9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 09:57

Que vivent les patients qui ont connu une trop grande intimité avec leurs psys ? Et pourquoi doit-on absolument s’abstenir de passer à l’acte ?

 

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<< Thérapeutes hommes ou femmes, d'origines et de cursus divers: il arrive parfois que certains d'entre eux cachent derrière leurs statuts des refoulements, des perversions ou des manques affectifs qui provoquent des "passages aux limites" profondément destructeurs lors des thérapies ! >>

 

Certains le font...


Après une séance où je lui avais parlé de ma peur des hommes, il m’a pris la main, m’a caressé les cheveux et m’a demandé de me déshabiller, se souvient Sylvie. Devant mes réticences, il m’a assuré que cela faisait partie de la thérapie. J’ai été incapable de lui résister. Ne pas savoir dire non était l’un de mes principaux symptômes et, forcément, mon psy le savait. Au bout de quelques mois, j’étais si abattue que c’est lui qui m’a mise à la porte.


Dès les débuts de la psychanalyse, Freud instaure l’interdit des relations sexuelles entre psy et patient comme règle de base. Non par souci de moralisme ou pour ménager la sensibilité des conjoints respectifs du thérapeute et du patient. Mais pour avoir constaté que le psy doit s’effacer, s’oublier en tant qu’individu, afin de permettre au patient d’explorer son inconscient et ses fantasmes.


Malheureusement, certains thérapeutes confondent parfois leur cabinet et leur chambre à coucher.

Susan Bauer, psychiatre et psychothérapeute américaine, a enquêté sur ce thème délicat et publie ses observations dans Relations intimes (Payot). Si elle y étudie surtout la situation anglo-saxonne, ses constatations s’appliquent également à la France, où les abus existent. Que vivent les individus qui ont connu une trop grande intimité avec leur thérapeute ? Pourquoi ce dernier doit-il absolument s’abstenir de " jouir " de ses patients ? Enquête auprès de patients et de psys dont les pratiques diffèrent. Et curieusement, qu’ils utilisent la psychanalyse classique, les TCC, ou les thérapies incluant un travail corporel, tous s’accordent pour dénoncer les passages à l’acte sexuel.

   

Sexe et thérapie : "totalement incompatibles"

   

Depuis trois ans, le psy d’Anna la reçoit une fois par semaine dans son cabinet et s’allonge avec elle sur le divan. Elle était allée le consulter car, à 28 ans, sa vie affective était un désert. "Toujours le même scénario : j’arrive, je me déshabille, je m’allonge… L’affaire terminée, il m’embrasse sur la joue. Je le paye, je pars. Il est ma seule relation affective." Anna ne se plaint pas d’être abusée. Pourtant…

 

"Il y a toujours abus en pareil cas, explique Bernard Auriol, psychiatre et psychothérapeute, qui utilise des techniques psychocorporelles. Car, même si de nombreuses patientes cherchent à séduire leur psy, leur véritable demande n’est pas de nature sexuelle : elles aspirent à un changement, à se déprendre des conflits et dépendances qui les emprisonnent. Or ce type de relation a l’effet inverse : elle enferme le patient dans un univers dont le thérapeute est le maître. Bien sûr, on note des exceptions, mais…"

 

D’ailleurs, insiste Bernard Duperier, psychanalyste et psychiatre, "impossible de continuer à être thérapeute dans une telle situation ! Si le patient est trop amoureux, le travail n’avance pas : obsédé par son psy, il ne pense qu’à lui et cesse de s’interroger sur ses propres problèmes. Et si, en outre, il y a passage à l’acte sexuel, le patient sera définitivement enkysté dans sa passion. En fait, je ne vois pas comment on peut tomber amoureux d’un patient. Les vérités crues qui se révèlent sur le divan me semblent incompatibles avec le mystère nécessaire à l’éclosion de l’amour."


Qui passe à l’acte ?

 

Susan Bauer distingue trois cas de psys qui passent à l’acte. D’abord le thérapeute naïf et sincère, persuadé d’aider son patient : le plus souvent, c’est un psy de sexe féminin, telle cette psychologue de 57 ans, qui, en toute bonne foi, a "voulu offrir une seconde chance à un malade schizophrène". Ensuite arrive le thérapeute incompétent. "Il y en a comme dans toute profession, commente Bernard Duperier. Mal formés, ils ne savent pas où s’arrêter." Enfin, minoritaire, le psy "prédateur" : "Il profite de sa position, explique Christophe André, psychiatre et psychothérapeute. Sentant ses patients prêts à se laisser séduire, il propose, sous prétexte de thérapie, des jeux sexuels. Pour ne pas être inquiété par la justice ou les organisations professionnelles, il interrompt le plus souvent la thérapie en racontant à sa proie qu’elle n’en a plus besoin. Et quand il a fini de s’amuser, il l’abandonne. Généralement, c’est un récidiviste."


Selon lui, les psys qui passent à l’acte se recrutent essentiellement chez les médecins, les sexologues et les praticiens de thérapies à médiation corporelle. Sous prétexte de rechercher un prétendu trouble hormonal, il leur est facile de demander à la patiente de se dévêtir ou de lui caresser les seins en lui faisant croire qu’il s’agit d’un exercice de relaxation. Mais, dans les faits, tous les thérapeutes, toutes écoles confondues, peuvent être concernés.

 

Toutefois, dans la grande majorité des idylles de divan, le psy éprouve de vrais sentiments amoureux, insiste Susan Bauer. Reste que cet amour n’empêche en rien les dégâts. "La communauté thérapeutique connaît quelques individus qui ont même plaqué femme et enfants pour épouser une patiente, renchérit Christophe André. Et les choses se passent rarement bien. Presque toujours, ces thérapeutes traversent une période difficile de leur vie. Presque toujours aussi, la patiente est beaucoup plus jeune qu’eux et les idéalise, ce qui n’est guère propice à l’épanouissement du couple."

 

Raymonde Hazan, aujourd’hui thérapeute, créatrice de l’analyse intensive, a vécu l’expérience de la transgression avec son premier thérapeute. Si elle témoigne, c’est qu’à ses yeux elle fait dorénavant partie de son expérience professionnelle" : "Grâce à cela, je connais la limite. Je sais ce qu’un psy peut ou non s’autoriser." Ainsi a-t-elle mis au point un cadre thérapeutique flexible, qui inclut des séances en dehors du cabinet –dans un café, etc.– et autorise le patient à téléphoner quand il en éprouve le besoin. D’ailleurs, de plus en plus de psys n’hésitent plus à travailler dans un cadre plus souple que le classique divan/fauteuil.


Comme un inceste


En revanche, le passage à l’acte sexuel est toujours nocif, car "vécu comme un inceste", insiste Raymonde Hazan. En effet, le psy symbolise le père tout-puissant et omniscient, qui ne saurait se tromper. Le patient étant "sous influence", il lui est difficile de dire non.

 
" Mon psychologue est passé à l’acte après douze ans de thérapie, explique Raymonde Hazan, mais l’“encerclement” a été progressif. Il était fasciné par moi, par les textes que j’écrivais. N’arrivant pas à venir à bout de certains de mes symptômes, il m’a proposé un “travail par le toucher”. Résultat : nous nous sommes retrouvés au lit. Voir le psy – ce héros – en caleçon, bedonnant, c’est terrible. Démystification totale, brutale ! Et simultanément, terreur absolue : je me sentais coupable, j’avais l’impression d’avoir commis un acte interdit. Je ne savais plus où j’en étais. Si je demandais de l’aide au psy, l’homme répondait. Quand, à l’inverse, j’interpellais l’homme, c’était le psy qui parlait. Je lui ai expliqué que j’avais besoin de poursuivre mon analyse avec quelqu’un d’autre, il s’y est opposé violemment. Craignant pour sa réputation, il avait peur que je confie nos “secrets” à l’un de ses confrères. Il a maintenu nos quatre séances hebdomadaires, dont une “d’amour” qu’il me faisait aussi payer. Comme j’allais de plus en plus mal, il a déclaré que j’étais “complètement folle” et m’a conseillé un séjour en hôpital psychiatrique. Depuis, j’ai rencontré d’autres femmes qui ont connu cette épreuve. Je peux témoigner que les patientes abusées, comme les enfants victimes d’inceste, se sentent coupables, ne parviennent pas à incriminer le véritable responsable, ont envie de mourir."

 

Selon une récente étude helvétique, 95 % des patientes ayant eu une relation amoureuse avec leur thérapeute présentent effectivement ces symptômes. Les patientes les plus exposées sont celles qui ont été victimes d’abus pervers dans leur enfance et sont restées fragilisées, peu sûres d’elles-mêmes. Or "il faut avoir suffisamment d’estime de soi pour s’opposer aux manœuvres d’un psy trop insistant", remarque Christophe André.

 

Sortir de l’engrenage

 

Pour guérir de ce drame et faire le deuil de l’expérience traumatisante, les thérapeutes préconisent une thérapie avec un nouveau psy. Malheureusement, ce n’est pas simple. Sur le plan affectif, les patients ont de grandes difficultés à couper le lien qui les étouffe : pris dans un conflit entre haine et amour, peur et honte, ils n’arrivent pas à lâcher prise. Et au niveau social – notamment si le psy est médecin-psychiatre – ils ont du mal à se faire entendre. "Face à ces transgressions, la communauté thérapeutique est mal à l’aise", explique Bernard Duperier.

 

"Quand j’ai appelé des psys à l’aide – j’en ai contacté plus de quinze – aucun n’a accepté de me recevoir, confirme Raymonde Hazan. D’emblée, j’étais prise pour une hystérique, une emmerdeuse ne songeant qu’à faire du scandale. L’un m’a dit : “Puisque vous avez su coucher avec votre psychologue, vous saurez aussi fort bien vous sortir de tout cela."

 

En dépit de ces obstacles, Christophe André conseille aux patientes d’envoyer, dans ce cas-là, des courriers au conseil de l’ordre des médecins et aux organisations professionnelles de psys, pour qu’une trace existe. "Comme pour le viol ou l’inceste, il faut briser la loi du silence."

 

"De leur côté, les psys de toutes catégories sont appelés à se protéger juridiquement pour éviter toutes accusations douteuses ou tentatives de diffamation. L'enregistrement à la CNIL doit-être envisagé."

 

Recourir à la loi ?

 

Faut-il, comme aux Etats-Unis, pénaliser les relations affectives de divan ? La majorité des thérapeutes français s’y oppose. Leurs arguments : pour exercer convenablement son métier, le psy ne doit pas craindre une convocation au tribunal parce qu’il aurait pris la main d’une patiente dépressive. Christophe André ne partage pas ce point de vue : "C’est vrai, on peut craindre la menace de l’hypercontrôle, mais les patients doivent pouvoir se défendre. Le problème mériterait d’être débattu sur la place publique. Cela touche à la dignité de notre profession. Vis-à-vis de ce problème, nous sommes dans une situation similaire à celle de l’inceste voilà trente ans : on n’en parlait pas et on avait tendance à ne pas croire les victimes." 

 

A l’heure actuelle, la seule garantie pour le patient est l’éthique du thérapeute. "Au bout de deux séances, Emmanuelle, qui était ma patiente, et moi avons constaté que nous nous plaisions trop pour travailler ensemble, se souvient Jacques S., psychanalyste. Je l’ai envoyée chez un collègue et nous avons eu une histoire amoureuse."Quant à Sonia, c’est en allant consulter pour la première fois qu’elle a rencontré son futur mari : " Il m’a serré la main et ç’a été le coup de foudre. Deux semaines plus tard, je m’installais chez lui et j’entamais mon analyse avec un de ses confrères."

 

La faute au transfert ?

 

Dans toute thérapie s’instaure automatiquement un lien affectif du patient vers l’analyste : le transfert. Indispensable, il permet de revivre – pour s’en détacher – les conflits névrotiques infantiles. Mais, dans la foulée, il ressuscite les amours œdipiennes pour papa et maman, à la base de ces conflits. Par conséquent, tout individu en thérapie va aimer son psy et vouloir être aimé de lui, comme il a souhaité l’être autrefois de son père ou de sa mère. D’où l’admiration qu’il lui porte et le poids particulier donné à ses paroles. C’est dire que l’amour pour le psy s’adresse à un autre du passé.

 

Un principe, dans sa formation, le thérapeute a eu l’occasion d’éprouver lui-même l’amour de transfert et de réaliser qu’en aimant son psy il se trompait sur la personne. Cependant, les psys sont des êtres humains et éprouvent des sentiments divers pour leurs patients. La situation se complique vraiment quand, mal formé, le psy se comporte comme s’il était le véritable destinataire de l’amour transférentiel et y répond physiquement. Ou que, pervers, il s’appuie sur son pouvoir pour s’allonger lui aussi sur le divan.


Célèbres idylles

 

La psychologie naissante a été marquée par de nombreuses histoires d’amour sur le divan, rappelle Susan Bauer dans Relations intimes:

  

Sandor Ferenczi autorisait ses patientes à l’embrasser et finit par épouser l’une d’elles. 

Le grand Jung fut, pendant plus de dix ans, l’amant de sa patiente Sabina Spielrein. Elle n’échappa à cette relation fusionnelle, qui l’entraînait de la satisfaction extrême à la tentation du suicide, qu’en devenant elle-même analyste. Cette romance a permis à Jung d’inventer ses notions clés d’anima (la part féminine de l’homme) et d’animus (la part masculine de l’homme) mais, en même temps, elle le terrifiait. Marié, il avait peur que Sabina révèle leur liaison au grand jour.


Erich Fromm, psychanalyste auteur du classique “L’Art d’aimer”, épousa sa thérapeute Frieda Fromm Reichman.

 

La romancière Anaïs Nin eut une liaison avec ses deux analystes, Robert Allendy, président de la Société psychanalytique de Paris, et Otto Rank, un des élèves préférés de Freud. Follement amoureux, ils souffrirent beaucoup. En contrepartie, elle eut le désagrément de ne pouvoir effectuer un authentique travail sur elle-même !

 

Dans les années 30, Wilhelm Reich, spécialiste des blocages sexuels, inventeur de la bio-énergie, caressait les fesses de ses patients dans un but thérapeutique. Dans les années 50-60, les cercles de développement personnel californiens élevaient les relations intimes avec les patients au rang de technique de révélation de soi – au même titre que le LSD.

 

William Schultz, inventeur d’une technique psychocorporelle, le training autogène, avait de fréquentes aventures avec ses patients. Par souci d’honnêteté, il rendait publique chacune de ses conquêtes. Et si une femme, une fois l’histoire terminée, se sentait abusée et abandonnée, il lui rappelait qu’elle avait choisi cette expérience et ne devait s’en prendre qu’à elle.

 

A 65 ans, Fritz Perls, créateur de la Gestalt thérapie, rencontra la belle Marty Fromm, 32 ans. Elle était sa patiente et, simultanément, faisait sa cuisine et lavait son linge. En retour, il l’initiait au sexe, y compris à plusieurs. " Il voulait me manipuler comme un marionnettiste tire les ficelles de ses poupées, écrit-elle dans son journal intime. Il affirmait faire tout cela pour moi, mais il le faisait pour lui. ". Sous l’influence de Perls, malgré tout, elle retourna à l’école, se lança dans une maîtrise de psychologie, et finit par enseigner cette discipline. L’une de ses premières initiatives fut de critiquer Perls et sa théorie.

 

Progressivement, au cours des années 70, à la demande des mouvements féministes, les organisations professionnelles se mirent à sévir. En 1973, l’Association américaine de psychiatrie adoptait un code de déontologie établissant que les rapports sexuels avec les patients sont contraires à l’éthique. En 1977, l’Association américaine de psychologie la suivait. Peu avant 1990, la France suivra avec un code pour les différentes disciplines.


"Officiellement, la fin de soixante-dix ans d’expérimentation, de confort personnel et d’amours occasionnelles", note Susan Bauer. En réalité, uniquement la fin des idylles vécues au grand jour.

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