11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 10:40

La douceur est une énigme... Incluse dans un double mouvement d'accueil et de don, elle apparaît à la lisière des passages que naissance et mort signent. Parce qu'elle a ses degrés d'intensité, parce qu'elle a une force symbolique et un pouvoir de transformation sur les êtres et les choses, elle est une puissance.

 

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"En écoutant ceux qui viennent me confier leur détresse, je l'ai entendue traverser chaque expérience vécue. En méditant son rapport au monde, il apparaît que son intelligence porte la vie, la sauve et l'accroît."

 

  De nos jours la douceur nous est vendue sous sa forme frelatée de mièvrerie. L'ère du cynisme vante l'efficacité en toute chose ; les qualités doivent être opérationnelles immédiatement. L'époque, pour la méconnaître mieux, l'exalte dans l'infantile ou la niaiserie. C'est ainsi que l'on tente de venir à bout des hautes exigences de la subtilité non plus en les combattant mais en les pervertissant. Rien n'échappe à cette force de perversion, surtout pas le langage:

 

"Evaluation" pour notes, "pôle emploi" pour agence de chômage, "plan de sauvetage" pour vague de licenciements. Ces retournements de sens sont pervers. C'est vrai, on ne censure plus frontalement les gens, mais on les conduit à la faire eux-mêmes, à ériger leurs propres barrières. Dans ces conditions, plus personnes ne peut plus faire le mur. Si on vous dit: "c'est interdit de sortir, vous trouverez le moyen de vous échapper. Mais si on vous dit que sortir est dangereux pour vous et vos enfants, en vous incitant à vous protéger, vous n'allez pas sauter la barrière que vous avez construite vous-même !

 

C'est redoutable pour la liberté et l'autonomie des êtres. On a affaire à une censure qui revêt les habits de la douceur qu'elle combat...

 

La vraie douceur, elle, est une énigme. Elle est une qualité dont les registres infinis vont au-delà même du règne du vivant. La douceur suppose la reconnaissance de la vulnérabilité de ce qui est approché, touché, embrassé ; comme la caresse, elle n'est pas étrangère à l'éros ni à la pensée.

 

 

Jacques Munier préface l'idée de la douceur :

 

 

Ça peut sembler paradoxal, parler de puissance à propos de la douceur. On peut le dire autrement avec l’empereur stoïcien Marc Aurèle : « La douceur est invincible ». Car si l’on y réfléchit bien, et si l’on se reporte un instant à ses souvenirs d’enfance, on retrouvera cette force insaisissable, ce pouvoir de persuasion et d’enchantement, ce mouvement d’accueil et de don à la fois, cette langue intime qui s’adresse tout autant à l’esprit et au corps. La douceur tisse autour de l’enfant un halo de sens informulé mais pénétrant, dans une constante réciprocité qu’illustre au mieux l’image du petit endormi, qui nous renvoie nous-mêmes à cet abandon initial dont nous provenons. De cet échange muet, nous conservons à jamais la trace, celle de toutes les métamorphoses, dans les moments de fragile incertitude où nous développons nos potentialités.

 

« Si la douceur était un geste, elle serait caresse » imagine l’auteure, en rappelant les propos d’Emmanuel Levinas : « La caresse consiste à ne se saisir de rien, à solliciter ce qui s’échappe sans cesse de sa forme vers un avenir… ce qui se dérobe comme s’il n’était pas encore. » C’est ce qui fait de la douceur un lien direct entre les corps, la parole inarticulée de la sensibilité, la pointe avancée du tact. Ou encore, nous dit Anne Dufourmantelle « une activation du sensible en intelligible. Sans elle y aurait-il un passage possible entre ces ordres ? »

 

La douceur s’oppose à la passion et – je cite la psychanalyste « au jeu de miroirs narcissiques qu’elle engage ». En ce sens, et comme les Grecs l’avaient inscrit dans la langue, elle est le contraire de l’hubris, la démesure de celui qui est en proie à ses pulsions. Le terme proates signifie d’ailleurs à la fois douceur et amabilité, il fait signe d’emblée vers la question de l’ « être ensemble », le premier cercle de l’éthique et du politique. Cela dit, le véritable contraire de la douceur n’est pas la brutalité ou la violence mais plutôt la mièvrerie, qui serait une douceur sans puissance et sans relief, une contrefaçon prévient Anne Dufourmantelle, qui la pervertit en la mimant, de même que « toutes les formes de compromissions, de suavité frelatée, de bouillie sentimentale ».

 

La douceur anime une nébuleuse où gravitent mansuétude et amour indulgence et pardon, harmonie ou pitié, soin et souci de l’autre – ce que les anglo-saxons ont nommé le « care ». Et il est vrai que le soin a toujours été associé à la douceur, qui même si elle ne suffit pas à guérir, si elle ne s’autorise d’aucun pouvoir ni savoir, ajoute au soin une relation de compassion qui revient à souffrir avec l’autre, à reconnaître par là-même sa propre vulnérabilité, mais à éprouver la souffrance d’autrui en se gardant d’y céder, de manière à porter secours.

  

 

Et la puissance dans tout ça ?

 

Anne Dufourmantelle revient sur la notion aristotélicienne de puissance comme potentialité par rapport à ce qui est en acte, un passage qui implique une transformation, voire une métamorphose et on a vu que la douceur était nécessaire au processus qui peut supposer une certaine dose de violence, comme dans l’enfantement. Mais au-delà, la douceur représente une force de résistance symbolique prodigieuse, comme le montre l’exemple des saints et de leur martyre édifiant tout au long des siècles. Les mystiques rhénans qualifiaient de « suavitas » la puissance de Dieu, qu’ils désiraient retrouver jusque dans le néant. Plus près de nous s’impose la figure de Gandhi, qui a opposé au pouvoir colonial l’opiniâtre et finalement victorieuse résistance de la non-violence. On peut rappeler que l’une de ses sources d’inspiration était La désobéissance civile, le livre de Thoreau. Et Nietzsche lui-même, le penseur de la volonté de puissance, exalte dans Ecce Homo la douceur comme une redoutable force de résistance. « La douceur – ajoute l’auteure – est un rapport au temps qui trouve dans la pulsion même du présent la sensation d’un futur et d’un passé réconciliés, c’est-à-dire d’un temps non divisé ».

 

Evidemment, la douceur a aussi sa face cachée. S’abandonner à la mélancolie peut facilement en tenir lieu, que cette douceur soit réellement absente ou réellement fantasmée. « Il n’est pas toujours doux de vivre – conclut l’auteure – Mais la sensation d’exister appelle la douceur », comme dans cette image inoubliable de la Dolce Vita où Anita Ekberg s’avance tout habillée dans les bassins de la fontaine de Trevi, image – je cite « d’une vie qui invite à la douceur, mais aussi à la folie, à la liberté dansante et à la sensualité » Nomen dulce libertatis, disait Cicéron, le doux nom de la liberté.

 
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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 12:00

Qu'est-ce donc que l'honneur ? Une qualité qui porte à faire des actions nobles. La vertu pourrait ainsi être le fondement de l'honneur. Cicéron n'écrivait-il pas « verum decus in virtute positum est » – le véritable honneur réside dans la vertu. Mais c'est enlever au concept d'honneur une grande partie de son sens que d'en faire une qualité qui vaut seulement par rapport à sa propre conscience. L'honneur peut être une aspiration à un certain bien, il n'est reconnu comme tel que validé par les autres. Il engage certes celui qui y tend, mais c'est aussi un phénomène de société. En effet, c'est le groupe qui sanctionne, par l'estime glorieuse qu'il lui donne, l'homme d'honneur.

 

 

Définition

 

En Occident, l’honneur fut d’abord associé au fait d’être bien né et d’être ainsi capable, dans l’action, d’une grandeur pouvant dépasser les exigences du strict devoir.«Qu’est ce que l’honneur, c’est la force de l’âme animée ou réveillée par le devoir, et qui quelquefois même, nous porte au-delà de ce qu’il prescrit.» (Ste-Foix) Les honneurs devinrent ainsi les signes distinctifs du rang, de la place occupée dans la hiérarchie sociale.

Mais il ( le mot honneur) l'a esté usité aussi par les anciens pour la dignité qu'a le vassal d'estre fieffé par un Roy ou grand Seigneur, et consequemment pour le fief mesme duquel le vassal a esté par luy honoré. Ainsi on lit en Guy de Waruich: Je vous veux revestir de cette cité, et de toute la seigneurie et honneur qui y append pour estre vostre. Et quand un Roy haranguoit son armée pour donner la bataille, il concluoit ainsi. Avant mes Barons, qui me rendra mon ennemi mort, ou prins, je luy croistray son honneur d'une bonne ville.

Cette définition du Trésor de la langue française de Jean Nicot (1606) nous rappelle qu’à l’origine l’honneur était une chose bien concrète : «je lui croistray son honneur d’une bonne ville.»

1606 est aussi la date de naissance de Pierre Corneille, le poète de l’honneur en France, l’auteur du Cid, où pour venger l’honneur de son père, le héros doit vaincre Le Comte, père de celle qu’il aime, Chimène. Mais Le Comte a lui-même de l’honneur et il voudrait éviter à Don Rodrigue une mort certaine.

Le Comte !

Jeune présomptueux !

Don Rodrigue.

Parle sans t’émouvoir.
Je suis jeune il est vrai ; mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend pas le nombre des années.

Le Comte.

Te mesurer à moi, qui t’as rendu si vain,
Toi qu’on a jamais vu les armes à la main ?

Don Rodrigue .

Mes pareils à deux fois ne se font point connaître,
Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître.

Le Comte.
[...]
Ne cherche point à faire un coup d’essai fatal ;
Dispense ma valeur d’un combat inégal :
Trop peu d’honneur pour moi suivrait cette victoire ;
À vaincre sans péril on triomphe sans gloire.
On te croirait toujours abattu sans effort ;
Et j’aurais seulement le regret de ta mort.

Don Rodrigue

D’une indigne pitié ton audace est suivie :
Qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie!


Plus tard le mot honneur ne sera plus associé à la valeur, mais au simple fait d’être né. À la veille de la Révolution française, Chamfort, témoin de la montée de l’égalité, écrira:

«C'est une vérité reconnue que notre siècle a remis les mots à leur place; qu'en bannissant les subtilités scolastiques, dialecticiennes, métaphysiques, il est revenu au simple et au vrai, en physique, en morale et en politique. Pour ne parler que de morale, on sent combien ce mot, l'honneur, renferme d'idées complexes et métaphysiques. Notre siècle en a senti les inconvénients; et, pour ramener tout au simple, pour prévenir tout abus de mots, il a établi que l'honneur restait dans son intégrité à tout homme qui n'avait point été repris de justice. Autrefois ce mot était une source d'équivoques et de contestations; à présent, rien de plus clair. Un homme a-t-il été mis au carcan, n'y a-t-il pas été mis ? Voilà l'état de la question. C'est une simple question de fait, qui s'éclaircit facilement par les registres du greffe. Un homme n'a pas été mis au carcan : c'est un homme d'honneur, qui peut prétendre à tout, aux places du ministère, etc.; il entre dans les corps, dans les académies, dans les cours souveraines. On sent combien la netteté et la précision épargnent de querelles et de discussions, et combien le commerce de la vie devient commode et facile.» (Maximes)

Dans cette perspective, l’honneur appartient à tous les êtres humains. On ne peut pas le mériter, on ne peut que s’en montrer indigne en commettant un crime.

Si l'on a fait de l’honneur une chose si commune c’est parce qu’on voyait, à l'instar de Voltaire, plus de vanité que de vertu dans les actions accomplies sous le signe de l’honneur.

«Cet honneur étranger, parmi nous inconnu
N’est qu’un fantôme vain qu’on prend pour la vertu
C’est l’amour de la gloire et non de la justice
La crainte du reproche, et non celle du vice.» (Voltaire, Alzire)

À quoi Chamfort fera écho : «L'amour de la gloire, une vertu ! Étrange vertu qui se fait aider par l'action de tous les vices; qui reçoit pour stimulants l'orgueil, l'ambition, l'envie, la vanité, quelquefois l'avarice même !» (Maximes)

Un sentiment tel que l’honneur offre une longue résistance avant de disparaître. Après la révolution, Napoléon sentit la nécessité de rétablir l’honneur. Ce qu’il fit en donnant de nouveaux titres noblesse et en créant la Légion d’honneur. Il avait dans son armée trop de soldats courageux pour offrir une ville à chacun. Il leur offrit donc une médaille qui, aux yeux de certains, allait avoir autant de valeur qu’une ville. Telle est la force du besoin d’être reconnu.

Comme le rappelle P.J. Dessertine, à propos du mot ciel, «il n’y a pas d’oraison funèbre pour les mots qui tombent en désuétude,» on ne leur rend pas les derniers honneurs. Leur perte passe inaperçue. Le mot honneur, comme les mots ciels, vertu, grâce, gloire, a perdu son droit de cité.

Mais l’humanité peut-elle se passer d’un tel mot. Il semble bien que l’honneur sous une forme ou une autre ait existé dans toutes les cultures, comme chez les peuples de l'Amérique du Nord centrale que décrit Ruth Benedict dans Échantillons de civilisation. «L'honneur dans la guerre y est ce qu'il y a de plus important pour tous les hommes. Le thème constamment répété à celui qui arrive à l'âge d'homme, ainsi que celui qui doit être prêt pour la guerre à tout âge, est un rituel magique pour obtenir la victoire. Ils ne se torturent pas les uns les autres, mais ils s'infligent la torture à eux-mêmes; ils se découpent des bandes de chair aux bras et aux jambes, ils se tranchent des doigts, ils portent de lourds poids suspendus par des crocs à la poitrine ou aux muscles des jambes ; leur récompense, par la suite, ce seront des prouesses plus grandes encore sous la forme de prouesses guerrières.»

On peut estimer excessif ce prix à payer pour l’honneur, mais le prix de l’honneur a toujours été élevé, ce qui met en relief son caractère essentiel.

L’honneur authentique est l’éclat de la vertu, son aura. Cet éclat est l’écho de la vertu dans la société, le signe qu’elle est reconnue et admirée. Là où la vertu est condamnée à demeurer sans écho et donc sans éclat, elle n’est accessible qu’à quelques grands solitaires. D’où la nécessité de continuer à cultiver l’honneur, de considérer les critiques dont il a été l’objet comme des invitations à retrouver son vrai visage. L’honneur est un intermédiaire nécessaire entre les idéaux et le commun des mortels. Simone Weil l’a compris. C’est pourquoi elle a rangé l’honneur parmi les besoins de l’âme humaine.

«L’honneur est un besoin vital de l’âme humaine. Le respect dû à chaque être humain comme tel, même s’il est effectivement accordé, ne suffit pas à satisfaire ce besoin ; car il est identique pour tous et immuable ; au lieu que l’honneur a rapport à un être humain considéré, non pas simplement comme tel, mais dans son entourage social. Ce besoin est pleinement satisfait, si chacune des collectivités dont un être humain est membre lui offre une part à une tradition de grandeur enfermée dans son passé et publiquement reconnue au-dehors.

Par exemple, pour que le besoin d’honneur soit satisfait dans la vie professionnelle, il faut qu’à chaque profession corresponde quelque collectivité réellement capable de conserver vivant le souvenir des trésors de grandeur, d’héroïsme, de probité, de générosité, de génie, dépensés dans l’exercice de la profession.

Toute oppression crée une famine à l’égard du besoin d’honneur, car les traditions de grandeur possédées par les opprimés ne sont pas reconnues, faute de prestige social.
 
C’est toujours là l’effet de la conquête. Vercingetorix n’était pas un héros pour les Romains. Si les Anglais avaient conquis la France au XVe siècle, Jeanne d’Arc serait bien oubliée, même large mesure par nous. Actuellement, nous parlons d'elle aux Annamites, aux Arabes ; mais ils savent que chez nous on n'entend pas parler de leurs héros et de leurs saints ; ainsi l'état où nous les maintenons est une atteinte à l'honneur.

L'oppression sociale a les mêmes effets. Guynemer, Mermoz sont passés dans la conscience publique à la faveur du prestige social de l'aviation ; l'héroïsme parfois incroyable dépensé par des mineurs ou des pêcheurs a à peine une résonance dans les milieux de mineurs ou de pêcheurs.
 
Le degré extrême de la privation d'honneur est la privation totale de considération infligée à des catégories d'êtres humains. Tels sont en France, avec des modalités diverses, les prostituées, les repris de justice, les policiers, le sous-prolétariat d'immigrés et d'indigènes coloniaux... De telles catégories ne doivent pas exister.
Le crime seul doit placer l'être qui l'a commis hors de la considération sociale et le châtiment doit l'y réintégrer.»

Source: Simone Weil, L'Enracinement.


En Europe la patrie de l’honneur c’est l’Espagne, la terre du Cid et de Don Quichotte. Pour le philosophe Miguel de Unamuno, la renommée, voisine de l’honneur, est l’ombre de l’immortalité. À propos de Don Quichotte, son héros et son alter ego, il écrit : «Le pauvre et ingénieux hidalgo ne chercha pas un avantage passager, ni une récompense corporelle, mais un nom et une renommée éternelles, mettant ainsi son nom au-dessus de lui-même. (La vida de don Don Quijote y Sancho)

Un autre penseur méditerranéen, admirateur de l’Espagne, Gustave Thibon, aura contribué à réhabilité le mot honneur, en le situant à sa juste place, à l’abri des abus dont il a été l’objet.

Il suffit d’accorder un peu d’attention à ses pensées sur l’honneur, des bêtes...ou de l’âme, pour comprendre que ce mot est indispensable, que le perdre à jamais ce serait renoncer à un sentiment qui peut encore donner un sens à la vie quand les recours habituels ont été épuisés.

«Bande publicitaire d'un ouvrage sur le génocide du Cambodge : “ Il faut lire ces pages pour se faire une idée du degré d'animalité auquel l'homme peut descendre. ” Pour l'honneur des bêtes et par respect de la vérité, parlons de monstres ou de démons, mais n'évoquons pas l'animal. Pauvres bêtes dont la cruauté est si innocente dans sa cause et si limitée dans ses effets! Le mal, comme l’héroïsme, fait la preuve de la différence métaphysique entre l'homme et l'animal.»

«Dieu. Ne pas se plier devant sa puissance, se briser devant son innocence. Pour l'honneur de l'âme et non par orgueil du moi...» Source: Le voile et le masque.

C'est à l'honneur que selon Hannah Arendt, Ernst Jünger doit d'avoir pu d'avoir pu offrir une résistance au culte du chef.

«Les Journaux de guerre d'Ernst Jünger offrent peut-être l'exemple le meilleur et le plus honnête des immenses difficultés auxquelles l'individu s'expose quand il veut conserver intact son système de valeurs morales et son concept de vérité en un monde où vérité et morale ont perdu toute forme identifiable d'expression. Malgré l'indéniable influence que les premiers travaux de Jünger ont exercée sur certains membres de l'intelligentsia nazie, il a été du premier au dernier jour du régime un opposant actif au nazisme, montrant par là que le concept d'honneur, un peu désuet mais répandu jadis parmi le corps des officiers prussiens, suffisait amplement à motiver une résistance individuelle.»

Source: Ernst Jünger, L'Âge d'Homme, Les Dossiers, Lausanne, 2000.

 

Enjeux

 

Y a-t-il encore une place pour l'honneur dans cette démocratie libérale, telle que la présente Fukuyama, par exemple, où dans la perspective de la division tripartite de l'âme, l'on néglige le coeur, siège du sentiment de dignité, d'honneur, pour concentrer toute sa considération sur la tête qui calcule et le ventre qui consomme.

 

Essentiel

 

C'est à Platon, plus précisément à son grand ouvrage intitulé La République, que l'on remonte toujours pour trouver le modèle de la division tripartite de l'âme. «Mais ce qui est difficile, écrit-il, c'est de décider si tous nos actes sont produits par le même principe ou s'il y a trois principes chargés chacun de leur fonction respective, c'est-à-dire si l'un de ces principes qui est en nous fait que nous apprenons (Noos), un autre que nous nous mettons en colère (Thumos), un troisième que nous recherchons le plaisir de manger, d'engendrer... (Epithumia).» Voici donc de nouveau la tête, le cœur et le ventre, la tête étant le lieu de la raison, de la pensée, le ventre celui du désir. Il ne faudrait toutefois pas limiter le cœur à la colère au sens que nous donnons à ce mot. Le Thumos est en réalité le siège du courage, du sentiment de dignité, de fierté, d'honneur.

 

Documentation

 

Le sens de l'honneur d'Ernst Jünger, selon Hannah Arendt :

«Les Journaux de guerre d'Ernst Jünger offrent peut-être l'exemple le meilleur et le plus honnête des immenses difficultés auxquelles l'individu s'expose quand il veut conserver intact son système de valeurs morales et son concept de vérité en un monde où vérité et morale ont perdu toute forme identifiable d'expression. Malgré l'indéniable influence que les premiers travaux de Jünger ont exercée sur certains membres de l'intelligentsia nazie, il a été du premier au dernier jour du régime un opposant actif au nazisme, montrant par là que le concept d'honneur, un peu désuet mais répandu jadis parmi le corps des officiers prussiens, suffisait amplement à motiver une résistance individuelle.»

Sources: Ernst Jünger, L'Âge d'Homme, Les Dossiers, Lausanne, 2000.
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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 13:16

La stasis est aujourd'hui un fait bien implanté, avec pour conséquences un quotidien difficilement supportable sur le plan des relations sociales, où domine la suspicion entre les communautés, entre les citoyens d'un coté et les décideurs de l'autre.

 

 

Sous l'angle de la psychanalyse et de la sociologie, je lance un appel en faveur du vivre ensemble et d'un devenir centré autour de l'interdisciplinarité. Un mea-culpa concernant l'autisme sera également tenté, probablement pour la première fois. Son but est clairement d'apaiser les esprits afin d'éviter des amalgames souvent porteurs d'idéaux radicaux et haineux. La psychanalyse a ses lettres de noblesse qu'il s'agit de sauver d'une opinion publique souvent faussée, débridée et illogique. J'interviens dans cette vidéo pour prouver que la stasis peut encore être jugulée... avec de l'indulgence et une attention rigoureuse, il est possible de recréer ce que Simondon appelle "du transindividuel" au sein de la société française, bien malade !

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 09:25

Voici l'article de presse UPL pour l'année 2014-2015, paru récemment, suivi du cours précédent en psychosociologie, bonne découverte à tous et venez nombreux pour écouter et dialoguer avec nos experts, professeurs et intervenants...

 

UPL est republicain 09.14

 

Voir le programme complet : cliquez ici

 

 

"Le cours précédent de l'université populaire traite de la maturité et des conditions de l'obtention de la maturation chez un individu, depuis son enfance jusqu'à l'état adulte... Un processus de développement souvent interrompu." par Mr. Trommenschlager - psychanalyste.

 

 

Quatre phases seront principalement abordées :


- Psychologie des foules (en préambule)
- Sécurité et développement
- Les apprentissages informels
- Le choc des grandes questions existentielles

 
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Annexe: Maturité et majorité

   
Au premier abord, il signifie l'achèvement d'une croissance. Or cet achèvement lui-même s'exprime par deux mots qui ne sont pas synonymes: maturité et majorité. La maturité, concept biologique et, par extension, psychologique, signifie l'état d'un organisme qui a atteint son plein développement; le signe le plus clair en est l'aptitude à la reproduction. La majorité, concept d'ordre juridique et social, est l'âge légal où l'on attribue à l'être humain l'entière responsabilité de ses actes, ainsi que les droits qu'elle implique; être majeur, c'est être homme ou femme à part entière, c'est pouvoir exercer les rôles essentiels à la vie sociale, dont les principaux sont le mariage, le métier, la citoyenneté, le plein usage de ses biens et pour l'homme, le service militaire. Il va de soi que l'âge de la maturité n'est pas toujours identique à la majorité; dans nos sociétés industrielles, l'âge où l'on peut exercer un métier, l'âge de la production est nettement postérieur à celui de la reproduction; et Rousseau voyait déjà dans ce décalage une des grandes sources de nos misères. Quant à la maturité psychologique, cette sûreté de jugement qu'on n'acquiert que par une longue expérience, elle n'arrive que fort tard, parfois même jamais.
 
Différents l'un de l'autre, ces deux concepts sont, chacun, relatifs. La maturité biologique varie avec les époques et les climats. Quant à la majorité, chaque civilisation et même chaque période de l'histoire la déterminent à leur manière. Dans les sociétés archaïques, l'accès à l'état adulte ne va pas de soi; l'individu doit authentifier son changement d'âge par des rites de passages, épreuves douloureuses et dangereuses, qui symbolisent à la fois la mort de l'enfant et la naissance de l'homme. Si, dans notre civilisation, les rites de passages (examens, initiations, service militaire, etc.) sont moins précis, il reste que l'état adulte est déterminé par un code, juridique ou moral; comme le dit Philibert, l'échelle des âges n'est jamais un tapis roulant. Il faut passer à l'âge adulte, et ce passage n'est pas garanti pour tous également. Ainsi, dans les civilisations antiques, il semble qu'on est plus ou moins «majeur» selon la fonction sociale qu'on assume; lorsque Platon affirme qu'il faut cinquante ans pour faire un homme, cet homme fait se limite à la caste des gardiens-philosophes; les autres terminent leur éducation bien plus tôt et sont par là même moins adultes puisque, n'ayant pas accès aux vertus supérieures (courage, sagesse), ils ne disposent pas de l'autorité qu'elles confèrent. Chez Aristote, le maître est plus adulte que l'esclave, le contemplateur que l'artisan, le sage que l'intempérant, le vieillard que le jeune homme, le mari que la femme.
 
Notre civilisation a sans doute "démocratisé" le concept d'adulte, mais plus dans les institutions que dans les consciences; on entend souvent dire que les prolétaires ne sont pas mûrs, que les femmes ne sont pas majeures, que les indigènes sont de grands enfants. Le plus révoltant dans ce genre d'affirmation est la part de vérité qu'elles comportent; une société qui traite toute une catégorie d'hommes en irresponsables peut se justifier ensuite en arguant de leur infantilisme. Et si tant d'opprimés s'avèrent finalement plus mûrs que leurs oppresseurs, ce n'est pas tant grâce à la société où ils vivent que contre elle.»
 
OLIVIER REBOUL, «L'adulte: mythe ou réalité», Revue Critère, juin 1973

 
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  Cours 2ème partie:

 

 
Université populaire de Saint-Sauveur, Luxeuil et CCPL.
Lien : http://ars-praeceptorum.over-blog.org/
Par Mr. Trommenschlager Franck, Psychanalyste et Psychosociologue.

Lien : http://www.psy-luxeuil.fr/

  Ouvrage paru en mars 2014 : http://www.anaproductions.com/

ou http://boutique.franceregion.fr/

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 12:46

A les entendre, personne ne s’intéresse à eux. Epuisant pour leur entourage, leur insatiable besoin de reconnaissance les condamne effectivement à la solitude. Pourquoi s’enferment-ils ainsi dans ce rôle de victime ?

 


Pourquoi ?

 

Un collègue qui ne leur dit pas bonjour, un ami qui oublie leur anniversaire… Autant de situations auxquelles ils donnent une même explication : « Personne ne m’aime. » « Et c’est vrai ! commente Samuel Lepastier, psychanalyste et psychiatre. Ce constat correspond à la réalité d’une vie d’adulte. » Il existe en effet un écart immense entre l’aspiration de chacun à être aimé et ce que l’on reçoit comme amour. « Parce que cet amour que l’on désire, c’est celui auquel seul l’enfant peut aspirer : l’amour parfait et total de sa mère. »

Or, à l’âge adulte, même la plus grande passion amoureuse est une relation dans laquelle chacun donne et reçoit, alors que l’amour maternel est souvent un pur don.

 

Carence affective…

 

Chacun doit donc pouvoir vivre avec cette frustration qui prévaut dans les relations matures. Mais pourquoi certains en sont-ils incapables ? Maud Lehanne, psychothérapeute qui anime un café psycho à Paris, raconte que la phrase « personne ne m’aime ! » y est un leitmotiv.

 
Selon elle, cette plainte émane toujours « de personnes qui ont manqué d’amour étant enfants ou, du moins, qui ont le sentiment de ne pas avoir été assez aimées ». En effet, ajoute-t-elle, « si presque tous les parents aiment leurs enfants, beaucoup ne savent pas le leur montrer ou le leur dire ».

 

… Ou trop plein d’amour ?

 

« Mais un excès d’amour envers l’enfant provoque les mêmes effets, poursuit la psychothérapeute. Adulte, il réclamera auprès des autres ce qu’il a reçu au centuple, s’imaginant que tout le monde le lui doit. »
Effrayé par une telle exigence d’amour et forcé de constater qu’aucun de ses efforts pour la satisfaire n’est suffisant, l’autre finit, le plus souvent, par fuir. Et, bien entendu, cette réaction alimente le mal-être de l’éternel "incompris". Une fois de plus, celui-ci obtient la preuve que « personne ne l’aime » !

 

Une défaillance narcissique

 

C’est un cycle infernal dans la mesure où ces personnes sont incapables de se remettre en question : ce sont les autres qui sont en tort, qui ne font pas l’effort de s’intéresser à elles, qui ne savent pas les aimer à leur juste valeur. Samuel Lepastier explique : « Elles raisonnent selon un système de pensées qui consiste à tout interpréter par rapport à elles-mêmes. »

 

Ce mode de fonctionnement égocentrique cache toujours une profonde défaillance narcissique et une hypersensibilité. Etre aimé signifie en toutes circonstances : « Etre le plus aimé. » Dans ce cas, comme l’écrivait le psychanalyste Elie Humbert (in La Dimension d’aimer, Cahiers jungiens de psychanalyse, 1994), « ce n’est pas vrai que l’on cherche à être aimé. On cherche à être le préféré. »

 
Pour se protéger, ces personnes choisissent, et ce souvent inconsciemment, d’accuser les autres de ce qui leur arrive. Comme le précise Samuel Lepastier, « il est toujours plus facile de se dire : “Ce sont les autres qui ne sont pas aimants”, que de reconnaître que l’on puisse ne pas être toujours aimable ».

 

Un manque de confiance en soi

 

« Personne ne m’aime ! » résonne comme une insatiable demande de compliments dont le but est de rassurer sans cesse. Cet état de dépendance à l’égard de l’autre est symptomatique d’un manque de confiance en soi : « Celui qui a été suffisamment soutenu et valorisé par ses parents n’aura pas besoin des autres pour se construire, affirme Maud Lehanne. L’appui qu’il aura reçu lui suffira pour avancer avec confiance, sans avoir besoin d’obtenir la confirmation qu’il est digne d’être aimé. »

 

Que faire ?

 

Revisiter son enfance
Puisque ce sentiment de ne pas être aimé trouve ses origines dans l’enfance, on s’efforcera de s’y replonger, seul ou avec un thérapeute : « Me suis-je senti entouré ? M’a-t-on montré que l’on m’aimait ? » Ces réflexions ne doivent pas servir à régler des comptes avec ses parents, mais à prendre conscience que le problème se rapporte à sa propre histoire et qu’il est inutile et injuste d’en faire porter la responsabilité aux autres.

 

Se rappeler ceux qui nous aiment
L’affirmation « personne ne m’aime » est toujours le fait d’une exagération. Pour la contrer, noter le nom de cinq proches et écrire la dernière attention que chacun nous a manifestée : appel téléphonique, invitation, compliment… Ces gestes qui, sans être la marque d’un amour immense, sont des preuves que l’on nous estime.

 

Etre conscient de ce que l’on donne
« Qu’ai-je fait pour mériter leur attention ? » Noter les dernières marques d’affection données à ces personnes. Une manière efficace de prendre conscience que l’amour est un échange. Et de découvrir que le plaisir de donner est aussi gratifiant que celui de recevoir.

 

Faire avec son manque
 L’amour parfait est un fantasme. Il s’agit donc d’apprendre à "faire avec". Comment ? Par un processus que les psychanalystes nomment "sublimation" : utiliser notre manque (l’amour parental) comme une force qui nous remplira autrement. Création artistique, recherche scientifique, action caritative… A chacun de trouver ce qui lui permettra de transformer sa frustration en une source d’énergie positive.

 

Conseils à l'entourage

 

La personne qui se plaint de ne pas être aimée attend de son entourage qu’il la rassure, l’entoure et lui exprime sans cesse son attachement. Celui qui veut garder une place auprès d’elle doit prendre en compte cette demande d’affection, sans pour autant se mettre à son seul service. Quoi qu’on fasse, on aura affaire à un puits sans fond et aucune preuve d’amour ne sera jamais suffisante pour panser une telle blessure affective. On risque donc de s’essouffler vainement.

 

D’où la nécessité d’apprendre à donner à l’autre son lot d’affection, mais "raisonnablement", c’est-à-dire sans se désespérer de ne pas parvenir à faire taire ses plaintes et ses demandes.

 

Témoignage

 

Monique, 39 ans, artiste peintre

 
« Toute ma vie, j’ai eu le sentiment qu’aucune déclaration d’amour ou d’amitié ne saurait me satisfaire. Le manque restait là, au fond de moi. Une sensation de vide. J’avais d’ailleurs des vertiges, des “problèmes d’oreille interne” ; les médecins ne croyaient pas si bien dire ! Toute ma vie, j’avais espéré entendre ma mère me dire : “Je t’aime.” Jusqu’à sa mort il y a quelques années, elle n’en a jamais été capable. Après sept ans de psychanalyse, cela m’est apparu comme une évidence, je ne suis pas plus “comblée”, mais je sais vivre avec ce manque. Ma mère serait folle de rage si elle me voyait, loin des études de droit qu’elle avait prévues pour moi. Elle ne comprendrait pas que toutes les couleurs que j’étale sur mes toiles sont autant de “je t’aime” qu’elle n’a jamais pu m’offrir. »

 

A lire

 

Plus jamais victime de Pierre Pradervand. 
Sortir d’une attitude de victime, pour aller vers une vie pleinement responsable. Des clefs selon un spécialiste du développement personnel (Jouvence, 2001). 

De l’amour de l’autre à l’amour de soi de Patrick Delaroche. 
Qu’est-ce que le narcissisme ? Comment se construit-il et peut-on le dépasser ? Le point de vue d’un psychanalyste (Denoël, 1999).
 

Laura Lil pour psychologies.com

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 09:12

Le but de l'école de philosophie d'Epineuil: Réapprendre à penser dans le contexte du post-consumérisme et de la post-mondialisation. Permettre au public soucieux "du devenir" de sortir du panurgisme intellectuel.

 

Bernard Stiegler y dispense, en toute simplicité, un savoir d'une qualité nettement supérieure aux universités populaires ou aux organismes d'état.

 

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"La planète entière connait aujourd’hui une crise économique, politique, morale et spirituelle d’ampleur historique et sans précédent. Trois ans après l’effondrement du système des subprimes et le processus destructeur qu’il a déclenché, il est devenu évident que le modèle industriel consumériste est arrivé à son terme . Fondé sur l’opposition fonctionnelle entre producteurs et consommateurs, ce modèle s’était établi au début du XXè siècle aux Etats-Unis d’Amérique, inspiré à la fois par un entrepreneur, Henry Ford, un économiste, Joseph Schumpeter, et le concepteur des public relations dont les principes constitueront plus tard la base du marketing, Edward Bernays." 
 
Après la deuxième guerre mondiale, le modèle consumériste s’est étendu à l’Europe Occidentale – notamment à travers le plan Marshal. Et il s’est finalement imposé au monde entier dans les trois dernières décennies – ce que l’on a appelé la mondialisation. Mais au début du XXIè siècle, il a rencontré ses limites. * Cependant, une autre société industrielle tente de se mettre en place depuis que le réseau internet est devenu accessible à tous (1992). Dans cette nouvelle forme de société, que nous appelons la société réticulaire, et où nous pensons qu’un nouveau modèle industriel se met en place, le rôle des externalités positives (c’est à dire des activités sociales productrices de valeurs économiques non monératisées) devient de plus en plus important sur le plan économique aussi bien que dans la reconfiguration des relations sociales et politiques. C’est ainsi qu’émerge une économie de la contribution – dont l’économie du logiciel libre est un paradigme précurseur.
    
 
Fondée sur les réseaux numériques et le protocole TCP-IP, dont la pratique s’est planétarisée en moins de vingt ans avec la technologie du world wide web, cette société réticulaire constitue en effet un espace relationnel où il n’y a plus des producteurs d’un côté et des consommateurs de l’autre, mais où tous les acteurs sont devenus des contributeurs. Dans la société réticulaire, où la relation devient cruciale, et qui est dominée par les technologies relationnelles – dont les « réseaux sociaux » sont l’illustration la plus visible, sinon la plus signifiante – , les serveurs distribués se substituent aux émetteurs, aux centraux téléphoniques, aux centrales d’achats, cependant que les smarts grids sont en passe de rendre caduques les centrales énergétiques. * L’économie post-consumériste de la contribution qui émerge dans la société réticulaire ouvre également l’ère de la post-mondialisation.
 
La post-mondialisation n’est pas la fin du processus de planétarisation des relations économiques, politiques, scientifiques, technologiques, culturelles et sociales : c’est au contraire le début d’une nouvelle ère de la planétarisation – fondée sur la reconstitution réticulaire des localités et des territorialités, c’est à dire sur leur mise en réseaux à travers les technologies relationnelles. Car à la différence des réseaux hertziens fondés sur les émetteurs et les plans de fréquences que monopolisaient les industries de programmes (radios et télévisions), et qui court-circuitaient la vie des territoires, les réseaux numériques, agrégeant des serveurs, et connectant à travers eux des terminaux personnels protéiformes (ordinateurs, téléphones mobiles, smartphones, tablettes), sont territorialisés, et permettent la reconstitution d’une sociabilité territoriale ouverte aux lointains. Ils offrent en cela aux collectivités locales et régionales des opportunités tout à fait inédites de développements économiques et sociaux. C’est dans ce contexte que depuis deux ans, Ars Industrialis a engagé en France des initiatives locales et régionales (avec Nantes Métropole, la Région Nord-Pas-de-Calais et la Région Ile-de-France) qui tirent parti des possibilités de reterritorialisation ouvertes par les technologies numériques. * Les technologies numériques, comme toutes les technologies, sont autant des poisons que des remèdes. C’est ainsi que la pathologie du déficit attentionnel (attention deficit disorder) est souvent aggravée par les technologies numériques lorsque celles-ci sont socialisées exclusivement selon les modèles du marketing – qui s’est emparé des potentialités de la société réticulaire sans attendre que les puissances publiques lui en donnent l’autorisation.
   
 
C’est ainsi que les digital natives, c’est à dire les générations nées après l’apparition du web, paraissent souvent bien plus hyper-consuméristes qu’actrices d’un nouveau modèle industriel fondé sur la contribution. Cet état de fait relève de ce qu’Ars Industrialis, reprenant un discours de Platon à propos de l’écriture, appelle le caractère « pharmacologique » de ces technologies. Dans l’Antiquité grecque, à l’époque de Périclès, de Socrate et de Sophocle, c’est à dire au Vè siècle avant notre ère, l’écriture – qui rendit possible au VIIè siècle le droit profane et accessible à tous, c’est à dire la cité grecque et la citoyenneté –, devient entre les mains des Sophistes un moyen de manipulation de l’opinion publique. L’écriture est à la fis un remède et un poison : un « pharmakon ». C’est de la même manière que les technologies d’information et de communication – analogiques ou numériques – doivent être dites « pharmacologiques ». Elles posent en cela un problème d’écologie relationnelle, qui constitue l’enjeu des technologies culturelles et cognitives numériques en tant qu’elles peuvent être appréhendées aussi bien comme technologies de l’esprit au service d’une nouvelle forme de civilisation que comme technologies de contrôle comportemental par la traçabilité, la captation destructrice de l’attention, et finalement, la généralisation des comportements grégaires. Avec la numérisation, la prégnance des technologies relationnelles sur les esprits individuels aussi bien que sur les collectivités tend à devenir hégémonique. C’est si vrai que le dispositif éducatif que formaient l’institution familiale et l’institution scolaire s’en trouve profondément déstabilisé et menacé.
 
La démocratie elle-même, telle qu’elle repose sur l’éducation, pâtit gravement de ces mutations. Cependant, cet état de fait est essentiellement lié à une incapacité des sphères économiques et politiques à penser le nouveau monde qui émerge sur les ruines du précédent. Ou plus précisément, il résulte de la résistance que le modèle antérieur oppose à la transformation en cours – car il est évident que toutes sortes de rentes de situation sont menacées par le dépérissement du consumérisme et de l’époque de la mondialisation qui résulta de la planétarisation du mode de vie américain. Or, s’il est à présent largement admis que le XXIè siècle pourrait connaître des menaces extrêmes concernant l’espèce humaine du fait de la combinaison de facteurs tels que la démographie, la toxicité physique et mentale, l’épuisement des sources énergétiques traditionnelles, de l’air, de l’eau, des terres cultivables, etc., ces immenses questions écologiques ne trouveront aucune réponse sans que soit mise en œuvre une écologie de l’esprit fondée et une écologie relationnelle – qui reconstituent un projet politique fondé sur la responsabilité retrouvée de chacun, et par chacun à sa place. 
 
Nécessitant l’élaboration d’une nouvelle économie politique, de telles questions ne pourront être affrontées que si des modèles nouveaux et originaux se développent au niveau territorial, reposant sur l’appropriation réfléchie des technologies relationnelles et de la société réticulaire par les acteurs locaux, et non sur la réplication stérilisante de « bonnes pratiques » préconisées par un bench marking qui consiste toujours plus ou moins à adapter les comportements individuels et collectifs aux prescriptions du marketing. Il n’y a aucune possibilité de s’isoler du devenir induit par la généralisation des technologies numériques, et la seule façon de lutter contre les effets toxiques de ces développements récents de la société industrielle est de repenser l’avenir économique et politique dans sa globalité en fonction des spécificités de ce nouveau remède qu’est le « pharmakon » numérique, et en luttant contre ses aspects empoisonnants. Le projet de l’école d’Epineuil  est de contribuer à cette réflexion au niveau territorial, en étroite relation avec la vie des habitants d’une région, mais aussi en ouvrant cette région à la fois à des relations de très haute qualité avec des chercheurs venus de tous les continents, et à des questions qui sont propres à notre temps, mais qui trouvent leurs premières formulations dès l’époque grecque dans la philosophie, et que l’on ne peut ignorer face aux défis du XXIè siècle.
 
La crise provoquée par le pharmakon de l’écriture lorsque les Sophistes s’en emparent est aussi celle du désir des citoyens grecs. Et s’il est vrai que le consumérisme conçu aux Etats-Unis repose sur une organisation et une exploitation du désir qu’il s’agit de détourner vers les marchandises par le biais des industries culturelles – ce qui est pensé par Bernays, qui est aussi le neveu de Freud, comme american way of life, mais ce qui conduit vers la fin du XXè siècle à la destruction de ce que Freud lui-même décrivait comme une « économie libidinale » – , en Grèce comme dans le monde contemporain, c’est le rapport entre le pharmakon et le désir qui est en jeu. Chacun sait que Socrate définit la philosophie comme amour du savoir, c’est à dire comme désir. Et chacun sait aussi que cependant, le savoir n’est le fruit du logos, c’est à dire de la pensée, que dans la mesure où celle-ci contient ses passions – c’est à dire les sublime. Chez Platon, le processus de cette sublimation passe par la question ti esti ? qui signifie qu’est-ce que ? C’est la question de ce qui fait l’essence d’un être, et elle fonde ce qui deviendra avec Aristote l’ontologie. Or, en tant qu’elle constitue aussi une définition et en cela une indexation, l’ontologie est une question qui se pose de nos jours dans des termes nouveaux avec les réseaux numériques contributifs, en tant qu’ils consistent essentiellement à produire ce que l’on appelle depuis les années 1990 des métadonnées, bases du semantic web et du social web.
 
L’école d’Epineuil étudiera ces questions dans leur ensemble aussi bien avec les lycéens de la région qu’avec des chercheurs internationaux du monde entier et avec les habitants eux-mêmes de la région Centre. Pour ce faire, elle mettra en œuvre des concepts issus des travaux d’Ars Industrialis et de Bernard Stiegler, et en particulier, les concepts d’organologie générale, de grammatisation et de pharmacologie. Il s’agit ainsi de promouvoir une recherche contributive intrinsèquement transdisciplinaire, nouant le monde académique au monde commun (et non seulement au monde économique). L’école d’Epineuil sera en cela ouverte à des chercheurs de nombreuses disciplines aussi bien qu’à une grande diversité de publics. Ce laboratoire de recherche contributive sur la société réticulaire territorialisée pourra alimenter la réflexion régionale sur le développement économique et social dans le contexte du nouveau modèle industriel qui se met en place , mais aussi former et fidéliser de jeunes chercheurs issus de la région, et créer autour d’eux de nouveaux types de réseaux de sociabilité. Des collaborations avec Nantes Métropole (dans le cadre du Quartier de la création et de son pôle de recherche, pour lequel Ars Industrialis a été missionné) et la région Nord-Pas-de-Calais (dans le cadre du programme Mineurs du Monde, pour lequel Ars Industrialis a également été missionné) pourraient voir le jour au fil du développement du projet. Enfin, à travers son séminaire, l’école portera ces questions dans le monde académique et au niveau international dans le but de conduire un programme doctoral transdisciplinaire.
 

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 11:32

La psychanalyse est trop souvent mal comprise et critiquée... Voici donc 10 questions-réponses pour tenter de mieux comprendre ce qu'est "le travail sur soi"

 

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Pourquoi s'aventurer dans un processus à deux, qu'on dit à tort interminable et coûteux, quand tout semble faire croire que la solution à nos petits et grands problèmes est en nous, et qu'ils peuvent se régler "rapidement" en prenant du temps pour soi ou en méditant ? Parce que la psychanalyse est une démarche unique en son genre. Qu'elle propose un travail de découverte de soi à nul autre pareil, à condition de la débarrasser de certains travers qui l'ont polluée au fil du temps (fausses croyances, idéologies diverses, scientisme, et autres groupuscules intolérants), nous disent les spécialistes, Serge Tisseron en tête.  


Ce dernier est l'auteur de Fragments d'une psychanalyse empathique, ouvrage dans lequel il milite pour une psychanalyse ouverte d'esprit. Grâce à son aide et à celle d'autres professionnels et de patients, nous avons mis la psychanalyse sur le divan. En dix questions. 


1. Qu'est-ce qu'une analyse ?


"Faire une analyse, c'est chercher l'enfant qu'on a été et celui qu'on ne veut plus être", nous dit une jeune femme qui a fait un "travail" pendant deux ans et demi. Pour Serge Tisseron, cette définition est juste, mais elle ne recoupe que le deuxième temps de ce travail. "Le premier consiste à découvrir que notre manière de réagir au monde nous est vraiment propre. La psychanalyse est la seule méthode qui invite à trouver ce qu'il y a de plus personnel et spécifique en vous, un voyage initiatique qui vous rend véritablement adulte. C'est pour cela qu'elle n'a jamais été acceptée par aucun gouvernement totalitaire." 


2.Comment la distinguer d'autres types de thérapies ?

 

 Avec le développement des autres méthodes thérapeutiques, du comportementalisme et du cognitivisme (voir l'encadré en bas de page), il est plus aisé de définir la spécificité de la psychanalyse. Pour Serge Tisseron, "c'est un espace ouvert où on a la possibilité de mettre des mots et des images sur son expérience personnelle du monde. Où l'on peut se découvrir". On ne peut le faire qu'en analyse, parce que le thérapeute accompagne sans s'imposer, sans en référer à sa propre histoire. Parce qu'il a lui-même déjà suffisamment parlé, au cours de son analyse de formation.  


Qu'est-ce que la psychanalyse nous apprend ? "Deux choses essentielles, selon Maud Sauvageot, psychanalyste. D'abord, que ce que vous vivez vous appartient. Un patient vous dit par exemple: "J'ai perdu ma mère il y a trois ans, je suis triste tous les jours, mais c'est normal." Votre rôle de psychanalyste consiste à lui faire comprendre que le lien de cause à effet ne justifie pas tout, qu'il existe sûrement d'autres causes à cette tristesse. Car la réalité du monde qui appartient à chacun -la réalité psychique- est dépendante de l'environnement, mais pas seulement. La deuxième chose, c'est que la représentation que chacun se fait de sa vie est liée au présent, mais aussi à la persistance du passé."Nous avons des zones de fragilité malgré les forteresses que nous avons édifiées. Et nous réagissons souvent à des situations actuelles comme nous l'avons fait dans le passé." C'est ce que l'analyse propose de dénouer.  


3.Pourquoi la psychanalyse a-t-elle parfois eu mauvaise réputation ?


L'image d'un Freud au visage sévère (ravagé par un cancer de la mâchoire) est devenue le symbole de la psychanalyse, déplorent certains praticiens, comme Serge Tisseron. "Après guerre, elle a connu un essor comme phénomène culturel, explique-t-il. Elle a été développée en partie par des praticiens juifs traumatisés par la Shoah. Rien ne prédestinait la psychanalyse à cette rencontre avec l'Histoire, mais celle-ci a eu de lourdes conséquences, invitant les psychanalystes à cultiver cette figure tragique. Que l'on retrouve dans le choix du silence." 


S'est ajouté à ces raisons historiques le fait que nombre de psychanalystes ont mis en avant la difficulté de leur travail et la souffrance que celui-ci pouvait charrier. Ils ont ainsi véhiculé l'image d'un thérapeute qui gratte ses propres plaies pour rester en empathie avec le patient. Par ailleurs, les psys "modernes" sont sévères à l'égard d'une forte tendance, dans les années 1950 jusqu'aux années 1980-1990, à ne pas se soucier du bien-être du patient, à ne penser qu'à son inconscient et pas à son conscient, à ignorer sa réalité familiale. La discipline est tombée dans une foule d'ornières, disent-ils. Pour Serge Tisseron, "il est important de débarrasser la psychanalyse de ses scories pour retrouver ce qui en fait son essence: l'émergence de la force vitale du patient, le coeur du message originel de Freud, trop souvent détourné". 


4.Y a-t-il un danger à faire une analyse ?


On a entendu des patients nous faire part de leur crainte de se retrouver "perdus au milieu du gué". D'autres encore reconnaître: "Ça peut être violent, une séance qui s'arrête comme ça, tout net"; ou: "Il faut beaucoup de courage, car on se retrouve parfois en plein désarroi, mais vous êtes guidé, jamais seul"... La réponse des psys est unanime. Dès que vous acceptez de confier une partie de votre corps ou de votre esprit, vous courez un risque. "Mais la vie est composée de risques. Faire confiance, c'est courir le risque d'être déçu. Mais ne pas faire confiance, c'est être déçu quoi qu'il arrive. Car aucune porte ne s'ouvrira", affirme Jean-Pierre Winter, psychanalyste et auteur de Transmettre (ou pas) (Albin Michel, 2012). 


5.A trop fouiller en soi-même, ne risque-t-on pas de devenir narcissique ?


Au début du travail, il y a un moment où le patient est plus centré sur lui et il revendique davantage ses propres désirs. Réprimés dans l'enfance, ceux-ci refont surface. Une fois qu'il les a nommés et qu'il a pris conscience du fait qu'il ne pourra jamais les satisfaire, il apprend à les laisser filer. C'est ce que l'on appelle, "sous un nom horrible", selon Serge Tisseron, la castration symbolique. "Accepter que le passé ne se reproduira plus et que l'avenir ne pourra pas le réparer. Mais que, dans le présent, on peut apprendre à vivre en paix." Une des grandes vertus de la psychanalyse est de nous amener à ne pas répéter toujours les mêmes choses.  


6. Est-il possible d'entamer une analyse quand on va très mal ?


Ce n'est pas le fait d'aller mal qui est déterminant, mais celui de présenter un symptôme que l'on peut précisément décrire ou non. Si le patient est sujet à de sérieuses crises bipolaires ou à des accès de décompensation récurrents, c'est un psychiatre qu'il faut consulter, pour qu'il prescrive le médicament adapté. Peut-être y a-t-il une thérapie comportementale et cognitive (TCC) adaptée à ce symptôme.  


La psychanalyse intervient soit quand on a déjà consulté un psychiatre ou un comportementaliste et que ça n'a pas marché, soit parce qu'on éprouve le désir de mieux se connaître, soit pour débloquer les causes profondes relatives aux symptomes douloureux. Certains font une analyse parce qu'ils ont le sentiment qu'une partie d'eux-mêmes ne parvient pas à s'exprimer. Ils n'arrivent pas à communiquer avec leurs proches, par exemple. "On peut vivre sans se soigner de cela, bien sûr, ce n'est pas une maladie, mais c'est un confort. La psychanalyse s'occupe de patients qui ont une vraie souffrance, mais aussi de ceux qui souhaitent, simplement, mieux vivre", résume Serge Tisseron. 


7.Comment savoir si on est tombé sur le bon psy ?


Trouver qu'un psy est mauvais fait-il de lui un mauvais psy ? Pas si simple. "La relation entre un thérapeute et son patient est éminemment subjective", observe Mickael Benyamin, psychologue clinicien et psychothérapeute. "Un patient peut être frustré par le silence d'un thérapeute, quand son voisin trouvera intrusifs les conseils et les paroles d'un autre", précise-t-il. Trouver le bon, c'est avant tout trouver celui avec lequel on se sent bien. Mais la réciproque a ses limites: ne pas avoir le feeling avec l'un n'en fait pas un mauvais professionnel.En revanche, ce n'est pas parce qu'un analyste est empathique que c'est un bon analyste. Plus prosaïquement, selon Serge Tisseron, il vaut mieux choisir un psychanalyste d'un certain âge, car "les jeunes psys ont besoin d'argent, donc, ils acceptent trop de patients... Traditionnellement, les psychanalystes recevaient trois fois avant de démarrer ou non l'analyse. Ça ne se fait plus et c'est dommage".    


8.Peut-on émettre des doutes quant à la parole du psychanalyste ?


Il arrive, lorsque vous manifestez votre désaccord, surtout au début, que l'analyste vous dise: "Si ça doit se passer ainsi, le travail va être impossible." Comment peut-on savoir à ce moment-là si l'on a raison et si l'analyste n'est pas le bon, ou si ce qu'il dit est une manière de vous signifier quelque chose? "Il est important de comprendre qu'une bonne analyse est une succession de moments malheureux -parce qu'il y a de la souffrance- et heureux. S'il n'y a que de la souffrance, changez d'analyste", résume Serge Tisseron. 


9.Faut-il absolument s'allonger ?


Pas nécessairement... surtout lors d'un suivi de type psychodynamique. Mais la plupart des patients que nous avons questionnés en sont convaincus, la position allongée leur a permis de débloquer des choses, d'oser prononcer des phrases qu'ils ne se seraient pas permises s'ils avaient été en face à face. Pourtant, certains thérapeutes pensent que le fait de pouvoir voir, interagir, permet aux patients d'avancer en souffrant moins.  


Didier Anzieu, auprès de qui Serge Tisseron suivait une analyse, "faisait en sorte que je le voie me regarder, me permettant ainsi de mieux me voir moi-même", dit-il. Mais la doxa dans les écoles de psychanalyse, c'était: allongé ou rien! Or, pour Serge Tisseron et d'autres, de plus en plus nombreux, le patient allongé surévalue le moindre bruit de gorge ou de lime à ongles. 


Aujourd'hui, beaucoup de psys qui pratiquent le face-à-face ne s'en vantent pas, car ils craignent toujours de passer pour des anti-freudiens ne respectant pas le "principe de neutralité". Le respect de ce même principe conduit une grande partie des psys à adopter le plus grand silence. 


10.Comment sait-on qu'on est arrivé au terme d'une analyse ?


C'est une décision qui se prend à deux, mais dont le patient sent souvent l'imminence. Parce qu'il se sent tout simplement mieux dans sa vie amoureuse, affective, sociale. Face à cela, il y a deux types d'analystes: ceux qui veulent continuer, parce qu'ils estiment qu'il y a encore du travail à faire, et ceux qui reconnaissent qu'un chemin important a été parcouru, que leur patient a évolué et qu'il est prêt pour une pause, temporaire, ou un arrêt. "J'ai des patients avec qui nous avons fait un travail formidable pendant un, deux ou trois ans et qui reviennent des années plus tard parce qu'ils traversent une épreuve, raconte Serge Tisseron. C'est très sain et ce n'est pas le signe que le travail a été mal fait. Des analyses qui durent dix ans sont pour moi une ineptie. On ne va quand même pas s'embarquer en CDI avec son psy, surtout à notre époque!" En somme, on fait une analyse pour vivre, on ne vit pas pour faire une analyse.

 

Par Elvira Masson pour www.lexpress.fr

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 15:58

« J’ai perdu le goût de vivre, pouvez-vous m’aider ? » C’est la question insolite que le philosophe Michel Lacroix a posée à trois de ses collègues… du passé. Il a imaginé leurs réponses.

 

  << Nous sommes les créateurs des idéaux auxquels nous croyons ! Si trop peu d'hommes les nourissent... nous vivons alors dans le chaos. >> F.T

 

 

Question aux maîtres philosophes : << Cher Kant, cher Nietzsche, cher Sartre, C’est inhabituel et un peu irrespectueux de s’adresser directement à de grands philosophes pour leur demander de se transformer en guides de la vie. Mais je suis sûr que vous pouvez m’aider. Voilà de quoi il s’agit. J’ai l’impression d’errer sans but dans l’existence, alors que j’ai « tout pour être heureux » : une famille, des amis, un métier… Je ne crois en rien, et surtout pas en l’humanité qui me semble aller tout droit à la catastrophe. Je suis gagné par une sorte de melancholia. Aidez-moi à retrouver le moral. Eclairez-moi sur le sens de l’existence – si toutefois il y en a un ? >>

 

La réponse d’Emmanuel Kant

 

Pour ce philosophe allemand (1724-1804), notre connaissance du monde est limitée aux phénomènes naturels étudiés par les sciences. Mais notre raison peut être le moteur de l’action et de l’avènement moral.

 

"Aide l’humanité à devenir meilleure"

 

Cher Michel, rassure-toi. Je n’ai pas l’intention de te parler de la loi morale et de l’impératif catégorique. Je ne suis pas seulement le philosophe austère que l’on décrit. Je suis aussi un philosophe de l’histoire. C’est de cet aspect de ma doctrine que je veux t’entretenir, car je vois bien que tu désespères non seulement de ta propre vie, mais du genre humain tout entier.

 

Sache que je crois dans le progrès de l’humanité, pour des raisons que je n’ai pas le temps de t’exposer ici. Je crois en l’avènement d’un monde meilleur, où les individus seront des personnes, c’est-à-dire des êtres libres, considérés comme des fins et non simplement comme des moyens.

 

Dans ce monde futur, la dignité de chacun sera reconnue, la politique sera subordonnée à la morale, la paix régnera entre les nations. Ton pessimisme n’est donc pas justifié. Seulement, ce progrès ne s’accomplira pas de façon automatique. Le « règne des fins », comme je l’appelle, n’est qu’un germe déposé dans la nature humaine. Il appartient aux hommes de bonne volonté de le faire fructifier. C’est là que tu as un rôle à jouer. Contribue à réaliser ce progrès. Aide l’humanité à devenir meilleure. Mets ton énergie au service de la liberté, de la justice, de la dignité, de la paix. Ainsi, tu iras dans le sens de l’histoire. Et le sens de ta propre vie te sera donné par surcroît.

 

La réponse de Friedrich Nietzsche

 

Ce philosophe et écrivain allemand (1844-1900) a exalté la création de nouvelles valeurs, telles que la volonté de puissance ou la joie au contact du réel… censées promouvoir l’avènement du surhomme.

 

"Tends le ressort de ton être"

 

Michel, ne compte pas sur moi pour jouer les docteurs en sens de la vie. Je hais les philosophes qui prétendent connaître le pourquoi des choses. Ne va pas non plus t’enthousiasmer pour quelque idéal. Les idéaux de justice, de démocratie, de dignité ne sont que des mensonges (à ce propos, j’ai lu la réponse de Kant : elle est consternante). Quant aux religions, tu sais ce que j’en pense. Fuis comme la peste les prêtres, les rabbins et autres imams. Il n’y a qu’une chose qui doit compter pour toi : la vie. Ta vie.

 

Mais prends garde. Il y a deux sortes d’individus. Les uns vivent une existence diminuée, ils se sentent coupables de vivre, ils sont esclaves de la morale. Les autres osent vivre vraiment. Ils affirment la force vitale qui est en eux. Ils laissent parler leurs plus profonds désirs. Sois de ceux-là. Tends le ressort de ton être. Vis intensément. Passionne-toi pour tout ce qui peut augmenter ta puissance. Sera-ce le sport, la musique, les voyages, l’écriture, le travail, la méditation, le plaisir, l’amour, la science ? Peu importe. L’essentiel est que tu suives ta vocation jusqu’au bout. Alors tu seras un surhomme, mon fils.

 

La réponse de Jean-Paul Sartre

 

Chez ce philosophe et écrivain français (1905-1980), il y a la nécessité d’une prise de conscience aiguë de l’absence de sens a priori. Mais à partir de cette angoisse, chacun a la liberté de rebâtir un sens.

 

"Assume ta liberté "

 

Michel, dans ta lettre, tu exprimes ton désarroi. Tu écris que ta vie n’a pas de sens. Je tiens d’abord à te dire ceci : cette lettre témoigne de ta lucidité. Oui, la condition humaine est bien telle que tu la décris. Nos vies n’ont pas de sens a priori. Nous sommes jetés dans le monde sans raison. Il n’y a pas de transcendance. Il n’y a rien à quoi se raccrocher, ni Dieu, ni bien en soi, ni vérité, ni salut. Seulement, il ne faut pas que tu en restes à ce constat. Ce vide de sens doit t’inciter à exercer ta liberté. Ta vie n’aura d’autre sens que celui que tu choisiras de lui donner. J’insiste sur ce mot : « choisir ». La question n’est pas de savoir si tu dois décider ceci ou cela. Il s’agit pour toi d’abord de choisir… le choix.

 

Assume ta liberté, fais des projets, pose des actes libres. Les associations, les organisations non-gouvernementales, les syndicats, les partis politiques, la démocratie locale offrent assez d’occasions de s’engager aujourd’hui, ne trouves-tu pas ? Ainsi, tu forgeras toi-même ta raison de vivre.Encore un mot : tu es libre, mais tu ne peux pas faire n’importe quoi. Tu es responsable de ce que tu es, mais aussi responsable de tous les autres hommes. Il n’est pas un de tes actes qui, en créant l’homme que tu veux être, ne créera en même temps une image de l’homme tel que tu estimes qu’il doit être. En te choisissant, c’est l’être humain en général que tu choisiras.

 

A lire :

 

Emmanuel Kant
Opuscules sur l’histoire (GF Flammarion, 1990).
Vers la paix perpétuelle (GF Flammarion, 1991).
Fondements de la métaphysique des mœurs (Le Livre de poche, 1993).

 

Friedrich Nietzsche
Humain, trop humain (Hachette Littératures, Pluriel philosophie, 2004).
Par-delà le bien et le mal (Hachette Littératures, Pluriel philosophie, 2004).
Nietzsche de Jean Granier (PUF, Que sais-je ?, 2004).

 

Jean-Paul Sartre
La Nausée (Folio Gallimard, 1978).
L’existentialisme est un humanisme (Folio Gallimard, 1996).

 

Michel Lacroix pour psychologies.com

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 10:44

Psychiatrie, management, enseignement, recherche, culture, justice ou formation... Mais que faut-il donc changer pour sauver ce siècle en péril ? Roland Gori propose sa grande réforme des consciences et fait examen des pathologies de notre société... Car "quand croît le danger, croît aussi ce qui sauve !"

 

 

- Formidable document Viméo de -

 

L’apport essentiel de Roland Gori, c’est de lier psychanalyse et sociologie politique, de relire Hannah Arendt ou Pierre Bourdieu à la lumière de Freud et Lacan. Retour sur les notions de culpabilité, dépendance et obsession à l’ère pragmatique des «sociétés de la norme».

 

Vous pointez la faillite du récit, le désaveu de la parole…

 

Il y a cet article bien connu de Walter Benjamin, «le Conteur», sur le fait que nous ne sommes plus capables de raconter des histoires car, écrit-il, «le cours de l’expérience a chuté et il sombre indéfiniment». Si vous prenez par exemple la clinique à l’hôpital, la pédagogie, la vie professionnelle en entreprise, vous voyez que ce qui vient à la place de l’expérience, c’est l’information. Nous avons de même remplacé le dialogue par le communiqué. Mais l’information n’a de valeur qu’au moment où elle est nouvelle, où elle émerge et par conséquent, elle annule le temps. En termes psychanalytiques, on dirait que c’est la dimension maniaque qui vise à dénier la dimension dépressive.

 

Maniaque ou, comme vous l’écrivez, «obsessionnelle», dont la stratégie inconsciente consiste à parfaitement «respecter la procédure» pour «en bafouer l’esprit» et annuler tout résultat…

 

C’est maniaque au sens d’une fuite en avant pour ne pas prendre conscience de sa condition tragique, de sa finitude, mais aussi obsessionnel, au sens où la vie devient un mode d’emploi, on segmente les actes de la vie ordinaire comme on organise et rationalise le travail. L’obsessionnel a l’éternité devant lui, il attend la mort du maître comme dit Lacan, ça se répète et, par la répétition même, il tue tout ce qui est vivant, désir, tout ce qui pourrait être innovation, création, etc. Nous répudions la mort, mais nous nous identifions à l’inanimé. Avec, autour de cette inanition subjective, quelque chose de l’ordre de l’agitation, de la manie sociale, qui nous pousse à fuir. Tout se passe comme si nos dispositifs de civilisation incitaient à écarter la culpabilité au profit de la dépendance, à la rationalité technique en particulier. On devient dépendant, comme dit Freud, paradoxalement pour installer une autarcie qui nous protège de l’érosion produite par le rapport à l’autre. Parce que l’autre altère dans la relation. Il est ce qui vient à la place du manque mais il est aussi ce qui révèle l’existence du manque. Se démultiplient aujourd’hui les dispositifs techniques aliénants qui nous débarrassent d’avoir à penser la culpabilité, c’est-à-dire la mort de l’autre, c’est-à-dire notre propre mort, à condition de s’insérer dans des réseaux qui promettent le bonheur.

 

Tiennent-ils leur promesse ?

 

En tant que psychanalyste, j’entends sur le divan énormément de gens, à tous les niveaux, qui souffrent, sous la pression normative, de devoir incorporer des normes gestionnaires à l’intérieur de leur acte, en gommant la spécificité de cet acte professionnel. En effet, la technique, c’est la pensée magique, mais qui marcherait. La technique s’articule au sacré, comme le dit Camus, mais s’il y a déliaison, ce que la modernité oublie, la raison devient meurtrière, parce qu’elle incorpore la démesure. L’effondrement du mur de Berlin a été la matérialisation d’un effondrement qui avait déjà eu lieu symboliquement : il n’y a plus de discours émancipateur qui puisse venir contrer l’hégémonie culturelle du néolibéralisme. A partir de ce moment-là, les individus deviennent très pragmatiques. C’est ce qu’on nomme l’exaptation : les exigences de la société formatent désormais les aspirations individuelles, et non plus le contraire.

 

 

Pourtant, certains sociologues de la culture de masse soutiennent que «l’esclave grassement nourri», comme écrit Arendt, peut être heureux, même «exapté».

 

Le bonheur a pris récemment dans l’histoire des idées le sens de «se faire plaisir pendant le temps libre». Le sport ou la lecture ne sont plus les moyens par lesquels on se transforme pour adhérer à la vie de la cité, mais une jouissance hédoniste. Cette conception moderne du bonheur est déconnectée de tout souci de perfectionnement et de partage avec d’autres, partage qui se ferait dans une relation d’égalité, de liberté qui permettrait de participer à la politique. Canguilhem le dit : l’horizon d’une société de la norme, c’est la société animale. J’ajoute : où chaque individu est une pièce détachée de l’espèce en vue d’une production collective. Chacun est assigné à sa place, à sa fonction, qu’il peut modifier eu égard aux exigences sociales prescrites. Oui, on peut être heureux comme ça, on peut être heureux comme une bête, comme un robot.

 

Que serait alors le bonheur ?

 

Le bonheur, même subjectif, ce n’est pas simplement une liberté négative où l’on se soustrait à la volonté de l’autre, c’est aussi la possibilité de partager avec l’autre pour construire ensemble un espace de décision. Historiquement, depuis la fin de la transcendance, de la providence, on ne possède vraiment quelque chose qu’à partir du moment non pas où l’on en jouit, mais où cela nous est reconnu socialement par l’autre.

 

Ce bonheur n’est donc pas incompatible avec la liberté…

 

Pas si la liberté est ce qui se dérobe aux forces obscures de l’automatisme. Pas si, en refusant la détermination aussi bien économique, biologique que sociale, elle essaie de construire cet espace autre, politique. La démocratie, c’est la possibilité de penser que ce qui est bon pour la cité ou la communauté n’est pas en amont de la discussion, mais en aval. Et que donc on ignore ce que sera la bonne décision. Je crois que nous sommes privés de cet acte de décision collectif. Il y a de même une prolétarisation de l’homme politique, qui voit sa décision, sa responsabilité, confisquées par les exigences sociales de l’économie et de l’opinion.

 

Eric Loret pour Libération.fr

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 08:12

Je viens d’apprendre avec stupéfaction le contenu du nouveau livre de Mathieu Ricard. Quel choc effroyable ! En réponse à cela, je dédie cette lettre ouverte à celui qui tire sur ses frères: Ceux qui mènent le bon combat...

 

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Un passage sur la psychanalyse m’interpelle ! ... Moi, Trommenschlager Franck, serviteur des valeurs sociales depuis toujours,  adepte du partage des connaissances et de l’avenir contributif de demain, je découvre un homme (que j’admire) qui vomit ouvertement sur la discipline qui a fait de moi ce que je suis… Un arrêt dans mes pensées, un temps d’effroi peut-être, comment un homme se prétendant ouvert à la cohésion humaine peut-il tomber aussi bas ? Je ne comprends plus rien.

 

« Je sais que les apparats sont très puissants sur l’opinion publique ». Jamais les peuples ne remettraient en cause un homme respectable comme celui-ci, et de surcroît, bouddhiste et retiré au Népal. J’étais moi-même, jusqu’à lors, un supporter de ce mode de vie… et le suis toujours ! J’évite les amalgames entre la << pensée Ricard >> et cette philosophie sacrée à mes yeux… Mais tout de même, il était censé défendre l’intégration des opposés pour un monde plus juste. Manifestement, il y a trahison, probablement du bouddhisme lui-même !

 

Qu’est-ce qui me fait dire cela ?

 

Ceux que je nomme « les guerriers de l’espoir » sont partout. Ils n’ont pas qu’un seul vêtement, les casquettes sont nombreuses et ils agissent ou résistent dans de nombreux domaines et corps de métier. Comment peut-on balayer de mépris les travaux de la psychanalyste Marie Pezé, qui lutte ardemment contre la souffrance au travail ? Comment peut-on cracher sur la volonté de Roland Gori, qui souhaite remettre l’humain au cœur de la société, dans les métiers ou le burn-out est la finalité ? Comment remettre en cause l’association de Frédéric Bonlarron « parole de professionnels » qui analyse les déficiences du système ? Et pour finir, répudier les agissements des psychanalystes de tous les jours, dont ma propre Université populaire, qui dispense un savoir gratuit et accessible à tous ?

  

A la question posée par Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV : " Qu'avez vous fait ? " (en terme d'actions tangibles contre la misère), la réponse fut un grand silence ! Une erreur rapidement réparée par le staff-marketing de Matthieu Ricard... Staff qui pense très probablement à une éventuelle récupération du drame perpétré contre Charlie-Hebdo.

 

 

Et bien pour le moine Matthieu Ricard, c’est tout à fait possible ! Selon ses écrits, nous sommes des êtres vils et essentiellement dirigés vers l’ego ; se souciant peu de l’avenir du monde… La réalité est-elle à ce point altérée, enfermé dans un monastère au Népal ? Lui qui est censé beaucoup voyager et apprendre des différents experts qu’il rencontre, a-t-il suffisamment affiné son esprit critique ? A ce tarif là, je préfère les travaux du philosophe Bernard Stielger, qui certes passe moins de temps à prier, mais n’hésite jamais à mettre les mains dans la boue des problèmes pour servir « la vraie justice ».

 

Matthieu Ricard s’appuie sur les travaux de Franck Ramus, Mais chacun sait que cet homme, enfermé dans un laboratoire, souffre du même syndrome post-traumatique que Michel Onfray ! Et que de ce fait, leurs facultés d’analyses et de neutralités en sont fortement perturbées… La rancœur est leur quotidien, et je pense qu’un moine bouddhiste « digne de ce nom » doit se rappeler un vérité fondamentale du TAO proche des théories critiques de Kant, à savoir : « Seul le mariage des opposés permet l’approche des vérités objectives ». Même les novices le savent, alors comment expliquer qu’un homme que jusque-là j’admirais tombe lui aussi dans la bêtise du Pharmakos?

 

-Voici les nombreuses pages du livre qui attestent une bien mauvaise appréhension des concepts freudiens de la seconde topique: cliquez ici. Si l'on devait soigner avec les conceptions de Freud "traduites par le moine", ce serait une catastrophe. Ces passages confirment également le manque de discernement en matière de praticiens, puisque nous sommes tous mis dans le même panier... sans aucun recul en rapport avec l'éthique de chacun-

 

 

Conclusion : À la façon de l’abbé Pierre, Matthieu Ricard doit se mettre au travail et servir les pauvres gens, comme nous… Il est peut-être temps pour lui de revenir du Népal pour mieux comprendre la France, « son pays ». Avoir une association est une bonne chose, servir en son sein en est une autre. Quand les médias me prouveront par l’image de son implication au service du peuple, alors j’accepterai de me remettre en question pour ouvrir le débat.

 

Une dernière note pour son ouvrage sur l’altruisme : Un simple recueil des idées des autres me semble déplacé. A t-il au moins pris le temps de les expérimenter avec assez de profondeur avant de le commercialiser ? Semer la division et l'incompréhension est grave pour un messager de la paix... Faut-il donc y voir la montée d'une nouvelle idéologie du prêt-à-penser ou du bien-pensant, aseptisée de la réalité du quotidien ? Bonne réflexion à tous, sur l'ensemble de ces sujets.

 

Par Trommenschlager Franck.

Psychanalyste engagé pour notre avenir et celui de nos enfants.

 

------------------------

 

Note:


Un commentaire très correct et assez bien formulé sur " l'idéologie Matthieu Ricard " vient d'être censuré par L'Express.fr...  On se demande si la liberté d'opinion existe encore, maintenant que les médias de masse appartiennent essentiellement à de grands lobbys et autres marchands d'armes comme le groupes Dassault. L'étau se resserre doucement... et ce sont les grands directeurs de la mondialisation qui vont pouvoir se frotter les mains de constater que nous sommes désormais sous contrôle, comme l'avait prévu le philosophe Gilles Deleuze.

 

Pour en savoir plus sur les relations financières entre "presse, lobbys et armement", cliquez sur ce lien: http://fr.wikipedia.org/wiki/Socpresse

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