21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 13:57

Acte criminel, entend-on chaque été après les incendies dévastateurs. Mais qu’est-ce qui pousse un homme à craquer une allumette dans une pinède ? Confession d’un incendiaire qui a su s’arrêter à temps.

 

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Philippe témoigne...

   

Je ne suis plus pyromane. Aujourd’hui, ce sont les cœurs que j’embrase. » La voix au téléphone est rieuse. Trop ? Quelques minutes plus tard, Philippe, 39 ans, accepte un entretien. Rendez-vous est pris dans la multinationale où il exerce le très pacifique métier d’informaticien. Large sourire, démarche sportive, on est loin de l’image que l’on se fait du dangereux maniaque. Impression qui se confirme dès qu’il se lance sur un sujet de toute évidence longuement analysé.

 

Retour sur son enfance campagnarde. Dernier de trois enfants, Philippe a 5 ans en 1971. « Je n’étais pas triste, j’étais solitaire. » Et déjà fasciné par le feu. « Je m’entraînais en enflammant des bouts de papier, pour me faire peur. J’allais jusqu’à brûler des fourmis et mes soldats en plastique. » Frissons assurés. Nul ne s’alarme dans la famille. Philippe continue. Et puis, une nuit – « la nuit, la transgression est plus grande encore » –, c’est le passage à l’acte, prémédité.

 

Terreur et frissons

  

« Nos voisins travaillaient sur les marchés. Dans leur jardin, ils avaient entassé des cagettes de bois qui formaient comme un mur. J’avais volé des boîtes d’allumettes et j’avais calculé qu’en les allumant d’un coup ça ferait une gigantesque explosion. J’ai mis mes chaussures et je suis allé mettre le feu. Et ç’a bien brûlé ! » Frissons encore, et frayeur.

 

« Quand j’ai vu les flammes monter, j’étais terrorisé. » Sirène, intervention des pompiers. Et interrogatoire du père : « Il a tout de suite su que j’étais le coupable. Il m’a donné une fessée gigantesque. Mais ce qui m’a réellement traumatisé, c’est l’intervention des pompiers. Ils étaient les soldats de “mon” feu ! »

 

Etrangement, personne ne reviendra sur l’incident : « Ma mère n’a rien su. Nous n’en n’avons jamais reparlé, ce qui, chez nous, était dans la logique des choses. » L’incendie s’en va alourdir le coffre à secrets de la famille, pas plus lourd qu’un autre. « Nos parents considéraient qu’une fois la bêtise punie l’affaire était close, on n’en reparlait plus. » Les mois passent. En 1974, se souvient Philippe, sort La Tour infernale, le premier film catastrophe américain : « J’ai revécu profondément, violemment mon passage à l’acte. »

 

Impression forte, mais pas suffisante pour lui faire passer le goût des flammes, qu’il apprend à domestiquer. « Je mettais le feu, mais avec un seau d’eau à côté de moi. J’étais pompier et pyromane en même temps, l’idéal. »

 

Fascination et initiation

  

A 9 ans, le spectacle d’un incendie de forêt dans les Cévennes le bouleverse. « Nous avons croisé les pompiers et, sur leur visage, j’ai vu la peur. J’ai compris que ce que le feu engendre est terrible. Ç’a été une étape. Il y a eu un avant et un après. »

 

Trente ans plus tard, Philippe analyse cette passion qu’il est parvenu à domestiquer : « La pyromanie cache une frustration, elle déclenche une émotion que l’on ne parvient pas à obtenir ailleurs. » Le feu, comme une chaleur que l’on attend, d’une mère, d’un père, qui ne vient pas. Philippe se souvient de la douleur à chaque mise à feu : « Je les vivais comme un appel : “Prenez-moi par la main !” La pyromanie, c’est se faire remarquer par le plus grand nombre.

 

Pour le comprendre, il n’y a qu’à regarder la fascination exercée par la pyrotechnie », dit-il, pudique. « C’est le signe d’une difficulté à s’extraire de l’enfance, de sa toute-puissance. En même temps, mettre le feu, comprendre son acte, relève de l’initiation. Il y a l’excitation, la transgression. Paradoxalement, par cet acte irresponsable, on comprend l’idée même de responsabilité. Vers 10 ans, j’ai compris la dualité de l’individu. Nous sommes réellement l’Ange et la Bête. Notre attitude face au feu, craint, vénéré, le démontre depuis toujours. »

 

Prise de conscience et guérison

   

On doute bien sûr que tous les pyromanes aient cette lucidité sur les portées, réelles et symboliques, de leurs actes. Philippe s’est soigné tout seul. Enfin, presque seul. Sur le tatami d’un dojo, à 14 ans, en pratiquant, en groupe, l’aïkido, cet art où l’on apprend à contrôler, à canaliser son agressivité, à utiliser celle de l’autre aussi. Affrontement, mais surtout échanges de forces et regard de l’autre sur soi. Au cours de l’analyse qu’il a entreprise, il n’a pas encore éprouvé le besoin d’évoquer son ancienne pyromanie. Aujourd’hui, Philippe s’estime guéri : « A part dans ma cheminée, je n’ai plus envie de mettre le feu. »

   

Une pulsion incontrôlable ?

    

Pour Pierre Lamothe, psychiatre au service médico-psychologique régional de Lyon, les mises à feu sont des appels au secours. Et les pyromanes, des adultes à qui l’on n’a pas fixé de limites durant l’enfance. Explications.

  

Selon le docteur Pierre Lamothe, il existe trois catégories d’incendiaires : « Le pyromane occasionnel, qui, un soir d’ivresse – par vengeance ou jalousie – met le feu. Celui que l’on appelait autrefois “l’idiot du village”, qui, par vengeance lui aussi, met le feu à une grange. L’un comme l’autre ne recherchent aucun plaisir et ne récidivent pas, contrairement aux individus du troisième type, les pervers. Eux ne reconnaîtront jamais les faits, même pris sur le vif. Ils s’inventent d’ailleurs de très bonnes excuses. Victime d’un délire d’innocence, ils finissent par y croire. Comme ce chercheur du CNRS, pyromane, qui soutenait l’intérêt scientifique de l’étude d’un incendie. »

  

D’où vient cette pulsion incontrôlable ? « Souvent, enfants, ils n’ont pas été soumis à l’interdit, poursuit Pierre Lamothe. Ils n’ont pas été protégés par les adultes contre un état qui les excitait. En cela, leurs parents ne sont pas sadiques, mais leur ont donné une éducation sadique. Qu’elle soit trop permissive ou trop sévère, le résultat est le même. » Ainsi, Pierre Lamothe se souvient-il d’un jeune hommes qui avait incendié un hôpital : « Ce fils de profs n’avait jamais eu l’occasion de “mettre ses cahiers au feu et le maître au milieu”… » En clair, de s’opposer à son père, considéré par tous comme un modèle de compréhension.

 

Silence coupable de l’enfant face à une instance paternelle qui ne dit pas la loi mais la commente sans cesse, ou face à une autorité absolue qui ignore tout dialogue. Silence blessé de l’enfant face à un père souvent absent, qui atteint davantage les garçons que les filles. On s’étonnera à peine que l’écrasante majorité des incendiaires soit des hommes.« Le feu renvoie au narcissisme phallique, à la peur de la castration, explique le docteur Lamothe. C’est pour cela que les premiers épisodes surviennent souvent au moment où l’enfant découvre la différence des sexes et ressent ses premiers émois sexuels. »

 

Une période décisive. « Le futur pyromane, poursuit Pierre Lamothe, commence sa carrière vers 7 ou 8 ans, âge où l’énurésie, fréquente chez ces enfants, cesse. » En général, l’enfant pyromane cherche un exutoire à des émotions trop lourdes à vivre. La pyromanie devient alors une manière de les « mettre en scène à travers les réactions des autres », poursuit Pierre Lamothe. Par exemple, comme il ne s’autorise pas la colère, il s’identifiera à celle des victimes et des pouvoirs publics. Avec cette croyance qu’il peut, à son gré, l’amplifier et la maîtriser. Métaphore suprême de ce fantasme de toute-puissance : les rares pompiers pyromanes.

Et ce même fantasme, paradoxalement, a des côtés positifs : « Un dixième des feux sont contrôlés par les pyromanes eux-mêmes, certains s’arrangeant même parfois pour ne pas passer à la mise à feu », ajoute Pierre Lamothe.

 

Pour avoir une chance de soigner ces patients aux émotions si soigneusement cadenassées, le thérapeute guette les doutes dans leur discours. Comme une béance d’où peut s’échapper une colère trop longtemps contenue. A charge pour le thérapeute de lui montrer ensuite que le monde ne s’écroule pas si on laisse affleurer ses émotions. Pari long et difficile.

 

 

Par sophie Rostain.

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