26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 14:35

Un mouvement de chercheurs milite pour stopper la course à la productivité et à l'« excellence » scientifiques. 

     

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Autrefois, les chercheurs n'existaient pas, il n'y avait que des savants. Le savant était en général âgé : il était devenu savant tout doucement. Il travaillait beaucoup, mais prenait aussi son temps. Il faisait d'ailleurs souvent des découvertes en dehors de ses moments de travail : dans son bain, comme Archimède, ou en faisant la sieste dans son jardin, comme Newton. Le savant laissait respirer son cerveau. À l'instar de Darwin, il aimait se retirer à la campagne, restant près du savoir et loin du pouvoir, laissant à d'autres le soin de défendre et vendre ses idées.

 

Le mouvement Slow Science pense que non. Ce collectif informel de chercheurs milite pour le ralentissement et la « désexcellence ». Il ne souhaite pas pour autant que nous renoncions à la vitesse et à l'excellence, mais demande qu'à leurs côtés, la lenteur et la gratuité (par exemple les recherches mues par la curiosité, face aux recherches mues par des objectifs) gardent toute leur place. Apparu il y a une vingtaine d'années, le concept de Slow Science fédère des chercheurs de toutes disciplines, issus au départ de la physique et de la chimie, puis rejoints par ceux des sciences humaines. Ses valeurs sont résumées dans un manifeste, des pétitions circulent en sa faveur (plus de 3 500 signatures francophones à ce jour), une Académie internationale informelle existe, etc.

 

Son nom évoque bien sûr un autre mouvement, le Slow Food, qui milite pour la résistance au fast-food et à la nourriture industrielle, vite préparée, avalée et oubliée, médiocre ou toxique pour la santé. Le mouvement Slow Food va encore au-delà : constatant les dégâts collatéraux de la nourriture industrielle sur l'agriculture, le tissu social, l'économie du monde agricole, il recommande des changements à tous les niveaux de la chaîne de l'industrie alimentaire.

 

De même, Slow Science fait le constat suivant : si nous ne régulons pas la course à la performance et à la productivité (toujours plus de recherches et de publications), non seulement les pseudorecherches stéréotypées prendront de plus en plus de place, mais c'est le processus même de la recherche qui sera affecté en son cœur. Car avant d'aboutir et de publier, il faut prendre le temps de réfléchir, de lire, de comprendre, de s'égarer, d'en tirer les conclusions, etc. : si ce temps est sacrifié, les malheureux chercheurs en batterie pondront à la chaîne des travaux insipides et peu nourrissants. Les progrès de la science ont toujours relevé de ce mécanisme : prendre connaissance de ce qui a été fait pour mieux comprendre ce qui reste à faire ou à refaire. Ces conditions sont aujourd'hui menacées.

 

Le constat de Slow Science rejoint tout à fait celui établi par nombre de chercheurs en psychologie, à propos des effets délétères des sociétés contemporaines qui mettent l'accent sur la productivité et la performance. Ces pressions sur le rendement provoquent des dégâts collatéraux : depuis quelques décennies, on observe une augmentation des maladies liées au stress ainsi que des troubles anxieux et dépressifs. Les chercheurs en souffrent en tant que personnes, comme leurs contemporains. Ils ont aussi leurs maux propres, liés par exemple à la nécessité de publier suffisamment (le fameux publish or perish, publier ou périr).

 

Mais ce n'est pas uniquement la santé des chercheurs qui en pâtit : on peut aussi se poser la question de l'altération de leurs capacités créatives. On sait que les périodes d'apparent repos cérébral (sommeil, rêveries diurnes, mais aussi tous les moments de la journée où on laisse son esprit en roue libre) représentent des états précieux, durant lesquels les contenus mentaux se réorganisent, se relient, se répartissent dans différentes zones de notre mémoire. Or ces capacités cérébrales sont aujourd'hui chahutées : nous dormons de moins en moins (en moyenne deux heures de sommeil perdues en un siècle), nous n'avons quasiment plus de temps de calme et de lenteur, durant lesquels nous ne faisons rien. La vogue actuelle de la méditation est un marqueur de cette carence. Tout comme le sport compense les carences liées à la sédentarité, les pratiques méditatives compensent celles liées aux agressions environnementales contemporaines (afflux d'informations, permanence de bruits de fond, manque de temps, de calme et de continuité). Faut-il inciter tous les chercheurs à méditer, comme un outil d'hygiène de vie ? Nous n'en sommes peut-être pas si loin...

 

En tout cas, les contributeurs du mouvement Slow Science se sont penchés sur la question des solutions et suggèrent que celles-ci devront être individuelles, communautaires et sociétales. Individuelles : préserver par exemple dans une semaine une ou plusieurs demi-journées de temps de recherche en continuité attentionnelle, sans téléphone ni courriel ni tâches administratives ou académiques. Du côté communautaire, pour diminuer la pression sur les rendements, la suggestion, qui avait déjà été faite par plusieurs universités nord-américaines, est de limiter le nombre de publications mentionnées sur les curriculi vitae : plus de listes interminables d'articles interchangeables, mais seulement les cinq publications les plus importantes. Du côté sociétal enfin, il va falloir expliquer aux bailleurs de fonds de la recherche scientifique que cette dernière est une activité qui nécessite du temps et de la lenteur, un peu comme la création artistique.

 

Ce sont d'ailleurs les littéraires qui ont tiré les premiers la sonnette d'alarme sur les dégâts de la culture du rendement, comme l'Américain Henry David Thoreau au xixe siècle : « Si un homme marche dans la forêt par amour pour elle pendant la moitié du jour, il risque fort d'être considéré comme un tire-au-flanc ; mais s'il passe toute sa journée à spéculer, à raser cette forêt et à rendre la terre chauve avant l'heure, on le tiendra pour un citoyen industrieux et entreprenant. » Que dirait-on aujourd'hui du chercheur qui demande du temps pour lire les recherches des autres et réfléchir un peu à ce que seront les siennes dans les prochaines années, au lieu de publier un nouvel article dans une revue renommée, à « facteur d'impact » élevé ?

 

L'auteur:

 

Christophe André est médecin psychiatre à l'Hôpital Sainte-Anne, à Paris.


Pour en savoir plus:

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 14:33

Un stress soudain active un réseau cérébral constitué de différentes régions, impliquées notamment dans l'attention et l'éveil. Un neuromodulateur produit en cas de stress provoque cette réorganisation cérébrale.


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Le stress est une réaction physiologique naturelle qui permet à l'organisme de réagir rapidement face à une situation dangereuse : la tension artérielle et la fréquence cardiaque augmentent et la respiration s'amplifie pour mieux alimenter le cerveau et les muscles en oxygène et en nutriments, et d'autres paramètres physiologiques changent. Le corps se prépare ainsi à la fuite ou au combat. Le cerveau lui aussi voit son état modifié, passant en « mode survie » sous l'effet d'un stress soudain. Emo Hermans, de l'Université de Nimègue aux Pays-Bas, et ses collègues ont déterminé pour la première fois le réseau neuronal qui est alors actif… et l'élément déclencheur de ce mode de survie.

 

En cas de stress, l'hypothalamus, au centre du cerveau, envoie un signal à la médullosurrénale, la partie centrale de la glande surrénale (au-dessus des reins). Cette glande libère une hormone du stress, l'adrénaline, qui prépare l'organisme à une réaction rapide via une accélération du rythme cardiaque, de la respiration et une activation des plaquettes sanguines pour minimiser la perte de sang en cas de blessure. Puis l'hypothalamus et l'hypophyse (une glande cérébrale située en dessous de ce dernier) libèrent successivement d'autres hormones, ce qui aboutit à la sécrétion de cortisol par la corticosurrénale (la région périphérique de la surrénale). Cette hormone stimule à nouveau l'action de l'adrénaline et celle de la noradrénaline (un analogue de l'adrénaline dans le cerveau et un neuromodulateur), mais prépare aussi l'organisme à un retour à la normale en reconstituant par exemple les stocks d'énergie.

 

 

Ce déversement d'hormones dans l'organisme n'est pas sans conséquence pour le cerveau : on sait depuis longtemps que certaines fonctions cognitives sont modifiées en cas de stress. Par exemple, un peu de stress favorise la mémorisation, mais trop de stress diminue cette capacité. Les sens sont aiguisés, l'éveil est renforcé, mais les capacités de raisonnement sont altérées. En effet, les molécules produites en cas de stress renforcent ou affaiblissent les connexions entre neurones.

 

Et ce n'est pas tout : ces substances changeraient les propriétés de certains réseaux neuronaux, qui passeraient en « mode survie ». Pour le confirmer, E. Hermans et ses collègues ont étudié comment le cerveau réagit à un stress aigu sur des échelles de temps très courtes. Ils ont montré à 80 volontaires des extraits de films soit très violents soit non violents, en étudiant leur activité cérébrale au moyen de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Le signal, d'autant plus intense que le niveau d'oxygénation des neurones est important et que le champ magnétique appliqué est élevé, reflète l'activité des neurones. Les scientifiques ont en outre quantifié les hormones de stress dans la salive des participants et mesuré leur rythme cardiaque.

Ainsi, quand les participants sont exposés à des scènes violentes, l'activité de certaines régions cérébrales, impliquées dans l'attention, l'éveil et le système neuro-endocrinien, et des connexions entre ces régions augmentent, et ce, d'autant plus que le stress est intense. Ces régions forment un vaste réseau qui comprend des aires corticales (par exemple temporales et pariétales) et sous-corticales (l'amygdale, le thalamus, l'hypothalamus et le mésencéphale).

 

Les chercheurs ont ensuite administré aux participants soit un inhibiteur des récepteurs de la noradrénaline, soit un bloquant de la synthèse de cortisol, soit un placebo. Seuls les deux derniers groupes présentaient alors une réponse cérébrale au stress et une réorganisation des réseaux neuronaux. La noradrénaline active certaines aires de ce réseau tout en en inhibant d'autres, preuve qu'elle provoque cette réorganisation. Elle serait en grande partie responsable du « mode cérébral de survie ».

 

Bénédicte Salthun-Lassalle est journaliste à www.Pour la Science.fr

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 13:53

Par Marc Traverson, consultant en management, auteur et conférencier.


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Ah, s'il suffisait de penser comme il faut pour remettre sa vie à l'endroit ! Si, contre la déprime, quelques jolies "images mentales" permettaient de dissiper les pensées moroses et de faire s'épanouir le sentiment du bonheur !

L'excès en toute chose nuit, dit-on. Peut-être touchons-nous effectivement à l'abus, concernant la mode actuelle du positive thinking - ou pensée positive. Il suffit de jeter un œil sur les tables des librairies, inondées d'ouvrages aux titres en forme d'injonctions paradoxales (soyez heureux, soyez vrai, soyez spontané, soyez zen, soyez vous-mêmes, etc.). Le principe général de la pensée positive est simple, même si les modalités d'applications en sont multiples : en évoquant des images, des événements et des perspectives heureuses, nous stimulons en nous le muscle de la réussite et du plaisir. Ce qui est incontestable, au moins à un certain degré. C'est ce que l'on appelle le principe de la prophétie auto-réalisatrice. En gros : si, devant une situation, je m'imagine que je ne suis pas en mesure de la surmonter, je travaille contre ma propre réussite, je "m'empêche". Que je m'efforce au contraire de me projeter dans le succès et l'atteinte de mes objectifs, et je me conditionnerai dans le bon sens, me donnant ainsi les meilleures chances d'exploiter mes talents et mes ressources personnelles pour atteindre l'issue favorable.

Dans son avatar actuel, la pensée positive nous vient d'outre-Atlantique, portée par le courant des happiness studies (études et recherche sur le bonheur). Eloge du volontarisme et de l'optimisme, croyance dans l'idéal du self made man et du tout-est-possible… traits distinctifs et souvent sympathiques de l'Amérique (quand ils ne se retournent pas en leur envers déplaisant : intolérance à la critique, paranoïa, messianisme). Cela, pour les valeurs. Pour ce qui a trait aux techniques de mise en œuvre, elles empruntent au riche arsenal des pratiques de suggestion et d'auto-suggestion, aussi vieilles que l'homme. Ne dites pas aux adeptes de la pensée positive qu'ils appliquent parfois, sans le savoir, la célèbre méthode du docteur Coué. (Un homme qui, soit dit en passant, mérite mieux que sa réputation, alors qu'il est l'auteur d'une méthode d'auto-suggestion tout à fait valable.) Lorsque l'on se répète encore et encore des choses valorisantes, que l'on se persuade d'être capable et valable, on se fait plutôt du bien. C'est mécanique. Mais ça a ses limites. La première sans doute, c'est l'ennui que pourra provoquer ce bain lénifiant. La seconde, plus insidieuse, ce serait de disqualifier a priori toute "pensée mécontente", de recadrer comme inutile et nuisible toute expression d'insatisfaction, de colère ou de révolte – au risque d'installer rien moins qu'un refoulement. Les sentiments déplaisants, les pensées "incorrectes", font partie de notre écologie. Ils portent – eux aussi ! – une énergie de transformation et de changement.

En particulier lorsqu'il est question de psychologie, l'unanimité n'est guère bénéfique. C'est comme la monoculture du tournesol. Cela fait des étendues couleur jaune d'or, très agréables à l'œil, qui n'en sont pas moins des déserts biologiques. Moins de diversité, c'est moins de vie. Faire de la "pensée heureuse" l'alpha et l'oméga de toute psychologie, ce serait à coup sûr appauvrir notre manière de penser le sujet et ses humeurs. Prenons garde, sous prétexte de positiver à tout crin, de ne pas jeter avec l'eau du bain psychique le bébé de la pensée critique.

Que l'on me comprenne. Il est important, indispensable même, d'être en mesure de se projeter positivement dans l'avenir, avec pragmatisme, dans une recherche d'efficacité de nos actions. La recherche d'un point de vue optimiste (quoique je préférerais, dans l'absolu, un point de vue qui ouvre) est un moyen de valoriser la volonté et l'imagination comme moteurs de la construction de son destin. C'est l'excès auquel il importe de prendre garde : l'application des recettes, la répétition de schémas artificiels, le bêlement de banalités en vigueur sur le bonheur obligé. On risquerait le naufrage dans la niaiserie, ou la pensée magique. Le monde mérite d'être vu sans oeillères, seraient-elles pailletées. L'esprit critique (cette vieille valeur voltairienne qui fit un jour partie de cette fameuse "identité nationale"), la lucidité, l'analyse - y compris, et peut-être surtout - appliqués à soi-même, ne sont pas des attitudes dépassées, ou facultatives. Le pessimiste actif porte un regard dont nous avons besoin.

Il n'est pas impossible que la mode de la pensée positive soit, à un gros siècle de distance, une manière de réaction à la pensée freudienne, et à son modèle d'inconscient "tragique" – continent noir et inconnaissable – tel que le popularisa un savant viennois confronté, "on l'oublie trop souvent", à la montée des périls dans la Mitteleuropa. Mais progresser, c'est hybrider. Inutile de prétendre noyer la complexité de l'être et de l'âme sous les flots d'une gentillette musique d'ascenseur. Penser positif, oui, mais pas trop.

 

http://www.troisiemevoie.com/troisiemevoie/

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 12:23

QU'EST-CE QU'ON ATTEND POUR ETRE HEUREUX ? - 2/4 - A la recherche du Tao

Emission du 22.11.2011 à 11H00.

 

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A la recherche d'autres philosophies...cliquez sur le logo ci-dessus.

 

Les statistiques de l’Union Bouddhiste de France sont là pour le prouver : avec près de 2,5 millions d’adeptes en Europe, la religion du Bouddha a reçu un écho considérable en Occident. Qui aurait pu imaginer que ce courant spirituel d’origine asiatique, cette voie de la Sagesse, reçoive un tel accueil de la part de cultures rompues à une tradition judéo-chrétienne aux antipodes des préceptes bouddhiques?

 

En Asie, dans les textes anciens (chez Confucius par exemple), la recherche du bonheur n’est pas théorisée comme telle. Il n’y a pas, comme ça pourrait être le cas en Occident, cette quête obstinée du bonheur.

 

Mais alors qu’en est-il vraiment du bonheur dans ces spiritualités asiatiques ? Quel est son contenu ? Et qu’est-ce que cette vogue des spiritualités asiatiques en Occident et cette obsession de la recherche du bonheur nous dit sur l’état de l’esprit occidental

Nous en parlons aujourd'hui avec Alexis Lavis, philosophe, sinologue et traducteur, spécialiste de la spiritualité asiatique, auteur de L’espace de la pensée chinois : confucianisme, taoïsme et bouddhisme, Editions Oxus, 2010. 

  

Matthieu Ricard,  moine bouddhiste renommé, auteur, traducteur et photographe résidant au Népal, auteur de 108 Sourires aux Editions de la Martinière, 201.

  

- Retrouvez aussi la chronique de Kidi Bebey, Femmes du monde:

Cette semaine, Kidi nous emmène au Bénin, où les juristes sont dans la rue. Non pas pour protester, mais pour enseigner. C’est du moins la démarche des femmes juristes de ce pays. Parmi elles, Véronique Akankossi Déguénon. Me Déguénon est la Présidente de la Chambre Nationale des Notaires du Bénin et ancienne Vice Présidente de l’Association des Femmes Juristes du Bénin. Elle enseigne également le droit à l’Université d’Abomey-Calavi. Pour cette femme engagée, le droit ne peut concerner la seule frange de la population nantie. Le droit est le socle sur lequel se construit la démocratie au jour le jour, c’est pourquoi elle agit, au quotidien, pour la promotion du droit en général et surtout pour que ceux et celles que l’on appelle “les petites gens“ puissent s’informer du droit et même se former au droit.

 

Invité(s) :
Véronique Akankossi Déguénon
Matthieu Ricard
Alexis Lavi.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 16:30

Une émission de France Inter, diffusée le 30 octobre 2011, avec Roland Gori.

On a beaucoup parlé cette semaine d'agences de notation, de dégradation de notes, de crise de l'Europe et ...de gros sous. Mais comment construire un monde différent, comment le penser quand les chiffres et les notations nous imposent leur loi...

 

-Cliquez sur le logo pour écouter le podcast-

 

France-inter2

invité(s)

Roland Gori

-Psychanalyste et un des fondateurs de l'Appel des appels-
-Auteur du dernier ouvrage: La dignité de penser-

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 16:20

Hubert Montagner - psychophysiologue.

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Docteur d’État ès sciences naturelles (1966), il a créé le laboratoire de psychophysiologie à la Faculté des sciences de Besançon, où il a été professeur des universités (1970-1988). Passé directeur de l’unité 70 de l’Inserm « Enfance inadaptée » (1988-1994), il est ensuite devenu directeur de recherche au sein de cet institut (1990-2004). Enfin, il a occupé des fonctions d’expert ou de consultant pour plusieurs gouvernements dans le domaine de la petite enfance et des enfants scolarisés, des structures d’accueil de la petite enfance et de l’école.

 

La chronobiologie, ou étude des rythmes biologiques et par extension biopsychologiques, permet notamment de prendre la mesure des fluctuations dans le temps des capacités d’attention des enfants et de mobilisation de leurs ressources intellectuelles et de communication. D’où il ressort l’impérieuse nécessité de réaménager le temps scolaire, face à l’inadaptation du temps de l’école et de la société aux rythmes de l’enfant.

  

Pour les scientifiques et les cliniciens concernés (pédiatres, pédopsychiatres, psychologues), les équilibres biologiques et psychologiques de l’enfant sont étroitement tributaires de l’imbrication de ses rythmes et de la sécurité affective, de la vie prénatale à l’adolescence et au-delà (Montagner, 2006). Nous nous focaliserons ici sur deux rythmes majeurs qui organisent et façonnent les constructions de l’enfant, sans oublier que la sécurité affective, « cœur » de l’enfant et « moteur » de son développement, joue un rôle essentiel dans le façonnement des systèmes émotionnels, des interactions sociales et des « compétences-socles » qui sous-tendent les processus de socialisation et la réussite scolaire.

  

Deux types de rythmes

Le rythme de développement

Utilisé par certains chercheurs et cliniciens, en particulier par les pédiatres, le « rythme de développement » (qui ne doit pas être confondu avec la croissance) peut être défini comme le scénario au fil de l’âge des différentes « émergences » qui caractérisent l’enfant. Par exemple, s’agissant de la motricité qui autorise la conquête de l’espace, la succession des modes de locomotion au cours des deux premières années (reptation, quadrupédie, marche assistée, marche volontaire sans aide, course, escalade…) varie d’un enfant à l’autre, et certaines étapes peuvent manquer ou être inversées. D’autres exemples sont donnés par l’âge d’acquisition et la succession des habiletés manuelles (actes de préhension, emboîtements, encastrements, enfilements, reconstitution de puzzles, constructions pyramidales avec des éléments à assembler), ou encore par l’âge d’acquisition et la succession des différentes modalités de la communication, en particulier le langage, des comportements sociaux et des processus cognitifs, également variables d’un enfant à l’autre.

 

Si le scénario des « émergences » paraît être programmé par les gènes de l’espèce et de l’individu, il est aussi (re)modelé, (ré)organisé ou (ré)orienté par les influences de l’environnement, en particulier les interactions accordées, qui nourrissent à tous les âges la sécurité affective, mais aussi les peurs, l’anxiété et les angoisses qui empêchent cette sécurité de s’installer.

  

Le rythme de développement d’un enfant ne doit donc pas être considéré comme un canevas complètement prédéterminé et gravé dans le marbre de la génétique. Il est modifiable si on peut agir sur les leviers pertinents. C’est-à-dire, essentiellement, la sécurité affective établie et confortée avec au moins une personne d’attachement « sécure », les rythmes biopsychologiques et l’alliance du corps et de la pensée (Montagner, 2006). Dans ce cadre, les retards apparents ou réels de telle ou telle « émergence » à tel ou tel âge sont des indicateurs relatifs, sauf, évidemment, quand ils sont associés à un tableau de signes pathologiques. Ils ne permettent pas de préjuger la suite du développement. Il en est de même pour la précocité des mêmes « émergences ».

Les rythmes biopsychologiques

L’étude des rythmes biologiques (ou chronobiologie) s’est développée principalement entre 1950 et 1970, sous l’impulsion de Franz Halberg (1959, 1960) et Jurgen Aschoff (1965), et aussi d’Alain Reinberg (1979, 2004) en France. On désigne sous ce terme tout phénomène biologique qui se reproduit à l’identique au bout d’un temps prévisible, et peut ainsi être caractérisé par une période. La chronobiologie distingue trois familles de rythmes : les rythmes circadiens, dont la période est d’environ vingt-quatre heures (circadien vient du latin circa, « environ », et dies, « jour ») ; les rythmes rapides ou ultradiens, dont la période est courte (quelques secondes, minutes, heures…), par exemple le rythme cardiaque ; et les rythmes lents ou infradiens, dont la période est longue (28 jours comme le cycle ovarien dans l’espèce humaine, plusieurs mois, une année…).


Chez l’enfant, les pionniers de l’étude des rythmes biologiques furent le pédiatre allemand Theodor Hellbrügge (1960) et son collaborateur Josef Rutenfranz (1957). Dans l’éventail de données qu’ils ont publiées, on peut souligner les fluctuations des comportements de somnolence et des endormissements chez des enfants en activité libre depuis leur réveil matinal (80 % des enfants de 3 à 12 ans sont endormis ou somnolents en début d’après-midi). Les recherches de T. Hellbrügge et J. Rutenfranz constituent toujours des références car elles ont été confirmées et aussi parce qu’elles concernent une gamme diversifiée de variables physiologiques (par exemple, la température corporelle, le rythme cardiaque, l’élimination dans les urines du sodium, du potassium, du chlore…) ou de variables biologiques qui ont une composante psychologique (les fluctuations de la résistance électrique de la peau en fonction de l’état émotionnel du sujet).

 

Les rythmes biopsychologiques apportent un éclairage sur les conduites et équilibres des enfants de tous âges dans leurs différents lieux de vie. Nous nous attacherons aux recherches qui permettent de comprendre les fluctuations des capacités d’adaptation, d’attention, de traitement de l’information, de mobilisation des ressources intellectuelles et de communication, ainsi que celles de la fatigue au cours de vingt-quatre heures et d’un jour à l’autre.

 

Les bébés

Alors que les systèmes sensoriels se restructurent à la naissance avec le passage de la vie aquatique à la vie aérienne et que la vision devient fonctionnelle, deux cartes d’identité circadiennes organisent la vie du bébé : le rythme alimentaire (la succession des comportements de « demande alimentaire » tout au long des vingt-quatre heures, essentiellement les succions) et le rythme veille/sommeil (l’alternance des épisodes de sommeil et d’éveil au cours des vingt-quatre heures). Ces deux rythmicités sont distinctes l’une de l’autre et ne doivent donc pas être confondues. Elles déterminent les moments d’interaction au cours desquels le bébé peut être un partenaire qui s’accorde avec sa mère, son père…, c’est-à-dire qui s’ajuste à leurs comportements, émotions, affects et rythmes d’action, et inversement (en tout cas, c’est interprété ainsi par les parents et les observateurs). Un attachement « sécure » peut alors se nouer entre eux, avec pour conséquence l’installation de l’enfant dans la sécurité affective. Le rythme alimentaire et le rythme veille/sommeil caractérisent chaque bébé, y compris par rapport à la fratrie.

 

Au cours des deux premières années, les épisodes de sommeil diurne suivent, chez la plupart des enfants, un rythme ultradien dont la période est d’environ trois heures. Ainsi, au cours de la deuxième année, le premier endormissement de la phase diurne a une forte probabilité de survenir autour de 9 h, c’est-à-dire environ trois heures après l’éveil qui marque la fin du sommeil nocturne et le premier « repas » de la journée. Le deuxième endormissement apparaît généralement autour de 12 h, c’est-à-dire environ trois heures plus tard. Alors qu’un ou deux endormissements peuvent être encore observés chez certains enfants au cours de l’après-midi avec une période plus variable mais souvent peu différente de trois heures, les indicateurs et signes qui annoncent et préparent l’endormissement nocturne se développent le plus souvent entre 20 h et 22 h, avec 21 h comme temps médian, c’est-à-dire trois fois trois heures après 12 h.

  

Les enfants âgés de plus de 2 ans

On retrouve globalement la périodicité ultradienne de trois heures environ entre 2 et 3 ans, c’est-à-dire, selon les enfants, deux épisodes de sommeil diurne autour de 9 h et de 12 h, ou un seul épisode autour de 12 h (la sieste). Lorsque les enfants ne s’endorment plus vers 9 h, la plupart présentent à ce moment-là une fréquence des indicateurs de somnolence ou de non-vigilance significativement plus élevée qu’à 10 h ou 11 h, c’est-à-dire des bâillements, des étirements, des affalements sur la table ou sur le sol, des fermetures, des clignements ou des clignotements des yeux, un regard fixe, des comportements autocentrés (doigt dans la bouche, prise de l’oreille…), une non-réponse aux stimulations sonores et aux sollicitations vocales ou verbales, y compris lorsque leur prénom est prononcé et répété.

   

Aux âges de l’école maternelle (entre 3 et 6 ans) et de l’école élémentaire (de 7 à 11 ans), la plupart des enfants élèves présentent, entre 8 h 30 et 9 h 30, une fréquence des indicateurs de non-vigilance significativement plus élevée qu’aux autres moments de la matinée. Par exemple, chez les enfants du cours préparatoire (âgés de 6 à 7 ans), le pourcentage de ceux qui bâillent ou s’affalent sur la table est de 68 % entre 9 h et 9 h 30, alors qu’il est « seulement » de 36 % entre 9 h 30 et 11 h (Koch et al., 1987). Le début de l’après-midi se caractérise aussi, au cours préparatoire, par un pourcentage élevé d’enfants qui bâillent ou s’affalent sur la table (68 % entre 14 h 30 et 15 h). Chez les enfants plus âgés accueillis en cours moyen première et deuxième année (ils ont entre 9 et 11 ans), ce phénomène est observé plus tôt (entre 13 h 30 et 14 h 30). Par ailleurs, la neurobiologie a montré que, plus généralement, il y a chez les êtres humains de tous âges une dépression de l’éveil cortical (du cerveau) à 13 h-14 h (voir aussi les recherches déjà citées de Hellbrügge, 1960, et Rutenfranz et Hellbrügge, 1957).

 

Le fléchissement de la vigilance au début de l’après-midi n’apparaît pas corrélé à la quantité ni à la qualité des entrées alimentaires du déjeuner. Les moments de moindre vigilance comportementale observés autour de 9 h et au début de l’après-midi se retrouvent dans les études sur les performances des enfants élèves à différents tests de vigilance et d’attention (Testu, 1982, 2000 ; Testu et Fontaine, 2001). Considérant de nouveau le cours préparatoire, il faut souligner que la fréquence des indicateurs de non-vigilance remonte significativement entre 11 h et 11 h 30 (selon les données de la recherche, 59 % des enfants bâillent et s’affalent sur leur table dans ce créneau. Cf. Koch et al., 1987). Autrement dit, au cours de la matinée scolaire, la durée maximale de mobilisation des capacités d’attention et de traitement de l’information, tributaires de l’état de vigilance, peut être estimée à deux heures environ chez les enfants âgés de 6 à 7 ans. On l’évalue à deux heures et demie ou trois heures dans les autres classes de l’école élémentaire.

 

On peut ainsi émettre l’hypothèse d’une certaine continuité entre la rythmicité ultradienne de la veille et du sommeil observée au cours de la matinée chez les jeunes enfants (un épisode de sommeil ou un état de non-vigilance autour de 9 h, et un épisode de sommeil à la mi-journée), et les fluctuations de la vigilance au cours de la matinée scolaire chez les enfants plus âgés. Autour de 9 h, les indicateurs de non-vigilance apparaissent particulièrement accentués, fréquents et durables chez certains enfants, dès l’âge de 2 ans et tout au long de leur parcours scolaire. La plupart de ces derniers se montrent déficitaires du point de vue de la durée et de la qualité de leur sommeil nocturne et / ou particulièrement perturbés par les événements insécurisants qu’ils ont vécus et vivent au quotidien (pour plus de détails concernant ces enfants « non sécures » ou « insécures », voir Montagner, 2006).

 

Par comparaison, si on considère l’ensemble des enfants élèves, les créneaux de 9 h 30 à 11 h, 11 h 30 ou 12 h et de 14 h 30-15 h à 16 h-16 h 30, selon l’âge, se caractérisent par un niveau élevé ou relativement élevé de vigilance, des capacités d’attention maximales et des capacités optimales de traitement de l’information. Cependant, ceux qui cumulent les déficits de sommeil et l’insécurité affective apparaissent peu vigilants et attentifs tout au long de l’après-midi, parfois dès la fin de la matinée (c’est ce que l’on observe dans les écoles des zones d’éducation prioritaire).

  

Pour un réaménagement du temps scolaire

Une journée scolaire trop longue

Les temps de la société et des écoles françaises (et aussi de la plupart des autres pays comparables) ne sont pas adaptés aux réalités constituées par les rythmes de l’enfant. On soulignera que les écoliers français subissent la journée scolaire la plus longue du monde (six heures de temps contraint : cinq heures trente minutes de temps pédagogique et trente minutes de récréation), y compris pour les enfants de l’école maternelle, âgés de 3 à 6 ans (la durée de la journée scolaire est de quatre à cinq heures dans la plupart des autres pays européens). Cela se traduit par une difficulté ou une impossibilité à être vigilant et attentif pendant trois heures au cours de chaque matinée, et, en conséquence, par une difficulté ou une impossibilité à traiter les informations, et donc à comprendre et à apprendre. La journée scolaire est ainsi la plus fatigante, « usante » et stressante pour l’ensemble des enfants de l’école primaire. Elle est particulièrement épuisante, anxiogène et démotivante pour les enfants vulnérables, en souffrance, en échec, envahis par les « troubles » du comportement, handicapés, en « désamour » de l’école, « non sécures » ou « insécures ». Il faut ajouter les autres temps contraints de la journée, en particulier celui des devoirs à la maison.

  

Des temps mal conçus ou mal organisés

La première heure (8 h 30-9 h 30)

Un réveil entre 6 h 30 et 7 h 30 (cas le plus fréquent) ne permet pas aux enfants d’être vraiment vigilants et attentifs au cours de la première demi-heure scolaire (8 h 30-9 h) et souvent de la première heure (8 h 30-9 h 30). Surtout pour les plus jeunes, les plus vulnérables, ceux qui cumulent les déficits de sommeil et qui vivent au quotidien dans l’insécurité affective (enfants maltraités, ignorés, rejetés, en conflit récurrent avec la fratrie…), au sein d’un milieu familial lui-même en difficulté (misère, maladie, chômage, conflits aigus entre les parents…).

Comment un enfant « endormi » et envahi par l’insécurité affective, peu vigilant, peu attentif, peu réceptif et peu disponible, inquiet, anxieux ou angoissé pourrait-il bien capter les messages du maître et leur donner du sens, même s’il a des ressources intellectuelles ? Il faudrait que la première heure puisse être un « temps-sujet » de « remise en route » de la vigilance, de l’attention et de la mobilisation des ressources intellectuelles, et aussi de restauration minimale d’un sentiment de sécurité affective pour les plus insécurisés (pour les stratégies possibles, voir Montagner, 2006).

Le moment de 13 h-14 h

Indépendante des entrées alimentaires du déjeuner, la « dépression » corticale du début de l’après-midi suit un rythme circadien. C’est en effet un phénomène biologique qui se reproduit à l’identique toutes les vingt-quatre heures environ. Le moment de la « dépression corticale » se caractérise logiquement par une diminution de la vigilance comportementale… et ne se prête donc pas à une forte mobilisation des capacités d’attention et des ressources intellectuelles.

La période de 13 h 30 à 16 h 30

L’après-midi, l’évolution de la vigilance et des capacités d’attention varie avec l’âge et les particularités des enfants. S’agissant des enfants en difficulté scolaire ou en échec scolaire (il faut rappeler qu’ils cumulent fréquemment les déficits de sommeil et l’insécurité affective au quotidien), le pourcentage de ceux qui bâillent, s’affalent sur leur table, s’étirent, s’agitent, ne répondent pas aux interpellations, ferment les yeux, somnolent, ou même s’endorment, est supérieur à 80 % entre 14 h et 16 h 30. Il est souvent proche de 90 % dans les écoles des secteurs urbains dont les habitants réunissent des difficultés personnelles, familiales et sociales. Tout semble indiquer que ces enfants attendent 16 h 30 comme une délivrance.

Le temps de 16 h à 19 h-20 h

Ce moment se prête bien aux activités physiques et sportives. La température corporelle est alors maximale, le métabolisme est élevé, la force musculaire et les coordinations sensori-motrices sont optimales (Touitou et Haus, 1992). Pourquoi ne pourrait-on pas proposer aux enfants élèves un choix réel, à partir de 16 h 30-17 h, entre diverses activités ludiques, physiques et sportives, dans le cadre d’un partenariat entre l’école, les familles, les mairies, les associations, les clubs et les lieux où ces pratiques sont possibles, sans oublier évidemment les activités culturelles et artistiques ?

  

En conclusion, pour que l’école puisse donner une chance maximale de réussite à tous les enfants, la durée et l’organisation des journées scolaires devraient être modifiées en fonction de l’âge et des particularités « empêchantes » qui contrarient les apprentissages. Il faut notamment développer de nouvelles stratégies d’accueil, des aménagements de temps et d’espace appropriés et des conceptions flexibles de la pédagogie, comme celle du mouvement Freinet, ou qui s’en approchent (Montagner, 2002, 2006). On pourrait alors avoir de vraies semaines scolaires de cinq jours avec des journées allégées, moins stressantes, anxiogènes et angoissantes, mieux structurées et structurantes. Le mercredi, devenu jour scolaire, le temps consacré le matin à la pédagogie pourrait varier de deux heures à deux heures trente, selon l’âge des enfants, avec une possibilité, à la fin de la matinée, de préparer les temps de l’après-midi, en interaction avec la mairie, les associations, les clubs… les parents volontaires. On obtiendrait ainsi une semaine scolaire en coïncidence avec la semaine civile et avec une organisation originale du mercredi qui serait à la fois scolaire, ludique, sportif, culturel, en interaction avec les mairies, les associations, les clubs…

  

Plus généralement, tout reste à faire en Europe, et ailleurs, pour que le temps scolaire soit d’abord organisé à partir des réalités constituées par les enfants. Les idéologies, les intérêts contradictoires des adultes et les lobbies politiques, économiques, religieux… empêchent toute évolution au bénéfice des enfants.

   

Source : http://www.cairn.info/                 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 16:06

Que celui dont la langue n’a jamais persiflé jette la première pierre… Nous avons beau savoir qu’il est extrêmement malsain de dire du mal de nos camarades, nous ne pouvons pas nous en empêcher. En famille, au travail, entre amis : que cachent ces perfidies, honteuses mais tellement réjouissantes...

  médisance

« Louis a encore obtenu la mission la plus intéressante. Pas étonnant, avec la drague qu’il fait à la directrice », s’énerve celui qui aimerait être promu. « Quoi ? Cette maigrichonne ? Je suis sûre qu’elle est anorexique », assène son interlocutrice. Ah, le savoureux plaisir de la médisance, petite méchanceté partagée sur le ton de la confidence !

 

Entre amis, collègues ou en famille, cela fait du bien de dire du mal. Des autres, bien sûr. À leur insu et avec des accusations infondées, c’est plus drôle. Un comportement réservé aux pervers manipulateurs ?

 

Plutôt une activité répandue, à en croire Laurent Bègue, psychologue social, auteur de L'agression humaine, puisque « 60 % des conversations d’adultes ont pour objet un absent. Et la plupart émettent un jugement ». Chacun sait que ce n’est pas bien de médire. Et personne n’aime passer pour une langue de vipère. Mais rares sont ceux qui partent quand l’histoire est croustillante… Pourquoi plongeons-nous irrésistiblement dans ce plaisir coupable ?

   

Détester ensemble...

  

Médire crée du lien social. "Comme les primates s’épouillent, l’homme moderne cancane !"


« Détester ensemble forge des liens plus forts que de partager du positif », révèle Laurent Bègue. Deux inconnus se sentiront plus familiers s’ils médisent sur un tiers que s’ils en disent du bien. Ils s’assurent ainsi de partager les mêmes valeurs. « L’absent est le mauvais objet ; par opposition, le calomniateur devient le bon objet, le gentil », souligne Frédéric Fanget, psychiatre. À cela s’ajoute le délicieux frisson de la transgression, puisque la norme sociale implicite veut que l’on soit aimable et positif. Celui qui dit du mal prend donc le risque d’être mal vu. Pourtant, c’est le contraire qui advient : l’air sincère, le médisant montre à son interlocuteur qu’il lui fait confiance. Touché, ce dernier est alors plus disposé à partager, à son tour, ses secrets.

 

Malgré sa mauvaise réputation, la médisance a une fonction positive : transmettre les normes et les valeurs du groupe. En désignant ce qu’il ne faut pas faire et en jetant l’opprobre sur ceux qui transgressent, elle tient le rôle d’un mécanisme de contrôle. Elle met la pression sur ceux qui s’écartent du chemin, comme sur les nouveaux venus, auxquels elle donne des informations nécessaires à leur intégration. « En écoutant les cancans, j’ai appris plein de choses sur ma nouvelle entreprise, raconte Marie, 38 ans. Par exemple, qu’il était considéré comme inhumain de ne pas appeler ses enfants plusieurs fois par jour alors que, dans mon ancienne équipe, tout coup de fil perso était banni ! » C’est, en outre, un atout dans la progression sociale. Nous répétons les mésaventures de nos rivaux, surtout s’ils sont du même sexe que nous et de statut supérieur. Le but caché : utiliser ces informations pour grimper socialement. Pire, nous en jubilons ! C’est la Schadenfreude mesurée par l’imagerie cérébrale, terme allemand pour désigner la joie éprouvée face au malheur d’autrui. « Car, au niveau inconscient, nous survivons à celui que nous voulons éliminer symboliquement », explique la Psychanalyste Virginie Megglé, auteure de La projection, à chacun son film (Eyrolles 2009). D’où ce sourire difficile à cacher lorsque nous apprenons que notre belle-soeur détestée a un coup dur… Même s’il s’accompagne d’un petit pincement de honte et de culpabilité.

         

Se rassurer sur sa normalité


Pourquoi toute cette haine ? « Frustration, colère, jalousie… toutes les raisons qui expliquent les comportements agressifs », détaille Laurent Bègue. Et qui font la nature humaine. « La médisance apparaît dans la toute petite enfance, quand, hors du giron familial, nous nous comparons aux autres », constate Virginie Megglé. Interdits de mordre et de donner des coups de pelle, nous passons à la violence verbale. « Pour rester le préféré de nos parents, nous dévalorisons nos camarades, poursuit- elle. Pour nous rassurer sur notre propre normalité, nous disons du mal de celui qui paraît différent. »

 

« C’est un échec de l’affirmation de soi, affirme Frédéric Fanget. Lorsque l’on ne s’estime pas, on s’évalue par rapport aux autres, on se dénigre. »

 

Nous médisons pour dire nos angoisses, solliciter du réconfort, de l’aide… Pour dire indirectement du bien de nous et de celui qui nous écoute, complice. Nous avons aussi le plaisir d’attiser la curiosité, de monopoliser l’espace de parole, de signaler que nous détenons des informations… Le « T’as vu comme la jupe de ma soeur est courte, c’est indécent ! » susurré à l’oreille de notre conjoint peut cacher un besoin de nous rassurer sur notre propre pouvoir de séduction. D’autant que nous visons celui qui pointe nos défaillances, qui nous dérange là où nous nous sentons fragiles. Nous nous rassurons de nos insuccès, en nous convainquant, par exemple, que « le voisin a magouillé pour avoir son permis de construire ». « Par projection, nous pouvons aussi attribuer à autrui un défaut que nous refusons d’avoir », éclaire Virginie Megglé. « Elle est arriviste », dit ainsi celui qui a des scrupules à réussir. « Car la médisance n’est pas nécessairement malveillante », reprend Frédéric Fanget. Pourquoi dire du nouveau chef de projet qu’il a eu un blâme dans son ancien poste ? Par imitation (j’ai toujours vu mes parents médire, je ne sais pas faire autrement), pour rationaliser une émotion (la peur de la concurrence, par exemple), pour compenser le manque de sens (il aurait fallu recruter en interne) ou récolter des informations sur lui en prêchant le faux…

 

Mais « la médisance est un sport risqué, observe Laurent Bègue : d’habileté sociale, elle peut vite faire mauvais genre… et devenir un motif de mise à l’écart ». Dangereuse, elle l’est aussi, bien sûr, pour celui qui en est la victime. « Il s’agit bien d’une volonté de détruire, même si c’est symbolique », insiste Virginie Megglé.

 

Reconnaître son agressivité

 

Pratiquée en douce, elle ôte à celui qui la subit toute possibilité de se défendre et peut laisser des traces durables de soupçons. Le fameux « il n’y a pas de fumée sans feu » donne de la crédibilité aux informations les plus fausses. Le bouche-à-oreille les aggrave, les amplifie et transforme la médisance en rumeur. « Une fois notre réputation ternie, les autres se chargent de l’entretenir, voire de la noircir », remarque Laurent Bègue. D’autant que nous retiendrions mieux et jugerions plus révélatrices les informations négatives que les positives.

Surtout, « la médisance ne règle aucun problème, ne donne pas de satisfaction durable, prévient Virginie Megglé. Sauf en cure thérapeutique ». Car alors, autorisée, elle reste dans le secret du cabinet. « Reconnaître son agressivité ouvre sur une meilleure connaissance et acceptation de soi, y compris dans ses zones d’ombre. Sortant de la victimisation, le patient met cette énergie au service de sa construction et de son mieux-être. » Sûr de lui, il n’a plus besoin de dénigrer les autres pour se faire valoir. Et, peu à peu, la langue de vipère se fait blanche colombe.

      

Et si j’en suis victime…

 

La médisance est dévastatrice. Parce qu’elle colle, en douce, une étiquette à celui qui en est victime, elle le prive de défense et de liberté, tout geste étant ensuite interprété à l’aune de l’accusation. « C’est ainsi que certains sont licenciés pour une broutille, sans comprendre qu’une campagne de dénigrement a eu lieu derrière leur dos », rappelle Frédéric Fanget, psychiatre. Comment y mettre fin ? « En rétablissant la communication. » Par exemple, Paul a dit du mal de vous en présence de Léa, qui vous en informe. Vous pouvez répondre à Léa que vous allez vérifier l’information auprès de lui. Puis, à Paul : « Il paraît que tu dis cela de moi. Je comprends que tu n’aies pas pu me le dire directement, mais, comme cela me concerne, j’aimerais qu’on en parle. » S’il tente de reporter la faute sur Léa, « cette pipelette », ne vous laissez pas embarquer : « Je ne veux pas médire sur elle, je préfère que l’on parle de ce qui se passe entre nous. » Et s’il nie ? « C’est l’occasion de lui demander ce qu’il pense de votre travail, de rétablir le dialogue », propose Frédéric Fanget...

  

"Peu de chance qu’il recommence si vous avez réagi avec calme et dans un souci d’apaisement, c'est encore la meilleure façon de couper la tête du serpent... avant la plainte pour diffamation, bien sur !".

 

-Cécile Guéret-

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 15:57

Les suicides d'enfants sont plus nombreux qu'on ne le croit...

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Par Claire Hédon

Comment comprendre qu’un enfant puisse se donner la mort ?
Comment faire pour aider ces enfants ? Quels sont les moyens de prévention possibles ?
Les risques sont plus importants dans certains groupes de populations, c’est le cas entre autres des enfants de migrants qui sont souvent fortement impactés par le malheur parental souffrant à leur tour de troubles anxieux.

 

   Avec :

  • Pr Boris Cyrulnik, Neuropsychiatre, Psychanalyste et directeur d’enseignement à l’Université de Toulon. Il vient de publier : Quand un enfant se donne la mort. Attachement et sociétés. Aux éditions Odile Jacob. Rapport sur le suicide des enfants remis, ce jeudi, à la Secrétaire d’Etat à la Jeunesse, Jeannette Bougrab.
  • Dr Ghizlane Benjelloun, responsable de l’Unité de pédopsychiatrie de l’hôpital pour enfants au CHU de Casablanca.
Priorite sante
(19:31)

 

Les suicides d'enfants sont-ils sous-estimés dans les statistiques ? C'est en tout cas ce qu'affirme le neuropsychiatre Boris Cyrulnik dans un rapport qu'il remet jeudi au gouvernement, le premier sur le sujet. Même si "les suicides aboutis sont rares", selon le médecin, l'Inserm a noté une forte augmentation de leur nombre. Pour Boris Cyrulnik, la solitude des enfants explique en grande partie cette tendance.

 

"Un enfant qui se suicide, ça questionne la société"

 

En 2009, 37 enfants entre 5 et 14 se sont donné la mort. Au début de l'année 2011, un garçon de 11 ans et une fillette de 9 ans se sont suicidés. Ces cas rapprochés avaient poussé la secrétaire d'Etat à la Jeunesse, Jeanette Boughrab, a demander un rapport. "Un enfant qui se suicide, ça questionne la société toute entière", avait-elle déclaré à l'époque.

 

Les statistiques officielles ne retiennent que les "suicides évidents", regrette Boris Cyrulnik dans son rapport. L'enfant "peut écrire une lettre d'adieu (...) mais le plus souvent, il se penche trop par la fenêtre ou descend d'un autobus en marche. Alors les adultes parlent d'accident", dit le psychiatre et psychanalyste.

 

"Un moment d’extrême colère"

 

Xavier a perdu son fils de 9 ans. L'enfant, qui souffrait de maladies chroniques et ne supportait plus d'être différent, s'est pendu avec un drap dans sa chambre. "On essaye de comprendre, et encore de comprendre ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là, un jour. Possiblement que ce jour-là, quand il a tiré sur son drap, c’était plus un moment d’extrême colère peut-être contre lui-même, contre nous, contre la situation, contre cet état de chose, qui était si difficile à vivre" analyse Xavier.

 

"On essaye de comprendre" :


1 appel sur 5 pour des enfants suicidaires.

 

Sur le terrain, les associations d'écoute constatent une nette augmentation du nombre d'appels à propos d'enfants suicidaires. Thérèse Hannier qui dirige l'une de ces plateformes parle même d'un appel sur cinq. "Depuis trois ans environ, on a des appels de parents qui concernent leur enfant de 8, 9, 10 ans. Et là, ça représente environ 20% de nos appels", assure-t-elle.

 

Pour Boris Cyrulnik, cette évolution est à mettre au compte d'un dérèglement de la société actuelle. Malgré tout le confort matériel dont bénéficient les enfants, il manque un élément essentiel : "quand un petit enfant est gardé par un frigidaire et par la télévision, il est seul. Or, ce qui donne confiance à un enfant, ce qui le sécurise, c’est la relation humaine".

 

"Gardé par la télévision, un enfant est seul" :

 

Mieux entourer les enfants.

 

Mais pour le neuropsychiatre, le suicide des enfants n'est pas une fatalité et il existe des solutions. Boris Cyrulnik préconise ainsi de mieux développer les métiers de la petite enfance, pour retrouver une sécurité affective. Il propose également de prolonger les congés maternité avant et après la naissance.

 

Jeannette Bougrab s'est félicitée de ce "rapport inédit qui aborde ce qu'on refuse de voir, le suicide des tous petits de sept, huit, neuf ou dix ans", a-t-elle dit en s'adressant à Boris Cyrulnik qui, selon elle a "brisé un tabou". "On assiste à une augmentation du phénomène, en parler est essentiel pour mettre en place des dispositifs de prévention. On ne peut pas dire que parce que ça ne concerne que quelques enfants, on ne va pas s'en occuper", a déclaré la secrétaire d'Etat. "Ne pas en parler, ne va pas éteindre le phénomène", a-t-elle conclut.

   

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 10:59

justice

 

Selon un récent sondage TSN-Sofres pour Canal Plus, 72 % des Français estiment que les élus et les dirigeants politiques sont "plutôt corrompus !"

Et seulement 19% les considèrent comme "plutôt honnêtes".


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Face à cette dégradation de l'opinion publique, le rôle des associations s'intensifie, grâce aussi à des relais régionaux. Internet devient le relais des campagnes et des pétitions. Par exemple, contre les paradis fiscaux.

 

  Et certains mouvements ont choisi les armes du droit pour lancer des actions en justice contre un Parquet qu'ils considèrent "aux ordres" du pouvoir.

Sherpa et Transparency International se battent sur l'attentat de Karachi et l'affaire des biens mal acquis de dirigeants africains.

 

Anticor est devenu unique porteur de l'accusation au procès des emplois fictifs de la ville de Paris (le procès de l'absent Chirac)...

 

Un reportage de Florence Sturm, réalisé par Annie Brault. Suivi d'un débat entre Jean-Louis Pérol, avocat général au Parquet général et Maud Perdriel-Vaissière, juriste et représentante de l'association Sherpa.

 

Cliquez sur le logo pour écouter l'émission:


France-Culture

Invité(s) :
Maud Perdriel Vaissière, juriste et représentante de l'association Sherpa
Jean-Louis Pérol, avocat général au Parquet général.

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 14:51

Ce terme semble se définir lui-même : « Le perfectionnisme est le besoin d'être, ou de sembler parfait ». Mais… de quel genre de perfection ? Et pourquoi ce besoin ?

Sachons que les perfectionnistes sont toujours « obsédés » de perfection. Cette obsession montre le caractère inauthentique et névrotique des personnes qui en souffrent.


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-Alain Delon interprétant l'empereur Jules César-

 

Alors une question :

Le perfectionnisme est-il un besoin permanent, sous forme d’obsession ou de complexe, qui pousse un individu à rechercher la perfection ?

 

On sait que le timide ou l’infériorisé, en qui s’installe cette compensation, est conscient que la perfection lui est impossible ! Car un état imparfait ne permettra jamais de générer des actions parfaites ! Si cette perfection réelle lui est impossible, intérieurement comme extérieurement, par quoi la remplacera t-il ? « Par l’apparence de la perfection », bien entendu.

 

Continuons l’exploration un peu plus loin :

Le perfectionnisme est un besoin permanent, poussant l’infériorisé à rechercher une apparence de perfection ; cette recherche s’accompagnant d’obsession diffuse, ou angoissée…

Voilà donc un homme (ou une femme), qui souffrant d’infériorisation et de timidité, cherche une solution qui lui donnera plus de souffrances encore, « Mais qui sauvera les apparences !».

 

Il tendra donc vers un semblant de perfection, perpétuelle et totale ; et il aura toujours en lui la recherche permanente de tout ce qui peut lui conserver cette apparence. Mais de qui dépend cette consécration de perfection : d’autrui, bien sur ! Donc le perfectionniste fera tout, avec grande énergie et sans repos, pour que les autres « le voient et le reconnaissent parfait ».

 

Il s’agit donc pour lui d’entretenir constamment, sans failles ni cassures, un maintien  et une façade absolument impeccable !

 

Dur travail de chaque jour. Avec, sans cesse, l’opinion d’autrui bourdonnant à ses oreilles et le regard de ses semblables à supporter… n’oublions pas que la sécurité intérieure du névrosé en dépend !

 

Le caractère obsessionnel du perfectionniste saute aux yeux !!   Il sera celui qui n’a aucune imperfection : ni d’objectivité, ni de savoir, ni de calme, ni d’amabilité… qui ne s’irrite jamais… qui est bon et généreux… juste, loyal, intègre, honnête… et j’en passe tellement les possibilités sont infinies. Toutes ses qualités sont à maintenir, au moyen de cette fameuse façade, dans un travail de chaque instant !

 

Envisageons les failles éventuelles :

« Tout échec », de l’une ou de l’autre de ces soi-disant perfections, provoquera chez lui « raidissement et angoisse ». Tout simplement parce que les autres risquent de remarquer que ce qu’il parait être n’est pas ce qu’il est !

 

Le perfectionniste doit donc passer pour supérieur à tous ceux qu’il fréquente, ou du moins égal aux plus grands. Dans ce cas, il s’agit d’une compensation agressive ! Il s’agit d’un défi, mais attention : qui doit se présenter sous la forme la plus louable et la plus aimable devant autrui… donc sans agressivité visible. « Je vous laisse imaginer le climat intérieur bouillonnant derrière le masque calme, aimable et souriant ! ».

 

Voici maintenant un cas de perfectionnisme léger :

Deux personnes se rencontrent, une non spécialisée dans tel domaine converse avec une autre, spécialiste de ce même domaine ; on voit alors le perfectionniste hocher de la tête en souriant à chaques termes ou auteurs lancés par le premier (rien d’ailleurs, ne nous dit si le spécialiste l’est devenu par compensation lui aussi). Le non spécialiste semble affirmer « oui, oui…je connais très bien, cela m’est familier », alors qu’il n’en connait pas le premier mot !

 

Une personne normale réagirait soit par de l’indifférence à son manque de savoir, soit par des questions, ce qui serait plus logique. Mais il arrive parfois que certains perfectionnistes puissent réagir en posant des questions qui ne les intéressent pas, mais qui les feront paraitre plus intelligents et courtois.

 

Voici un autre cas de perfectionnisme lourd :

L’attitude extérieure de « Grand Seigneur ». Parfait, détaché et désinvolte. Même pauvre, il paiera pour les autres… Il refusera d’être remboursé, en disant avec hauteur : « Voyons, ça n’en vaut pas la peine », sous entendu : je suis bien au-dessus de tout cela !

Il fouillera ciel et terre pour aider les autres, paraissant ainsi altruiste et généreux. Et comme ce sera « pour les autres », sa position de force lui apportera un semblant de sécurité, et de surcroit un sentiment d’être toléré et admiré par la société.

 

D’ailleurs, n’a-t-il pas le bras long pour asseoir son autorité ?

Il va de soi qu’en réalité, son infériorisation, toujours présente, le condamne presque toujours à la maladresse et à l’échec. Et comme chacun est habitué à son attitude de grand maitre, il n’envisagerait même plus de solliciter pour lui-même ! Sinon peut-être quelque emploi fastueux, dont la charge lui semblerait bien vite trop lourde…

 

A la base d’un tel comportement, se cache toujours une infériorisation ou une humiliation profonde, qui est souvent la résultante d’une éducation trop laxiste, ou au contraire trop rigide (voir Le problème de l’éducation). Beaucoup d'hommes médiatiques sont dans ce cas...

 

Un paradoxe final :

Le perfectionniste devient donc un être dont le comportement dépend étroitement d’autrui et est imposé par autrui ! Or, le perfectionnisme est une compensation d’infériorité devant les autres: il est donc « un défi » lancés aux autres...

Et nous en arrivons à la déduction suivante :

La timidité envers les autres…qui amène le défi envers les autres…qui amène le refus des autres…qui amène la façade de perfection…qui amène « le besoin des autres ».

 

L’on voit fort bien la contradiction : il repousse les autres dont il a pourtant besoin pour clamer sa perfection ! Il n’aimera certes pas les foules, faites d’opinions et de regards dont il souffre véritablement… mais n’ayez crainte, si cette foule l’acclame, il ne la repoussera plus ; à condition, bien entendu, que celle-ci proclame sa supériorité !

 

Pour finir : il est à noter que l’inhibé perfectionniste rumine dès que l’angoisse apparait. Surtout lorsque qu’il y a une contradiction en l’être et le paraître… Alors seul face à lui-même, il forgera de nouvelles armes dans le but de duper l’opinion publique. Dans la majorité des cas, les perfectionnistes finissent toujours dans la solitude, par peur de se découvrir ; et toute spontanéité meurt en eux, comme un desséchement mental !


Ils sont souvent réfractaires à toute analyse ou thérapie salvatrice, qui leur serait pourtant d’un grand secours. A un stade névrotique, il ne s'agit pas encore de perversion narcissique. A un stade psychotique, nous avons alors affaire à l'authentique manipulateur.


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