7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 16:12

" Depuis toujours, la parole s'accomplit et s'énonce sur les conjonctures que l'histoire de l'Homme et de la société définit."

 

Intellos, intellectuels : quelle différence pour la psychanalyse ?

 

Avec l'affaire Dreyfus, Zola est devenu matière à référence dans la lutte des grandes causes : injustices, immigration, oppression des peuples... Porte-paroles d'une époque, d'un témoignage suscitant l'interrogation, les "vrais intellectuels" enfantent la révolution libératrice triomphante de la raison d'État, de l'intelligentsia élitiste et de l'omnipotence judiciaire. L'actualité, tout comme l'Histoire, nous l'enseignent : la révolution ne s'écrit que trop souvent avec les souffrances et le sang du peuple.


Des mécanismes de défense

 

Les intellos, pastiches des grands intellectuels de ce monde, se gargarisent de palabres abscons et de paroles vides, d'un narcissisme ébloui de ses maux, d'une auto-séduction qui s'abreuve non plus de son image, du moins le croit-on, mais de l'écho de son dire. L'ensemble des signifiants que le discours véhicule reconstitue, par métaphores et métonymies, « son-image ». L'intello ne se plaît qu'à discourir des objets qui affectent son cheminement. De l'Histoire à la politique, de la philosophie à la sociologie, il investit tel événement ou fait de société avec une plasticité qui se modèle selon son vécu personnel. La libido s'éprend des objets de manière labile, différenciant les pulsions sexuelles d'un sujet à l'autre. Plus la viscosité de la libido adhère à l'objet, plus le sujet ira dans la profondeur de la quintessence nourricière objectale. Par antithétie, moins la libido colle à l'objet, plus la capacité au changement est facilitée, effleurant ainsi les objets au risque de s'y disperser ou de s'y perdre. L'intello s'exalte de sa jouissance à l'élaboration d'un désir insatiable d'images et de bien dire. Ce savoir n'est autre qu'un mécanisme de défense névrotique servant d'écran à une pulsion inavouable.


Le mot : un phallus imaginaire

 
L'intello est dans un rapport de supérieur à inférieur, où le beau mot fait figure de phallus imaginaire, flattant son ego. Comment ce besoin d'apprendre, de l'intérêt de la « chose », est-il engendré par le manque originaire ? Sigmund Freud explique que la pulsion voyeuriste de l'enfant cherche à se satisfaire dans l'avidité portée au lieu féminin de la « connaissance ». Le mécanisme de défense particulier de la sublimation, luttant contre la souffrance de l'interdit quant au but de la pulsion scopique, permet le déplacement pulsionnel vers des objets sociaux et intellectuels, grâce à la plasticité libidinale, allant se satisfaire alors dans la faconde des jeux de mots, les métaphores de langage ou autre atticisme de rhéteur. Dans comprendre, il y a prendre mais aussi rendre. Tout le mécanisme du stade anal se trouve contenu dans ce jeu de la curiosité ou pulsion du savoir : retenir, restituer, donner, garder, manipuler, enseigner, transmettre... Autant de fonctions qui conduiront à la virtuosité du bretteur littéraire. La névrose infantile, si elle ne succombe à la perversion, deviendra la source de la soif intellectuelle, de l'art épistolaire. Comme toute pulsion, la pulsion voyeuriste, dans un rapport passif-actif, se retourne en son contraire, soit l'exhibitionnisme, comme pour faire montre de son esprit. Toute pulsion non satisfaite crée un espace vide tendant à se remplir de son essence créatrice. La création de l'artiste est sa recherche du temps perdu.


La pulsion « épistémologique »

 
L'intello use de la compulsion de répétition, tournant indéfiniment en rond autour de l'espace officiel, se délectant de sa jouissance lettrée, alors que l'intellectuel ne se laissera pas enfermer dans cette béance. Il fera le deuil de sa perte afin que jaillisse sa « re-création ». L'écrivain va reproduire son monde intérieur avec ses objets aimés, oubliés, détruits. Selon Proust, « un livre est un grand cimetière où, sur la plupart des tombes, on ne peut plus lire les noms effacés ». Les objets perdus de l'enfance renaissent-ils ainsi de leurs cendres sous une forme nouvelle ? L'élaboration réussie de l'angoisse dépressive sublimera ou transmutera l'objet érotique en objet social. L'inhibition du talent artistique ou du désir d'apprendre peut s'interpréter comme l'impossibilité à dépasser la phase dépressive, précise Melanie Klein. L'enfant, au travers du regard de ses parents, s'identifie par le jeu du miroir aux valeurs de son milieu social. Son esprit s'élabore sur le besoin intersubjectif de se communiquer. Le verbe projectif englue l'autre de son histoire à l'y méprendre. Dès les plus tendres années, la pulsion du savoir se fait sentir chez le petit d’Homme par un désir de curiosité : regarder dans les armoires, chercher ce que les parents cachent dans des tiroirs difficilement accessibles ou, encore, par l'insatiable ardeur à poser les questions les plus incongrues. Le désir profond et intense d'apprendre, de savoir, de comprendre n'est qu'une sublimation de la pulsion singulière que Freud nomme « pulsion épistémologique ».


Des mots simples mais des mots d’adulte !

 
Cette pulsion plonge ses racines dans les origines les plus primitives de l’être humain, moment de la phylogenèse où l'individu, justement, se différencie de l'animal. Ainsi les Écritures Saintes rapportent-elles la découverte du fruit défendu, symbole de la connaissance, comme la faute responsable de la chute de l'humanité divine. La curiosité sexuelle du tout-petit est liée aux interrogations qu'il formule sur ses origines et auxquelles les parents n'osent répondre. Cette curiosité sexuelle va glisser progressivement vers le désir de savoir. Elle se sublime, change d'objet sans refoulement, permettant à la pulsion de toujours se satisfaire. La plasticité de la libido, selon son degré de viscosité, se détache des objets primitifs pour adhérer par identification à des objets sociaux valorisants. La curiosité enfantine passe par un savoir sur lui-même, sur sa création, sur son entourage familial, racine de sa lignée transgénérationnelle. Lui refuser cette vérité, lui mentir par choix du non-dit, entraînera l'angoisse de la curiosité, de la « question ».

 
Alors faut-il répondre au questionnement de l'enfant ? Certes, oui, mais comment ? Avec des mots simples, justes, et cependant aussi des mots d'adulte. Peu importe qu'il paraisse ne pas comprendre, là n'est pas la question ! Le désir épistémologique de l'enfant n'est pas lié à une nécessité cognitive mais à une levée de l'angoisse. Ne pas dire, c'est maintenir l'anxiété chez lui, anxiété signifiant d'un interdit du savoir...

 

Jacques Ravel pour http://www.psychanalysemagazine.com

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychanalyse
6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 13:15

Évoquer la vie adulte, c’est parler d’une situation qui nous semble très familière parce que nous l’expérimentons nous-mêmes, ou parce qu’il nous est donné de vivre en contemporanéité avec des personnes qui se disent adultes.

 

voyageur1

 

Évoquer la vie adulte, c’est par ailleurs prendre le parti de situer l’existence en lien avec les classes d’âge, leurs relations, leur devenir ; l’adulte gagne en effet à être intégré dans une perspective évolutive, c’est-à-dire dans un ensemble qui n’a pas dans notre langue de dénomination mais que les Anglo-Saxons appellent life-span (1) ; cette perspective évolutive est double :


– d’abord personnelle au regard de l’enfant que chaque adulte a été et de l’aîné qu’il est censé devenir ;

– ensuite sociale vis-à-vis des jeunes avec lesquels l’adulte vit présentement, et des personnes âgées qu’il côtoie.


Par-delà la familiarité des apparences à propos d’une situation existentielle qui nous est familière, quels sont les enjeux qui se profilent derrière les évidences de la situation d’adulte ?

I. – Sensibilités déployées autour des âges de la vie

Chaque époque a sa façon de privilégier un âge de la vie ; si la Renaissance, en continuité avec l’époque médiévale s’est surtout intéressée à l’enfant, par exemple en peinture à travers le putto, le siècle des Lumières, quant à lui a cherché à valoriser le chérubin, dans sa littérature notamment, comme peut en témoigner Beaumarchais ; plus près de nous, courant xixe siècle et première moitié du xxe siècle, nous assistons grâce à la montée en puissance de la scolarisation à la valorisation des jeunes, pré- puis post-adolescents. 

 

L’allongement continuel de l’espérance de vie, l’apparition dans les années 1970 d’une civilisation des loisirs vont faire se déplacer le centre d’attention des jeunes vers les personnes âgées, personnes dites du troisième âge ; la dénomination de cette nouvelle séquence de vie apparaîtra d’ailleurs vite comme trop imprécise ; aussi va-t-on lui accoler une appellation complémentaire pour désigner toutes ces personnes très avancées en âge au bord de la dépendance ou dépendantes de par leur état de santé, les personnes du quatrième âge. Entre le premier âge, les troisième et quatrième âges, qu’en est-il donc du deuxième âge ?

II. – L’émergence de préoccupations convergentes en direction de la vie adulte

 Notre culture postmoderne, qui se situe en aval de la grande ère de l’industrialisation, semble justement à travers différents signes porter aujourd’hui son attention sur ce second âge, l’âge adulte qui est en principe le plus long de l’existence puisqu’il dure une quarantaine d’années (2). Un tel âge a été laissé jusqu’ici au second plan, car l’adulte fut toujours considéré comme l’âge de l’évidence, celui de la norme, du modèle de référence ; il constituait l’aune à laquelle les autres âges de la vie étaient ramenés et appréciés ; déjà en 1963 G. Lapassade en s’interrogeant sur la norme adulte nous invitait à déconstruire cet âge-étalon qui cessait de plus en plus à ses yeux d’être évident : pour reprendre les propos de Lapassade, l’adulte-étalon nous est vite apparu, face aux différents changements sociaux qui n’ont cessé de nous assaillir, comme un concept trop conforme alors au modèle institué dominant de l’adulte blanc, occidental, mâle et de classe moyenne, être rationnel et performant. En ce sens la notion d’adulte peut être considérée, P. Dominice (1990) le souligne opportunément, comme un analyseur de la dimension idéologique de la représentation de soi. 

 
Avec l’émergence des “ nouveaux adultes ” qu’il croyait voir venir et qu’il définissait à travers une pensée de l’inachèvement et de l’autonomie, G. Lapassade entendait substituer une logique plurielle à une logique singulière. Il anticipait une période, celle de la postmodernité, de la fin des évidences et de la montée des préoccupations autour des adultes. Or cette culture postmoderne amène avec elle dans le passage d’une société de production à une société de communication une incertitude radicale sur nos modes de vie, un brouillage des âges, une contestation des repères et cadres de référence à partir desquels les adultes pouvaient auparavant penser leur existence ; nous sommes désormais pris dans un tourbillon de changements qui laissent l’adulte seul face à lui-même. 

 

 Dans cette culture postmoderne, l’adulte se trouve désormais aux prises avec la Société Pygmalion (Tap, 1988) qui par les conflits, les crises, les oppositions, les replis, les identifications, les marginalisations requiert d’avoir à relever le défi d’une interconstruction à réinventer de la personne et des institutions. Certes par l’intermédiaire d’une théorisation des pratiques de formation permanente notamment, les pays germaniques et anglo-saxons s’étaient préoccupés depuis la fin du xixe siècle déjà d’une compréhension de cet âge de la vie qu’est l’étape adulte ; mais ces pays l’ont fait principalement sous l’angle des seuls apprentissages. C’est depuis une vingtaine d’années seulement que les universités d’Amérique du Nord notamment multiplient les études sur l’adulte et sa psychologie à travers la mise en perspective des life-span, life-course, life-cycle, les logiques de development et de aging.

 

La France, quant à elle, pendant longtemps tout accaparée par une psychologie de l’enfant et de l’adolescent, ne s’est pas vraiment intéressée à la vie adulte en tant que telle ; c’est une préoccupation qu’elle semble découvrir en période généralisée de crise, lorsque l’adulte est vraiment malmené et doit recourir à un centre de bilan, à un diagnostic de ses capacités, à une formation, à une remobilisation ou une réorientation approfondie.

 

III. – Un champ sémantique nouveau

 

Au-delà de la formation permanente, le questionnement autour d’une psychosociologie de la vie adulte reste donc récent ; ainsi les psychologues, en se libérant progressivement des tendances culturelles ambiantes, vont-ils par-delà l’enfance, l’adolescence et la vieillesse faire désormais porter leur regard aussi sur cet âge intermédiaire entre l’adolescence et la retraite ; un tel âge n’est plus aujourd’hui celui de la rivière étale sur laquelle l’individu pouvait faire voguer ses idéaux d’autonomie et de responsabilité ; c’est un âge qui est devenu problématique à plus d’un titre ; pour s’en convaincre observons entre autres les efforts de notre langue : cette dernière, pour montrer l’intérêt tout nouveau qu’elle portait à cette catégorie d’âge perçue comme problématique, a forgé récemment dans le champ sémantique de la vie adulte plusieurs concepts inédits considérés comme plus appropriés pour cerner une réalité devenue capricieuse : ceux notamment d’andragogie, de maturescence, d’adultescence, d’adultité, d’adultat, de carriérologie pour ne pas parler de la maturité vocationnelle. 

 

  Un tel champ sémantique destiné sans doute à se diversifier encore constitue un réel enrichissement au regard du seul concept d’adulte ; certes ce dernier apparaît bien générique et trop globalisant s’il veut désigner à travers les différentes époques et les cultures, l’individu parvenu à la majorité de son âge. L’aborder, c’est donc se soucier de spécifier les constantes et les variations qui le traversent. Car un tel concept a été l’objet de trop peu de théorisations. 
 Ce sera l’objet du présent travail que de tenter à l’heure où la vie adulte retrouve une actualité centrale d’esquisser des repères de compréhension pour cerner ce temps malmené de l’existence qui sépare l’âge d’une insertion précaire de celui d’une sortie critique. Il nous faudra souligner ce paradoxe d’une fragilité de l’adulte dans une société comme la nôtre, qui pourtant se prétend elle-même adulte par rapport à ses devancières.

IV. – Des mutations psychologiques et culturelles à prendre en compte

Menacés hier par les risques d’exploitation et d’aliénation d’une société soucieuse de capitaliser, les adultes au travail gardaient malgré tout une place sociale, si inconfortable fût-elle ; aujourd’hui, au-delà de l’exploitation et de l’aliénation toujours en vigueur, la principale préoccupation de l’adulte est justement liée à cette place qui lui échappe, qui est à sauvegarder, qui peut lui être ravie à tout moment, faisant de lui un exclu potentiel ; les mécanismes de marginalisation et d’exclusion constituent en effet une épreuve redoutable et visent bon an mal an toutes les catégories d’adultes de notre société. Ces mécanismes nous placent face à une désinstitutionnalisation du cours de la vie qui en quelques décennies lamine statuts, repères et rôles. Pour être affronté, un tel défi implique des capacités de réactivité psychologiques appropriées ; il risque de générer des effets déstabilisants caractéristiques. 


 D’où cette nécessité nouvelle qui s’impose à nous, au seuil du IIIe millénaire de notre ère, de comprendre cette catégorie d’âge qui se trouve aux leviers de commande de nos sociétés. Nous pressentons donc l’intérêt de faire porter notre attention sur l’étude d’une psychologie de la vie adulte face aux mutations sociales et culturelles du statut de l’adulte ; ce dernier est confronté à une crise de l’insertion, à une exigence de mobilité mais aussi à une absence de plus en plus notoire de repères et à un allongement de l’existence qui pourra paraître insupportable au regard de fidélités et continuités à assumer. Toutes ces mutations confinent souvent les individus à des nouvelles situations d’infantilisation et de dépendance, de marginalisation, voire d’exclusion ; ces situations s’avèrent d’ailleurs paradoxales dans la mesure où dans le même temps elles exacerbent les volontarismes pour soi-disant conjurer la montée des précarités.

V. – Une lecture plurielle d’un concept extensif

Étudier l’adulte comme catégorie d’âge spécifique apparaît donc opportun avec cette réserve qu’une telle catégorie qui intègre en son sein de nombreuses classes d’âge ne saurait être considérée comme monolithique ; elle se montre relativement, voire trop extensive ; devant une telle extension les propos qui suivent pourront apparaître beaucoup trop généraux ; ils devront se soucier d’être déclinés au pluriel comme nous invite à le faire P. Dominice lorsqu’il parle des adultes et de leurs psychologies. Quoi qu’il en soit, ces propos seront tributaires de la situation culturelle inédite qu’est la nôtre : une telle situation confronte l’adulte à des enjeux tout à fait spécifiques qui en arrivent même à changer la signification de ce que traditionnellement on pouvait entendre jusqu’ici par “ adulte ”. 

 

C’est donc pour le moins une triple approche qui est tentée dans le développement qui suit ; une approche psychologique de la vie adulte ne peut se comprendre en effet que si elle s’ouvre à des apports voisins pour justement éviter de proposer une lecture par trop réductionniste d’une réalité faite de complexité. Aussi cette lecture psychologique permettant de mieux situer l’avancée en âge de l’individu (3), son aging pour reprendre un concept anglo-saxon approprié, aura-t-elle à s’appuyer sur deux lectures complémentaires, l’une sociologique campant l’adulte dans son utilité sociale, l’autre ethnologique précisant la nouvelle donne culturelle à laquelle se trouvent confrontés les adultes aujourd’hui immergés dans une civilisation de plus en plus communicationnelle ; à ces trois lectures, psychologique, sociologique, ethnologique, il faudra sans doute en rajouter une quatrième liée aux sciences de l’éducation s’interrogeant sur les capacités d’apprentissage et de changement dont se trouve porteur l’individu qui avance en âge.

 

NOTES

 

 1- Une traduction approximative risquée de life-span serait : l’étendue des âges de la vie pris dans leur ensemble ou, mieux, le cours de la vie.  

2- R. Bedard, dans Recherches en psychologie de l’adulte, Revue des sciences de l’éducation, VII, 3, 1985, p. 393-415, définit conventionnellement l’âge adulte entre la période d’intégration aux environs de 25 ans et la période de la mise à la retraite aux alentours de 65 ans.  

3- Sacrifiant aux usages sémantiques contemporains, nous employons ici le terme “ individu ” là où on s’attendrait à trouver celui de “ personne ”, ce qui en soi est significatif d’une belle régression du statut actuel d’adulte.

 

http://www.cairn.info/ - "Psychologie de la vie adulte" par Jean-pierre Boutinet.

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychologie
2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 12:55

La dernière fois qu’on parlait de Roland Gori en ces pages, pour la sortie de la Fabrique des imposteurs, c’est l’image du hamster qui nous venait. Cet inoffensif rongeur aux yeux sanguinolents et à la truffe anxieuse semblait emblématiser le phénomène décrit par Gori depuis plusieurs années : la servitude volontaire d’après la chute du Mur, et notre tendance à courir en boucle après toujours plus de vide, effrayé par la perspective de voir notre cage s’effondrer si le mouvement cessait, car : «Le bonheur a pris aujourd’hui le masque de la sécurité !»

 
Le psychanalyste Roland Gori dans son cabinet à Marseille, le 14 mars 2010.

 Le psychanalyste Roland Gori dans son cabinet à Marseille, le 14 mars 2010. (Photo Olivier MONGE)

 

Le nouvel essai de ce brillant psychanalyste : Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ?, évoque plutôt une icône de la culture populaire récente, " le lapin crétin ". « Qui ne s’est jamais étonné, demande Roland Gori, de voir ces médecins prestigieux, ces soignants dévoués, se soumettre aux ordres d’un petit "tyran" administratif dont l’hôpital pourrait bien se passer sans que cela affecte les soins le moins du monde ? » Partout, ceux dont le métier est de porter soin et attention à l’autre, d’écouter, de transmettre (médecins, juges, enseignants, intellectuels, créateurs, etc.) sont soumis à la comptabilité et l’évaluation de leur performance économique, là où elle n’a par définition pas lieu d’être. Dans un renversement saisissant de la logique fonctionnelle, les experts en vide sont les contremaîtres des producteurs de contenus, qu’ils maltraitent sans voir que, sans eux, la cage dont ils sont responsables n’aurait plus de raison d’être. Souvent à la tête d’une armée zombifiée, les lapins crétins ne comprennent pas non plus que «respecter» à la lettre «la procédure» qu’ils imposent «représente parfois le moyen le plus sûr d’en bafouer l’esprit» et ils assistent, impuissants, à la mort de l’organisme qu’ils ont eux-mêmes gangrené.

 

Paresse. Si la Fabrique des imposteurs dénouait les mécanismes qui nous portent à devenir des lapins crétins, Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ? interroge, et c’est la richesse du travail de Roland Gori, d’un point de vue à la fois sociologique et psychanalytique le goût d’être un hamster. Comme on sait que le névrosé trouve son compte à sa névrose, on est en droit de se demander à «quelle économie psychique» la tutelle de l’économie libérale répond, à quel type de bénéfice elle ouvre.

 

L’hypothèse de Roland Gori est que le renoncement à la liberté créatrice au profit d’une soumission lénifiante correspond au «déclin de la loi, à la crise du récit et de l’expérience». On pourrait en déduire hâtivement que Gori appelle de ses vœux une restauration de l’autorité. Au contraire. Sa démonstration est plus complexe. S’il reconnaît que, dans notre servitude volontaire, il existe paresse, grégarisme et besoin d’illusion («les illusions du profit et de l’intérêt»), ce qui domine c’est surtout l’angoisse : «Angoisse devant cette béance du réel sur lequel l’autorité jette son voile, autorité qui manque cruellement aujourd’hui pour affronter l’avenir.» Mais, nous apprend le Freud de Totem et tabou, cette autorité est aussi celle à laquelle notre rapport conflictuel peut être sublimé en fraternité. C’est donc moins d’autorité que nous manquons que de l’autorité en tant qu’elle s’est transformée en responsabilité politique devant autrui, «la fameuse "amitié" chère à La Boétie».

 

Or notre culture néolibérale est marquée par le «désaveu de l’Autre» et «le désaveu de la fonction de création de la parole», dont un symptôme est que nous sommes tous, à l’ère du 2.0, «boulimiques des autres», mais d’autres sans rapport. D’«amitié» dans l’existence sociale, que pouic. Reprenant une remarque de David Graeber (1) sur la parenté germanique des mots «libre» et «ami» (freie et Freund), Roland Gori montre comment la liberté ne peut pas être minimale, mais comment, au contraire, elle engage à l’égard de l’autre et «concrétise le rapport à la promesse et la dette» (2).

 

Risque. Les procédures tendent à nous défaire de cet engagement en nous rendant indexables, évaluables, irresponsables devant un nouvel ordre naturalisé (cf. aussi bien les manifs pour tous que le DSM 5, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) auquel nous ne devons rien et qui, par conséquent, nous défraternise, nous dépolitise. Or, pour Gori, «la démocratie est une liberté qui oblige», elle est l’affaire d’«un sujet qui veut répondre de sa parole et de ses actes, qui se déclare responsable». «Etymologiquement, "responsable" vient du latin respondere. C’est donc un sujet qui exige sa reconnaissance par autrui. Cette parole montre ce qu’elle dit, elle est performative du sujet qui l’énonce.» Pas de démocratie sans jeu, sans risque. Heureusement, on a vu des lapins crétins découvrir la lune en jouant. Mais encore fallait-il qu’ils se fussent au préalable endormis, les pattes sur les manettes.

 

(1) «Dette : 5 000 ans d’histoire», Les Liens qui libèrent, 2013. (2) Sous la direction de Roland Gori et de Patrick Ben Soussan, Erès publie «Peut-on vraiment se passer du secret ?».

 
Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ?

 

 La promesse de bonheur faite aux peuples et aux individus constitue, à l’instar des religions et des idéologies, un opium qui les prive de leur liberté.  En les berçant avec la vieille chanson de l’abondance et du bien-être, en les insérant toujours plus dans des réseaux de surveillance et de contrôle au motif de les protéger des risques et des dangers, le pouvoir démocratique contraint les citoyens à abandonner leurs libertés publiques au profit de l’automatisme  des procédures. Les nouvelles technologies installent et légitiment un système politique et culturel qui menace la démocratie et favorise l’impérialisme du marché.

 

 

L’auteur montre comment jour après jour la quantité décide de la qualité.  Au nom du bonheur et de la sécurité auxquels les individus aspirent, le pouvoir prescrit un mode d’emploi du vivant qui substitue  à la culpabilité fondatrice du lien social, la dépendance à la rationalité des instruments numériques et des procédures normatives. L’ouvrage soutient que la technique disculpe, qu’elle ne requiert que son exécution, sans états d’âme. Quand la culpabilité passe à la trappe, c’est l’Autre qui disparaît et notre liberté de désirer.

 

En politique comme en psychanalyse un sujet ne saurait exister sans parole, sans autrui. Les changements qui se sont accomplis en psychiatrie depuis une trentaine d’années, constituent un bon exemple de la crise des valeurs qui menace l’humanité dans l’homme : les modes d’emplois et les grilles d’évaluation statistiques ont remplacé le dialogue clinique et les récits de vie.


http://www.psy-luxeuil.fr/parution-de-l-ouvrage-de-trommenschlager-franck-122171561.html

Eric LORET pour Liberation.fr et Editions LLL.fr

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Ouvrages et filmographies
22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 09:51

La Psychothérapie Intégrative inclut une attitude envers la pratique de la psychothérapie qui affirme la valeur inhérente de chaque individu. C'est une psychothérapie unifiante qui répond de façon appropriée et effective à la personne sur les niveaux de fonctionnement affectif, comportemental, cognitif et physiologique.

 

http://www.ecole-des-finances-personnelles.fr/wordpress/wp-content/uploads/2012/08/biblioth%C3%A8que_%C3%A9cole_des_finances_personnelles.jpeg

 Une discipline qui demande des connaissances vastes et pluridisciplinaires

 

Processus de la psychothérapie intégrative

 

Le terme 'intégrative' dans 'Psychothérapie Intégrative' a plusieurs sens. Il renvoie au processus d'intégration de la personnalité : l'incorporation des aspects désavoués, ignorés ou non résolus du 'self' dans une personnalité cohésive, réduisant l'utilisation des mécanismes de défense qui empêchent la spontanéité et limitent la flexibilité dans la résolution des problèmes, l'entretien de la santé, la relation aux personnes, pour être de nouveau en plein contact avec le monde.

 

C'est le processus de " rendre entier" . Par l'intégration, il devient possible pour les personnes de faire face à chaque moment de manière ouverte et disposée, sans la protection d'une opinion, une position, une attitude ou une espérance préformée.

 

La Psychothérapie Intégrative se rapporte également au rassemblement des systèmes affectifs, cognitifs, comportementaux, et physiologiques chez une personne, avec une conscience des aspects sociaux et transpersonnels des systèmes dans l'entourage de la personne. Ces concepts sont utilisés dans une perspective de développement humain dans lequel chaque phase de la vie présente des taches développementales spécifiques, des sensibilités aux besoins, des crises et des opportunités pour de nouveaux apprentissages.

La Psychothérapie Intégrative tient compte de beaucoup de façons de d'approcher le fonctionnement humain. Les thérapies psychodynamiques, centrées sur le patient, comportementales, cognitives, familiales, les psychothérapies corporelles, les théories de relations d'objet, la self-psychologie psychanalytique, et les approches de l'analyse transactionnelle sont prises en considération dans une perspective de systèmes dynamiques.

 

Chacune de ces approches fournit une explication partielle du comportement et chacune est renchérie lorsqu'elle est ponctuellement intégrée en continuité avec d'autres aspects de l'approche du thérapeute.

Les interventions thérapeutiques utilisées dans la psychothérapie intégrative sont basées sur la recherche et les théories développementales, décrivant les défenses protectrices de l'individu, utilisées lorsqu'il y a interruption dans le développement normal.

 

Le but d'une psychothérapie intégrative est de faciliter la complétude de façon à ce que la qualité d'existence de la personne et son fonctionnement dans l'espace intra psychique, interpersonnel et socio-politique soit maximisé avec tout le respect dû aux limites personnelles et les contraintes externes/extérieures de chaque individu. Dans ce cadre on reconnaît que l'intégration est un processus dans lequel les thérapeutes doivent également s'engager. Ainsi, l'attention est centrée sur l'intégration personnelle des thérapeutes.

 

Cependant, bien que l'attention portée sur la croissance personnelle du thérapeute soit essentielle, il faut également un engagement à la recherche de connaissance dans le secteur de la psychothérapie et de ses domaines annexes. Il y a une obligation éthique particulière pour les psychothérapeutes intégratifs (incluant psychiatres, psychanalystes et psychologues), de dialoguer avec des collègues de différentes orientations et de se tenir au courant des développements dans le domaine.

 

 

Un exemple de conférence axée sur la psychothérapie intégrative :

 

 

 Note: Merci à tous ceux qui ont contribué à la diffusion de ce cours 

 

Le développement de la psychothérapie intégrative en Europe

 

Les principaux développements du courant éclectique et intégratif sont repérables en Belgique et en France. À l'Université de Louvain, un diplôme d'études spécialisées en psychothérapie fondé par Winfried Huber, s’apparente à une approche éclectique-intégrative par son aspect général. Les étudiants choisissent l'orientation qu'ils souhaitent donner à leur formation parmi quatre possibilités (psychothérapie analytique enfant, psychothérapie analytique adulte, psychothérapie systémique, psychothérapie cognitivo-comportementale).

 
Précisons que la position de W. Huber est éclectique dans un sens plus général. Selon cet auteur, des traitements combinés pour certains patients et certains problèmes sont des traitements de choix. En outre, la recherche et les meilleures formations dans les différents diagnostics et dans des traitements combinés, ne relèvent pas seulement de l'intérêt majeur des patients et des thérapeutes, mais sont aussi faisables.

En France, entre 1983 et 1989, différentes études ont montré que la pratique des psychiatres est mixte, associant chimiothérapie et psychothérapie (88 %), et que leur pratique psychothérapique est essentiellement pragmatique (sans référence à une théorie spécifique) .
On peut toutefois s'interroger sur la validité des résultats de ces études, la formation aux psychothérapies occupant une très petite place dans le cursus de base des psychiatres, comparativement à leur formation aux théories biologiques des troubles mentaux.
De très nombreux psychiatres n'utilisent ainsi que des traitements biologiques auxquels s'ajoutent des rudiments de psychologie.

 

Dans une étude réalisée dans des sociétés de psychanalyse, 84 % des réponses mentionnaient des cures de malades psychotiques sous neuroleptiques, et 30 % faisaient état de plusieurs traitements simultanés (psychothérapie d'inspiration psychanalytique, thérapie familiale, de groupe ou psychodrame). Ces faits posent à leur manière, la question de l'éclectisme et de l'intégration. Le thème des associations de techniques (essentiellement psychothérapie et chimiothérapie) fut repris par la suite dans de nombreux colloques et publications. Précisons cependant également que la chimiothérapie n’est pas une psychothérapie dans le sens traditionnel du terme (i.e. un traitement psychologique par des moyens psychologiques), mais un traitement médical plus ou moins lourd agissant sur les processus biologiques de la conscience. Or, depuis l'introduction du concept de psychisme, clairement différencié de l'appareil mental, le software et le hardware, pour reprendre ces termes, ne sont pas à confondre mais au contraire à distinguer, même si les rapports entre eux expliquent en partie l’amalgame fréquent fait entre l’un et l’autre.

 

Un des premiers articles sur l'éclectisme en psychothérapie est paru en 1992, dans la revue Psychiatrie. Le titre : « Psychothérapeute procustéen ou éclectique: qui êtes-vous? », résume la problématique pour laquelle Olivier Chambon expose des solutions. « Les progrès théoriques et thérapeutiques potentiels sont désormais limités au sein de chaque école. La seule source réelle de progrès venant actuellement de l'extension de chacune d’elles par incorporation de théories et de faits cliniques provenant de champs d'investigation différents, ce qui représente une forme d'éclectisme (d'ailleurs toute école est finalement éclectique puisqu'elle se constitue en modifiant et en agrandissant par d'autres apports un système antérieur) ».

 

Ainsi par exemple, on sait bien que la psychanalyse s’est inspirée des travaux de Janet . Il y a là un constat important pour comprendre la portée et l’intérêt de l’intégration, et quoi qu’en pensent ses détracteurs, autrement dit les défenseurs des systèmes « purs », l’intégration parfois nommée pluriréférentialité, acquiert progressivement une audience et une adhésion de plus en plus grandes.

En 1993, l'Association Française pour l'Approche Intégrative et Eclectique en Psychothérapie a organisé une journée sur les facteurs communs et l'intégration des différents modèles en psychothérapie. Pour Chambon et Marie Cardine, il existe un éclectisme de fait et une tendance à l'intégration des psychothérapies entre elles, et avec d'autres techniques, comme la chimiothérapie.

 

Un autre ouvrage important est paru en 1994 , dans lequel avec Richard Meyer, ils expliquent que depuis 1984, l'évolution des psychothérapies est passée d'un climat d'exclusivité à celui d'une ouverture plus favorable à l'éclectisme. Ils soulignent que ce terme correspond à une attitude fondamentale de l'esprit humain, même s'il s'oppose à l’exclusivisme qui s'est développé sous l'influence de la psychanalyse, des sciences biologiques et des sciences dites fondamentales.

« L'idée commença à germer qu'il se pourrait qu'il n'y eût pas de technique ou de théorie absolument « pure » : toute technique et la théorie qui en rend compte, ne seraient que la mise en œuvre prédominante d'un aspect du fonctionnement psychique toujours plus complexe… c'est d'ailleurs une nécessité de méthode : on ne peut tout faire ni tout connaître en même temps ».

 

À cette époque, les techniques psychothérapeutiques créées dans les cinquante dernières années, atteignent le nombre impressionnant de 400, les principales questions étant de savoir : 1°) si ces techniques sont aussi différentes qu'elles le paraissent, 2°) si le fonctionnement psychique qu'elles décrivent ne présente pas des aspects communs qui pourraient être intégrés dans un modèle théorique plus complet et complexe. La question de l’intégration qui suppose des études comparatives, est ainsi au cœur de l’évaluation des psychothérapies.

Dans ce même ouvrage, Gérard Apfeldorfer explique : « discours théoriques et pratiques réelles sont en fait deux ordres bien distincts. Il existe bien des façons d'être psychanalyste lacanien, et les pratiques thérapeutiques se référant aux thérapies cognitives comportementales varient grandement d'un thérapeute à l’autre… ainsi il peut arriver que bien peu de choses séparent leurs pratiques,… à l’inverse, 2 psychanalystes, ou 2 comportementalistes, s'avéreront avoir des pratiques et des résultats thérapeutiques fort divergents… la vérité est que, dans la pratique, on peut-être plus ou moins psychanalyste ou plus ou moins comportementaliste.

 

On peut aussi être psychanalyste dans certaines occasions, comportementaliste ou thérapeute paradoxal dans d'autres. On peut être encore plus ou moins empirique, suivre l'inspiration du moment, ou à l'inverse, moduler ses comportements à partir d'une théorisation stricte. Il paraît probable (quoiqu'à vérifier) que ces différents rapports à la théorie ont un retentissement sur l'efficacité thérapeutique».

 
G. Apfeldorfer parle ensuite de sa pratique de psychanalyste narrativiste radical. Celle-ci consiste en la construction commune d'une fiction du passé représentant une explication des troubles acceptable par le patient. Serait thérapeutique non de rendre conscients des souvenirs refoulés, mais de pouvoir mettre en mots certaines expériences, de créer une cohérence, d'élaborer une histoire personnelle qui ait un sens. La construction narrative constituerait la nouvelle réalité, la vérité personnelle du sujet. Il s’agit d’un éclectisme clinique tenant compte de la théorie du patient : « L'orthodoxie - il existe une vérité et une seule - traduit une fermeture du thérapeute aux vues et aux désirs de son patient. L'empirisme athéorique - il n'y a pas de vérité stable - laisse le champ libre au bon plaisir du thérapeute, à moins qu'il ne s'agisse du bon plaisir du patient, sans grande chance qu'émerge quoi que ce soit de durable. Enfin, l'éclectisme - il existe plusieurs vérités possibles - offre le maximum de chances que patient et thérapeute s'entendent sur une construction commune ».

 

En 1998, faisant écho à l'ouvrage de Beck et Alford publié la même année, F. Mehran et JD Guelfi écrivent  : la thérapie cognitive a-t-elle un pouvoir intégratif ? La thérapie et la théorie cognitive, disent-ils, peuvent servir de paradigme unifiant et intégratif pour la psychopathologie et la psychothérapie effectives. Les thérapeutes cognitivistes peuvent ne pas exclure d'autres personnes des séances de thérapie quand le patient se plaint principalement de conflits interpersonnels.

De même, les contextes environnementaux ne peuvent pas être ignorés dans le cas de constructions personnelles erronées (exemple : la relation entre la réponse et le renforcement) ou encore, la thérapie cognitive peut se focaliser sur des données inconscientes quand l’évaluation révèle un traumatisme précoce non résolu, en relation avec une autre personne.

 

Quoi qu'il en soit, la psychologie clinique semble être la seule discipline à même d'assurer l'intégration des théories, dans le cadre de la pluriréférentialité où elle est construite. L’intégration théorique et son corollaire, l’éclectisme technique, représentant pour ainsi dire l’étape ultérieure voire ultime, du pluralisme théorique.

De plus, seuls les outils du langage philosophique permettent d’effectuer une analyse dialectique pour comparer les théories et faire des rapprochements, voir en quoi et pourquoi elles sont similaires sur certains points, ou au contraire hétérogènes sur d’autres. Le but de ce travail est aussi in fine, de mieux comprendre dans quels cas ou à quel moment telle ou telle notion, telle ou telle technique, peuvent être utilisées de manière appropriée.

 

Tout ceci étant posé, l’intégration théorique n’est envisageable que sous certaines conditions, la première étant qu'elle est et doit rester une méthode, non devenir une nouvelle doctrine ou un instrument visant à annexer les autres théories. La deuxième condition est d’avoir une approche instrumentaliste des concepts et des notions des psychothérapies monodisciplinaires, c'est un des aspects épistémologiques de l'intégration. La troisième condition est de faire une analyse dialectique des postulats et des notions, afin de mettre en perspective leurs différents opérateurs et d’éclairer les liens ou les rapports existant entre eux : analogies, complémentarités, oppositions, contradictions… c'est l'aspect méthodologique et exégétique de l'intégration, qui complète le précédent. (cf Max Pagès, 1986 et 2001).

 

Dans le livre Trace ou Sens , ce même auteur explique: « chaque spécialiste se refuse à envisager l'intervention dans son domaine de principes autres que les siens, c'est-à-dire qu'il fonctionne sur un mode hégémonique ». Ce mode de pensée s'appuie sur des postulats non dialectiques présupposant que le champ scientifique est structuré à partir d'un seul pôle et que les déterminations proviennent de ce pôle unique.

Dans le même temps, il génère une exigence de problématisation multiple, présupposant la reconnaissance du droit à l'intervention croisée des disciplines considérées, ou mieux, de sa légitimité.

Se retrouve ici l’idée d’une « complémentarité » des approches et des niveaux de réalité visés, ou du moins d’une synergie résultant de leur utilisation simultanée. Il s’agit en effet d’une complémentarité instrumentaliste ou pragmatique, ne visant pas la vérité dernière des choses mais leur formulation et leur assomption dans des termes appropriés à chaque situation et à chaque dimension de celle-ci.

 

La démarche dialectique pratique l’hybridation et le métissage intellectuels, à partir d’éléments conceptuels dont l’intérêt paraît certain, elle distingue les oppositions et les contradictions, partant du principe que dans une démarche hégémonique de simples oppositions sont converties en contradictions, et qu’un amalgame s'établit entre la découverte scientifique des processus et le mythe scientifique qui la formule… L'identité dialectique est en devenir permanent, c'est une méthode plus qu'un contenu, une façon de faire face aux changements permanents des sciences humaines, d'accumuler en intégrant et en triant .

 

Cette méthode permet d'envisager l’intégration comme pouvant se concrétiser dans des modèles pluri-référentiels différents, l’important étant que ces modèles coïncident avec la réalité du patient (ses attentes et ses besoins, ses possibilités et ses limites), et permettent de la transformer, en utilisant au mieux les apports des écoles référentes. C’est aussi pourquoi ces apports doivent faire l’objet d’une analyse visant à déterminer ce qu’il est essentiel d’en retenir, ou au contraire accessoire. Un des buts va ainsi être de dégager les « noyaux durs » de ces apports, pour voir ensuite dans quelle mesure ils peuvent être utilisés conjointement dans un travail thérapeutique. Cette démarche est pertinente pour préciser les possibilités d’articulation et d’enrichissement mutuel de plusieurs théories.

 

Sources: http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychoth%C3%A9rapie_int%C3%A9grative

http://www.integrativetherapy.com/fr/index.php

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychanalyse
22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 08:00

A l’occasion des 40 ans de l’INRIA, Michel Serres a donné une conférence mémorable sur la révolution culturelle et cognitive engendrée par les nouvelles technologies... Non sans l'aide historique de Saint-Denis, qui en perdit sa tête !

 

    

 

Le célèbre académicien y explique comment la révolution informatique change notre rapport au monde. Tout comme avant elle, l’écriture, puis l’imprimerie, ont profondément transformé nos modes de vie. Une conséquence inévitable de toute révolution.

 

Le philosophe donne rapidement le ton et invite son auditoire à prendre conscience de la révolution cognitive générée par la révolution de l’information. Pour lui, les nouvelles technologies ont poussé l’homme à externaliser sa mémoire. Il nous faudra donc être inventifs, intelligents, transparents pour être des acteurs de cette nouvelle période de l’Histoire.

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Science
18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 16:12

Comment se retrouver dans la jungle des sites dédiés à la médecine ou à la science ? Voici une sélection des sites les plus pertinents et les plus utiles pour s'informer:

 

 

Allô docteur, je souffre...

 

Mission de ce Site

Ce Site , mis au point avec le soutien de nombreux médecins, offre un ensemble de services interactifs performants qui améliorent l'information, l'aide et le conseil médical. Il est destiné tant au grand public qu'aux acteurs du monde de la Santé.

Professionalisme

Plus de 150 médecins ont participé à l'élaboration du contenu et des applications présents sur les sites du groupe . Ces médecins qui bien souvent ont travaillé en groupe ont apporté une expérience et une expertise inégalée.

 

 

Voyage dans le cerveau

 

Objectif : présenter la structure et les possibilités de navigation particulières du site web Le cerveau à tous les niveaux.


En ligne depuis 2002, le site web Cerveau à tous les niveaux jouit d'une grande reconnaissance, tant des scientifiques que du grand public. Son originalité réside en son mode de navigation unique sur Internet où, pour chaque sujet abordé, la personne choisit elle-même : 1) le niveau de difficulté des explications sur le cerveau (débutant, intermédiaire, avancé); et 2) le niveau d'organisation du vivant qu'elle désire explorer, du moléculaire jusqu'au social, en passant par le cellulaire, le cérébral et le psychologique. Cet aspect interactif et non passif devant le vaste contenu du site favorise l'appropriation des connaissances des disciplines regroupées aujourd'hui sous le vocable de sciences cognitives. Bref, un site web accessible qui s'inscrit dans une démarche transdisciplinaire, à la fois passerelle entre les chercheurs et le public et outil pour mieux se comprendre.

 

 

manger sain

 

Pourquoi ce site ?

Le Point sur la table est une initiative de l'association de consommateurs CLCV (www.clcv.org) bénéficiant du mécénat de Macif Prévention.

Grâce à ce site, la CLCV souhaite apporter aux consommateurs un éclairage accessible et crédible sur l'alimentation. En effet, l’alimentation a beau faire partie de notre quotidien, les débats et les interrogations autour de nos assiettes se multiplient. 

Les consommateurs, confrontés à l’érosion de leur pouvoir d’achat, sont particulièrement attentifs aux prix alimentaires, qui sont, par excellence, les prix « de tous les jours ». 

Avec le développement de l’obésité, nous prenons conscience des liens entre alimentation et santé. Mais, dans ce domaine, le marketing des professionnels prend largement le pas sur l’information. Face à la multiplication de slogans simplistes et parfois incompréhensibles, les consommateurs s’interrogent sur les promesses de l’industrie et les nouveaux aliments « santé ». 

S’ajoute aussi la dimension agricole, avec une demande citoyenne croissante pour des modes de productions durables et plus respectueux de l’homme et de son environnement.

Sur toutes ces thématiques, Le Point sur la table entend fournir des informations fiables et pratiques, aptes à contrebalancer l’influence de la publicité. En aucun cas, ce site ne se veut moralisateur ou prescripteur de choix vis à vis du consommateur.

Le Point sur la table offre également des espaces de dialogue entre internautes et de débats avec les professionnels. Ce site n’est donc pas seulement une plateforme d’information du public, il a aussi pour objet de susciter l’échange entre l’ensemble des acteurs de l’alimentation : consommateurs, professionnels, pouvoirs publics, experts. Car, après tout, la table est le lieu du repas mais aussi celui de la discussion !

 

 

Devenez un grand manipulateur...

 

Pour une culture libre

Psychologie-sociale a été crée en 2005 dans le but de partager des connaissances et de mieux faire connaître une discipline au plus grand nombre.
Ainsi, depuis six ans, le site est maintenu et enrichi bénévolement pour le plus grand plaisir des visiteurs.
Le principe de ce site est la gratuité. En effet, tous les articles sont visibles dans leur intégralité.
Il a également été décidé de ne pas ajouter de publicités sur le site pour le confort des visiteurs.
Psychologie-sociale est de plus en plus visité.

Comment expliquons-nous nos conduites ? Comment s’évalue-t-on ? Quelles vont être les hypothèses que l’on mobilise dans notre psychologie quotidienne pour nous représenter nous même et les autres ? Voici les différents thèmes abordés.

 

 

Dernières découvertes:

 

Science du Québec: C'est un mélange réussi de contributions d'un vingtaine de journalistes et de blogueurs relatant les dernières découvertes dans toutes les disciplines: astronomie, santé, biologie, technologie, environnement, société... Des émissions sont aussi à télécharger. Un site accessible à tous et très pédagogique.

 

 

Cartable complet !

 

Unisciel est l’Université des Sciences en Ligne. Ses missions sont de renforcer l’attrait pour les études et filières scientifiques d’un plus grand nombre d’étudiants, de favoriser leur réussite et de contribuer au rayonnement de l’enseignement scientifique francophone. Unisciel propose pour cela un grand nombre de ressources numériques de qualité, validées tant sur le plan des contenus que sur le plan pédagogique et technique. Unisciel répond également aux besoins des établissements grâce à de nombreux services mis en place pour la lutte contre l'échec, l'accessibilité, l'aide aux étudiants salariés et la formation continue.

 

 

Cours gratuits:


Canal-U est un projet de la communauté universitaire lancé en 2000. Il est piloté par la Mission numérique pour l’enseignement supérieur (MINES) au sein du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. La maîtrise d’œuvre est assurée par le CERIMES. Canal-U est la vidéothèque numérique de l’enseignement supérieur. C’est le site de référence pour les ressources audiovisuelles de l’enseignement supérieur. Enseignants et étudiants peuvent y trouver des programmes enrichis de documents pédagogiques et validés par les conseils scientifiques des Universités Numériques Thématiques.
Canal-U s’adresse aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs, et cela selon deux axes :
- Fournir des ressources pédagogiques en complément des cursus d’enseignement ;
- Accompagner les évolutions de l’université française en développant l’usage des TIC au sein de l’enseignement supérieur.
 
 
Stimuler ses méninges...

 

Qu'est-ce que la méthode HAPPYneuron ?Une méthode d'entraînement cognitif sur-mesure et supervisée.

HAPPYneuron est une méthode d'entraînement cérébral complète qui stimule les 5 grandes fonctions cognitives : mémoire, attention, langage, fonctions exécutives (raisonnement, logique) et visuo-spatial. Depuis plus de 10 ans, l'équipe scientifique d'HAPPYneuron se base sur les avancées récentes de la recherche en sciences cognitives pour offrir un service de haute qualité mêlant efficacité scientifique, personnalisation et divertissement.

 

 

Le blog des humeurs d'un cardiologue... profondément humain

 

Pourquoi Grange Blanche ? 

Il s’agit d’un quartier de Lyon ou se situe l’Hôpital Édouard Herriot, appelé par les intimes …."Grange Blanche". C’est là que je suis né en 1972. En face, se trouve mon ancienne faculté de Médecine.

Ce blog a pour but de décrire la vie personnelle et professionnelle d’un médecin de notre époque. Vous y trouverez donc des informations scientifiques, des points de vue, parfois des anecdotes et aussi quelques considérations sur le monde extra médical.

Il est destiné à tous les publics, qu’ils soient acteurs du domaine de la santé ou non.

 

 

 

Des données médicales solides et pertinentes !

 

Un ensemble d’informations rigoureuses et fiables sur les traitements et les stratégies de soins,
pour agir en connaissance de cause. Prescrire est financé par les abonnés.
Ni subvention, ni publicité. Ni actionnaire, ni sponsor.

Prescrire s'est donné les moyens rédactionnels et documentaires de garantir la solidité de ses synthèses. Ses rédacteurs sont des professionnels de santé, formés aux méthodes rédactionnelles Prescrire. Des procédures explicites de contrôle de qualité sont appliquées à toute la production rédactionnelle. Des informations indépendantes
L'Association Mieux Prescrire, qui édite toutes les productions Prescrire, est une association de formation à but non lucratif (loi 1901). Elle s'est organisée pour s'affranchir des influences des firmes, comme de celles des organismes chargés de l'organisation des systèmes de soins. La mission de Prescrire est inscrite dans l'Article 1 des statuts de l'AMP : "Œuvrer, en toute indépendance, pour des soins de qualité, dans l'intérêt premier des patients.  À cet effet, l'Association pourra prendre toute initiative et entreprendre toute action à des fins de formation des professionnels de santé, de sensibilisation, d'information, et d'amélioration des pratiques."

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Science
13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 12:34

Que savons-nous de notre ventre, cet organe bourré de neurones, que les chercheurs commencent à peine à explorer ? Il semblerait que notre cerveau ne soit pas le seul maître à bord.

 

 

Il y a quelques années, les scientifiques ont découvert en nous l’existence d’un deuxième cerveau. Notre ventre contient en effet deux cents millions de neurones qui veillent à notre digestion et échangent des informations avec notre "tête". Les chercheurs commencent à peine à décrypter cette conversation secrète. Ils se sont aperçus par exemple que notre cerveau entérique, celui du ventre, produisait 95 % de la sérotonine, un neurotransmetteur qui participe à la gestion de nos émotions. On savait que ce que l'on ressentait pouvait agir sur notre système digestif. On découvre que l'inverse est vrai aussi : notre deuxième cerveau joue avec nos émotions.

 

Espoirs thérapeutiques:

 

En outre, certaines découvertes ouvrent aujourd’hui d’immenses espoirs thérapeutiques. Des maladies neurodégénératives, comme Parkinson, pourraient trouver leur origine dans notre ventre. Elles commenceraient par s’attaquer aux neurones de notre intestin, hypothèse qui, si elle est vérifiée, débouchera peut-être sur un dépistage plus précoce. Plus étonnant encore, notre deuxième cerveau abrite une colonie spectaculaire de cent mille milliards de bactéries dont l’activité influence notre personnalité et nos choix, nous rend timides ou, au contraire, téméraires. Des États-Unis à la Chine en passant par la France, ce documentaire, nourri d'interviews et d'infographies éclairantes, passe en revue les recherches les plus récentes menées sur notre deuxième et intrigant cerveau.

 
Documentaire de Cécile Denjean (France 2013, 55 min)

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychosomatique
12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 12:34

L’autoformation, c’est se former soi-même, chez soi, dans un système éducatif, ou dans des groupes sociaux, ou autres. L’individu est le principal responsable des paramètres de la formation . Il gère au maximum les espaces, les ressources et les temps de sa formation. Il négocie son projet de formation et sa validation avec différentes institutions.

Définition savante :

Le GRAF (Groupe de recherche sur l’autoformation en France) a donné une définition approchante : « la formation de soi par soi ». L’autoformation est abordée aujourd’hui selon les cinq différentes approches et dimensions de la notion, formant la « galaxie de l’autoformation » de P. Carré, 1996

 

  • L’autoformation intégrale : apprentissage en dehors de tout rapport avec les institutions et agents éducatifs formels (autodidaxie).
  • L’autoformation existentielle (apprendre à être) : définissant la démarche « d’appropriation par le vivant de son pouvoir de formation », ce courant vise l’émancipation du sujet par des rétroactions sur sa vie et une prise de conscience des influences des autres et des choses sur la formation de soi (histoire de vie - blasons – poïétique – ateliers de praxéologie, autobiographie – pédagogie du projet- interculturalité).
  • L’autoformation éducative : ce courant recouvre l’ensemble des pratiques pédagogiques et dispositifs de formation visant explicitement à développer et faciliter les apprentissages autonomes dans le cadre d’institutions spécifiquement éducatives (Atelier de Pédagogie Personnalisée, centre de ressources, individualisation, Formation Ouverte et A Distance).
  • L’autoformation sociale (apprendre dans et par le groupe social) : toutes formes d’apprentissage réalisées par les sujets eux-mêmes à l’extérieur du champ éducatif, par la participation à des groupes sociaux (Réseau d’échanges réciproque de savoir, organisation apprenante, formation expérientielle, auto éducation permanente, éducation informelle).
  • L’autoformation cognitive (apprendre à apprendre) : conception de l’acte d’apprendre envisagé sous l’angle des mécanismes psychologiques en jeu (auto direction des apprentissages – métacognition – remédiation cognitive).

Dans le cadre de l’autoformation éducative, les sept piliers de l’autoformation proposés par Philippe CARRE dans son article "Le pari de l’autoformation " fondent la démarche pédagogique de l’Atelier de Pédagogie Personnalisée ; ils sont en cohérence avec les points clés issus des études, recherches et pratiques Afpa sur l’individualisation :

    • 1. le projet individuel comme fondation majeure de l’entrée en autoformation
    • 2. le contrat pédagogique comme cœur de la négociation
    • 3. la préformation propédeutique (phase préparatoire) de l’autoformation
    • 4. des formateurs-facilitateurs
    • 5. un environnement ouvert de formation
    • 6. l’alternance individuel-collectif comme rythme de la formation
    • 7. trois niveaux de suivi : individu, groupe, institution.

Définition « institutionnelle », l’exemple de l’Afpa :

 

L’Afpa a, par le passé, fait le choix d’une orientation multiple de l’autoformation :

  • Vers l’autoformation existentielle (avec le travail du groupe SERA de la DF, de 1980 à 1991, sur l’autoformation en lien avec l’Université de Tours -Gaston Pineau), avec les productions suivantes : « Autobiographie-projet et formation professionnelle d’adultes » document DF/SERA en 1988 ; « Le projet : nébuleuse ou galaxie ? » Bernadette Courtois et Marie-Christine Josso, Ch. (dir.) Neuchâtel et Paris, Delachaux et Niestlé, 1997 ; « la formation expérientielle des adultes »
  • Vers l’autoformation éducative : module d’élaboration d’outils d’autoformation (1985) et modèle d’élaboration de guide d’apprentissage (depuis 1995)
  • Et plus récemment vers l’autoformation cognitive et sociale par la mise en œuvre de la VAE

L’orientation la plus ancienne est celle de l’autoformation existentielle :

S’autoformer, c’est se former soi-même.C’est se donner sa propre "forme" ; construire son identité aussi bien professionnelle qu’humaine : acquérir ou développer son autonomie.

" S’autoformer ce n’est donc pas se former seul. C’est par la rencontre avec le monde physique et les autres, individus, groupes, entités sociales que l’on se définit soi-même. C’est l’Autre qui fait prendre conscience de ce que l’on est.

C’est essentiellement des rencontres qui nous révèlent à nous-mêmes.

 

Il résulte de cette définition quatre caractéristiques :

  • 1. L’expérience y joue un rôle central. L’expérience est centrale dans les deux sens du terme :

D’abord parce que l’adulte se forme essentiellement par l’expérience : ne serait-ce que parce qu’il est, pour la majorité de son temps en situation de production et situation de vie, et non "en stage" ;

Ensuite parce que l’expérience est précédée par le projet qui oriente vers certaines expériences et non d’autres, et donne aux expériences leur finalité ; et elle est suivie par la réflexion qui seule permet de donner sens à l’expérience vécue.

  • 2. Or l’expérience concerne l’ensemble de la personne. L’autoformation prend donc en compte les différents aspects de la personne : cognitifs, affectifs, axiologiques (les valeurs). Elle est multidimensionnelle.
  • 3. L’orientation fait partie intégrante de la personne. S’autoformer c’est construire sa propre forme : c’est donc en particulier s’autodiriger. L’autoformation suppose, de la part de celui qui se forme une recherche de ses motivations profondes.
  • 4. L’expérience doit être interprétée. Cette interprétation ne peut s’effectuer que dans la confrontation avec les autres. C’est dire que celui qui vit des expériences doit prendre du recul par rapport à celles-ci.

L’autoformation est donc une formation expérientielle, multidimensionnelle, autodirigée, critique. » (Guy Bonvalot)"

 

 

Autodidactes : ce qu'il faut valoriser dans votre candidature


Les autodidactes ont désormais les moyens de valoriser leur parcours, même sans le sacro-saint diplôme. Autodidactes et recruteurs témoignent...

 

Si les diplômes comptent aux yeux des recruteurs, l'expérience pour le poste visé et les compétences conservent toute leur importance. Dans une société où le désir d'apprendre, l'engagement et l'ambition sont en voies de disparition, les priorités s'orientent davantage vers un nouveau mode de recrutement. De fait, les autodidactes ont leur carte à jouer dans la course aux postes.

 

Les talents à valoriser

 

" L'autodidacte a dû faire preuve d’adaptation ", entame Laurent Corbon, lui-même autodidacte et directeur administratif et financier (DAF) du groupe Prieux qui regroupe 350 salariés. Cet ancien chef de mission chez Mazars est parfois amené à recruter. Il recense les qualités essentielles à valoriser : " L'autodidacte a pour lui l'expérience du terrain et des hommes, ainsi qu'une grande facilité de contact et d'apprentissage. Il fait attention à beaucoup plus de détails dans un projet, ce qui rend sa démarche très sécurisante pour ses supérieurs. Enfin, il a une vision globale des problèmes parce qu'on ne lui a jamais appris à isoler les éléments, à se concentrer sur un seul aspect. "

Hélène Bézille, Professeur à Paris 12 et spécialiste de l'autodidaxie, résume les 7 talents d'un autodidacte : il a la passion d'apprendre, il sait s'autoriser la déviance et la résistance aux conformismes sociaux, il sait explorer une pensé buissonnière, saisir les opportunités, expérimenter, tolérer l'incertitude et improviser. 7 talents à valoriser dans une recherche d'emploi, en les déclinant bien sûr par rapport au poste visé.

 

La structure du CV

 

" Je leur vois 3 qualités principales, ajoute Elodie Faure, responsable des ressources humaines sur site du groupe Les Mousquetaires. La prise de recul avec les situations, parce qu'ils analysent et réfléchissent davantage aux conséquences d'une action ; la ténacité sur les projets et les missions, ce qui est flagrant chez les autodidactes seniors ; leur caractère posé et rassurant. " Pour Elodie Faure, le CV doit être très structuré et mettre en avant les compétences acquises et directement opérationnelles pour le poste visé. " Il faut absolument sortir du CV par périodes qui reprend dix fois le même poste sur toute la longueur et qui n'apprend rien de neuf au recruteur. On mettra donc les expériences en quelques lignes et, en fin de CV, on ajoutera les formations suivies et les outils maîtrisés ", conclut-elle. " Dans mon CV, à la place de Diplômes, je mets Acquis, explique Laurent Corbon : de telle année à telle année, j'ai acquis la maîtrise de tel outil, comme s'il s'agissait d'un vrai diplôme. Mieux : l'autodidacte peut préciser que pour tel acquis, il a le " niveau Master 2 " par exemple, ce qui signifiera " l'équivalent de... ". Mais attention, il ne faut pas mentir et l'expliciter immédiatement lors l'entretien ! "

 

A qui adresser sa candidature ?

 

 Pour Laurent Corbon, pas de doute, il vaut mieux l'envoyer directement aux entreprises plutôt que de passer par les cabinets de recrutement. " Les difficultés dans l'emploi, les autodidactes connaissent bien, eux qui ont souvent tendance à minimiser leurs compétences On nous pardonne moins les fautes dans notre parcours, regrette le DAF." "Mais nous pouvons transformer cela en force, surtout en entretien de recrutement puisque nous avons cette plus grande capacité à reconnaître nos échecs. "

 

Les MOOCS et le numérique

 

Que m'apporte les cours en ligne ?

 

En tant qu’étudiant, le numérique peut vous aider à vous orienter, vous former, vous insérer dans le monde professionnel à travers "l'autoformation numérique".

 

Au moment de votre entrée dans l’enseignement supérieur ou en cours de parcours, vous avez la possibilité de vous appuyer sur des ressources numériques pour vous familiariser avec de nouvelles filières et de nouvelles disciplines, vous auto-évaluer, vous remettre à niveau. Les technologies numériques permettent également de mieux visualiser, simuler, comme dans le domaine de la physique ou celui de la santé, ou s’entrainer avec l’utilisation de "jeux sérieux". Plus largement, le monde professionnel a intégré des modes de fonctionnement innovants en lien avec ces technologies numériques auxquelles il convient d’avoir été confronté.

 

Quelle que soit votre situation géographique ou vos contraintes, des formations en ligne ou "hybrides" (mélange de formation en présentiel et à distance) vous permettent d’avoir accès de façon souple, de n’importe quel lieu et à n’importe quel moment, depuis votre ordinateur, tablette ou smartphone, à vos cours, vos exercices ou vos études de cas. Vous échangez facilement avec vos enseignants et les autres étudiants et pouvez travailler en groupe, même éloigné les uns des autres. Vous accédez à des formations à distance dispensées par des établissements du monde entier, avec des possibilités de certification. Le suivi de certaines formations, comme aujourd’hui les MOOCs, est ouvert et gratuit.

  

En activité ou en recherche d’emploi, les technologies numériques permettent une plus grande flexibilité dans l’organisation de la formation et un élargissement de l’offre. Le numérique autorise l’accès à un catalogue de formations en ligne plus riche et plus varié. Vous pouvez élargir vos domaines de compétences de façon modulaire, articuler le présentiel et la distance, interagir en face à face ou en ligne avec vos formateurs, vos tuteurs ou vos pairs.

 

En savoir plus et s'inscrire: http://www.france-universite-numerique.fr/

 

Article rédigé par Jean Chabod APEC  - http://www.encyclopedie-de-la-formation.fr

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Pédagogie-éducation
12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 12:18

Elles ont fait un enfant toutes seules. Sans prévenir le futur père ou contre son gré. Comment les hommes vivent-ils cette paternité forcée quand ils le découvrent ? 

 

like_father_01.jpg

 

« C’était en 1986. J’avais 24 ans, j’étais célibataire. J’ai rencontré une femme mariée. Nous avons passé un après-midi ensemble. Il était clair qu’il ne serait pas suivi d’une liaison : elle ne voulait pas quitter son mari. Cinq mois plus tard, j’ai appris par des amis communs qu’elle était enceinte… de cinq mois. J’ai pensé à un hasard. Puis je l’ai revue, deux ou trois ans plus tard. Elle était avec sa fille. En regardant les yeux de l’enfant, j’ai eu un choc. Je me suis vu dedans. C’était mes yeux. J’ai fait part à sa mère de mes doutes. Elle a d’abord nié, puis elle a avoué, en m’assurant qu’elle ne pensait pas tomber enceinte.

 

Depuis, j’ai fondé une famille – j’ai deux enfants – et je pensais avoir oublié cette histoire. Pourtant, à la suite de problèmes dans mon couple, tout est remonté. J’ai parlé de cette paternité à ma compagne. Et j’ai demandé à cette femme des photos de ma fille, mais mes rapports avec cette enfant se sont arrêtés là. Quand je la croise dans la petite ville où nous vivons, ça me fait quelque chose, mais je n’ai pas envie de revenir en arrière, ni de semer la pagaille dans sa vie. A priori, son père officiel ne sait rien. Moi, j’ai le sentiment d’avoir été manipulé, violé. »

 

« Manipulé » ? « Violé » ? Face à cette paternité imposée, Christian emploie des mots plus durs que ceux qui s’appliquaient naguère aux « filles-mères ». On disait d’elles qu’elles avaient été « séduites » et « abandonnées ». Est-ce à dire que trente ans après la pilule et l’avortement, le rapport de force s’est inversé ? Que les hommes peuvent être renvoyés au rôle de simples géniteurs ? Que la paternité n’est plus leur affaire ?

 

Des femmes émancipées et autonomes

 
« Le problème n’est pas si manichéen, rétorque la psychanalyste Muriel Flis-Trèves. Bien sûr, on peut penser que l’expression “faire un bébé dans le dos” est le pendant revanchard du “polichinelle dans le tiroir” d’antan ; et se rappeler que pendant des siècles, les hommes pouvaient prendre la poudre d’escampette pendant une grossesse et laisser les femmes se débrouiller avec les enfants. Mais de nos jours, ce n’est plus par vengeance qu’elles font un bébé seules.

 

D’abord, elles sont très minoritaires à vouloir être mères célibataires. Ensuite, la plupart d’entre elles ont rêvé d’avoir un enfant en couple, mais cela n’a pas été possible. Elles se plaignent en général de n’avoir pas rencontré l’homme qu’il leur fallait… » Et leur désir d’enfanter est d’autant plus pressant que tourne leur « horloge biologique ».

 
Les femmes d’aujourd’hui, émancipées et autonomes, n’ont plus besoin d’attendre le compagnon idéal pour faire un enfant : il n’est plus honteux d’être mère célibataire ; et quand elles travaillent, elles peuvent assumer les charges financières liées à l’éducation d’un enfant.

 

Enfin, pour nombre d’entre elles, ajouter une maternité à une carrière professionnelle est un signe valorisant : celui de la réussite complète d’une vie de femme. Bref, faute d’un homme qui les accompagne dans leur désir d’enfant, elles peuvent décider d’enfanter toutes seules. Clochette témoigne anonymement sur Internet : « J’ai 30 ans et une grande envie d’un bébé. Mon copain n’est pas mature. Et pour lui, c’est hors de question ! Je sais qu’il partirait probablement, mais j’ai souvent envie d’en faire le père de mon enfant malgré lui ! Est-ce égoïste ? Ce n’est pas pire que les femmes qui vont à la banque du sperme ! Au moins, lui, je l’aurai connu et aimé. »

 

Ce discours d’autonomie, bien des « pères-malgré-eux » ont du mal à l’entendre, d’autant plus que eux aussi ont évolué. Contrairement aux hommes des générations précédentes, beaucoup ne supportent plus l’idée d’avoir des enfants qu’ils ignoreront et qui ne connaîtront pas leur père. « A défaut de pouvoir décider des naissances, les hommes veulent maintenant les assumer, sous peine de n’avoir plus aucune fonction. De n’être plus rien », résume Muriel Flis-Trèves.

 

Assumer malgré tout

 
Olivier, 42 ans, raconte : « Après une relation longue de quinze ans et une séparation douloureuse, je suis retourné vivre dans le village de ma famille. J’ai retrouvé là-bas une amie de jeunesse et nous avons entretenu des rapports amicaux-amoureux épisodiques.

 

Quand elle m’a annoncé sa grossesse et son désir de vivre avec moi, j’ai d’abord refusé : je ne me sentais pas prêt à me relancer dans une vie de couple et encore moins à être père. Je lui ai donc demandé d’avorter. Elle n’a pas voulu : à 37 ans, elle pensait qu’elle n’aurait peut-être plus la chance d’être de nouveau enceinte et me disait qu’elle était prête à élever l’enfant seule. J’ai passé quinze jours – les plus durs de ma vie – à réfléchir et j’ai décidé de l’assumer. Je ne supporte pas l’idée d’un enfant maltraité, mal aimé ou abandonné, et je n’aurais jamais pu vivre sereinement en sachant que la chair de ma chair vivait quelque part dans la nature.

 

Sans reprendre de relations amoureuses avec elle, j’ai donc accompagné la future maman dans toutes les étapes de sa grossesse, jusqu’à l’accouchement. J’ai reconnu l’enfant et j’ai pris un congé paternité pour les accueillir chez moi après la naissance. Nous habitons à trente-cinq kilomètres l’un de l’autre et, puisqu’elle ne conduit pas, je continue à aller les chercher tous les week-ends.

 

Comme elle n’a pas de gros moyens, je remplis aussi leur frigo. Elle ne me demande rien, mais c’est moi qui anticipe, car je veux que mon fils ne manque de rien. Ni de l’affection de chacun de ses parents, ni de confort. Bien sûr, cette situation m’empêche d’avoir une nouvelle vie sentimentale stable, car je ne connais pas de femme qui accepterait de voir débarquer mon fils et sa mère une fois par semaine. Il y a quelque temps, je lui ai demandé de reprendre la vie commune. Elle a refusé. Elle a dit : “Moi, mon homme, c’est mon fils.” Maintenant je souffre de ne pas voir le petit plus souvent. Comme un père divorcé. »

 

Certains, à l’opposé d’Olivier, perçoivent d’abord l’enfant non désiré comme un futur instrument de chantage affectif ou financier, et voient se profiler les exigences de pensions alimentaires. Ce qui les pousse dans leurs retranchements.

 

Une absence de recours

 
Didier, 39 ans, qui avait des relations « purement sexuelles » avec une jeune femme, est encore sous le choc : « Elle prenait la pilule, et un jour, il y a près de trois ans, elle me téléphone pour m’annoncer : “Ça y est, tu m’as remplie !” Elle m’avait affirmé qu’elle ne me causerait pas de problème, puisqu’elle savait que j’étais avec quelqu’un depuis plusieurs années… Et il n’y a pas longtemps, je reçois une lettre d’un tribunal pour une action de recherche en paternité… J’ai du mal à me mettre dans la tête d’assumer cette paternité. Pour moi, ce sera pour toujours l’enfant d’un mépris et d’un dégoût ! »

 

A ces hommes « victimisés » par l’autonomie des femmes, on pourrait répondre qu’ils n’ont qu’à prendre eux aussi leurs responsabilités en enfilant un préservatif. Ce n’est pas si simple, constate Martin Winckler, médecin et écrivain : « Pour avoir reçu des centaines de couples et d’individus des deux sexes, je sais que la vie est compliquée. Le désir change, les relations aussi, le dialogue n’est pas toujours plein et clair, ni d’un côté ni de l’autre. Ni les hommes ni les femmes ne sont des robots. Et si les hommes peuvent utiliser un préservatif, ils n’ont pas de raisons de le faire quand chacun des partenaires a fait un test VIH, ou que la femme indique qu’elle n’en veut pas, par exemple. » La pilule pour hommes aurait-elle un avenir ?

 

Témoignages


Annabelle, 34 ans, seule avec son fils de 3 ans:

« Je ne peux pas m’imaginer en mère de famille »

 

« Je ne me suis jamais suffisamment bien entendu avec un homme pour vivre avec. Je n’aime pas partager le quotidien, j’aime être amoureuse, séduire, m’amuser. Etre amante en somme. C’est pour ça que je ne peux pas m’imaginer en mère de famille avec mari et enfant, j’aurais l’impression de m’enterrer vivante. Mais ce n’est pas pour autant que j’avais envie de me priver d’enfant. Je gagne bien ma vie et je suis autonome économiquement.

 
De voir mes copines autour de moi avoir des bébés les unes après les autres, ça m’a donné un désir fou d’en faire autant. Mes amis m’ont mise en garde sur le fait qu’il serait lourd d’être une mère célibataire, mais moi, à les regarder vivre, ce que je trouvais lourd, c’était de s’organiser en famille. D’ailleurs, je ne voulais pas forcément que le père ne joue aucun rôle dans la vie de mon enfant, mais je refusais que cela crée un lien conjugal entre nous.

 
J’ai eu une liaison avec un comédien que je trouvais intelligent et fantasque. Je me suis dit que c’était le géniteur idéal et je me suis débrouillée pour tomber enceinte. Plus tard, lorsque je lui ai annoncé la nouvelle, je lui ai dit qu’il n’était obligé à rien. Il a disparu le temps de la grossesse, il n’a pas reconnu l’enfant mais, depuis sa naissance, il se débrouille pour passer régulièrement par la ville où j’habite pour le voir. Et l’autre jour, il lui a demandé de l’appeler “papa”. »

 

Fabien, 29 ans, fils unique:

« Qui est mon père ? »

 

« Je suis le fils unique d’une mère institutrice engagée dans la pédagogie Freinet, mouvement très tourné vers l’épanouissement de l’enfant. C’étaient les années 1970, elle avait 27 ans, envie d’indépendance, et ne se voyait pas vivre en couple. Elle n’a pas demandé son avis à mon père. Pour elle, c’était juste un géniteur. Il connaissait cependant mon existence puisqu’il m’a vu bébé, jusqu’à l’âge de 2 ou 3 ans.

 
Moi, il ne m’en reste qu’une image mentale. Ma mère a tenu à m’élever seule, sans présence masculine. Je ne peux pas dire que j’en ai souffert puisque je n’avais pas de point de comparaison – mon meilleur copain était dans le même cas – et que l’on ne m’a jamais caché l’histoire de ma naissance. Il n’y avait pas de zones d’ombre et je ne me posais pas de questions morales sur un supposé égoïsme de ma mère. Simplement, je n’imaginais pas l’existence de mon père.

 
Jusqu’à ces dernières années, lorsqu’un collègue de bureau – qui a l’âge de mon père – m’a dit : “Tu as un père.” Ç’a été une première prise de conscience. Elle a été renforcée par le fait que je suis en couple avec une jeune femme d’origine coréenne, qui a été adoptée et qui fait actuellement des recherches sur ses parents biologiques. Nous avons envie d’un enfant, et l’idée de paternité me taraude. Je ne me demande pas : “Qu’est-ce qu’un père ?”, mais “Qui est mon père ?”

 
Je me suis donc très récemment lancé à sa recherche. J’ai demandé des détails biographiques à ma mère. Elle m’a demandé pourquoi je le recherchais et s’est montrée inquiète et protectrice. Sa question était : “Qu’est-ce que tu vas trouver ?” Je n’en sais rien, mais cette quête est devenue une obsession. J’ai effectué un vrai travail de détective et j’ai enfin pu le localiser. Je lui ai téléphoné.

 
Il a tout de suite compris que j’étais son fils et il est resté très calme pendant cette conversation. Je ne lui ai rien demandé, je ne veux pas débouler dans sa vie et troubler sa famille. La balle est maintenant dans son camp. Il a mes coordonnées et il peut me rappeler quand il veut. Je sais que ça n’est pas facile pour lui. Il doit se demander ce que je peux bien lui vouloir. Mais je ne veux rien. Rien d’autre qu’un signe de sa part. »

 

Cliquez ci-dessous pour écouter l'émission :

 

France-Culture

Portrait de deux hommes – Antoine, 32 ans et Moshé, 68 ans.
Tous les deux sont assistés par la même avocate, maître Mary Plard.

 

Une "paternité imposée" désigne les cas de paternités non désirées, parfois subitement révélées, des mois ou des années après la naissance de l’enfant, par SMS, appel téléphonique ou une simple assignation en justice. Ces pères, piégés, se retrouvent alors confrontés à l’autorité judiciaire qui refuse de leur reconnaître la liberté de choisir d’être père ou non.

 

Ce sujet, au cœur de la question de l’égalité hommes-femmes, des décennies après les combats féministes consacrés par les lois sur la contraception et l’avortement, conduit à une question encore taboue dans notre société : un homme est-il obligé de reconnaître un enfant qu’il n’a pas désiré ? La loi doit-elle évoluer au nom de l’égalité hommes-femmes ?

 
Stanilas De Haldat pour psychologie.com / Document France Culture.

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Actualité-sociologie
10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 12:17

L'écrivain et chroniqueur Roger-Pol Droit part à la rencontre de philosophes issus d’autres horizons. Ensemble, ils explorent leurs différences et retrouvent la matrice commune de la pensée. Aujourd’hui, il dialogue avec le Sénégalais Souleymane Bachir Diagne, professeur à l'université de Columbia.

 

diagneune-238432-jpg_132821.JPGRencontre avec un philosophe venu d'ailleurs...

 

Bachir et moi sommes amis depuis une bonne vingtaine d’années, mais il m’étonne encore. La clarté et la pertinence de sa pensée, la singularité de sa démarche ont peu d’équivalent, à mon avis. Il inflige surtout un démenti cinglant, et vivant, à tous ceux qui croient impossible d’être à la fois musulman, philosophe, démocrate et rationaliste. Né au Sénégal, élève d’Althusser et de Derrida à l’Ecole normale de la rue d’Ulm, diplômé de Harvard, ancien conseiller du président Abdou Diouf, il a enseigné au Sénégal avant de rejoindre la Northwestern University (Chicago) et aujourd’hui Columbia (New York). Ses travaux ont porté successivement sur la logique et l’algèbre de Boole, l’oeuvre de Senghor, la philosophie en islam, et sont tous marqués par une prose exacte et lumineuse. Entre les langues, les cultures, les disciplines, comment s’agence aujourd’hui le parcours d’un philosophe ? C’est ce que nous nous sommes demandé.
 
Roger-Pol Droit : Pour ma part, je définis volontiers les philosophes comme des « passeurs de frontières » parce que leur mission propre est de traverser toutes sortes de barrières et clôtures, en commençant par celles qui s’élèvent entre les disciplines en raison de la spécialisation des savoirs. Les philosophes ne peuvent plus et ne doivent plus se contenter de ruminer uniquement les questions dites « philosophiques ». Il leur faut, au contraire, aller camper chez d’autres tribus – chez les mathématiciens ou les ethnologues, chez les biologistes ou les écrivains, et dans bien d’autres lieux encore – pour tenter de comprendre comment la pensée s’organise dans cette contrée, de quelle manière s’oriente le regard des habitants. Il me semble que c’est là une des leçons essentielles que nous a transmises notre maître commun, le philosophe Jean-Toussaint Desanti (1914-2002) qui avait acquis la nationalité de mathématicien, si j’ose dire, afin de saisir du dedans comment fonctionne ce langage. Es-tu d’accord, Souleymane, avec cette définition ?
 

Souleymane Bachir Diagne : Je suis totalement en accord avec cette idée : pour être philosophe, il faut parler une autre langue que celle que l’on considère être immédiatement celle de la philosophie. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai travaillé avec Desanti sur l’histoire de la rencontre entre les mathématiques et la logique, qui était traditionnellement une discipline philosophique et qui aujourd’hui s’écrit dans les signes de l’algèbre. Je crois que j’ai également traduit, dans ce travail, ce qui était ma propre instabilité entre mathématiques et philosophie. Après mon baccalauréat, je suis en effet venu en France, depuis mon Sénégal natal, avec deux lettres en poche : l’une m’admettait en khâgne pour faire de la philosophie, l’autre à l’Insa de Lyon pour devenir ingénieur. Cette hésitation ne m’a jamais quitté. Se tenir à la frontière entre les disciplines, je crois avoir compris par ce premier travail ce que tu veux dire par là. Mais une autre instabilité, que je connais bien, consiste à vivre entre plusieurs cultures, plusieurs langues.

 

R.-P.D. : Le voyage entre les langues est effectivement un exercice majeur pour la pensée. De l’une à l’autre, les frontières ne sont jamais infranchissables, sinon la traduction serait impossible, et nous ne serions plus en mesure de nous comprendre. Toutefois, chacune opère un découpage spécifique de la réalité, et met en oeuvre des schémas mentaux qui lui sont propres. Ceci entretient un rapport direct avec la philosophie qui s’est développée dans certaines langues et pas dans d’autres. Ma langue maternelle est le français, et j’ai été éduqué dans les autres langues de la philosophie (le grec et le latin, l’allemand, l’anglais). Ce n’est que dans un deuxième temps que j’ai dû m’initier à d’autres langues, en particulier le sanskrit, pour découvrir de nouveaux paysages mentaux. Il m’a fallu quitter une certaine terre natale pour entrevoir des perspectives différentes. Et toi ?

 

S.B.D. : Venir en France faire mes études signifiait m’installer dans la langue française, qui a toujours été ma langue, et penser philosophiquement dans cette langue. Aujourd’hui, habitant aux Etats-Unis, j’ai dû m’installer dans la langue anglaise, me mettre à penser philosophiquement en anglais. Cela m’a conduit à considérer autrement la relation que je pouvais avoir avec le wolof, mon autre langue maternelle. Est-ce que je voulais avoir une langue n’ayant d’autre signification pour moi que privée ? Penser la littérature, la philosophie ou la science uniquement en français ou en anglais ? Voilà une grande question qui se pose aujourd’hui en Afrique, chez beaucoup de philosophes parfaitement installés dans les langues de travail qui sont les leurs, français ou anglais, mais qui ont le sentiment que leur langue maternelle a quelque chose à leur apprendre et à leur dire de leurs pratiques philosophiques.
 
Va paraître aux Etats-Unis, en décembre, un ouvrage dirigé par un de mes anciens étudiants qui a demandé à des philosophes africains installés aux Etats-Unis – nous sommes une dizaine – d’écrire chacun un texte philosophique dans sa langue avec une traduction anglaise en vis-à-vis. Pour écrire un texte philosophique directement en wolof, j’ai utilisé un artifice. Je me suis mis dans la situation de Socrate dialoguant avec un de ses interlocuteurs, et j’ai centré mon texte sur les concepts de vérité et de tradition. Ceci n’est pas sans relation avec notre entretien d’aujourd’hui puisque le propos consiste à montrer que nous ne devons pas suivre la traduction simplement parce qu’elle est la tradition et qu’elle détiendrait sa vérité d’un passé millénaire. Evidemment, ces personnages sont en désaccord parce que je ne crois pas qu’une langue, même si elle nous incline vers certaines attitudes, nous enferme dans une seule manière de penser. Si tous ceux qui parlent une même langue devaient penser de la même manière, ce serait une douleur sans nom…
 

R.-P.D. : Heureusement, il y a le dialogue ! On oublie que dia, en grec ancien, signifie « à travers » : un dialogue n’est pas du tout, comme on le pense, le fait d’être deux à parler, mais l’acte de traverser la parole et la pensée par la conversation. L’équivalent latin, c’est tra ou trans qui se retrouve dans « traduction », « transfert », « transport »,etc. Il s’agit toujours de n’être jamais ancré dans une seule place, mais porté par le mouvement qui traverse différents lieux. Une question majeure est de savoir si toutes les religions peuvent être réellement traversées par ce voyage, car on bute évidemment sur la question de la Révélation. S’il existe des vérités révélées, le voyage du philosophe n’est-il pas arrêté ? Avec le bouddhisme, sujet de plusieurs de mes livres, cette difficulté n’existe pas. Mais avec l’islam, auquel tu as consacré de nombreux travaux, on peut avoir l’impression qu’à un moment donné, la liberté de critique se soumet à une autorité extérieure.

  

S.B.D. : D’abord, un mot sur ce que tu viens de dire, sur le sens des mots « dialogue » et « traduction » qui me semble très important. Tu te souviens d’Umberto Eco disant : « La langue de l’Europe, c’est la traduction.» J’aurais envie d’élargir son propos et de dire que la langue de l’humanité, c’est la traduction. D’ailleurs, c’est par des traductions qu’a commencé la philosophie dans les sociétés islamiques, traductions des oeuvres grecques, à partir du syriaque qui a été l’intermédiaire entre le grec et l’arabe, puis des traductions directes.Y a-t-il conflit avec la Révélation? Cela peut arriver, car l’exigence critique de la philosophie doit être la même partout et son acte premier est de tenir à distance l’objet qu’elle examine. Or, la religion semble s’interdire cette prise de distance qui lui apparaît hostile ou hérétique, en tout cas condamnable. Averroès répond à cela : si la vérité que je découvre par la raison semble contredire la Révélation, ce qui est dit par la Révélation doit être interprété de manière à s’accorder avec ce que dit la raison. Les implications de ce principe peuvent être immenses. C’est cet esprit que nous devons retrouver aujourd’hui.  

 

Source: http://www.cles.com/

Partager cet article

Published by Cabinet.psy70-Luxeuil.fr - dans Dossier Psychanalyse

Soins conventionnels :

- Etat dépréssif

- Troubles anxieux

- Situations de crise

- Troubles compulsifs

- Hypnothérapie médicale

 

  Nouveau site internet :

  http://www.psychologie-luxeuil-70.com/

Rechercher

Soins spécifiques :

- Souffrances au travail 

- Thérapie de couple ou familiale

- Suivi scolaire et aide à l'orientation 

- Communication et relations publiques

- Facultés attentionnelles et concentration

Université Populaire UPL :

AP_circle_logo.jpeg
              
 
France bleu - Trommenschlager / Neuromarketing
 

Liens

setonly.png     cerveau-et-psycho.jpeg

collège DF   France-Culture

Pages externes