28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 09:26

Nous ne sommes pas mus, tels les animaux, par des instincts primaires, mais par des pulsions sophistiquées : sexuelles, bien sûr, mais aussi orales (les satisfactions de bouche), anales (dans l’enfance, elles tournent autour du rapport à la propreté et, plus tard, rendent désireux d’accéder à la richesse, à la maîtrise et au pouvoir), sans oublier la pulsion « scopique » (origine du plaisir de regarder).

 

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Étymologiquement, une pulsion est une poussée, un mouvement vers un but, l’« objet » (le partenaire amoureux, la situation de vie), à même de satisfaire notre convoitise et d’éliminer nos tensions. Cependant, rien sur cette terre ne saurait l’apaiser définitivement. Aussi le cycle recommence-t-il, encore et encore. Ce n’est jamais assez ! Sa pâtée engloutie, l’animal est repu. Chez nous, le simple spectacle d’un mets alléchant (par exemple un gâteau au chocolat) déclenche l’envie de manger, même si notre corps a déjà reçu sa ration de calories. Sacrifiant l’instinct de survie propre à toutes les autres espèces vivantes, nous allons risquer l’explosion de notre taux de cholestérol ou de glycémie.

 

Contrairement aux animaux qui, après la saison des amours, se désintéressent de leurs congénères de l’autre sexe, nous désirons jusqu’à notre dernier jour, ou presque. Nos pulsions sexuelles n’ont que peu de rapports avec des montées hormonales, et tout à voir avec nos fantasmes : sauf psychopathie avérée, nous ne nous jetons pas sur la première femelle ou le premier mâle venus, nous choisissons nos partenaires selon des critères liés à notre histoire intime. Et, pour peu que nos fantasmes nous rendent polygames ou polyandres, nous devons gérer des relations multiples presque toujours incompatibles les unes avec les autres. De quoi nous compliquer la vie encore davantage !

 

La méconnaissance de nos vrais désirs

 

« Quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller, et le plus rapidement possible » : cette devise des Shadoks s’applique merveilleusement à nous. Selon les freudiens, la majeure partie de notre existence se déroule dans la plus parfaite méconnaissance de nos vrais désirs, qui sont inconscients. Raison pour laquelle nous sommes si vulnérables, prêts à nous laisser séduire par des hommes politiques ou des marques de yaourt promettant le bonheur ou la jeunesse éternelle. Nous sommes étroitement dépendants, voire prisonniers du désir des autres. Selon la formule du psychanalyste Jacques Lacan, « le désir de l’homme, c’est le désir de l’autre ». Cela se vérifie dès la naissance, quand le nourrisson oriente sa vie en fonction des attentes du premier autre, la mère : « Que veut-elle ? Que je vive ? Que je meure ? Que je sois heureux ? malheureux ? » Et les années passant, il continue d’ignorer qu’il construit son existence pour autrui.

 

La quête incessante du « phallus »

 

Cette tendance à se régler sur le désir de nos semblables rend compte de la quête incessante de la plus grosse voiture, de la plus belle montre : je la veux, convaincu que mon frère, mon ami, mon ennemi, le voisin, la veut. Je la veux pour qu’il ne l’ait pas, pour qu’il m’envie… Croyance qui, forcément, pousse à vouloir toujours plus. Pour certains, un partenaire amoureux n’a d’ailleurs de valeur qu’en couple, déjà désiré par un autre. Selon Lacan, notre Graal, notre quête ultime, est celle du « phallus », symbole du désir, de l’objet mystérieux, innommable, dont la possession nous placerait à l’abri du manque et de l’insatisfaction. Sur les monuments antiques, il est représenté par un pénis en érection ou une corne d’abondance symbolisant la fertilité, la plénitude, le pouvoir. Bref : le mieux qu’un être puisse espérer détenir. Pour les uns, le phallus, ce sera le savoir ; pour les autres, le plus gros yacht possible… La quête phallique s’ancre en nous à partir du rêve que, dans notre enfance, nous aurions été totalement comblés. Une version psychanalytique du paradis terrestre.


Le problème, avec le phallus, c’est qu’il est aussi introuvable que le Graal : le plus beau yacht du monde ne peut offrir que ce qu’il est, un nouveau modèle vient rapidement détrôner le must du moment qui cesse alors d’être l’objet de notre convoitise. Aussi, nous continuons de chercher, de désirer. Espérant qu’un jour…

 

« Certains ont besoin de “faire” pour exister »

 

Faire plus, faire mieux… D’où vient cette manie de toujours faire ? Luce Janin-Devillars (1), psychanalyste et coach, lève le voile sur un processus qui complique bien des vies.


«Ceux qui ne parviennent pas à s’arrêter, à déléguer ou simplement à se poser pour respirer ont besoin d’être actifs pour se sentir vivants. Ils ont souvent, enfants, été sommés de faire : travailler à l’école, mais aussi jouer du piano, pratiquer le judo, etc. Ni place, ni temps pour le rêve, l’ennui, les bêtises. En grandissant, ces personnes intériorisent les attentes et les projections de leurs parents anxieux. Ainsi se construisent une “image idéale du moi”, une représentation parfaite de soi-même, et une exigence de performance que viennent renforcer les normes sociales actuelles – l’absence d’activité est suspecte d’un point de vue culturel, les chômeurs le savent bien… Ces personnalités se construisent ainsi autour de la peur du vide. Il s’agit d’un déficit identitaire, d’un vide intérieur qu’il faut à tout prix combler à l’extérieur par l’action. Quand ils font, ils sont. S’ils arrêtent de faire, l’anxiété monte, le sentiment de perdre toute épaisseur s’installe, comme une petite mort d’eux-mêmes. Alors la course effrénée continue. Mieux, elle fournit son bénéfice : une fatigue psychique et physique qui va légitimement éviter une remise en question du processus : “Je suis ‘overbooké’”, “Je suis à plat”, et, dès lors, j’évite de penser et d’éprouver l’angoisse.

 

Les plaintes à l’entourage sont un moyen d’exprimer un épuisement, bien sûr. Mais elles viennent surtout demander cette reconnaissance dont nous avons parlé. C’est un appel à plus de valorisation, à plus d’amour : “Regarde tout ce que je fais, j’existe, aime-moi !” Un tel mécanisme inconscient engendre un dysfonctionnement psychologique qu’il est toutefois possible de réparer. Il convient d’apprendre que les creux, les baisses, l’imperfection en somme, est ce dont nous sommes faits. Aussi. »


Propos recueillis par Aurore Aimelet

1. Le site de Luce Janin-Devillars : www.janindevillars.com

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