27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 13:54

Le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa a été remarqué en France depuis la traduction en 2010 d'Accélération : une critique sociale du temps, complété depuis par une synthèse et mise à jour de ce livre dans Accélération et aliénation...

 

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Pour Hartmut Rosa, le temps a longtemps été négligé dans les analyses des sciences sociales sur la modernité au profit des processus de rationalisation ou d'individualisation. Pourtant, selon lui, l'accélération est la caractéristique de la société moderne. Dans ses essais, il en livre une taxonomie intéressante expliquant que l'accélération sociale que nous connaissons découle de l'accélération technique, de celle du changement social et de celle de nos rythmes de vie qui se manifeste par un stress, une aliénation toujours plus grande qui nous rend de plus en plus incapables d'habiter le monde (vous pourrez trouver une très bonne synthèse de la thèse de Rosa dans le numéro de janvier 2013 de Rhizome (.pdf), le bulletin de l’Observatoire des pratiques en santé mentale et précarité).


Invité par l'Insa de Lyon, il donnait une conférence jeudi auprès d'une foule d'étudiants à la bibliothèque Marie Curie du Campus de la Doua, sur le thème "la technologie est-elle responsable de l'accélération du monde ?".

"Mon livre explique que l'essence et la nature de la modernité reposent sur l'accélération", attaque Hartmut Rosa. Pour lui, notre monde contemporain repose sur son dynamisme, qui n'a d'autre but que de mettre en mouvement le monde matériel, social et idéel.

  

Pour comprendre ce qu'est l'accélération du monde, il faut comprendre ce que signifie la lenteur, estime Rosa. La lenteur est une richesse de temps. Elle correspond à un état dans lequel on dispose de suffisamment de temps pour faire ce que l'on doit faire, au temps qui nous reste après avoir tout fait. L'état de lenteur, c'est quand il nous reste encore du temps disponible librement... En Allemand Muße (qui signifie le loisir, la créativité) est le contraire de l'ennui. "La lenteur c'est le sentiment de ne pas être sous la pression d'une urgence, de ne pas être obligé de faire une chose sans en avoir le temps." La richesse temporelle n'est ni l'ennui, ni une décélération contrainte, mais elle est avant tout un élément d'autonomie.


"Le rêve de la modernité c'est que la technique nous permette d'acquérir la richesse temporelle. L'idée qui la sous-tend est que l'accélération technique nous permette de faire plus de choses par unité de temps." Et c'est bien ce que la technique a permis, souligne Rosa, en pointant du doigt la rapidité introduite par la technique. Les voitures roulent de plus en plus vite, nous permettant dans le même laps de temps d'aller toujours plus loin. Grâce à la technique, nous avons copié les connaissances de plus en plus rapidement : avant l'imprimerie, il fallait copier un livre à la main, puis la technologie nous a permis de l'imprimer, puis de le photocopier, et désormais de les télécharger via l'internet. Les ordinateurs eux-mêmes n'ont cessé d'augmenter leurs performances, c'est-à-dire le nombre d'opérations qu'ils savent accomplir par unité de temps.


"La conséquence de cette accélération technologique c'est qu'on a besoin de moins en moins de temps pour réaliser une tâche, une activité précise. La quantité de ressources temporelles libres croit. Pour faire 10 km ou recopier un livre ou produire une image, nous avons besoin de beaucoup moins de temps que nos ancêtres."

Pourquoi n'avons-nous pas plus de temps libre ?

Nous devrions donc avoir plus de temps libre que jamais, puisque nous avons besoin de moins de temps pour faire les choses, en conclut le philosophe. En 1964, le magazine Life ne s'inquiétait-il pas déjà, légitimement, que le plus important problème de société auquel nous serions confrontés demain serait de savoir ce que nous ferions de ce temps libre...


Pourtant, ce n'est pas ce qu'il s'est passé. La prédiction ne s'est pas réalisée. Nous ne disposons pas de plus de temps : nous en avons toujours trop peu. Nous vivons dans une pénurie de temps, une "famine temporelle", comme la décrivait en 1999 les sociologues américains John Robinson et Geoffrey Godbey dans Time for Life : The Surprising Ways Americans Use Their Time.


"Toutes les sociétés modernes sont caractérisées par une pénurie de temps : plus une société est moderne, moins elle a de temps". Ce n'est pas le pétrole qui nous manquera un jour, mais bien plutôt le temps, ironise le philosophe. Plus on économise le temps et moins on vit.


Comment expliquer cela ? D'où est-ce que ça vient ? Un économiste suédois a proposé un axiome : la richesse du temps est inversement proportionnelle à la richesse matérielle. "Plus on est riche matériellement, plus on devient pauvre en ressource temporelle. Il applique cela à toutes les cultures du monde" : plus les sociétés sont riches, plus les gens sont stressés. Dans les cultures les moins développées, les gens sont pauvres en bien matériel, mais ils ont du temps. Avec la modernisation, l'enrichissement matériel de la société, l'allure des gens devient plus rapide. Un chercheur américain a constaté que plus la société est riche, plus les gens se déplacent rapidement. Cette différence se retrouve aussi dans les groupes sociaux : plus un groupe social est riche, plus il va ressentir la pénurie de temps. Et cet axiome s'applique également aux individus, où on trouve un lien entre le statut économique des individus et le manque de temps.

L'accélération n'est pas la faute de la technique

"Mais pourquoi est-ce ainsi, alors que le progrès matériel devrait nous libérer du temps ?" Pour Hartmut Rosa, c'est le rapport entre croissance et accélération qui explique cela. Car l'accélération permet de gagner du temps libre si et seulement si la quantité d'activité reste la même. Mais ce n'est pas le cas ! La croissance de l'activité est plus importante que l'accélération.

 
Quand on allait à pied à son travail, à 5 km de chez soi, il fallait compter une heure. Maintenant que l'on prend nos voitures, nous pouvons faire ces 5 km en 10 minutes et en gagner potentiellement 50. Mais nous n'habitons plus à 5 km de notre travail, mais à 30 km, ce qui fait qu'on passe toujours une heure à nous déplacer... Dans ce cas, le taux de croissance est le même que le taux d'accélération : il faut le même temps pour faire un déplacement plus long. Et bien souvent, en fait, nous n'habitons plus à 30 km, mais à 60 km, ce qui fait qu'on a perdu une heure plutôt que gagner 50 minutes ! Ici, le taux de croissance est supérieur au taux d'accélération. Avant, admettons qu'il nous fallait une demi-heure pour rédiger 4 lettres. Mais aujourd'hui, en une demi-heure, nous traitons bien plus d'e-mails. Nous sommes devenus plus rapides, mais nous avons également plus d'interactions à gérer, et donc plus de stress. "La pénurie de temps n'est pas due au progrès technologique, mais au fait que la croissance est plus importante que l'accélération."

 

Vers 1900, une maison moyenne comportait 400 objets différents. Aujourd'hui, elle en compte environ 10 000. Cette augmentation quantitative fait qu'on a moins de temps pour s'occuper de chaque objet. Avec une machine à laver, on passe moins de temps à laver le linge, mais on le lave plus souvent. Même chose pour le transport, on a doublé notre vitesse, mais on a quadruplé les distances parcourues...


"L'accélération n'est pas la faute de la technique. On peut imaginer un monde où grâce au progrès technique on pourrait arriver à dégager un excédent de temps, si le taux de croissance n'était pas si fort. Le progrès technique élargit notre horizon et nos possibilités de vie. Il change la perception des possibilités et des obstacles et modifie aussi les attentes sociales, tant ce que nous attendons des autres que ce qu'ils attendent de nous. La technologie permet l'accélération du rythme de vie, mais ne l'impose pas. Elle nous donne les moyens d'en disposer librement."

Le temps ne peut pas croître

Si nous avons le sentiment d'être prisonniers d'une roue de cage de hamster, c'est qu'il nous faut comprendre la logique de la modernisation, estime Rosa. "Une société moderne est caractérisée par le fait qu'elle a besoin de la croissance, de l'accélération et de l'innovation pour maintenir le statu quo. Elle doit croître, innover, accélérer pour demeurer stable." C'est une stabilisation toujours dynamique. Nos économistes ne cessent de nous répéter que l'économie doit croître. Que s'il n'y a pas suffisamment de croissance, nous connaîtrons chômage, crise et écroulement de l'État-providence... Une société moderne ne peut donc se maintenir qu'au prix de la croissance, de l'innovation et de l'accélération. C'est la logique même du capitalisme, explique Hartmut Rosa. C'est également la logique des sciences modernes qui ne cherchent pas tant à conserver et transmettre le savoir que de produire sans cesse de nouvelles connaissances et en accélérer le rythme. C'est la logique de la politique et du droit, qui cherchent sans cesse à raccourcir les temps d'élection et à produire de nouvelles lois. C'est aussi la logique des arts et de la littérature : qui nous demandent d'être dynamique, originaux plutôt que de produire de la Mimèsis. La stabilisation par la croissance est l'essence de la modernité, pas celle de la technique.


"La modernité signifie mettre en mouvement de plus en plus rapidement le monde matériel, social et idéel. Nous aspirons à multiplier les choses, les contacts, notre horizon d'options... L'aspiration essentielle de la modernité est d'agrandir l'espace des possibilités... Cette aspiration créée inévitablement un problème temporel, car dans ce schéma, le temps est l'élément qui ne peut pas être multiplié. On ne peut pas augmenter la quantité de temps. On peut le compresser, mais pas l'agrandir. Nous vivons dans une société de croissance et le temps, lui ne peut pas croitre."

 

 

Nous sommes bien dans les trois dimensions de l'accélération : l'accélération technique (la communication, les transports... mais aussi la pollution), l'accélération sociale (celle du changement social qui nous déstabilise) et l'accélération des rythmes de vie (qui est une tentative de réponse au phénomène global, qui nous pousse à faire plus de choses par unité de temps). Ces trois dimensions forment un système clos, où chaque composante se nourrit l’une l’autre, accélérant encore l'accélération. Ces trois dimensions sont également poussées par trois forces motrices : l'argent et la compétition qui en sont le moteur économique (le temps, c'est de l'argent) ; la différenciation fonctionnelle (la division du travail notamment) ; et le moteur culturel (la promesse de l'accélération). "Cette promesse repose sur la perspective de notre mort, de notre propre finitude. Avant d'en arriver là, nous voulons tous faire des millions de choses. Si on se dépêche, on peut faire plein de choses avant de mourir. Si on double la vitesse de notre vie, on peut peut-être en vivre deux. Si on augmente la vitesse à l'infini, atteindrons-nous la vie éternelle avant de mourir ?". Bien sûr, cela ne marche pas vraiment, ironise le philosophe.

 

Mais cela traduit cet aspect culturel qui relie notre idée d'une "bonne vie" à la vitesse. La promesse d'accélération est autant connectée à l'idée de liberté qu'à celle d'éternité. Le résultat de ce système est une logique d'escalade de la vitesse, de la croissance et de l'innovation. Le problème est qu'il nous faut toujours plus d'énergie (physique, individuelle, collective...) pour entretenir cette stabilisation dynamique, pour maintenir le statu quo. Nous devons faire toujours plus d'efforts pour tenir l'évolution du monde, pour rester compétitifs...

Les limites de l'accélération

Cette stabilisation dynamique n'est plus perçue comme un progrès. Nous avons l'impression d'un mouvement, d'une augmentation sans progrès. Nous avons le sentiment que l'innovation, l'accélération et la croissance ne permettent plus de réaliser quelque chose de nouveau, de progressif... Mais elles sont entretenues uniquement pour éviter la crise, la catastrophe.


Sans compter que tous les domaines ne peuvent être accélérés, comme le montre la crise écologique. Beaucoup de ressources ne sont pas assez rapides pour la société. Nous produisons trop de matières toxiques, nous allons trop vite pour l'environnement. La crise psychologique (la dépression, le burn ou) est une réaction à un monde devenu trop rapide, à une situation où il faut courir toujours plus vite sans arriver quelque part, un monde sans reconnaissance. L'accélération explique aussi la crise démocratique, car la démocratie est un système politique qui demande du temps pour délibérer, pour produire de la concertation, du consensus...

Alors que faire ? "Que peut-on faire ? Peut-on construire un monde où la technique produise de la richesse de temps pour nous ? Peut-on imaginer une société qui ne se stabiliserait pas de manière dynamique ?"

 

C'est en tout cas ce sur quoi travaille désormais le philosophe avec plusieurs collègues à l'université de Iéna, autour du programme Dépasser la société de croissance. L'idée est de trouver un monde qui peut croitre, accélérer ou innover, mais qui ne doit pas croitre pour rester en place, pour maintenir son propre état, son propre statu quo. "On travaille à imaginer une société qui reste moderne" (au sens de la liberté, du pluralisme, de l'égalité...), "démocratique, mais où le progrès technique n'amènerait pas la pénurie de temps." Pour Hartmut Rosa, une telle société ne peut être capitaliste. Elle doit correspondre à une démocratie économique ou une économie démocratique. Pour que cette société soit possible, il est nécessaire d'introduire des réformes économiques, des réformes de l'État providence, qui ne doivent pas faire que répartir les résultats de la croissance, mais introduire notamment le revenu garanti pour casser la logique de compétition. Il nous faut avoir une idée sur ce qu'est la "bonne vie", le "bien vivre" ou "buen vivir" : qu'est-ce qui fait que notre vie est réussie ? C'est une erreur culturelle de penser que la vie est bonne si elle va vite, si elle offre plus d'options, de possibilités. Notre vie est réussie dans les moments de résonnance.

 

"La résonnance, c'est le sentiment que nous agissons dans un contexte qui nous répond, qui s'adresse à nous"... comme on le trouve parfois dans la famille, le travail ou la musique. La résonnance [qui fait écho au concept de reliance du philosophe Patrick Viveret, comme il l'explique dans cette interview pour le magazine Millénaire3 (.pdf)] est le contraire de l'aliénation, quand le monde nous semble inamical, hostile ou silencieux. Il nous faut une autre idée de ce qui fait une bonne vie et éclaircir les conditions structurelles qui font obstacles à cette bonne vie. "C'est à ces conditions seulement qu'on pourra imaginer mettre la technique au service de la lenteur", conclut Harmut Rosa.

Peut-on résister inviduellement à l'accélération ?

En répondant aux questions de l'assistance, Hartmut Rosa précise encore sa pensée. "Longtemps, j'ai pensé qu'il était impossible de résister individuellement à l'accélération, car elle est un problème structurel de la société, comme le soulignait Adorno. On ne peut trouver une solution individuelle à un problème collectif. Si vous décélérez, vous sortez du jeu. Dans la roue de la cage du hamster, nul ne peut ralentir. Mais peut-être est-ce une vision trop sceptique ? On peut trouver de petites formes de résistances individuelles. Beaucoup de jeunes refusent désormais des responsabilités trop élevées, car ils ne veulent pas sacrifier leur vie au travail. Reste que ces résistances ne suffisent pas." Beaucoup de décélérations que l'on rencontre ne sont que fonctionnelles. Les couvre-feux électroniques en entreprises, visant par exemple à interdire l'utilisation de l'e-mail un jour par semaine, peuvent être une piste de solution, si leur objectif n'est pas, en fait, d'augmenter l'efficacité. Le Week-end est devenu la rémunération de notre temps travaillé. La déconnexion est un rêve de bien être, mais n'est qu'une oasis de décélération. C'est profiter d'un état où l'on n'est plus sollicité en permanence, où l'on n'est plus poussé à faire des choses : on peut ne rien faire, car on n'a plus les moyens techniques de faire. Ce qui est sûr, "c'est que les solutions doivent avant tout être des solutions collectives".

 

"Vous expliquez que la lenteur c'est avoir du temps libre", demande quelqu'un du public. "Or, la lenteur, ça peut aussi vouloir dire faire les choses moins vites, à un rythme plus adapté ?"

 

"Ma définition de la lenteur est contestable", reconnaît le philosophe. Mais faire les choses lentement n'est pas nécessairement dans notre nature. Le travail n'est pas seulement un moyen, mais également une fin. Ce que nous faisons, n'est pas une fin en soi, mais un moyen pour obtenir autre chose : de l'argent, s'ouvrir des options plus que les réaliser... Faire lentement n'est attractif que si l'activité qu'on pratique est résonnante avec soi-même. Ce qui nécessite de renverser fondamentalement notre rapport au travail et au monde. Or, le capitalisme et la technologie moderne sont avant tout motivés par l'idée qu'il est important d'avoir le plus d'options possibles et que nos actions aient le plus de portée possible sur le monde. C'est un rapport assez problématique au monde. Faire lentement n'est pas un moyen, mais pourrait être une fin pour la vie bonne. Auquel cas, la technologie ne nous sert à rien, on peut probablement la laisser tomber. Cela rejoint l'idée du Flow élaboré par le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, qui a des points communs avec le concept de résonnance. Mais certains peuvent aussi en abuser pour tenter de rendre le travail plus efficace encore.

Invité à expliciter les buts de son projet de recherche, Hartmut Rosa explique qu'il cherche à identifier les mécanismes qui nous poussent à l'accélération et à la croissance. Comment paralyser ces mécanismes ? Peut-on trouver une économie qui n'aurait pas besoin de croitre ? Quelle pourrait être une économie qui ne soit pas socialiste, mais qui comporterait des éléments de concurrence et de compétition ? Comment avoir un Etat providence qui n'ait pas besoin de puiser dans des ressources de croissance ? Le but est de chercher des alternatives, des possibilités alternatives à la croissance.


Si l'accélération ne cesse de s'emballer, le temps lui ne peut-être augmenté. On arrive peut-être aux limites de ce que l'homme peut supporter physiquement et psychiquement. Le transhumanisme et le posthumanisme sont des moyens pour tenter de repousser ces limites. Ils nous proposent un monde sans humain, comme l'est déjà le monde financier où échanges à haute fréquence se font désormais dans des temps de réaction qui ne sont plus humains. Si on prolonge cette escalade de vitesse, il nous faudra demain dépasser les limites de l'homme. "Si on la refuse, il nous faut trouver les moyens de réduire la vitesse de l'évolution sociale."

  

Hubert Guillaud pour http://internetactu.blog.lemonde.fr/

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 11:03

Première émission par Marie Richeux d'une semaine en forme de décennie: les années 90 nous occuperont jusqu'à vendredi. Notre invité François Cusset, historien des idées, est auteur notamment de La Décennie: le grand cauchemar des années 1980 (La Découverte, 2006). Il dressera avec nous le panorama français de la vie des idées de ce XXème siècle finissant.

 

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Pendant cinq jours, faire avec nos souvenirs et avec l’histoire en train de s’écrire, les quelques vingt ans qui nous séparent des nineties et nos visions hétéroclites. Quel âge avais-tu, toi, en 1990? Si ça sent surtout la poudre, si le monde entre d’un coup dans le territoire national, explosant quelques barrières au passage, pour couleur nineties, sondons-en lignes de force: les idées qui fondent, ou structurent, ou animent, ou défont, cette fin de siècle en France. Justement, comment y sonne la  "rhétorique des fins" selon l'expression de François Cusset? Chute du mur de Berlin, renouvellement de la figure du pouvoir, fin des idéologies tout court.  Une rhétorique à laquelle s’accole l’avènement d’une certaine figure de l’intellectuel engagé. Un devoir de mémoire et une dynamique de commémoration, sans cesse rejoués. Un durcissement républicain et laïc. Sans oublier que les oubliés sont rigoureusement les mêmes que d’habitude, et qu’au beau milieu, en 1995, la rue voit exploser les manifestations que l’on sait.

 

France-Culture

 -Cliquez sur le logo pour écouter l'émission-

 

L’historien des idées François Cusset est notre invité cet après midi. Il a signé La décennie, le grand cauchemar des années 80 aux éditions de La Découverte, paru en 2006.  Avec lui nous irons de la "rhétorique des fins" à la naturalisation d’un pouvoir royalement apolitique, en passant par les grandes manifestations de 1995.


Archives:

Pierre Bourdieu invité de l’émission Arrêt sur images de Daniel Schneidermann sur la chaine la Cinquième (janvier 1996)

Jacques Chirac, élu  président de la république en 1995, discoursqui figure dans L' Anthologie du 20ème siècle par la radio (1978 - 1999) / CD 6 (INA/Frémeaux)

Manifestation à Bordeaux, ville du Premier Ministre Alain Juppé le 5 décembre 1995 ( Inter treize-quatorze, France Inter, Archive INA)

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 07:09

Les hommes sont-ils finis ? Les femmes auraient-elles vraiment pris le pouvoir ? C’est la "thèse provocatrice" de la journaliste américaine Hanna Rosin dans « The End of Men ». Une interview qui fait mâle. Alors, pour ou contre cette thèse ?

 

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« Ils ont du mal à trouver leur place »

 

Julia Dion: Dans votre essai, vous soutenez que « la fin des hommes » est arrivée, c’est de la provocation ?
Hanna Rosin. Bien sûr, mais pas seulement ! Mon livre est le fruit d’une enquête menée pendant deux ans aux Etats-Unis auprès de couples et de femmes célibataires, avec ou sans enfants, de tous horizons sociaux et culturels. J’ai constaté que « Plastic Woman », la femme inventive, l’a emporté sur « Carton Man », l’homme incapable de se remettre en question. « Plastic Woman » est partie à la conquête de nouveaux territoires (travail, politique...) sans renoncer aux anciens (maison, éducation des enfants...). Plusieurs professions se sont féminisées, alors qu’aucun métier ne s’est franchement masculinisé. Les hommes que j’ai rencontrés sont tétanisés à l’idée d’embrasser de nouveaux rôles : aide-soignant, père à plein temps... Ils ont du mal à trouver leur place.

 

JD. Ce déclin des hommes découlerait selon vous d’une dégringolade économique ?
Hanna Rosin. Tout à fait. Nous sommes passés d’une société industrielle à une économie de services. La force naturelle des hommes n’est plus déterminante dans la course aux jobs. En 1950, un homme sur vingt ne travaillait pas. Aujourd’hui, c’est un homme sur cinq qui est au chômage. Dans le même temps, les femmes sont devenues majoritaires dans la population active américaine. En France, elles représentent 58 % des médecins de moins de 35 ans et près d’une Brésilienne sur trois gagne plus d’argent que son mari.

 

JD. Le décrochage des hommes se jouerait dès l’école ?
Hanna Rosin. Dans le monde entier, à l’exception de l’Afrique, les femmes sont majoritaires dans les universités. Aux Etats-Unis, certaines facs commencent même à appliquer des « quotas » en faveur des étudiants mâles. C’est encore tabou, mais la discrimination positive vis-à-vis des garçons, ça existe.

 

« L'homme est devenu du superflu, de l'accessoire »

 

JD. En quoi cette prise de pouvoir économique des femmes bouleverse-t-elle leur relation privée, voire intime, avec les hommes ?
Hanna Rosin. Plus diplômées, plus indépendantes économiquement et plus sûres d’elles socialement, les femmes peuvent choisir de se marier plus tard, voire du tout ! La plupart des jeunes femmes que j’ai croisées déclarent ne pas avoir « besoin d’un homme » pour vivre. J’ai vu des banlieues entières, en Alabama, dans le Nevada, en Floride, se transformer en véritables matriarcats, régentés par des mères de famille qui remboursent le crédit de la maison et qui décident de tout, de l’éducation des enfants jusqu’à l’achat de la voiture... Que reste-t-il aux hommes ? Les miettes.

 

JD. Vous évoquez aussi les conséquences de cette domination féminine sur le plan sexuel...
Hanna Rosin. Certaines jeunes femmes ont tendance à sélectionner leur copain afin qu’il ne fasse pas barrière à leur carrière. L’homme est devenu du superflu, de l’accessoire. Donc, elles multiplient les expériences sexuelles, adoptent un comportement de prédatrices... et expérimentent de plus en plus la sodomie. En 1992, 16 % des 18-24 ans disaient avoir essayé ; aujourd’hui, elles sont 40 %. C’est un bon indicateur de la « plasticité sexuelle » des femmes et de leur prise de pouvoir progressive au lit. Elles retournent cet acte sexuel de soumission à leur avantage en le désirant. La sodomie est en train de devenir dans leur esprit une pratique sexuelle banale.

 

« Un monde de femmes, ce n'est pas le nirvana »

 

JD. Et les hommes, comment vivent-ils cette chute de leur piédestal ?
Hanna Rosin. Parfois comme une « castration » sociale. Je donne l’exemple de David, 29 ans, éditeur de magazines à Vancouver et qui se déclare « pour l’égalité professionnelle », rejette le statut de « chef de famille » et se dit même plutôt « content » que sa copine gagne plus d’argent que lui. Mais, dès qu’elle sort sa carte bancaire au restaurant, il est mal à l’aise. Même chez les hommes plus jeunes, leur capacité à entretenir leur famille reste l’étalon de la virilité. En plus, certaines femmes ne trouvent pas très attirant d’avoir un homme qui gagne moins qu’elle...

 

JD. Votre thèse a été sévèrement épinglée par les féministes !
Hanna Rosin. Parce qu’elles n’ont pas tout compris ! Je n’ai pas le sentiment de trahir la cause des femmes, je ne dis pas que les combats féministes ne servent plus à rien et que tout est rose. Il reste du chemin à faire afin que les rapports entre les femmes et les hommes soient plus égalitaires et plus apaisés. Le plafond de verre est toujours là, les inégalités salariales persistent, le sexisme perdure... Et puis, un monde de femmes, ce n’est pas le nirvana.

 

« J'essaye de faire comprendre à mes fils que je ne suis pas leur secrétaire »

 

JD. A vous lire, en effet, le matriarcat, ce n’est pas le paradis...
Hanna Rosin. C’est même l’enfer ! Entre elles, les femmes ne sont pas tendres et, en plus, elles mènent des vies épuisantes. Entendre des femmes affirmer qu’elles n’ont plus besoin des hommes, qu’elles les utilisent comme des mouchoirs de papier, ou des produits jetables, c’est effrayant. Et cela ne les rend pas heureuses. Les femmes et les hommes ont besoin les uns des autres, évidemment. Idéalement, je suis pour que les femmes et les hommes aient le choix de leur identité sans que personne paie le prix fort. J’aimerais qu’une femme ambitieuse s’autorise à être forte et qu’un homme puisse devenir père au foyer sans qu’on lui jette la pierre.

 

JD. Comment vos deux fi ls ont-ils reçu ce livre ?
Hanna Rosin. J’ai dédicacé mon livre à l’un de mes fils, Jacob, en m’excusant du titre provocateur. Mais ils me connaissent et, surtout, ils sont éduqués à l’égalité depuis plusieurs années ! Autant je ne crois pas du tout à la lutte contre les stéréotypes dès le plus jeune âge – donner une poupée à un garçon et un camion à une petite fille, pour moi, c’est du vent ! –, autant j’essaie de leur faire comprendre que je ne suis pas leur secrétaire et qu’il faut qu’ils se débrouillent seuls pour la lessive, le ménage, la cuisine. Et puis ils sont à bonne école. Mon mari est très différent de mon père. Il s’occupe des enfants autant que moi. Je ne l’ai jamais regardé changer une couche en me disant « Quel looser ! » J’ai toujours trouvé ça normal.

 

« La fin des hommes » les fait réagir:


Dominique Bernotti, ministre chargée de la Famille
« La fin de la domination masculine aurait sonné ? Hanna Rosin sous-estime la résistance des hommes dans la vie économique, politique et culturelle. Les femmes, si elles ont acquis de nouveaux droits, ont encore beaucoup à conquérir : l’égalité salariale, un partage plus équilibré des tâches domestiques... »

 

Dominique Méda, sociologue
« Ce n’est pas parce que les filles font plus d’études qu’elles accèdent aux mêmes postes, responsabilités et salaires que les hommes. Parce que l’orientation des filles reste différente mais aussi parce qu’elles continuent à prendre en charge la plus grande part des tâches domestiques et familiales. Le temps des femmes n’est peut-être pas pour tout de suite... »

 

Serge Hefez, psychiatre
« Cette opposition entre les hommes et les femmes est absurde ! Il faut penser la mutation des rôles comme une remise à plat des identités dans leur ensemble et non en termes d’amputation ou de perte. Ne relançons pas la guerre des sexes ! »

 

Camille Froidevaux-Metterie, professeure de sciences politiques
« Le livre de Hanna Rosin a ceci d’utile et de pertinent qu’il met l’accent sur l’inédit de la condition féminine contemporaine sur fond de désexualisation des rôles et des statuts sociaux. Dommage que Hanna Rosin nourrisse le féminisme radical qui considère les hommes et les femmes dans une logique du vis-à-vis, voire du conflit. »

 

Anne Navez, présidente de votre-administrateur.com *,
« La montée en puissance des femmes accélérée par la loi Copé-Zimmermann sur les quotas dans les conseils d’administration va avoir un effet d’entraînement indéniable. Les femmes sont sélectionnées de façon plus transparente et exigeante que les hommes. Ils seront eux aussi forcés de répondre à des critères plus objectifs. Pourquoi ne pas voir le côté gagnant-gagnant de ce nouveau partage des rôles. »

* Réseau des femmes administratrices.

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 13:25

" La gauche social-démocrate et la droite décomplexée échouent depuis des années dans ce combat-là "... Le philosophe Bernard Stiegler avait prévu l'impensable dans son livre à dimension curative "Pharmacologie du Front national", tandis que cinq autres intellectuels donnent leur sentiment sur les méthodes à employer face à la montée de l'extrême droite.

    966675-1144285

Le président d'honneur du Front National Jean Marie Le Pen donne une conférence de presse à Haute Goulaine près de Nantes avant un déjeuner avec des militants - SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

 

- Intellectuels, médecins ou engagés: l'urgence de la situation nous oblige à agir, ensemble, contre la répétition des erreurs commises jadis avant guerre, peu avant la montée du national-socialisme allemand. Nous sommes à l'aube du retour de la "statis" (en grec ancien: la lutte de tous contre tous) et il serait pure inconscience de s'écarter de ce débat, y compris pour ceux qui ne nourrissent aucune ambition politique... La pratique du soin, de soi-même comme de ses concitoyens, doit supplanter la pensée grégaire du bouc-émissaire - 

 

 Conférence : Comment faire face au front national - Les cerveaux

 

Un livre ? Une boîte à outils ? Un dépôt d'armes ? Tout cela à la fois. «Cet instrument a été conçu d'abord pour combattre la bêtise.» Le propos est inattendu, mais il n'est pas inhabituel chez le philosophe de la technique Bernard Stiegler, né en 1952, auteur à ce jour d'une vingtaine de livres, et directeur de l'Institut de recherche et d'innovation, sous les toits des immeubles de la rue Saint-Martin, face au centre Pompidou à Paris.

L'auteur de Passer à l'acte (2003), dans lequel il évoquait son passé de braqueur et ses années de prison de 1978 à 1983, n'est pas homme à se résigner devant l'obstacle. Il ne craint pas en effet de s'adresser directement aux électeurs du Front national et «de [se] donner les moyens de prendre soin» de leur anxiété dans son nouvel essai. Depuis le 21 avril 2002, Stiegler n'a eu de cesse d'interpeller les responsables politiques sur les dangers de la montée en puissance de nouveaux populismes un peu partout en Europe, et en particulier en France.

Il prend au sérieux «la souffrance» des électeurs du Front national, arguant que «ce dont ces électeurs souffrent, c'est ce dont nous souffrons - mais moins qu'eux, et parfois sans vouloir le savoir». Il rend aussi responsables les intellectuels - pas tous - de ne pas avoir été partie prenante de la guerre idéologique déclarée à la fin des années 70 par la révolution conservatrice. Il accuse également la social-démocratie d'être devenue le fourrier du populisme, en Italie comme en Grèce, aux Pays-Bas et, demain, si nous n'y prenons garde, en France.


Les alternatives existent !

 

Sa leçon est ambitieuse et les solutions qu'il propose prennent des allures de refondation, par leur souci de repenser de fond en comble notre mode de vie, notre modèle industriel, notre système éducatif, le rapport entre les générations, mais encore les institutions européennes, et notre approche de la croissance. Nous avons demandé à cinq philosophes et sociologues ce qu'ils pensaient de ses analyses concernant le Front national. Ils nous ont répondu sans hésiter. Car, dans le paysage intellectuel, Stiegler n'est pas un penseur isolé. Il rassemble autour de lui scientifiques, informaticiens, psychoneurologues, artistes, acteurs, écrivains. C'est un «amateur», au sens noble de ce terme.

Le lecteur qui s'aventurera dans son livre sera à coup sûr surpris par la pluralité des sujets qui y sont abordés. Car Stiegler ne se contente pas de mettre en garde la classe politique contre sa propre incurie, les citoyens contre leur propre bêtise. «L'idéologie régnante depuis plusieurs décennies - dite ultralibérale ou néoconservatrice - aura précisément consisté à faire croire que l'on ne peut rien faire contre la bêtise, écrit-il, et que là comme ailleurs, there is no alternative.» Stiegler apporte la preuve du contraire.

Son programme repose pour l'essentiel sur ce qu'il nomme «une économie de transition», capable de dépasser le capitalisme consumériste, «devenu structurellement spéculatif et toxique». Il prône pour ce faire un plan commun d'investissements dont il détaille les priorités : le numérique, l'instauration d'une nouvelle puissance publique, la reconstruction de l'attention. Une révolution ? Un cri d'alarme en tout cas.

 

«Mon livre, répète-t-il à l'envi, est un livre de combat.» Le FN, chez lui, est le symptôme de cette maladie de la civilisation dont il se veut le médecin. Car, lorsqu'une société souffre «d'une façon qu'elle ne parvient ni à expliquer ni à soigner, elle se tourne vers un bouc émissaire qu'elle se met à persécuter».

 

Se positionner, c'est faire preuve de courage...  

 
Le combat passe donc nécessairement par la recherche d'une alternative. Et c'est sur cet aspect thérapeutique que Stiegler marque des points. Il refait le monde de bas en haut. Il distingue avec brio la croissance qui se contente de calculer des taux de celle qui augmente notre puissance d'agir et opère sur de nouveaux indicateurs. La capacité de relever le défi de la crise en développant les capacités de tous, par exemple ! Sans jamais retomber dans le culte béat de la décroissance, incapable, selon lui, de s'affronter à un nouveau modèle industriel, il s'attelle avec ardeur à cette nouvelle critique de l'économie politique. Notre système détruit en effet par avance «le crédit» dont il a besoin, «qui n'est pas simplement de la liquidité, mais de la confiance», écrit-il.

Ses propositions permettront-elles à notre pays d'échapper à ses démons ? Stiegler a l'orgueil ou la faiblesse de le croire. On le consulte en haut lieu et il ne rechigne pas à l'être. Le sentiment d'urgence qui traverse son ouvrage n'est pas chez lui une pose, et en authentique amoureux de la jeunesse il pense que l'utopie mérite des résultats.

 

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Peu de philosophes contemporains choisissent de faire vivre leurs outils critiques grâce au terreau d'une association, d'un collectif. C'est le cas de Bernard Stiegler, qui a fondé Ars Industrialis en 2005. Le manifeste de l'association, Réenchanter le monde (Flammarion, 2005 ; 7400 ventes en Champs), devait connaître un grand retentissement. Depuis, les travaux et contributions fleurissent (de l'économiste André Gréau au comédien Robin Renucci, en passant par les spécialistes des digital studies), et Ars Industrialis franchit un cap en s'associant à des collectivités locales (Nantes) ou en nouant des partenariats internationaux (Grande-Bretagne, Allemagne). Cet ouvrage fournit une synthèse de tous ces travaux en proposant un vocabulaire philosophique à la fois ambitieux et accessible. Qu'est-ce le marketing - le psychopouvoir - et pourquoi est-il un des dangers majeurs de notre époque ? En quoi la technique influence-t-elle des fonctions aussi capitales que la mémoire ou l'écriture ? Quelle nouvelle vision de l'éducation devons-nous mettre à jour depuis l'avènement du numérique ? Que sont la bêtise et l'intelligence ? Comment aider la transformation de citoyens passifs et débordés en amateurs, acteurs et membres d'une communauté de goûts et de savoirs ? Faire attention propose, dans ces courts essais-définitions, le manifeste d'une époque charnière qui voit définitivement s'éloigner le monde ancien, tout en souhaitant mettre les outils de l'extrême contemporain au service d'un nouvel humanisme.

 
Pharmacologie du Front national, de Bernard Stiegler, suivi du Vocabulaire d'Ars Industrialis, de Victor Petit, Flammarion, 456 p., 23 €.


http://www.marianne.net/

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 10:28

Lorsqu'une société comporte plus de femmes que d'hommes, celles-ci se retrouvent statistiquement à des postes plus élevés et occupent davantage de responsabilités. Les actes de violence diminuent et la période de fécondité des femmes augmente. D'autre part, un sex-ratio déséquilibré réduirait la conscience de soi et favoriserait des comportements régressifs, sexuels ou intéressés, visibles dans les deux sexes.

 

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Aux Émirats arabes unis, un promeneur a statistiquement peu de chances de croiser une femme dans la rue. De fait, il existe dans ce pays 2,75 fois plus d'hommes que de femmes. Si l'on en croit les recherches en psychologie, l'endroit serait alors peu propice à l'émancipation des femmes, étant donné qu'un sex-ratio élevé diminue les chances des femmes d'accéder à des postes de responsabilité. Rappelons que le sex-ratio est le rapport du nombre de d'hommes sur le nombre de femmes dans une population ; il est ici égal à 2,75 pour les personnes âgées de plus de 15 ans. Les relations entre hommes doivent y être également plus tendues, d'autres études ayant montré que les homicides sont plus fréquents dans les sociétés où les hommes sont plus nombreux.

 

En Ukraine, on compte à l'inverse cinq femmes pour quatre hommes. Cette situation, on le verra, est plus propice à l'émancipation des femmes. De fait, peu après sa sortie de la sphère d'influence soviétique, ce pays s'est doté d'un premier ministre femme.

 

Faut-il y voir de simples coïncidences ? En fait, le sex-ratio, indice bien connu des démographes, a une réelle influence sur les comportements, les rapports entre hommes et femmes, et les orientations familiales ou professionnelles des uns ou des autres. On ne se comporte pas exactement de la même façon lorsqu'on est une femme en situation de majorité ou de minorité…

 

Un outil d'émancipation

 

Les chercheurs démographes, psychologues ou sociologues distinguent en réalité plusieurs types de sex-ratios. Il peut s'agir de celui entre le nombre d'hommes adultes non mariés et le nombre de femmes adultes non mariées ; ou bien, entre le nombre d'hommes dans une entreprise ou une formation universitaire, et le nombre de femmes dans cette même entreprise ou une institution… Car ces différents ratios propres à un secteur d'activité ou à un groupe social ont des conséquences importantes sur les relations entre hommes et femmes.

 

Certains chercheurs pensent ainsi qu'il peut influer positivement ou négativement sur l'émancipation des femmes dans la société. Les psychologues Maria Guttetag, de l'Université Harvard, et Paul Secord, de l'Université de Houston, ont ainsi constaté que les grands mouvements féministes des années 1970 aux États-Unis se sont développés au moment même où la valeur du sex-ratio diminuait, c'est-à-dire lorsque les hommes devenaient moins nombreux que les femmes. Dans une société où les hommes sont plus nombreux que les femmes, les possibilités d'émancipation et d'évolution de la position des femmes diminueraient alors qu'elles augmenteraient quand les hommes sont plus rares.

 

Selon les auteurs de ces études, dans le vaste marché de la formation des couples, la raréfaction des hommes entraîne une difficulté, pour un certain nombre de femmes, à trouver des partenaires. En outre, les hommes, dans un tel contexte, tendent à privilégier les femmes plus conformes à des attentes précises, que l'on nomme normatives (aspect physique séduisant, sollicitude, empathie, personnalité conciliante par exemple). Les femmes ne se conformant pas à ces normes (plus ambitieuses, moins soumises, par exemple) resteraient plus souvent seules et devraient subvenir à leurs besoins. Elles n'auraient pas d'enfants, disposeraient de ressources financières supérieures et pourraient consacrer plus de temps à leur carrière. Ce faisant, elles accéderaient davantage à des postes de pouvoir.

 

Or les personnes ayant plus de pouvoir sont aussi celles qui peuvent faire évoluer les normes et les pratiques sociétales. La contre-normativité de ces femmes est également un facteur d'émancipation et de revendication. Finalement, les variations du sex-ratio dans la société peuvent avoir un impact non négligeable sur l'émancipation des femmes et l'égalité des sexes dans cette société.

 

Kristina Durante et ses collègues, de l'Université du Texas à San Antonio, ont tenté de vérifier empiriquement l'existence d'un lien entre le statut professionnel des femmes et le rapport du nombre d'hommes non mariés au nombre de femmes non mariées. Cet indicateur a été mis en corrélation avec la proportion de femmes occupant les emplois les mieux rémunérés de l'ensemble des états américains (pdg, pharmacien, avocat, psychothérapeute, médecin, analyste financier, ingénieur systèmes et réseaux, etc.). Les résultats ont montré que plus le rapport diminue (et donc, moins la population compte d'hommes non mariés relativement aux femmes non mariées), plus les femmes sont nombreuses à occuper ces emplois prestigieux et bien rémunérés. Selon les chercheurs, la faible proportion d'hommes dans leur environnement disposerait les femmes à se focaliser davantage sur leur carrière et à mieux réussir professionnellement.

 

Des femmes au pouvoir

 

Les ambitions mêmes des femmes semblent fluctuer au gré des informations qu'elles possèdent sur le sex-ratio de leur environnement. Ainsi, K. Durante a fait une expérience où elle montrait à des jeunes étudiantes américaines âgées de 20 ans en moyenne des photographies prises en différents endroits. Selon les groupes, les photos présentaient plus d'hommes que de femmes, plus de femmes que d'hommes, ou la même proportion. Après avoir examiné ces différentes photos, les jeunes femmes devaient remplir un questionnaire centré sur leurs projets d'avenir. Les questions portaient sur la réussite professionnelle ou sur des aspirations familiales (enfants, famille, mari, etc.). Les résultats ont montré que les étudiantes exposées à des photos montrant une majorité de femmes exprimaient des aspirations davantage liées à leur carrière professionnelle. En revanche, les femmes exposées aux photos présentant des proportions équilibrées d'hommes et de femmes, ou une surreprésentation masculine, formulaient des aspirations davantage tournées vers la famille.

 

Cette expérience a été ultérieurement reproduite, montrant en outre que le sentiment de facilité ou de difficulté à trouver un compagnon de vie a également été influencé par les photos. Les femmes exposées à celles où les hommes étaient minoritaires ont estimé qu'il serait difficile de rencontrer quelqu'un avec qui vivre, alors qu'elles ont estimé que cela serait plus facile quand les photos montraient beaucoup d'hommes ou des proportions équilibrées d'hommes et de femmes. Ainsi, quand une femme perçoit dans son environnement qu'il sera plutôt facile (ou difficile) de trouver un partenaire, les choix de vie qui en résultent changent. Voilà qui expliquerait le lien entre réussite professionnelle des femmes et faible sex-ratio dans leur entourage. Les comportements et les attitudes sexuelles sont influencés par le sex-ratio. Les psychologues Jeremy Ueker, de l'Université de Californie du Nord, et Mark Regnerus, de l'Université du Texas, ont évalué les comportements de séduction et les pratiques sexuelles d'étudiantes selon le sex-ratio sur différents campus.

 

Ils ont ainsi constaté qu'à mesure que le nombre de femmes augmente, ces dernières ont tendance à estimer que les garçons sur le campus sont moins à la recherche de relations durables, que l'on peut moins leur faire confiance, qu'une relation avec eux ne durera pas, et qu'il sera plus difficile de trouver quelqu'un de bien. En matière de relations réelles, on constate que plus les femmes sont nombreuses, moins elles ont eu statistiquement de petits amis et de relations sexuelles dans le mois qui a précédé l'enquête. En outre, elles sont plus nombreuses à être vierges. Moins il y a d'hommes dans un groupe social, moins les femmes estiment ces derniers sincères et dignes de confiance, et moins elles ont d'occasions d'avoir une relation avec eux.

 

Une vision biaisée du sexe

 

Qu'en est-il pour les hommes ? La psychologue Emily Stone, de l'Université de Floride, a proposé à des hommes issus de cultures variées un questionnaire portant sur les critères qui comptent dans le choix d'une compagne. Par exemple, être bonne cuisinière, rester à la maison et s'occuper des enfants, être plutôt sociable, etc. Les résultats de ces aspirations ont ensuite été mis en relation avec le sex-ratio propre à l'environnement de l'individu interrogé. Il s'est ainsi avéré que les critères de stéréotypie et de normativité (la femme s'occupe des enfants, de la maison, a un physique agréable…) deviennent des critères prédominants lorsque l'environnement compte beaucoup de femmes – autrement dit, lorsque les hommes ont le choix. Dès lors que les femmes se font plus rares, de telles aspirations sont revues à la baisse. Selon les chercheurs, les standards de ce que doit être l'autre varient au gré du sex-ratio : quand le choix est vaste, les hommes recherchent quelqu'un de standardisé ; mais on se montre plus souple et moins « normatif » (moins exigeant) lorsque le choix est restreint. E. Stone a réalisé le même type d'enquêtes auprès de femmes, confirmant l'importance de ces critères de normativité : lorsque les hommes sont plus nombreux que les femmes, les revenus, la maturité, la similarité de formation deviennent plus importants, alors qu'ils passent au second plan dès que les hommes se font plus rares.

 

Signes extérieurs de richesse

 

Les revenus élevés chez un homme semblent plus importants pour les femmes quand elles sont moins nombreuses et qu'elles peuvent choisir. Or, dans un tel contexte, les hommes n'hésitent pas à mettre en avant de telles ressources. Vladas Griskeviius, de l'Université du Minesota, et ses collègues ont ainsi montré, dans une étude examinant le sex-ratio dans près de 120 grandes agglomérations américaines, un lien entre cet indicateur et le nombre de cartes de crédit possédées par les hommes ainsi que leurs dépenses. Pour les chercheurs, lorsque les hommes sont nombreux, ils se trouvent en situation de compétition pour trouver une partenaire, ces dernières étant en nombre plus limité – et donc plus sélectives. Or, pour augmenter leur attrait auprès des femmes, les hommes doivent afficher des ressources plus importantes. Disposer de crédits confortables, être capables d'effectuer des dépenses ostentatoires, permet alors de rendre visible aux yeux des femmes un tel potentiel de ressources. Une autre étude de Thomas Pollet et Daniel Nettle, à l'Université de Newcastle en Grande-Bretagne, a montré qu'à mesure que le nombre d'hommes augmente par rapport au nombre de femmes, la question des ressources financières des hommes pèse davantage dans les mariages. Les femmes, lorsqu'elles ont le choix, tendraient à privilégier les ressources de leur futur compagnon.

 

Outre ses effets sur la compétition pour la recherche d'un partenaire, le sex-ratio est aussi susceptible d'influer sur la biologie des individus. Ainsi, Sarah Feingold, de l'Université du Minnesota, rapporte que, lorsque le nombre d'hommes diminue, les femmes tendent à être pubères plus tôt. Inversement, lorsque le nombre d'hommes augmente, l'âge de la maturité sexuelle augmente. En effet, dans une interprétation évolutionniste, les hommes sont motivés à optimiser leur succès reproducteur et cherchent des partenaires fécondes plus longtemps. Une femme pubère plus tôt renforce son attrait auprès des hommes.

 

Malheureusement, les actes de violence dépendent également en partie de ce ratio. Le psychologue social Joseph Vandello, de l'Université de Floride du Sud, a étudié les statistiques de criminalité dans 49 états des États-Unis et ses données ont été corrélées avec le sex-ratio dans ces mêmes états. Cette étude a été réalisée sur des hommes âgés de 20 à 26 ans, et sur des femmes de 18 à 24 ans. Les résultats ont révélé que, plus le nombre d'hommes augmente comparativement au nombre de femmes, plus le taux d'homicides des femmes – et notamment d'homicides par le partenaire – augmente. Dans le même temps, moins le groupe social comporte d'hommes relativement aux femmes, plus rare est ce type d'homicide. On note aussi que la proportion d'hommes tués par d'autres hommes pour des motifs de jalousie augmente lorsque le sex-ratio est plus élevé. Il se pourrait que, les femmes devenant plus rares, les hommes deviennent plus jaloux et possessifs, ce qui favoriserait de tels comportements de violence extrême.

 

En outre, toujours dans les sociétés à fort sex-ratio, les femmes ont naturellement plus de probabilités de rencontrer un autre homme, ce qui augmente le risque de rivalités potentiellement violentes. De façon générale, la compétition forte entre les hommes favoriserait les comportements agressifs. Il est à noter que plusieurs études ont confirmé ce lien, et que les violences sexuelles faites aux femmes (viols, insultes d'ordre sexuel, etc.) augmentent à mesure que la proportion d'hommes devient supérieure à celle des femmes. Le triste événement survenu en Inde au mois de janvier dernier, qui a eu un fort retentissement local et international, le rappelle avec vigueur : en Inde, le sex-ratio est élevé et proche de 1,1. En d'autres termes, cette société est caractérisée par un excès d'hommes en âge de procréer et de se marier. Ce qui ne semble pas propice à une ambiance apaisée.

 

Nicolas Guéguen pour www.cerveauetpsycho.fr

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 13:06

Pour augmenter leur chiffre d'affaires, les entreprises utilisent de nouvelles méthodes d'encadrement et de management. Pour les salariés, qu'ils soient employés ou cadres, le stress au travail augmente.

 

Les patrons mettent-ils trop la pression ? Infantilisent-ils leurs employés à travers des techniques comme le benchmarking et la stratégie des alliés ?

 

Un reportage révélateur d'envoyé spécial:

 

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 12:33

Stéphane Hessel, une vie d’indigné au service des citoyens !

    
Stéphane Hessel est décédé hier à 95 ans. "Indignez-vous", son best-seller, a vu le jour grâce aux éditions Indigène.

Stéphane Hessel est décédé hier à 95 ans. "Indignez-vous", son best-seller, a vu le jour grâce aux éditions Indigène. (AFP JEAN-PIERRE CLATOT).

 

Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou, les éditeurs montpelliérains de Stéphane Hessel, racontent "un être extraordinaire":


"Le deuil, pour un homme comme Stéphane, ce n’est pas possible" : mercredi, à Montpellier, dans leur maison qui abrite aussi les éditions Indigène, Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou préfèrent se souvenir avec enthousiasme de Stéphane Hessel, décédé dans la nuit à 95 ans. Hessel, le résistant, le diplomate, l’humaniste, discret parcours d’exception avant de lâcher sur la fin de sa vie, chez Indigène, une bombe littéraire qui embrase la planète.

  

Stéphane Hessel nous fait l'amitié de nous recevoir chez lui pour répondre à nos questions, lui qui n'a pas internet !

 

Hessel "a changé le monde"
Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou

 

Avec Indignez-vous, 4,5 millions d’exemplaires vendus dans 35 pays, un appel à l’engagement et à "l’insurrection pacifique", Hessel "a changé le monde", saluent les éditeurs qui ont reçu hier des dizaines de messages forcément planétaires, même d’Australie et des Etats-Unis, où l’esprit d’Hessel a soufflé un vent de révolte contre le capitalisme financier, Occupy Wall Street, à l’automne 2011.

Tout est d’abord parti de Montpellier. Ou plutôt d’Eygalières, où, en mai 2009, Hessel en appelle, au détour d’un discours, au "devoir d’indignation". Crossman et Barou sont interpellés. Trois entretiens sont calés, entre le 19 novembre 2009 et le 3 février 2010.

 

Indignez-vous : opuscule de 32 pages

 

"Le texte a traîné, on a fait un travail classique de petite main", se souvient Sylvie Crossman. Indignez-vous, opuscule de 32 pages tiré à 8 000 exemplaires astucieusement titrés, qui dénonce l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, la situation des sans-papiers et des immigrés, la dictature des marchés financiers, la course au “toujours plus”, sort en octobre 2010. Trois euros.

Comment expliquer le succès ? "Après les manifestations sur les retraites, les gens étaient las. Les syndicats avaient pris une claque. Stéphane Hessel est un homme auquel on obéit", affirme l’éditrice qui rappelle que dans Indignez-vous, "la notion de dignité" a pesé.

 

"Il a su unir la révolte et l’espérance"
Les éditeurs de Stéphane Hessel

 

L’auteur, qui n’a jamais caché son "étonnement" face au succès, l’expliquait aussi par "ce moment historique", quand "des sociétés perdues se demandent comment faire pour s’en sortir et cherchent un sens à l’aventure humaine".

 Alors, plutôt que le deuil et les mots de condoléances, les éditeurs reprennent le message : "Combien il a su unir la révolte et l’espérance", "redonner à la révolte un enthousiasme", "redonner du pouvoir au verbe, à la parole", "leur noblesse à des choses simples et joyeuses", "positives".

 

"Il était l’impertinence"

 

Deux images : un soir de septembre, tel une "rock star" les bras levés, acclamé par le Corum de Montpellier bondé. Et puis en janvier dernier, à Paris, à la sortie du théâtre de la Commune où il venait de lire La ballade des pendus, assis sous la neige en attendant son taxi, sous le panneau “Défense de stationner” : "Il était l’impertinence, c’est comme si la réalité s’organisait autour de lui et prenait du sens. Le corps était presque un accessoire pour lui, c’était un esprit", décryptent les éditeurs.

Stéphane Hessel aimait Villon et la poésie, le Sancerre, la vie. "Il avait un don pour la vie, hérité de sa mère qui lui avait demandé d’être heureux", rapporte Sylvie Crossman. Qui tient d’une amie une autre anecdote : "Un jour, sa mère l’a surpris dans son bazar d’enfant à jouer à Dieu qui fait le monde."

 

"Je lui ai dit “Tiens bon”. Il m’a dit “C’est fini”"
Jean-Pierre Barou

 

Ce "vieux laïque" n’y croyait plus depuis longtemps. Plutôt au "devoir de longévité" auquel l’enjoignait Jean-Pierre Barou pour lui permettre de voir ses derniers souhaits se réaliser, voir l’Irlandaise Mary Robinson à la présidence des Nations-Unies et rencontrer Barack Obama. Jean-Pierre Barou et Sylvie Crossman avaient déjà organisé, en décembre 2011, un improbable face-à- face avec le dalaï-lama. Ils voulaient le faire écrire sur l’amour, aussi. Ces derniers temps, Stéphane Hessel prenait des notes sur la mort : "Ça l’intéressait en tant qu’expérience", rapportent ses éditeurs.

 

Ils se sont vus la dernière fois le dimanche 17 février. Jean-Pierre Barou se souvient : "Quand on s’est quitté, je lui ai glissé “Tiens bon” à l’oreille. Il m’a dit “C’est fini”.

 

SOPHIE GUIRAUD pour Midi libre.fr

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 08:12

Lors de la diffusion du documentaire, pensez à rester "bien assis et accroché" à votre divan jusqu'au grand final de l'émission...

 

 

Tout amalgame doit être évité ! Je rappelle qu'il existe partout des médecins honnêtes, qui ne sont pas rongés par la cupidité et dont le but est de vous soignez avec rigueur.

 

Les laboratoires pharmaceutiques sont habituellement fermés aux médias. L'équipe de journalistes des "Infiltrés" est parvenue à pénétrer cette industrie, souvent décrite comme l'un des plus puissants lobbys au monde.

En France, cette industrie engrange 50 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an, dont 45% réalisés à l'exportation, et représente plus de 110 000 emplois. Aujourd'hui, elle reste très productive avec l'arrivée de 150 nouveaux médicaments sur le marché français chaque année. La plupart concerne des pathologies très rentables pour lesquelles le patient va prendre un médicament tous les jours, voire toute sa vie : le diabète ou le cholestérol, par exemple.

Après le scandale du Mediator, comment les laboratoires pharmaceutiques lancent-ils un médicament ? Quelles précautions prennent-ils ? Et comment parviennent-ils à maintenir leur chiffre d'affaires alors que les pouvoirs publics tentent de réduire les dépenses de santé ? Pour être au cœur des stratégies de lancement d'un médicament, une équipe de journalistes a infiltré un laboratoire et une autre a enquêté sur le terrain auprès des médecins.

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 10:36

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Aujourd’hui, Pôle emploi accompagne plus de trois millions de chômeurs, presque un million de plus qu’il y a quatre ans au moment de sa création. Pour faire face à cette vague, l’organisme a recruté des agents en CDD d’un an dans le courant de l’année 2012. Une journaliste des «Infiltrés» a réussià intégrer une agence importante d’une grande ville française : une embauche sans vraie sélection et avec une formation sur le tas. Dans le même temps, l’agence remerciait des agents formés qui finissaient un CDD de deux ans.

 

Jour après jour, cette infiltrée a découvert la réalité du quotidien des conseillers de Pôle emploi, en sous-effectifs chroniques, écrasés par la bureaucratie et des directives inapplicables, parfois à la violence, et scandalisés par la politique du chiffre !

 

Voici le documentaire France 2 - Les infiltrés:

 

 

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 14:54

Image IPB
(Photo © James Whitlow Delano)


Le terme "Hikikomori" (retrait social) désigne un phénomène psychosocial qui sévit au Japon et arrive en France. Il s'agit d'individus souffrant d'une pathologie comportementale, qui les pousse à vivre reclus chez eux, refusant de quitter le domicile familial et d'avoir des contacts sociaux.

Les Hikikomoris représentent un peu le cliché du célibataire endurci sans emploi, ou encore du "no-life", issus du langage courant... Mais en pire, puisqu'il s'agit ici d'un réel trouble pouvant avoir de lourdes conséquences psychologiques !

Ces personnes s'enferment généralement dans leur chambre pendant plusieurs mois voire plusieurs années, se refusant à tout contact communicatif avec la société et parfois même avec leur famille. Ils ne sortent de leur chambre que pour répondre aux besoin vitaux. Ils vivent à un rythme décalé, dormant pendant la journée et s'adonnant à diverses activités antisociales pendant la nuit : télévision, ordinateur, jeux vidéo... Ils vivent généralement dans des conditions très précaires et peu hygiéniques, ne se lavant jamais, se nourrissant mal et étant entourés d'un désordre ambiant.

 

Au Japon, on peine à expliquer ce phénomène, apparu durant les années 80 et prolixe dans les années 90. On estime en général que le processus commence par une impossibilité d'aller à l'école, qui deviendra vite une incapacité à affronter le monde en dehors des murs de sa chambre. Les raisons les plus souvent avancées sont le harcèlement à l'école, les maltraitances familiales, ou les échecs professionnels, dans une société très compétitive.
Cependant, d'autres, tel que le professeur Tamaki Saito, l'un des premiers psychiatre s'étant intéressé aux Hikikomori, cherchent les raisons du côté de la culture et de l'histoire japonaise. Selon lui, la célébration de la solitude dans les poèmes traditionnels et la musique, et l'isolement du Japon au milieu du dix-neuvième siècle pourraient expliquer une partie de ce problème propre au Japon.
 

Image IPB
(Photo © Kendra Scarlavai)


Les individus concernés sont le plus souvent des hommes (77%), souvent des fils aînés. Au niveau des statistiques, un jeune sur 10 serait un hikikomori, ce qui ne représente malgré tout que 1% de la population. L'âge moyen se situe autours des 26 ans, mais ce phénomène atteint aussi de jeunes adolescents.

Les causes ne sont pas difficiles à indentifier : manque de confiance en soi, dépression, pression sociale, impression de ne pouvoir répondre aux attentes de la société, traumatismes... Beaucoup de victimes d'ijime (harcèlement psychologique et physique), lorsqu'ils ne se suicident pas, deviennent des hikikomoris.

Les conséquences mentale sur l'individu peuvent être lourdes : à force de n'avoir aucun contact avec la société, la notion de bien ou de mal finit par se perdre. Les hikikomoris accumulent aussi un énorme retard scolaire. La perte de toutes références causée par leur enfermement conduit parfois à des comportements violents, il arrive que les hikikomoris s'en prennent à leur famille voire à des inconnus dans la rue lorsqu'enfin, ils sortent de chez eux.

Généralement, les hikikomoris ne sont pas traités, il arrive fréquemment que leur famille nie l'existence de ce phénomène car beaucoup trop honteux. Il existe cependant quelques cellules d'aide à la réinsertion sociale des hikikomoris, bien que peu nombreuses, même si en général les japonais préfèrent attendre que l'individu réintègre la société par sa propre volonté. Un soutien psychologique est bien sûr nécessaire pour sa réadaptation. Une fois la confiance retrouvée et l'isolement quitté, il devient plus facile de se replonger dans un train de vie "normal".

Une petite vidéo sur ce thème : 

 

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Soins conventionnels :

- Etat dépréssif

- Troubles anxieux

- Situations de crise

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Soins spécifiques :

- Souffrances au travail 

- Thérapie de couple ou familiale

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