14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 10:51

SDF, chômeur au RSA, mère célibataire au smic, couple pris dans la spirale du surendettement… La pauvreté a de multiples visages qui sont loin de s’appréhender uniquement par les revenus !

  

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« Écoutez, j’ai des cas qui sont bien plus graves que le vôtre. »


« J’ai bientôt 50 ans et je vis dans ma voiture ! »

 

La réplique de Louise Wimmer à l’assistante sociale est cinglante. Louise Wimmer, l’héroïne du film éponyme de Cyril Mennegun (2012), est femme de ménage dans un hôtel. Malgré ce travail, impossible pour elle de se loger. Elle dort à l’arrière de sa voiture, sur un parking ou une aire d’autoroute. Pour se nourrir, se laver, trouver du carburant, elle vit du système D, d’entraides, et de menus larcins. À travers ce portrait de femme dont la situation a dégringolé, C. Mennegun dépeint une misère habituellement peu visible dans sa réalité quotidienne.


 

« Dans le besoin », 
« en difficulté », « endetté »…


  

Pourtant, la pauvreté, beaucoup l’ont déjà frôlée. Que l’on ait peine à rembourser un crédit, que l’on se demande comment finir le mois avec si peu, que l’on croise un homme qui dort sous un porche ou mendie un Ticket-Restaurant, et l’on se retrouve nez à nez avec la précarité, ou son spectre. Des stéréotypes sur lesquels s’appuient à l’envi les discours politiques, tantôt pour fustiger un modèle de société qui produit des exclus, tantôt pour dénoncer la logique d’« assistanat » des politiques publiques, regrettant parfois la présence renforcée de l’État, parfois son désengagement. La pauvreté est une catégorie porteuse de stigmates. Si une majorité de personnes pensent appartenir à la classe moyenne, très peu se déclarent ouvertement pauvres. Elles sont « dans le besoin », « en difficulté », ou « endettées ». Les pauvres, se dit-on comme pour se rassurer, ce sont les autres. Ceux qui n’ont même pas le peu que nous avons.


 

Au-delà des représentations, comment mesurer objectivement la pauvreté ? Son évaluation dépend, comme toute mesure statistique, des outils que l’on utilise. En Europe et en France, le seuil de pauvreté monétaire correspond actuellement à 60 % du revenu médian. Le revenu médian étant celui qui coupe en deux parties égales la population, une moitié ayant des revenus supérieurs, l’autre moitié des revenus inférieurs, le seuil est fixé à 954 euros (pour les revenus de 2009) par mois pour une personne seule. Jusqu’en 2008, avant l’harmonisation européenne des instruments de mesure, la France établissait le seuil de pauvreté non à 60 % mais à 50 % du revenu médian.


 

Mesurer la pauvreté


  

Une différence statistique de taille puisqu’elle fait passer le seuil de pauvreté de 795 à 954 euros, et le nombre de pauvres de 4,4 à 8,2 millions de Français. Le directeur de l’Observatoire des inégalités, Louis Maurin, est critique envers le seuil de pauvreté établi à 60 % du revenu médian. Pour lui, « cette conception extensive de la pauvreté est lourde d’effets pervers. (…) On incorpore dans la pauvreté des situations sociales très diversifiées, qui vont de ce que l’on appelait il y a quelques années le “quart-monde” aux milieux sociaux très modestes ».


 

D’autres modes de calcul permettent de mesurer le seuil de pauvreté de manière différente. Aux États-Unis, par exemple, l’indicateur de pauvreté est construit non pas relativement aux inégalités de revenus, mais de manière absolue sur la base d’un panier de biens et de services (logement, vêtements, nourriture, etc.) auquel chacun devrait avoir accès. Le gouvernement français utilise quant à lui un troisième outil pour calculer la pauvreté : le seuil de pauvreté ancré dans le temps. Basé sur le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian d’une année donnée (par exemple 2006), le seuil de pauvreté est ensuite réactualisé d’année en année par rapport au seul taux d’inflation. Un calcul qui permet d’établir le seuil de pauvreté non plus à 954 euros mais à 915 euros et de réduire le nombre de pauvres, au regard de l’objectif gouvernemental de « réduction d’un tiers en cinq ans de la pauvreté ». Des batailles de chiffres qui ne tiennent pas compte des populations à risque, ceux qui ne sont pas précaires au vu des seuils, mais pourraient le devenir au moindre changement de situation : deuil, divorce, perte d’emploi ou maladie.


 

Les statistiques de la pauvreté cachent une pluralité de situations. Johanna a 29 ans. Ouvrière à la chaîne dans le Nord-Pas-de-Calais, elle élève seule sa petite fille de 6 ans. À la journaliste Catherine Herszberg, elle raconte : « Ça fait huit ans que je suis à l’usine. Avec les primes d’ancienneté, je me fais 1 300 euros ; qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse avec 1 300 euros une fois qu’on a payé le loyer, les crédits – tout le monde a des crédits –, la nourriture, la cantine, les habits de l’enfant, la facture d’eau, la facture de gaz, la mutuelle, les assurances ? Il reste rien. Je pars pas en vacances, je peux pas . »

 

Avec 1 300 euros, Johanna se situe légèrement au-dessus du seuil de pauvreté (à 1 240 euros pour une famille monoparentale avec un enfant). Comme elle perçoit une pension alimentaire de 50 euros, elle ne peut pas prétendre au revenu de solidarité active (RSA)* qui remplace, depuis 2009, l’allocation parent isolé. Les familles monoparentales, composées à 85 % de mères célibataires, sont très fragiles. Un seul salaire, un emploi parfois à mi-temps et des charges incompressibles conduisent une famille monoparentale sur trois à vivre dans la pauvreté. 


 

Christine, 54 ans, vit seule. Lorsque son mari décide de divorcer, elle doit « continuer à rembourser le prêt (de leur maison). Aux mêmes conditions, mais seule.  » Elle contracte un premier crédit à la consommation pour l’aider à terminer les fins de mois. Puis un deuxième pour rembourser le premier. Et un troisième pour remplacer sa voiture tombée en panne. « Je gagne 2 000 euros par mois, explique-t-elle. Une fois que j’ai remboursé mes mensualités pour les crédits, il me reste 100 euros pour l’essence, l’électricité, l’assurance et de quoi manger. Quand j’ai pris un quatrième crédit, on me l’a donné les yeux fermés, alors que je ne m’en sortais déjà plus. » Propriétaire d’une maison estimée à 430 000 euros, elle se refuse à la vendre pour rembourser ses dettes. «  Je rembourse cette maison depuis vingt ans, ce n’est pas pour tout laisser tomber. Cette maison, c’est la seule chose qui me tient debout. Tout ce que je veux, c’est la garder. »

 

L’argent de la vente de sa maison ne parviendrait d’ailleurs qu’à rembourser les dettes de Christine, et la laisserait sans toit. Le travail ou la propriété d’un bien immobilier, considérés autrefois comme les signes d’appartenance à la classe moyenne, ne font plus nécessairement rempart contre la pauvreté. Dans les années 1990, on voit apparaître le concept de « travailleur pauvre ». Les salaires trop bas, les temps partiels répandus font des travailleurs des individus menacés. Et lorsqu’un seul membre pourvoit à l’essentiel des revenus, la famille risque à tout moment de basculer dans la précarité.


 

« Heureusement que Coluche a créé les Restos du cœur »


  

Entre une mère célibataire qui gagne le smic, un chômeur au RSA et un sans domicile fixe, peu de traits communs sinon la difficulté de profiter de ce que l’économiste Amartya Sen appelle les « capabilités » . L’individu est considéré comme pauvre, selon A. Sen, dès lors qu’il est dépourvu de la possibilité d’accéder à certains biens ou services. Si un faible revenu constitue un obstacle majeur à la liberté (de consommer, de sortir, de prendre des vacances, de se soigner), il n’est cependant pas le seul. Le handicap, la maladie, l’absence de diplôme ou de lien social constituent d’autres limitations aux capabilités, d’autres signes de pauvreté. La théorie d’A. Sen permet ainsi de prendre en compte la diversité des causes de l’inégalité des individus dans les situations de pauvreté. Il ne suffit pas qu’un individu possède ce que le philosophe John Rawls nomme les « biens premiers » (un certain revenu, la liberté d’expression, les bases sociales du respect de soi, etc.) si, à cause de son caractère, de son état de santé, ou de son éducation, il n’est pas capable de jouir de ces biens comme tout un chacun.


 

Difficile donc de lutter efficacement contre la pauvreté sans prendre en considération cette multiplicité de facteurs. Le RSA, en vigueur depuis 2009 (en lieu et place du RMI), tente de remédier à la fois à la situation des chômeurs et des travailleurs pauvres. Le RSA « activité » apporte en effet aux travailleurs un complément de revenu, explique le sociologue Nicolas Duvoux, « destiné à accroître la différence entre ce qu’ils touchent par leur travail et ce qu’ils toucheraient avec la seule assistance  ». Une manière, selon lui, de favoriser le « développement des inégalités sociales, promues comme un moteur de l’activité individuelle et de l’émulation sociale ». Le recours au seul RSA « socle » (ancien RMI) est souvent considéré comme dégradant par les allocataires. Ceux-ci sont alors entachés du soupçon d’être des « assistés » qui tirent profit de leur statut, préférant l’oisiveté au travail. Un soupçon aux effets délétères sur la cohésion sociale.

 

Les associations caritatives, comme le Secours populaire ou les Restos du cœur, ont, quant à elles, pris une importance telle qu’elles ne sont plus seulement une solution d’urgence mais occupent une place structurelle laissée vacante par des politiques publiques insuffisantes. « Il suffit de peu de chose pour tomber, assure Pierre-Marie, agriculteur âgé de 45 ans. (…) Maintenant j’ai l’impression que c’est chacun pour sa peau. Heureusement que Coluche a créé ces fameux Restos du cœur. Moi, j’y viens pour la quatrième année consécutive . »

 

-Article de Céline Bagault- www.scienceshumaines.com-

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