13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 12:22

Ils ont entrevu l’au-delà... Et racontent leur voyage dans des termes étonnants de similitude. Quatre témoins, de Philippe Labro à Dominique Bromberger, étayent la thèse de la “near death experience”, étudiée depuis les années 1970 par des scientifiques américains. Une enquête troublante de Patrice Van Eersel accompagné du documentaire "Le grand retour". Un brin d'espoir dans un monde plus que désenchanté !

 

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C’est une expérience que vous trouvez relatée dans les plus anciens récits du monde. Parlant d’Er le Pamphylien, apparemment ressuscité après une bataille, Platon l’a nommée deuteropotmos. Er s’est "évanoui et réveillé deux fois". Guru Nanak aussi l’a vécue. Le fondateur de la religion sikh – qui introduisit des valeurs d’une modernité inouïe dans le nord de l’Inde – se noya dans un lac et en ressortit au bout de trois jours, en s’écriant : « J’ai vu la lumière du saint nectar ! »

 

Un observateur attentif retrouve partout l’expérience de mort imminente, ce que les Anglo-Saxons nomment une near death experience (NDE). Perceval, chevalier de la Table ronde, est pendu par des brigands et s’en sort de justesse. A la seconde où il croit mourir, le temps s’arrête et il pénètre une dimension extraordinaire, où brille la lumière ineffable du Graal, « faite d’amour et de connaissance absolus ».

 

 

Mythologie à l’hôpital


En créant une sorte de zone intermédiaire entre la vie et la mort, les progrès fulgurants de la médecine moderne vont propulser cette expérience rarissime et apparemment mythique dans le champ de notre réel. Parmi les millions de personnes dont le cœur s’est arrêté ou qui se sont retrouvées dans le coma – et que nos techniques de réanimation ont réussi à faire revenir, chose impensable pour nos ancêtres –, il s’en trouve un certain nombre qui relatent une traversée ayant changé leur vie.

 

Humour objectif d’une situation que nul ne pouvait prévoir : le lieu le plus technique et le plus "désenchanté" du monde médical contemporain, l’unité de soins intensifs, connaît depuis le milieu du XXe siècle l’irruption d’une mythologie "sauvage". Aux Pays-Bas, une enquête, menée avec la plus grande rigueur scientifique dans les services de cardiologie de dix grands hôpitaux, a ainsi montré que 18 % des patients réanimés in extremis ont connu une near death experience.

 

L’étude moderne de la NDE commence dans les années 1970, aux Etats-Unis. Des chercheurs – les psychiatres Raymond Moody et Bruce Greyson, le psychosociologue Kenneth Ring, les cardiologues Michael Sabom et Fred Schoonmaker – réalisent que des millions de personnes ont vécu cette expérience limite, qu’elle a visiblement bouleversé leur existence, mais qu’il n’en est question nulle part, ni en médecine ni en sciences humaines.

 

Dire l’indicible

  

Difficulté majeure : le statut des mots. D’un côté, les rescapés ayant vécu une NDE (experiencers, en anglais) commencent généralement par proclamer qu’il n’existe aucun mot pour décrire ce qu’ils ont vécu. Ils devraient donc se taire. Mais leur besoin de témoigner les en empêche et ils parlent, ô combien ! Mais comment dire l’indicible ? « Je suis entrée dans une lumière plus puissante qu’un million de soleils, mais qui ne brûlait pas » ; « J’ai connu un orgasme un million de fois plus érotique que ce que j’avais connu auparavant, mais qui n’était pas sexuel » ; « Je me trouvais après ma mort, mais ça n’était pas après car j’étais hors du temps. »

 

De rares témoins, difficiles à dénombrer car ils souhaitent oublier, rapportent une expérience négative : ils étaient généralement prisonniers de figures géométriques (un « 8 » couché désignant l’infini, le signe yin/yang, etc.), et affrontaient des sarcasmes indescriptibles contre lesquels ils luttaient farouchement pour ne pas être anéantis.

  

Des mots décrivant une expérience ineffable, cela porte un nom : ce sont des symboles. Mais notre monde a oublié le sens premier du symbole, que nous confondons avec la métaphore, le sigle, voire la marque ! Des millénaires de culture, en Orient comme en Occident, ont pourtant exploré la nature de ces passerelles entre dicible et indicible, visible et invisible, concevable et inconcevable. Si la modernité, dans sa phase actuelle, a perdu ce sens fondateur de culture, c’est qu’elle a érigé l’autosuffisance en principe fondamental : nous pensons que le monde s’auto-organise jusque dans l’absolu et que nous n’avons pas besoin de passerelle symbolique pour rejoindre un invisible/inconcevable/transcendant censé ne plus exister.

 
Les NDE posent donc une question embarrassante : quels seraient ces délires mystiques qui, des années après avoir été traversés, continueraient de guider leurs « malades » dans une révision de vie comparable à une guérison de leurs névroses ?

 

La première réaction d’un scientifique analysant un phénomène tel que la NDE est de chercher des corrélations. L’expérience a-t-elle plus de chances d’être vécue par un homme ou par une femme ? par un enfant ou par un vieillard ? un accidenté ou un grand malade ? Les hypothèses vont se multiplier, mais, en trente ans, aucune corrélation solide ne tiendra. La NDE semble aléatoirement répartie. Ce qui poussera les chercheurs à se focaliser beaucoup moins sur le fait d’objectiver cette expérience insaisissable que sur ses effets comportementaux dûment constatables.

 

Constatation de base : les experiencers ne craignent plus de mourir – racine première de toutes nos peurs. Ils gardent une puissante nostalgie de l’état qu’ils ont connu, mais l’idée du suicide ne les effleure pas. Ils ont souvent l’impression d’être revenus dans leur corps dans le but d’« accomplir une mission ». Pour eux, désormais, peur de mourir égale peur de vivre. Ils manifestent l’intention de vivre pleinement. En revanche, leur peur a pu se déplacer de la mort vers la société humaine, qui considère leurs récits comme des délires psychiatriques.

 

Au-delà du jugement

  

Médecins et familles ont du mal à comprendre les changements profonds qui les touchent, dont deux sont frappants.

 

Les experiencers ont l’impression d’avoir vécu jusque-là dans l’illusion des rôles sociaux et du paraître. Les épisodes qu’ils considéraient comme de grandes fiertés ou de grandes hontes ont perdu de leur importance. Pour eux, les chemins de la liberté passent désormais par les détails de chaque instant, qu’ils découvrent avoir tragiquement négligés.

 

Ceux qui relatent une « revue de vie », phase de la NDE où l’intégralité de l’existence revient en mémoire, en tirent une morale « au-delà du bien et du mal ». Ils disent avoir connu une sorte d’autojugement, où ils ont revécu toute leur vie, mais aussi les conséquences de leurs actes et de leurs pensées sur autrui.

 

En somme, la société moderne, confrontée au plus universel : notre mortalité, semble retrouver expériences et états de conscience que les grandes traditions spirituelles ont explorés. Cela se produit pour nous spontanément, à une échelle massive. Pourquoi ? Comment ? Réponse de la célèbre revue médicale britannique The Lancet : « Il faut poursuivre les recherches. » En attendant, que ceux qui ont vécu une NDE en reviennent débarrassés de la peur de mourir et emplis du désir de vivre nous remplit d’un espoir inouï.

 

Philippe Labro

   

Une pneumopathie foudroyante, dix jours de souffrance entrecoupée de comas cauchemardesques. A la troisième anesthésie, le journaliste, écrivain, cinéaste et homme de radio décolle...

  

« Je me suis senti sortir de mon corps, devenir une caméra qui me regardait en plongée, allongé sur mon lit, entouré de l’équipe médicale. Puis j’ai eu la sensation d’être aspiré tout entier vers le haut dans un ailleurs cotonneux, blanc transparent, euphorisant, plein de présences sans visage – je n’ai pas vu les anges ! Ces présences diffusaient en moi un bien-être, une sorte de bonheur, de sérénité, de délice, de béatitude, presque une extase, incommunicable par des mots. J’étais bien, dans un flou abstrait, pacifiant, bienfaisant, où tout souvenir de douleur avait disparu. Mais ça n’a pas duré…

 

Je peux attribuer cette expérience aux produits pris pendant dix jours, aux circonstances, à mes sentiments : souffrance, angoisse, incertitude appelant une fuite libératrice. Ou à l’environnement médical avec ses infirmières – car cet ailleurs n’est pas viril, il a une essence particulière de féminité. Mais je laisse leur part à l’inexplicable, au mystère, à l’inconnu et, pour tout dire, à d’autres dimensions…

 

Euphorie au retour. Amour, désir de vivre mais sans doute aussi grande fragilité, et volonté de trop faire, voire manque d’humilité. Résultat, dix ans plus tard, une dépression, burn out d’homme trop affairé ! S’approcher de la mort ne guérit pas de tout. »

 

Diane Chauvelot

  

En 1989, elle passe quarante-sept jours dans le coma, à la suite d’une maladie rare provoquant de graves hémorragies internes. Psychanalyste lacanienne, elle a décodé les messages de son inconscient.

 

« NDE ou coma, dans les deux cas, la mort est là. Dans le coma, on a le temps de s’y habituer. Mais la structure est la même : un sujet… et l’occasion unique de rencontrer son inconscient ! On est sourd, aveugle, insensible et, néanmoins, on perçoit tout ce qui se passe. Car l’inconscient, lui, sait tout. Mais la transmission se fait avec cette transposition dont Lacan a parlé : remplacement, déplacement, métaphore, métonymie.

 

Ainsi, je me suis “retrouvée” tantôt dans un goulag vert (la couleur des uniformes en réanimation), tantôt dirigeant une entreprise d’inhalateurs (j’étais sous assistance respiratoire) avec deux employés africains (mes infirmiers, reconnus à mon réveil et dont j’avais “capté” la personnalité).

 

Psychanalyste, j’étais mieux armée pour décoder ensuite les messages que mon inconscient s’était amusé à m’envoyer, telle une phobie du fauteuil par peur de la paralysie. Il n’y avait là rien de para-normal ou de mystique. Il est vrai qu’en sortant on n’a plus peur de la mort, c’est un acquis, dû à un savoir que l’on n’a pas cherché, qui vous est “tombé dessus”. On se dit alors que l’on ne sera plus jamais la même… mais c’est une autre affaire ! »

 

Robert Laffont

  

En 1991, âgé de 75 ans, il subit deux opérations du cœur. Au deuxième jour postopératoire, il connaît une expérience dont il se souvient avec une étonnante clarté, treize ans plus tard.

 

« J’étais dans mon lit, quand je me suis retrouvé dans un paysage admirable que traversait un arc-en-ciel. Celui-ci s’est lentement rétréci, jusqu’à devenir un pont, enjambant un fleuve énorme qui s’est mis à rouler vers moi. Mais je n’éprouvais aucune peur. Puis je me suis aperçu que ce fleuve était constitué d’humains marchant côte à côte. Quand ils m’ont atteint, j’ai été submergé et je me suis laissé faire. Et presque tout de suite, je me suis mis à sangloter. De joie !

 

Un amour inconcevable se dégageait de ces gens. Ça venait de partout et m’atteignait de la tête aux pieds, jusqu’au tréfonds de l’âme. Comme une irradiation qui sortait d’eux, mais aussi de moi ! Je n’aurais jamais cru qu’une telle compassion fût possible. Je me souviens de quelques silhouettes très tristes, seules, sur les rives. En même temps m’étaient offerts des sortes de petits sketchs, destinés à démontrer la puissance de l’amour. On voyait une femme désespérée, puis un homme apparaissait, lui tapotait l’épaule, et la femme se mettait à rayonner…

 

Quand tout s’est arrêté et que j’ai rouvert les yeux, dans mon lit d’hôpital, j’ai encore pleuré pendant des heures. Je n’ai jamais rien vécu d’aussi puissant ni d’aussi clair en quatre-vingt-huit ans de vie. »

 

Dominique Bromberger

  

Un aller-retour : c’est le titre de son livre, et c’est ainsi que Dominique Bromberger, chroniqueur à France Inter, définit ses trois semaines de coma, après un accident de scooter, en mars 2001.

  

« A aucun moment je n’ai eu conscience d’être proche de la mort. C’est plus tard que m’est apparu le sens de certaines – seulement – de mes visions ou hallucinations. Dans l’une, notamment, une reine d’Espagne vêtue de blanc m’annonçait que je quitterai son pays sans encombre. C’est le moment décisif de mon coma, mais je l’ai vécu comme un rêve, sans interpréter ni comprendre. Chacun apporte une part de soi-même dans ce genre de visions. Peut-être était-ce la Vierge, peut-être ai-je plus la foi que je ne l’imagine ?

 

Je ne prétendrais pas en être sorti transformé, mais cet accident fut également une chance. Je suis devenu plus émotif, plus sensible aux autres. J’ai appris à mieux aimer ma fille, à admirer ma femme plus encore, à me faire plaisir sans culpabilité ni anxiété.

 

Deux choses, surtout, dont il faut avoir conscience : l’approche de la mort est douce, sans peur ; et il est essentiel que ceux qui aiment une personne dans le coma viennent la voir, lui parlent, la touchent. C’est ainsi que l’on m’en a tiré. »

 

Interview

  

De Pim Van Lommel, cardiologue

Cardiologue à l’hôpital Rijnstate, à Arnhem, aux Pays-Bas, Pim Van Lommel a coordonné l’enquête menée de 1988 à 1996 auprès des services de réanimation de dix hôpitaux néerlandais. La publication des résultats dans la revue médicale The Lancet, en décembre 2001, a fait grand bruit... Entretien:

 

Qui est susceptible de vivre une NDE ?
Pim van Lommel : N’importe qui. Mais elles semblent plus fréquentes avant 60 ans, plus profondes chez les femmes, et s’accompagnent d’une plus forte probabilité de décès dans les trente jours suivant l’arrêt cardiaque. En revanche, nous n’avons trouvé aucun facteur médicamenteux, physiologique, neurologique, socioculturel ou psychologique, excepté une meilleure mémoire à court terme.

 

Comment s’explique-t-elle ?
Comment l’expliquer ? Des perceptions extérieures au corps, parfois vérifiées ultérieurement, une intense expérience cognitive, émotive et mémorielle, alors même que toute activité cérébrale a cessé : voilà qui remet en question la conception scientifique actuelle selon laquelle la conscience contenue dans le cerveau en serait le « produit ».

  

Notre conscience ne serait pas « en nous » ?
Si, mais seulement en partie. Plutôt qu’un organe secrétant de la conscience, le cerveau est peut-être comme un ordinateur connecté à une conscience bien plus vaste, à laquelle il permet de prendre forme mais qu’il ne contient pas, comme une radio ne contient pas ce qu’elle transmet. A mon avis, l’explication viendra d’un lien entre la biologie et la mécanique quantique.

 

Les 5 étapes

  

Kenneth Ring (auteur de En route vers Omega - Robert Laffont, 1991), professeur de psychologie à l’université du Connecticut, aux Etats-Unis, et fondateur de l’International Association for Near Death Studies (IANDS), a défini les stades d’une NDE.

 

1. La douleur disparaît soudainement, le sujet trouve une paix jamais connue auparavant (100 % des cas).

 

2. Il a la sensation de sortir de son corps, de se voir lui-même – généralement d’en haut –, de pouvoir « lire » les pensées d’autrui ou de traverser les murs (60 % des cas).

 
3. Il est aspiré dans un vide, un tunnel, avec l’impression d’avancer à grande vitesse tout en restant immobile, de n’avoir plus de corps tout en conservant ses sens (23 % des cas).

 
4. Il voit apparaître des parents, sa vie entière défile en accéléré devant lui, il avance vers une lumière qui devient de plus en plus brillante sans pourtant l’éblouir (16 % des cas).

 
5. Pénétrer dans cette lumière conduit à l’indescriptible : beauté, amour, connaissance, rencontre d’entités spirituelles, retour à une matrice originelle, orgasme non sexuel, fusion (10 % des cas).

 

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