22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 12:39

La violence conjugale n'est pas toujours l'apanage des mâles

 

Pour le mouvement féministe, les femmes sont les victimes d'une société fondamentalement patriarcale. "Un grand nombre d'affaires mettant en cause des maris violents ont confirmé cette théorie".

  

Mais les statistiques, au Canada, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, montrent qu'en moyenne les femmes ne sont pas moins agressives que les hommes à l'égard de leur conjoint ou même de leurs enfants. Cette réalité, certes, ne cadre pas avec nos préjugés. C'est pourquoi, très souvent, les hommes battus sont traités de mauviettes... ou de menteurs. Patricia Pearson, auteur d'un essai sur le "mythe de l'innocence", livre les résultats de son enquête sur ce sujet encore tabou.

 

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Jusqu'à ce que sa vie tombe en lambeaux, Peter Swann (pseudonyme) vivait dans un monde qui lui semblait bon et sensé. A la trentaine, il avait un travail stable comme ingénieur à la municipalité et il élevait sa petite fille de 7 ans, Grace, dans une maison haut perchée sur les falaises herbeuses du lac Ontario, à l'est de Toronto. Là, il pouvait se consacrer à son amour de la nature : grimper sur le toit, par les nuits claires d'été, pour montrer les étoiles à Grace dans son télescope, faire avec elle des virées en VTT au milieu des innombrables ravins du grand parc animalier près de Toronto. Il remplissait la maison de toutes sortes de petits trésors : un aquarium de poissons rares, une collection de roches. Parfois, il exhumait un autre trésor, le vieux phonographe de sa mère, pour apprendre à sa fille les refrains de vieilles chansons qu'il connaissait bien.

  
Lorsque Grace arriva à la puberté et fut sujette aux sautes d'humeur qui caractérisent cette période, il se dit qu'il était temps de nouer une liaison avec une femme, dans l'espoir qu'elle puisse jouer le rôle de mère pour sa fille. La mère de Grace s'était évanouie dans la nature, peu après que le Secours catholique pour l'enfance l'eut poursuivie pour violences et eut confié la garde de l'enfant à Peter. Récupérer Grace l'avait rendu fou de bonheur. L'élever était sa mission. Enfant, lui-même avait été abandonné par ses parents et confié à une famille d'adoption, mais sa fille, elle, grandirait auprès de son père.

  
En 1989, un ami commun présenta Peter à une aide-soignante prénommée Dana, dont le mariage avait été un échec. Dana était une femme brillante et sympathique, et Peter attribuait son tempérament emporté aux frustrations qu'elle avait endurées avec son mari, qui semblait avoir été un butor. "Ils n'arrêtaient pas de se battre, raconte-t-il. Elle le frappait jusque dans leur lit. Elle le frappait au visage. Lui croyait que c'était pour rire. Les gens, je vous assure...", dit Peter en mimant la consternation. "Je me disais : je ne suis pas comme lui, alors, nous deux, ce sera différent. J'ai un caractère plus facile ; je n'ai pas la même personnalité."

  
Les liens entre Peter et Dana ne tardèrent pas à devenir très étroits. Quelques mois plus tard, elle emménageait chez lui, tout en conservant son emploi d'aide-soignante, un travail qu'elle aimait et dont elle s'acquittait très bien. Ils semblaient faits pour s'entendre : deux personnes épanouies dans leur travail, avec un enfant à élever. Trois existences bien remplies. Il n'y avait qu'une seule ombre au tableau : le mauvais caractère de Dana, que Peter avait cru pouvoir attribuer à son ressentiment à l'égard de son premier mari, ne s'adoucissait pas. Loin de la calmer, le tempérament doux et fuyant de Peter semblait attiser ses accès de rage. "Elle s'était mise à faire d'un grain de sable une montagne", dit-il. Brusquement, il se met à parler au présent, comme s'il était de nouveau dans leur cuisine, ou dans son bureau du sous-sol, et que quelque chose avait franchi une invisible clôture. "Elle rentre du travail, descend et commence à me hurler dessus et à fracasser de toutes ses forces des objets sur les murs. Je ne sais pas quoi faire. Qu'est-ce qui lui prend ? J'ai pourtant nettoyé la cuisine et payé les factures... Tout cela me traverse l'esprit, et je reste planté là, paralysé, vous voyez ce que je veux dire, désemparé, à me demander ce que je pourrais bien faire pour la calmer. Rien à faire. Et paf ! et bing ! elle me frappe."

  
Peter aurait dû comprendre - il se le reproche amèrement - que les accès de violence de Dana allaient continuer, et que sa réticence à y répondre par des plaisanteries crues et des coups en retour, comme l'avait fait l'ex-mari de Dana, ne serait pas plus efficace pour calmer une fureur qui n'était pas spécialement dirigée contre lui. C'était plutôt une sorte de maelström d'émotions venues de l'enfance. Peter était littéralement pétrifié par les colères de sa compagne. "Je suis devenu de plus en plus passif." Quelle que fût la raison qui la mettait dans un tel état de violence, il ne voulait pas entrer dans son jeu.

   
"Elle était incapable d'accepter les compromis, explique-t-il. Ou bien les choses se faisaient à son idée, ou bien elle refusait tout. Elle me tyrannisait, me frappait, me tyrannisait, me frappait. Elle saisissait le premier prétexte venu. Elle me disait que j'étais un nullard, que je buvais trop, que ma famille était nulle, et moi, un pauvre type. Elle me lançait des carnets d'adresses à couverture en métal au visage, des cendriers. Mais ce n'étaient que des bleus, après tout." Il allume une autre cigarette et se frotte le front, de plus en plus gêné. "Au bureau, les copains me disaient : 'Qu'est-ce qui t'est arrivé ? - Oh, rien, je suis tombé.' Plus tard, je leur ai raconté. 'Sors-toi de ce pétrin', me disaient-ils." Il secoue sa cigarette au-dessus du cendrier, le manque, puis se lève pour prendre son cochon d'Inde dans ses bras. "J'ai essayé de m'en sortir, mais je n'ai pas... je ne savais vraiment pas comment faire. Je me disais : nous avons une maison, j'ai ma fille près de moi, à nous deux nous gagnons 52 000 dollars par an [environ 300 000 FF]. A la fin, elle exigeait que je lui remette mon salaire. Je devais mendier pour un paquet de cigarettes, comme un chien. Je ne m'en rendais pas compte, j'étais idiot, d'accord ? Je suis une mauviette, d'accord ? C'est dur à dire. C'est dur à dire, pour un homme."

 
Mais Peter est bien obligé de le dire, puisque Dana est partie. Son emploi, sa maison, son télescope, tout ce qu'il possédait a disparu aussi, même son phonographe. Il vit aujourd'hui dans une pension, avec son cochon d'Inde pour toute famille. Le tort qu'a eu Peter Swann, c'est d'avoir rencontré et épousé une brute au féminin, une femme coléreuse, tyrannique et manipulatrice, qui a fini par le quitter en emportant tout ce qui était sa vie, y compris sa fille de 13 ans.

  
Les femmes qui battent leur conjoint ne sont pas censées exister, et pourtant elles existent. L'idée que, dans un couple, la violence se dirige exclusivement contre les femmes est si profondément ancrée dans la conscience occidentale qu'il est presque impossible de comprendre l'histoire de Peter Swann. La plupart d'entre nous pensent que le pouvoir masculin est à la source de toute violence, que celle-ci s'exerce en privé ou en public. Qu'importe si ce sont les femmes qui sont responsables de la majorité des infanticides aux Etats-Unis, qui maltraitent leurs enfants plus souvent que les hommes, qui commettent tant de violences sur les membres de leur famille et des agressions sur les personnes âgées, environ le quart des viols d'enfants et l'écrasante majorité des meurtres de nouveau-nés. La violence conjugale, c'est ce que les hommes font subir aux femmes, des femmes de tous âges et de toutes conditions, qui reçoivent en pleine face le sombre poing du patriarcat. Même si nous reconnaissons que les femmes aussi frappent leurs enfants, nous sommes incapables d'aller plus loin et d'imaginer qu'elles puissent frapper un homme. Même quand nous voyons un homme se faire casser le nez, perdre son travail, se retrouver en plein désarroi émotionnel, nous continuons à nous dire : c'est un homme. Il aurait pu rendre les coups. Il aurait pu rendre les coups en cognant plus fort.

  
Les hommes, c'est vrai, ont un crochet du gauche plus puissant. Mais la dynamique de la violence conjugale n'a rien à voir avec l'affrontement de deux boxeurs de poids différent sur un ring. Dans un couple, il existe des stratégies relationnelles et des facteurs psychologiques qui annulent la donnée de la force physique. Au coeur du problème se trouve cette question : lequel des deux partenaires - du fait de son tempérament, de sa personnalité ou de son histoire personnelle - a la volonté de faire du mal à l'autre ? Au vu des informations qui émanent du milieu homosexuel nord-américain, on rencontre autant de violence dans les couples de femmes homosexuelles que dans les couples hétérosexuels : la volonté de faire du mal n'est pas l'apanage des hommes. Ceux qui sont confrontés à des hommes battus sont souvent sceptiques du fait de l'absence de traces de coups. Il est rare qu'un homme (ou une femme homosexuelle) battu sorte de sa mésaventure sentimentale comme Hedda Nussbaum, cette New-Yorkaise dont le concubin, Joel Steinberg, fut condamné en 1988 pour avoir battu à mort leur fille adoptive, Lisa. Lorsque Hedda Nussbaum témoigna à la barre, les caméras de télévision filmèrent de façon si saisissante son visage affreusement tuméfié, avec son oreille en chou-fleur et son nez de boxeur, qu'elle devint aussitôt l'emblème de la femme battue. Chaque fois qu'une féministe affirme qu'une Américaine sur quatre a été battue par son partenaire, l'image de Hedda Nussbaum vient à l'esprit.

  
En réalité, des victimes comme cette femme se situent au point extrême des violences qui s'exercent dans le cadre de relations amoureuses et conjugales : 4 % des femmes subissent des agressions de ce type. La majorité des couples happés par la spirale de la violence commettent des actes de moindre gravité, dont les femmes sont aussi souvent les instigatrices que les hommes : les gifles, le verre qu'on brise, les morsures, les pincements furieux, le fusil que l'on agite, le coup de pied dans l'estomac, le coup de genou dans les parties. Ajoutez-y l'invisible vague de violence verbale qui submerge les foyers américains, les enfants utilisés à des fins de chantage, la destruction de biens, la communauté prise à témoin comme moyen de pression, et vous obtenez un tableau de la violence ordinaire beaucoup plus complexe que celui suggéré par le visage tuméfié d'une femme dans le cadre d'un procès navrant.

  
Les informations qui ont permis de révéler pour la première fois l'existence des hommes battus sont apparues dans une enquête publiée en 1980 par trois spécialistes de la violence familiale du New Hampshire : Murray Straus, Richard Gelles et Suzanne Steinmetz. Leur étude, menée auprès de 2 143 foyers américains pris au hasard, a montré que les brutalités étaient autant le fait des femmes que des hommes : 11,6 % des femmes et 12 % des hommes reconnaissaient frapper, gifler ou donner des coups de pied à leur partenaire. Or, pour les féministes, l'idée que les hommes puissent passer pour des victimes n'avait tout simplement aucun sens. Elle ne cadrait pas avec leur analyse fondamentale des brutalités subies par les femmes - à savoir qu'elles étaient la conséquence logique de la domination politique, économique et idéologique du mâle. Si les femmes étaient si manifestement sous le joug des hommes dans la société, comment pouvait-on s'attendre à ce qu'il en aille différemment en privé ? Les féministes craignaient, par ailleurs, que les résultats de l'enquête du New Hampshire ne soient utilisés pour minimiser le cas des femmes battues, un peu comme ces hommes, avocats, juges ou politiciens, qui vous disent : "Vous voyez ? Elle aussi, elle le fait." Affaire classée.

    
En conséquence, on accusa aussitôt Straus et Gelles, les principaux auteurs de cette enquête, d'avoir été tendancieux dans leur démarche. Se retrouvant sur le banc des accusés, tous deux remanièrent leur questionnaire et interrogèrent à nouveau plusieurs milliers de couples. Publiés en 1985, leurs résultats furent pratiquement les mêmes, si ce n'est qu'ils avaient découvert en outre que les femmes étaient aussi souvent que les hommes à l'origine des agressions : pour environ un quart des couples, seul l'homme était violent ; pour un autre quart, c'était la femme ; et, pour tous les autres, les deux l'étaient.

    
Une fois encore, un concert de protestations s'ensuivit. Des intellectuels se firent un devoir de prouver que l'amour-propre des hommes était moins atteint que celui des femmes et que les torts causés devaient être appréciés en termes de blessures physiques plutôt que d'intentions : une femme qui se retrouvait avec la mâchoire cassée ne pouvait pas être comparée à un homme comme Peter Swann, qui n'avait reçu qu'un cendrier sur la tête. A vrai dire, l'une et l'autre parties commettaient l'erreur de définir la violence selon des critères "mâles", en ce sens qu'aucune des deux ne prenait en considération les dégâts qu'une femme est capable de causer par une agression indirecte. De surcroît, Straus et Gelles, ainsi que les chercheurs qui ont continué ces travaux, ont découvert que les hommes présentaient souvent des blessures aussi graves. Une étude de 1995 sur les jeunes couples de l'armée américaine, dont on pouvait s'attendre qu'ils fonctionnent plus que quiconque sur le modèle patriarcal, a révélé que 47 % des maris et des femmes s'étaient mutuellement frappés, battus et blessés au même degré.

  
En 1989, une spécialiste des sciences sociales de Winnipeg, Reena Sommer, a effectué pour l'université du Manitoba une enquête sur l'alcoolisme qui a révélé que 39,1 % des femmes interrogées avaient reconnu s'être livrées à des actes de violence sur leur compagnon à un moment ou à un autre de leur relation ; 16,2 % de ces agressions étaient définies comme graves. Reprenant sa liste de départ, Reena Sommer téléphona à 737 des personnes qu'elle avait interrogées ; 90 % des femmes qui avaient reconnu frapper leur partenaire lui dirent qu'elles ne l'avaient pas fait en état de légitime défense. Elles s'étaient montrées violentes par colère, par jalousie, parce qu'elles étaient sous l'emprise de la drogue ou frustrées. Que ce soit de façon rationnelle ou irrationnelle, sous le coup de la colère ou froidement, elles avaient frappé, donné des coups de pied, cassé des objets et mordu leur conjoint, et 14 % de ceux-ci avaient dû être hospitalisés.

  
Une enquête sur la violence à l'encontre des femmes, effectuée en 1978 par la Commission du Kentucky, a révélé que 38 % des agressions commises dans cet Etat étaient dues à des femmes, mais ces chiffres n'apparurent pas dans le rapport publié sur cette enquête. Ces faits ont été découverts plusieurs années plus tard par d'autres chercheurs. A Detroit, la vague d'admissions aux urgences à la suite de violences familiales a été largement rapportée par les féministes comme une preuve des brutalités subies par les femmes. Personne n'a précisé aux médias que 38 % de ces admissions concernaient des hommes. Au Canada, le gouvernement fédéral a consacré 250 000 dollars [environ 1,4 million de FF] à un programme de recherche sur la violence dans les relations amoureuses. En 1993, le responsable de ce programme, le sociologue Walter DeKeseredy, de l'université Carleton, n'a révélé que les informations qui avaient trait aux femmes victimes de violences, ce qui a provoqué une vaste campagne de presse en faveur des femmes battues et donné l'impression que les campus canadiens étaient autant de bastions d'une misogynie brutale. Or les agressions commises par les femmes lors des relations préconjugales sont parmi les mieux documentées. Quoi qu'il en soit, DeKeseredy affirmait, dans un entretien téléphonique de 1994, que "le syndrome du mari battu est une arme à double tranchant. Les hommes se servent de ces informations pour intimider les femmes." En vérité, les hommes n'utilisent pas ces informations, car les chercheurs les gardent généralement pour eux.

  
Par un tiède après-midi d'octobre, à Toronto, Steve Easton est assis sous le porche de sa petite maison de bois délabrée. Un petit chat gris passe paresseusement la tête par la fenêtre, perché sur une pile de prospectus ronéotypés de l'Association Easton pour la prévention de la violence familiale, qui chapeaute des groupes de soutien aussi bien pour les femmes que pour les hommes battus. Il est difficile d'évaluer ce que l'on peut attendre d'un homme qui se dit lui-même "homme battu" - quelqu'un qui aurait l'air hypersensible, fragile, marginal et qui offrirait une infusion à son hôte. Mais Easton, âgé de 31 ans, a l'allure d'un de ces jeunes étudiants tout droit sortis d'une publicité pour la bière Budweiser. Il est soigné, bien bâti, arbore un brushing impeccable et porte une chemise du dernier chic.

  
Easton se moquait pas mal de la question de la violence domestique jusqu'à ce qu'il tombe amoureux, à 22 ans, et s'enfonce de plus en plus dans une relation explosive qui l'a complètement traumatisé. Son amie, Ursula, avait vu sa propre mère frapper son père. Elle abordait sa vie amoureuse de la même manière, traitant Steve d'"enculé" et de "connard". Elle lui disait comment s'habiller pour aller au bureau, sous prétexte que telle ou telle cravate ou chemise allait attirer ses collègues féminines. Si par malheur il faisait fi de ses diktats, il retrouvait à son retour sa garde-robe réduite en cendres. Ursula refusait, comme l'avait fait Dana avec Peter, qu'il sorte avec ses copains. S'il passait outre, elle le laissait passer la nuit dehors. Il n'avait pas le droit de lire le Toronto Sun, à cause des photos de belles filles en bikini que le journal publie chaque jour, sous prétexte que c'était la preuve qu'il courait après les autres femmes. Quand elle commençait la bagarre, elle le pourchassait d'une pièce à l'autre à travers la maison et lui faisait passer des nuits blanches en lui hurlant : "Je n'en ai pas encore fini avec toi !" Epuisé, il arrivait souvent au travail en retard. Ursula le frappait, lui lançait des bouteilles et des livres au visage, et le fit même passer à travers la fenêtre de leur salle à manger. Mais ce n'est que le jour où il la frappa à son tour qu'Easton résolut de la quitter.

  
Sans toit et désormais sans travail, il chercha une aide. Un organisme, Education Wife Assault, lui donna un petit livre intitulé Pourquoi les violences contre les hommes sont un leurre. D'autres centres d'entraide et des organismes d'aide familiale eurent la même attitude, reflétant l'opinion d'une journaliste en vue de Toronto, Michele Landsberg, qui avait écrit dans un article : "La prochaine fois que l'avocat d'un homme commence à radoter sur les 'hommes battus', mettez ses preuves en doute et posez-vous des questions sur ses mobiles. Vous pouvez être sûr qu'il ne s'appuie sur rien de véridique, et qu'il le sait."

  
Depuis qu'elle a vu le jour, en 1993, l'Association Easton - perpétuellement à court d'argent - reçoit de 3 à 10 appels par jour, soit 1 000 à 4 000 par an, de la part d'hommes qui vivent des relations de violence dont ils ne parviennent pas à s'extirper. Les raisons qui les en empêchent sont aussi variées que celles des femmes : ils sont inquiets pour leurs enfants, ont perdu leur emploi ou ont des revenus faibles et n'ont pas les moyens de se reloger. Certains hommes aiment leur femme et ne souhaitent pas la quitter, ils voudraient seulement qu'elle adopte un autre comportement ; d'autres sont trop déprimés pour se reprendre en main ou se sont réfugiés dans l'alcool et n'ont plus aucune volonté ; certains encore croient qu'ils peuvent tenir le coup, mais n'y arrivent pas. Aucune de ces raisons ne doit nous surprendre : les hommes ont parfois le coeur brisé et ils peuvent tenir passionnément à leurs enfants. Et puis le patriarcat peut bien régir l'économie, ça n'empêche pas des millions d'individus de sexe masculin d'être démunis. Pourtant, comme le découvrit Easton après avoir fondé son groupe, la politique qui voulait à une époque voir dans la violence familiale une affaire d'ordre privé proclame aujourd'hui que c'est une affaire de femmes. Les hommes ne peuvent plus - si tant est qu'ils aient jamais pu le faire - se poser en victimes eux aussi.

 
Vers la fin des années 80, les féministes et les intellectuels au coeur du mouvement de défense des femmes battues sont devenus très manichéens dans leurs distinctions entre l'homme et la femme. Si les femmes étaient fondamentalement sans reproche, on en déduisait avec de plus en plus de certitude que les hommes étaient fondamentalement à blâmer, au point que chercher les mobiles de leurs actes passait pour leur trouver des "excuses". Les mauvais traitements subis dans l'enfance n'étaient pas une raison, c'était une excuse. Même chose pour les pathologies individuelles, la dynamique du couple, les circonstances personnelles - jusqu'à ce que ce domaine d'investigation soit déclaré zone interdite.

 
Au Canada, le rapport final de l'enquête gouvernementale sur la violence à l'encontre des femmes, qui avait nécessité la collaboration des experts de toutes les Provinces pendant plusieurs années et qui avait coûté plusieurs millions de dollars, concluait en 1993 : "Si un homme brutalise sa femme, c'est parce qu'il a le privilège et les moyens de pouvoir le faire." Dix millions de dollars pour accoucher d'un cliché. Ceux qui conseillent les acteurs de la politique aux Etats-Unis virent leur opinion résumée dans le numéro spécial de Ms. sur les femmes battues : "Les chercheurs commencent maintenant à examiner les auteurs de ces violences, écrivait Ann Jones. C'est toujours la même chanson. Personne ne veut admettre que les hommes le font parce qu'ils aiment ça." Ce qui avait commencé comme une discussion nuancée sur l'un des volets des relations humaines les plus difficiles à cerner était réduit au triomphe du sectarisme le plus étroit. Les hommes sont mauvais. Les femmes sont bonnes. Violence domestique veut dire des femmes que l'on bat, et le premier qui reçoit le poing d'une femme en pleine figure est un menteur ou un malade.

   
Les recherches sur les raisons qui poussent les femmes hétérosexuelles à la violence et sur ce qu'elles ressentent sont quasi inexistantes. Les études qui ont été faites indiquent qu'elles forment un groupe très hétérogène, qui n'obéit pas aux clichés simplistes. Parmi les causes possibles, l'une des plus plausibles, pour les hommes comme pour les femmes, est peut-être ce qu'on appelle la "transmission de la violence d'une génération à l'autre". Une femme violente répète le type de communication qu'elle a appris dans sa jeunesse. Elle a vu sa mère frapper son père, ou bien elle se battait avec ses frères et soeurs. Le modèle familial est une force si puissante qu'il dépasse le conditionnement des sexes. D'après une étude récente, les enfants qui ont été battus par leur père tendent à se comporter en victimes une fois adultes, filles et garçons pareillement. En revanche, ceux qui ont été battus par leur mère deviendront plutôt des bourreaux. Quant aux causes de ces comportements, une hypothèse avance que, du fait qu'ils incarnent l'autorité, les hommes inculquent aux enfants des habitudes de soumission pour le restant de leur existence. Les femmes, elles, sont la figure de l'éducation. Elles ont davantage tendance à inculquer à leurs enfants leur propre mode d'expression émotionnelle.

  
Cela pourrait expliquer, en tout cas, pourquoi un homme qui a été battu dans son enfance peut accepter d'être brutalisé par sa partenaire. "Près de 80 % des hommes qui suivent notre programme ont été battus au cours de leur enfance. De même que leurs femmes. Qui se ressemble s'assemble", explique Easton. Peu après être tombé amoureux d'Ursula, Easton avait commencé à comprendre qu'elle n'était pas sûre de lui, parce que l'amour, pour elle, avait toujours été enrobé dans l'amer contexte des injures et des coups.

  
Une personne qui a été battue et délaissée dans son enfance peut en avoir conservé un souvenir si douloureux que sa vulnérabilité émotionnelle se traduit pratiquement pour elle comme une menace sur sa vie. Avoir besoin de quelqu'un, lui faire confiance, se rappelle-t-elle, cela veut dire souffrir comme un chien. Les femmes qui éprouvent cela sont peut-être les plus exposées à utiliser la violence comme une arme. Elles ont besoin de dominer et de rabaisser leur partenaire pour pouvoir se sentir en sécurité avec lui, pour se convaincre qu'elles ne sont pas le plus faible des deux. "La domination commence avec le besoin de nier la dépendance", observe la psychanalyste Jessica Benjamin. "La conséquence première de cette inaptitude à concilier dépendance et indépendance est la transformation du besoin de l'autre en une domination de l'autre."
Je t'aime. Donc tu me terrifies. Donc je dois te terrasser.

   

Cet article est adapté d'un essai paru dans When She Was Bad : Women and the Myth of Innocence [Quand elle était vilaine : les femmes et le mythe de l'innocence], éd. Random House of Canada.

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 16:06

France-Culture

 

-Une pétition de "l'appel des appels"-

 

Premiers signataires:

Vincent de Gaulejac, Université Paris Diderot, sociologie

Roland Gori, Université d’Aix-Marseille, psychopathologie

Jean Philippe Bouilloud, ESCP-EAP, Gestion

Marie-José Del Volgo, Faculté de médecine d’Aix-Marseille

Christian Laval, Université de Nanterre, sociologie

Christine Delory Monberger, Université Paris XIII, Sciences de l’éducation

Danièle Linhart, CNRS, Sociologie

Florence Giust Desprairies, Université Paris Diderot, psychosociologie sociale

Danilo Martuccelli, Université Paris Descartes, sociologie

Yves Polack, CHU Bicat-Beaujon, Médecine

Jean Pol Tassin, Collège de France – Paris 6 Pierre et Marie Curie, neurobiologie

Barbara Cassin, CNRS, philosophie

Ingrid France Université Pierre Mendès-France Grenoble, économie

Michel Chauvière, CNRS, sociologie

Fabrice Leroy, Université Lille 3, psychopathologie

 

Aujourd’hui, il devient chaque jour plus évident que la mise en place des réformes récentes au sein de l’Université, de l’Education Nationale et des organismes de recherche (Loi de Réforme des Universités, Révision Générale des Politiques Publiques, Evaluations AERES) heurte de front les valeurs qui nous animent et nos missions premières : produire de la connaissance et partager le savoir.

 

Les paradigmes qui la sous-tendent sont ceux qui inspiraient, en son temps, les politiques de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Le New Public Management est né aux mêmes sources que les théories néo-libérales. Conçu dans les multinationales, il a servi de modèle pour « moderniser » les entreprises publiques et réformer les institutions publiques. Les réformes actuelles mettent en œuvre les mêmes principes : la rentabilité plutôt que l’intérêt général, la compétition plutôt que la coopération, la concurrence plutôt que la solidarité, l’utilité productiviste plutôt que l’amélioration du bien être collectif.

La recherche de la haute performance devient le critère ultime pour exister. Cette conception utilitariste de l’excellence produit l’exclusion et intensifie la lutte des places dans tous les secteurs. Le management par projet nous conduit à passer plus de temps pour acquérir les moyens de travailler qu’à travailler vraiment. Il affecte les ressources à des projets incertains en les réduisant d’autant pour nos activités d’enseignement et de recherche. L’évaluation prescriptive et quantitative pervertit les fondements même de la recherche, fondés sur la discussion publique, l’argumentation et la controverse.

 

L’idéologie des ressources humaines instrumentalise l’humain pour le soumettre à des critères de productivité immédiate et de rentabilité. La culture de l’urgence nous entraîne dans une course permanente qui empêche de prendre le temps de la réflexion et de la critique. Les exigences opérationnelles envahissent l’institution au détriment de nos tâches premières. Les primes, les classements et la segmentation des statuts cassent nos collectifs de travail, renforcent le chacun pour soi, le découragement et la déception car « un gagnant » produit de fait une multitude de perdants. La reconnaissance n’est plus celle que confère le « travail bien fait » mais dépend de grilles et de critères d’évaluation importés de l’extérieur. Comme si  l’objectif de gagner des places au classement de Shanghai était l’alpha et l’oméga de la nouvelle gouvernance universitaire.

 

Nous avons aimé notre université. Nous l’avons servie avec passion. Aujourd’hui l’amour du métier se délite, nous assistons à la montée du découragement, du dépit et de la colère. L’institution ne cherche plus à nous donner les moyens d’assurer notre mission, elle nous délivre des injonctions contradictoires en multipliant les projets, les évaluations, les appels d’offre, les réorganisations, qui n’améliorent en rien nos conditions de travail, l’accueil des étudiants, le suivi de nos recherches.

 

Si certains projets sont porteurs de nouvelles possibilités et peuvent contribuer à une plus grande indépendance des chercheurs, nous récusons les logiques évaluatrices de l’AERES, du Ministère de l’Enseignement et la Recherche, des ANR, des pôles d’excellence (PRES), des projets de Labex et  d’Idex. Nous refusons une politique destinée à classer les établissements, les laboratoires, les chercheurs, les publications, les formations et à éliminer tout ce qui n’entre pas dans les normes prescriptives qu’elle met en œuvre. Nous contestons une forme de gestion qui distille une philosophie contraire à l’esprit de service public et aux valeurs qui fondent l’exercice de nos métiers : l’imagination, la curiosité, le non-conformisme et la coopération au service d’un monde commun.

 

Nous affirmons notre volonté de rebâtir une université de tous les savoirs et pour tous les publics et notre souhait de nous mobiliser sur le cœur de notre métier, l’enseignement et la recherche, plutôt que nous engager dans une organisation par projets qui nous oblige à investir dans l’aléatoire. Nous vous invitons à rejoindre l’Appel des Appels et tous les mouvements de résistance qui s’organisent dans toutes les institutions de la République confrontées à l’idéologie managériale et à la nouvelle gestion publique.

   

Signez la petition sur le site: www.appeldesappels.org/petition/

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 16:30

Une émission de France Inter, diffusée le 30 octobre 2011, avec Roland Gori.

On a beaucoup parlé cette semaine d'agences de notation, de dégradation de notes, de crise de l'Europe et ...de gros sous. Mais comment construire un monde différent, comment le penser quand les chiffres et les notations nous imposent leur loi...

 

-Cliquez sur le logo pour écouter le podcast-

 

France-inter2

invité(s)

Roland Gori

-Psychanalyste et un des fondateurs de l'Appel des appels-
-Auteur du dernier ouvrage: La dignité de penser-

 

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 16:31

"Quand Diogène le cynique rentre dans son tonneau !"

  

onfray-le-point.jpg

  

Après une analyse sur deux années: on s’aperçoit désormais que la couche de population endoctrinée par ses enseignements est peu portée vers le savoir et l'ouverture d'esprit, mais recherche plutôt un guide pour canaliser la haine ou la frustration envers le système, souvent (comme par hasard), refoulée derrière une façade épicurienne et de belles rhétoriques.

  

Les personnes plus ouvertes, souvent la classe moyenne, sont indifférentes ou savent relativiser ses écrits, qui semblent plutôt extrêmes... voire radicaux !

 

onfray-sarko.jpgLe gavage médiatique qui a duré plusieurs années a également joué en sa défaveur. Comme des oies trop remplies, les français "refoulent" désormais Onfray jusque dans ses émissions télévisées...

   

Malgré le grand renfort du groupe France Télévision (sous l'égide du gouvernement), du journal Le Point (de tendance libérale !) et du secours de Franz-Olivier Giesbert (anciennement Le Figaro, toujours de droite), la destruction programmée de la psychanalyse n'a pas eu lieu ; au grand désarroi du Triumvirat cité ci-dessus et de la neurologie moderne, qui comptait bien gagner beaucoup d'argent sur le dos de l'ignorance humaine !

 

La psychanalyse n'a pas vocation à être politique. "La psychanalyse de gauche" est un concept gentillet, mais cela fait longtemps déjà qu'elle a évolué vers l'empathie et la tangibilité... Il s'agissait donc bien, par déduction, d'une volonté politique qui ne dit pas son nom.

 

A présent que ce cap est franchi, la psychanalyse va pouvoir reprendre ses activités, essentiellement liées à la guérison, et continuer à porter des messages humanistes en direction d'une psychiatrie qui a perdu son chemin !

 

En fin de compte: "personne ne peut déformer la vérité, absolument personne... ce qui est juste demeure indivisible et immuable". Tous les efforts pour briser cette loi naturelle se sont vus réduits en cendres, le maître Onfray et ses disciples en ont fait les frais à travers la stigmatisation de leur mouvement. Ils sont devenus les victimes de leur propre obstination. 

  

onfray-camus.jpg

  "slogan-choc pour tenter d'endiguer la baisse de fréquentation et la baisse des ventes"


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Voici une analyse pimentée mais néanmoins réaliste de ce polémiste : 

 

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 18:04

France-Culture-copie-1 

 

Alain-Gérard Slama, essayiste, journaliste et historien, analyse ce fait de société qui s'accroît de façon exponentielle !  Cliquez sur le logo France Culture pour écouter le podcast de la chronique.

 

Les incivilités : une notion difficile à définir


  • L’apparition du terme incivilities remonte au début des années 1970 aux États-Unis. Mais, c’est en 1982 que deux chercheurs, Kelling et Wilson, développent, à la suite du sociologue Erving Goffman, les implications de la notion, en se fondant sur la théorie dite de "la vitre brisée". En 1993, un chercheur français, Sebastian Roché s’intéresse à cette notion au regard de la situation de la délinquance en France.
  • Si la définition traditionnelle de "civilité" correspond à "l’observation des convenances, des bonnes manières en usage dans un groupe social", la définition du terme "incivilité", lui-même n’est pas aisée. Sebastian Roché les définit comme un "ensemble de nuisances sociales extraordinairement variées qui ne blessent pas physiquement les personnes, mais bousculent les règles élémentaires de la vie sociale qui permettent la confiance". Les comportements qu’elle recouvre sont des crachats, graffitis sur les murs des villes, dégradations de biens publics, attroupements d’individus potentiellement menaçants, bruit dans les immeubles d’habitation, insultes dans la vie quotidienne, manque de respect envers les personnes âgées...
  • La difficulté principale est que cette notion sociologique englobe à la fois des comportements gênants, mais qui ne sont pas pénalement sanctionnés, et d’autres qui constituent de vraies infractions. Des débats ont lieu autour de cette notion. Certains considèrent que l’expression masque de réelles infractions et une partie de la délinquance, d’autres récusent cette formulation qui légitimerait l’établissement insidieux d’un appareil répressif public et privé.

 

Les incivilités remettent en cause le bon fonctionnement de notre société


  • Les incivilités sont perçues comme un défi à l’ordre public. Le problème central ne réside pas dans les actes commis, mais dans leurs conséquences. En effet, plusieurs travaux sociologiques semblent souligner que la multiplication des incivilités, notamment dans un lieu géographiquement limité (ex : un quartier), accroît le sentiment d’insécurité, mais aussi la délinquance, dès lors que les mécanismes informels de contrôle disparaissent.
  • Le lien entre les citoyens s’estompe et une méfiance généralisée s’installe. Ces atteintes à l’ordre public sont destructrices des interactions de civilité et, finalement, de la confiance nécessaire à un bon fonctionnement de la société.
  • Il faut cependant souligner la réelle difficulté à évaluer ce phénomène qui n’est pas sans lien avec l’imprécision de sa définition. Les chiffres mesurant la forte croissance des violences urbaines, ont été critiqués car ils posent des problèmes d’interprétations. De même, le discours sur les incivilités, qui les associe à la peur de l’insécurité et qui les assimile à la jeunesse et à l’immigration, doit être interrogé.

 

Des solutions difficiles à élaborer


  • Depuis 1997, des contrats locaux de sécurité ont été signés, impliquant tous les acteurs de la sécurité (policiers, magistrats, élus locaux, éducateurs...), et dont l’un des buts est de lutter contre ces phénomènes.
  • La police de proximité lancée dans certains départements depuis 1999, est généralisée en 2002. Enfin, des Maisons de justice et du droit, expérimentées depuis 1990 et consacrées par la loi du 18 décembre 1998, assurent une présence judiciaire dans une commune ou un quartier sensible.
  • Les solutions paraissent cependant difficiles à élaborer. Il est en effet nécessaire de rechercher un équilibre pour les politiques de sécurité afin d’empêcher la désertion de l’espace public sans pour autant instaurer un contrôle permanent.
  • Les pouvoirs publics semblent conscients de cette difficulté : en septembre 1999, lors d’une rencontre qui avait pour thème le bilan des contrats locaux de sécurité, le Garde des Sceaux a mis en garde contre le caractère vague du terme "incivilités" et rappelé que les forces de l’ordre ne pouvaient réprimer que des infractions prévues par la loi.
  • La loi pour la sécurité intérieure de 2003 transforme pourtant certaines incivilités en délits (ex : occupation des halls d’immeubles).

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 16:33

  Qu'est-ce qu'être juge, et que devient le métier?

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Serge Portelli est juge et vice-président au tribunal de Paris, président de la 12e Chambre correctionnelle. Il a été conseiller auprès du président de l’Assemblée nationale et doyen des juges d'instruction au tribunal de Créteil. Serge Portelli est également membre du syndicat de la magistrature, ce dernier étant marqué à gauche.

Serge Portelli est régulièrement invité par les médias en raison de nombreux ouvrages qu'il a écrit sur les questions de maltraitance des enfants, sur le traitement de la récidive et sur la réforme de la Justice.

   

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 Colloque organisé par l'association Droit et Démocratie le 24 mars 2011 - "Dérives sécuritaires et recul des libertés"- Intervention de M. Serge Portelli ( vice président au tribunal de grande instance de Paris) " Peut-on encore juger dans une société sécuritaire?"

    

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 07:10

France-Culture-copie-1

 

-Ecouter le documentaire "Le champ des possibles": cliquez sur le logo France Culture ci-dessus-

 

 

La carte d'identité biométrique fait son retour au Parlement. Le débat reste très discuté car le vaste fichier mis en place par le gouvernement concentrera les informations détaillées de plus de 45 milions de nos concitoyens... à la disposition de tous. Donc, potentiellement une atteinte très grave à la vie privée, à la liberté et à l'intimité d'un individu !

 

Autrefois, on reconnaissait l'appartenance d'un serviteur à la marque au fer rouge visible sur son corps... Aujourd'hui, le fichage est la suite logique et moderne du "traçage de l'individu"  tout au long de sa vie. Celui-ci devra donc se montrer exemplaire et docile pour espérer vivre dans de pseudos bonnes conditions !

 

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Plusieurs années après l'échec du projet INES (Identité nationale électronique sécurisée), les sénateurs Jean-René Lecerf et Michel Houel ont déposé une proposition de loi dite "relative à la protection de l'identité". Objectif affiché : "mettre fin aux problèmes d'usurpation d'identité", estimée à plusieurs centaines de milliers par an, même si l'on n'a dénombré "que" 14 000 plaintes effectives en 2009.

  

Concrètement, le texte propose d'intégrer deux puces au précieux document. La première stockerait l'état civil de son propriétaire (nom, prénoms, sexe, date de naissance, lieu de naissance, adresse) et certaines caractéristiques physiques (taille, couleur des yeux, photographie, empreintes digitales). La seconde, facultative, serait une sorte de signature électronique destinée à protéger de la fraude lors de transactions en ligne.

 

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Un projet "a minima":

 

Reste que pour les détracteurs du projet, le problème réside avant tout dans le principe même de collecte et de stockage de données biométriques, qui constituent à leurs yeux une atteinte à la vie privée, quel que soit l'usage qu'on en fait. Quant à la portée symbolique du texte, son auteur Jean-René Lecerf, qui a fait de la lutte contre l'usurpation d'identité son cheval de bataille et qui en était déjà à l'origine en 2005, reconnaît, lui, plus volontiers une dimension sécuritaire. À tel point qu'il s'étonne lui-même que la proposition n'ait pas figuré dans l'arsenal juridique de la loi Loppsi (Loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure). "J'en avais parlé à Brice Hortefeux lorsqu'il était ministre de l'Intérieur... Il a jugé préférable de traiter le problème à part, plus tard", explique-t-il. Selon le sénateur Lecerf, le ministre de l'Intérieur actuel, Claude Guéant, lui aurait fait savoir qu'il était favorable au projet. Voire plus. Si aujourd'hui il reste une initiative parlementaire, ce projet de loi "a minima" pourrait bien, à l'avenir, être renforcé par le gouvernement avec des amendements un peu plus musclés.

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 16:00

"Partout en France, la psychanalyse, détentrice de connaissances et de savoir-faire reconnu (notamment dans les rapports humains) n'a jamais été aussi malmenée par les autorités. Celle-ci est, en effet, devenue incompatible avec les intérêts de la « neuro-économie moderne », régentée par les grands laboratoires pharmaceutiques.

 

Les spécialistes de la médecine humaniste sont, au nom de la rentabilité, évincés et remplacés par des médecins plus dociles et assujettis aux méthodes cognitivo-comportementales… Ce qui laisse le champ libre aux traitements allopathiques, dont la prescription s’effectue à moyen et long terme, puisque la source des souffrances n’est jamais prise en compte dans ce type de thérapies ! ... ( voir l'article suivant: Envoyé Spécial )".

 

 

- LE MONDE BOUGE - Psychanalyste et spécialiste reconnue de la maltraitance dans l'entreprise, Marie Pezé a été, il y a un an (en 2009), licenciée du centre hospitalier où elle avait créé la première consultation spécialisée “souffrance et travail”. Aujourd'hui, elle rebondit avec un livre et un site web.

  

Marie Pezé. Photo : Valérie Couteron.

 

Cette femme est un roc. La dureté n'empêche pourtant pas la fragilité... Marie Pezé s'est plus d'une fois retrouvée à terre. Elle s'est toujours relevée, mais elle en garde des traces. Il y a tout juste un an, cette psychanalyste et spécialiste reconnue de la maltraitance dans le monde de l'entreprise a été douloureusement licenciée par le Centre d'accueil et de soins hospitaliers (Cash) de Nanterre. Ironie de l'histoire, c'est dans cet hôpital qu'elle avait créé, en 1997, la première consultation spécialisée « souffrance et travail ».L'idée a essaimé : trente-cinq autres ont vu le jour un peu partout en France. La sienne a été fermée après son départ forcé.

   

Ecœurée, fatiguée, Marie Pezé a vacillé avant de trouver dans le soutien de ses enfants l'énergie de poursuivre son combat. Elle a saisi la justice pour solder ses comptes avec son passé au Cash de Nanterre, puis s'est consacrée à l'écriture d'un nouveau livre, "Travailler à armes égales", et au lancement d'un site financé avec ses indemnités de licenciement. Point commun des deux entreprises qui viennent de voir le jour : donner des outils (ou des armes) pour lutter contre ceux qui abîment les travailleurs à force de dégrader le travail.

  

Tout y est : description des techniques de management pathogènes, guides pratiques pour comprendre les ressorts de la souffrance au travail, moyens de la combattre, conseils juridiques, forums... Ce livre et ce site le prouvent : il existe des ­remèdes efficaces pour combattre la souffrance au travail. Ils ­devraient être prescrits par la Sécurité sociale.

  

Le site de Marie Pezé : souffrance-et-travail.com

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 08:59

- Deux excellents programmes de l'émission Les pieds sur terre, sur France Culture- 

 

France-Culture-copie-1       

Quand les directives de la hiérarchie vont à l'encontre des droits et principes fondamentaux de la république, faut-il se soumettre ou s'indigner... au nom du bien commun ?

 

 

Les désobéissants du service public:

Cliquez sur le lien suivant 

 


http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10078-24.05.2011-ITEMA_20287196-0.mp3

 

 

Agents Pôle Emploi, gardes forestier, agents ERDF, professeurs des écoles, agents territoriaux... Aujourd'hui ils ne reconnaissent plus les valeurs pour lesquelles ils ont choisi d'exercer leur métier. Dans l'ombre ou publiquement, ils préfèrent désobéir plutôt que démissionner.

 

Reportage : Pauline Maucort

Réalisation : Julie Beressi

 

 

Désobéir en psychiatrie:

Cliquez sur le lien suivant

     

 

http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/10078-25.05.2011-ITEMA_20287417-0.mp3

  

  

Les règles sont édictées pour le bien commun, mais ils les contournent au nom de ce même bien commun. Deux jeunes psychiatres nous donnent leurs interprétations de ces contradictions, et révèlent quelques unes de leurs techniques de survie en milieu psychiatrique.

 

Reportage : Pauline Maucort

Réalisation : Nicolas Berger

 


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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 08:57

-Ecole privée ou publique?

-Quel avenir pour une société homogène?

  

Résumé et vidéo: ( en 3 parties )

 

Les craintes de la classe moyenne face aux évolutions économiques et sociales lui font rechercher à tout prix le moyen de rester dans l'excellence et de se rapprocher autant que possible des classes aisées.

   

C'est pourquoi les familles qui le peuvent encore misent le plus souvent sur l'enseignement privé pour leurs enfants. Les meilleures conditions de travail et l'encadrement plus strict qu'elles pensent y trouver les rassurent sur les chances de leur progéniture dans un futur encore plus concurrentiel, comme en témoignent les propos recueillis à Hambourg ou à Lyon. De même, le choix d'une résidence fermée dans un quartier privilégié leur donne le sentiment de continuer à vivre dans un univers homogène et sécurisé.

   

Ce repli sur soi ne fait bien sûr que renforcer le recul de la solidarité et de la tolérance, mais la plupart refusent de voir dans cette évolution une véritable menace pour l'avenir.

 

 



  

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