

 

Boris Cyrulnik raconte : « Ces idées provoquaient des éclats de rire. C’est pourtant bien la plasticité neuronale qui explique, dans le sens négatif, les atrophies cérébrales des enfants abandonnés et, dans le sens positif, la possibilité d’une résilience. » Et le neuropsychiatre toulonnais de brosser l’image terriblement émouvante de neurones d’enfants « ramollis » par l’abandon et qui, sous l’influence d’une nourriture affective, même tardive, se connectent les uns aux autres en autant de nouvelles synapses : « L’irruption de l’amour, dit-il, fait littéralement pousser les dendrites, comme des tiges de blé jaillissant d’une terre soudain arrosée. »

 

3, à plein régime et en permanence

 

Une autre idée reçue s’est effondrée, selon laquelle nous n’utiliserions qu’une fraction de nos capacités cérébrales. « D’un point de vue neurologique, c’est archifaux, explique le Pr Bernard Mazoyer. Notre cerveau travaille à 100 % de ses capacités et sans réserve d’énergie, que l’on soit éveillé ou endormi. Mais seulement 1 % de cette activité est “cognitive”, c’est-à-dire accessible à la conscience. Donc tout ce qui nous sert à penser, parler, inventer, décider ou bouger ne prend que 1 % de l’énergie cérébrale. Le cerveau se sert des 99 % restants pour confirmer et reformater sans interruption, à sa guise, tous nos réseaux neuronaux. C’est ce que nous appelons le “fonctionnement cortical par défaut”. »

  

Nous savions que notre vision du monde était à 100 % interprétée par notre cerveau. Nous ignorions que ce dernier retravaillait en permanence, à notre insu, tous nos réseaux, donc tous nos souvenirs. Observer ce « fonctionnement par défaut » n’est possible que grâce aux dernières techniques d’imagerie à résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et ouvre des boulevards de questions. Cette sorte d’inconscient cérébral est-elle régulée par un chef d’orchestre ? On n’en sait rien, malgré l’émergence de cartographies inédites. On en a seulement une vague intuition en plaçant dans un scanner des étudiants qu’on invite à « ne penser à rien ». Interrogés plus tard sur leur ressenti, ils donnent une idée de la « tonalité » de l’inconscient cérébral. Après-coup, certains disent avoir plutôt perçu des sons, d’autres plutôt des images. Ce qui signalerait donc deux types de cerveaux : les plutôt visuels et les plutôt verbaux, les seconds ayant plus de pouvoir de plasticité volontaire que les premiers.

  

Une chose est sûre : nos réseaux de neurones sont à la fois stables (sinon vous ne sauriez plus qui vous êtes en vous réveillant) et mouvants (réveiller un souvenir, c’est aussitôt en modifier le réseau). La science de ces réseaux n’en est qu’à ses débuts. Le xxie siècle vivra en la matière, à coup sûr, des découvertes prodigieuses. Cette science approfondira certainement la loi de Hebb, qui dit que stimuler un fragment de réseau neuronal l’allume tout entier. Psychologiquement, c’est l’« effet Zeigernick » : s’il voit un fragment de forme, notre cerveau la complète, comme s’il avait horreur de l’inachevé. Ce qui confirme la théorie de la Gestalt : voir un minuscule bout de visage vous suffit pour reconnaître quelqu’un… ou croire le reconnaître. Cela peut expliquer beaucoup d’hallucinations : pensez à tout ce que l’on croit voir dans les formes d’un nuage, d’un feu ou d’un gribouillage : c’est votre cerveau qui complète, interprète, invente.

 

4, un organe social qui se nourrit des relations avec les autres

 

L’idée d’une « intelligence relationnelle » n’est pas neuve. Le psychologue Edward Thorndike en parlait déjà en 1920. Mais ce n’était qu’une intuition. Les récents et fulgurants progrès de l’imagerie corticale ont permis de la confirmer scientifiquement. Désormais, les neuropsychologues voient le cerveau comme un organe « neuro-social ». Selon eux, la sélection naturelle a favorisé les cerveaux altruistes. Grâce à nos « neurones-miroirs », nous ressentons la souffrance de l’autre et, en le secourant, nous cherchons à nous soulager nous-mêmes. Le gros problème de notre époque, c’est que ce mécanisme de survie groupal s’est bloqué : bombardés d’informations terribles, il nous faudrait être Superman pour répondre à toutes les invitations à la compassion. Résultat : les enfants deviennent ultraviolents de plus en plus jeunes, la vie sociale directe (avec contact physique) est en régression, l’indifférence nous gagne face aux souffrances d’autrui. Sommes-nous condamnés à disparaître par régression de notre « cerveau social » ? Auteur du best-seller « Cultiver l’intelligence relationnelle » (Robert Laffont, 2009), le psychologue Daniel Goleman prévient : « L’enjeu crucial du xxie siècle sera d’élargir le cercle de ceux que nous considérons comme “nous” et de réduire le nombre de ceux qui nous apparaissent comme “eux”. Quand il est épanoui, notre cerveau social nous relie à toute l’humanité. »

 

par Patrice van Eersel - www.cles.com

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 11:17

"Sorciers d'autrefois et psychanalyse contemporaine, une démarche analogue ?". Un courrier de l’Unesco, juillet-août 1956, Par l'anthropologue Claude Lévi-Strauss.

 

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La cure du chamane n’est pas une quelconque magie : c’est l’analogue de la démarche du psychanalyste freudien. Alors que l’Europe pratique l’enfermement des fous, les peuples sans écriture ont découvert le pouvoir guérisseur du mythe.
 

À la plupart d’entre nous, la psychanalyse apparaît comme une conquête révolutionnaire de la civilisation du XXe siècle ; nous la plaçons sur le même plan que la génétique ou la théorie de la relativité. D’autres, plus sensibles sans doute au mauvais usage de la psychanalyse qu’à son véritable enseignement, persistent à la considérer comme une extravagance de l’homme moderne. Dans les deux cas, on oublie que la psychanalyse n’a fait que retrouver, et traduire en termes nouveaux, une conception des maladies mentales qui remonte probablement aux origines de l’humanité et que les peuples que nous appelons primitifs n’ont pas cessé d’utiliser, souvent avec un art qui étonne nos meilleurs praticiens.

 

Il y a quelques années, des ethnologues suédois ont recueilli et publié un très long rituel de guérison employé chez les Indiens Cunas de Panama, dans les cas d’accouchement difficile. Ce rituel consiste en un récitatif que le sorcier de la tribu – ou, comme disent les spécialistes, le chaman – déclame devant la patiente et pour son bénéfice. Il lui explique que son mal provient de l’absence momentanée de l’âme qui préside à la procréation ; car les Cunas croient en l’existence d’une multitude d’âmes, chacune préposée à une fonction vitale particulière. Cette âme a été attirée dans l’au-delà par des esprits malfaisants ; le sorcier raconte à la malade, avec un grand luxe de détails, comment il entreprend un voyage surnaturel à la recherche de l’âme perdue ; quels obstacles il rencontre ; à quels ennemis il s’oppose ; comment il les domine, par la force ou par la ruse, avant d’atteindre la prison de l’âme captive, pour finalement la libérer et lui faire réintégrer le corps souffrant et étendu.

 

La cure chamanistique, précurseure de la psychanalyse

 

Analysons brièvement les caractères de cette cure, dont nous n’avons aucune raison de supposer qu’elle ne soit pas efficace, au moins dans certains cas. Son premier caractère tient à sa nature purement psychologique : pas de manipulation du corps de la malade, pas de drogues. Le sorcier ne fait que parler, ou chanter ; il s’en remet au seul discours pour induire la guérison. En second lieu, le traitement implique un tête-à-tête entre deux personnes : malade et médecin, ce qui ne signifie pas, comme nous le verrons dans un instant, que les autres membres du groupe social ne puissent former un auditoire. Or, de ces deux personnes, l’une – le sorcier au pouvoir reconnu par la tribu entière – incarne l’autorité sociale et la puissance de l’ordre ; l’autre – le malade – souffre d’un désordre que nous appellerions physiologique, mais qui apparaît aux indigènes comme l’effet d’un avantage arraché par la société des esprits à celle des humains. Puisque ces deux sociétés doivent être normalement alliées, et que le monde des esprits est de même nature que celui des âmes assemblées dans chaque individu, il s’agit vraiment, dans la pensée indigène, d’un désordre sociologique provoqué par l’ambition, la malveillance ou la rancune des esprits, c’est-à-dire par des motivations de caractère psychologique et social. Enfin, en exposant les causes de la maladie, et en racontant ses aventures dans l’au-delà, le sorcier évoque, chez son auditoire, des représentations familières empruntées aux croyances et aux mythes qui sont le patrimoine du groupe social tout entier. D’ailleurs, c’est en assistant à de telles cures, qui ont un caractère public, que l’adolescent s’initie en détail aux croyances collectives.

 

Plusieurs caractères qui viennent d’être relevés ressemblent étrangement à ceux d’une cure psychanalytique. Dans ce cas aussi, la maladie est considérée comme ayant une origine psychologique et le traitement appliqué est exclusivement de cette nature. Par des symptômes qu’il ne peut maîtriser, ou plus simplement par le trouble de son esprit, le malade se sent exclu du groupe social et fait appel au médecin, dont l’autorité est sanctionnée par le groupe, pour l’aider à s’y réintégrer. Enfin, la cure vise à extraire du malade le récit d’événements enfouis dans son inconscient, mais qui, en dépit de leur ancienneté, continuent à régir ses sentiments et ses représentations. Or, qu’est-ce qu’une histoire assignée à une époque très ancienne, si ancienne souvent, que même son souvenir est perdu, mais qui continue, cependant, à expliquer – mieux que des événements plus récents – les caractères de ce qui se passe actuellement ? Très exactement, ce que les sociologues appellent un mythe.

 

Convergences et divergences

 

La grande différence entre une cure chamanistique comme celle que nous venons d’analyser, et une cure psychanalytique, tient donc au fait que dans le premier cas le médecin parle tandis que, dans le second, ce soin est dévolu au patient ; on sait qu’un bon psychanalyste reste pratiquement muet pendant la plus grande partie de la cure ; son rôle est d’offrir au malade la stimulation de la présence d’autrui, on pourrait presque dire la provocation, afin que le malade puisse investir cet « autre » anonyme avec toute l’hostilité dont il se sent inspiré. Mais, dans les deux cas, la cure consiste bien dans la production d’un mythe, avec cette différence que, chez les Cunas, il s’agit d’un mythe tout fait, connu de tous et perpétué par la tradition, que le sorcier se contente d’adapter à un cas particulier ; disons, pour être plus précis encore, de traduire dans un langage qui ait un sens pour le malade et lui permettant de nommer, et donc de comprendre – peut-être ainsi de dominer – des douleurs qui étaient jusqu’alors inexprimables, au propre et au figuré.

 
Dans la psychanalyse, au contraire, le malade a la charge d’élaborer son propre mythe. Mais, si l’on y réfléchit un instant, la différence n’est pas si grande, puisque la psychanalyse ramène l’origine des troubles psychiques à un très petit nombre de situations possibles, entre lesquelles le malade n’a guère que la liberté de choisir, et qui, toutes, se rapportent aux premières expériences de la vie et aux relations du jeune enfant avec son entourage familial. Ici aussi, c’est quand le malade sera arrivé à traduire des troubles inexprimables ou inavouables (cela revient au même), dans les termes d’un mythe approprié à son histoire particulière, qu’il se sentira libéré. (…)

 
Après le rapprochement qui précède, nous ne nous étonnerons pas que certains psychologues très avertis, visitant des sociétés indigènes pour mener des enquêtes à l’aide des plus modernes procédés d’investigation, se soient trouvés de plain-pied avec les sorciers indigènes, et même parfois, surpassés par eux.

 
Telle fut l’aventure, si joliment racontée par le psychologue et anthropologue Kilton Stewart, dans un ouvrage récent intitulé : Pygmies and Dream Giants (Les Pygmées et les Géants du rêve, New York, 1954). Il s’était rendu chez les Négritos, ou Pygmées, habitants très primitifs de l’intérieur des Philippines, pour étudier leur structure mentale par des méthodes voisines de celles de la psychanalyse. Non seulement les sorciers du groupe le laissèrent faire, mais ils le considérèrent aussitôt comme un des leurs ; mieux encore, ils intervinrent d’autorité dans ses analyses, en spécialistes compétents et parfaitement au courant des techniques utilisées. J’ai souligné tout à l’heure le caractère public des cures chamanistiques. Tous les membres du groupe acquièrent ainsi progressivement la croyance que leurs propres malaises, quand ils viendront à les éprouver, relèvent des mêmes procédés que ceux qu’ils auront si souvent vu appliquer. D’autre part, prévoyant toutes les étapes de la cure, ils y participeront volontiers, les scandant de leurs encouragements, aidant le malade à rassembler ses souvenirs.

 

Comme le remarque à ce même propos K. Stewart, nous ne sommes plus sur le terrain de la psychanalyse, mais sur celui de l’un de ses développements récents : la psychothérapie collective, dont l’une des formes les plus connues est le psychodrame, où plusieurs membres du groupe acceptent de figurer les personnages du mythe du malade, pour aider celui-ci à mieux se le représenter et pouvoir ainsi pousser sa tragédie jusqu’au dénouement. Cette participation n’est possible qu’à condition que le mythe du malade offre déjà un caractère social. Les autres réussissent à y participer parce qu’il est aussi le leur, ou plus exactement parce que les situations critiques auxquelles notre société expose l’individu sont, très largement, les mêmes pour tous.

 

La transfiguration bénéfique du trouble en œuvre d’art

 

On voit donc combien illusoire est le caractère, intime et personnel, de la situation oubliée que la psychanalyse aide le malade à se remémorer. Même cette différence avec la cure chamanistique, que nous avions retenue tout à l’heure, s’évanouit. « Comme à Paris et à Vienne, écrit K. Stewart, les psychiatres négritos aidaient le malade à retrouver des situations et des incidents appartenant à un passé lointain et oublié, des événements douloureux enfouis dans les couches les plus anciennes de cette expérience accumulée qu’exprime la personnalité. »

 

Sur un point au moins, la technique indigène semble être plus audacieuse et plus féconde que la nôtre. K. Stewart relate une expérience qu’il eût pu faire n’importe où dans le monde, chez l’un de ces peuples que nous appelons primitifs. Quand il voulut tirer le malade de l’état de rêve éveillé où il se trouvait, racontant de façon désordonnée des incidents de son passé – conflit avec son père, transposé sous la forme mythique d’une visite au pays des morts –, ses collègues indigènes l’en empêchèrent. Pour être guéri définitivement, lui dirent-ils, il fallait que l’esprit de la maladie ait fait un présent à sa victime, sous forme d’un nouveau rythme de tambour, d’une danse ou d’un chant. Selon la théorie indigène, il ne suffit donc pas que l’infériorité sociale, due à la maladie, soit effacée ; elle doit se transformer en avantage positif, supériorité sociale de la nature de celle que nous reconnaissons à l’artiste créateur. Sans doute, cette relation entre un équilibre psychique inhabituel et la création artistique, n’est pas étrangère à nos propres conceptions. Il y a beaucoup de génies que nous avons traités comme des fous : Nerval, Van Gogh et d’autres. Au mieux, nous consentons parfois à excuser certaines folies pour la raison qu’elles sont le fait de grands artistes. Mais même les pauvres Négritos des jungles de Bataan ont vu beaucoup plus loin dans ce domaine ; ils ont compris qu’un moyen de dissiper un trouble mental, nuisible à l’individu qui en est victime et à la collectivité qui a besoin de la saine collaboration de tous, consiste à le transfigurer en œuvre d’art ; méthode rarement utilisée chez nous, mais qui est tout de même celle à quoi nous devons l’œuvre d’Utrillo.

 

Il y a donc beaucoup à apprendre de la psychiatrie primitive. Toujours en avance sur la nôtre à bien des égards, de quel modernisme ne faisait-elle pas preuve à l’époque, récente encore et dont la tradition est pour nous si lourde à secouer, où nous ne savions rien faire d’autre des malades mentaux que les charger de chaînes et les affamer !

 

© Unesco, Courrier de l’Unesco, juillet-août 1956.

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 11:41

A l'heure où notre société devient une civilisation d'expertise, où domine une population suradaptée souvent normative, aseptisée par les structures régaliennes, et trop docile face aux aberrations provoquées par les institutions: Bernard Stiegler nous rappelle combien l'amatorat, véritable thérapeutique de soi - à travers la passion créatrice qu'il génère - permet par le principe des externalités positives, la guérison par l'oeuvre d'une époque désenchantée !

 

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 1- Il y a un temps de l’amateur, un rapport au temps qu’ignore celui qui n’est pas amateur — et c’est un temps de l’amour, c’est-à-dire de la fidélité : amateur vient d’amare, aimer. Socrate pose d’ailleurs dans Le Banquet que le philosophe est avant tout un amateur : l’amateur de sagesse. Et dans Ménon, il dit que ce rapport à la sagesse est fondé sur « un autre temps ».

  
L’amateur est prêt à donner beaucoup de temps à ce qui le passionne. Il est absolument disponible. Dans le contexte si spécifique et fatigué de notre époque, cela signifie que l’amateur est tout sauf un consommateur. L’amateur pratique ce qu’il aime, donc il le fréquente : par exemple, il est capable d’aller voir plusieurs fois le même spectacle. Proust le narre dans La recherche du temps perdu aussi bien à propos du théâtre que des œuvres plastiques (portraits des Guermantes, peintures d’Elstir) ou que de la « petite musique de Vinteuil ». Les artistes dont j’aime l’œuvre, c’est leur trajectoire qui m’intéresse, la série que forme cette œuvre, et son  inscription dans ce que j’appelle un circuit de transindividuation (ainsi, par exemple, ce qui relie Marcel Duchamp à Sophie Calle, en passant par Joseph Beuys).

 
L’amateur cultive un rapport au temps qui fonde un rapport aux œuvres. Même l’amant, qui est l’amateur le plus répandu qui soit, a un tel rapport – que l’on dit amoureux. Une histoire d’amour, c’est-à-dire d’amateur, est toujours l’histoire d’une altération par cet autre qu’est l’être aimé : œuvre, personne, discipline, pays, langue, etc. Celui que l’on aime, comme amant, est celui — ou celle — que l’on fréquente inlassablement et dont, en quelque sorte le mystère s’épaissit dans cette fréquentation par laquelle on se trouve trans-formé, à savoir aussi, individué (dans le langage de Simondon).

  

 Et s’il est vrai que les amateurs forment des communautés d’amateurs, et aiment à se rencontrer pour parler ensemble de ce qu’ils aiment, cette individuation psychique devient aussi une individuation collective à travers un processus de transindividuation, c’est cela qui constitue une époque, et dans ce processus, les tout premiers amateurs sont les artistes eux-mêmes (un artiste « professionnel », c’est, tout comme un philosophe « professionnel », une contradiction dans les termes, et ceci est un problème propre à notre temps, où les « professionnels » se satisfont si lamentablement du consumérisme qui les coupe des amateurs, par où ils perdent eux-mêmes leur amour des œuvres.

 
Un objet aimé — œuvre, personne — s’idéalise. L’idéalisation est coextensive à l’amour, soit à la forme plénière du désir. En cela, l’objet de l’amateur et de l’aimant s’infinitise. C’est ainsi que l’art conduit à ce que Kant désigne non seulement comme étant le beau, mais le sublime. Le passage de l’art au religieux — ou du religieux à l’art — se fait aussi par là.

 
Une œuvre est intrinsèquement inachevée, infinie, et renaît à chaque expérience du regard qui se pose sur elle, pour autant que le regard se pose sur elle, parce que mon œil peut fonctionner comme celui d’un poulpe : il peut voir qu’il y a du bleu et du rouge sans en être affecté. Il peut ne rien se passer : l’œuvre peut ne pas œuvrer. Et la plupart dutemps, elle n’œuvre pas. La plupart du temps, quand je suis devant une œuvre théâtrale, plastique, littéraire, musicale, je n’y entre pas — du moins pas d’emblée. Les œuvres sont comme d’Artagnan et Aramis : je les rencontre d’abord dans un combat. Les œuvres qui m’ont le plus marqué m’ont souvent d’abord blessé, heurté et contrarié. Et je me méfie des personnes qui disent entrer dans toute œuvre : je crains qu’elles n’entrent dans rien d’autre que leur narcissisme béat. On n’entre pas dans une œuvre comme dans un moulin. Peu de gens savent ce qu’est une œuvre : ceux qui le savent sont des amateurs, et il n’y a plus beaucoup d’amateurs parce qu’on en a détruit les conditions de possibilité.

  
Je parlais de temps et d’infini. L’autre temps, celui qui œuvre dans l’amateur, et qui l’ouvre, est un temps infini. Or, en principe, un temps infini n’est pas possible : le temps a un début et une fin. L’expérience du temps des œuvres a à voir en cela avec Dieu : l’œuvre n’œuvre que pour autant qu’elle n’est pas sur le même plan que moi, qui suis sur un plan d’immanence finie. Depuis l’art moderne, qui est aussi l’art de la mort de Dieu, c’est un plan d’immanence infinie. Je suis un immanentiste qui pense que nous sommes à jamais tombés dans l’immanence, qu’il n’y a plus de transcendance, mais je ne crois pas pour autant qu’on en ait fini avec l’infini. Il y a dans l’immanence une expérience de l’infini, s’il est vrai que l’immanence est l’expérience du désir dont l’objet est intrinsèquement infini, et ces questions constituent l’étoffe des œuvres de Nietzsche et de Freud.

 

 

"Les amateurs travaillent, ils n’ont rien à voir avec la consommation. Ils ne travaillent pas pour survivre, mais pour exister."

 

2- Ce travail, qui ne procure pas forcément un emploi, apparaît dans le cadre du post-consumérisme lequel passe aussi par une reterritorialisation. Les technologies réticulaires numériques sont des technologies territoriales, ou du moins qui peuvent se territorialiser à très peu de frais, non seulement grâce au gps, mais parce qu’elles permettent de développer localement des politiques relationnelles, et à travers une écologie relationnelle, permettant de lutter contre les effets calamiteux notamment du consumérisme.

 

Il est évident que ces technologies sont des pharmaka, c’est-à-dire des poisons autant que des remèdes. Mais il dépend de nous de savoir si ces poisons peuvent devenir des remèdes. La philosophie, en particulier celle des Stoïciens, consiste à confectionner des remèdes à partir de poisons. Ainsi de l’écriture, dont Platon montre — en écrivant — qu’elle est devenue un poison pour la cité grecque, à l’époque des sophistes, elle, qui est l’origine du droit, de la géométrie, de l’histoire, de la géographie, de la tragédie, etc.

  
"Il y a une thérapeutique des pharmaka en tous âges, dont Sénèque est un penseur. Cette thérapeutique est la façon dont une société fait du pharmakon un remède, et c’est ce qui caractérise chaque époque. Quant à nous, c’est la question d’une écologie relationnelle qui nous affecte dans le contexte de la réticularité territoriale nouvelle, et c’est pour les artistes et leurs amateurs un enjeu immense et planétaire."

 

Par Bernard Stiegler. Le temps de l’amatorat - p. 161-179.

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