22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 20:01

A visionner : ce saisissant coup de gueule de Bernard Stiegler, en ouverture du colloque "Les enfants face aux écrans" qui s'est tenu à la mairie du XIXe arrondissement, à l'initiative de Jacques Brodeur, de Edupax. Le philosophe a martelé : « Nous sommes en guerre [...] et, quand on est en guerre, il faut former des combattants. »

  

- LE MASSACRE DES INNOCENTS version 2.0 -

''Le massacre des innocents 2.0 : pharmacologie des écrans, analyse de
leurs pouvoirs à la fois toxiques et curatifs.''

 

L'exposition aux écrans, mi-poison mi-médicament, requiert des prescriptions thérapeutiques issues d'études approfondies et de larges débats publics. La démission des décideurs équivaut à abandonner les enfants et leurs parents aux seuls intérêts du marché. Cette complaisance pourrait-elle conduire au pire ?

Bernard Stiegler a intitulé son intervention : « Le massacre des innocents ». Durée : 30 min

 

La résistance s'organise : le billet de Jacques Brodeur

 

 

Parents, enseignant-es, psychologues, psychanalystes, pédopsychiatres, philosophes et citoyen-nes refusent a complaisance devant des industries qui utilisent les plus récentes découvertes scientifiques pour capter l’attention des enfants et en faire le commerce.

 

Les enfants face aux écrans : le point ! (1)

 

Le 30 avril dernier se tenait à Paris un colloque destiné à à étudier les conséquences de l’augmentation du temps passé devant les écrans, à définir en quoi consiste la maîtrise des écrans, à débattre des moyens de réduire le temps-écrans des enfants et des adolescents, à partager les acquis en cette matière et à imaginer les façons de les propager en France et en Europe. C’est l’école 40bis Manin qui était l’hôte du colloque, une école où les parents et le personnel avaient proposé la Semaine sans écrans, chaque année depuis 2009. Plus de 200 participant-es et une quinzaine de conférenciers et conférencières se sont donc penché-es sur ce qui est devenu un enjeu majeur de santé publique.

 

La conférence d’ouverture avait été confiée au philosophe Bernard Stiegler, fondateur d’Ars Industrialis (2) et co-auteur de Faut-il interdire les écrans aux enfants ? (3)

 

Il avait intitulé sa présentation « Le massacre des innocents ». Selon lui, les écrans auquels les jeunes consacrent la presque totalité de leur temps libre possèdent des pouvoirs à la fois toxiques et curatifs. L’exposition aux écrans, mi-poison mi-médicament, requiert donc obligatoirement des prescriptions thérapeutiques issues d’études approfondies et de larges débats publics. Pour le philosophe, la démission des décideurs équivaut à abandonner les enfants et leurs parents aux seuls intérêts du marché. Cette complaisance pourra, selon lui, conduire à des dommages de plus en plus catastrophiques, d’où l’urgence d’adopter des politiques de prévention audacieuses et collectives.

 

En France, les enfants passent plus de 3h/jour devant un écran. Que se passe-t-il dans un cerveau inexpérimenté exposé 1200 h/année à la télé, Internet, jeux vidéo, SMS, Facebook ? C’est pas mal plus que les 900 heures de fréquentation scolaire. Les parents ont bien raison de s’inquiéter. Les contenus violents utilisés pour les garder attachés à la télé ou aux jeux vidéo les désensibilise, des centaines d’études l’ont démontré. Plusieurs enfants deviennent dépendants. On sait pertinemment que les écrans freinent leur développement intellectuel et émotionnel et influencent leur négativement leur réussite scolaire. Les dessins animés regardés le matin avant de partir à l’école sont particulièrement nocifs. Le temps-écrans des jeunes pose désormais un problème de santé publique incontournable. Pour Bernard Stiegler, les écrans sont des amis peu recommandables pour nos enfants et requièrent une mobilisation massive de la société civile et des décideurs.

 

Conversations familiales : dépassées ?

 

Faut-il s’étonner que le temps consacré aux conversations familiales diminue ? Des chercheurs du Michigan ont évalué qu’il était passé de 1h12/semaine en 1981 à 34 minutes/semaine en 1997. La diminution du temps consacré par les parents à converser avec leurs enfants a fondu dans la plupart des régions du monde.

 

Et inévitablement, les dommages engendrés par la hausse du temps-écrans s’étendent : des milliers d’études ont démontré que ces dommages sont (hélas) réels, nombreux, variés et profonds. Force est de constater que lorsque les jeunes sont privés d’un entraînement à la maîtrise des écrans, ce sont les écrans qui deviennent leurs maîtres. Et les écrans, comme l’argent, sont de bien mauvais maîtres.

 

Rétrospective

 

Que s’est-il passé entre 1950 et 2010 ?

 

En revoyant l’histoire de la progression de l’emprise des écrans sur la vie des familles et de la jeunesse, on constate que, depuis l’arrivée de la télévision, l’attention des enfants a été captée par des chaînes de diffusion qui ont rivalisé entre elles pour augmenter leur auditoire-jeunesse, qu’elles ont appelé “leur part de marché”. C’est le volume de l’auditoire qui détermine le prix versé par les agences de marketing pour y avoir accès et annoncer les produits de leurs clientèles, notamment les producteurs d’aliments et de jouets. Les écrans qu’on avait accueilli dans nos foyers en croyant que nous étions leurs clients étaient, en fait, des outils au service des industries publicitaires pour inciter nos enfants à les regarder toujours plus souvent et plus longtemps. C’était donc pour augmenter le « temps de cerveau disponible » à vendre que les diffuseurs se sont arrogés le pouvoir de choisir les contenus qui vont divertir les enfants.

 

Le pouvoir de séduction : financement en hausse

 

Cette augmentation est le fruit d’investissements publicitaires accrus pour cibler les enfants. Aux États-Unis, ils sont passés de 100 millions$ en 1980 à 17 milliards$ en 2007. Une hausse énorme quand on la compare aux coupures en éducation. Puisque le nombre d’enfants attirés devant l’écran détermine le flux de revenus publicitaires des diffuseurs, le trio des diffuseurs-producteur-publicitaires a recours aux plus récentes découvertes en psychologie et en neurologie pour capter l’attention des enfants, à un âge de plus en plus précoce. La chaise Fisher-Price (4) donne une idée de l’appétit commercial pour capter l’attention du bébé naissant.

 

La question qui se pose aujourd’hui à la société et aux parents se précise : l’appétit des industries médiatiques et publicitaires mérite-t-il préséance sur la protection des jeunes contre les matériels qui nuisent à leur bien-être, tel que stipulé dans la Convention internationale des droits de l’enfant ? (5)

 

Devant l’impuissance des décideurs publics, des chercheurs ont eu l’idée d’expérimenter les effets de la réduction du temps-écrans.

 

La réduction du temps-écrans

 

En 2010, le Gouvernement des États-Unis mettait sur pied un comité interministériel avec le mandat de neutraliser la progression de la pandémie d’obésité en moins d’une génération. La Première Dame acceptait d’y jouer un rôle de premier plan en devant porte-parole de « Lets Move » (6), un programme consacrant un volet important à la réduction du temps-écrans.

 

En août 2013, le Japon annonçait la mise sur pied de camps de désintoxication numériques pour adolescents : on estimait le nombre de jeunes atteints à un demi-million (7). La Chine et la Corée du Sud annoncaient qu’ils allaient faire de même.

 

Quelques jours plus tard, l’Université Harvard ouvrait dans un centre hopitalier de Pennsylvanie des cures de désintoxication moyennant 14 000$ pour une thérapie de dix jours (8).

 

Pour une portion croissante de nos concitoyens et concitoyennes, les nouvelles technologies sont faussement libératrices. C’est parce que le pouvoir de séduction des écrans conduit autant de personnes à se déconnecter de la réalité que les décideurs publics se voient dans l’obligation d’imaginer des mesures pour atténuer les impacts de cette déconnexion sur la santé.

 

Les dommages sont particulièrement dramatiques chez les enfants et les adolescents qui finissent par se percevoir plus comme des consommateurs et moins comme des citoyens, perception qui entraînera des conséquences négatives sur le déficit démocratique.

 

Réduire le temps-écrans des jeunes : possible ou illusoire ?

 

Lorsqu’on propose de réduire le temps-écrans des enfants, la plupart des parents jugent l’objectif louable mais irréaliste. Leur intérêt renaît lorsqu’ils apprennent qu’au cours des 12 dernières années, on a mis au point des modes de reconnexion des enfants avec la réalité qui produisent des résultats formidables. Après une décennie d’ajustements, la déconnexion des écrans peut maintenant atteindre des taux de participation qui dépassent 95%. Au moment d’écrire ces lignes, plus de 191 établissements éducatifs ont proposé aux élèves le Défi sans écrans. On verra dans un article à venir comment la réduction du temps-écrans est devenue possible et quels bienfaits elle a produits.

 

Notes

1. Colloque « Les enfants face aux écrans : le point ! », Paris, 30 avril 2014.
2. Ars Industrialis.
3. « Faut-il interdire les écrans aux enfants ? »
4. Fisher-Price, La chaise App-tivity avec écran.
5. Convention relative aux Droits de l’enfant.
6. « Lets Move ».
7. Camps de désintoxication numérique pour adolescents japonais.
8.
Pennsylvanie, cures de désintoxication.

 

Jacques Brodeur, consultant en prévention de la violence

Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=4776

 

Les Enfants face aux Ecrans - 03 - Témoignages d'élèves du collège Georges Rouault

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 12:15

Le Petit Prince est sans aucun doute un des plus beaux plaidoyers jamais écrits contre le nihilisme et pour le réenchantement de la vie. C'est un chef-d'œuvre, une consolation, un puits dans le désert du monde, une promesse ... " A partager avec nos enfants, pour leur redonner foi en l'imagination et en un avenir meilleur ".

 

 

petit prince

 

 

"C'est d'abord un rire, cristallin, et une chevelure blonde comme les blés mûrs. Un regard ouvert sur l'invisible".C'est comme une présence épiphanique, un personnage de conte plus réel dans notre imaginaire que les êtres de chair. Il ne grandit jamais et pour toujours, il est à l'abri des ravages du temps. Il habite nos rêves avec son écharpe au vent, sa rose unique au monde, sa minuscule planète, son mouton et ses volcans. Il est l'éternelle jeunesse, la plus belle part de nous-mêmes, la part d'enfance et d'innocence, de pureté, de sincérité, de profondeur aussi. Cette part que parfois, dans le tumulte des jours, le mirage des illusions et la difficulté d'être, nous oublions et auquel Le Petit Prince nous rappelle. C'est pour cela qu'il faut lire et relire ce conte pour enfant, qui est en vérité un récit initiatique et une méditation poétique sur le sens de la vie ...

 

 

" Ils ont tué notre enfance, mais la magie a survécu "

 

 

  

 

... Mélange de tristesse et de joie, d'humour et de gravité, de simplicité et de profondeur, il reflète aussi bien nos rêves d'enfant que nos aspirations d'adulte, pour peu que l'on se donne la peine et le temps de les considérer, et de contempler en nous le petit prince qui sommeille. Comme l'âme, le petit prince et le narrateur sont « tombés du ciel » sur une « Terre de granit », sèche et désertique. Comme l'âme, ils recherchent l'eau et l'amour pour étancher leur soif et apaiser leur cœur. Comme l'âme, ils comprennent qu'en toute beauté, il y a le rayonnement invisible d'une vérité que seul le cœur peut voir, car « on ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux ». Ce que nous croyons être le vide est toujours habité d'une promesse inouïe : ce qui fait rayonner le désert, c'est un puits quelque part où coule l'eau de la vie ; ce qui fait scintiller les étoiles, c'est une rose qui vous attend sur l'une d'elle ou un petit prince qui vous fait signe. Ce qui est bon, quand on retrouve Le Petit Prince, c'est qu'à chaque page, on est touché par la grâce de sa présence et de son regard sur le monde, à la fois acéré et doux. Le récit de ses rencontres remet les choses à distance et met en garde contre la rage de posséder et de dominer, de gagner du temps à tout prix, contre l'aveuglement qui nous fait passer à côté de l'essentiel ...

    

 

 

 

... On rit du gros businessman rouge, du vaniteux, du roi sans royaume, on s'y reconnaît aussi un peu, si on est sincère. On se prend à rêver d'apprivoiser ceux que l'on aime, et plus encore de se laisser apprivoiser puisqu'« on ne connaît que les choses que l'on apprivoise » et qu'« on est responsable pour toujours de ce qu'on a apprivoisé ». Le petit prince nous apprend à aimer malgré les complications de l'amour, à contempler malgré la difficulté de voir, à marcher tout doucement vers une fontaine, à transcender aussi le chagrin des départs. Il est vrai qu'il a « l'air de mourir » et pourtant ne meurt pas, son corps tombe sur le sable mais disparaît dans les étoiles. Il est notre part d'éternité. Après sa disparition entre deux dunes, bien après avoir refermé le livre, il reste dans le cœur une trace indélébile de son passage, comme une lumière ou une grâce dont les effets ne cessent de croître.

 

 
Leili Anvar
Docteure en littérature, normalienne et maître de conférence aux Langues O', elle est l'auteure de Rûmî (Entrelacs, 2004).

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 15:32

Que l'on soit enfant unique ou issu d'une famille nombreuse, que l'on n'ait que des sœurs ou que des frères, que l'on soit adopté, jumeau, triplé... chacun a une place unique dans sa fratrie qui influe sur la vie tout entière. A travers cette ébauche de comportements infanto-juvéniles, les auteurs nous expliquent les angoisses et difficultés des jeunes générations en fonction du rang qu'ils occupent !

 

L’aînée 

 

L’aînée ouvre le bal, c’est la concrétisation d’un amour et le commencement d’une vie de famille. Parents, nous sommes et inexpérimentés. On se donne corps et âme pour être à la hauteur. Ce premier enfant va focaliser toute notre attention, pas de faux pas, il faut être des parent digne de ce nom et le chouchouter… et surtout ne pas reproduire les erreurs de la lignée.

 

Beaucoup d'attentes pèsent sur le premier né de nos chérubins ! En retour, il ou elle a tout intérêt à être le fils ou fille parfait(e)….Et inconsciemment, on projette tout nos rêves et nos espoirs sur cet enfant idéalisé... qui risque par incidence de perdre sa spontanéité.

 

Du côté de l’aînée, s’opère alors un étonnant mimétisme, il s’imprègne des caractéristiques d’un univers perfectionniste et ambitieux orchestré par ses parents. L’enfant est généralement appliqué et sérieux pour les séduire.

 

Avec la fratrie, c’est le chef de bande, celui à qui les parents font confiance et demandent de l’aide pour surveiller les plus petits. Il acquiert ainsi l’autorité, les responsabilités et la détermination liés à son rang.

 

 S’il est sur-impliqué très tôt, l’aînée peut devenir un adulte inquiet qui par peur de décevoir, adoptera une nature assez conventionnelle et anxieuse.  « Les aînés n’aiment être exposés aux regards des autres que s’ils sont la vedette. S’ils risquent de commettre une erreur susceptible de ternir leur image de perfection, ils préfèrent s’abstenir »,Michael Grose spécialiste de l’éducation et auteur du livre Pourquoi les aînés veulent diriger le monde et les benjamins le changer (Marabout-Hachette)

 

Le cadet

 

Le cadet est l’enfant qui viendra cimenter votre nouveau rôle de parent. C’est l’enfant qui vous mettra à l’épreuve car pour lui, il est difficile de passer après l’aînée et de trouver sa place. On dit du deuxième qu’il est imprévisible, contestataire, paradoxal mais sociable, partageur et indépendant.  

 

Le cadet fait tout pour attirer l’attention de ses parents quitte à cumuler les bêtises.

 « il est l’esprit libre de la famille ou le plus susceptible d’énerver ses frères et sœurs. Quand trois enfants regardent  tranquillement la télévision, si vous entendez soudainement crier, vous pouvez parier que c’est le cadet qui est venu troubler la paix ! » Affirme Michael Grose.

 

Plus l’écart d’âge est réduit entre l’aînée et le cadet (-2 ans), plus ils entretiendront une relation paradoxale basée sur l’alternance de moments forts en rivalité comme en complicité. Face à l’autorité de l’aînée qu’il jugera injuste, il aura aussi tendance à se venger sur les plus petits.  

 

Oui difficile de trouver sa place mais cela lui permettra d’acquérir assez tôt des capacités d’adaptation plus grande que l’ainée.  De plus, pour séduire l’aînée qu’il ne pourra pas corrompre, il apprendra à user de diplomatie pour arriver à ses fins !

 

 

  

L’enfant du milieu 

 

Appelée aussi l’enfant sandwich, c’est celui à qui on alloue moins de temps, l'enfant qui grandit vite sans qu'on s’en aperçoive.  

« il ne peut pas toujours compter sur son aîné ou demander de l’aide à ses parents, davantage disponibles pour le dernier. Il se tourne donc vers ses camarades », constate Michael Grose spécialiste de l’éducation

 

Ainsi, tout naturellement, l’enfant devient plus indépendant, il apprend très tôt à demander peu d’aider, à se débrouiller seul tout en étant sociable.

 

Cette aptitude d’adaptation qu’il a acquit va faire de lui un être sociable. Plus l’enfant se sentira lésé par rapport un aîné plus privilègié et un dernier plus gâté, plus une fois adulte, il sera dominé par un esprit de conciliation et de justice. 

 

Attention, il peut aussi montrer une extrême réserve pour ne pas subir les conflits et sécuriser sa tranquillité qui lui est chère.  

 

 Le benjamin  

 

Celui-ci est votre tout dernier, celui que l’on souhaite garder le plus longtemps possible à ses côtés. Le plus veinard parmi tous ! Puisque nos exigences s'émoussent et qu’on relâche la pression.

 

Ainsi nous sommes plus tolérants avec lui et à la fois moins sensible à ses exploits. Oui pas facile de passer derrière les dessins et les notes de ses frères et soeurs. De ce fait, le benjamin ne recueillera pas toute la reconnaissance qu’il aurait méritée.

 

Comme lui vit- il ce statut du dernier de la famille ? D’une part, le benjamin trouve son compte dans cette situation.  Un peu fainéant, passer pour le bébé, lui convient puisqu'il échappe aux responsabilités et aux prises des décisions. Il saura aussi en tirer profit pour arriver à ses fins. Un brin charmeur et manipulateur, il suffit pour lui de jouer la carte de la vulnérabilité pour que l’on se rue à son secours. 

 

Toutefois, l’enfant trop protégé aura du mal à se prendre en main par peur d’être jugé et notamment par la fratrie.

 

Adulte, il peinera être pris au sérieux sans passer par des moments de désaccord violent pour proclamer son statut d’adulte et sa capacité de décision.

 

Même si le benjamin est « Destiné à rester petit, c’est au petit dernier de prouver le contraire. Ce qui est souvent un moteur pour sa vie » constate Françoise Peille Psychologue clinicienne.

 

Frères et soeurs : Chacun cherche sa place - Psychologie et Psychanalyse - Hachette.

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 12:22

Utiliser les punitions corporelles pour faire obéir un enfant, c’est imaginer qu’il “ comprendra ” et que la perspective d’une nouvelle punition l’amènera à ne pas répéter le comportement qu’on a voulu réprimer. On pense que n’entrent en jeu que le désagrément de la punition, l’intelligence de l’enfant et sa volonté, ce qui va lui faire éviter de subir de nouveau ce désagrément... Mais l’enfant n’est pas seulement un corps sensible aux punitions, une intelligence et une volonté. Quand on frappe un enfant, on interfère avec les comportements innés que nous avons en commun avec les primates.

   

 

 

Le comportement d’imitation

  
Ce comportement apparaît chez l’enfant dès les premières heures de sa vie et il est évidemment un des premiers concernés. Grâce aux recherches effectuées en 1992 par le professeur Giacomo Rizzolati, de l’Université de Parme, on sait que notre cerveau comporte des neurones nommés, en raison du rôle qu’ils jouent, “ neurones-miroirs ”. Lorsque nous observons un comportement quelconque, ils s’activent comme si nous adoptions, en agissant, le même comportement. L’observation d’une attitude, d’un geste, prépare la voie, dans le cerveau, à son imitation. Autrement dit, le cerveau de l’enfant qui voit son père ou sa mère le frapper, s’active exactement comme si, lui-même, frappait. Frapper un enfant, c’est d’abord lui apprendre à frapper. C’est ouvrir dans son cerveau les chemins de la violence. Et il faut noter que la violence éducative est une violence de haut en bas, du fort sur le faible. Autrement dit, elle n’apprend même pas à l’enfant à se défendre, elle lui apprend à agresser les êtres les plus faibles. On sait aussi, d’après une série d’expériences rapportées dans le livre du psychologue Albert Bandura, " Agression, analyse d’un apprentissage social ", que pour qu’un comportement violent soit effectivement transmis, trois conditions sont nécessaires. D’abord, que les enfants admirent et aiment leurs modèles. Que les modèles réussissent à modifier le comportement de l’enfant. Et enfin, qu’ils les aient amenés à croire que les punitions violentes étaient méritées. Ces trois conditions sont le plus souvent remplies dans la relation parents-enfants. En frappant un enfant, on ne lui communique pas la civilisation mais son contraire : la violence.

  

 

 

Les comportements de sauvegarde

  
Ce sont ceux qui poussent un animal à s’immobiliser, à fuir ou à se défendre quand un danger se manifeste. Une expérience présentée par Henri Laborit, dans le film " Mon oncle d’Amérique ", est très éclairante sur ce sujet. Un rat, placé dans une cage double et soumis à des chocs électriques légers à travers le plancher de la cage, se porte parfaitement s’il a la possibilité, à chaque choc, de fuir dans l’autre partie de la cage d’où, quand il reçoit un nouveau choc, il peut repasser dans la première. Sa tension reste égale et, si on le dissèque, on ne découvre aucune lésion dans ses organes. Même chose si l’on met deux rats dans la cage et que, attribuant les chocs électriques à la présence de l’autre rat, ils peuvent se battre. L’expérience peut durer longtemps sans conséquences néfastes pour les rats. Mais si on place un seul rat dans une cage d’où il ne peut pas fuir, le rat se recroqueville sur lui-même, sa tension monte et, quand on le dissèque, on découvre des lésions dans son système digestif. Les hormones du stress, normalement destinées à provoquer chez l’animal la fuite ou la défense, ont attaqué son organisme parce qu’elles ne pouvaient pas jouer leur rôle normal. On sait aujourd’hui que les hormones du stress attaquent même les neurones. Or, quelle est la situation de l’enfant frappé par ses parents ? C’est celle du troisième rat qui ne peut ni fuir ni se défendre. Le stress déclenché par les coups et la peur des coups attaque son organisme et peut provoquer dans son cerveau les micro-lésions dont parlait Damasio.

  

 

Les comportements d’attachement

      
Identifiés et analysés par le psychanalyste anglais Bowlby dans les années 50, les comportements d’attachement sont aussi affectés par la violence parentale. Il peut s’agir là d’une véritable perversion qui lie, dans le psychisme de l’enfant, l’amour et la violence. De nombreux visiteurs de sites sadomasochistes sur Internet témoignent qu’ils doivent aux fessées de leur enfance leur difficulté à accéder à l’orgasme sans être frappés. La violence conjugale aussi a bien souvent pour source la violence parentale. Et il y a fort à parier qu’une bonne part des violences exercées par les garçons sur les filles prend sa source dans la violence éducative.

   

 

 

Les comportements de soumission

   
Ils sont en fait un prolongement des comportements d’attachement. Leur besoin de lien social est si fort que les jeunes singes se soumettent au mâle dominant malgré les frustrations qu’ils en subissent. En contraignant l’enfant à l’obéissance, la violence éducative peut le porter à la provocation mais, le plus souvent, elle renforce cette tendance innée à la soumission. Les expériences de Stanley Milgram ont montré que les deux tiers des hommes sont capables de torturer à mort un de leurs semblables par simple soumission à une autorité qu’ils reconnaissent. Et contrairement à ce que l’on croit, la violence éducative apprend moins l’obéissance à la loi qu’à dire qu’elle pousse aussi bien ceux qui y ont été soumis à obéir à un petit caïd de quartier qu’à un Hitler, un Saddam Hussein ou Kim-Jong-II, avec tous les degrés de violence collective que cela peut entraîner. Ainsi, loin d’avoir un effet périphérique et superficiel, les coups donnés à l’enfant par ses parents l’atteignent jusque dans les zones les plus centrales et archaïques de son cerveau. Nous croyons le frapper sur les fesses, la figure, les mains ou le dos, alors qu’en fait c’est un peu comme si nous déclenchions le mécanisme d’une arme à tête chercheuse qui, à notre insu et contre notre volonté, va frapper l’enfant droit au cerveau.

 

  
Olivier Maurel* pour http://www.psychanalysemagazine.com/

*Pour en savoir plus, lire :

" La Fessée, questions sur la violence éducative ",
La Plage Éditeur.

Published by Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - dans Dossier Pédagogie-éducation
8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 21:25

Dans cette conférence à l'Université de Nantes, Edwy Plenel fait référence à de nombreuses figures historiques de la pensée critique, de la philosophie et du journalisme. Elles définissent un corpus intellectuel qui permet de penser le rôle de la presse vis-à-vis de la liberté des citoyens, face aux tentatives et aux risques de confiscation de la démocratie.

 

 

Edwy Plenel est un journaliste politique français. Il est directeur de la rédaction du quotidien Le Monde de 1996 jusqu'à sa démission en novembre 2004. En désaccord avec les orientations prises par le journal et le groupe dirigés à l'époque par Jean-Marie Colombani et Alain Minc, il est licencié le 31 octobre 2005 après avoir travaillé vingt-cinq ans dans la rédaction du quotidien. Il a depuis co-fondé le site Mediapart, journal payant accessible sur Internet, qui a ouvert le 16 mars 2008.

 

Tournage/Montage : Thibault Grasset

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Pédagogie-éducation
26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 14:41

actupls 17 01 examen

Souffrance, stress, désengagement, crise des vocations... 
À quoi est due cette crise de motivation 
que l’on observe chez beaucoup d’enseignants  ?

 


« Ce qui me motive, confie Laurence, professeure en collège, c’est le contact avec les jeunes, et le sentiment, quand un cours a bien marché, de voir des petites lumières qui s’allument dans leurs yeux, de leur avoir transmis des connaissances, des valeurs, et de les sentir progresser. Ce qui me démotive, c’est d’avoir à en abandonner certains au bord de la route, parce qu’il faut faire un programme… et leur imposer souvent d’aborder des questions qu’ils ne se posent pas. Ce décalage induit une démotivation chez les élèves, une sorte de résignation à faire un “métier d’élève” qui ne les intéresse pas. »


 

Les enseignants sont en souffrance : c’est ce que montrent nombre d’études, de sondages, de témoignages de jeunes profs, qui décident de jeter l’éponge et de se réorienter. Scandalisés par ce que certains voient comme une déliquescence de l’école et de la société tout entière, leur déchirement est d’autant plus grand que beaucoup témoignent d’un profond attachement à la noble tâche de transmettre des savoirs, chèrement acquis durant leurs études, dont ils se sentent empêchés.


 

Depuis quelques années, sociologues et psychologues de l’éducation analysent cette question. Qu’est-ce qui crée ce sentiment de malaise et de démotivation chez les enseignants ? 


  

Entre emprise et déprise


 

Pour Françoise Lantheaume et Christophe Hélou, l’école et ses professionnels seraient aujourd’hui confrontés à « une période de redéfinition des repères et d’adaptation à des univers sociaux en perpétuel changement ». Dans leur enquête, ces deux sociologues décrivent trois postures du métier : la prise, l’emprise et la déprise. En situation de prise, le plaisir de faire un métier que l’on aime domine : un cours bien réussi par exemple, « qui a marché », donne une sensation jubilatoire de maîtrise de la situation. Mais la multiplicité et l’enchevêtrement des tâches, la difficulté à toutes les gérer de manière satisfaisante, peuvent engendrer l’emprise, sentiment d’être submergé par les sollicitations et la diversité des registres d’action, et où l’enseignant se sent débordé. C’est alors un mécanisme de déprise qui s’enclenche, se traduisant par un désengagement, le désir « d’aller voir ailleurs » résultant d’un sentiment d’impuissance, produisant doute, incertitude, tout en diminuant la satisfaction au travail. 


 

Une accumulation 
de missions


 

Le nouveau management qui s’est introduit dans l’Éducation nationale – à l’instar de toutes les organisations – demande à chacun une démarche d’analyse et d’évaluations diverses et variées (niveaux CM2-sixième, résultats au brevet et au bac…), ainsi que la réalisation de projets d’école et d’établissements. À la gestion de la classe au quotidien, aux corrections et à la préparation des cours, au suivi individualisé des élèves viennent s’ajouter les livrets d’évaluations annuels destinés à l’administration, la tenue de réunions diverses et variées avec les collègues et les autres personnels de l’éducation (santé, orientation, etc.)


 

Il leur faut aussi répondre aux demandes de plus en plus exigeantes de familles elles aussi stressées et inquiètes du destin scolaire de leur progéniture et souvent suspicieuses vis-à-vis de l’école. Loin de l’attitude réservée qui était la règle lorsque l’école était considérée comme un sanctuaire quasiment impénétrable, les parents exigent aujourd’hui des comptes, demandent des explications sur les devoirs ou le suivi des programmes…


 

En définitive, les enseignants doivent faire face à de nouvelles exigences de polyvalence, de polycompétence, de participation aux équipes pédagogiques et au travail collectif, et de satisfaction de leurs usagers que sont les élèves en manifestant une réflexivité qui leur permette de s’adapter à des demandes sans cesse nouvelles. 


 

Une autorité contestée


 

Depuis une trentaine d’années, les évolutions de la société ont contraint les enseignants à transformer leurs pratiques. Les élèves ont changé et ont acquis un droit d’expression parfois difficile à gérer : les profs doivent faire face à ces petites incivilités ou plus grandes violences qui sont entrées dans les murs de l’école, éduquer à la citoyenneté, à la démocratie, au respect d’autrui. Des élèves qui s’interpellent à haute voix, d’autres qui se cachent à peine pour jouer avec leur portable en classe, d’autres encore qui viennent accaparer l’attention du prof pour protester sur une note estimée injuste…


 

Il leur faut prendre en compte aussi la variété des publics, la diversité des cultures, la connaissance des religions et des modes de socialisation familiale. Sans compter que, dans une société où l’échec scolaire est considéré comme une grave injustice, ils se doivent d’obtenir de meilleurs résultats avec des élèves dont le niveau, les capacités et les goûts sont de plus en plus hétérogènes. La remise en cause de l’autorité est surtout sensible dans les collèges, qui accueillent des élèves en pleine adolescence, moment où la motivation scolaire est la plus faible, selon les psychologues. Mais elle atteint de plein fouet de jeunes enseignants, nommés pour leur premier poste dans les établissements « difficiles », souvent sans aucune préparation à ces difficultés.


  

Une profession 
dévalorisée


 

Dans un sondage du CSA datant de 2008, 93 % des enseignants – davantage dans le secondaire que dans le primaire – jugeaient leur profession dévalorisée et près de la moitié désirait changer de métier (tout en restant au sein de la fonction publique). Aujourd’hui, les candidats à la profession sont devenus moins nombreux que le nombre de postes offerts.


 

En somme, le « malaise au travail », observé aujourd’hui dans de nombreuses professions, fait de déprises et de déprimes, de burnout, d’épuisement physique et moral, n’épargne pas les enseignants, et prend pour eux des caractéristiques bien spécifiques. 


 

Le paradoxe est que la pénibilité du métier semble niée par la société, qui considère souvent que les profs ont des conditions de travail privilégiées (vacances, horaires), alors qu’une méconnaissance de la réalité quotidienne des classes rend difficile la reconnaissance de la complexité de leurs tâches. C’est ce que constatent Laurence Janot-Bergugnat et Nicole Rascle, estimant que les enseignants sont pris dans une injonction contradictoire : « On dévalorise leur rôle en même temps qu’on leur en demande toujours plus. » Ce manque de reconnaissance est source de culpabilité chez les enseignants. Se sentant peu soutenus par la société, soupçonnés d’être responsables des problèmes de l’école, ils doivent en outre aujourd’hui affronter une pluralité d’exigences, venues des changements sociaux et des transformations de l’institution.

   

Source: www.SciencesHumaines.com

Published by Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - dans Dossier Pédagogie-éducation
16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 11:25

Entretien avec Philippe Meirieu [en français] réalisé par Alejandra Birgin à Lyon, édité par le Département de la technologie de l'éducation à la Faculté de Philosophie et des Sciences Humaines, Université nationale de Córdoba.

 

 

 

 

" Philippe Meirieu explique avec brio l'évolution de la pédagogie depuis l'école de Jules Ferry, sa filiation avec la philosophie... les difficultés que celle-ci rencontra lorsqu'elle affronta les divers courants républicains Anglo-Saxons, où elle fut accusée à tort, tout comme la psychanalyse, de favoriser l'émergence de générations d'enfants-rois ! Ces fausses croyances, encore véhiculées aujourd'hui par des polémistes comme le psychologue Didier Pleux, sapent le rôle réel de la pédagogie et l'impact positif qu'elle pourrait avoir sur l'ensemble d'une population sensibilisée... Philippe Meirieu entend ici donner un éclairage critique à ces combats idéologiques, donner un sens nouveau à des notions comme " la normalité " ou " l'autorité ", et analyser avec rigueur le rôle et la formation des enseignants au 21ème siècle. "

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Pédagogie-éducation
1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 11:41

"Etre et devenir" propose, pour la première fois sur grand écran, des récits d’expériences et des rencontres qui explorent le choix de ne pas scolariser ses enfants, de leur faire confiance et de les laisser apprendre librement ce qui les passionne. Innnovation ou folie éducative ? Ce film ouvre un nouveau débat suite au rapport accablant de l'enquête PISA.

 

 

Les pédagogies alternatives ou les écoles nouvelles – et les autres pédagogies ou écoles « différentes » – ne restent, comme leur nom l’indique bien, que d’autres pédagogies et d’autres écoles. Certes, il est, de loin et bien entendu, plus agréable d’être dans une prison (ou une école) spacieuse, bien éclairée, aux jolies couleurs… que d’être confiné dans une prison (ou une école) étroite, sombre et qui sent mauvais. La relation éducateur-éduqué ou formateur-formé ou parent-enfant… est fondatrice et structurelle de toute relation éducative, enseignante, formative… – fût-elle « différente » ou « alternative ».

 

Pourtant le schéma éducateur-éduqué, asymétrique et hiérarchique – du type administrateur-administré, colonisateur-colonisé ou dompteur-dompté… –, entre l’un qui conduit et l’autre qui est conduit, génère des biais, le plus souvent non conscients pour ceux qui donnent l’éducation comme de ceux qui la reçoivent. Ainsi, dans cette relation, parce que je suis comparé, sans arrêt, à ce que je devrais savoir, penser, faire ou être – et que tout se fonde et se joue sur la mesure de mon écart avec cet idéal qui recule au fur et à mesure que j’avance vers lui – j’apprends subrepticement qu’il me manque quelque chose pour être parfait, pour être accepté et aimé... J’apprends aussi, du même coup, la peur : celle de mal faire, d’être puni, de décevoir, de ne pas être aimé, de ne pas être comme les autres … J’apprends également la soumission, vis-à-vis de « celui qui sait », me juge ou m’évalue, me dit si je fais bien, si je suis bon, et sans qui je ne saurais apprendre…

 


À travers ce schéma, j’apprends encore, par exemple : le temps contraint, l’espace et le corps contraints, l’exercice intellectuel contraint, l’obéissance à l’« autorité », l’exécution fidèle de consignes, la reproduction-imitation, la conformation/conformité, les idéologies (progrès, morale, démocratie…), la récompense et la punition, la séparation (fragmentation des savoirs et des êtres), la suprématie du mental et de l’abstraction, les limites-frontières, l’inégalité (entre pairs, avec les adultes…), la compétition, l’externalité de la motivation et du contrôle, etc.

 

La question fondamentale n’est donc pas tant de changer-améliorer les modalités d’une même structure, mais plutôt de chercher si je peux sortir de cette structure et en éviter ainsi les méfaits induits, cachés et le plus souvent non désirés. Je suis né dans ce schéma, je l’ai toujours connu, je ne sais pas imaginer qu’il puisse exister autre chose. Tout ce que je sais alors, c’est l’embellir, le perfectionner. Oserai-je me poser, au moins, la question du pourquoi un tel schéma ? Le concept d’enfance et celui d’éducation (tels que nous nous les représentons aujourd’hui) n’ont que trois cents ans, à peine, dans notre culture. Comment faisait-on avant, sans une telle « éducation » ? Comment font les peuples qui, de nos jours, n’ont pas ces concepts dans leur culture ? À qui profitent ces concepts ? Comment font ceux qui, dans notre société actuelle se passent d’école, voire d’éducation ?

 

C’est autour d’un tel questionnement que « tourne » le film-enquête de Clara Bella : Être et devenir, etreetdevenir.com. C’est aussi le cœur d’un cercle de réflexion : CREA-Apprendre la vie, education-authentique.org

 

Cliquez sur le lien suivant :

 

 

Par  pour le nouvelobs.com

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 09:49

Cette conférence de Bernard Stiegler s'inscrit dans le colloque « Formes d'éducation et processus d'émancipation ». Dans une période de forte interrogation sociale sur les caractéristiques de la démocratie et d’importants remaniements des relations contractuelles entre acteurs, en particulier dans l’organisation du travail, le colloque propose de réétudier les principes du « contrat éducatif » qui fonde nos sociétés.

 

 

Le colloque international « Formes d'éducation et processus d'émancipation » confronte les analyses de chercheurs en Sciences humaines et sociales (SHS) pour chercher à savoir dans quelle mesure les principes de l'éducation, ses formes et ses incidences correspondent aux structures et fondements normatifs des sociétés à visée démocratique permettant ainsi leur actualisation. Ce colloque comporte cinq conférences plénières et leur discussion, animées chacune par un modérateur. Une invitée d'honneur, chercheur à l’ISHS de Tunis, a apporté son témoignage et son regard sur cette thématique, en relation avec l’actualité de son pays. Un ouvrage reprenant ces discussions est en cours de rédaction pour une publication aux PUR. Une quarantaine de symposiums, dont les textes sont disponibles sur le site du CREAD, ont permis un travail scientifique dont certains vont également déboucher sur des publications dans des revues thématiques du champ.

Le site du colloque

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 15:45

La démission généralisée des parents : manque d'autorité parentale et laxisme des parents dans l'éducation de leurs enfants ! Voici quelques-uns des meilleurs articles de presse à lire, méditer ou critiquer, concernant les raisons de l'échec de la transmission des savoirs-vivre à l'actuelle génération en cours de développement.

 

 

L'aveu du laxisme... confusion et laisser-aller

 

75% des parents avouent être trop laxistes

 

Le Figaro - 3 octobre 2011 - Delphine de Mallevoüe
Les parents reconnaissent être trop stressés et souvent désemparés par rapport aux réactions de leur progéniture.
Constat d'échec ou examen de conscience, 75% des parents se jugent eux-mêmes trop peu autoritaires avec leurs enfants. C'est ce que révèle une enquête Ipsos [...]. Articulée sur une approche croisée «parents» et «non parents», cette étude peu optimiste montre une nette tendance à la dévalorisation et la culpabilisation: 46% ont une mauvaise image d'eux-mêmes.
Ils avouent se trouver trop stressés, pour 70% d'entre eux, complètement désemparés par rapport à certaines réactions de leur progéniture (58%) et ont le sentiment de passer à côté de l'enfance/adolescence de leur enfant. Enfin, 75% estiment qu'il est plus difficile d'élever un enfant aujourd'hui qu'autrefois.
Des chiffres étonnants qui, à tous les étages, font apparaître des parents véritablement aux abois. A en croire l'étude, la perception générale des Français sur l'éducation n'est pas meilleure. Le manque d'autorité arrive en première place du podium des critiques (71%). Une large majorité juge aussi que les parents entretiennent une relation trop «axée copain» (66%), qu'ils sont trop tolérants (61%) et donc pas assez sévères (81%).
Paradoxalement, si la discipline n'est pas leur fort, 70% des parents estiment avoir eu parfois des réactions trop dures par rapport à ce qu'exigeait la situation. «Ces réactions inadéquates ne font que montrer le désarroi des parents qui, au terme d'une carence installée ou d'un laisser-aller, réagissent à l'excès par l'excès, seulement quand il survient», analyse Christine Perrault, psychologue spécialiste des relations familiales. Pour autant, 81% des parents interrogés s'opposent à l'interdiction de la fessée.
Bertrand et Marie, parents d'adolescents, le confessent: «Lutter chaque soir après notre journée de boulot pour interdire à l'un et calmer l'autre, il faut avouer qu'on n'a pas toujours le courage, disent-ils. Et comme d'un point de vue pédagogique on veut éviter les punitions, l'équilibre n'est pas facile à trouver».
Dépassés par cette tâche complexe, les parents auraient ainsi tendance à s'en remettre aux institutions pour les suppléer. Vieux réflexe pointé du doigt par les profs «qui ne sont pas là pour faire le travail des parents mais apprendre le leur aux enfants», peste Nathalie, professeur de Français dans un collège lillois. Pour elle, «il est grand temps de laisser l'instruction au corps enseignant et de restituer l'éducation aux familles».
[...] «Les pouvoirs publics pourront prendre toutes les mesures qu'on veut, rien n'y fera si les parents ne revisitent pas leur relation avec leurs enfants, en reprenant leur rôle et en restaurant leur autorité, souligne Christine Perrault. La frustration n'est pas un sévice mais un apprentissage à respecter les règles. Dire non à un enfant, décider à sa place sans son avis, ce n'est pas risquer son désamour, comme le craignent tant de parents, c'est au contraire l'aider à apprendre à vivre dans un monde normé, avec ses contraintes sociales».

 

Quelles causes à cette crise de l'autorité parentale ? Qui est responsable ? A qui la faute ?

 

Avez-vous suffisamment d'autorité sur vos enfants ?

 

L'Express - 23 août 2011 - Angelina Guiboud
Dans un sondage publié ce lundi dans le mensuel, Psychologies Magazine, 81% des Français estiment que leurs compatriotes manquent d'autorité mais 83% des parents affirment ne pas avoir de difficultés. Déni ou réalité?
[...] Un déni face au manque d'autorité? Enfants rois ou simplement sages? Psyschologies évoque un déni face au problème d'autorité. Une absence de conscience qui se justifierait par une méconnaissance "de l'importance des transgressions des enfants petits". Les parents ne penseraient donc pas manquer d'autorité s'ils leur cèdent.
Selon la psychanalyste et rédactrice en chef Claude Halmos, la difficulté des parents à dire non à leurs enfants est liée à "la confusion trop fréquente entre autorité et autoritarisme, et la méconnaissance du rôle du père."

 

L'autorité plébiscitée

 

L'Express - 11 juin 1998 - par L'Express
Jamais les enfants n'ont été si désirés, programmés, choyés, investis, comblés de droits et promus consommateurs n°1. Et pourtant, jamais ils n'ont autant inquiété, déconcerté, troublé et humilié le monde des adultes, qui ne peut que constater collectivement ses échecs. Enquête après enquête, les chiffres tombent comme des grenades dégoupillées au milieu d'un sitcom: le nombre de délits commis par des mineurs a augmenté de 41% en quatre ans et doublé depuis vingt-cinq ans. A 11 ans, 15% des enfants boivent de l'alcool au moins une fois par semaine. Entre 10 et 20 ans, 12% des jeunes «oublient» régulièrement d'aller au collège ou au lycée, 17% prennent des médicaments contre la nervosité ou l'insomnie, 11% se réfugient dans un mutisme absolu face aux adultes [chiffres datant de 1998, qui ont empiré depuis]. A qui la faute? Hier, on en appelait aux juges, aux policiers, aux enseignants, aux prêtres, aux éducateurs, à l'Etat. Aujourd'hui, pour une fois consensuels, tous les corps constitués se retournent d'un même mouvement pour désigner d'un doigt accusateur les nouveaux grands coupables de ladite démission généralisée: parents, levez-vous!
Les résultats du sondage que l'Ifop vient de réaliser pour L'Express sont sans appel: 74% des Français estiment que les parents assument de moins en moins leurs obligations et leurs responsabilités à l'égard de leur progéniture. Paroles de vieux barbons nostalgiques? Pas du tout. Les jeunes de 15 à 24 ans ne sont pas les derniers à taper sur les doigts des parents en déroute. En réalité, tout le monde est d'accord sur un constat d'échec massif. Même le fait d'avoir ou non des enfants n'a guère d'incidence sur la brutalité du jugement des Français interrogés _ ce qui ne signifie pas, certes, qu'il s'agisse là d'une autocritique.
Alors, que faire? Comment s'extirper de cette impasse éducative? Il faut sanctionner les parents, les doper, et même les remplacer, claironnent des hommes politiques à droite, mais aussi - et c'est nouveau - à gauche. [...] Cet empressement démontre surtout que les Français éprouvent un sentiment d'urgence: il faut agir, semblent-ils dire, et vite. Il faut que l'Etat se bouge. Il faut réveiller les parents.
Mais lesquels? De qui parle-t-on quand on dénonce l'impuissance parentale? [...] La commémoration des événements de Mai a bizarrement fait office de lessiveuse, et les vannes de la coulpe collective se sont ouvertes: nombre d'intellectuels ont stigmatisé [...] le manque d'autorité de la génération 68 et mis en doute sa compétence éducative. Martine Aubry, Elisabeth Guigou et Jean-Pierre Chevènement ont fait plancher sur la famille des sociologues, des juges et des élus. De rapport en rapport, leurs auteurs concluent clairement que, menacés par l'anomie générale et pris dans le grand maelström de la dissolution des liens, les parents d'aujourd'hui ne sont pas tout à fait à la hauteur, et qu'il faut les stimuler. [...] Il ne faut pas stigmatiser les parents, mais les aider. Il faut étayer l'autorité parentale.
Ce sera le credo culturel de cette fin de siècle. Ironie des retournements de tendances: on vilipendait hier l'autoritarisme parental au nom des libertés individuelles, d'une Convention des droits de l'enfant mal comprise et d'un savoir psychanalytique un peu court. Aujourd'hui, au nom des mêmes droits et de la même psychanalyse, on réclame le retour de la loi paternelle. [...]
Certes. Mais si la famille est redevenue une valeur forte, «elle reste une institution molle, fragilisée», affirme le sociologue Michel Fize. Ils ne disent pas autre chose, tous ces proviseurs, ces juges, ces éducateurs, ces élus qui brûlent d'étriller les parents ou suggèrent de les soutenir tout en déplorant un peu hypocritement leur désarroi patent. «Certains parents nous posent des questions sidérantes, raconte une psychologue scolaire. Exemples: Mélanie vient dans mon lit toutes les nuits, dois-je la gronder? Lucien me frappe dès que je suis au téléphone, dois-je cesser mes coups de fil? Caroline vide le frigo, dois-je lui dire non?» [...] A Paris, les conseillères de la ligne d'écoute téléphonique Inter service parents ont reçu 34 000 appels en 1997, soit un tiers de plus que l'année précédente. «Les parents, des mères surtout, nous demandent conseil sur les tout-petits et les ados, raconte Brigitte Cadéac, animatrice du service. Comment réagir à la sexualité de leurs enfants? Comment exercer l'autorité?» Martine Gruère, qui anime l'Ecole des parents d'Ile-de-France, résume: «Les gens qui nous téléphonent sont débordés, épuisés, et anxieux de bien faire.»
En réalité, jamais on n'a autant attendu d'eux. On leur serine que le développement de leurs enfants est déterminé par les relations qu'ils ont avec eux dès les premières minutes de leur vie. Du coup, chauffés à blanc, les Français se passionnent pour le potentiel et l'épanouissement de leurs rejetons. Jamais ils n'ont souhaité à ce point être de bons parents. Jamais ils n'ont autant douté de l'être. L'avenir est flou. Le monde est incertain. Comment éduquer un enfant aujourd'hui? Quelles valeurs lui enseigner, quels repères lui offrir, quelles limites lui imposer?
[...] [C'est une] guerre de tranchées que se mènent en douce les parents et les institutions publiques depuis que l'enfant a commencé à être considéré comme un bien national, au XIXe siècle, puis, peu à peu, comme une personne à part entière. «Depuis, accuse Martine Gruère, la guerre n'a jamais cessé. Il ne faut pas dire que les parents sont démissionnaires. Ils sont démissionnés.» L'Ecole des parents, qu'elle dirige en région parisienne, s'est d'ailleurs fondée sur cette rivalité: «En 1929, le ministre de l'Instruction avait décidé que l'éducation sexuelle des jeunes filles devait être assurée par l'enseignement public. Ulcérés par cette intrusion de l'Etat dans la vie privée des Français, de grands bourgeois catholiques ont créé l'Ecole des parents pour aider les parents à s'occuper eux-mêmes de cette affaire délicate.» Dans les années 50, les enfants du baby-boom, chargés d'incarner la reconstruction de la France, ont fait l'objet d'attentions passionnées. «Il y eut énormément de recherches sur la médecine infantile, la pédagogie et la psychanalyse, raconte Martine Gruère. Les experts se sont multipliés, et ils ont mis les parents à la porte des nurseries. Aujourd'hui encore, dès qu'une femme est enceinte, elle s'entend asséner par des professionnels: c'est moi qui sais.» Présumés incompétents, les parents sont censés obéir aux diktats éducatifs, quitte à subir ensuite les revirements des spécialistes et à écouter sans ciller le Dr Spock - théoricien de l'éducation permissive - dégainer son autocritique avant de mourir et les pédiatres avouer que leur obsession du «coucher ventral» n'était pas étrangère aux morts subites du nourrisson.
[...] Selon une enquête réalisée par le Credoc [...], 58% de ces professionnels [de l'enfance] - enseignants, puéricultrices et travailleurs sociaux - déclarent que l'attitude la plus fréquente des parents, lorsqu'ils butent sur un problème éducatif, consiste à «démissionner». Ambiance.
Disqualifiés par les professionnels, présumés incompétents, RMIstes ou chômeurs, les parents les plus démunis rentrent sous terre lorsqu'ils sont dépassés par leurs enfants, ou explosent, comme Zephora Nachite, à Marseille. [...] Mais les parents en difficulté ne ressemblent pas tous à Zephora. La plupart restent tétanisés, en particulier les pères traditionnels d'origine maghrébine ou africaine. La démographe Michèle Tribalat raconte très bien comment ils se retrouvent ligotés par un double interdit: on exige d'eux qu'ils reprennent en main leurs garçons, mais on les empêche d'exercer la seule forme d'autorité qu'ils connaissent: «une bonne volée». Président du tribunal pour enfants de Paris, Alain Bruel confirme: «Les pères se plaignent: si je tape mon gosse, on me fait passer devant le juge. Alors, éduquez-le vous-même, mon enfant, si vous êtes si malin!»
[...] «Vous avez commencé l'alimentation des solides?» Christelle, 33 ans, interpelle une autre mère, à l'autre bout du canapé. Elle est venue à la Maison ouverte pour échanger ses impressions de mère anxieuse avec d'autres. Inspirée de la Maison verte de Françoise Dolto, cette Maison ouverte accueille des parents de tous milieux [...].
«Je ne trouve pas ça facile, de commencer les solides, reprend Christelle. Le bébé réclame à manger la nuit.
- Oui, mais ça passe, réplique Eve. Il faut faire comme on le sent.
- Mais parfois on ne sent rien du tout!»
Ce doute incroyable, ce refus de croire en son propre bon sens, beaucoup de parents l'éprouvent de façon décuplée quand leurs enfants atteignent l'âge de l'adolescence. «Par moments, on ne sait plus à quel saint se vouer, racontent Christine et Albert, éditeurs d'art. Alors, on en parle aux copains qui ont des enfants. On compare nos façons de réagir.» Mère au foyer, Corinne, elle, demande conseil à la mère de son mari, restaurateur: «Elle est la seule personne qui ait vraiment de l'autorité sur mes enfants. Ils font ce qu'elle dit. Avec nous, ils demandent toujours: pourquoi?»
Que répondre à un enfant qui pose une question à laquelle on ne sait pas répondre? «Vous parlez d'une crise d'autorité, mais il s'agit d'une crise de fiabilité! s'exclame le psychanalyste Serge Tisseron. Les enfants veulent croire en l'autorité de leurs parents, mais ceux-ci ne sont pas convaincus de ce qu'ils disent à leurs enfants.» Le pédopsychiatre Samuel Lepastier renchérit: «On n'a plus rien à dire à nos enfants parce qu'on n'ose plus rien dire. Ce qui crée la crise des valeurs, c'est l'écart entre ce qu'on dit et ce qu'on fait. Or, collectivement, nous avons trahi nos principes, et on assiste à une faillite de tous les engagements idéologiques depuis la chute du mur de Berlin.» Déboussolés par l'accélération des savoirs, leur sophistication, leur multiplicité, les adultes ne savent plus que choisir dans le fatras du monde. [...]
L'essentiel, justement, où est-il? Quel est le rôle des parents [...] ? Ou plutôt que devrait-il être puisqu'on leur reproche de mal l'exercer? «De transmettre des valeurs telles que l'honnêteté, le respect des autres, le goût de l'effort», répondent en choeur les Français. Voilà dix ans, l'Ifop leur avait déjà posé la question: l'ordre des priorités était alors inversé. On privilégiait l'accès à l'autonomie et l'épanouissement personnel des enfants. Cette fois, on réclame des repères. Mais les parents eux-mêmes ne se font pas confiance pour donner l'exemple. Un peu gênés aux entournures?
[...] La confusion des rôles
Les parents d'aujourd'hui appartiennent encore à une génération qui a rendu un culte à la jeunesse et répugne à vieillir, une génération plus soucieuse de fusion que d'autorité, une génération qui a pu programmer ses enfants et voudrait - expression pathétique - «en profiter».
Mais comment? On a tendance à câliner quand il faudrait semoncer, à se faire consoler par l'enfant quand il faudrait le rassurer, à lui demander son avis sur tout quand il faudrait lui imposer un choix. Tous les psy et les sociologues soulignent la confusion des rôles, des sexes et des générations dans les familles d'aujourd'hui. Le sociologue Michel Fize, très pessimiste, prétend que cette confusion nourrit une sorte d'indifférence grandissante: «Jeunes et adultes se font face et ne se comprennent pas: ils sont devenus des extraterrestres les uns pour les autres.» Et Samuel Lepastier diagnostique: «Il y a un malaise des pères qui sont tenus de jouer aux mères et un malaise des mères à qui l'on demande de jouer les superwomen, au-delà de leurs forces. Les enfants n'arrivent plus à se situer.» Jamais la crise de la masculinité et celle de la paternité n'ont autant passionné les sociologues et les magistrats: Alain Bruel parle joliment de l' «évanouissement» des pères. Ils détenaient seuls la puissance paternelle. Depuis 1970, ils partagent l'autorité parentale. Mais, en cas de séparation, un quart d'entre eux ne revoient plus jamais leurs enfants.
La confusion vient aussi de la variété des configurations familiales auxquelles s'adonnent aujourd'hui les Français, sans souci apparent de la précarité qui guette leur couple et leurs amours. On ne se marie pas, ou on le fera plus tard. On a plusieurs vies successives. Ce n'est plus le mariage qui fonde désormais la famille, mais l'enfant, qui en est le coeur et le pivot.

 

L'idéologie dominante: Un obstacle à la libre résolution des problèmes éducatifs

 

"Contre l'idéologie de la compétence, l'éducation doit apprendre à penser"

 

Le Monde - 2 septembre 2011 - Marcel Gauchet (historien et philosophe), Philippe Meirieu (pédagogue et essayiste), débat animé par Nicolas Truong
Dans quelle mesure l'évolution de nos sociétés ébranle-t-elle les conditions de possibilité de l'entreprise éducative ?
Marcel Gauchet : Nous sommes en proie à une erreur de diagnostic : on demande à l'école de résoudre par des moyens pédagogiques des problèmes civilisationnels résultant du mouvement même de nos sociétés, et on s'étonne qu'elle n'y parvienne pas... Quelles sont ces transformations collectives qui aujourd'hui posent à la tâche éducative des défis entièrement nouveaux ? Ils concernent au moins quatre fronts : les rapports entre la famille et l'école, le sens des savoirs, le statut de l'autorité, la place de l'école dans la société.
A priori, famille et école ont la même visée d'élever les enfants : la famille éduque, l'école instruit, disait-on jadis. En pratique, les choses sont devenues bien plus compliquées.
Aujourd'hui, la famille tend à se défausser sur l'école, censée à la fois éduquer et instruire. Jadis pilier de la collectivité, la famille s'est privatisée, elle repose désormais sur le rapport personnel et affectif entre des êtres à leur bénéfice intime exclusif. La tâche éducative est difficile à intégrer à ce cadre visant à l'épanouissement affectif des personnes.
Philippe Meirieu : Nous vivons, pour la première fois, dans une société où l'immense majorité des enfants qui viennent au monde sont des enfants désirés. Cela entraîne un renversement radical : jadis, la famille "faisait des enfants", aujourd'hui, c'est l'enfant qui fait la famille. En venant combler notre désir, l'enfant a changé de statut et est devenu notre maître : nous ne pouvons rien lui refuser, au risque de devenir de "mauvais parents"...
Ce phénomène a été enrôlé par le libéralisme marchand : la société de consommation met, en effet, à notre disposition une infinité de gadgets que nous n'avons qu'à acheter pour satisfaire les caprices de notre progéniture.
Cette conjonction entre un phénomène démographique et l'émergence du caprice mondialisé, dans une économie qui fait de la pulsion d'achat la matrice du comportement humain, ébranle les configurations traditionnelles du système scolaire.
[...] Est-ce à dire que l'autorité du savoir et de la culture ne va plus de soi, classe difficile ou pas ? Et comment peut-on la réinventer ?
Marcel Gauchet : L'autoritarisme est mort, le problème de l'autorité commence ! Le modèle de l'autorité a longtemps été véhiculé par la religion (puisque les mystères de la foi vous échappent, remettez-vous en au clergé) et par l'armée (chercher à comprendre, c'est déjà désobéir). Ces formes d'imposition sans discussion se sont écroulées [...] Mais il faut bien constater qu'une fois qu'on les a mises à bas, la question de l'autorité se repose à nouveaux frais.

 

Des conséquences désastreuses : mal-être des jeunes, augmentation de la violence, dérives comportementales, moindre capacité à vivre en société, enfance perdue (hyper-sexualisation des fillettes et phénomène des lolitas), ...

 

Le retour de l'autorité

 

L'Express - 1 septembre 2004 - Lire
Sur l'évolution de la famille et de l'école, [...] le dépérissement de l'autorité s'accompagne de pathologies familiales et sociales alarmantes. Lire décrit les quatre comportements limites. Et lance le débat: faut-il accepter la confusion des rôles? Faut-il sauver l'autorité?
Dans La fin de l'autorité, le philosophe Alain Renaut diagnostique la mort de l'autorité parentale et celle du maître. [...] Alain Renaut soutient, avec la plus grande clarté, que notre société est entraînée dans une dynamique irréversible et illimitée de démocratisation. Sur fond d'égalité et de liberté, héritage inaliénable des Lumières et de la Révolution française, chacun voit désormais dans l'autre un semblable, un alter ego, un autre soi-même, bref un égal. Dans ces conditions, il devient inadmissible de supporter la moindre relation dissymétrique entre citoyens. Il faut donc aplanir tout dénivelé (on ose à peine dire toute hiérarchie) entre parents et enfants, maître et élève, médecin et malade, juge et prévenu.
Mais quid de l'autorité? Qu'en reste-t-il et quels en sont les effets? Alain Renaut rappelle très justement que l'autorité est un pouvoir doté d'une dimension magique ou sacrée qui doit susciter une adhésion sans condition de ceux à qui elle s'adresse. Alors que le pouvoir autoritaire naît et se maintient par la force, l'autorité s'impose, idéalement, à tous par le prestige (l'expertise, l'âge ou le savoir) ou la sacralité (l'Eglise, le pape).
[...] Mais, aujourd'hui, le roi est nu et sans prestige: on a même vu récemment des jeunes cracher sur le président de la République en tournée dans les banlieues dites «sensibles», les enseignants ont, quoi qu'en disent les progressistes les plus fanatiques, quelques difficultés à assurer leur enseignement, les pères sont désorientés et les symboles de l'autorité, malmenés. La violence n'est plus à la marge, elle est devenue une pathologie sociale ancrée dans la vie de tous les jours: la violence urbaine, des cités, des transports en commun, des jeunes à l'école, les violences sexuelles étouffées dans les familles... La gamme est large et le spectre ouvert: de l' «incivilité» - méprisable euphémisme pour dire agression traumatisante - à l'inceste, en passant par le harcèlement moral - une spécialité qui se porte comme un charme dans l'entreprise. [...] Il faut donc insister, quitte à enfoncer le clou: une violence inédite a émergé, dont l'absolue nouveauté porte la signature de notre époque laxiste jusqu'au relâchement criminel de l'ordre humain. Il s'agit d'en prendre la mesure et de cesser d'être désinvolte avec la loi, l'interdit de l'inceste et du meurtre, avec l'autorité de la langue et de la parole. Voici quelques symptômes criants, peut-être même hurlants, de ces pathologies qui ont émergé à mesure que l'autorité s'est affaiblie [...].
1. Les familles «hors la loi»
Il y a, le fait n'est guère contestable et les statistiques l'attestent, une explosion de la violence et de la délinquance sexuelles. A considérer seulement l'inceste, on agite nécessairement la question de l'autorité, plus précisément celle de la loi symbolique qui structure la famille. Corinne Daubigny, psychanalyste et contributrice à cette somme remarquable qu'est l'Encyclopédie de la vie de famille (La Martinière), définit, très simplement, la loi qui fait du petit d'homme un humain: «L'ensemble des injonctions et des interdits fondamentaux nécessaires à l'enfant pour se construire humainement, pour devenir un sujet parlant, conscient de ses sentiments et de ses désirs propres, et apte à la vie sociale, c'est-à-dire ouvert au rapport à l'autre.» [...]
2. De l'enfant roi à l'enfant tyran
Dans l'Encyclopédie de la vie de famille, le psychologue clinicien Daniel Coum rappelle avec humour que savoir dire non au désir insatiable de l'enfant est au fondement même de toute autorité parentale, du moins jusqu'à présent. L'interdit, dans son acception la plus simple, c'est opposer une parole à un acte. Savoir dire non. C'est la phrase qui énonce et marque la limite de la toute- puissance dévorante, de l'appétence folle de l'enfant: «Tu ne feras pas ça.» Si les parents - c'est un métier certainement difficile, la dernière aventure des temps modernes, disait Charles Péguy - ne s'essaient pas à limiter les gestes de l'enfant, alors un boulevard s'ouvre qui le mène tout droit vers le trône familial qu'il saura occuper, avec une rare habileté, comme un tyran. «Je suis le seigneur du château» (titre d'un film de Régis Wargnier), peut-on l'entendre dire à tout moment, rapporte Daniel Coum. Alors, il faut le répéter à satiété: interdire n'est pas empêcher. C'est se tromper sur le sens des mots et chacun peut constater les ravages de l'alliance objective de la désinvolture libertaire et du libéralisme. La psychiatrie américaine, dans ses traités de diagnostic, adore évoquer les enfants hyperactifs, au point d'avoir créé, à leur usage, une maladie spécifique. Ils sont massivement traités à coup de thérapies comportementalistes et de psychotropes. Mais ne s'agit-il pas, tout simplement, d'enfants à qui les parents n'ont jamais osé dire non?
3. Quand l'acte tient lieu de parole
Un adolescent en regarde un autre de travers. A peine quelques injures bizarrement formulées. Trois fois rien. Le coup d'Opinel est parti, un gamin tombe à terre, mortellement blessé, sans motif apparent. [...] Le refus de donner une cigarette à un «jeune» peut aussi valoir la mort. Il n'est pas rare de voir comparaître, devant les tribunaux, d'étranges délinquants qui ont l'air d'être là de passage. [...] Voilà encore un symptôme de notre temps: faute de pouvoir exprimer l'émotion qui nous submerge, on passe à l'acte violent. C'est le fameux acting out des psychanalystes britanniques. On n'a pas attendu Freud, bien sûr, pour savoir qu'une bonne engueulade dispense d'en arriver au pire. [...]
Comme le dit Guy Ausloos, psychiatre à l'université McGill de Montréal, dans Guérir les souffrances familiales (PUF): «Les enfants et adolescents qui expriment leur malaise, leur mal-être, leur souffrance par des actes sont souvent peu capables de verbalisation.» L'acte violent vient suppléer la parole manquante. [...] Ces jeunes viennent souvent de familles défavorisées, mais cette observation n'autorise pas le misérabilisme pour la bonne raison qu'il existe des familles pauvres qui ne sont pas des fabriques à délinquants.
Souvent, il n'y a pas de cadre, donc pas d'autorité. Les deux parents travaillent. Le plus marquant est certainement cette incroyable et insoutenable intolérance à la frustration: tout et tout de suite, à consommer sur place, immédiatement, que ce soit une femme ou un objet. Ce sont pourtant les mots, ces symboles des choses, qui permettent d'aménager et de supporter la frustration, de différer la satisfaction, de jouer avec les images de ce qui ne s'offre pas, ne se donne pas. De remettre à plus tard. On appelle ça séduire et, dans la «novlangue» édulcorée, fantasmer.
4. Se tuer
Les conduites suicidaires constituent un tragique problème de santé publique en France. Tout spécialement, les adolescents - jeunes âgés de 15 à 24 ans - sont très nombreux à s'essayer à la mort. Combien? Les chiffres n'ont aucun intérêt et le bilan comptable confirmerait le caractère massif et, surtout, totalement inédit de cette violence retournée contre soi. [...] L'article consacré au suicide de l'adolescent dans Guérir les souffrances familiales montre, en toute clarté, que l'émergence d'idées suicidaires, éventuellement assorties d'une tentative, va de pair avec les difficultés d'une famille en désarroi: lésion irrémédiable de l'estime de soi de l'enfant, non-dits et secrets de famille inavouables, coalition avec l'un des parents contre l'autre. L'adolescent doit réussir, sans trop de casse, son passage à l'âge et à l'être adultes. Il lui faut naviguer, sans cesse, entre deux écueils: la surprotection des parents qui ne veulent pas lâcher prise et le laxisme de ceux qui «copinent», c'est-à-dire la défaillance de la fonction parentale qui peut se solder par une adolescence qui se traîne. Autrement dit, la parole du père et de la mère ne s'adresse pas à leur enfant avec la justesse requise. L'autorité des parents n'est ni un noeud coulant ni un élastique. La bonne distance doit être trouvée. Le grand pédopsychiatre Philippe Jeammet a écrit à propos du suicide: «Au "Je n'ai pas demandé à naître" que ces adolescents jettent comme un défi à la figure des parents, ils opposent un "Je peux choisir de mourir" qui reflète à leurs yeux la maîtrise retrouvée de leur propre destin.» Comme un phénix qui renaît de ses cendres, l'adolescent aspire, dans sa tentative, à son propre engendrement. Il veut se faire auteur de sa propre histoire. Hors famille.
[...] La négociation gagne, occupe le terrain. Maître et élèves aplanissent leurs différends dans l'arrangement. En amont, le rectorat, le principal ou le proviseur accordent rarement la sanction appropriée. La référence tierce va vers sa propre disparition: le règlement intérieur, la loi ou la simple civilité sont mollement invoqués. Imaginons le jeu d'échecs privé de règles, livré au bon plaisir des joueurs. Impensable. L'autorité en a pris décidément un sacré coup. [...] «La dynamique de l'égalité a fragilisé l'autorité, précise Renaut. La discussion, l'argumentation, la négociation ont envahi toutes les relations. L'enseignant doit, continuellement, justifier sa pratique. A quoi ça sert les exercices de maths? [...]
C'est une nouveauté typique des temps modernes. Cette façon d'enseigner ouvre une brèche irrémédiable dans l'autorité, fragilisée par la dynamique de l'individualité, le droit affirmé à la différence et à la singularité culturelle. [...] Ce qui s'annonce donc, c'est la concertation illimitée, englobant des zones de plus en plus vastes. Par exemple [...] la démocratie et le droit, épine dorsale de la République. Fort bien. Mais le droit ne finira-t-il pas par céder à toutes les pressions: retournements fugaces d'opinion ou gesticulations de lobbies minoritaires? Au point que le législateur négociera bientôt chaque terme de la loi avec le citoyen. Les parents devront rendre raison et se justifier, pour un oui ou pour un non, devant leurs enfants.

 

Claude Halmos : "Il faut que les parents réapprennent à dire non"

 

Le Monde - 6 mars 2012 - Claude Halmos (psychanalyste, auteure de Dis-moi pourquoi. Parler à hauteur d'enfant), propos recueillis par Sylvie Kerviel
Dans un rapport parlementaire intitulé "Contre l'hypersexualisation, un nouveau combat pour l'égalité", remis le 5 mars à Roselyne Bachelot, ministre des solidarités, la sénatrice (UMP) Chantal Jouanno s'inquiète d'une tendance à l'érotisation du corps des petites filles dans la publicité, la mode et les médias, qu'elle met en corrélation avec une "banalisation de la pornographie". Elle propose une sensibilisation des parents et des enfants par le biais d'associations familiales ou de l'école, une charte à destination des marques et distributeurs de mode afin qu'ils s'engagent à ne pas mettre sur le marché de produits inadaptés, ou encore l'interdiction des concours de mini-miss. La psychanalyste Claude Halmos, auteure de Dis-moi pourquoi. Parler à hauteur d'enfant (Fayard, 206 p., 18 euros), réagit aux questions soulevées par ce rapport.
Cette "hypersexualisation" des fillettes que pointe Chantal Jouanno, l'avez-vous observée ?
Claude Halmos : Dans les médias, cette tendance est évidente et cela m'inquiète en tant que psychanalyste clinicienne. Pour une petite fille, porter des talons, se maquiller, faire gonfler sa poitrine à l'aide de soutiens-gorge rembourrés, sont des moteurs pour grandir plus vite. Or, si l'on donne l'illusion à une enfant qu'elle est une femme, cela trouble la perception qu'elle a de sa place dans la famille et l'empêche de se construire. A partir du moment où on est habillée, coiffée, maquillée comme maman, c'est compliqué de prendre conscience que l'on n'est pas maman et que l'on n'a pas les mêmes droits qu'elle. Et, surtout, cela a pour effet de désigner la fillette comme objet sexuel. Lorsque l'on sait à quel point les adolescentes ont besoin d'être accompagnées, au moment où leur corps se transforme et où elles voient changer le regard que les hommes posent sur elles, on mesure la violence que cela peut représenter pour une petite fille.
Les garçons sont-ils concernés ?
Non, parce qu'ils sont beaucoup moins soumis que les fillettes à la pression du marketing. Transformer ces dernières en femmes miniatures constitue un marché extrêmement rentable, ce qui ne marche pas pour les garçons. Il n'y a que peu de différence réelle dans les tenues vestimentaires des jeunes garçons et des adolescents.
Les parents n'ont-ils pas une part de responsabilité dans cette dérive ?
On dit les parents d'aujourd'hui laxistes, je pense pour ma part qu'ils sont surtout désemparés. Je vois des enfants de 3 ans qui ont encore un biberon au petit-déjeuner parce que c'est jugé "plus pratique" par leurs parents, des plus grands de 5 ans qui vont à l'école avec une tétine dans la bouche, ce qui est aberrant, des fillettes de 7 ans auxquelles on propose des vêtements de femmes... Tous les repères flottent actuellement en ce qui concerne l'enfance. Notamment parce que les parents ont plus de difficulté qu'hier à s'opposer à leur enfant. Il y a la pression des autres, de l'environnement. Il faut qu'ils réapprennent à dire "non", qu'ils sachent expliquer à leurs enfants que les interdits qu'ils posent visent à les aider à bien grandir.
Le rapport de Chantal Jouanno met aussi en avant la responsabilité d'Internet dans la sexualisation de l'environnement quotidien des enfants...
Surfer sur Internet et les réseaux sociaux n'est pas nocif en soi. Mais cela exige un accompagnement parental qui n'est pas toujours effectif, et demande que les enfants aient plus de repères éducatifs qu'autrefois, ce qui est loin d'être le cas. Plus largement, je crois que la notion d'enfance est aujourd'hui en danger. En thérapie, on a tendance à les traiter comme des adultes, on est en train de détruire la justice des mineurs en la rapprochant de celle des majeurs, on supprime le Défenseur des enfants. C'est très préoccupant.

...plus d'informations sur l'hypersexualisation des fillettes et le phénomène des lolitas

  

La voie du bon sens pour sortir de cette crise : c'est aux parents (le père et la mère) d'assumer conjointement leur rôle d'éduquer leurs enfants

 

“Aujourd’hui, celui qui détient l’autorité, c’est l’enfant”

 

Figaro Madame - 1 avril 2008 - Aldo Naouri (pédiâtre), Caroline Thompson (psychologue, auteur de La violence de l'amour), propos recueillis par Sophie Carquain

Dans son dernier livre, le pédiatre Aldo Naouri dénonce une nouvelle fois l’ « infantolâtrie ». Dans son sillage, la psychologue Caroline Thompson remarque que, souvent, au nom de l’amour, les parents renoncent à leur rôle. À méditer.
Madame Figaro. – Aldo Naouri, les enfants sont-ils aussi peu, voire mal, élevés que vous le prétendez ?
Aldo Naouri. – En quarante ans de pratique, j’ai constaté une réelle évolution. Les parents ont hissé leur enfant au sommet de la pyramide familiale et se sont mis à son service. C’est une vraie inversion hiérarchique : celui qui détient l’autorité, ce n’est plus l’adulte, c’est l’enfant. Comment voulez-vous alors vous imposer comme éducateur ?
Caroline Thompson. – C’est d’autant plus difficile qu’aujourd’hui les parents tentent de séduire leurs enfants. Ils veulent être aimés d’eux, à tout prix – sans doute pour suppléer aux défaillances de leur couple – à tel point qu’ils ne leur posent aucune limite.
A. N. – Petits, nous entendions : « On ne peut pas tout avoir dans la vie. » Désormais, la formule est : « Tu as droit à tout. » Et tout de suite !
- Est-ce à dire que l’enfant n’est plus considéré comme un être en devenir ?
C. T. – On nie le processus même de croissance et de temporalité. On a tellement glosé sur les compétences des bébés, que l’on craint aujourd’hui de les abîmer, en les éduquant ! Le fait d’être hissé d’emblée au sommet de la pyramide, comme vient de le noter Aldo Naouri, contredit l’idée même de grandir. Or les parents sont là d’abord pour pousser leurs enfants à sortir du règne des pulsions et les introduire dans le monde adulte.
Vous pensez sérieusement que les parents ne veulent pas voir grandir leurs enfants ?
A. N. – Consciemment, ils le souhaitent, bien sûr… Mais ils désirent garder leurs enfants tout contre eux, pour combler leur narcissisme. Il suffit de voir le nombre d’enfants « addicts » à la sucette et au biberon, même à cinq ou six ans ! Ce sont des gestes qui les maintiennent dans l’infantile. Et qui renforcent les mères dans leur toute-puissance. Le parfait cercle vicieux…
Est-ce un effet de génération ? Le quotidien de jeunes parents qui sont aussi les enfants de la génération 68 ?
C. T. – Nous récoltons en quelque sorte le résultat d’un processus trigénérationnel : les grands-parents qui ont soixante ans aujourd’hui, et en avaient vingt dans les années 70, ont refusé les premiers de se considérer comme des parents, et des modèles…
A. N. -... du coup, ils ont encouragé leurs enfants à rester en position de petit dieu. Au moment où ils donnent naissance à leurs propres enfants, ces jeunes parents subissent un énorme retour du refoulé. Tout ce qui n’a pas été résolu dans l’enfance revient. Et ces parents se mettent à régresser en même temps que leurs petits ! Ils ont les plus grandes peines du monde à se séparer d’eux…
“C'est aux parents d'éduquer”
Et pourtant, Aldo Naouri, vous dites qu’on traite nos enfants comme de petits adultes : on les habille en jean à trois mois, on leur donne un portable à sept ans… N’est-ce pas contradictoire ?
A. N. – Non, cela participe au contraire du même mouvement. En leur accordant d’emblée les mêmes prérogatives qu’aux adultes, on leur fait croire qu’ils n’ont rien à apprendre de leurs parents. Ça n’est pas leur rendre un fier service, car on n’éveille plus en eux le désir d’évoluer. Or éduquer, c’est pousser l’enfant vers une instance tierce, que ce soit des valeurs, la société, un modèle… Longtemps, le père a tenu ce rôle de modèle éducatif. Aujourd’hui on l’a évacué, purement et simplement. L’enfant reste donc dans une bulle fusionnelle avec sa mère…
C. T. – Je ne suis pas tout à fait d’accord, je vois beaucoup de pères très investis. En revanche, les mères me semblent plus culpabilisées que jamais, écartelées entre l’angoisse de la bonne mère, et l’envie de continuer à travailler. De retour à la maison, elles renoncent à éduquer, à sévir. Au nom de l’amour, elles n’interdisent rien. Quel contresens !
A. N. – La plus grande crainte des parents est de traumatiser leurs enfants ! Mais les petits sont solides ! Souvent, quand les parents viennent me voir, je donne l’image du pont suspendu : votre enfant est sur un pont qui doit l’amener vers l’âge adulte. Il va aller à droite, à gauche, et va vérifier l’existence de parapets qui le protègent du vide. En l’absence de parapets, que va-t-il faire ? Il sera paralysé de trouille et n’avancera plus. En revanche, si les parapets sont bien solides, il avancera doucement en se sachant protégé. Ce qui ne l’empêchera pas de temps en temps de tester les limites de ces parapets – surtout à l’adolescence.
Est-ce à l’école de renforcer ces parapets ? Le gouvernement préconise même, dès la rentrée, le retour aux fondamentaux – lecture, calcul – et aux leçons de morale !
A. N. – Oui, il faut revenir aux vertus de l’apprentissage et de l’effort. Aujourd’hui, tout se passe comme s’il fallait s’alléger du moindre effort intellectuel ! L’école aurait-elle peur de traumatiser en éduquant ?
C. T. – Si je suis tout à fait favorable au retour de la politesse, je suis un peu dubitative quant aux leçons de morale à l’école. C’est vraiment aux parents de s’approprier l’éducation de leurs enfants.
À vous entendre, l’école est devenue une partie de plaisir. Mais elle peut aussi être douloureuse, frustrante !
C. T. – C’est exact. À l’entrée au CP, en sixième, en seconde, elle reprend les rênes et devient terriblement frustrante. Soudain, tout se passe comme s’il lui fallait reprendre avec force ce qu’elle avait contribué à lâcher les autres années ! On est dans une injonction paradoxale, « sois toi-même » et « sois le meilleur ».
Que faire alors ? Recourir à des coachs en éducation ?
A. N. – Certainement pas ! On a essayé de résoudre cette carence éducative en allant chez le psy, chez l’orthophoniste… Mais c’est aux parents d’éduquer ! Dès les premiers jours de vie, il faut faire comprendre à l’enfant qu’il n’est pas ce petit être qui commande et préside aux destinées du couple. Il y a un couple avant lui. Même si certains jugeront mon propos provocateur, je soutiens que dès le retour à la maison, il faut penser à soi, rien qu’à soi ! À soi et à son couple…
C. T. – Tout à fait d’accord. C’est en continuant à mener sa vie de parents que l’on va frustrer l’enfant de son narcissisme et que l’on commencera à l’éduquer. Si vous saviez le nombre de femmes qui s’interdisent de sortir en couple ! C’est très mauvais, car l’enfant est considéré comme un partenaire amoureux. Je prescris, en tant que psychanalyste, des sorties en couple.
A. N. – Et vous avez bien raison ! Nous sommes curieusement entrés, au moment même de la libération de la femme, dans l’ère de la maternité sacrificielle. Ce que Winnicott appelait la « préoccupation maternelle primaire », et qui enferme la mère et l’enfant dans une bulle fusionnelle pendant quelques mois, se prolonge désormais pendant des années ! On risque de fabriquer alors des adultes qui ne pensent qu’à eux, et à l’« ici et maintenant », qui vivent dans une « logique bouchère », selon la formule de Pierre Legendre. Or s’ouvrir à l’autre, respecter son prochain, penser à l’« après-soi », n’est-ce pas là, la vertu première de l’éducation ?

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