19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 15:59

" La France ne rit plus... " Stress, compétition professionnelle maladive, impacts médiatiques, décès, chômage, pathologies, pauvreté et attentats... nous sommes submergés ou intoxiqués ! En ces temps d'incertitude, c'est à peine si nous osons encore esquisser un sourire, peut-être par respect pour les victimes d'une société devenue folle ! On se force à rire, on finance des stages payants pour rire... mais le coeur n'y est plus... et la spontanéité non plus.

 

" Cette époque que nous avons tant aimé "

" Cette époque que nous avons tant aimé "

 

Vous riez dans la rue ? vous êtes désormais un marginal, ou au pire, un citoyen qui ne respecte rien ! Vous serez très rapidement recadré par un quidam au regard menaçant ou par un automobiliste furieux d'avoir à payer une amende supplémentaire, tant les radars foisonnent de tous côtés ! Pourtant, transgresser les règles et s'octroyer l'indécence de rire n'a rien de déplacé... Le rire casse les usages, dissipe les pensées négatives et restaure ce lien précieux des relations inter-individuelles. Il est l'instrument créateur de l'identité des français. Complicité, amitié, partage et chaleur humaine sont notre héritage, celui des résistants de la précédente époque sombre. Etonnement, ils demeurent cependant derrière nous, car nous avons tout oublié de ce passé funeste... mais il ne tient qu'aux générations présentes de les restaurer, de les faire revivre... en se payant l'audace de rire encore, pour mieux vivre... ou survivre... et ainsi briser définitivement les influences nauséabondes de cette époque désenchantée.

 

 

 

LES SIX VERTUS DU RIRE, POUR GARDER L'ENVIE DE VIVRE :

Par Fanny Bouvry

 

 

"On prend la mesure de la puissance du rire dès l'âge de 6 à 8 semaines. On chatouille bébé, il rit, on rit, il re-rit, et ainsi de suite. La communication est profonde parce qu'on rit ensemble." C'est ce qu'affirme Florence Servan-Schreiber dans son livre Power patate (Marabout). Persuadée des bienfaits de cette activité toute simple qui consiste à "manifester une gaieté soudaine par l'expression du visage et par certains mouvements de la bouche et des muscles faciaux, accompagnés d'expirations plus ou moins saccadées et bruyantes" - comme le définit le Larousse -, la spécialiste de la psychologie positive encourage tout un chacun à s'y adonner au minimum quinze minutes par jour.

 

Certes, il y a des individus plus réceptifs que d'autres. Certains, par leur esprit, font pouffer l'assemblée, alors que d'autres se marrent franchement mais sont incapables de raconter une blague. On recense aussi des personnes qui préfèrent ne pas manifester extérieurement leur amusement, et même quelques-unes qui restent imperméables à cette façon de croquer la vie... à pleines dents. Mais pas de panique, rien n'est perdu.

 

Si ce n'est quelques cas pathologiques - autisme, etc. - le rire, et même l'humour, sont à portée de tous ! Il suffit simplement, comme pour tout, de s'entraîner. "Ça se travaille clairement, même si l'envie de faire le pitre nous vient souvent de notre enfance, affirme l'humoriste belge Alex Vizorek, qui sera sur la scène de Wolubilis, à Bruxelles, en décembre prochain (*). Pour y arriver, le mieux est de regarder le sujet de biais et non frontalement pour trouver une idée. J'observe également ce qui se fait et ce qui marche. Je suis par exemple allé voir Mais qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? pour comprendre pourquoi ce film avait eu un tel succès en salles." La journaliste Charline Vanhoenacker, qui en compagnie d'Alex Vizorek propose quotidiennement sa vision décalée de l'actualité sur France Inter (Si tu écoutes, j'annule tout) et, le dimanche, sur La Une (Revu et corrigé), confirme : "Il y a selon moi une part d'inné - certains ont des dispositions à faire le clown depuis tout jeune -, mais en parallèle beaucoup d'acquis. Des mécanismes se développent. On reproduit des choses qu'on a entendues et appréciées. De mon côté, j'ai toujours été friande des Guignols de l'info, du Chat de Philippe Geluck et des sketches de Pierre Desproges." Plus aucune excuse donc pour ne pas se dérider, on a tout à y gagner ! La preuve par 6.

 

 

1. C'EST BON POUR LA SANTÉ

 

 

Même si l'ampleur du phénomène divise les scientifiques, il reste évident que l'hilarité a un impact positif sur notre corps. Ingrid Daschot, animatrice d'ateliers de yoga du rire dans le Brabant wallon (lire ci-dessous) souligne ainsi que cette activité "développe les capacités respiratoires". Elle se traduit par "une accélération cardiaque, ainsi qu'une augmentation de la sécrétion d'endorphine, elle active le système circulatoire et respiratoire et donc l'oxygénation générale et mobilise quatre cents muscles, énumère quant à elle la psychologue Marie Anaut dans son livre L'humour entre le rire et les larmes (Odile Jacob). La neurobiologie a démontré que cela favorise la production par l'organisme de neuromédiateurs comme la sérotonine et la dopamine qui sont des substances favorables à la santé."

 

Certaines études démontreraient d'ailleurs que les hôpitaux qui recourent aux services de cliniclowns par exemple, délivreraient moins d'antalgiques à leurs patients, "les endorphines soulageant naturellement la douleur", comme le rappelle Marie Anaut. Florence Servan-Schreiber va même plus loin, affirmant que "savoir transformer le stress en humour nous fait gagner quatre ans d'espérance de vie" !

 

 

2. ÇA BOOSTE LE MORAL

 

 

"Se bidonner, ou même juste sourire, seul devant son miroir peut déjà être très bénéfique, constate Ingrid Daschot. Cela donne confiance en soi et offre l'occasion de se positionner immédiatement en tant que personne heureuse. On décide volontairement de considérer le verre à moitié plein, on change sa vision sur la vie... et naturellement, le regard que posent les autres sur nous se modifie également." Ainsi rire serait une façon de voir la vie en rose... même quand elle ne l'est pas tout à fait. Et l'humour davantage encore car la démarche cognitive qui se cache derrière peut franchement aider à surmonter les tracas du quotidien. "L'attitude humoristique est un indicateur de créativité qui révèle les ressources mobilisables pour parer aux difficultés de l'adversité", souligne Marie Anaut.

 

L'idée serait ainsi finalement de renouer avec sa légèreté de môme et de blaguer pour dépasser les angoisses et autres barrières à notre épanouissement. "Ça révèle l'enfant que l'adulte porte encore en lui et qui s'est construit à partir du jeu et de l'imaginaire, analyse l'auteure de L'humour entre le rire et les larmes. Ça rappelle en outre nos tentatives infantiles pour maîtriser des situations frustrantes qui nous échappent ou qui nous font peur."

 

 

3. C'EST UN BOUCLIER EN CAS DE DRAME

 

 

Si l'humour aide très certainement à affronter les petits soucis journaliers, il peut s'avérer très utile dans des cas bien plus graves de traumatismes ou de catastrophes, comme le suggérait déjà Beaumarchais quant il écrivait "Je me presse de rire de tout, de peur d'être obligé d'en pleurer". "Dans ma pratique clinique, j'ai souvent observé que c'était une force vitale qui apparaissait dans des situations les plus inattendues, relate Marie Anaut. Des personnes l'utilisent spontanément pour raconter des histoires complètement délétères, de maltraitance par exemple. C'est une véritable ressource pour elles."

 

Parmi les exemples connus, on citera celui de Pierre Desproges qui, atteint d'un cancer, prenait un malin plaisir à le railler, lançant des sentences du genre "Noël au scanner, Pâques au cimetière" ou "Plus cancéreux que moi, tumeur !" Ou encore Elie Semoun qui, en interview, lorsqu'on lui demande pourquoi il est devenu humoriste, répond "parce que ma mère est morte", précisant que pour franchir cet obstacle de la vie il s'est mis à faire glousser les autres...

 

 

4. C'EST UN MOYEN D'AUTODÉFENSE

 

 

"C'est un roc ! C'est un pic ! C'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? C'est une péninsule..." La tirade de Cyrano de Bergerac à propos de son nez est probablement le plus bel exemple que la littérature nous apporte en matière d'autodérision. Le héros au pif proéminant assaille son ennemi de plaisanteries qui auraient pu être les siennes avant de conclure : "Je me les sers moi-même, avec assez de verve. Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve." Dans cette célèbre scène, les traits d'esprits donnent du panache et retournent l'agression vers son auteur pour le ridiculiser à son tour, avec élégance et manière. "C'est un bouclier face aux attaques potentielles des moqueries, confirme Marie Anaut. De ce fait, l'humour permet de retravailler les blessures en changeant leur représentation et transforme aussi l'image que l'on a de soi." Rigoler de ses erreurs et de ses failles serait donc la meilleure manière de transformer ses défauts en qualité.



5. ÇA FACILITE L'INTÉGRATION



"C'est un lubrifiant social, moins dangereux que l'alcool, affirme la journaliste Charline Vanhoenacker. Pour moi, que ce soit à l'antenne ou dans les couloirs, l'humour me facilite la tâche pour aborder les gens cash, les mettre à l'aise, qu'ils se sentent dans un environnement positif et donnent donc à leur tour le meilleur d'eux-mêmes." S'esclaffer connecte en effet positivement les individus en créant un climat de confiance et en rapprochant des personnes qui initialement auraient pu s'ignorer. C'est d'ailleurs un langage universel, au-delà des dialectes locaux.

C'est également une manière de captiver, voire de convaincre son assemblée. "Si j'avais été un grand séducteur, je ne serais pas devenu humoriste, plaisante Alex Vizorek. Plutôt que de draguer frontalement, que ce soit une femme ou plus largement mon entourage, je préfère oser un trait d'esprit. Au fur et à mesure, faire rigoler devient presque une drogue, je ne peux plus m'en passer." Et sa comparse Charline Van Hoenacker de confirmer : "C'est une sensation nouvelle pour moi, mais qui est assez jouissive. Le plus important : cela prouve que l'interlocuteur est attentif à ce qu'on dit et ça c'est déjà très agréable."

 


6. ON PEUT DÉNONCER SANS FROISSER



"L'humour offre une forme de pertinence pour mettre le doigt sur des faits de façon cinglante, en évitant la diffamation. Idéal pour faire passer un message", explique encore la journaliste. Un titre qu'elle revendique, estimant que dans ses humeurs "il y a de l'exactitude. Pour l'humoriste, le cahier des charges est de générer l'hilarité, la blague prime, quitte à partir dans la fiction. Moi, je m'inscris dans la réalité."

Tourner les choses en dérision, avec maîtrise, peut donc s'avérer une manière subtile de prendre position. Au risque de déraper ? "J'ai une barrière naturelle dans mon ADN, je m'interdis certains sujets comme le 11 septembre ou Mohamed Merah", rétorque la chroniqueuse. Et son complice d'aller plus loin : "On peut parler de tout mais avec le bon axe, ce qui est parfois très difficile. Personnellement, je n'ai pas encore trouvé le moyen d'aborder l'Etat islamique... Mais certains réussissent à traiter des sujets lourds avec beaucoup de tact." Un tact, primordial si l'on veut éviter les écueils : "L'humour mal utilisé peut être une source de malentendus, mais aussi de dénigrement haineux, met en garde Marie Anaut. Il devient alors un instrument nuisible de désocialisation, une arme de destruction et de conflit." D'autant qu'en fonction de la culture et de l'éducation, les frontières du politiquement correct sont mouvantes...

(*) Six personnages en quête de belgitude, avec Charline Van Hoenacker, Wolubilis, à Woluwe-Saint-Lambert. www.wolubilis.be Du 18 au 31 décembre prochain.

http://weekend.levif.be/

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 11:59

Depuis plus de 40 ans, le débat contemporain sur le libre arbitre, le déterminisme et la responsabilité morale est alimenté par les positions défendues par plusieurs philosophes parmi lesquels Harry Frankfurt. A l'occasion des conférences "Chercheurs à la BU" de l'Université de Nantes, le philosophe Cyrille Michon revient sur ce débat.

- LIBRE ARBITRE OU DÉTERMINISME ?-

Cyrille Michon est professeur de philosophie à l’Université de Nantes et directeur du Centre Atlantique de Philosophie (CAPHI - EA 2163). Spécialite de la métaphysique, de la philosophie de la religion et de philosophie médiévale, Cyrille Michon travaille particulièrement sur le libre arbitre, la responsabilité morale et théologie philosophique.

 

 

Dans le cadre du cycle de conférences "Chercheurs à la BU", Cyrille Michon a donné une conférence intitulée "Libre arbitre et déterminisme". Cyrille Michon présente les principaux éléments du débat contemporain sur le libre arbitre, le déterminisme et la responsabilité morale, en se centrant sur un argument qui depuis plus de quarante ans alimente les discussions sur ce thème: le scénario imaginé par Harry Frankfurt en guise de contre-exemple "Principe des Possibilités Alternatives" (qui veut que la responsabilité morale pour une action requiert que l'agent ait pu agir autrement qu'il ne l'a fait). Frankfurt estime que le principe est faux, repose sur une confusion, explique la confusion, et prétend fournir ainsi une aide importante à ceux qui prétendent que la responsabilité morale (voire la liberté) et le déterminisme sont compatibles. Après l'avoir exposé, Cyrille Michon conteste l'argument de Frankfurt.

 

 

 

 

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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 18:12

Une expérience étrange, menée par des économistes Zurichois, montre que les professionnels de la finance sont honnêtes… sauf quand on leur rappelle les vices de leur métier !

 

-L'étrange psychologie des banquiers Suisses !-

Un banquier fraude-t-il quand il joue à pile ou face ? C’est ce qu’ont tenté de déterminer Alain Cohn, Ernst Fehr et Michel André Maréchal, économistes à l’Université de Zurich, qui rapportent leurs travaux dans la dernière édition de la revue "Nature". Ils ont enrôlé 128 personnes, toutes employées d’une «major internationale de la banque» dont le nom et la nationalité sont tenus secrets. Objectif: étudier leur éthique, pour donner une base scientifique aux réflexions en cours dans une industrie qui cherche à redorer son blason suite aux scandales qui l’ont agitée ces dernières années.

 

Les volontaires, répartis par tirage au sort en deux groupes, devaient dans un premier temps répondre à un questionnaire personnel, puis tirer dix fois à pile ou face avant d’annoncer leurs résultats. Promesse a été faite aux participants de recevoir 20 dollars pour chaque face gagnante obtenue. Détail d’importance, ces derniers connaissaient à l’avance quelle était la face gagnante pour chaque tirage. Un véritable pousse-au-crime, puisque les lancers de pièces se faisaient à l’abri des regards indiscrets. Certains n’ont pas hésité à tricher.

 

Le premier groupe s’est montré très honnête: en moyenne, les membres ont déclaré 51,6% de «pile», une proportion équivalente, d’un point de vue statistique, aux «50%» que donne le calcul de probabilité. On ne peut pas en dire autant du second échantillon, qui a proclamé 58,2% de «pile». «C’est un écart significatif», nous explique Marie Claire Villeval, économiste au Centre national français de la recherche scientifique (CNRS), à qui Nature a demandé de commenter les travaux de ses collègues. Autrement dit, il y avait des tricheurs dans le second groupe, mais pas dans le premier.

 

A bien les regarder, rien ne distingue pourtant les deux groupes: le panel total de volontaires était constitué pour moitié d’employés rodés à manipuler de l’argent (traders, investisseurs, gestionnaires de fonds, etc.) et pour l’autre de personnels d’unités de support (ressources humaines, etc.), tous répartis aléatoirement dans l’un ou l’autre groupe, afin d’éviter tout biais. Comment, dès lors, expliquer un tel écart dans leurs déclarations?

 

«Cette différence de comportement est le fruit d’une manipulation mentale», résume Alain Cohn. Car les membres des deux groupes n’ont pas répondu au même questionnaire avant de procéder au tirage par pile ou face. Celui-ci commençait par trois questions banales, communes à tous les participants. Ensuite, ceux du premier groupe devaient répondre à sept questions sur leurs loisirs, tandis que les autres étaient interrogés sur leur activité professionnelle. Un moyen d’orienter les esprits avant d’entamer le jeu. «Chaque individu possède plusieurs identités, justifie Marie Claire Villeval. Une identité professionnelle, sociale, familiale, etc. Suivant le contexte, une facette devient plus saillante, et induit les comportements associés. C’est là-dessus que mes collègues se sont appuyés.»

 

«Cette manipulation s’est révélée très efficace, observe Alain Cohn. Ainsi, les deux groupes se sont comportés très différemment quand on leur a demandé de compléter à leur guise des mots amputés d’une ou deux lettres.» Face à «. oney» ou «..oker», les uns ont plutôt répondu «honey» (miel) ou «smoker» (fumeur), tandis que les autres citaient plus volontiers «money» (argent) ou «broker» (courtier)… Ce sont ceux-là qui ont ensuite – collectivement – fait preuve d’une certaine malhonnêteté face à la possibilité d’empocher quelques dizaines de dollars de plus.

 

Pour déterminer si c’est bien le conditionnement à leur environnement professionnel qui explique ce résultat, Alain Cohn et ses collègues ont conduit d’autres expériences identiques. D’abord avec un échantillon de personnes d’univers différents, sans rapport avec la finance. Ensuite avec des étudiants. Dans les deux cas, les deux groupes formés – l’un conditionné à son cadre professionnel et l’autre pas – ont montré le même niveau d’honnêteté.

 

A l’inverse, des criminels trichent d’autant plus qu’on leur rappelle qui ils sont. «C’est ce que nous avions constaté il y a quelques années lors d’une première expérience avec des détenus de prisons suisses», souligne Alain Cohn. Dans les univers qui valorisent le gain facile, la dérive serait d’autant plus grande qu’on a son identité professionnelle à l’esprit.

 

«Ces travaux montrent bien que, dans le monde de la finance, les normes d’éthique se sont distendues, laissant s’exprimer des comportements malhonnêtes», analyse Marie Claire Villeval, qui souligne «que ce type d’expérience est plus fiable que de simples enquêtes qui ne reposent que sur un questionnaire».

 

Pour Alain Cohn, il conviendrait donc de rénover la culture d’entreprise des institutions bancaires: «C’est long et difficile. Mais il ne s’agit pas seulement de réaffirmer des règles. Il faut agir de manière concrète, par exemple en réorientant certaines incitations liées aux profits vers des facteurs immatériels, comme l’honnêteté. Et, pourquoi pas, instaurer un engagement éthique à la manière du serment d’Hippocrate des médecins.» Marie Claire Villeval suggère de son côté d’étudier la classe politique, dont l’image dans l’opinion est elle aussi bien écornée. «On pourrait faire des expériences analogues pour déceler s’il y a – ou pas – une tendance collective à la malhonnêteté ou à la corruption.»

 

A condition que les politiciens acceptent de se prêter à un jeu qui peut montrer que l’éthique des individus ne résiste pas toujours à la récompense, pourvu qu’elle soit suffisamment alléchante. Sans compter que la forte médiatisation des travaux du groupe de Zurich dans une actualité riche en scandales financiers risque d’avoir éventé la méthode pour longtemps !

 

" Jacques Sapir : Les rémunérations sont telles que les banquiers/traders se foutent d'être viré "

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Polémique : L’Association suisse des banquiers défend à son tour le secteur suite à une étude publiée dans la revue « Nature » montrant que des comportements malhonnêtes sont tolérés dans le secteur !

 

Et si, plutôt que des «employés malhonnêtes», il ne s’agissait pas de chercheurs qui manquent de sérieux?, se demande l’Association des banquiers (ASB). Dans un texte publié sur le site du lobby du secteur, Thomas Sutter, responsable de la communication, réagit à l’étude publiée la semaine dernière dans Nature par une équipe de chercheurs de l’Institut d’économie politique de l’Université de Zurich, montrant que des comportements malhonnêtes sont tolérés dans le secteur.

 

« Peu sérieux, populiste et alors?» s’est dit Thomas Sutter, à la lecture de l’étude. En tant qu’employé du lobby, il se dit «habitué» à ce qu’on considère les banquiers comme plus malhonnêtes que d’autres professions. Selon lui, cette étude n’ajoute rien, d’autant qu’il juge que l’échantillon n’est pas forcément représentatif. Or, se demande-t-il, «peut-on vraiment clouer au pilori toute une profession à partir d’une simple étude de laboratoire ? »

 

Il reproche aux chercheurs de ne s’être pas attardés sur l’évolution des comportements: «Ces dernières années, une réorientation s’est opérée dans le secteur», estime-t-il, citant le développement de la compliance, de la formation et d’une culture d’entreprise moderne. Il reconnaît que les scandales de manipulation des taux Libor et des devises ont montré que les «banquiers ne sont pas parfaits». Mais il serait plus intéressant, pour lui, d’étudier si les mécanismes de contrôles, qui ont été développés de manière «massive» ces dernières années, fonctionnent.

 

L’Association suisse des employés de banques (ASEB) s’était déjà dite «consternée» par cette même étude la semaine dernière. Le syndicat du secteur, avait soutenu que «l’écrasante majorité des employés de banque sont honnêtes et s’engagent totalement pour offrir à leurs clients des services de qualité répondant à leurs attentes». En outre, pour l’ASEB, «l’étude reflète surtout la culture bancaire anglo-saxonne prévalant à l’étranger». Dans cette étude, 128 employés de banque ont répondu de manière anonyme sans qu’il soit possible d’identifier leur lieu de travail.

 

Dans la SonntagsZeitung, le professeur Beat Bernet a également réagi, soulignant qu’il n’existe pas de «culture bancaire» unique. L’expert de l’Université de Saint-Gall estime qu’il existe d’importantes différences, qu’il s’agisse d’une grande banque ou d’un établissement de type Raiffeisen ou cantonal.

 

Pour lui, l’étude porte surtout sur des grandes institutions, alors qu’en Suisse, les petites dominent largement le paysage. Il ajoute que la grande majorité des employés des grandes banques se comporte bien, mais qu’il s’agit «du système de valeur de quelques domaines spécifiques de la finance qui corrompt les employés».

 

Denis Delbecq et Mathilde Farine pour http://www.letemps.ch/

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 17:09

Dans un article intitulé « Arrêtons de nous prendre pour des psys ! », la journaliste Anne Lamy tire la sonnette d’alarme [ Version Fémina du 16 mars 2015 ] :  « La culture psy a envahi nos vies, pour le meilleur mais aussi pour le pire… car à force de jouer les thérapeutes, n’en faisons-nous pas trop ? »

 

" La question a le mérite d’être posée clairement, car les risques d’abus existent réellement et les dérives se multiplient. "

  

 

Analyse et critique de Saverio Tomasella :

 

L’aspect positif du développement de la culture psychologique et psychanalytique est indéniable. Par exemple, il permet d’assouplir la relation à soi et aux autres, en aidant à comprendre les situations vécues, sans juger les personnes et en faisant preuve d’empathie. Il est plus facile aujourd’hui pour un individu d’avouer qu’il ne va pas bien, ou qu’il s’est engagé dans une thérapie, ou encore qu’il est en recherche sur lui-même. La sensibilité et son expression sont mieux accueillies, etc.

 

Néanmoins, nous pouvons tous constater que certaines personnes utilisent le vocabulaire psychologique et psychanalytique de façon autoritaire ou péremptoire, pour imposer leurs idées ou faire taire l’auditoire, ou même à des fins manipulatoires en semant le trouble, en poussant les autres à douter d’eux-mêmes, de leurs perceptions, voire en les culpabilisant.

 

Ce phénomène de prise de pouvoir par le biais de la terminologie psychanalytique ou psychopathologique est doublé par un autre phénomène préoccupant : l’absence de pensée réelle, personnelle, et l’usage d’un discours préfabriqué par le biais de « formules consacrées ». Cette phraséologie est très présente, lancinante parfois, répétée par les uns ou par les autres, sans se rendre compte qu’elle est creuse et qu’elle signe un vide de pensée profonde ou de réflexion concrète.

 

Certains journalistes sont aussi responsables, pour une part, de la divulgation de ces formules à l’emporte-pièce. Mes collègues psychanalystes et moi-même avons pu remarquer, souvent avec déception, parfois avec révolte, qu’après nous avoir interrogés, et même après nous avoir fait relire le texte avant impression, nos propos étaient publiés de façon déformée avec des excroissances hideuses qui pouvaient même être contraires à notre pensée, en tout cas contraire à notre façon de l’exprimer. En ajoutant sans raison « Œdipe », « narcissisme », « projection », « identification projective », « résilience » ou « addiction », en glissant une étiquette psychopathologique que nous n’avions pas utilisée, « hystérique », « parano », « mélancolique », et d’autres, le travail de précision sémantique dans la simplicité et l’exigence du respect de l’autre comme humain à parité ont été maintes fois balayés au profit de quelques formules magiques qui sont susceptibles de flatter l’auditoire et d’augmenter les ventes du magazine.

 

En outre, plutôt que de jouer aux « psys », il vaut mieux se taire et écouter l’autre se confier à nous. Bien connaître quelqu’un, ce n’est pas parler à sa place. La seule chose que nous puissions faire, c’est l’écouter vraiment, attentivement, le questionner pour mieux le comprendre, et si l’occasion se présente et s’il accepte, parler de sa propre expérience. « Quand tu me dis cela, je pense à ce que j’ai vécu… », au lieu d’asséner une interprétation plaquée, forcément violente et déplacée, du genre : « si tu dis ceci ou si tu fais cela, c’est parce que… », forcément faux, ou tellement rudimentaire, que notre remarque ne pourra pas l’aider, au contraire.

 

Enfin, plus grave, la tendance à exclure ce qui est différent de soi se fait désormais avec des termes « psys ». Selon une nouvelle morale échafaudée sur une fausse « psychanalyse ». L’époque s’est ainsi trouvé ses nouveaux boucs émissaires : les « jaloux », les « pervers narcissiques » et les « bipolaires ». Non pas que la jalousie, la maniaco-dépression et la perversion n’existent pas, au contraire, mais que la question première est, chaque fois, comme Freud l’a posé dès 1905 : « Quelle est ta propre part dans le désordre dont tu te plains ? »

 

L’autre, trop facilement prétendu « mauvais » ou « nuisible » parce que différent, donc troublant, ne peut pas être la cause de tous nos maux… C’est difficile à admettre, mais c’est aussi une dimension inévitable de l’éthique, de l’accueil de l’autre, de son respect, pour favoriser des relations fécondes et la possibilité de bien vivre ensemble, solidaires, en bonne intelligence malgré les différences.

 

Saverio Tomasella, 4 avril 2015.

 

En savoir plus sur l'auteur :

 

Saverio Tomasella est un psychanalyste français né à Saint-Cloud en 1966, docteur en sciences humaines1.

En 2012, il reçoit le Prix Nicolas Abraham et Maria Torok pour son ouvrage Renaître après un traumatisme2. Lire la suite : Cliquez sur ce lien.

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 19:40

De plus en plus de soignants et de bénévoles s’investissent dans l’accompagnement des mourants. En quoi consiste leur travail, quelles sont leurs motivations ? Immersion dans une unité pionnière : La maison Jeanne-Garnier.

 

-Soins palliatifs : ils ont choisi d’être des passeurs !-

Annette, d’une brassée de marguerites, compose deux bouquets. "Aujourd’hui, j’accueille un jeune homme et une dame âgée." Maria, ex-cadre d’entreprise, est à la recherche d’une chaise roulante pour conduire une patiente à quelques rues d’ici. "Il y a trois jours, elle était complètement recroquevillée. Ce matin, elle va bien, ravie de sa balade pour une radio de contrôle." Pour Josée, attachée de direction à la retraite, c’est un départ. "Elle a du courage, Josée. Moi, le funérarium, je ne peux pas…" avoue Béatrice, jeune mère au foyer. "C’est pourtant le moment où la famille a besoin d’être secondée", gronde gentiment Josée.

Soins palliatifs

De la salle des bénévoles de la maison Jeanne-Garnier (Paris XVe) unité pionnière en matière de soins palliatifs, on aperçoit le parc et les allées lisses qui contournent les pelouses. Sur les bancs, quelques personnes lisent ou contemplent les arbres. Patients ? Personnel soignant ? Aucun uniforme ne les différencie… Les portes des chambres, le plus souvent ouvertes sur de larges et paisibles couloirs, laissent filtrer les voix. "Reposez-vous un moment, votre fils ne va pas tarder", rassure un quinquagénaire en bras de chemise : l’aumônier badgé d’une croix discrète. "Elle n’a pas l’air mal cette purée. Si vous pouviez en avaler un petit peu…" conseille en souriant un jeune homme chargé d’un plateau. Pas d’appareillage médical. Pas d’agitation. Pas de ton infantilisant ou compatissant, de sourire dynamique ni de figure d’enterrement.

 

Ici, pourtant, quatre-vingt chambres accueillent des malades incurables, atteints du cancer, du sida ou de maladies neurologiques, le plus souvent en phase terminale. Une terrible réalité qui fonde la philosophie de ce lieu : "Ici, on vit, on tente de vivre, jusqu’au bout de sa vie." Philippe Mazeron, directeur de la maison, ne se voile pas la face. Les quatre équipes tournantes, composées de cent vingt soignants et d’une centaine de bénévoles, ont accepté de ne pas être là pour guérir mais pour aider les patients à vivre leurs derniers instants dans les meilleures conditions possibles.

Vouloir travailler ici ne suffit pas

La sélection est rigoureuse, notamment pour les bénévoles. Quant aux médecins et infirmiers, leur présence est le plus souvent liée à une expérience antérieure décevante dans les services hospitaliers classiques. "Tous cherchent des relations différentes entre patients et soignants, explique Philippe Mazeron. Ici, toutes les décisions thérapeutiques sont prises en accord avec l’équipe et le patient. La parole de chacun a le même poids. Un malade peut confier quelque chose à la femme de ménage qu’il ne dira pas au médecin."

 

Pas d’organisation pyramidale mais des équipes soudées, ouvertes au dialogue et en constante interaction. "Les soins palliatifs demandent beaucoup d’énergie et une forte implication personnelle, poursuit le directeur. On vit des situations extrêmes, douloureuses, insupportables si l’on ne dispose pas d’un réel équilibre intérieur conjugué à de bonnes conditions de vie à l’extérieur (famille, amis, passions…) qui permettent de se ressourcer. Les soignants qui donnent trop d’eux-mêmes, portent trop sur leurs épaules et n’ont que cette souffrance pour horizon. Ils ne tiennent pas le coup." Et de reconnaître qu’il est difficile pour chacun de trouver la bonne distance… "Ni trop près pour ne pas fusionner avec le patient et donc forcément souffrir, ni trop loin pour ne pas rester imperméable." Quant aux bénévoles, leurs activités au sein de l’équipe sont limitées à une journée par semaine. "Pour éviter le trop grand attachement de part et d’autre. La personne en fin de vie va devoir gérer plusieurs séparations, inutile d’en ajouter une autre."

S’occuper du patient

Béatrice a dessiné le Petit Prince sur son badge de bénévole. Elle soupire et tente de résumer son rôle : "On ne fait presque rien et mille choses en même temps." Des courses pour le patient, l’aider à prendre ses repas, remonter son oreiller, regarder avec lui la télévision. "On reste là s’il le demande, on l’écoute s’il en a envie, on parle avec lui sans poser trop de questions, sans juger, sans imposer nos idées. On s’ajuste à lui. Nous sommes une présence, silencieuse ou non, qui le sécurise, lui permet de verbaliser à son rythme ce qui le préoccupe." Jour après jour, Béatrice affine sa perception de l’autre et de ses besoins : "Dès que je commence à me sentir mal aux côtés d’un malade, je sais qu’il a envie d’être seul. Parfois, c’est très difficile d’approcher une personne dégradée physiquement ou aphasique. Il faut prendre sur soi, respirer profondément. Puis il suffit d’un regard échangé pour que je redevienne naturelle."

 

Il s’agit aussi de savoir qui sera le plus apte à aider le malade. "Vous me dites que vous avez du mal à parler à votre femme de la mort qui approche, la psy peut vous aider à aborder ce sujet avec elle." Béatrice part faire la lecture à une jeune femme : "Elle ne veut entendre que du Lacan ! Il est compliqué cet auteur ! Elle a fini par s’endormir mais la douleur l’a réveillée. J’ai immédiatement appelé l’infirmière qui l’a soulagée." Car les soins, comme le contact physique et maternant, sont les domaines exclusifs du soignant. Un bénévole a seulement le droit de caresser une main, de coiffer ou d’aider un malade à s’habiller, à se maquiller.

Entourer la famille

Annette, elle, trouve son patient du jour très angoissé par la situation dans laquelle il va laisser sa famille. Elle demandera à l’assistante sociale de prendre le relais. Epuisée et en grande détresse, la famille culpabilise souvent de ne plus pouvoir assumer et soulager son parent. Entourer cette famille, la guider, lui permettre d’exprimer ses conflits, ses peurs et ses hésitations à communiquer par la parole ou par le toucher avec le malade, fait aussi partie du rôle des bénévoles. "Il y a toujours un parent, un ami, qui va me confier sa peine, ses doutes, reprend Annette. Il en parlera moins facilement aux soignants par peur de les déranger. Moi, je suis comme lui, quelqu’un de l’extérieur. Un étranger bienveillant auprès duquel il peut se permettre de se laisser aller." Des paroles qui peuvent être capitales quand on sait, à force de côtoyer la mort, l’importance et l’urgence de la réconciliation. Annette a déjà vu ses patients s’accrocher à la vie pour revoir une ex-femme, parler à un parent qui l’avait rejeté, régler un héritage ou attendre la naissance d’un petit-enfant.

 

"Hier, une dame est arrivée qui ne semblait pas connaître son diagnostic. Ou alors elle le sait mais elle veut protéger son fils. Lui de son côté ne cessait de faire pour elle des projets d’avenir." Un refus réciproque de la mort dans lequel leur relation va s’enfermer mais que le médecin a l’habitude de dénouer. "Etre à côté du patient, précise Philippe Mazeron, le prendre là où il est et l’emmener là où il veut, là où il peut, sur le chemin de sa vérité. Voilà notre travail. Nous sommes des passeurs." Cependant, aucune fausse réassurance, aucun mensonge ne seront prononcés pour ne pas briser la relation avec le malade. "En lui disant la vérité, vous lui faites un cadeau. Il part apaisé, réconcilié avec lui-même et avec les siens. Evidemment, chacun a son propre cheminement et tous espèrent jusqu’au bout. Ils “savent” et font malgré tout des projets de vie." Ce que constate quotidiennement Camille Baussant, psychologue et psychanalyste : "Quand un patient me réclame, il n’a pas nécessairement envie de parler de la mort, car jusqu’à son dernier souffle il reste un sujet désirant. Alors on se livre ensemble à une psychothérapie en accéléré, ou bien il me parle de sa vie, de ses désirs, des problèmes qui le préoccupent."

La vie a-t-elle du sens jusqu’au bout ?

"C’est en tout cas ce qui anime nos équipes, affirme Philippe Mazeron. Et c’est ce que nous tentons d’insuffler à nos patients et à leur famille." Malgré la peur, malgré la dégradation des corps et des esprits ? "On a tous peur de mourir, peur de ce passage dans l’inconnu. La difficulté est de l’accepter et de faire le deuil de sa vie." Pas facile, même pour une personne croyante, reconnaît Annette : "J’ai été frappée par la disparition récente de deux religieuses. L’une est partie dans la sérénité, l’autre était terriblement angoissée. Alors que je lui tenais la main, elle m’a dit, presque furieuse : “Je ne comprends pas, toute ma vie j’ai souhaité rencontrer le seigneur et là, j’ai peur, je me cramponne.” "Tous ne veulent pas être accompagnés. Ceux-là préfèrent partir seuls, ou s’en vont en colère." Il arrive que l’on nous rejette d’un : “Vous n’avez rien d’autre à faire que de me regarder mourir ?” " D’autres s’éloignent sur un dernier mot d’humour.

Le restaurant donne sur une terrasse

Soignants et bénévoles déjeunent gaiement sous les parasols. Maria, bénévole depuis six ans, connaît tout le monde. Elle est vite entourée de six personnes. Que reçoivent-elles en échange de cette proximité qui terrifierait la plupart d’entre nous ? Toutes éclatent de rire. "Nous ne sommes ni morbides ni perverses ! Il est vrai que l’on parle peu de nos activités à l’extérieur parce que cela met beaucoup de gens mal à l’aise… Nous ne sommes pas très sûres de ce que nous donnons, ni si ce que nous faisons est bien. On sait seulement que nous recevons beaucoup et que notre regard sur la vie et les êtres change." Tout prend plus d’intensité. Elles se rappellent ce jeune homme qui ne communiquait plus qu’avec un ordinateur. "Parlez-moi, écrivait-il, parlez-moi… beaucoup !" Des mots, des regards, des rires, des gestes qui laissent en elles des traces lumineuses. Et celle qui les rassurait : "OK, je vais mourir mais ce n’est pas si grave !" Et celui qui "voulait absolument m’apprendre à jouer au tarot, “avant”."

 

Et… Silence sur ceux dont elles n’ont pas envie de parler. Maria le brise : "Oui, je les aime. Je n’ai pas peur de prononcer ce mot." Elles approuvent en s’excusant presque. "C’est difficile de ne pas s’attacher." Annette bouscule à sa façon la gravité qui les gagne. "Parfois, quand le personnel souffre trop, c’est nous qui servons de fusible. Comme la semaine dernière où il y a eu six départs… l’engueulade a été pour nous… ça fait tomber la pression." Josée calme le jeu sans cacher son admiration pour l’extrême implication des médecins et des soignants. "On nous remet tous sans cesse en question. Forcément, on devient plus humble, plus vrai mais aussi plus réactif…"

Aucun départ ne les laisse indifférentes…

… mais il en est de plus difficiles que d’autres, évoqués à demi-mot : "Ce sont surtout les soignants qui sont là. Moi, je n’ai accompagné que trois personnes. La dernière me tenait la main… ou bien c’était moi qui tenais la sienne." Josée ne sait plus. "Son mari n’a pas voulu ou pas pu rester là… Avec elle, j’ai appris que la mort pouvait être paisible." Maria est plus dubitative, en particulier quand il s’agit de personnes trop jeunes. "Quand Isabelle s’est éteinte, c’était… devoir accepter l’inacceptable. Seulement 20 ans ! J’étais près d’elle avec sa mère. J’ai eu l’impression que la pièce se remplissait de clarté. C’était comme… une récompense."

 

Il n’est pas rare qu’un accompagnateur vienne dans le bureau de Simone Verchère, la responsable des bénévoles, pour pleurer. "Parce que c’est trop dur… ou trop beau. Car la mort peut être belle. Le souffle s’arrête et c’est tout. Quand on a été le témoin des efforts du malade pour parvenir à cette sérénité, c’est bien", rassure-t-elle. Alors, pour réussir à se réinvestir auprès d’autres patients, l’équipe parle de la personne décédée. "Nous achevons ensemble une histoire." Pour revenir à la vie ordinaire, Josée a besoin de marcher longtemps. Annette, elle, évite de sortir le soir-même. "J’ai besoin de me récupérer."

 

A travers les feuillages, le soleil danse sur le trottoir. Une ambulance empreinte lentement la rampe d’accès à la maison Jeanne-Garnier. Sans doute un nouvel arrivant pour le lieu le plus civilisé du monde que je viens de traverser.

 

Danièle Luc pour www.psychologies.com

Les Soins Palliatifs, le sens de la vie - par le Pr. Claude Grange.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 09:59

Nous avons tous ou presque nos petits moments peu glorieux vis-à-vis de notre partenaire. Parfois, cela va plus loin, et le manque de respect claque comme un coup de fouet. De la banale distraction au mépris humiliant, ces marques laissent toujours des traces. Pourquoi les subit-on ? Comment leur faire barrage ?

 

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Le secret de l'amour : Le respect !

 

La petite pique qui blesse, le gros éclat de voix qui secoue ou le silence méprisant qui glace… La vie de couple est aussi faite de ces échanges, plus ou moins violents, plus ou moins fréquents. La fatigue, le stress, la vie commune, tout simplement, offrent mille et une occasions de laisser s’exprimer notre agressivité. Les dérapages verbaux, qui peuvent aller jusqu’à l’insulte ou la menace, nous rappellent si besoin était que le sentiment amoureux est intrinsèquement ambivalent. Dans l’amour, et pas seulement sur un champ de bataille, on marque son territoire, on intimide, on donne ou on rend les coups, on s’affirme pour défendre sa liberté, et parfois pour prendre le pouvoir. La plupart des couples trouvent, au fil du temps, l’alchimie qui leur va, l’équilibre qui permet à la relation de durer sans les abîmer. Certains puisent même dans le rapport de force une stimulation, voire une excitation, qui donne à l’intimité le coup de fouet qui l’empêche de ronronner. D’autres, en revanche, subissent, dans la douleur et souvent dans le silence, l’irrespect chronique de leur conjoint.

 

Éric, 44 ans, évoque une ex-compagne qui se débrouillait toujours pour souligner leur différence de salaire. « C’était tellement subtil, bien enrobé, que je ne pouvais pas le prendre mal, en tout cas, je ne savais pas comment riposter sans paraître geignard, j’étais humilié et réduit au silence. » Ponctuelles ou régulières, ces marques d’irrespect ne sont jamais, aux yeux des thérapeutes de couple, anodines et inoff ensives. Et elles peuvent prendre de multiples formes.

 

En parole, en action et par omission...

 

Selon Patrick Estrade, auteur du Couple retrouvé (Dangles 1991), le manque de respect est polymorphe. Il va de la distraction à la négligence, en passant par la grossièreté, sans oublier le silence. « Il suffit d’être en face de l’autre, en sa présence, et de se conduire comme si l’on était seul pour être dans le manque de considération, détaille le psychologue et thérapeute de couple. La distance est la mesure étalon du respect dans le couple : trop loin, je t’ignore ; trop près, je ne te vois plus. » Quelques manifestations parmi d’autres : couper la parole, laisser courir son regard partout pendant que l’autre parle, ne pas être attentif à ce qu’il dit, hausser des sourcils agacés ou ironiques lorsqu’il s’exprime, adopter des postures relâchées, pratiquer la moquerie chronique…

 

« Dans tous les cas de figure, l’irrespectueux n’est pas dans le souci de l’autre, ajoute Patrick Estrade. Il peut être dans le souci de donner une bonne image de lui à l’extérieur et considérer que, une fois rentré chez lui, il peut se vautrer dans l’intimité car il pense qu’il n’a plus d’efforts à faire. C’est aussi cela le manque de respect : prendre ses aises, s’avachir, se permettre… » Maxime, 34 ans, se souvient d’une petite amie qui s’épilait les jambes à la cire sur le canapé du salon et laissait traîner ses Coton-Tige usagés sur le lavabo de leur salle de bains. « À l’extérieur elle était toujours impeccable, et à la maison c’était presque une souillon ! Elle l’a très mal pris quand je lui en ai fait la remarque, elle m’a traité de maniaque coincé ! »

 

Il existe, selon Patrick Estrade, deux formes d’irrespect : celui qui naît de la négligence, et celui qui est actif, agressif – et qui apparaît dans ce qu’il appelle les « champs de batailles secondaires ». C’est-à-dire les petits conflits qui n’ont pas été réglés et qui empoisonnent la relation. Chacun se rend la monnaie de sa pièce. Selon son style. Railleries devant les amis, soupirs excédés à la moindre remarque, manque flagrant d’attention… À propos de style, le psychanalyste Gérard Bonnet, auteur de L'irrésistible pouvoir du sexe (Payot 2001), remarque que les hommes et les femmes ont des manières distinctes d’être irrespectueux. Les premiers seraient plus agressifs, plus directs ; les secondes, plus allusives. « Les hommes écrasent, les femmes déstabilisent, mais la violence est présente chez les uns et chez les autres. Et le grand perdant, c’est toujours le couple. »

 

« Les partenaires irrespectueux nient l’autre, ils ne prennent en compte ni ses émotions ni ses besoins, affirme le psychanalyste Jean- Michel Hirt, auteur de L'insolence de amour, fictions de la vie sexuelle (Albin Michel 2007). Il y a toujours dans ces comportements une indéniable part de haine. Une haine qui fait partie de l’amour, et qui devient de l’irrespect quand on la refoule. » Ainsi, moins on est conscient de ce qui se joue en soi, plus on a du mal à assumer l’ambivalence de nos sentiments, plus on projette sur l’autre nos conflits intérieurs. Dans l’irrespect, la vengeance n’est jamais loin. Il y a, dans le fait de blesser, le désir de faire payer l’autre. Pour la mauvaise image qu’il renvoie de soi, pour son insupportable supériorité, réelle ou fantasmée, pour ce qu’il réactive du passé. En revanche, la négligence par distraction est décodée comme telle, et par son auteur et par celui qui en fait les frais. « La négligence sans intentions agressives fait presque toujours l’objet d’excuses spontanées, note le psychanalyste. Plus grave est, en revanche, la propension à accuser sa victime d’hypersusceptibilité ou de paranoïa, ce déni de violence est en soi une nouvelle violence. »

 

La sexualité, un espace catalyseur

 

Florence, 42 ans, a mis des mois avant d’oser dire à son compagnon qu’elle se sentait agressée, dans leur relation sexuelle, par certains de ses gestes. « Je percevais dans sa manière de me toucher quelque chose qui était plus de l’ordre de la colère que de l’excitation. Quand je lui en ai parlé, il est devenu agressif, il n’a pas supporté d’être mis en cause dans ce qu’il estimait être ses compétences viriles. Nous avons pris la décision d’aller voir un sexothérapeute, et le dialogue a pu être possible. »

 

Catherine Blanc, auteur de La sexualité des femmes n'est pas celle des magazines (Pocket 2009) rappelle que « la libido est agressivité, c’est une forme de violence nécessaire et inhérente au sexuel. Du coup, certaines prises de pouvoir sur l’autre sont facilitées, analyse la sexologue, et il n’est pas toujours facile de les identifier, encore moins de les mettre en mots ». Difficulté supplémentaire, Catherine Blanc souligne que la notion de respect est étroitement liée au rapport que chacun entretient avec la sexualité. Avec ses inhibitions, son corps et ses fantasmes. « Toute la difficulté est de poser ses limites, mais sans camper sur des positions rigides de principe, résume-t-elle. Subir l’irrespect en se taisant est un calcul qui se révèle dangereux à long terme, pour soi comme pour la relation. »

 

Trouver la force de poser les limites

 

Alors comment faire face ? « Au premier dérapage, il est bénéfique de marquer le coup de manière forte, avance Jean-Michel Hirt. Cette confrontation a valeur de test. Il s’agit de poser ses limites et d’inviter l’autre à en tenir compte. S’il est dans le déni ou dans la recherche de domination, chacun en tirera ses conclusions en toute connaissance de cause. » S’affirmer pour dire stop exige que l’on soit conscient de l’affront et que l’on puisse trouver en soi la capacité de refuser. Une double condition qui semble évidente à ceux et celles qui ont été respectés enfants et qui ont suffisamment de sécurité intérieure pour braver la peur du conflit.

 

« Quand on n’ose pas réagir, il peut être très aidant de chercher un lien entre la situation présente et une situation déjà vécue dans le passé avec ses parents. La prise de conscience est un premier pas indispensable, affirme Maryse Vaillant, auteure avec Sophie Carquain de La répétition amoureuse, sortir de l'échec (Albin Michel 2010). Une mauvaise opinion de soi, l’habitude d’avoir été négligé ou maltraité par ses parents peuvent conduire, à l’âge adulte, à la répétition de relations maltraitantes, poursuit la psychologue. Pour sortir de l’engrenage, il faut souvent atteindre un trop-plein de souffrance. »

 

Mais parfois, un ras-le-bol suffit. C’est ce qu’a vécu Dominique, 46 ans, après vingt-quatre ans de mariage avec un homme « froid et condescendant », ressemblant étrangement à sa mère. « Ma soeur, qui est mère de deux enfants de 11 et 8 ans, venait de faire une nouvelle tentative de suicide. Inutile de dire que j’étais dans tous mes états. Mais là, quand mon mari a dit : “Son égocentrisme n’a pas de limites”, tout est devenu clair dans ma tête. J’ai su que j’allais enfin avoir le courage de divorcer. »

 

Témoignage

 

Manon, 39 ans, chargée de mission dans l’économie sociale et solidaire
« Je harcelais mon mari sans le savoir »

 

« Je suis d’une nature angoissée et je suis une mère très anxieuse. Pendant toute la petite enfance de mon fils Loris, c’est Simon, son père, mon ex-mari, qui en a fait les frais. Lui est d’un tempérament optimiste, frisant l’insouciance. Ce n’est qu’avec un travail sur moi et après mon second mariage que j’ai réalisé que je lui avais manqué de respect en le faisant passer, aux yeux de son fils, pour un dangereux inconscient. Je le harcelais sans le savoir. Il ne pouvait prendre aucune initiative concernant Loris sans que je supervise tout. Je ne le laissais jamais seul avec lui. Les conflits étaient incessants, et quand il m’accusait d’être d’une anxiété maladive, je lui renvoyais toutes ses erreurs et ses échecs dans le domaine professionnel. Aujourd’hui, j’en ai vraiment honte. Le pire, ça a été quand Loris, à la veille de fêter ses 6 ans, a demandé à son père s’il avait mon autorisation pour faire un mini-feu d’artifice, car cela pouvait être dangereux. Je n’ai pas oublié le regard que m’a lancé Simon. »

 

Propos recueillis par Flavia Mazelin Salvi - www.psychologies.com

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 16:23

Le diagnostic de personnalité dépendante doit être envisagé chaque fois qu’un sujet formule une demande de psychothérapie pour manque de confiance en soi, timidité, problème de couple, ou qu’il se présente sous l’apparence d’une victime pitoyable, carencée en affection par un conjoint qui répond à sa « gentillesse » ou à ses symptômes somatiques multiples avec brutalité.

- Le diagnostic de personnalité dépendante -

Le trouble de la personnalité dépendante est une pathologie qui touche particulièrement les occidentaux, hommes ou femmes. Exposés depuis l'enfance dans un milieu pré-individuel non affectif, individualiste, consumériste et sur-informatif, les personnalités dépendantes souffrent d'un manque d'appréhension clair d'eux-mêmes.

 

Ils ne discernent pas les contours de leur caractère et ont un besoin viscéral d'intégrer une communauté pour se sentir exister. Dans le panel des faiblesses socialement exprimées, la naïveté est un des symptômes les plus visibles... et le besoin de vivre dans un monde dénué de la plus petite agressivité est pour eux une nécessité absolue... Ce qui les pousse parfois à adopter des comportements religieux qui sont davantage un alibi à leur incapacité à défendre une quelconque dignité d'eux-mêmes.

 

Ayant un véritable penchant pour le victimisme, dépourvus de rayonnement et de charisme, ils attirent par nature des comportements hostiles ou agressifs... leurs semblables étant peu enclin à leur accorder une saine considération. Nombre de français entrent plus ou moins (selon le degré d'intensité et d'expression de la pathologie) dans cette catégorie d'individus.
 

Le diagnostic de personnalité dépendante doit être envisagé chaque fois qu’un sujet formule une demande de psychothérapie pour manque de confiance en soi, timidité, problème de couple, ou qu’il se présente sous l’apparence d’une victime pitoyable, carencée en affection par un conjoint qui répond à sa « gentillesse » ou à ses symptômes somatiques multiples avec brutalité. Une approche affective savamment dosée, via des thérapies intégratives (TCC, techniques d'autonomisation, psychanalyse de Bowlby et Winiccott), semble apporter des résultats significatifs.
 

 

Les critères officiels :

 

 

Besoin général et excessif d’être pris en charge qui conduit à un comportement soumis, étouffant pour autrui et à une peur de la séparation, qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes :

- le sujet a du mal à prendre des décisions dans la vie courante sans être rassuré ou conseillé de manière excessive par autrui, par une hiérarchie ou par une autorité

- à besoin que d’autres assument les responsabilisés dans la plupart des domaines importants de sa vie

- a du mal à exprimer un désaccord avec autrui de peur de perdre son soutien ou son approbation (ne pas tenir compte d’une crainte réaliste de sanction)

- a du mal à exprimer une divergence de points de vue en public, de peur de l'exclusion sociale

- a du mal à initier des projets ou à faire des choses seul (par manque de confiance en son propre jugement ou en ses propres capacités plutôt que par manque de motivation ou d’énergie)

- cherche à outrance à obtenir le soutien et l’appui d’autrui, au point de se porter volontaire pour faire des choses désagréables

- se sent mal à l’aise ou impuissant quand il est seul par crainte exagérée d’être incapable de se débrouiller

- lorsqu’une relation proche se termine, cherche de manière urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien dont il a besoin

- est préoccupé de manière irréaliste par la crainte d’être laissé à se débrouiller seul

- Cède aisément aux opinions dominantes pour se sentir intégré et sécurisé.

 

 

Exemple éloquent d'une forme particulièrement naïve de la dépendance affective :

 

La dépendance sociale et l'assujetissement sécurisant à la doxa dominante

(France Télévisions - Introduction en deux minutes)

 

 

 

 

Caractéristiques psychopathologiques :

 

 

On retrouve toujours chez ces patients un comportement soumis qui est lié à un besoin excessif d’être pris en charge et apprécié par les autres. Ce sont des sujets qui vont avoir des difficultés à vivre les situations de séparation ; on dit d’eux qu’ils ont tendance à se « cramponner aux autres » et notamment aux relations qu’ils ont établies. Ils ont un style enfantin et immature ( dénomination par un diminutif, vêtement évoquant l’adolescence attardée).

Ils présentent une incapacité à prendre des décisions sans en passer par les autres, et parfois de manière insistante. Cette manière d’agir peut tout aussi bien concerner des domaines importants de la vie du sujet (choix professionnels, familiaux) que des aspects moins importants (choix d’un restaurant, du programme télé).

Ils présentent également des difficultés à exprimer un désaccord avec les autres par crainte de perdre leur soutien, voire d’être rejeté. Ce besoin peut les conduire à certains comportements, attitudes incohérentes.

Ils sont décrits comme ayant peu d’initiative par manque de confiance en eu. Mais à l’inverse, ils vont accepter d’effectuer des taches déplaisantes. Ce sont des sujets qui vont avant tout essayer de rendre service aux autres, et de combler les désirs des autres avant leurs propres désirs.

On souligne chez eux une anxiété qui va être massive à chaque fois que des décisions doivent être prises (d’où un besoin de réassurance perpétuel de la part d’autrui).

 

 

Relations interpersonnelles et expression affective :

 

 

Les relations interpersonnelles sont marquées par la soumission, le renoncement à exprimer ses propres désirs et l’effacement devant les autres. Ceci a pour effet de conduire les sujets à se sentir victime d’un système qu’ils qualifient de tyrannique mais qui est un système auquel ils participent en priorité par les comportements décrits précédemment.

Les personnalités dépendantes recherchent constamment une autorité protectrice, le plus souvent un conjoint qui assume le rôle de protecteur et de décideur. Les relations de dépendance pathologique induisent un déséquilibre croissant au fil de l’histoire conjugale et débouchent sur des situations de crise, des ruptures ou des « maladies-refuges ».

L’expression des affects est dominée par l’anxiété présentée par ces personnalités. L’inhibition affecte la plupart de leurs comportements.

 

 

Style cognitif :

 

 

Il est dominé par des sentiments d’impuissance et de dévalorisation. Souvent tiraillé par de douloureuses sensations d'infériorité.

 

 

Perception de soi :

 

 

Ils ont une vision dévalorisée d’eux même. Ils se voient comme faibles, incompétents, impuissants. Ils ne conçoivent pas de puiser en eux même les ressources pour faire face aux problèmes de la vie quotidienne.

 

 

Perception des autres :

 

 

Ils ont une vison valorisée des autres. Les autres sont vus comme forts, compétents, habiles, adultes ; ce sont des protecteurs potentiels. Il en résulte une naïveté, un manque de recul critique, une crédulité, une docilité extrême. C’est pourquoi certaines personnes dépendantes choisissent comme partenaires soit des hommes virils (éventuellement agressifs voire sadique), soit des femmes maternelles et dominatrices.

 

 

Les pensées automatiques des personnalités dépendantes sont du type :

 

 

- « seul je suis impuissant »

- « je ne peux pas m’en sortir tout seul »

- « je dois être aidé »

- « je ne peux pas vivre sans soutien »

- « je suis incapable de décider tout seul »

- « je n’y arriverai pas »

- « je suis nul, je suis bête »

- « qu’est ce que je vais encore faire comme bêtise. On va ma laisser tomber, qu’est ce que je vais devenir »

- « les autres ont raison et moi j’ai tort »

Adaptation et évolution :

Il y a peu de données à l’heure actuelle. L’adaptation est variable, elle dépend du contexte dans lequel évolue la personne.

La personnalité dépendante favorise l’apparition des troubles de l’axe I comme :

- un trouble anxieux

- des troubles somatiques fonctionnels

Un épisode dépressif majeur est également une évolution possible.

 

 

Hypothèses explicatives :

 

 

Les différentes hypothèses mettent l’accent sur le rôle de l’enfance avec :

 

  • une incapacité à surmonter ou à surpasser l’angoisse de séparation durant l’enfance. ceci serait un facteur de prédisposition au développement d’une personnalité dépendante.

  • Une interruption du lien d’attachement au cours de la première période de l’enfance, événement qui favoriserait chez la personne adulte le développement d’une peur chronique de perdre ceux auxquels elle tient.

  • Une surprotection parentale durant l’enfance avec une fréquence plus élevée de mères anxieuses, voire phobiques, attitude qui ne favoriserait pas l’autonomie de l’enfant puis de l’adulte. Rappelons que l’autonomie est le sentiment de vivre indépendamment, c’est à dire sans le soutien permanent des autres : un individu autonome est apte à exprimer ses propres besoins, préférences, jugements, sensations. Il possède un sentiment de sa propre identité et exerce un contrôle satisfaisant sur son comportement psychique et physique. Il est apte à décider par lui-même et mène son existence en fonction de ses propres objectifs, en tenant compte des données de son environnement (Young, 1990). Le développement de l’autonomie nécessite, de la part des parents, une certaine aptitude à tolérer et encourager l’expression par l’enfant de ses propres besoins. Les enfants ont besoin d’être renforcés sans excès dans l’expression de leur indépendance. Ils ont besoin d’être sûrs qu’ils sont en bonne santé, qu’ils sont des individus robustes, que le monde est relativement sans danger pour eux. Ils doivent pouvoir exprimer leurs émotions y compris un certain degré de colère, sans être réprimandé par une sévérité excessive.

 

 

Prise en charge :

 

 

Quelque soit la nature de la prise en charge, le problème majeur avec ce type de personnalité est leur dépendance excessive au traitement qui leur est proposé. En effet, la dépendance au traitement peut tout aussi bien concerner le thérapeute que les médicaments. De plus, elles attendent du thérapeute qu’il résolve tous les problèmes à leur place.

Les thérapies cognitives vont d’avantage mettre l’accent sur l’autonomisation du patient. Cependant, elles peuvent être mal vécues par les patients puisqu’on demande au sujet d’être actif ce qui contraste avec son fonctionnement habituel.

Dans ce cas de figure, une psychanalyse s'impose pour aider le sujet en souffrance.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 15:35

Vous gazouillez, vous gâtifiez… C’est du bonheur pour la vie un enfant, c’est merveilleux d’être parent. Eh bien non, tout le monde n’est pas d’accord ! De plus en plus de femmes refusent la maternité. Le débat reste ouvert... et trois pionnières ont accepté de témoigner à visage découvert.

 

 

Décider de ne pas avoir d’enfant et assumer ce choix est loin d’être évident à une époque où la maternité est portée aux nues. Pas un numéro de magazine people qui ne montre des stars pouponnant, un bébé sur la hanche, deux dans une poussette ou trois en cours d’adoption, comme s’il s’agissait d’un exploit ou d’un extraordinaire engagement humanitaire. Pas une chef d’entreprise qui ne déclare que, bien sûr, son métier la passionne, mais que, quand même, sa joie de la maternité passe avant tout…

 

Agacées par cette célébration qu’elles jugent mièvre et mensongère, quelques voix féminines commencent à s’élever pour dire que non, ce n’est pas forcément aussi merveilleux que cela, et que d’ailleurs, si c’était à refaire, l’une ou l’autre y regarderait bien à deux fois avant de se lancer. Parmi elles, Corinne Maier, mère de famille qui, dans un essai caustique et comique, No Kid (Michalon, 2007), expose « quarante raisons de ne pas avoir d’enfant », et remet en question ce désir. « Avoir un enfant, écrit-elle, est le meilleur moyen d’éviter de se poser la question du sens de la vie : il est un merveilleux bouche-trou à la quête existentielle. » Même Simone de Beauvoir n’aurait pas osé de tels propos, elle qui se contentait juste d’un : « Que l’enfant soit la fin suprême de la femme, c’est là une affirmation qui a tout juste la valeur d’un slogan publicitaire. » (in Le Deuxième Sexe, Gallimard, “Folio”, 1986).

 

Remise en question des vertus de la maternité ? Non pas. Mais une désacralisation qui aura peut-être le mérite de faire mieux comprendre et accepter le choix des femmes qui ne désirent pas être mères. Et celles-ci sont plus nombreuses qu’on le croit. Tandis qu’aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Grande-Bretagne, des associations de « non-parents » se sont créées au milieu des années 1980, revendiquant le terme de childfree (« libre d’enfant ») plutôt que de chidless (« sans enfant »), on découvre qu’en Allemagne, aujourd’hui, 30 % des femmes « en âge de procréer » ne le font pas.

 

L’indépendance avant tout

 

Pourquoi ce choix ? Relèverait-il d’un égotisme ou d’un désir de réussite professionnelle galopant (moi et ma carrière d’abord) ? D’un profond scepticisme quant à l’avenir (état de la planète, situation économique) ? De difficultés relationnelles (rencontrer celui qui serait le bon père pour son enfant) ? Pas du tout. Si, chez une femme, le refus de la maternité s’accompagne toujours d’une revendication d’indépendance, comme le montre la journaliste Emilie Devienne dans son livre Etre femme sans être mère, le choix de ne pas avoir d’enfant (Robert Laffont, 2007), il s’agit d’une liberté par rapport aux liens : celle d’être seule quand on le désire, de ne pas « fonder de famille » si l’on n’y tient pas.

 

Autrement dit, d’une liberté affective, mais aussi intellectuelle : les femmes sans désir d’enfant tiennent plus que tout « à prendre leurs décisions elles-mêmes ». Mais ont-elles tout à fait le choix ? Car c’est évidemment du côté de l’histoire familiale et de la transmission que se joue le désir d’être mère.

 

Un choix hérité de l’enfance

 

Quelques chiffres : En France, 10 % des femmes nées en 1940 n’ont pas d’enfants. 12 à 16 % des femmes nées en 1980 n’en auront pas. En Allemagne, 30 % des femmes en âge de procréer sont sans enfant. Au Royaume-Uni, le nombre de femmes sans enfant a augmenté de 100 % en vingt ans. Au Japon, 56 % des femmes de 30 ans n’en ont pas (contre 24 % en 1995). Source : Ined (2006)

  

C’est ce qu’a exploré la psychiatre Geneviève Serre dans une étude passionnante : « Les femmes sans ombre ou la dette impossible ». Suite aux entretiens menés avec des femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant, elle note un certain nombre de « points communs ». Dans tous les cas, celles-ci ont eu une mère soit trop absente, soit trop fusionnelle et étouffante. Elles ont par ailleurs le sentiment que, pour cette dernière, avoir un enfant a été quelque chose de plus ou moins imposé : « Peut-être font-elles donc le choix que leur mère n’a pas pu faire ? » suggère Geneviève Serre.

 

Par ailleurs, elles n’éprouvent aucun sentiment de dette envers elle, comme si quelque chose avait cloché dans la transmission et qu’elles n’avaient pas reçu ce qu’elles pourraient donner à leur tour…

Mais le père, souligne la psychiatre, a aussi un rôle majeur dans le désir d’enfant de sa fille. Là encore, on note un point commun : les femmes le décrivent soit comme manquant, soit comme violent, soit comme… trop proche. « On peut supposer que ces femmes, dont la relation à la mère est teintée d’insatisfaction et d’insécurité, ont investi d’autant plus leur père, mais celui-ci, idéalisé, a fait défaut à son tour… »

 

D’où la question du lien, qui est problématique pour ces femmes. Elles envisagent en effet l’enfant comme « un engagement à vie, une responsabilité énorme, une dépendance affective totale », éprouvant du même coup « l’angoisse d’être prises dans un lien aliénant ».

 

La peur de s’attacher

 

D’où, aussi, ce besoin de liberté qu’elles affirment lorsqu’on leur demande d’expliquer leur choix : « Je veux être libre de rompre un lien si je le souhaite, dira l’une des interviewées. Or, on ne peut pas rompre avec son fils ou sa fille, ou alors c’est monstrueux. » Mais ne pas avoir d’enfant, c’est aussi se protéger de sa perte possible, remarque Geneviève Serre, car toutes ces femmes évoquent l’horreur que serait pour elles le fait de perdre un enfant : « Une peur viscérale de cette douleur », dira une autre… Entre fusion et deuil, l’impossible choix.

 

Si ces femmes se sentent féminines, ont un rapport le plus souvent heureux avec leur corps et tombent amoureuses comme les autres, elles sont rarement favorables au mariage ou même à la vie en couple, préférant souvent « une relation forte, mais à distance », ce qui confirme leur crainte d’un lien aliénant. Mais ce qui frappe la psychiatre, c’est à quel point l’homme aimé est absent de leur discours lorsqu’on leur parle maternité… « On a le sentiment d’une histoire qui ne se passerait qu’entre la mère et le bébé, explique Geneviève Serre. Elles ne peuvent s’appuyer sur l’idée qu’un enfant se fait à deux et que l’autre peut être là pour pallier leurs défaillances et transmettre sa part d’héritage. Comme si ce petit ne pouvait être qu’une duplication d’elles-mêmes dont il serait impossible de se séparer. »

 

En ayant fait le choix de ne pas avoir d’enfant, ces femmes ont le sentiment de mener la vie qui leur convient. « Il semble qu’elles n’hésitent ni ne regrettent jamais », ajoute la psychiatre. Aucun sentiment de manque, mais au contraire celui d’avoir gagné leur liberté, et même, comme le dira l’une d’elles, « un sentiment de surabondance ». Beaucoup sont créatrices, souligne enfin Geneviève Serre : « En lieu et place de la procréation physique, se font jour la création et la créativité sous toutes leurs formes, intellectuelles ou affectives. » Une autre manière d’engendrer et de transmettre.

  

 

Témoignages

 

Myriam, 41 ans, professeure

 

« Je ne me sens bien qu’en vivant seule »

 

« J’ai eu une enfance pas formidable, un père que je n’ai pas connu, un beau-père violent et une mère un peu “aux abonnés absents”. J’ai grandi avec l’image d’une famille décousue, les enfants chacun dans leur coin, chacun souffrant et personne ne se parlant. Très tôt, je me suis fait la promesse de ne jamais avoir d’enfant et de ne pas me marier pour ne pas revivre ça. De rester libre. A 23 ans, je suis tombée enceinte. L’annonce de cette grossesse a été un grand choc et je suis devenue comme amnésique par rapport à la promesse que je m’étais faite. Je n’ai pas pensé une seconde à avorter, non parce que je voulais cet enfant, mais parce que je n’arrivais pas à prendre conscience que j’étais enceinte. Et puis j’étais piégée par le bonheur de mon ami, sa famille.

 

Mon accouchement a été très difficile, je suis restée huit jours comme un légume, je faisais des rêves très angoissants. La première fois que j’ai vu ma fille, j’ai été impressionnée par cette personne inconnue. On parle d’instinct maternel : je ne ressentais rien de tel. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai commencé à avoir des maux de tête violents. Je pleurais beaucoup, je n’en pouvais plus. J’étais, sans le savoir, en pleine dépression. Bien que très vive, ma fille était souvent malade. Et j’étais malade de la voir malade. J’étais totalement dépassée, débordée et très angoissée. J’avais l’impression de vivre un cauchemar, que j’allais me réveiller.

 

J’ai senti l’urgence de la fuite. Et je suis partie. Je me souviendrai toujours de ma fille dans les bras de son père, et de moi, fuyant, lui tournant le dos. Elle n’avait pas 1 an. Cela fait seize ans que j’ai mal de l’avoir quittée, de n’avoir pas été à la hauteur, mais c’était une nécessité pour moi de partir seule. Pendant trois ans, je suis restée dans la même ville pour m’occuper d’elle en alternance avec son père. Et puis le chômage, les maladies à répétition, j’ai fui une deuxième fois à dix mille kilomètres, à La Réunion. J’ai entamé une thérapie, je suis devenue enseignante, j’ai cherché et retrouvé mon père. J’ai maintenu un lien avec ma fille par des lettres, des appels. Elle me rejoignait une ou deux fois par an… Je découvre avec le temps que je ne me sens bien qu’en vivant seule.

 

Même si vivre une relation amoureuse est important pour moi, je la conçois mieux chacun chez soi. Ce n’est pas facile pour moi d’accueillir d’autres personnes dans ma sphère intime. Cela touche à mon sentiment de liberté et m’angoisse très vite. Mon bonheur, c’est que, malgré tout, ma fille va bien. Nous avons toujours beaucoup parlé, très ouvertement, et de tout. Elle souhaite même avoir des enfants. »

 

Jitka, 30 ans, restauratrice

 

« Je veux pouvoir prendre mon sac et partir »

 

« J’arrive à l’âge où il faut prendre une décision : en faire un ou pas ? J’ai 30 ans et je n’ai pas envie d’enfant. Je n’en ai jamais eu envie. Il y a une forte pression autour de moi : je vis en couple depuis trois ans – mon compagnon n’en veut pas non plus – et je travaille dans un restaurant sur la Côte d’Azur. Pendant les vacances, il y a beaucoup d’enfants dans la clientèle. Je les aime bien, j’ai droit à des bisous, des dessins, je m’occupe volontiers d’eux. Les mères me demandent : “Tu es si maternelle, à quand ton tour ?” Mes amies fondent une famille et c’est la même question : “Et toi ? Quand t’y mettras-tu ?” Jamais, je crois. Parce que j’ai avant tout besoin de liberté, de pouvoir prendre mon sac et partir si je le souhaite. Avec ce besoin d’indépendance, ce serait irresponsable d’avoir un enfant. Avoir des liens entre adultes, oui. Mais un lien avec un enfant qui dépend de vous, c’est incompatible avec cette liberté qui m’est nécessaire pour me sentir heureuse, en accord avec moi-même.

 

Pour essayer de comprendre, j’ai beaucoup lu sur ce sujet. Au départ, je pensais que ma décision était due à la peur de l’accouchement ou de la grossesse. Mais ce n’est pas cela. Les ouvrages vous renvoient à votre enfance, au modèle parental, etc. J’ai eu une enfance merveilleuse, en République tchèque, avec une mère très présente, peut-être un peu trop, et un père aimant. Mais j’ai toujours eu besoin de liberté, besoin de pouvoir prendre seule toutes mes décisions. A 23 ans, j’ai quitté le cocon familial et je suis venue en France pour compléter mes études supérieures. J’ai eu un ami, mais la question de faire un enfant s’est posée et j’ai rompu pour le laisser libre d’en avoir un avec une autre femme. Je n’ai jamais eu envie non plus de me marier. Etre “accompagnée”, oui. Mais sans me sentir enfermée ou liée par quelque chose. J’ai essayé de me projeter dans le rôle d’une mère avec tous les plaisirs que cela comporte et que je peux très bien imaginer : le prendre dans ses bras, l’entendre dire : “Je t’aime maman”… Mais j’imagine aussi les tracas quotidiens et je sais que je ne serais pas capable d’assumer cela, d’être présente vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pour moi, c’est une tâche beaucoup trop lourde. Par ailleurs, j’aurais l’impression de revivre ma propre vie d’enfant, de revenir en arrière, et je n’en ai pas envie. J’ai envie d’aller de l’avant.

 

On peut me trouver égoïste, mais je trouve plus égoïste de faire un enfant à tout prix lorsque l’on se sait incapable de lui donner ce dont il aura besoin. Je ne vois pas du tout mon choix comme la privation de quelque chose dans la vie d’une femme. Etre femme, ce n’est pas forcément être mère. »

 

Pascale, 45 ans, artiste peintre

 

" Le désir d'être libre "

 

« Je n’ai jamais voulu avoir d’enfant et je n’en ai jamais éprouvé le désir, même en étant très amoureuse. A l’adolescence, quand je parlais avec mes sœurs qui se voyaient plus tard mariées et mères, je me disais : “Mon destin n’est pas là, je veux vivre autre chose qu’une vie d’enfermement, j’ai le monde à découvrir et il y a d’autres choses à faire dans la vie que d’avoir des enfants.”

 

Etait-ce lié à l’image que j’avais de ma mère ? J’avais l’impression que sa vie était une vie de sacrifices qui ne respirait ni la joie ni l’épanouissement. Mes sœurs sont devenues mères. Pour moi, il restait évident qu’il n’était pas nécessaire d’avoir des enfants pour exister en tant que femme et être heureuse avec soi-même. Avec le temps, ce non-désir s’est ancré. J’ai longtemps vécu en célibataire parce que les hommes que je rencontrais voulaient fonder une famille. Il y a eu un moment de remise en question, vers mes 37 ans, je fréquentais alors un homme avec qui j’étais vraiment bien. Et je me suis retrouvée enceinte par accident… Cela a été une immense panique et le “non” est alors revenu puissamment, clairement.

 

Tout en moi disait non, de manière irrationnelle mais très forte. Je me suis fait avorter sans hésitation. Je n’en ai été ni choquée ni traumatisée. Cela a uniquement été un immense soulagement. A partir de là, alors que j’étais manager dans une entreprise, j’ai décidé de mener la vie que j’avais toujours souhaitée, celle d’artiste peintre. J’ai quitté mon travail, trouvé un petit boulot alimentaire, et me suis mise à la tâche. Tout de suite, je me suis reconnue dans ma vie, ma vraie vie. Au fond, j’ai toujours été plus portée vers la création que vers la procréation. Tous mes projets artistiques, d’expos sont mes enfants. Je crois que j’en avais l’intuition dès le départ. Si j’avais eu des enfants, j’aurais dû abandonner mes rêves, parce qu’il faut beaucoup de liberté pour rêver. Or ç’aurait été une vie amputée, donc une vie pas forcément joyeuse, alors qu’en créant, c’est une vie de joie au quotidien. Je n’ai aucun sentiment de manque. Au contraire. Plutôt de surabondance. »

 

Anne B. Walter pour psychologies.com

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 10:24

Quand nos journées, nos cabas, nos agendas et notre maison sont pleins à ras bord, il est déjà trop tard pour réagir ! Heureusement, en décryptant ce qui nous pousse à nous laisser envahir, il est encore possible de "résister".

 

 

  

Un jour, ça vous saute aux yeux, ça vous monte à la tête : l’évidence, oppressante, de ne pas pouvoir faire jouer votre libre arbitre, de ne plus savoir dire « non » vous apparaît d’un coup. Vous vous sentez pris dans une spirale infernale : travailler encore plus, gagner plus d’argent, dépenser plus pour vous détendre après votre dose quotidienne d’hyperactivité, remplir vos placards de ces nouvelles acquisitions…

 

Dans ce cercle infernal du « trop c’est trop », stress professionnel, achats et aménagement de l’espace sont toujours des champs intrinsèquement liés. Comment changer la donne ? Comment éviter de se laisser prendre par cette compulsion en trois temps ? Des spécialistes nous ont donné leurs pistes pour retrouver un peu d’air.

(Anne Laure Gannac avec la collaboration de Christophe Massin et Michel Lejoyeux, psychiatres, et de Cyrille Frémont, « home organiser ».)

 

Trop de travail !

« Je suis débordé » ; « Je ne peux pas m’empêcher de rapporter mes dossiers à la maison le week-end »… Ces plaintes, le psychiatre et spécialiste du stress au travail Christophe Massin les entend chaque jour : « Mais ce sont les mêmes qui, dès qu’ils ont une minute, se trouvent une activité. »

 

Une ambivalence qui prouve que nous sommes tous « habités par une force qui nous conduit à rechercher sans cesse “plein de…” (activités, expériences, etc.) simplement pour fuir une confrontation au réel, à soi-même, à ses doutes ». Sauf que cette fuite en avant n’est pas plus satisfaisante.

 

L’hyperactivité génère le stress, aux effets contre-productifs et douloureux. « Si l’on ne se freine pas suffisamment tôt, la décompression s’imposera d’elle-même, souvent sous la forme d’une dépression », affirme le psychiatre.

  • Les signes

Vous cumulez les migraines, les douleurs musculaires et respiratoires sans raison apparente. Vous vous sentez fatigué, mais dormez mal. Votre libido est au plus bas et vous grignotez entre les repas, car vous avez envie de sucre, d’excitants. Vous avez du mal à vous concentrer, vous oubliez des affaires urgentes à traiter, vos lapsus deviennent plus fréquents. Vous devenez plus émotif, souvent irritable.

 

De façon générale, vous avez l’impression d’agir sous la contrainte. Vous n’avez plus d’activités de loisir, vous recevez de plus en plus rarement chez vous… Autant de preuves d’une perte de contact avec vos envies et avec les « plaisirs » de la vie. Ces stress deviennent alarmants quand ils s’installent dans la durée, ne sont pas reliés à un événement particulier – échéance de remise de dossiers, discours à tenir en public… – à l’inverse du stress « positif », moteur et stimulant, toujours relié à un fait concret.

  • Les solutions

- Posez-vous physiquement.
L’objectif principal ? Se recentrer sur soi, assure Christophe Massin. « Quand nous sommes stressés, nous nous éparpillons en pensées et en gestes, ce qui ne fait qu’augmenter le stress et nous rendre inefficaces. » D’où l’intérêt d’investir physiquement son bureau : installez-vous le dos droit, les pieds bien posés sur le sol et respirez lentement. « Cela revient à décider d’être là, à l’assumer, avant de pouvoir réfléchir et agir sereinement. »

 

- Prenez du recul face à vos émotions.
Quand l’émotion prend le dessus, elle déforme et oriente notre pensée, donc notre sens des priorités. En colère, par exemple, nous privilégions tout ce qui, dans notre environnement, pourra nourrir cet état… Comment l’éviter ? « Une émotion se reconnaît à ce qu’elle donne un caractère impératif à l’action : “Il faut absolument que je fasse ceci.” » Dans ce cas, remettez cette action à votre programme du lendemain. D’ici là, l’émotion sera retombée, et d’autres priorités, rationnelles, s’imposeront.

 

- Gardez vos priorités en tête.
Sous l’effet du stress, il est fréquent d’accomplir d’abord les choses secondaires et de laisser s’accumuler celles qui sont essentielles… Interrogez-vous sur ce qui est prioritaire pour vous. L’objectif : ne plus être dans le « Il faut que je fasse ceci », générateur de nervosité et démotivant, mais dans le « Je décide que ceci est important ». « Il s’agit de reprendre les rênes de sa vie : même si les facteurs externes de stress existent, il nous faut admettre que nous sommes maîtres de notre quotidien et pas seulement ballottés par les pressions extérieures. »

 
Pour cela, rien de mieux que les listes établies à partir de quelques questions : « Qu’est-ce que je veux avoir fait avant ce soir ? Avant la fin de la semaine ?… » Sans oublier que la probabilité d’y parvenir n’est pas de 100 % !

 

- Soyez patient.
Ces efforts de « recentrage » ne peuvent se faire sans rencontrer une force de résistance : les autres qui vous sollicitent, votre corps qui s’agite d’avoir accumulé trop de tensions… Les bienfaits ne viendront que progressivement, mais plus vous en prendrez conscience, plus il vous sera facile de vous recentrer.

Reprendre contact avec soi et ses priorités garantit, à terme, plus de concentration, plus d’efficacité, moins de dispersion… donc plus de disponibilité pour sa vie extraprofessionnelle.

 

Trop d'achats !

Qui n’a jamais craqué dans une boutique pour se changer les idées après le travail ou se consoler un jour de déprime ?

 

A notre décharge, tout nous y incite : de la carte bancaire (plus facile à dégainer qu’un billet à valeur affichée) au web (qui permet d’acheter en un clic), il est de plus en plus ardu de résister à la tentation de l’achat impulsif, téléguidé par l’émotion. Au risque de sombrer dans l’excès de consommation, entraînant avec lui son lot de culpabilité, de regrets, voire de difficultés financières. Comment savoir si votre comportement d’acheteur dépasse les bornes du raisonnable ?

  • Les signes

Vous vous ennuyez si une journée vous n’achetez rien. Le shopping est d’ailleurs votre passe-temps favori, le seul à vous mettre de bonne humeur. Vous traînez régulièrement sur le Net, sur les sites d’enchères notamment. La crainte de rater « la » bonne affaire vous place en situation d’urgence : acheter avant que ce ne soit trop tard. Du coup, vous attendez beaucoup de chaque achat. « Avec cette nouvelle table, cette nouvelle robe, ma vie sera changée, les autres me regarderont différemment… » Autant de fausses croyances qui révèlent que les objets comblent un vide intérieur, ou un manque de confiance et d’estime de soi.

Conséquence, l’insatisfaction vous guette : « Finalement, ce vêtement n’est pas si bien que ça… » Une fois acquis, l’article tant convoité ne vous intéresse plus : un mal-être vous saisit, teinté de culpabilité et de regret. Il vous arrive de ne même pas utiliser ce que vous avez acquis, preuve que votre achat représentait un dérivatif, non une réponse à un besoin, « ni même un cadeau pour soi, car celui-là, nous nous précipitons pour l’ouvrir et en user », précise le psychiatre Michel Lejoyeux.

 

Vous agissez suivant le principe de plaisir, au risque de mettre votre équilibre financier en péril. Pour vous dédouaner, vous cherchez à vous justifier – « Je n’en ai pas besoin aujourd’hui, mais demain sûrement » – car vous sentez que votre geste n’est qu’émotion.

  • Les solutions

- Pensez avant d’agir.
« Essayez de distinguer les achats qui relèvent de la consommation et ceux qui relèvent de la consolation », conseille Michel Lejoyeux. En prenant quelques minutes de réflexion avant d’acheter : « Je veux ceci. Mais vais-je vraiment m’en servir ? A quand remonte la dernière fois où j’ai regretté de ne pas l’avoir ? » Des questions qui permettent de cerner l’utilité réelle de l’objet.

 

- Identifiez vos sentiments.
« Qu’est-ce que je ressens quand je passe à la caisse ? » Mettez des mots sur votre ressenti : excitation, plaisir intense ? Sentiment d’apaisement, impression d’être comblé ? Ou fierté, sentiment de force ?

 

- Cernez votre profil d’acheteur.
Ce repérage des sentiments permet, selon le psychologue Claude Boutin, de comprendre à quel type de personnalité correspond votre besoin de surconsommer :

 

1/ Si vous êtes excité par votre achat, c’est le signe d’une personnalité que le psychologue dit « sensuelle » : en quête permanente d’émotions fortes, elle est débordée par l’ennui dès qu’elle ne donne pas du piquant à sa journée.

2/ Si vous êtes apaisé, c’est que vous êtes en état d’insécurité et cherchez dans l’achat un moyen de « faire momentanément relâche des émotions désagréables ».

3/ Si votre achat vous redonne confiance en vous, c’est que vous souffrez d’un manque d’estime de soi et que vous accordez beaucoup d’importance au regard d’autrui.

 

- Trouvez des dérivatifs.
Il s’agit de mettre en place d’autres réflexes que l’achat, adaptés à votre « profil ». Vous êtes « sensuel » ? Trouvez des activités qui stimulent vos sens (peindre, cuisiner, aller voir des expos…). Vous êtes angoissé ? Cherchez une source d’apaisement, par exemple dans la pratique d’une spiritualité ou la lecture d’ouvrages philosophiques. Ou investissez-vous dans une association caritative qui vous aidera à vous ouvrir aux autres.

Enfin, si vous êtes plutôt en manque de confiance, vos efforts consisteront surtout à faire preuve de clémence envers vous-même : en prenant soin de votre corps (sport, bain, massage…), en étant davantage attentif à vos réussites, afin de trouver en vous, et non plus dans les objets achetés, les raisons de vous estimer.

 

Trop d'objets !

« Parce que ranger est laborieux et exige du temps, personne n’est à l’abri de l’encombrement chez soi », constate Cyrille Frémont, « home organiser »1, qui intervient à domicile pour aider les plus débordés à retrouver un cadre de vie plus fonctionnel. « Notre maison est le prolongement de nous-même : si l’espace y manque, si l’on en perd le contrôle, c’est notre propre bien-être qui en pâtit. » La vôtre est-elle sursaturée ?

  • Les signes

Vous commencez à chercher vos affaires : vos clefs, votre sac, votre portable… Vous ne savez d’ailleurs plus où les ranger et vous dites que c’est parce qu’il vous manque une armoire. Quant à vos placards et tiroirs, ils sont pleins à craquer. Conséquence : vous vous sentez mal chez vous. Et quand vous avez des invités, ils ne sont pas à l’aise.

  • Les solutions

- Triez.
C’est « la » clé pour maîtriser son espace : parmi vos affaires, apprenez à distinguer l’utile et à vous débarrasser de l’inutile. « Le problème, c’est que l’émotionnel s’en mêle, remarque Cyrille Frémont. Beaucoup n’arrivent pas à jeter parce qu’ils ont l’impression que ce serait se défaire d’une partie d’eux-mêmes, de leur histoire, ou du souvenir d’une personne. »
Comment s’y prendre ? Devant chaque vêtement de votre penderie ou chaque boîte d’épices de votre cuisine, interrogez-vous : « Quand l’ai-je utilisé pour la dernière fois ? » Il y a plus d’un an ? Jamais ? Exit.

 

- Travaillez sur ce que représente l’objet.
« Pourquoi est-ce que je tiens à garder cette nappe dont je ne me sers pourtant pas ? Qu’est-ce qu’elle me rappelle ? Est-ce que m’en séparer va me faire perdre un souvenir ? » Non, bien sûr. Alors… bon débarras ! Et si vous en ressentez le besoin, téléphonez à celui ou celle qui vous l’a offerte, ou que vous rattachez à ce souvenir, simplement pour lui rappeler que vous pensez à lui.

 

- Faites appel à un tiers.
Si le tri est trop douloureux voire impossible, une personne extérieure peut vous aider, en désamorçant le processus affectif qui prévaut dans votre rapport à vos objets. « C’est ce qui fait le succès des home organisers ! » fait valoir Cyrille Frémont.

 

- Donnez.
Que ce soit envers une association caritative, des amis ou des voisins, l’acte de générosité est un bon moyen de combler le sentiment de « perte », en lui donnant une valeur positive et affective.

 

- Ne remettez rien à plus tard.
Une fois le « grand » tri effectué, fixez-vous de bonnes habitudes, en commençant par celle de ranger au fur et à mesure. Par exemple, ouvrez immédiatement le courrier, jetez l’inutile, traitez les factures.

 

- Faites régulièrement le tour de vos placards.
Fixez-vous un jour dans la semaine pour en vérifier l’état. Votre lingerie déborde ? Etalez tout sur le lit et faites le tri.

 

- Rangez logiquement.
Mettez toutes les assiettes dans un placard, les bougies dans un autre, etc. « C’est le seul moyen de savoir ce que l’on a, précise Cyrille Frémont. Une bonne façon d’éviter de racheter et de s’encombrer inutilement. »

1- Sur les home organisers, vous pouvez consulter son site : http://www.homeorganiser.fr/index.php

 

 

Anne-Laure Gannac pour psychologies.com

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychologie
22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 08:39

Eh oui ! Jeunesse s’est passée et le temps file vite... A mi-vie, hommes et femmes font le bilan. Une remise en question psychologiquement douloureuse, parfois brutale, mais souvent bénéfique.

 

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Il vient un jour où votre fils vous rétame lamentablement au tennis, où les passants qui admiraient d’ordinaire votre chute de reins se retournent sur les charmes naissants de votre adolescente, où une rencontre de hasard révèle les premiers fléchissements de votre virilité… Quand ce n’est pas un événement plus dramatique encore infarctus, licenciement, divorce, décès des parents, qui vous rappelle, de façon cruelle, que jeunesse se passe. Autant d’éléments perturbateurs susceptibles de déclencher ou d’amplifier, quand on atteint la barre fatidique des 40-50 ans, une profonde remise en question de soi-même. Parfois délétère, souvent bénéfique.

  

Maintenant ou jamais !

 

80 % des personnes de cette classe d’âge seraient concernées, selon le Dr Gilbert Tordjman, sexologue. Outre-Atlantique, on appelle ce tournant de la vie middle life crisis. Traduisez : « crise de milieu de vie ». Elle peut s’exprimer par une simple déprime passagère, ou entraîner des troubles psychologiques conséquents. Selon certains chercheurs américains, cette crise surviendrait entre 37 et 48 ans. En fait, on constate qu’elle se manifeste à la fois de plus en plus tôt et de plus en plus tard.

 

D’une part, la société n’imposant plus de modèle d’existence, chacun doit inventer beaucoup plus tôt un rapport à soi ou aux autres original. D’autre part, bien souvent, les pressions de la vie sociale et un emploi du temps surchargé empêchent de se poser des questions fondamentales avant 55 ans.Qu’est-ce qui caractérise cette crise par rapport aux précédentes ? « Tout simplement, l’idée que c’est maintenant ou jamais », explique le Dr François Lelord, psychiatre. Le compte à rebours a commencé, on a le sentiment qu’il faut agir maintenant, avant qu’il soit trop tard. D’où des réactions parfois surprenantes. Un quinqua sans histoires sera brutalement frappé par le démon de midi, une épouse modèle abandonnera son foyer pour les beaux yeux d’un galant de passage, une autre choisira, à la veille de la ménopause, d’engendrer un dernier enfant...

 

Du sens au non-sens

 

«A cette époque, j’ai eu une élève jeune, belle et intelligente, j’en ai été très amoureux et j’ai failli quitter femme et enfants.» Nombre d’hommes sont prêts à témoigner, sous le sceau du secret, de cette soudaine pulsion qui, à l’orée de l’âge mûr, les a entraînés dans un tourbillon de passion dont l’intensité les a surpris. L’inverse est aussi vrai. Ainsi Jacques, philosophe, le verbe haut, la faconde méditerranéenne, jouisseur invétéré «pour tromper l’ennui» : «A force de pratiquer le sexe à gogo, j’étais devenu cynique. Je confondais le plaisir et le bonheur. »

 

A 50 ans, il découvre la vie : «Je suis tombé sur plus fort que moi. J’ai voulu conquérir une fille, mais elle m’a rejeté... Parce que je vivais depuis l’adolescence dans le non-sens, j’ai décidé de fabriquer du sens...» Aujourd’hui, il est marié et père de famille. «Certains doivent penser que je suis un vieux con. Mais je m’en moque. J’ai renoncé à mon ego. Je n’exige plus rien. Je vis tranquille.»

 
Pour l’homme, la quarantaine, c’est l’apogée. Il est au top de sa carrière professionnelle, de son pouvoir, de ses capacités financières. Tout va bien... jusqu’au jour où il commence à se poser des questions, souvent à la faveur d’un événement déclencheur.

 

Les hommes deviennent des existentialistes

 

«J’avais deux emplois et je trouvais ça génial. J’ai perdu le second d’un seul coup, explique Patrick, 39 ans. Avant, je me serais dit : “Ce n’est pas grave, on va se relever.” Là, c’est peut-être l’âge, mais j’ai le sentiment que cette crise va beaucoup plus loin. Elle m’oblige à repenser mon mode d’existence, à ne plus foncer, à ne plus éluder les vraies questions. Aujourd’hui, je me demande si mon équilibre de jadis n’était pas bancal : faut-il vraiment deux boulots pour se sentir bien dans sa peau ?» Patrick se cherche. «J’ai été bien secoué», avoue-t-il. C’est pourquoi il vient de s’engager sur le chemin d’une meilleure compréhension de lui-même.

 

Chez l’homme, ce sont en effet souvent les difficultés professionnelles, la crainte d’un licenciement, l’approche de la retraite ou les premiers problèmes de santé qui suscitent un questionnement métaphysique. Bien souvent, il se rend compte que ses idéaux valables à 20 ans ne le sont plus à 40, et qu’il faut réajuster le tir. L’homme de 40-50 ans se retrouve au carrefour de deux générations : celle de ses enfants, à qui il n’est plus indispensable, et celle de ses parents, dont il devient responsable.

 

«Le midi de la vie est l’instant du déploiement extrême, où l’homme tout entier est à son œuvre avec tout son pouvoir et tout son vouloir, mais c’est aussi l’instant où naît le crépuscule», écrit Jung. Décès d’un parent ou d’un ami, infarctus d’un collègue, la mort entre par effraction dans la vie. C’est l’époque où «chaque homme devient un existentialiste», affirme ainsi Gilbert Tordjman.

  

Les femmes et le syndrome du nid vide

 

Et les femmes ? A l’aube de la cinquantaine, beaucoup de femmes font une «crise de féminisme» et rejettent les valeurs qu’elles respectaient jusqu’alors, constate François Lelord : «Une femme dotée d’un austère sens du devoir, qui a consacré toute son existence aux autres, va tout à coup s’interroger : “Où est mon plaisir dans tout cela ?”» Néanmoins, on a le sentiment que les femmes sont moins concernées que les hommes. En fait, chez elles, la crise de milieu de vie ne survient ni au même âge, ni pour les mêmes raisons.

 

A 50 ans, pour une femme, il est déjà trop tard. Elle ne peut plus envisager une nouvelle vie féconde et elle manque de modèles d’identification. «Même si nous avons quelques femmes au gouvernement, ce sont des hommes de 50 ou 60 ans qui détiennent le pouvoir politique et économique, remarque le Pr Quentin Debray, auteur de Les personnalités pathologiques (Masson, 1997) et de  L'idéalisme passionné (PUF, 1989). Chez une femme, la cinquantaine est associée à la stérilité et au vieillissement.» 

 

La femme, plus intérieure, davantage centrée sur la vie affective et sur ses enfants, vivra douloureusement la perte de sa fécondité – souvent associée à une perte de féminité – ainsi que le départ de ses enfants du foyer. «C’est ce qu’on appelle le “syndrome du nid vide”, explique le Pr Alain Braconnier, spécialiste de l’adolescence. Des femmes qui ont renoncé à leur vie professionnelle pour élever leurs enfants se retrouvent face à elles seules... et à la dépression.»

  

Une vraie crise “parentale”

 

La crise de milieu de vie, c’est aussi une «crise parentale». «Face à un enfant qui atteint sa maturité sexuelle, les parents développent inconsciemment une rivalité, manifestée par la jalousie ou par un désir de séduire, poursuit le Pr Braconnier. Parallèlement, les enfants rejettent les rêves et les espoirs que les parents ont projetés sur eux. Cela entre en résonance avec les blessures narcissiques que la vie inflige aux parents.»
Roger se souvient : "Quand mes fils sont partis, l’un pour les Etats-Unis, l’autre pour suivre des études de médecine, et que j’ai compris que je ne pourrais pas leur transmettre l’entreprise familiale, j’ai failli tout abandonner. En plus, ma femme abordait la ménopause. Elle était devenue irascible. Je n’en pouvais plus... J’ai été jusqu’à envisager une séparation pour entrer dans les ordres."

 

Certains passent le cap sans heurt

 

Heureusement, le monde ne s’écroule pas toujours sur les épaules des 40-50 ans. Christine, 48 ans, sans enfants, une vie réglée comme un métronome, ne se rappelle pas avoir connu les affres d’une remise en question métaphysique. Pourtant, ses dernières années ont été rythmées par des ruptures : ménopause précoce, décès du compagnon, dépistage d’un cancer chez son père. "Bien sûr, ce sont des deuils difficiles à vivre. Mais j’ai toujours su que j’étais de passage, que rien de ce que je construisais n’était éternel."

 

Une philosophie de la vie cultivée au fil des ans : travaillant dans une unité de polytraumatisés, Christine a toujours côtoyé la mort. Les drames confrontent la personne à la réalité. «J’ai vu des gens qui, après un infarctus, ont totalement modifié leur existence, souligne le Pr Debray. Ils ont consacré moins de temps à leur travail, davantage à leur famille, se sont découvert de nouvelles passions. Ils sont devenus plus créatifs.»
«Il y a aussi ceux qui traversent la mi-vie en niant la crise. En continuant, par exemple, au même régime, volontaires et hyperactifs jusqu’à l’épuisement, oubliant leur vie personnelle et familiale, note Christian Gaillard, psychanalyste. D’autres encore parient sur les lendemains qui chantent et forment des projets utopistes. Il y a surtout tous ceux qui compensent par le repli et le passéisme.»

  

De la réalisation de ses désirs à la réalisation de soi

 

Refuser la réalité, c’est risquer qu’elle s’impose avec d’autant plus de violence. Alors que, à l’inverse, accepté, réfléchi, mûri, le midi de la vie est le moment idéal pour passer de la période de réalisation des désirs, si abondamment décrite par Freud, à la réalisation de soi, chère à Jung: «Ce peut être un véritable renversement, car la réalisation de soi exige le renoncement à certains désirs.»

 
Avant 40 ans, Freud n’avait guère effectué que des recherches sur la cocaïne. Ce n’est qu’à 44 ans qu’il publie son “Interprétation des rêves” et devient le grand Sigmund Freud. Bach, lui, a composé ses plus grandes œuvres une fois nommé à Leipzig, à 38 ans. Beckett a quitté sa mère et son Irlande natale aux alentours de 40 ans et n’est devenu écrivain qu’à 46 ans, en arrivant à Paris. C’est aussi l’âge où Marx jette les premières bases de son “Capital”. Goya, Gauguin, Wagner, Monet, Hugo, Verdi, Rameau, et bien d’autres, ont attendu la maturité avant de produire leurs plus beaux chefs-d’œuvre.

 
Des œuvres plus intenses, plus profondes que leurs créations de jeunesse. « Il n’y a rien de comparable entre le jaillissement spontané de la musique de Mozart, qui procure une jouissance immédiate, et les opéras de Wagner », note Quentin Debray, pour qui la seconde partie de la vie est propice à la conceptualisation, à la réflexion.

  

Rééquilibrer sa vie et passer le flambeau

 

Pour tous ceux qui passent ce cap avec succès, l’âge mûr conduit à une autre façon d’être à soi et aux autres. Y compris en amour. On ne séduit plus forcément par son corps, par des regards troublants, mais par son discours, sa culture, sa gentillesse, son écoute. Le midi de la vie est l’occasion idéale de rééquilibrer sa vie amoureuse. Le Dr René Baux, sexologue, insiste : la quarantaine est la période d’épanouissement sexuel pour la femme. C’est l’heure de l’émancipation, tant sexuelle que sociale, où elle renforce sa confiance en elle et, donc, son autorité. L’homme, lui, accepte sa part féminine, son « anima ». Il se réconcilie avec lui-même et s’ouvre davantage aux autres.

 

Roger, soutenu par un groupe de prière pendant la longue maladie de son épouse, confirme : « Toute ma vie, le seul homme que j’aie jamais embrassé, c’est mon père. Mais avec retenue. Ici, on se touche, on se tutoie, et cette proximité des corps rend plus facile la proximité des âmes. » Il n’est pas rare que ce tournant de la vie soit l’occasion d’entreprendre, sous la conduite d’un professionnel, un retour sur soi. « La majeure partie des analyses débute vers 40 ans », confirme Christian Gaillard.

 

Et ce sont souvent les plus riches. La mi-vie est également l’occasion de passer le témoin à la génération suivante. L’être humain prend conscience que ce qu’il a réussi est limité, mais que, peut-être, ses enfants iront au-delà. Qu’il est temps pour lui de s’engager dans un processus d’individuation : penser à lui, être lui, devenir enfin ce qu’il est vraiment. Qu’il est temps de créer son propre cheminement, de trouver sa juste place. Ce n’est pas la perte des illusions, c’est le réajustement de l’illusoire.

 

Témoignage

 

“Depuis ma seconde naissance, je suis un homme en marche”

 

Jean-Marie, sexagénaire, divise sa vie en deux : « Jusqu’à 40 ans, ma vie a été un long sommeil. Mais, depuis ma seconde naissance, je suis un homme en marche. » Un mariage brillant, trois jeunes enfants, un poste à responsabilité... A 39 ans, tout se défait : son épouse le quitte, son agence de pub dépose son bilan, son père décède, lui-même échappe de peu à un grave accident de voiture. Alors, il part en quête de lui-même : il pratique le yoga et s’initie à l’astrologie. « Peu à peu, j’ai pris conscience que ce que je faisais dans la pub était le contraire de ce que je considérais comme essentiel : l’homme. J’ai alors commencé une psychanalyse, puis j’ai créé avec un psychiatre un centre de bilans dans le sud de la France. »

 

Le grand tournant, c’est un peu plus tard, quand il rencontre Dürckheim, à 55 ans : « Je me suis mis à devenir conscient, lucide, artisan de mon existence, que j’avais trop longtemps vécue poussé par la volonté paternelle. » La crise de milieu de vie s’est traduite pour Jean-Marie par une rupture brutale, mais qui, selon lui, s’est passée dans la continuité : « Déjà, quand j’avais 5 ans, j’avais déclaré : “Un jour, je serai moine-portier.” C’est un peu ce que je suis aujourd’hui : je fais l’interface entre le monde extérieur et le monde essentiel. »

  

L’avis de Gérard Mermet

 

Dur de changer de génération !

 

Gérard Mermet, sociologue, redoute que la crise de milieu de vie ne soit de plus en plus apparente. D’abord, parce que nous vivons dans une société qui demeure adolescente. Or les personnalités les plus vouées au culte de la jeunesse abordent l’âge mûr avec de nombreux handicaps. Ensuite, parce que le temps de la réussite est de plus en plus court : « Avant 30 ans, vous êtes rejeté par le monde de l’entreprise car vous êtes inexpérimenté ; après 45 ans, vous n’êtes plus bon. »

 

Pourtant, l’idée qu’au-delà d’un certain âge on ne serait plus créatif relève du mythe. « La créativité est au carrefour de nos expériences. Pour une meilleure efficacité des entreprises, il faudrait au contraire jouer sur l’hétérogénéité des générations. » Avant, chaque âge avait une fonction. Aujourd’hui, seule la jeunesse est célébrée. La crainte du déclin, dans un monde qui récuse la mort et oublie la personne âgée, rend cette crise d’autant plus violente. Sous d’autres latitudes, vieillir, c’est acquérir la sagesse et le respect. En Occident, c’est la décrépitude.

 

Nouvelle hypothèse

 

Et si la crise de milieu de vie était liée au vieillissement de notre cerveau ? C’est l’hypothèse émise récemment par un groupe de chercheurs, sous l’égide d’un grand laboratoire français. Le syndrome a même reçu un nom : déficit neurobiologique de la cinquantaine, ou DNBC. « Nous avons étudié les liens entre la dopamine, qui est plus ou moins le substrat du désir, et le vieillissement », explique le neurobiologiste Jean-Didier Vincent. 

 

A la fin des années 80, un colloque évoquait pour la première fois cette nouvelle pathologie caractérisée, selon un des orateurs, par « des difficultés de concentration, des difficultés à rassembler ses idées et à les exprimer clairement, ainsi qu’à prendre des décisions, une baisse des capacités intellectuelles, un défaut de performance, des difficultés à faire des projets d’avenir, une perte d’intérêt pour ses tâches habituelles, une diminution des contacts sociaux, un manque d’entrain, une grande fatigabilité ». Or les chercheurs avaient noté que ces symptômes étaient souvent associés à un déficit précoce de certains neurotransmetteurs, dopaminergiques en particulier. Diverses études ont, depuis, confirmé le rôle fondamental de la dopamine dans de très nombreux processus cérébraux, sans pour autant prouver que la crise de la cinquantaine serait la conséquence directe de ces carences. A suivre.

 

Cendrine Barruyer pour Psychologies.com

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