17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 18:15

La peur de faire mal, la culpabilité, la crainte d’étouffer la personnalité de leurs enfants… De nombreux parents n’arrivent pas à imposer les règles et à se répartir les rôles. Claude Halmos redéfinit l'autorité "vraie", après une très mauvaise lecture, reprise par les médias, des travaux de Françoise Dolto !

 

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Psychologies : Dans votre cabinet, est-ce que vous avez le sentiment que les problèmes d’autorité sont importants ?

 

Claude Halmos : Les enfants, autrefois, venaient consulter avec des problèmes provenant des relations familiales, de l’histoire parentale. Aujourd’hui, c’est l’absence de repères et de limites qui, le plus souvent, les empêche de se développer normalement. Le malentendu vient de la croyance issue d’une dérive de la salutaire révolte de Mai 68, que toute autorité serait répressive, et d’une mauvaise lecture de Françoise Dolto. Elle a posé que l’enfant était une personne à respecter, mais a affirmé aussi qu’il avait un besoin vital d’éducation. On l’a oublié et on vit dans la peur de casser, si on l’éduque, sa personnalité. Tout cela fait que les parents ne se sentent plus de légitimité. Or il existe des règles de développement pour le corps, la santé des enfants. Et nous les appliquons sans nous poser de questions. Mais il en existe aussi pour leur construction psychique. Il y a des âges pour faire les choses, il faut avoir une place dans la famille, mais pas toute la place, on ne peut pas tout faire, pas tout avoir, etc. Si on ne respecte pas ces règles, l’enfant a des problèmes de comportement, d’image de lui-même, scolaires… Parce que rien n’est à sa place dans sa vie.

 

N’y a-t-il pas également, dans les couples parentaux, un équilibre qui a changé avec l’évolution de la place des femmes ?

 

C.H. : En consultation, quand je demande : « Et comment ça se passe, l’autorité, chez vous ? »,la réponse la plus générale est :« C’est nous deux. C’est pareil. » Il n’y a plus de différenciation de la place du père et de la mère. Car les combats féministes– et heureusement qu’ils existent ! –ont conduit à craindre que, en établissant des places, on rétablisse une hiérarchie. Or cela n’a rien à voir. Ce que l’on appelle la fonction paternelle, c’est un dispositif. Il permet à l’enfant de comprendre que, dans la vie,on n’est jamais deux (toi et moi), mais trois. Il y a toi, moi et, par exemple, la justice qui peut régler nos conflits et empêcher qu’ils se terminent en pugilat. La préfiguration dans la famille de cette instance tierce, c’est le père, auquel la mère peut faire appel dans ses conflits avec l’enfant.


Pourquoi la mère ne peut-elle pas tenir cette place ?

C.H. : Parce que l’enfant la vit déjà comme toute-puissante. Si elle avait en plus toute l’autorité, elle serait pour lui l’image d’un être sans limites, auquel il serait tentant de vouloir ressembler. Et puis, le père est là aussi pour aider mère et enfant à se séparer. Ce qui ne veut pas dire se quitter et ne plus s’aimer, mais comprendre que l’enfant n’est pas un prolongement de sa mère.C’est un être à part entière, qui doit grandir pour partir un jour.

 

Comment peut faire une mère seule ?


C.H. : Il y a toujours un père. La mère n’a pas fait l’enfant seule. Même si le père ne connaît pas l’enfant. Même s’il ne le voit plus. Même s’il est parti. Même s’il ne sait même pas qu’il existe… La mère seule doit s’appuyer là-dessus : « Ton père n’est pas là (parce que nous sommes séparés,parce qu’il est parti…), mais je te dis ce qu’il dirait s’il était là, comme le dirait n’importe quel père. Et d’ailleurs, on peut en parler avec ton oncle si tu veux. » Une mère peut faire exister un père dans la parole, quel que soit l’âge de l’enfant.


Il semble parfois que les hommes ont peur, en exprimant leur autorité, d’une forme de violence…

C.H. : Les hommes d’aujourd’hui ne veulent pas reproduire la toute-puissance du pater familias d’antan, et ils ont raison ! Mais il ne s’agit pas de ça. Hommes et femmes sont égaux, mais leurs tâches de mères et de pères sont différentes. Et puis, avoir de l’autorité, ce n’est pas être autoritaire. Être autoritaire, c’est imposer sa propre loi. C’est de l’abus de pouvoir. Or les parents ne font pas ça. S’il pleut, exiger d’un enfant qu’il mette un imperméable, c’est de l’autorité. Lui imposer l’imperméable vert qu’il déteste alors qu’il en a un autre, c’est de l’autoritarisme. L’autorité, ce n’est pas de la violence. Le parent ne fait que transmettre à l’enfant les règles nécessaires pour vivre en société que lui-même respecte. On ne tape pas sur les autres, on ne leur vole pas leurs affaires, on ne tire pas les cheveux de la petite voisine, même si c’est rigolo de la voir pleurer… On apprend à vivre avec les autres, à respecter les autres. C’est ça, l’éducation. Et c’est le devoir des parents d’éduquer. Parce que l’enfant ne naît pas civilisé, il le devient. Et il ne le devient que si des adultes l’éduquent. Il faut expliquer à l’enfant chaque règle et son utilité, puis la lui imposer. Il n’y a aucune éducation qui ne passe pas parle conflit. Et plus les parents sont déterminés, moins les conflits durent. Car ils ne durent que si l’enfant sent que ses parents ne sont pas sûrs d’eux.

 

Ne trouve-t-on pas également, chez certains pères, de la réjouissance devant un enfant qui a du caractère ?


C.H. : Il n’y a pas que chez les pères. Les mères également. Cela venge de la soumission que l’on a vécue enfant. Mais nous confondons avoir du caractère et transgresser impunément ou faire sa loi. Si, à 5 ans, il vous donne un coup de pied, à 15 ans, il fera quoi ? Parce qu’il n’y a aucune raison que l’enfant apprenne à se contrôler tout seul. Les parents projettent un vert paradis de l’enfance qui est leur paradis imaginaire d’un monde sans limites. Freud disait très bien que nous ne renonçons jamais à la toute-puissance infantile et que nous la transférons sur l’enfant. Inconsciemment, nous allons lui demander de récupérer ce à quoi nous avons dû renoncer dans notre enfance. C’est un leurre.


L’exercer ne risque-t-il pas de nuire à la créativité de l’enfant ?

C.H. : Respecter les lois de la société n’a jamais empêché personne de créer. En revanche, ne pas les respecter, cela ne donne pasd es créateurs, mais des adolescents à la dérive. D’ailleurs, la création suppose du travail, et le travail suppose de renoncer au principe du plaisir immédiat.

 

La relation d’autorité, pour un père, est-elle plus difficile avec une fille ?


C.H. : Les petites filles aiment faire du charme à leur papa. Mais, fille ou garçon, un père qui a compris à quoi servaient les limites et qui se sent la légitimité de les poser ne se laissera pas avoir. Car c’est leur vie adulte que nous construisons. Le problème n’est pas que notre enfant ait une vie d’enfant la plus heureuse possible – même si c’est essentiel d’avoir une vie d’enfant heureuse ! –mais qu’il ait une vie d’enfant qui lui permette d’avoir une vie adulte la plus heureuse possible. Quand les parents comprennent ça, ils assument parfaitement de fixer des limites et de poser un cadre. D’ailleurs, les enfants cherchent une limite, parce que sinon c’est trop angoissant. Avoir le sentiment que l’on pourrait être dépassé par ses pulsions, c’est terrifiant, c’est comme être sur un cheval emballé. L’autorité rassure.


Que répondriez-vous à un enfant qui vous demande ce qu’est l’autorité ?

C.H. : Je lui dirais : « Il y a deux sortes de grandes personnes. Il y a celles qui aiment les enfants comme elles aiment les petits chats. Pour jouer avec, leur faire des câlins, leur donner un joli panier et de bonnes croquettes. Le chaton ronronne, il est content. Et la grande personne aussi est contente. Peut-être parce que quand elle était petite, on ne lui a pas expliqué la différence entre les petits chats e tles petits enfants. Et puis il y a des grandes personnes qui t’aiment vraiment, pas comme un petit chat. Bien sûr, elles sont contentes de te faire des câlins, des bons gâteaux et de jouer avec toi. Mais surtout, elles ont envie que tu deviennes une grande personne qui soit heureuse, qui n’ait pas de problèmes avec les autres. Des parents qui grondent, c’est des parents qui aiment vraiment, parce qu’ils ont envie que tu deviennes quelqu’un de bien. Ton père te gronde parce que tu tapes sur ton petit frère ? Mais lui, s’il tape sur le voisin, on va appeler la police… Tu vois bien que ce n’est pas possible. Il t’apprend à devenir grand. » Et les enfants comprennent au quart de tour.

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