2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 11:17

"Sorciers d'autrefois et psychanalyse contemporaine, une démarche analogue ?". Un courrier de l’Unesco, juillet-août 1956, Par l'anthropologue Claude Lévi-Strauss.

 

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La cure du chamane n’est pas une quelconque magie : c’est l’analogue de la démarche du psychanalyste freudien. Alors que l’Europe pratique l’enfermement des fous, les peuples sans écriture ont découvert le pouvoir guérisseur du mythe.
 

À la plupart d’entre nous, la psychanalyse apparaît comme une conquête révolutionnaire de la civilisation du XXe siècle ; nous la plaçons sur le même plan que la génétique ou la théorie de la relativité. D’autres, plus sensibles sans doute au mauvais usage de la psychanalyse qu’à son véritable enseignement, persistent à la considérer comme une extravagance de l’homme moderne. Dans les deux cas, on oublie que la psychanalyse n’a fait que retrouver, et traduire en termes nouveaux, une conception des maladies mentales qui remonte probablement aux origines de l’humanité et que les peuples que nous appelons primitifs n’ont pas cessé d’utiliser, souvent avec un art qui étonne nos meilleurs praticiens.

 

Il y a quelques années, des ethnologues suédois ont recueilli et publié un très long rituel de guérison employé chez les Indiens Cunas de Panama, dans les cas d’accouchement difficile. Ce rituel consiste en un récitatif que le sorcier de la tribu – ou, comme disent les spécialistes, le chaman – déclame devant la patiente et pour son bénéfice. Il lui explique que son mal provient de l’absence momentanée de l’âme qui préside à la procréation ; car les Cunas croient en l’existence d’une multitude d’âmes, chacune préposée à une fonction vitale particulière. Cette âme a été attirée dans l’au-delà par des esprits malfaisants ; le sorcier raconte à la malade, avec un grand luxe de détails, comment il entreprend un voyage surnaturel à la recherche de l’âme perdue ; quels obstacles il rencontre ; à quels ennemis il s’oppose ; comment il les domine, par la force ou par la ruse, avant d’atteindre la prison de l’âme captive, pour finalement la libérer et lui faire réintégrer le corps souffrant et étendu.

 

La cure chamanistique, précurseure de la psychanalyse

 

Analysons brièvement les caractères de cette cure, dont nous n’avons aucune raison de supposer qu’elle ne soit pas efficace, au moins dans certains cas. Son premier caractère tient à sa nature purement psychologique : pas de manipulation du corps de la malade, pas de drogues. Le sorcier ne fait que parler, ou chanter ; il s’en remet au seul discours pour induire la guérison. En second lieu, le traitement implique un tête-à-tête entre deux personnes : malade et médecin, ce qui ne signifie pas, comme nous le verrons dans un instant, que les autres membres du groupe social ne puissent former un auditoire. Or, de ces deux personnes, l’une – le sorcier au pouvoir reconnu par la tribu entière – incarne l’autorité sociale et la puissance de l’ordre ; l’autre – le malade – souffre d’un désordre que nous appellerions physiologique, mais qui apparaît aux indigènes comme l’effet d’un avantage arraché par la société des esprits à celle des humains. Puisque ces deux sociétés doivent être normalement alliées, et que le monde des esprits est de même nature que celui des âmes assemblées dans chaque individu, il s’agit vraiment, dans la pensée indigène, d’un désordre sociologique provoqué par l’ambition, la malveillance ou la rancune des esprits, c’est-à-dire par des motivations de caractère psychologique et social. Enfin, en exposant les causes de la maladie, et en racontant ses aventures dans l’au-delà, le sorcier évoque, chez son auditoire, des représentations familières empruntées aux croyances et aux mythes qui sont le patrimoine du groupe social tout entier. D’ailleurs, c’est en assistant à de telles cures, qui ont un caractère public, que l’adolescent s’initie en détail aux croyances collectives.

 

Plusieurs caractères qui viennent d’être relevés ressemblent étrangement à ceux d’une cure psychanalytique. Dans ce cas aussi, la maladie est considérée comme ayant une origine psychologique et le traitement appliqué est exclusivement de cette nature. Par des symptômes qu’il ne peut maîtriser, ou plus simplement par le trouble de son esprit, le malade se sent exclu du groupe social et fait appel au médecin, dont l’autorité est sanctionnée par le groupe, pour l’aider à s’y réintégrer. Enfin, la cure vise à extraire du malade le récit d’événements enfouis dans son inconscient, mais qui, en dépit de leur ancienneté, continuent à régir ses sentiments et ses représentations. Or, qu’est-ce qu’une histoire assignée à une époque très ancienne, si ancienne souvent, que même son souvenir est perdu, mais qui continue, cependant, à expliquer – mieux que des événements plus récents – les caractères de ce qui se passe actuellement ? Très exactement, ce que les sociologues appellent un mythe.

 

Convergences et divergences

 

La grande différence entre une cure chamanistique comme celle que nous venons d’analyser, et une cure psychanalytique, tient donc au fait que dans le premier cas le médecin parle tandis que, dans le second, ce soin est dévolu au patient ; on sait qu’un bon psychanalyste reste pratiquement muet pendant la plus grande partie de la cure ; son rôle est d’offrir au malade la stimulation de la présence d’autrui, on pourrait presque dire la provocation, afin que le malade puisse investir cet « autre » anonyme avec toute l’hostilité dont il se sent inspiré. Mais, dans les deux cas, la cure consiste bien dans la production d’un mythe, avec cette différence que, chez les Cunas, il s’agit d’un mythe tout fait, connu de tous et perpétué par la tradition, que le sorcier se contente d’adapter à un cas particulier ; disons, pour être plus précis encore, de traduire dans un langage qui ait un sens pour le malade et lui permettant de nommer, et donc de comprendre – peut-être ainsi de dominer – des douleurs qui étaient jusqu’alors inexprimables, au propre et au figuré.

 
Dans la psychanalyse, au contraire, le malade a la charge d’élaborer son propre mythe. Mais, si l’on y réfléchit un instant, la différence n’est pas si grande, puisque la psychanalyse ramène l’origine des troubles psychiques à un très petit nombre de situations possibles, entre lesquelles le malade n’a guère que la liberté de choisir, et qui, toutes, se rapportent aux premières expériences de la vie et aux relations du jeune enfant avec son entourage familial. Ici aussi, c’est quand le malade sera arrivé à traduire des troubles inexprimables ou inavouables (cela revient au même), dans les termes d’un mythe approprié à son histoire particulière, qu’il se sentira libéré. (…)

 
Après le rapprochement qui précède, nous ne nous étonnerons pas que certains psychologues très avertis, visitant des sociétés indigènes pour mener des enquêtes à l’aide des plus modernes procédés d’investigation, se soient trouvés de plain-pied avec les sorciers indigènes, et même parfois, surpassés par eux.

 
Telle fut l’aventure, si joliment racontée par le psychologue et anthropologue Kilton Stewart, dans un ouvrage récent intitulé : Pygmies and Dream Giants (Les Pygmées et les Géants du rêve, New York, 1954). Il s’était rendu chez les Négritos, ou Pygmées, habitants très primitifs de l’intérieur des Philippines, pour étudier leur structure mentale par des méthodes voisines de celles de la psychanalyse. Non seulement les sorciers du groupe le laissèrent faire, mais ils le considérèrent aussitôt comme un des leurs ; mieux encore, ils intervinrent d’autorité dans ses analyses, en spécialistes compétents et parfaitement au courant des techniques utilisées. J’ai souligné tout à l’heure le caractère public des cures chamanistiques. Tous les membres du groupe acquièrent ainsi progressivement la croyance que leurs propres malaises, quand ils viendront à les éprouver, relèvent des mêmes procédés que ceux qu’ils auront si souvent vu appliquer. D’autre part, prévoyant toutes les étapes de la cure, ils y participeront volontiers, les scandant de leurs encouragements, aidant le malade à rassembler ses souvenirs.

 

Comme le remarque à ce même propos K. Stewart, nous ne sommes plus sur le terrain de la psychanalyse, mais sur celui de l’un de ses développements récents : la psychothérapie collective, dont l’une des formes les plus connues est le psychodrame, où plusieurs membres du groupe acceptent de figurer les personnages du mythe du malade, pour aider celui-ci à mieux se le représenter et pouvoir ainsi pousser sa tragédie jusqu’au dénouement. Cette participation n’est possible qu’à condition que le mythe du malade offre déjà un caractère social. Les autres réussissent à y participer parce qu’il est aussi le leur, ou plus exactement parce que les situations critiques auxquelles notre société expose l’individu sont, très largement, les mêmes pour tous.

 

La transfiguration bénéfique du trouble en œuvre d’art

 

On voit donc combien illusoire est le caractère, intime et personnel, de la situation oubliée que la psychanalyse aide le malade à se remémorer. Même cette différence avec la cure chamanistique, que nous avions retenue tout à l’heure, s’évanouit. « Comme à Paris et à Vienne, écrit K. Stewart, les psychiatres négritos aidaient le malade à retrouver des situations et des incidents appartenant à un passé lointain et oublié, des événements douloureux enfouis dans les couches les plus anciennes de cette expérience accumulée qu’exprime la personnalité. »

 

Sur un point au moins, la technique indigène semble être plus audacieuse et plus féconde que la nôtre. K. Stewart relate une expérience qu’il eût pu faire n’importe où dans le monde, chez l’un de ces peuples que nous appelons primitifs. Quand il voulut tirer le malade de l’état de rêve éveillé où il se trouvait, racontant de façon désordonnée des incidents de son passé – conflit avec son père, transposé sous la forme mythique d’une visite au pays des morts –, ses collègues indigènes l’en empêchèrent. Pour être guéri définitivement, lui dirent-ils, il fallait que l’esprit de la maladie ait fait un présent à sa victime, sous forme d’un nouveau rythme de tambour, d’une danse ou d’un chant. Selon la théorie indigène, il ne suffit donc pas que l’infériorité sociale, due à la maladie, soit effacée ; elle doit se transformer en avantage positif, supériorité sociale de la nature de celle que nous reconnaissons à l’artiste créateur. Sans doute, cette relation entre un équilibre psychique inhabituel et la création artistique, n’est pas étrangère à nos propres conceptions. Il y a beaucoup de génies que nous avons traités comme des fous : Nerval, Van Gogh et d’autres. Au mieux, nous consentons parfois à excuser certaines folies pour la raison qu’elles sont le fait de grands artistes. Mais même les pauvres Négritos des jungles de Bataan ont vu beaucoup plus loin dans ce domaine ; ils ont compris qu’un moyen de dissiper un trouble mental, nuisible à l’individu qui en est victime et à la collectivité qui a besoin de la saine collaboration de tous, consiste à le transfigurer en œuvre d’art ; méthode rarement utilisée chez nous, mais qui est tout de même celle à quoi nous devons l’œuvre d’Utrillo.

 

Il y a donc beaucoup à apprendre de la psychiatrie primitive. Toujours en avance sur la nôtre à bien des égards, de quel modernisme ne faisait-elle pas preuve à l’époque, récente encore et dont la tradition est pour nous si lourde à secouer, où nous ne savions rien faire d’autre des malades mentaux que les charger de chaînes et les affamer !

 

© Unesco, Courrier de l’Unesco, juillet-août 1956.

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 12:01

Monique Bydlowski : "Le désir d'enfant échappe souvent à notre volonté"

  

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"Non, le désir d’enfant n’est pas universel. Oui, l’inconscient peut bloquer la fertilité, et si certains hommes ont peur de franchir le pas, c’est à cause de leur père... Explications avec Monique Bydlowski, neuropsychiatre et psychanalyste, spécialiste de la maternité."

 

Pourquoi aspirons-nous à faire un enfant?


Monique Bydlowski : C’est un élan naturel. Toutes les espèces se reproduisent, et la procréation relève de l’ordre du vivant, auquel nous, espèce humaine, appartenons. Nous sommes aussi imprégnés de notre modèle parental. Nous nous positionnons par rapport à cette filiation : soit nous nous inscrivons contre, en décidant de ne pas enfanter ; soit nous décidons de la répéter. Enfin, vouloir un enfant peut répondre à la soif d’immortalité qui nous tenaille tous plus ou moins. Quand nous regardons des petits courir, nous sentons bien cela : nous allons mourir, alors qu’ils portent l’avenir en eux. Il s’en dégage un lumineux sentiment d’éternité. Mais il ne faut pas oublier non plus que le désir d’enfant échappe souvent à notre volonté.


Quelle en est la part inconsciente chez les femmes?


Monique Bydlowski : Si je devais résumer le désir d’enfant, j’utiliserais une charade : mon premier est la volonté d’être identique à ma mère du début de ma vie ; mon deuxième est mon vœu d’obtenir, comme elle, un enfant de mon père ; mon troisième est la rencontre de l’amour sexuel pour un homme du présent ; et mon tout est la conception et la naissance d’un enfant. Ce désir se construit lentement, dès les premiers instants de vie. Le lien chaleureux noué avec sa mère prédispose inconsciemment la petite fille à vouloir, elle-même, être mère un jour. Vers 4 ans, la fillette s’éloigne de sa mère – tout en gardant un lien très fort avec elle – et essaie de la remplacer par son père, dont elle souhaite un bébé. Elle découvre également qu’elle ne possède pas d’organe masculin. Pour compenser ce manque, elle dresse une forme d’équation symbolique : le bébé qu’elle rêve d’avoir de son père sera son « phallus », l’équivalent symbolique du pénis qu’elle n’aura jamais. Pensez à ces femmes radieuses qui portent triomphalement leur grossesse : c’est ce que certains psychanalystes appellent les grossesses phalliques.

 

Et si la petite fille n’a pas pu nouer un lien charnel avec sa mère?

 

Monique Bydlowski : Cela peut bloquer le désir inconscient d’enfant. J’ai pu constater que l’infertilité d’un certain nombre de mes patientes est psychologique. Toutes les conditions physiologiques sont réunies pour qu’elles puissent être enceintes, et elles expriment consciemment un besoin impérieux d’enfant. Elles en veulent un à tout prix, éprouvent un grand sentiment de vide, un manque, pensent qu’un bébé va le combler. Mais ce besoin conscient est parfois le symptôme d’un souvenir traumatique, de « ratages » survenus dans les premiers mois de leur vie. J’en ai rencontré beaucoup qui ont manqué d’affection, dont le lien a été très bousculé. Quelque chose n’avait pas fonctionné dans ce rapport charnel nourricier, et l’identification à la mère n’avait pas pu se faire. Leurs génitrices « abandonniques », totalement indisponibles, les ont laissées sans repères. Mais ces ravages, qui peuvent cadenasser le désir futur d’enfanter, sont réversibles si, pendant les dix-huit premiers mois de sa vie – jusqu’à ce qu’il puisse se mettre debout –, le bébé s’est trouvé une autre maman, la nounou qui le garde pendant la journée, par exemple. Elle va incarner sa mère biologique, « instinctuelle ».

Les hommes ont-ils ce besoin inscrit en eux?  

 

Monique Bydlowski : Il n’est pas du même ordre. Ce qui compte, pour eux, c’est assumer la fonction sociale de père. Certains ne ressentent pas ce besoin de paternité. Ils n’ont pas voulu entrer en rivalité avec la figure paternelle. Car, pour devenir père, il faut avoir affronté le sien. Quand il veut un enfant, l’homme souhaite en fait, inconsciemment, être père à la place de son père, le pousser dans la tombe. Dans un registre plus dramatique, il y en a aussi qui détestent les femmes enceintes et les enfants. Ceux-là ont souvent été victimes de parents maltraitants, ont peur de revivre ce qu’ils ont vécu.

Prenons le cas d’un homme qui n’a pas été maltraité. Pourquoi veut-il tuer le père?


Monique Bydlowski : La rivalité est une donnée clé du désir d’enfant femmes enceintes et les enfants chez les hommes. Le premier objet d’amour des petits garçons est leur mère. Ils s’attachent à elle dans les premières semaines de leur vie, et ce phénomène dure tout au long de leur existence. Le garçonnet s’accommode de son père jusqu’à 5 ans, mais plus l’âge avance, plus il trouve son géniteur encombrant. Entre 8 et 10 ans, il finit par éprouver de l’hostilité envers celui qui possède sa mère. C’est  la rivalité œdipienne, une étape qu’il lui faut franchir à l’adolescence. Les hommes qui fuient la confrontation avec leur propre père n’éprouvent généralement pas de désir d’enfant. Et quand leur compagne leur en « fait un dans le dos », beaucoup prennent la fuite.


Certains psychanalystes assurent que le désir d’enfant est universel chez les femmes, qu’il est inscrit en elles. Qu’en pensez-vous?


Monique Bydlowski : Ce n’est plus vrai. Avant les années 1960, la question du désir ne se posait pas vraiment. Qu’elles l’aient voulu ou non, le destin des femmes était  d’enfanter. Avec la contraception chimique, une véritable révolution s’est mise en marche, dont nous n’avons pas immédiatement pris la mesure. Les mœurs ont considérablement évolué. Résultat : faire un enfant relève aujourd’hui d’une démarche consciente, programmée. Par ailleurs, de plus en plus de femmes se réalisent dans leur métier. Leur « phallus » ne s’incarne plus dans un bébé, mais dans leur carrière. Elles subliment un désir à l’origine sexuel dans un autre, dont la signification symbolique est proche : leur ambition et leur réussite professionnelles pallient l’absence d’organe masculin, tout en les préservant de la procréation, parce que la perspective de cette expérience les angoisse. Elle implique un remaniement, une perte de contrôle de l’image de soi à laquelle ces femmes se refusent. La grossesse peut aussi les renvoyer à une représentation des liens maternels vécue comme une dépendance insupportable.

 

Quelle est votre conviction de clinicienne? Les verrous de l’inconscient peuvent-ils être forcés par la science?


Monique Bydlowski : Ce qui est prouvé, c’est que la fertilité est placée sous l’influence des zones cérébrales qui enregistrent et traitent les émotions humaines. C’est une fonction biologique très sensible au stress, à l’anxiété et aux verrous inconscients de l’être humain. Si ces derniers sont trop résistants, les procréations médicalement  assistées (PMA) ont peu de chances de fonctionner, particulièrement quand l’identification primitive à la mère a été perturbée, comme nous venons de le voir. En revanche, le verrou peut sauter quand un autre processus inconscient se met en œuvre. À son insu, par exemple, le gynécologue qui pratique la PMA peut faire l’objet d’un transfert. La grossesse va se déclencher parce qu’une rencontre aura eu lieu, parce que le praticien va incarner le parent d’autrefois, la mère originelle de la patiente. Une mère idéale. C’est le même principe qu’une psychanalyse, sauf que cela se passe en quelques minutes. Beaucoup de guérisons d’infertilités que l’on pensait irréversibles sont intervenues comme cela. J’en ai connu quelques-unes. Un flux affectif est passé entre la patiente et moi. Et l’inconscient a « laissé passer » le bébé.

Dans le cas inverse de mères qui ont eu des enfants alors qu’elles n’en voulaient pas, peut-on dire que l’inconscient a été « forcé » par le biologique?


Monique Bydlowski : La courbe de fécondité féminine est optimale entre 18 et 30 ans. Un seul rapport sexuel peut suffire, surtout quand on est jeune, pour que le biologique prenne effectivement le pas sur le psychologique. L’inconscient s’efface : il « laisse passer » les bébés, même non désirés. Mais à partir de 30 ans, la fertilité baisse, parce que malgré l’allongement de l’espérance de vie, le stock d’ovules féminin reste limité. Il finit par s’épuiser. Quand survient cet affaiblissement, les désirs inconscients, les souvenirs enfouis, les émotions commencent à mener la danse. Et si la perspective d’enfanter ravive des moments douloureux, génère de l’angoisse et des problématiques psychiques, le désir a beau être là, la fertilité a toutes les chances d’être bloquée. L’inconscient l’emporte sur le physiologique...

  
Hélène Fresnel pour psychologies.com

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 15:39

« Lorsque vous ferez les deux êtres en un, et que vous ferez le dedans comme le dehors, et le haut comme le bas ; et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et la femelle ne soit plus femelle, alors vous entrerez dans le royaume. » St-Thomas.

  

    amor

 

1- Tant d’amours et si peu d’amour !

 

Si l’amour entre deux personnes se révèle être une prison affective plutôt qu’un affranchissement, dans la plupart des cas, où pourrait-on placer la liberté de l’âme et de l’esprit dans les rapports amoureux ? Et sous quelles conditions ?

 

Le nombre « d’amour prisons » est considérable : l’amour piège, l’amour fatalité, l’amour douleur, l’amour solitude, l’amour destruction, l’amour anéantissement, l’amour nostalgie, l’amour obsession, l’amour renaissance, l’amour oedipe… cannibale, possession, exclusion, et ainsi de suite.

 

Ces amours-là sont cependant souvent bénies par ceux et celles qui en savent la souffrance passionnée. Existent également : l’amour errance, l’amour changement, l’amour passager… oubli, regrets, attente, doutes et illusions. A quoi il faut ajouter la somme immense des amours édulcorés et des passions éteintes. De nos jours, l’amour de soi prédomine également, accompagné de son cortège névrotique : être accepté, être reconnu à tout prix, ne pas se sentir rejeté, être aimé à n’importe quel prix !

 

Il y a aussi le besoin d’aimer plutôt que d’être aimé, ou l’inverse. Il existe l’amour entre deux individus, l’amour du monde… Il se présente autant de formes d’amour que de systèmes neuropsychiques différents. Et finalement, s’accroche t-on à l’amour, ou aux illusions qu’il répand le plus souvent ?

 

Non seulement, beaucoup de formes d’amours sont une négation pure et simple de la liberté de soi, mais elles présentent une ambiguïté à travers laquelle il est fort difficile de détecter une authenticité, et de savoir à quel moment et sous quelles conditions on cesse de s’aimer soi-même par l’intermédiaire de l’autre.

 

2- L’amour et la subversion

 

Tout amour intense, passionnel ou non, représente une forme de subversion (voir l’article « La longue veille »). L’amour n’écoute pas la loi du père. Il n’entend que ses évidences intérieures. Cette subversion est logique : l’amour, qui semble être la manifestation d’une formidable source d’énergie, a été codifié et canalisé par un réseau de lois sociales, instituées par des moralistes patriarcaux (un de mes rare désaccord avec Freud), enrobés de paraître et de décorums absurdes (imagine t-on un mariage, si il avait lieu dans le silence et le recueillement ?)

 

On constate cependant une ruée vers une liberté encore mal définie. Sont remises en question les notions de morale, de possession exclusive, de fidélité et d’attachement obligatoires. C’est une subversion latente ; elle n’est pas l’aboutissement d’une longue gestation intérieure, mais un point de départ chaotique. C’est la lutte, ici encore, contre les codifications extérieures bâties séculairement par l’homme (le père) et qui ne présentent d’autres justifications que l’idée abstraite et indéfinissable du « devoir », de « l’honneur » et de la prolongation du nom !

  

(Notons ici que les lois du père, quand elles sont savamment dosées, permettent d’apprécier et de savourer intensément l’amour, car les difficultés dictées par les normes renforcent les liens entre les amoureux, et donnent une valeur fondamentale à cette notion encore naissante de don de soi à l’être aimé.)

 

Cette subversion ne se fonde pas encore sur des évidences intérieures. Mais il n’empêche qu’elle s’amorce et, de ce fait, existe. Cette « révolution » rejette toute loi étrangère à l’âme et se dirige, à coup de remous, vers une perspective intérieure qui est celle de « l’âme du monde »… comprenne qui pourra… (Voir le dernier ouvrage de Frédéric Lenoir, sociologue).

 

Le « Tristan et Yseult » de Thomas en 1175, se termine d’ailleurs par :

« Thomas achève ici son livre. Il salue tous les amants, les méditatifs, les passionnés, les sensuels, et ceux que le désir brûle, et ceux qui vivent le plaisir, ainsi que tous les auditeurs de son roman. (…) Puissent-ils en tirer un enseignement salutaire contre l’inconstance, contre l’injustice, contre la souffrance et contre tous les pièges de l’amour ! »

 

3- Un appétit sublime

 

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant,

D’une femme inconnue et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend. »

Paul Verlaine.

 

L’amour ressemble à une quête de l’impossible. Chacun se heurte impitoyablement à des limites, situées fort loin d’une source ressentie comme inaccessible. Formidable moteur cependant des activités humaines, il engendre ainsi de non moins formidables nostalgies !

 

Le monde entier s’adresse à l’amour abstrait et sans visage, simple espoir devant l’inaccessible. La notion d’amour est pareille à un gaz en provenance d’un ailleurs et qui s’infiltre dans le moindre des logis aux portes closes. Le monde entier tâtonne… Les cathédrales, les poésies, les peintures lancent leurs hymnes à l’amour. La physique moderne cherche la source de toutes choses, les super télescopes écoutent le ciel dans l’attente de lointains messages, et captent en attendant la lumière fossile née avec notre univers. Ainsi, la recherche de l’amour, sous toutes ses formes, conduit la planète, ainsi que la marche des civilisations qui se succèdent.

 

Mais « amour » est un mot dont nous nous servons, faute de mieux, pour désigner nos attirances affectives. Voici un simple sourire que nous échangeons dans la rue avec un (ou une) inconnu(e). Et l’âme, si elle n’est pas trop abîmée ou pervertie, s’illumine ! Pourquoi cette flambée à partir d’un acte pourtant élémentaire ? Que cherchons-nous en nous servant de ce que nous appelons « l’amour » ?

 

Si l’amour est un appétit sublime, nous n’en voyons que les manifestations dérisoires, limitées, apeurées et changeantes. L’amour exige t-il cette errance ? Ou la source est-elle si puissante que nous ne pouvons que balbutier et tâtonner lamentablement face à elle ?

 

Car il doit y avoir quelque part une source objective, un émetteur, une puissante « centrale de distribution » (pas Fukushima de préférence), un archétype de Jung, qui nous forme et nous informe, et déclenche les multiples manifestations "du plus étrange phénomène qui régisse l’humanité depuis l’aube des temps"…

 

4- La « passion » du voyage

 

« Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion ». Saint Augustin.

 

L’amour décroche parfois vers un fabuleux voyage : celui de la passion. Fascinante, dévorante, apparemment absurde, refoulée par l’inconscient occidental moderne, vilipendée par les moralistes et les âmes normalisées, la passion a décliné. On joue souvent à la passion, on ne se perd plus en elle ! On se convainc, on triche, on se veut atteint de passion ; on n’en vit plus la profonde et mystique brûlure… Le feu qui couve se projette alors sur certains films dits d’amour, les séries américaines où s’agitent héros et héroïnes attiédis. « On devient passionné par procuration ».

 

La puissance luciférienne de la passion a largement disparu en amour. Elle s’est dégradée dans l’exaltation d’instincts élémentaires ; instincts alimentés par un hédonisme prôné et grandissant : génitalité de faible niveau par exemple, où il est manifeste que l’on cherche inconsciemment « autre chose ».

 

La façon même dont on parle de passion dans les mensuels, les médias, marque cette insignifiance (si ceux-ci me lisent, vous remarquerez bientôt dans les kiosques leur empressement à pallier à ce problème).  Qu’est devenue l’exaltation d’Yseult, fille de roi et femme d’Irlande, sinon la tiédeur de celles qui ont marqué leur soumission à des dogmes sociaux bien établis ? Qu’est devenue la puissance féminine d’Yseult (voir l’article : Femme et féminité, source de la puissance d’exister) sinon le non-sens des femmes « bling-bling » et « immatures » d’aujourd’hui ?

 

Quant à Tristan, il s’est transposé le plus souvent dans la nuée des « dragueurs lambdas » qui, au jour le jour et sans le savoir, cherche un autre monde qui les dépasse… Pourquoi et à partir de quoi la passion fut-elle refoulée dans l’âme occidentale, mais hypocritement couvée cependant par ces mêmes âmes ?

 

Il existe en premier lieu une absurdité paradoxale. L’occidental moyen éprouve une sorte de haine inconsciente envers l’amour en général (la haine est en effet récurrente chez les occidentaux depuis plus d’un siècle, sans compter la contagion mondiale qu’elle provoque), et la passion en particulier. Cet occidental normalisé ne supporte pas les gens qui se montrent heureux, par amour ou autrement. Pas plus qu’il ne tolère ceux qui se montrent indifférents aux normes et aux critères habituels.

 

L’homme moyen honnit la confrontation entre son manque de bonheur intérieur, et le bonheur des « nantis » affectifs ! L’homme alors, hait ce qui ravive sa plaie foncière : la nostalgie d’un amour et d’un bonheur non réalisés. Ce n’est pourtant pas faute de lui expliquer qu’il faut tout d’abord regarder dans « son assiette » avant toute quête d’un bonheur sublimé.

 

Nombre de cliniciens dénoncent la passion comme dangereuse et aberrante. L’est-elle réellement ?

 

Elle est dangereuse pour les affectivités faibles, si toutefois ces dernières sont capables de passion réelle. La passion a conduit au meurtre et au suicide, à l’obsession, à certaines dégradations physiques et mentales. Mais elle est et reste foncièrement un voyage vers un ailleurs, où l’on s’abîme dans la fusion réalisée avec l’autre ; les pulsions se transforment alors en spiritualité (Freud : La sublimation des pulsions), deux personnes se fondent en une, dans la sensation d’une éternité possible !

 

6- Mais où est la liberté ?

 

Il est inutile de chercher la moindre liberté individuelle dans la passion. Elle ne s’y trouve jamais… Entre la passion et la liberté du Moi, règne une totale incompatibilité, cette liberté ne se recouvre que lorsque chacun des partenaires redevient lui-même ; ce qui marque d’ailleurs la fin de la passion et de la fusion qu’elle produit. Celle-ci aura alors accompli sa boucle hypnotisante !

 

En attendant, c’est par la passion que naissent les plus beaux poèmes, les musiques les plus sublimes, les philosophies les plus hautes, les architectures éternelles. Malgré sa fugacité, ce fabuleux mariage de l’animus et de l’anima se révèle comme « la richesse du monde et le véhicule du génie humain », à travers les siècles. Il est d’ailleurs heureux que l’être humain conserve sa vie durant, l’âge d’effeuiller les marguerites ou de se cajoler dans les coquelicots…

 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 10:15

Si vis pacem, para bellum : si tu veux la paix, prépare la guerre ! Mais la veux-tu, petit homme ? Tu présentes la guerre comme une fatalité, que tu programmes ! Tu prétends ne pas la vouloir, tu ne fais que t’y préparer ! Par François Housset.

 

 

La plupart des États du monde consacrent leur plus gros budget à la guerre et tous clament leur volonté d’instaurer un état paisible... plus de 8000 traités de paix rompus ont été recensés : la paix est un objectif dont on se détourne ! Pourquoi ? L’état de guerre serait-il plus intéressant ?

 

Les Nations en paix entretiennent un appareil guerrier “pour garantir la paix” ou se préparer aux prochaines hostilités : la paix est un temps d’accalmie pour se préparer à la guerre. Inversement, les guerres sont faites pour contraindre l’ennemi à accepter la paix ! Faire la guerre pour avoir la paix, profiter de la paix pour préparer la guerre... paix et guerre s’enchevêtrent dans une dialectique infernale ! Qui a commencé ?

 

Au commencement était la guerre. Il n’y avait pas encore d’État ni d’armée, donc pas de conflit armé entre États, mais une guerre de tous contre tous, l’homme étant un loup pour l’homme. Arriva un Léviathan, l’État, le plus froid de tous les monstres froids (Nietzsche), soumettant tous les hommes ensemble à une loi commune. L’état de guerre permanente entre individus laissa place à l’état de guerre entre Nations. Les Nations sont des louves entre elles. Faute d’un maître commun, toutes veulent faire autorité : la loi du plus fort règne encore, non plus entre les hommes, mais entre les Nations.

 

Tant qu’il n’y aura pas de république universelle elles continueront à guerroyer toutes contre toutes. Ce constat amena Kant à rédiger son "Projet de paix perpétuelle", postulant qu’une délibération démocratique devait mettre d’accord les parties opposés. On pouvait les fédérer en une "Société des Nations"... Feu notre SDN prit ce nom pour rendre hommage au bel ouvrage. Combien de fois la SDN, puis l’ONU, se déclarèrent incompétentes, quand bien même leur seule raison d’être était d’empêcher la guerre ! Leurs échecs montrent-ils la petitesse de l’homme, policé mais incapable de se soumettre à l’intérêt commun ?

  

Il y a peu de Kant dans l’esprit des hommes, et beaucoup d’agressivité. La psychologie humaine ne se défait pas de ses pulsions agressives : la pacification définitive supposerait une amélioration du genre humain... Une simple volonté n’y peut rien, les guerres sont provoquées par des événements, des processus, des décisions qui échappent au contrôle des peuples concernés : la paix internationale ne peut être que le produit de la psychologie individuelle et interindividuelle, aboutissant à la conscience puis l'intégration de nos pulsions destructrices.

 

La guerre permanente montre que nous sommes essentiellement des battants, des destructeurs. Notre vouloir-vivre violent est premier ; la paix, la sérénité, sont postérieures et transitoires. Si nous voulions et pouvions éviter les conflits, l’histoire ne connaîtrait pas son développement terrible nous obligeant à considérer l’homme comme homme de proie. Il y a dans sa haine un véritable attrait pour la destruction, donnant de la valeur aux énergies les plus formidables -c’est-à-dire les plus terribles : “mortelles !”

 

“On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs”, s’excusent les petits hommes pour se donner bonne conscience. Mais ils font l’omelette pour casser des œufs. Le goût de l’affirmation de sa puissance envers et contre toute autre puissance incline à sacrifier le plaisir de s’harmoniser au pur et puissant plaisir de vaincre. Il s’agit (ô paradoxe !) d’être monstrueusement exigeant, pour ne pas se satisfaire du respect d’autrui permettant une vie harmonieuse.

 
L’alternance guerre/paix constitue peut-être un cycle inhérent à la nature monstrueuse de l’homme. L’histoire donne raison aux doctrines pessimistes. Les optimistes espèrent la fin de cette sale histoire : dans les affaires humaines, les nécessités du passé ne sont jamais définitives et en fin de compte les efforts pour établir une paix assurée, c’est-à-dire pour dégager l’humanité de la dialectique guerre-paix, sont peut-être maintenant la seule lutte qui vaille.

 

  • Voici un extrait de "Ainsi parlait Zarathoustra":

DE LA GUERRE ET DES GUERRIERS. "Nous ne voulons pas que nos meilleurs ennemis nous ménagent ni que nous soyons ménagés par ceux que nous aimons du fond du coeur. Laissez-moi donc vous dire la vérité ! Mes frères en la guerre ! Je vous aime du fond du coeur, je suis et je fus toujours votre semblable. Je suis aussi votre meilleur ennemi. Laissez-moi donc vous dire la vérité ! Je n’ignore pas la haine et l’envie de votre coeur. Vous n’êtes pas assez grands pour ne pas connaître la haine et l’envie. Soyez donc assez grands pour ne pas en avoir honte ! Et si vous ne pouvez pas être les saints de la connaissance, soyez-en du moins les guerriers. Les guerriers de la connaissance sont les compagnons et les précurseurs de cette sainteté. Je vois beaucoup de soldats : puissé-je voir beaucoup de guerriers ! On appelle “uniforme” ce qu’ils portent : que ce qu’ils cachent dessous ne soit pas uni-forme ! Vous devez être de ceux dont l’oeil cherche toujours un ennemi- votre ennemi.

 

Et chez quelques-uns d’entre vous il y a de la haine à première vue. Vous devez chercher votre ennemi et faire votre guerre, une guerre pour vos pensées ! Et si votre pensée succombe, votre loyauté doit néanmoins crier victoire ! Vous devez aimer la paix comme un moyen de guerres nouvelles. Et la courte paix plus que la longue. Je ne vous conseille pas le travail, mais la lutte. Je ne vous conseille pas la paix, mais la victoire. Que votre travail soit une lutte, que votre paix soit une victoire ! On ne peut se taire et rester tranquille, que lorsque l’on a des flèches et un arc : autrement on bavarde et on se dispute. Que votre paix soit une victoire ! Vous dites que c’est la bonne cause qui sanctifie même la guerre ? Je vous dis : c’est la bonne guerre qui sanctifie toute cause. La guerre et le courage ont fait plus de grandes choses que l’amour du prochain. Ce n’est pas votre pitié, mais votre bravoure qui sauva jusqu’à présent les victimes. Qu’est-ce qui est bien ? demandez-vous. Être brave, voilà qui est bien." Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra.

François Housset www.philovive.fr

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 12:48

Dans le même état d'esprit et pour un soutien absolu de l'association "L'appel des appels" - initiée par Roland Gori, Psychanalyste et Professeur émérite de psychopathologie - Voici cet article en cinq points de Catherine Thibierge, qui détaille avec subtilité l'art de résister sans provoquer de forces contre-productives !

    

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<< Nous vivons une période marquée par l'augmention de la "pression des normes" liée à l'accroissement de la quantité de dispositifs d'évaluation et de contrôle qui régissent les pratiques professionnelles. Source d'aliénation individuelle et de destruction du lien humain, ce processus de "densification normative" est cependant réversible. Dans notre contexte propre et avec les outils qui sont les nôtres, il est en effet souvent possible de cesser de l'alimenter, voire de contribuer à l'inverser, au moins localement, et/ou de s'en affranchir, au moins en partie. Voici quelques clés pour vous y aider. >>

 

Clé n°1 - RÉSISTER sans alimenter

 

Comment cultiver l'art de résister sans s'épuiser, sans s'aigrir dans une révolte sans issue et surtout, sans alimenter "l'hydre normative", autrement dit en déjouant les pièges d'une résistance contre-productive, qui renforce ce contre quoi on lutte ?

La clé ici, c'est de ne pas entrer dans le processus de densification, de création normative. Donc, ne pas discuter les modalités du dispositif, ne pas proposer autre chose à la place, ni essayer d'améliorer ou d'amenuiser.

Se souvenir de l'enseignement du mythe d'Hercule luttant contre l'hydre de Lerne, coupant une tête et en voyant repousser dix.

Développer plutôt l'art de "la juste résistance", ajustée et "radicale" (au sens littéral de l'adjectif), donc une résistance qui soulève le problème à sa racine - locale du moins.

 

Clé n°2 - METTRE EN LUMIÈRE, pour légitimer la résistance et inverser le processus

 

La mise en lumière, ce n'est pas la même chose que la dénonciation idéologique. C'est donner à voir, au plus grand nombre de personnes concernées et par un travail de déconstruction rigoureux, ce qui fonde et entretient la dynamique de densification normative, notamment ses fondements juridiques, ses stratégies pour dissuader toute résistance, et ses ressorts humains.

Si la critique est, elle aussi, "radicale" et bien ciblée, elle peut saper les bases du dispositif et inverser le processus de densification normative.

Voici quelques questions qui peuvent contribuer à la déconstruction du dispositif :

. la question de la force du dispositif, notamment de sa force juridique, et, s'il n'a pas de force obligatoire, celle de sa "force normative"**,

. la question de la légalité du dispositif, dans sa mise en oeuvre sur le terrain,

. et la question de la légitimité du dispositif, que ce soit la légitimité de sa source, donc de ses auteurs, et/ou celle de son contenu.

Les réponses à ces questions peuvent fournir de puissantes raisons, incontestables, de dire non et de refuser de se soumettre.

 

Clé n°3 - REMONTER À LA SOURCE pour désamorcer la dynamique

 

Ce n'est pas tant une question d'efforts déployés que d'ajustement de l'action, et plus précisément d'activation des bons leviers, ceux qui peuvent favoriser ou provoquer la marche arrière. Par exemple, mettre les auteurs du dispositif face aux conséquences possibles, comme le risque de recours en justice à l'encontre du dispositif, si ce dernier est illégal.

Si la "densification normative" crée un "filet de normes", il suffit parfois de tirer sur la bonne maille pour élargir le filet, ou même pour le détricoter tout entier.

C'est l'un des enseignements de la fable "Le lion et le Rat" de la Fontaine. Là où la force du lion pris au piège s'avère impuissante, c'est l'ingéniosité du rat, par sa capacité à couper la bonne maille, qui va libérer le lion du filet qui le retient prisonnier.

 

CLÉ n°4 - S'ENGAGER dans les brèches de liberté

 

Les normes qui régissent les dispositifs de contrôle et d'évaluation sont issues d'un matériau souvent très hétérogène : textes juridiques, décisions, interprétations, actes de gestion, pratiques, discours, etc. Souvent, leur "maillage" n'est pas uniforme - normes juridiques et normes de gestion s'entremêlent -, les mailles pouvant être plus ou moins larges et plus ou moins solides / obligatoires. Ce qui ouvre la possibilité de s'affranchir, dans une mesure variable, de la "pression normative", en se faufilant à travers les mailles du filet normatif.

. Le premier affranchissement est intérieur, lié à la levée de la peur et à la prise de conscience de l'intériorisation de la contrainte, pour se tenir debout dans notre espace de liberté intérieure

. Une autre possibilité de s'affranchir siège dans un rapport éclairé à l'autorité des règles. Cela suppose de bien distinguer l'exigence de l'obéissance à la loi, a priori contraignante par définition, et la soumission volontaire à une norme qui recommande ou propose et qui n'a de force obligatoire que celle que ses destinataires voudront bien lui conférer.

  

Il y a, entre les deux, une différence fondamentale qui réside dans la marge de choix. Autant cette marge peut être limitée à l'égard de la loi (sauf à entrer dans une résistance à la loi injuste), autant cette marge de liberté s'avère bien plus importante par rapport à une norme proposante, tel que l'arrêté du 31 juillet 2009 "approuvant le référentiel d'équivalences horaires des enseignants-chercheurs", et contenant une simple "proposition de référentiel" dans son annexe.

Dans cet exemple, comme souvent il y a du choix possible à toutes les étapes et à tous les niveaux : d'abord le choix des universités de mettre le référentiel en oeuvre, ou pas. Et si oui, le choix de modalités plus ou moins gratifiantes ; ensuite le choix des UFR et des doyens, de minimiser ou d'amplifier le dispositif. Et enfin le choix des destinataires enseignants-chercheurs de participer ou non, de remplir ou pas les questionnaires et autres tableaux.

. Ce sont là des choix créateurs de notre "réalité normative", dans le sens de l'alourdissement ou de l'allègement.

  

CLÉ n°5 - FAIRE VIVRE LES VALEURS qui donnent SENS à notre métier et à notre pratique

 

Par la pression parfois insupportable qu'ils engendrent, les dispositifs de normalisation, de contrôle et d'évaluation peuvent fournir d'excellents contre-modèles, des sources d'inspiration par la négative. Dans un paradoxe qui n'est qu'apparent, ils font monter la conscience des valeurs essentielles à la pratique satisfaisante de notre métier.

En ombres chinoises, ils pointent ainsi le chemin du contre-pied :

. Ils se fondent sur des logiques quantitatives de rentabilité et sur des critères purement formels ? Privilégions partout où c'est possible la gratuité et la qualité du fond.

. Ils font jouer la compétition, la comparaison entre collègues ? Choisissons la coopération, le soutien aux plus jeunes, aux plus fragiles d'entre nous.

. Ils activent la peur et le stress ? Développons la convivialité, la créativité dans des "micro-pratiques" subversives, chaleureuses ou pleines d'humour, et la joie de se retrouver pour oeuvrer ensemble.

. Ils s'inscrivent dans l'urgence ? Ralentissons autant que faire se peut, et prenons le temps de la maturation nécessaire.

Cette normalisation peut engendrer du mal-être, une sensation d'impuissance voire d'écrasement, de la résignation, de la révolte... Mais elle peut aussi, par contraste, et sous la pression, ouvrir la voie de son contraire : stimuler le désir de convivialité, le besoin de solidarité, le choix de la qualité... et une vigilance accrue à ce qui y porte atteinte.


Sentir en soi et ensemble la possibilité de choisir les brèches de liberté où vivre nos valeurs...


<< En définitive, ..., c'est à nous qu'il revient de choisir une certaine orientation dans le monde, un fil conducteur en quelque sorte : en nous installant soit dans la cage, soit dans la brèche.>>


Myriam Revault d'Allones, La crise sans fin, Seuil, sept. 2012, p.197.

* La Densification normative - Découverte d'un processus, Mare et Martin, à paraître en 2013.

** La Force normative - Naissance d'un concept, C. Thibierge et alii, LGDJ / Bruylant, 2009.

 

http://www.appeldesappels.org/

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 10:46

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la société est constituée par une opposition entre la sphère des besoins, celle des esclaves, artisans, roturiers et la sphère de l’otium, celle des clercs, ou de toutes personnes dégagées des obligations de la vie quotidienne vouées à la satisfaction des besoins par la production des subsistances.

 

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Le « negotium » est le nom que les romains donnaient à la sphère de la production, elle-même soumise au calcul. Ce n’est pas seulement le commerce des marchandises au sens du plan comptable, c’est le commerce au sens large des affaires, le business, l’affairement, c’est aussi le lieu des usages. A l’inverse, l’otium est le temps du loisir libre de tout negotium, de toute activité liée à la subsistance : il est en cela le temps de l’existence*.

 
Otium et negotium ont ceci en commun que ces deux activités se déploient avec des supports de mémoire (hypomnemata). Dans le negotium on trace les échanges, on quantifie et on calcule le commerce humain. Dans l’otium, les hypomnemata sont mis en œuvre essentiellement dans la visée des objets de la contemplation, skholè, qui forment les idéalités en général (les objets de l’idéalisation – au sens de Freud –, c’est à dire aussi de la sublimation) et constituent ce que nous appelons des consistances : ce qui, n’existant pas, consiste d’autant plus (la justice, l’infinité de l’objet de mon désir, le point géométrique, etc.)
 
Dans l’otium il y a une discipline comprise comme technique de soi donnant accès à ce qui n’a pas de prix : c’est celle du sportif qui s’entraîne régulièrement, celle du moine qui respecte la liturgie, celle de celui qui écrit quotidiennement ses pensées. Ce que Foucault nomme « l’écriture de soi » relève typiquement de l’otium. Si l’otium est une pratique solitaire, elle est toujours socialement destinée et constituée.
 
Les pratiques de l’otium tendent aujourd’hui à être intégralement court-circuitées par les industries de services et soumises aux contraintes du marché : elles se voient diluées et finalement confondues avec le négotium – par exemple comme savoirs académiques totalement soumis aux contraintes économiques.
 
* Si otium et negotium, comme existence et subsistance, composent toujours, ils doivent absolument demeurer distincts. Mais ce serait une erreur d’opposer systématiquement otium et negotium car nous retomberions dans une démarche fondamentalement métaphysique. Max Weber a montré combien, avec l’éthique protestante du capitalisme, le negotium devient une activité qui relève de l’otium, et dans laquelle il s’inscrit. (ars-industrialis.org)
   
Un code de "l'otium" très strict: Le Bushido !

 

 

La plupart des samouraïs vouaient leur vie au bushido, un code strict qui exigeait loyauté et honneur jusqu'à la mort. Si un samouraï échouait à garder son honneur il pouvait le regagner en commettant le seppuku (suicide rituel), que l'on connaît mieux en occident sous le terme de « hara-kiri » ou « l'action de s'ouvrir le ventre » (hara : le « ventre », siège du ki (puissance, énergie) et kiri : « coupe »). Cependant, il faut noter une différence non négligeable entre seppuku et hara-kiri. Le seppuku permettait à un guerrier vaincu de se donner la mort et de pouvoir ainsi mourir avec son honneur (le vainqueur abrégeait ensuite ses souffrances).

 

Le hara-kiri était une façon de se donner la mort où la personne "perdait" tout honneur suite à ce geste. Dans le Japon féodal, on parlera de hara-kiri pour une personne se donnant la mort suite par exemple à une humiliation (adultère par exemple) et de seppuku pour une personne assumant une défaite et se donnant la mort (guerrier perdant une bataille). Cette nuance est sensible mais importante dans la compréhension du bushido.

 

Sous sa forme la plus pure, le bushido exige de ses pratiquants qu'ils jugent efficacement le moment présent par rapport à leur propre mort, comme s'ils n'étaient déjà plus de ce monde. C'est particulièrement vrai pour les formes initiales de bushido ou de budō. D'ailleurs, les traditionalistes critiquent les formes plus tardives : « ils raisonnent clairement avec l'idée de rester en vie dans l'esprit. »

 

Citations


Voici un aperçu de la loi du bushido telle qu'elle est exprimée vers la fin du XVIIe siècle :

 

« Le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir » (Hagakure, Yamamoto Jôchô)

 

« Un homme qui ne cesse de calculer est un poltron. Je dis cela parce que les supputations ont toujours un lien avec les idées de profit et de perte; l'individu qui les fait est tout le temps préoccupé par des notions de gain ou de perte. Mourir est une perte, vivre est un gain et c'est ainsi que l'on décide souvent de ne pas mourir. C'est de la lâcheté. De même, un homme qui a reçu une bonne éducation peut camoufler, avec son intelligence et son éloquence, sa poltronnerie ou sa cupidité qui sont sa véritable nature. Bien des gens ne s'en rendent pas compte. » (Hagakure, Yamamoto Jôchô)

 

« Ne jamais rechercher les mets les plus fins dans le but de contenter son corps. » (La Voie à Suivre Seul, Miyamoto Musashi)

 

« Un samouraï se conduira en fils et en sujet fidèle. Il ne quittera pas son souverain, quand bien même le nombre de ses sujets passerait de cent à dix, de dix à un » (Hagakure, Yamamoto Jôchô)

 

« … Quant aux samouraïs, ils inventent toutes sortes d'armes. Ils doivent connaître les caractéristiques de chaque espèce d'arme. C'est la façon de vivre d'un bushi. Si un samouraï n'est pas familier avec les armes ou ignore les caractéristiques propres à chacune, cela ne serait-il pas insensé ? » (Le Traité des Cinq Eléments, Chapitre de la Terre, Miyamoto Musashi)

 

« En temps de guerre, le témoignage de sa loyauté consistera à se porter s'il le faut au-devant des flèches ennemies sans faire cas de sa vie »(Hagakure, Yamamoto Jôchô)

 

« Se consacrer entièrement à la Voie, sans même craindre la Mort. » (La Voie à Suivre Seul, Miyamoto Musashi)

« …s'il perd le combat et s'il est obligé de livrer sa tête (…) il mourra en souriant, sans aucune vile allure » (Hagakure, Yamamoto Jôchô.

 

« … Il est dit aussi que l'usage des armes pour tuer - du moins quand c'est inévitable - fait aussi partie de la Voie de la Nature. Qu'est-ce que cela veut dire ? Les fleurs s'épanouissent et la verdure prolifère quand souffle la brise printanière ; mais à l'apparition des gelées d'automne, invariablement, les feuilles tombent et les arbres s'étiolent. Cela aussi est la loi de la Nature. Il peut donc se présenter un moment où il faut abattre ce qui doit l'être : certains profitent des évènements pour commettre le Mal. Quand ce mal se manifeste, il faut le combattre. C'est pourquoi il est dit aussi que l'usage des armes fait également partie de la Voie de la Nature. » (Satsujinken, Yagyu Munenori)

 

« … Ne jamais se relâcher à aucun moment de la journée. » (Le Traité des Cinq Eléments, le Chapitre du Vide, Miyamoto Musashi)

 

« Bushido signifie la volonté déterminée de mourir. Quand tu te retrouveras au carrefour des voies et que tu devras choisir la route, n'hésite pas : choisis la voie de la mort. Ne pose pour cela aucune raison particulière et que ton esprit soit ferme et prêt. Quelqu'un pourra dire que si tu meurs sans avoir atteint aucun objectif, ta mort n'aura pas de sens : ce sera comme la mort d'un chien. Mais quand tu te trouves au carrefour, tu ne dois pas penser à atteindre un objectif : ce n'est pas le moment de faire des plans. Tous préfèrent la vie à la mort et si nous nous raisonnons ou si nous faisons des projets nous choisirons la route de la vie. Mais si tu manques le but et si tu restes en vie, en réalité tu seras un couard. Ceci est une considération importante. Si tu meurs sans atteindre un objectif, ta mort pourra être la mort d'un chien, la mort de la folie, mais il n'y aura aucune tache sur ton honneur. Dans le Bushido, l'honneur vient en premier. Par conséquent, que l'idée de la mort soit imprimée dans ton esprit chaque matin et chaque soir. Quand ta détermination de mourir en quelque moment que ce soit aura trouvé une demeure stable dans ton âme, tu auras atteint le sommet de l'instruction du bushido. » (Hagakure, Yamamoto Jôchô).

 

Les sept vertus du bushido


Il existe sept grandes vertus confucéennes associées au bushido :

  • Droiture ou rigueur     
  • Courage                      
  • Bienveillance               
  • Politesse ou respect     
  • Sincérité                     
  • Honneur                      
  • Loyauté                        
1838-1919: Un peu d'histoire...
                        

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 19:57

Entretien avec Elisabeth Badinter, pour laquelle la lecture de Freud, notamment "Les 3 essais sur la sexualité" a été capitale dans ses travaux de philosophe et de féministe.

   
France Inter ouvre son antenne à Sigmund Freud pour une journée pour découvrir la vie et l’oeuvre de l'écrivain, scientifique, héritier et continuateur des Lumières.

 

freud-145

 

Voici l'émission spéciale de Laure Adler, avec un entretien d'Elisabeth Badinter:

 

france inter-Cliquez sur le logo-

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 11:15

La Vénus endormie de Giorgione © cc, wikicommons - 2012

 

par Mathieu Vidard 

france inter
 -Cliquez sur le logo pour écouter le podcast de l'émission-

 

Le rêve, sa signification, sa fonction ont passionné les hommes au cours des siècles. Pour les grecs il s’agissait d’une visite des dieux qui venaient délivrer un message au dormeur pendant son sommeil.

 

En psychanalyse, l’interprétation des rêves n’a pas de vertu thérapeutique immédiate. Le rêve est en quelque sorte un curseur qui permet au psychanalyste d’avoir un instantané sur l’état psychique du patient. C’est une fenêtre ouverte sur l’inconscient.

 

Comment rêvons-nous? Pourquoi a t-on des difficultés à se souvenir de nos rêves? Qu'est ce qu'un cauchemar? Quelle est la fonction du sommeil? Et celle des rêves?

 

Avec le psychanalyste et psychothérapeute Pascal NEVEU et le professeur Isabelle ARNULF du service des pathologies du sommeil à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 06:18

Problèmes relationnels, harcèlement, déconsidération... De nouveaux maux ont remplacé les névroses du xxe siècle. Enquête sur ce qu’entendent les psy aujourd’hui.

 

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Betty Draper est une blonde de 25 ans. Chaque semaine, elle s’allonge sur le divan d’un psychanalyste qui note les divagations de son discours amer et plaintif. Elle s’ennuie dans la maison que son mari vient d’acquérir, ose à peine évoquer sa libido, se félicite de bien tenir son foyer, ses enfants… mais souffre de paralysies intermittentes et inexplicables de la main gauche. « Manifestation psychosomatique ou hystérique », aurait diagnostiqué Freud !

 

Ce portrait de patiente vous surprend ? Rien d’étonnant à cela : c’est une pure fiction, une scène emblématique de la série « Mad Men », hymne à l’Amérique des années 1960. On y découvre le désarroi des femmes au foyer et la foi aveugle de leurs maris absents, occupés à créer une société moderne sous l’influence de la publicité et des médias. Ce joli monde peine à se libérer des tabous sexuels imposés par le puritanisme ambiant, mais avec l’achat d’un nouveau réfrigérateur-freezer-pileur de glace ou d’une nouvelle Chrysler, les frustrations s’apaisent…

 

Avec Betty, nous sommes loin, presque à l’opposé, de la « patientèle » reçue aujourd’hui par les psy. De l’hystérie telle qu’elle fut décrite par l’inventeur de la psychanalyse et telle qu’il s’en diagnostiquait dans la première partie du siècle, ils en voient peu désormais. Du refoulement sexuel, des femmes qui s’ennuient, de la satisfaction purement matérielle, encore moins. La crise économique de 2008 a mis en attente de nombreux rêves de réussite. Par contre, certains tabous émergent. Yves-Alexandre Thalmann, psychologue en Suisse, s’amuse des nouvelles pudeurs des patients : « Aucune difficulté à vous décrire leurs ébats sexuels dans le détail… mais impossible de dévoiler leur salaire ! L’argent, ils ont du mal à en parler. »

 

Les psy qui reçoivent depuis plus de trente ans constatent d’autres changements : « Aller voir quelqu’un », selon l’expression consacrée, n’est plus considéré comme pathologique. « On consulte plus facilement, avec un réel désir de prise en charge de soi », note Marianne Rabain, psychanalyste à Paris. Le peuple des patients s’est diversifié, en genre comme en âge. « Je peux recevoir un enfant de 4 ans le matin et une dame de 70 ans le soir, observe Muriel Mazet, psychothérapeute en Bretagne. Les hommes, grands absents jusque-là des cabinets d’analystes, s’y montrent enfin. « Ils sont plus nombreux à consulter, mais pour des problèmes ponctuels et dans une recherche de solution rapide », reconnaît la psychanalyste Marie-France Hirigoyen. « Ils ont plus de mal à se remettre en question, à approfondir, que ceux qu’on voyait avant. » S’il n’est plus frustré sexuellement ni en quête de son inconscient, qu’est-ce qui agite le patient d’aujourd’hui ? Quels soucis le poussent à consulter ?

 

« J’ai des problèmes de relations au travail, dans mon couple… »

 

C’est un paradoxe de notre temps : les moyens de communiquer abondent mais le sentiment de solitude domine. « Le désir d’être entendu et de parler est fort », observe Marianne Rabain. « Nous, les psy, entendons cette plainte qui ne s’exprime pas dans le corps social. » Le bug dans le contact avec l’autre constitue le premier motif de consultation : « Mon conjoint ne me parle pas », « je ne m’entends pas avec mes collègues » ou « impossible de discuter avec mon ado ». La liberté de tout dire n’a pas réglé la question de réussir de vrais échanges, de parvenir à se faire comprendre tout en acceptant l’autre. On observe des déserts relationnels dissimulés sous des centaines de textos et SMS. La vie affective notamment en subit les conséquences. « La plupart des 28-35 ans n’arrivent tout simplement pas à vivre à deux », affirme Marianne Rabain. « Ils cultivent un zapping relationnel fait de rencontres sur Internet, de flirts en ligne, d’amitiés virtuelles. » Résultat : un rapport très déçu à la relation amoureuse. « Des bandes de filles et de garçons qui s’effleurent mais ne se rencontrent pas vraiment. Tous ont du mal à s’ancrer et cultivent des projets de vie aussi flous que leurs personnalités », selon la psychanalyste Florence Lautredou.

 

Robert Neuburger, psychiatre, en conclut que la « désappartenance » est le nouveau mal contemporain. « A l’époque de Freud, les sujets étouffaient sous leur milieu. Aujourd’hui, ils en sont éjectés : incapables de vivre une relation amoureuse stable, licenciés de leur boulot ou plaqués par leur conjoint, ils souffrent d’être foncièrement seuls. »

 

« je suis Harcelé par des pervers narcissiques »


De là à penser que « l’enfer, c’est les autres », il n’y a qu’un pas. « Beaucoup manquent cruellement de simples outils », explique Yves-Alexandre Thalmann. « Ils ne savent pas communiquer sans juger ni manipuler. Mon boulot consiste à leur donner quelques clés pour ne pas envenimer la situation. »

 

Le couple est évidemment la zone sensible, carrément en danger après l’arrivée du premier enfant car, après la fusion amoureuse, les partenaires réalisent souvent qu’ils n’ont pas grand chose à se dire. Mais pour la psychanalyste Virginie Megglé, « c’est plutôt l’agressivité contenue tout au long des journées de travail qui s’exprime le soir à la maison ». Du coup, l’impression d’être en guerre, sous une menace non dite, se diffuse lentement. « C’est fou le nombre de patients qui vivent avec des pervers ! » s‘étonne, avec une pointe d’ironie, le psychanalyste Jacques Arènes. Des épouses qui se sentent à la merci d’un manipulateur, des employés qui attaquent leur chef pour harcèlement, il en voit quotidiennement. Marie-France Hirigoyen, créatrice du concept de harcèlement moral, reconnaît que la prise de conscience a dépassé ses espérances : « Autant je pense que la loi sur le harcèlement moral était une avancée, autant j’y vois un grand danger de manipulation. Il faudrait que je fasse un nouveau livre pour redéfinir la notion… Aujourd’hui, on vit dans un monde un peu parano, à l’américaine, où chacun se sent victime d’un bourreau froid et calculateur. » Selon elle, cette dérive tient à la peur du conflit vissée au corps de la plupart des contemporains. Domine donc une manière persécutée de percevoir son interlocuteur dès qu’il n’est pas comme on l’attend : « Soit l’autre est merveilleux, soit il est manipulateur. » Incapables de se différencier, beaucoup ont du mal à admettre que l’on puisse ne pas avoir le même ressenti qu’eux.

 

Cependant, crise oblige, les faits sont là : « Les gens qui travaillent encore subissent de plus en plus de pression et n’importe qui peut se permettre d’être ignoble », observe Yves-Alexandre Thalmann. « On nous rapporte de vraies gangrènes sous forme de ragots négatifs dans les entreprises. Sans outils pour communiquer sainement, des équipes entières pratiquent la rumeur rampante et alimentent la paranoïa. » Effets pervers de la supercompétitivité érigée en mode de vie, la solidarité s’effrite.

 

« Je ne me sens pas reconnu à ma juste valeur »

 

Pris dans l’urgence de « se maintenir » en poste ou de sauver leur couple, beaucoup cherchent désespérément à l’extérieur une reconnaissance qu’ils ont du mal, faute de temps et de ressources intérieures, à tenir pour eux-mêmes. « Avant, on souffrait de ne pas être aimé », explique Marianne Rabain. « Aujourd’hui, on souffre de ne pas être reconnu. » C’est le trouble narcissique de notre temps et il a, pour de nombreux psy, quelque chose d’irrationnel. « Nous cherchons avec nos patients l’origine de ce besoin dans leur histoire personnelle. Mais comme ils sont moins portés sur l’association libre et capables d’“insight”, comme ils restent dans le contrôle d’eux-mêmes et l’adaptation, on tourne en rond. »


« C’est comme si on avait déplacé dans le champ social une demande affective jusque-là réservée au cercle familial », explique Jacques Arènes. Jugeant la société particulièrement normative, Marie-France Hirigoyen ne s’étonne guère des difficultés fréquentes à y affirmer sa différence, son identité profonde, sa pensée propre : « Dans ce règne de l’image et de l’apparence, ceux qui s’en tirent au mieux et réussissent sont les caméléons, les hyperadaptables, les politiques sans états d’âme. Ceux qui sont tels qu’on leur demande d’être. Les autres souffrent. » Ainsi cet agent informatique qui s’entend dire lors d’un entretien de recrutement : « Nous ne savons pas comment nous pourrions vous utiliser. » « A force de n’être ni valorisés ni même considérés, la plupart perdent leur sentiment de dignité », affirme Robert Neuburger. « Et aucune prescription médicamenteuse ne peut restaurer cette part perdue. »

 

« Je passe à côté de ma vie »

 

A trop quêter cette reconnaissance, on s’épuise. Or le rythme ambiant est vorace. Avec l’accélération du temps et le climat de supercompétition, il reste peu de temps pour jouir de la vie. « C’est drôle, note Marianne Rabain, avant ils souffraient de ne pas avoir de liberté. Aujourd’hui, ils l’ont mais ne peuvent en profiter ! » “J’ai tout mais je me sens mal” est la phrase que j’entends le plus souvent », raconte Virginie Megglé. « Et aussi : “Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire” comme dans le film de Godard, sauf qu’aujourd’hui ceux qui s’en plaignent font mille choses à la fois, et tout le temps ! » C’est donc la coupure d’avec l’intériorité qui fait mal. Celle de cette patiente de 25 ans qui voyage beaucoup « pour avoir l’air d’assurer » mais réalise un jour qu’elle est en fait rongée par la peur de s’engager. Ou celle de cet étudiant qui ne peut parler à une fille s’il n’a pas « fumé du hasch ou picolé un peu ». « L’avenir est oppressant. Pas seulement à cause de la crise, mais parce qu’on s’éloigne de ses désirs profonds et de ses propres sentiments pour se lancer dans la course ambiante. »

 

Une course qui mène trop souvent au point mort. Florence Lautrédou, psychanalyste, reçoit des artistes et intermittents du spectacle en attente de projets qui ne se font pas. « Ils perçoivent le monde avec les nantis d’un côté et eux de l’autre. Malgré leur soif de pureté et d’imaginaire, ils se retrouvent largués avec la chape de plomb de la crise sur les épaules et une anxiété diffuse. Seule l’élection d’Obama a levé un peu de souffle et d’espoir en eux. » Chez les cadres, le défaut de projet et le manque d’audace dominent. « Malgré de confortables dividendes, eux aussi se demandent à quoi ils servent », rapporte la coach. Une impression d’autant plus désagréable que le bonheur est devenu un « must », si on en croit les journaux people et les campagnes publicitaires. Seuls existent les beaux, riches, célèbres, épanouis… « On aurait pu croire que les carcans avaient lâché, en conclut Marianne Rabain, mais c’est un leurre : jamais l’idéal du moi n’a été aussi oppressant. »


Dans ce contexte de « pathologies de l’insuffisance », la thérapie permet de retrouver des limites. Conscients d’un tel enjeu, des psychanalystes changent leur manière de travailler. « Pas question d’écouter les plaintes sans rien faire, explique Florence Lautrédou, car cela peut durer longtemps. Il faut des techniques plus frontales pour accompagner réellement des personnalités de plus en plus fragiles. » Objectif : remettre ces patients en contact avec leur créativité et leurs ressources. Et ils en ont ! Revenus des sirènes de la société de compétition, beaucoup inventent des parcours singuliers. Cette cadre d’une banque d’affaires va ouvrir un pub avec des amis, ce responsable de compagnie d’assurance conçoit un lieu de vacances pour les fans de golf. Pour s’en sortir, il s’agit aussi, parfois, de simplement déléguer : « Celles de mes patientes qui vont mieux sont celles qui osent dire non à des demandes qu’elles auraient honoré tout de go avant », remarque Muriel Mazet. « Elles inscrivent leurs enfants à des cours de soutien scolaire au lieu de s’obliger à faire les devoirs avec eux en rentrant du travail. » Tout est bon pour retrouver un peu d’attention à soi dans un système qui en demande trop et n’en peut plus de toucher à sa fin.

 

De Pascale Senk pour www.cles.com

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 09:44

" Les salariés se plaindraient d’être évalués tout en réclamant de l’être !" C’est sur ce paradoxe que Bénédicte Vidaillet, psychanalyste spécialiste des théories de l’organisation, s’est penchée afin de déterminer ce qui pousse un salarié à solliciter lui-même les outils d’évaluation mis en place par son entreprise.

 

employé

 

Les salariés subiraient l’évaluation mais la ressentiraient également comme un besoin, remplissant certaines fonctions sur le plan psychique. Le système de l'évaluation aurait-il trouvé un moyen paradoxal pour s'auto-entretenir, notamment au moyen de l'infantilisation de l'employé modèle perdu dans la norme ?


Selon la psychanalyste, la recherche d’évaluation correspondrait en réalité à une recherche identitaire. En appelant de ses vœux l’évaluation, le salarié chercherait à se définir par rapport au jugement porté par son entreprise. La question « qui suis-je ? » glisserait ainsi vers « que suis-je par rapport à ce que l’on attend de moi ? », et donc par surcroît « qui suis-je par rapport à l'autre ?»

 

Angoissé à l’idée de 
se définir lui-même, le salarié préférerait confier cette tâche à un système d’évaluation extérieur à lui-même. Ce transfert permettrait de lui rendre visibles ses propres facultés et faiblesses jusqu’à ce que l’autoévaluation permette d’intégrer complètement ce regard extérieur sur soi, si celle-ci le permet.

 

Mais, selon Bénédicte Vidaillet, la manière dont le système d’évaluation répond à cette question identitaire ne fait que relancer indéfiniment le salarié dans son questionnement. Renonçant à sa faculté subjective de jugement, le salarié ne peut plus se passer de l’évaluation établie par son entreprise. Il en viendrait à demander toujours plus d’évaluation, entraîné dans un cercle vicieux.

 

Pour la psychanalyste, c’est ici le cœur du paradoxe de l’évaluation telle qu’elle se pratique actuellement. La personne qui travaille, en demandant à être évaluée, espère régler ce qui par nature est impossible à régler, à savoir sa quête identitaire jamais achevée et constitutive de sa personne !

 

Bénédicte Vidaillet psychanalyste, « Le sujet et sa demande d’être évalué : angoisse, jouissance et impasse symbolique », Nouvelle revue de psychosociologie, n° 13, 2012/1.

 

www.scienceshumaines.com

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