18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 12:01

Monique Bydlowski : "Le désir d'enfant échappe souvent à notre volonté"

  

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"Non, le désir d’enfant n’est pas universel. Oui, l’inconscient peut bloquer la fertilité, et si certains hommes ont peur de franchir le pas, c’est à cause de leur père... Explications avec Monique Bydlowski, neuropsychiatre et psychanalyste, spécialiste de la maternité."

 

Pourquoi aspirons-nous à faire un enfant?


Monique Bydlowski : C’est un élan naturel. Toutes les espèces se reproduisent, et la procréation relève de l’ordre du vivant, auquel nous, espèce humaine, appartenons. Nous sommes aussi imprégnés de notre modèle parental. Nous nous positionnons par rapport à cette filiation : soit nous nous inscrivons contre, en décidant de ne pas enfanter ; soit nous décidons de la répéter. Enfin, vouloir un enfant peut répondre à la soif d’immortalité qui nous tenaille tous plus ou moins. Quand nous regardons des petits courir, nous sentons bien cela : nous allons mourir, alors qu’ils portent l’avenir en eux. Il s’en dégage un lumineux sentiment d’éternité. Mais il ne faut pas oublier non plus que le désir d’enfant échappe souvent à notre volonté.


Quelle en est la part inconsciente chez les femmes?


Monique Bydlowski : Si je devais résumer le désir d’enfant, j’utiliserais une charade : mon premier est la volonté d’être identique à ma mère du début de ma vie ; mon deuxième est mon vœu d’obtenir, comme elle, un enfant de mon père ; mon troisième est la rencontre de l’amour sexuel pour un homme du présent ; et mon tout est la conception et la naissance d’un enfant. Ce désir se construit lentement, dès les premiers instants de vie. Le lien chaleureux noué avec sa mère prédispose inconsciemment la petite fille à vouloir, elle-même, être mère un jour. Vers 4 ans, la fillette s’éloigne de sa mère – tout en gardant un lien très fort avec elle – et essaie de la remplacer par son père, dont elle souhaite un bébé. Elle découvre également qu’elle ne possède pas d’organe masculin. Pour compenser ce manque, elle dresse une forme d’équation symbolique : le bébé qu’elle rêve d’avoir de son père sera son « phallus », l’équivalent symbolique du pénis qu’elle n’aura jamais. Pensez à ces femmes radieuses qui portent triomphalement leur grossesse : c’est ce que certains psychanalystes appellent les grossesses phalliques.

 

Et si la petite fille n’a pas pu nouer un lien charnel avec sa mère?

 

Monique Bydlowski : Cela peut bloquer le désir inconscient d’enfant. J’ai pu constater que l’infertilité d’un certain nombre de mes patientes est psychologique. Toutes les conditions physiologiques sont réunies pour qu’elles puissent être enceintes, et elles expriment consciemment un besoin impérieux d’enfant. Elles en veulent un à tout prix, éprouvent un grand sentiment de vide, un manque, pensent qu’un bébé va le combler. Mais ce besoin conscient est parfois le symptôme d’un souvenir traumatique, de « ratages » survenus dans les premiers mois de leur vie. J’en ai rencontré beaucoup qui ont manqué d’affection, dont le lien a été très bousculé. Quelque chose n’avait pas fonctionné dans ce rapport charnel nourricier, et l’identification à la mère n’avait pas pu se faire. Leurs génitrices « abandonniques », totalement indisponibles, les ont laissées sans repères. Mais ces ravages, qui peuvent cadenasser le désir futur d’enfanter, sont réversibles si, pendant les dix-huit premiers mois de sa vie – jusqu’à ce qu’il puisse se mettre debout –, le bébé s’est trouvé une autre maman, la nounou qui le garde pendant la journée, par exemple. Elle va incarner sa mère biologique, « instinctuelle ».

Les hommes ont-ils ce besoin inscrit en eux?  

 

Monique Bydlowski : Il n’est pas du même ordre. Ce qui compte, pour eux, c’est assumer la fonction sociale de père. Certains ne ressentent pas ce besoin de paternité. Ils n’ont pas voulu entrer en rivalité avec la figure paternelle. Car, pour devenir père, il faut avoir affronté le sien. Quand il veut un enfant, l’homme souhaite en fait, inconsciemment, être père à la place de son père, le pousser dans la tombe. Dans un registre plus dramatique, il y en a aussi qui détestent les femmes enceintes et les enfants. Ceux-là ont souvent été victimes de parents maltraitants, ont peur de revivre ce qu’ils ont vécu.

Prenons le cas d’un homme qui n’a pas été maltraité. Pourquoi veut-il tuer le père?


Monique Bydlowski : La rivalité est une donnée clé du désir d’enfant femmes enceintes et les enfants chez les hommes. Le premier objet d’amour des petits garçons est leur mère. Ils s’attachent à elle dans les premières semaines de leur vie, et ce phénomène dure tout au long de leur existence. Le garçonnet s’accommode de son père jusqu’à 5 ans, mais plus l’âge avance, plus il trouve son géniteur encombrant. Entre 8 et 10 ans, il finit par éprouver de l’hostilité envers celui qui possède sa mère. C’est  la rivalité œdipienne, une étape qu’il lui faut franchir à l’adolescence. Les hommes qui fuient la confrontation avec leur propre père n’éprouvent généralement pas de désir d’enfant. Et quand leur compagne leur en « fait un dans le dos », beaucoup prennent la fuite.


Certains psychanalystes assurent que le désir d’enfant est universel chez les femmes, qu’il est inscrit en elles. Qu’en pensez-vous?


Monique Bydlowski : Ce n’est plus vrai. Avant les années 1960, la question du désir ne se posait pas vraiment. Qu’elles l’aient voulu ou non, le destin des femmes était  d’enfanter. Avec la contraception chimique, une véritable révolution s’est mise en marche, dont nous n’avons pas immédiatement pris la mesure. Les mœurs ont considérablement évolué. Résultat : faire un enfant relève aujourd’hui d’une démarche consciente, programmée. Par ailleurs, de plus en plus de femmes se réalisent dans leur métier. Leur « phallus » ne s’incarne plus dans un bébé, mais dans leur carrière. Elles subliment un désir à l’origine sexuel dans un autre, dont la signification symbolique est proche : leur ambition et leur réussite professionnelles pallient l’absence d’organe masculin, tout en les préservant de la procréation, parce que la perspective de cette expérience les angoisse. Elle implique un remaniement, une perte de contrôle de l’image de soi à laquelle ces femmes se refusent. La grossesse peut aussi les renvoyer à une représentation des liens maternels vécue comme une dépendance insupportable.

 

Quelle est votre conviction de clinicienne? Les verrous de l’inconscient peuvent-ils être forcés par la science?


Monique Bydlowski : Ce qui est prouvé, c’est que la fertilité est placée sous l’influence des zones cérébrales qui enregistrent et traitent les émotions humaines. C’est une fonction biologique très sensible au stress, à l’anxiété et aux verrous inconscients de l’être humain. Si ces derniers sont trop résistants, les procréations médicalement  assistées (PMA) ont peu de chances de fonctionner, particulièrement quand l’identification primitive à la mère a été perturbée, comme nous venons de le voir. En revanche, le verrou peut sauter quand un autre processus inconscient se met en œuvre. À son insu, par exemple, le gynécologue qui pratique la PMA peut faire l’objet d’un transfert. La grossesse va se déclencher parce qu’une rencontre aura eu lieu, parce que le praticien va incarner le parent d’autrefois, la mère originelle de la patiente. Une mère idéale. C’est le même principe qu’une psychanalyse, sauf que cela se passe en quelques minutes. Beaucoup de guérisons d’infertilités que l’on pensait irréversibles sont intervenues comme cela. J’en ai connu quelques-unes. Un flux affectif est passé entre la patiente et moi. Et l’inconscient a « laissé passer » le bébé.

Dans le cas inverse de mères qui ont eu des enfants alors qu’elles n’en voulaient pas, peut-on dire que l’inconscient a été « forcé » par le biologique?


Monique Bydlowski : La courbe de fécondité féminine est optimale entre 18 et 30 ans. Un seul rapport sexuel peut suffire, surtout quand on est jeune, pour que le biologique prenne effectivement le pas sur le psychologique. L’inconscient s’efface : il « laisse passer » les bébés, même non désirés. Mais à partir de 30 ans, la fertilité baisse, parce que malgré l’allongement de l’espérance de vie, le stock d’ovules féminin reste limité. Il finit par s’épuiser. Quand survient cet affaiblissement, les désirs inconscients, les souvenirs enfouis, les émotions commencent à mener la danse. Et si la perspective d’enfanter ravive des moments douloureux, génère de l’angoisse et des problématiques psychiques, le désir a beau être là, la fertilité a toutes les chances d’être bloquée. L’inconscient l’emporte sur le physiologique...

  
Hélène Fresnel pour psychologies.com

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