22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 11:22

-La plupart des études scientifiques montrent que la télévision a des effets délétères sur le développement mental et la santé physique. Pourtant, médias et pouvoirs publics restent très discrets sur la question…

  

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L'auteur :

  

Michel Desmurget, directeur de recherche à l’INSERM, poursuit ses travaux au Centre de neurosciences cognitives, à Lyon.


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Quand la télévision formate, manipule et s'invite jusque dans nos cerveaux pour nous dicter nos conduites... que faut-il faire ?

 

Selon les experts de l’industrie médiatique, la télévision serait bienfaisante. Organisée par des professionnels humanistes, elle contribuerait à stimuler l’intelligence, à développer le langage, à éveiller la créativité, à cultiver l’esprit, à créer du lien social, etc. Son rôle sur l’obésité, le tabagisme, la violence, l’alcoolisme, les conduites sexuelles à risques ne serait nullement établi et au pire limité à quelques sujets prédisposés. Quand une voix s’élève pour contester cet apaisant tableau, elle est caricaturée et vilipendée pour délit d’intégrisme, d’outrance, de démagogie ou de diabolisation. Critiquer la télévision serait le passe-temps favori d’une élite aigrie, nostalgique de sa notoriété passée.

 

Le discours laudateur du sérail télévisuel passe d’autant mieux que les téléspectateurs ont tendance à prendre comme une offense personnelle la moindre assertion négative. « Regardez-moi, je passe trois heures par jour devant le petit écran, et je ne suis ni inculte ni stupide ! » À ces arguments, on peut rétorquer que le simple fait de ne pas être idiot ou inculte ne signifie nullement que l’on soit aussi intelligent ou cultivé qu’on aurait pu l’être. De nombreuses études scientifiques ont démontré l’impact négatif de la télévision sur l’attention, la lecture, la créativité, le langage, le goût de l’effort et, bien sûr, la réussite scolaire. Ainsi, un enfant de huit ans n’ayant pas de télévision dans sa chambre a, par rapport à un enfant « identique » qui l’a, de bien meilleurs résultats en maths (+34 pour cent) et en français (+26 pour cent).

 

En pratique, les influences délétères du petit écran sont difficiles à repérer, car elles se manifestent souvent longtemps après. Si votre mère souffre de la maladie d’Alzheimer ou que votre fils échoue au bac, vous ne penserez pas forcément à incriminer la « petite heure » quotidienne qu’ils ont tous deux passée, des années auparavant devant leur téléviseur. Pourtant, cette innocente « petite heure » a potentiellement contribué de façon décisive à ces situations, comme l’ont montré nombre d’études récentes. Ainsi, chaque heure passée quotidiennement à regarder la télévision entre 40 et 60 ans accroît d’un tiers le risque d’avoir une maladie d’Alzheimer après 60 ans. De même, chaque heure de télévision entre 5 et 11 ans augmente de près de 40 pour cent la probabilité qu’un enfant devienne un adulte sans diplôme.

  

-Télévision et retard scolaire

  

Cette influence de la télévision sur la réussite scolaire semble aujourd’hui d’autant mieux établie que de multiples facteurs d’influence ont été identifiés dans des centaines d’études. Certains sont directs. Par exemple, la petite lucarne malmène le sommeil ce qui, par contrecoup, perturbe l’apprentissage et les performances cognitives. La télévision empêche aussi les échanges au sein de la famille. Quand elle est présente, l’enfant partage nettement moins de mots et de jeux avec ses parents, ce qui, on le sait depuis longtemps, hypothèque son développement intellectuel et émotionnel. En moyenne, la télévision est allumée plus de cinq heures par jour dans chaque foyer français ! Cette présence, qui accapare l’attention familiale, réduit de plus d’un quart le nombre de mots adressés à l’enfant chaque jour.

  

La télévision a d’autres conséquences plus subtiles. Elle altère notamment les comportements ludiques précoces, tels que la manipulation des objets. Durant le développement, cette manipulation se fait de plus en plus complexe. Supposons qu’un bébé joue dans une pièce sans regarder la télévision qui y est présente. Il attrape un jeu, l’explore, le manipule. Mais dès qu’un bruit ou un cri le perturbe, il s’interrompt et « oublie » instantanément son jouet. Puis il revient au jeu, attrape un autre objet, qu’il « oublie » tout aussi vite lorsque la télé émet à nouveau un bruit insolite. Ces incessantes coupures altèrent irrémédiablement la mise en place des fonctions attentionnelles et de la mémoire de travail (conçue comme une capacité à sélectionner, conserver et traiter les informations nécessaires à la réalisation d’une tâche complexe). Or ces compétences sont indispensables à la pensée. Elles servent à lire, à parler, à écrire, à compter, à anticiper et, plus généralement, à raisonner.

 

-Des conséquences délétères sur la santé

 

Bien sûr, la toxicité de la télévision ne se limite pas au domaine cognitif. Elle menace aussi l’intégrité somatique. Si l’on se fie aux statistiques, la phrase « Regarder la télévision tue » n’est malheureusement pas une figure de style. La télévision tue en premier lieu parce qu’elle favorise la sédentarité. Par exemple, un adulte âgé de plus de 25 ans qui passe quatre heures par jour devant son écran (soit juste un peu plus que la moyenne) a presque deux fois plus de risques de mourir d’un accident cardio-vasculaire que son jumeau dont la « consommation » n’excéderait pas deux heures quotidiennes. Indirectement, la télévision est aussi l’un des principaux facteurs favorisant le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité ou les conduites sexuelles à risques.

 

Par exemple, aux États-Unis, des épidémiologistes ont calculé que la capacité du petit écran à faire de l’enfant un fumeur rend compte, à elle seule, d’au moins 75 000 décès par an. Car, sans même prendre en compte les publicités sur le tabac qui sont maintenant interdites, les émissions de télévision ont plus d’influence sur l’initiation tabagique – en raison de la présence massive du tabac dans les films et les séries – que les copains ou les parents.

 

Concernant la sexualité, les scientifiques ont montré que l’exposition aux séries sexuellement connotées augmente le risque de grossesse précoce chez les adolescentes : il est multiplié par trois par rapport aux adolescentes qui regardent peu ce type d’émissions. Plus un adolescent est exposé à de tels contenus, plus il pense que tout le monde – dont ses copains – a des relations sexuelles sans risque et qu’il est nul s’il ne se comporte pas de la même façon. Cela se traduit par des relations plus précoces, plus nombreuses et moins protégées.

  

Comme l’alcool, le tabac, les aliments favorisant l’obésité et les contenus sexuels, la violence est omniprésente à la télévision. Or les scientifiques sont unanimes : les images violentes stimulent l’agressivité du spectateur. La relation est d’une ampleur comparable à celle qui lie tabagisme et cancer du poumon. Certains ont prétendu que le téléspectateur soulagerait ses pulsions violentes en les voyant mises en scène à l’écran. Sur plus de 3 500 études, aucune n’a confirmé cette thèse. Pour les chercheurs, le débat est clos depuis plus de dix ans : aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si la télévision rend violent, mais quels sont les mécanismes neurophysiologiques qui sous-tendent l’émergence de cette violence.

  

Ces réalités scientifiques restent niées avec une fascinante mauvaise foi par l’industrie audiovisuelle et sa nébuleuse de « psys ». Au plan des critiques fondées, j’entends que la télévision offre parfois d’excellents programmes et qu’il « suffit » de contrôler son usage. Cette position pose trois difficultés. D’abord, les recherches montrent que la télévision a tout d’une substance addictive et que la tentation de sa présence fait rapidement exploser toute règle d’usage. Ensuite, nombre d’effets négatifs ne dépendent pas des programmes, mais du média (diminution du temps de sommeil et du vocabulaire chez l’enfant, etc.). Enfin, les « bons programmes » sont trop chronophages et coûteux à produire pour occuper une place significative. Ils se perdent irrémédiablement dans la masse. ■

 

www.pourlascience.fr

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 10:06

-Victor Hugo « discours sur la misère » à l’Assemblée Nationale, le 9 juillet 1849-

 

"Comme tout psychanalyste qui se respecte, je me dois de partager cet article... qui, plus que jamais, reste d'actualité"

  

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«Je  ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance  en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent  et qui affirment qu'on peut détruire la  misère. Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer,  amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du  corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître  comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible !  Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en  pareille matière, tant que le possible n'est pas le fait, le devoir n'est pas  rempli.

 

La misère, Messieurs, j'aborde ici le vif de la question,  voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu'où elle  peut aller, jusqu'où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au moyen-âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où  nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

  

Mon Dieu, je n'hésite pas à les citer,  ces faits. Ils sont tristes, mais nécessaires à révéler ; et tenez, s'il faut  dire toute ma pensée, je voudrais qu'il sortît de cette assemblée, et au besoin  j'en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enquête sur la  situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je voudrais  que tous les faits éclatassent au grand jour. Comment veut-on guérir le mal si l'on ne sonde pas les plaies ?

 

Voici donc ces faits :

 

Il y a dans Paris,  dans ces faubourgs de Paris que le vent de l'émeute soulevait naguère si  aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des  familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants,  n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du  coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures humaines s'enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l'hiver. Voilà un  fait. En voici d'autres : Ces jours derniers, un homme, mon Dieu, un malheureux  homme de lettres, car la misère n'épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à  la lettre, et l'on a constaté après sa mort qu'il n'avait pas mangé depuis six  jours. Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants  qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon !

 

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa  force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société toute entière ; que  je m'en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont  pas seulement des torts envers l'homme, que ce sont des crimes envers Dieu !

  

Voilà pourquoi je suis pénétré, voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m'écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n'est qu'un premier pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette assemblée, majorité et minorité, n'importe, je ne connais pas, moi de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette assemblée n'eût  qu'une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l'abolition de la misère!

  

Et, messieurs, je ne m'adresse pas seulement à votre générosité, je m'adresse à ce qu'il y a de plus sérieux dans le sentiment politique d'une assemblée de législateurs ! Et à ce sujet, un dernier mot : je terminerai là.

  

Messieurs, comme je vous le disais tout à l'heure, vous venez  avec le concours de la garde nationale, de l'armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l'Etat ébranlé encore une fois. Vous n'avez  reculé devant aucun péril, vous n'avez hésité devant aucun devoir. Vous avez  sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable... Eh bien ! Vous n'avez rien fait !

  

Vous n'avez rien fait, j'insiste sur ce point, tant que l'ordre matériel raffermi n'a point pour base l'ordre moral consolidé ! Vous  n'avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n'avez rien fait tant qu'il y  a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n'avez rien fait,  tant que ceux qui sont dans la force de l'âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont  travaillé peuvent être sans asile ! tant que l'usure dévore nos campagnes, tant qu'on meurt de faim dans nos villes tant qu'il n'y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n'avez  rien fait, tant que l'esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n'avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l'homme méchant a pour collaborateur fatal l'homme malheureux!»

  

Victor  Hugo

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 11:13

La pratique musicale développe l'intelligence verbale et la compréhension des émotions.


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Einstein était – aussi – un bon violoniste !

 

Selon une étude de l'Université de Toronto au Canada, la pratique de la musique augmenterait l'intelligence verbale des enfants, c'est-à-dire leur capacité de compréhension du discours d'autrui et leur propre expression. D'autres travaux de l'Université de Porto, au Portugal, montrent que la pratique régulière d'un instrument par un adulte améliore la compréhension des émotions d'autrui, car ces personnes sont plus sensibles aux intonations de la voix.

   

La première étude a consisté à faire participer des enfants âgés de quatre à cinq ans à des programmes d'initiation à la musique, où ils écoutaient des mélodies, apprenaient à les reconnaître, à identifier le timbre des instruments, etc. Les enfants devaient ensuite passer des tests d'intelligence verbale (compréhension de l'oral, raisonnement à partir de situations exposées verbalement, etc.). Comparativement à des petits n'ayant suivi aucun programme préalable, ou ayant suivi un programme d'introduction aux arts graphiques, les enfants initiés à la musique ont déployé des capacités supérieures d'intelligence verbale. Les psychologues y voient le signe d'un transfert de capacités cognitives musicales (mémorisation, repérage de structures temporelles et sonores) vers le domaine du raisonnement et du langage.

  

Dans la seconde étude, les psychologues ont fait écouter à des adultes âgés de 18 à 30 ans ou de 40 à 60 ans des phrases enregistrées, dont le ton exprimait six émotions différentes : la peur, la colère, le dégoût, la joie, la tristesse ou la surprise. Les résultats ont montré que les adultes ayant un bon niveau de pratique musicale identifient mieux, quel que soit leur âge, la plupart des émotions exprimées à travers la voix. Les personnes sans pratique musicale se trompent plus souvent.

  

La musique exerce l'oreille à déceler les variations dans la hauteur des sons, et familiarise en outre au monde émotionnel, qu'il s'agisse d'exprimer des émotions par des sons, d'identifier ses propres émotions, ou d'affûter sa sensibilité aux inflexions des phrases musicales et aux nuances associées aux différentes interprétations. L'avantage acquis en société est alors notable, étant donné que l'identification des émotions dans les voix fait partie de l'intelligence émotionnelle, liée au succès social et professionnel.

 

Sébastien Bohler pour www.pourlascience.fr

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 19:30

« La guerre n’est pour moi que le symbole ultime de l'ignorance, de la cruauté et de la bêtise humaine déchaînées dans une folie collective... sans limites. Une partie de mon existence a été au service de la destruction ; elle a été consacrée à l’hostilité, à la haine, à la mort. Mais la vie m’est restée, et il s’agit désormais de travailler et de remettre au jour ce qu’ont enterré les années d’obus et de mitrailleuses... alors, les morts finiront par se taire. »  

 

Carine Trevisan, Les fables du deuil, PUF, 2002.


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Un monde sans limite. Essai pour une clinique psychanalytique du social

De Jean-Pierre Lebrun

 
 

 

Le psychanalyste peut-il contribuer à éclairer la crise qui affecte le social et la famille en cette fin de siècle ? En s'inspirant de Jacques Lacan, Jean-Pierre Lebrun décrit un monde dans lequel le développement de la technoscience a discrédité l'autorité paternelle jusqu'au sein même de la famille et ne lui permet plus d'équilibrer le pouvoir maternel. En effet, la psychanalyse souligne l'importance de la fonction paternelle dans la constitution de la réalité psychique du sujet. Or, le discours et les pratiques sociales d'aujourd'hui tendraient, selon J.-P. Lebrun, à disqualifier le père. En remplaçant, par exemple, la notion d'autorité paternelle par celle d'autorité parentale, elles tendent à substituer une paternité génétique à la paternité symbolique. Par ailleurs, affirme l'auteur, le discours de la science privilégie les énoncés (la description « objective »), au détriment de l'énonciation (le scientifique qui parle), véhiculant une illusion de toute-puissance, voire totalitaire.

 

Entre un discours scientifique tout- puissant et une famille qui met en congé le père, le champ est libre pour l'évitement de la frustration, elle-même engendrée par un encadrement viril. La rencontre d'un sujet toujours tenté de s'épargner le travail psychique nécessaire pour assumer l'insatisfaction fondamentale de notre condition humaine et d'un discours social qui lui laisse croire que l'ordre symbolique ne porte plus en lui cette inéluctable déception favorise l'apparition de pathologies nouvelles : toxicomanies, délinquance, état limites. Il revient au psychanalyste de faire reconnaître que la rationalité scientifique n'est pas toute-puissante, que l'ensemble de ses énoncés est marqué par la dimension de l'énonciation et que cette dernière, même s'il n'y a plus de père pour la garantir, est néanmoins garantie par le langage, et en cela irréductible.

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 08:22

Première émission:

Maladies neurodégénératives et environnement !

 

-Cliquez sur les logos France Culture pour écouter les podcasts-

 

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Avec : Marie Grosman, biologiste, spécialiste de santé publique et Roger Lenglet, philosophe et journaliste, auteurs de "Menace sur nos neurones" (Actes Sud, 2011).

 

Deuxième émission:

Causes et origines de l'explosion des maladies neurodégénératives ?

 

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Synopsis des émissions:

02.12.2011 - 14:00

     

Evolution de la maladie d'Alzheimer dans le monde Lamiot©Creative Commons.

   

« Près de 350 000 personnes bénéficient d’une prise en charge pour affection de longue durée de type maladie d’Alzheimer et maladies apparentées. Etroitement liée au vieillissement de la population et à l’allongement de la durée moyenne de vie, cette affection devrait continuer à progresser dans les prochaines années ». Ces phrases sont issues du site consacré au Plan Alzheimer 2008-2012 qui précise que 800 000 personnes sont aujourd’hui atteintes par cette maladie. En 2005, le rapport du député Jean-Michel Dubernard à l’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé, indiquait un chiffre plus élevé de 855 000 personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et des syndromes apparentés avec 225 000 nouveaux cas chaque année. En 2020, ces pathologies pourraient ainsi concerner 1,3 million de personnes en France.

 

Les plans Alzheimer se succèdent mais la maladie, dont le nom englobe désormais souvent l’ensemble des pathologies neurodégénératives, semble loin de régresser. Et les familles touchées restent largement démunies face à une affection à l’évolution lente qui, plus qu’une invalidité physique, rend très problématique les relations entre le patient et leurs proches. L’association France-Alzheimer note que 40% des aidants décèdent avant le malade, ce qui démontre à quel point l’impact des maladies neurodégénératives dépasse le nombre des personnes atteintes. Ces pathologies constituent désormais une véritable épidémie et un problème de santé publique majeur. Leur coût pour la société française pourrait passer de 10 milliards d’euros en 2005 à 20 milliards d’euros en 2020. Face à la détresse des familles et des patients, la médecine semble largement désarmée, qu’il s’agisse du diagnostic ou du traitement.  

 

Comparaison d'un cerveau sain et d'un cerveau atteint par Alzheimer-ADEAR©Creative Commons.

 

Dans une telle situation, une vive polémique s’est développée autour des « médicaments », entre guillemets, anti-Alzheimer, certains allant jusqu’à considérer qu’ils ont plus tendance à écourter la vie des patients qu’à l’améliorer.

Une étude controversée car non publiée dans une revue scientifique a fait l’objet de la couverture et du dossier du magazine Science et Avenir du mois d’octobre 2011. Cette étude indique que la consommation chronique d’anxiolytiques et de somnifères augmenterait le risque d’entrée dans la maladie d’Alzheimer. L’étude pointe particulièrement la famille des benzodiazépines responsable d’une forte dépendance.

Un livre publié en septembre chez Actes Sud sous le titre  Menace sur nos neurones, Alzheimer, Parkinson et ceux qui en profitent…  soutient la thèse que les maladies du cerveau sont dues à de nombreux neurotoxiques, dont certains médicaments.

Que peut-on dire aujourd’hui sur ce vaste et douloureux problème qui touche tant de familles en les laissant dans un profond désarroi ?

 

Invités:

  

Marie Grosman, biologiste, spécialiste de santé publique, agrégée en sciences de la vie, diplômée en épidémiologie et en santé environnementale, coauteur avec Roger Lenglet de l'essai Menace sur nos neurones (Actes Sud, 2011),  

Philippe Masquelier,  médecin généraliste, vice-président de l’association Formindep,

Elena Pasca qui anime le blog Phamacritique , 

Jacques Selmès ancien interne des hôpitaux de Paris, a participé à la création et au développement d’Alzheimer Europeauteur de La maladie d'Alzheimer. Accompagnez votre proche au quotidien (John Libbey, 2011).

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 12:14

Questions à la psychanalyste Gisèle Harrus-Révidi:

 

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Beaucoup de parents n’assument plus leur rôle affectif. Et l’enfant, pour compenser sa souffrance, se sacrifie en mûrissant trop vite. La psychanalyste Gisèle Harrus-Révidi consacre un ouvrage, Parents immatures et enfants adultes (Payot, 2004), à ce drame familial.

 

Ce phénomène concerne-t-il beaucoup de gens ?
 

Gisèle Harrus-Révidi : Je crois qu’actuellement, il touche une part non négligeable de la population. Et, curieusement, il n’a jamais été traité par les psychanalystes. Mûrir à son rythme, soutenu par des parents qui apportent un espace psychique pour penser et aimer, fait actuellement figure de luxe. Or, c’est une nécessité.

Le cinéma, la télévision montrent, sous l’angle de la comédie, des parents infantiles pris en charge par leurs enfants. On en rit, mais dans la réalité, c’est tragique : l’enfant est obligé d’endosser le rôle de parents de ses propres parents. Et se sent coupable de ne pas y arriver. Le pire est que cette hypermaturité est le destin le plus enviable quand on a ce type de parents. Seul l’individu qui a pu trouver un soutien, des modèles en dehors de sa famille y accède. La norme serait plutôt la répétition de l’immaturité parentale.

 

Qu’est-ce qu’un parent immature ? Un parent qui se veut “cool” ?
 

Il est très difficile de dresser un tableau clinique complet de l’immaturité – ou de l’hypermaturité. En effet, certains parents – ou enfants – présenteront tels traits caractéristiques et pas tels autres. Néanmoins, des constantes apparaissent. En premier lieu, l’immaturité affective décrite ici est très différente de l’immaturité bien visible du « parent copain ». Les parents dont je parle ont pour particularité première de nier la spécificité de l’enfance : ils sont indifférents à la leur, qu’ils évoquent sans la moindre émotion. Ils ont, très clairement, un problème important avec le temps et les souvenirs. C’est comme s’ils évoluaient dans une temporalité immobile. D’ailleurs, ils ont la particularité de paraître nettement plus jeunes que leur âge. On a l’impression que les événements n’ont nulle prise sur eux.

Ces parents sont également très centrés sur eux-mêmes, au point d’être totalement sourds aux besoins de réassurance, de soutien et d’affection de leur enfant. Ils ne le protègent pas, n’éprouvent aucun sentiment de devoir vis-à-vis de lui. Leur fille rêve de faire de la danse ? Si le professeur habite trop loin à leur goût, ces parents ne vont pas sacrifier leur bien-être, et la fillette devra renoncer à sa passion. De plus, l’adulte immature manque d’esprit pratique. Les gestes de la vie courante sont exécutés en dépit du bon sens : un marteau servira de casse-noisettes, ou bien les assiettes seront entreposées dans la salle de bains. Il est fréquent que les patients ayant eu de tels parents se plaignent d’attitudes à la limite du sadisme. L’un d’eux me confiait que ses parents s’étaient amusés à lui laisser croire qu’il était possible d’épouser son père ou sa mère !

 

Pourquoi les individus immatures fondent-ils des familles ?

 

Pour faire comme tout le monde et, parfois même, dans le secret espoir que, plus tard, leurs enfants s’occuperont d’eux. Ce ne sont pas de "vrais" parents, mais d’éternels enfants.

 

En quoi est-ce problématique d’être hypermature ?
 

Une de mes patientes me racontait qu’elle avait toujours restreint ses envies et ses besoins, parce que ses parents n’étaient jamais disponibles. Elle voulait qu’ils l’aiment, aussi faisait-elle ce qu’ils attendaient : elle essayait de se rendre inexistante, et devenait une petite souris dans son coin. Malgré ça, elle avait tout le temps conscience qu’elle les dérangeait. Elle ne faisait jamais de caprices, parce qu’elle n’avait pas suffisamment confiance en eux pour en faire. Pour elle, faire des caprices, c’était se savoir aimée. L’hypermature doit donc lutter contre ces deux lieux communs : que toute mère est dotée d’un instinct maternel, et que les parents veulent forcément le bonheur de leurs enfants. Il a vécu exactement l’inverse.

De plus, il constate que ses choix, sa vision du monde sont sans rapport avec ceux de son entourage. D’où un sentiment de différence très inconfortable. Vu de l’extérieur, l’ancien enfant hypermature est souvent quelqu’un qui réussit professionnellement, notamment dans les métiers de soin, car, depuis son plus jeune âge, il a pris les autres en charge. Mais derrière la façade, quelle souffrance ! Profondément, l’hypermature ne s’aime pas et ne se trouve pas aimable. Généralement, c’est un grand angoissé, qui se sent en permanence le dos au mur et qui tend à tout intellectualiser pour se protéger. Ses failles affectives peuvent cependant être comblées, dans une certaine mesure, par un travail sur soi.

Comment agir avec des parents qui ont gâché votre vie ?

 

Les haïr, s’acharner violemment sur eux, reviendrait à reprocher à un myope sa myopie. Il faut se protéger, en leur disant par exemple : « Je t’interdis de me parler comme ça, c’est inacceptable. » Impossible de leur en demander plus. Ils ne deviendront jamais de gentils parents.

 

Que faire si l’on se reconnaît dans le portrait de l’immature ?
 

Les immatures ne se reconnaissent pas du tout dans les descriptions qui sont faites d’eux, car ils ont l’impression de faire énormément pour leur entourage.


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Parents immatures et enfants adultes (Payot, 2004) - Gisèle Harrus-Révidi - psychologie.com

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 10:55

Quelques rappels qui aident efficacement à comprendre les syndromes de sevrage:

 

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Le syndrome de sevrage à l'arrêt des benzodiazépines comprend des signes d'anxiété, un rebond de l'insomnie mais aussi diverses perturbations des perceptions telles que hallucinations, distorsion de l'image corporelle, confusion mentale. À l'arrêt des benzodiazépines prises à dose élevée, surviennent parfois des troubles neurologiques tels que convulsions ou confusions.

 

Quand le sommeil est de retour, la durée du sommeil paradoxal augmente, d'où la survenue de nombreux cauchemars. Ces symptômes font croire à tort que le médicament était efficace, et sont parfois la cause d'un usage prolongé de benzodiazépine.

 

La sévérité du syndrome de sevrage semble liée à la durée du traitement, à l'utilisation de doses élevées de benzodiazépine, ou d'une benzodiazépine à demi-vie courte. Les patients âgés semblent particulièrement sensibles au syndrome de sevrage.

 

Chez les adultes, il est démontré qu'un syndrome de sevrage est moins fréquent quand l'arrêt des benzodiazépines est progressif et associé à une information sur les problèmes liés aux benzodiazépines et à une thérapie comportementale.

 

Certains essais ont montré que des interventions ponctuelles amènent environ 25 % des patients à diminuer voire à arrêter complètement le médicament, alors qu'ils étaient satisfaits de leur traitement médicamenteux et qu'ils ne demandaient qu'à le poursuivre. Les interventions testées consistaient à informer les patients sur les effets indésirables des benzodiazépines et sur les signes de sevrage, sur les principes physiologiques du sommeil et à proposer un aménagement de la stratégie d'endormissement du type "contrôle par le stimulus", lors de consultations spécifiques hebdomadaires.

 

Chez un patient qui est sous benzodiazépine depuis un certain temps et qui dort mal, il est fréquent que le médicament ne soit plus efficace sur le sommeil alors que les effets indésirables persistent, notamment sur la mémoire et la vigilance. Mieux vaut alors amener le patient à prendre conscience de ce problème, et envisager un sevrage très progressif du médicament.

    

Revue Prescrire ; 28 (292) : 115.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 10:52

Serge Tisseron, Psychiatre et Psychanalyste, auteur de Nos secrets de famille, explique les conséquences des secrets et tabous familiaux.

 

secret de famille

  

Les secrets de famille sont la cause de troubles affectifs qui se transmettent de parents à enfants. Ils peuvent faire obstacle, à leur tour, au bon déroulement des acquisitions scolaires.

 

La transmission trouve évidemment son terrain de choix dans la famille et dans l'école. L'importance de l'une et de l'autre rend d'autant plus essentielle leur complémentarité. Or les processus de transmission à l'oeuvre dans la famille et dans l'école peuvent s'étayer, mais ils peuvent aussi s'annuler. Une telle situation peut porter sur un contenu - par exemple en cas de désaccord d'une famille sur certaines valeurs transmises à l'école, comme la laïcité -, mais elle peut aussi porter sur la capacité de l'enfant à bénéficier des transmissions scolaires. Pour que l'enfant puisse bénéficier de la situation de transmission, il faut en effet qu'il accepte que l'adulte soit en situation de lui transmettre et être capable d'intégrer ses expériences nouvelles à l'ensemble de sa personnalité. Or, ces deux processus peuvent être gravement gênés par l'existence de secrets.

 

Les enfants qui grandissent dans des familles où il existe des secrets graves présentent souvent des troubles de leurs apprentissages scolaires. Ils sont, par exemple, rêveurs, dissipés, ou concentrent leur intérêt sur une seule matière aux dépens de toutes les autres.

 

Pour comprendre ce processus, nous devons, il est vrai, rompre avec un certain nombre d'erreurs qui entourent la notion de secret de famille. Tout d'abord, un secret de famille n'est pas seulement quelque chose que l'on ne dit pas, puisque nous ne disons bien entendu pas tout et à tout moment. Il porte à la fois sur un contenu qui est caché et sur un interdit de dire et même de comprendre qu'il puisse y avoir, dans une famille, quelque chose qui fasse l'objet d'un secret. En outre, dans leur grande majorité, les secrets ne sont pas organisés autour d'événements coupables ou honteux comme on le croit souvent. Les fameuses « fautes de nos ancêtres » ne sont qu'une source très minime de secrets de famille. La plupart d'entre eux sont en fait organisés autour de traumatismes vécus par une génération et incomplètement symbolisés par elle. Il peut s'agir de traumatismes privés, comme un deuil, mais aussi collectifs comme une guerre ou une catastrophe naturelle.

 

Ces événements n'ont pas reçu de mise en forme verbale, mais ils ont toujours été partiellement symbolisés sous la forme de gestes et d'attitudes et, parfois aussi, d'images montrées ou racontées en famille. En effet, la symbolisation n'est pas seulement verbale. Elle est aussi sensori-motrice, à travers les gestes, attitudes, mimiques, et elle est également imagée à travers les images construites ou seulement imaginées. Ces symbolisations partielles peuvent, dans le cas d'événements douloureux, se traduire chez les parents par des silences ou des propos énigmatiques, des pleurs ou des colères sans motif apparent, totalement incompréhensibles pour leurs enfants.

 

Ceux-ci vont se trouver, de ce fait, confrontés à de grandes difficultés. Un parent leur manifeste des émotions, des sensations et des états du corps en relation avec une expérience forte, mais sans pouvoir leur confirmer la nature de ce qu'il éprouve et encore moins leur en expliquer la raison. Ses attitudes et ses gestes peuvent notamment entrer en contradiction avec les mots qu'il prononce, mais aussi entre eux, et être même parfois totalement déplacés par rapport à la situation.

 

C'est, par exemple, le cas de la mère qui regarde son enfant en souriant puis cesse brusquement de sourire et s'assombrit. Ou bien, c'est le cas du père qui tient son enfant sur ses genoux en regardant la télévision, et se raidit soudain en écartant l'enfant. Ces changements brutaux d'attitude, de mimique, de comportement ou d'intonation ont toujours une cause précise. Par exemple, la mère a cru soudain voir dans le regard de son enfant, ou même dans la seule forme de son visage, quelque chose qui lui a rappelé le visage de son propre frère à un moment où elle a eu très peur de lui. Le père qui regardait tranquillement la télévision a soudain été bouleversé parce qu'un mot ou une image a réveillé un souvenir terrible de son histoire passée. A travers ces « suintements » du secret - qui peuvent être aussi bien des mots répétés, des lapsus ou des comportements -, l'enfant pressent une souffrance chez son parent.

 

Considérés d'un point de vue extérieur, les secrets de famille consistent donc en événements gardés cachés sur plusieurs générations. Mais, pour les enfants qui grandissent en y étant confrontés, l'important ne réside pas dans l'événement initial qu'il leur est de toute façon le plus souvent impossible à connaître. Il consiste dans leurs questions et leurs doutes à son sujet, et, plus encore, dans les choix qui en découlent.

Face à cette souffrance dissimulée, l'enfant peut en effet réagir de trois manières différentes, qui peuvent chacune porter ombrage à ses apprentissages.

 

D'abord, il peut imaginer qu'il est lui-même le responsable de la souffrance qu'il pressent chez son parent et s'engager dans la voie de la culpabilité. Cette manière de réagir est plutôt caractéristique de la petite enfance. Dans les premières années de la vie, en effet, l'enfant se sent volontiers l'origine et la cause de ce qu'il perçoit chez les adultes qui l'entourent.

 

Perte de confiance envers les autres et soi-même

L'enfant plus grand imagine volontiers que ses parents sont coupables de quelques actes terribles qu'ils voudraient lui cacher. Il n'est pas tant sujet à la culpabilité qu'à la perte de confiance en ses parents. Cette perte de confiance peut s'étendre aux adultes auxquels ces derniers sont appelés à déléguer une partie de leur pouvoir, en particulier les enseignants. Enfin, il est également possible que l'enfant perde confiance en ses propres capacités. C'est le cas lorsqu'il est confronté à des parents qui lui affirment que les choses ne sont pas telles qu'il les a vues ou entendues. L'enfant a alors l'impression de ne plus pouvoir faire confiance en ses propres capacités. Il perd confiance en lui, et il peut finir par douter de la réalité de ce qu'il voit et entend, et même de l'ensemble de ses capacités psychiques. Par ailleurs, les enfants qui grandissent dans une famille à secrets deviennent souvent à leur tour des adultes qui créent de nouvelles situations de secrets. Comme ils ne peuvent pas maîtriser les secrets dont ils sont victimes, ils tentent d'en créer d'autres qu'ils puissent contrôler. Mais leurs enfants risquent bien d'en être perturbés à leur tour. En tous cas, un secret de famille anodin - ou que tout le monde connaît et fait semblant d'ignorer - en cache bien souvent un autre, qui peut être très grave, dans les générations précédentes. Heureusement, tous les traumatismes n'engendrent pas forcément un secret, car il est toujours possible d'évaluer et de surmonter leurs effets.

 

La transmission d'un secret collectif

La plupart des secrets sont liés à un traumatisme non-surmonté, qui peut être individuel, comme un deuil ou une fausse couche, ou collectif : les catastrophes naturelles, les attentats et les guerres sont des sources importantes de secrets dans lesquelles le silence familial est redoublé par le silence social. La transmission peut alors être malade au niveau d'un pays entier, comme le montre le cas de l'Allemagne de l'Ouest après la guerre. Ce pays, à partir de 1950 et encore plus après 1980, s'est en effet si bien engagé dans un effort d'explication du national-socialisme que certains historiens l'ont pris comme modèle de nation authentiquement désireuse de tourner la page d'un passé tragique.

 

Les enfants d'âge scolaire ont bénéficié de films, d'émissions de télévision, d'expositions photographiques et d'interventions scolaires sur les crimes du nazisme. Pourtant, certains historiens nient qu'il y ait eu dans l'Allemagne d'après-guerre une véritable volonté d'expliquer cette période. Comment rendre compte de cet apparente contradiction ?

 

En fait, il n'y a pas eu deux consignes opposées données aux mêmes institutions qui auraient été : « Parlons du national-socialisme » et « Ne parlons pas du national-socialisme ». Si tel avait été le cas, il aurait été possible de dénoncer la duplicité officielle beaucoup plus tôt, et les historiens ne se seraient pas privés de le faire. En réalité, les deux messages différents ont été délivrés à deux instances distinctes. D'un côté, l'Etat a encouragé indirectement ses institutions et notamment l'école, à évoquer les crimes du national-socialisme. D'un autre côté, le même Etat a encouragé le silence familial sur cette période de l'histoire allemande. Un propos couramment tenu par les politiques allemands, toutes tendances confondues, était alors que la gravité de ces événements justifiait que l'on respecte le silence sur eux. Ils ne conseillaient pas aux parents de se taire, mais le résultat était le même. Les parents réticents à parler de ce qu'ils avaient vécu entre 1933 et 1945 se sentaient justifiés de se taire et leurs enfants culpabilisaient de vouloir insister. En pratique, cela signifiait qu'un enfant qui entendait parler longuement de la guerre à l'école, puis qui rentrait chez lui et tentait de parler avec ses parents, se heurtait à leur silence. Il intériorisait vite l'idée que poser des questions était incorrect.

 

Cette politique a produit une génération née après-guerre qui s'est trouvée prise entre les deux feux de la mémoire officielle et du silence familial. Cette situation permet de comprendre le refus manifesté aujourd'hui par certains Allemands d'une « culpabilisation excessive » de leur pays. En fait, quand un Allemand né après la guerre déclare : « Je ne me laisserai pas culpabiliser par des événements auxquels je n'ai pas participé puisque je suis né après la guerre », il faut entendre aussi qu'il dit d'abord : « Je ne vous laisserai pas culpabiliser mes parents. »

 

A partir de cet exemple, on comprend que la question de la mémoire ne se laisse pas ramener seulement aux deux pôles de l'individu et du collectif. Il faut y ajouter celui de la mémoire familiale, et comparer la transmission réalisée par les institutions officielles, comme l'école, à celle qui s'effectue dans les familles.

Dans le cas de l'Allemagne de l'Ouest, un secret collectif non-élaboré a produit des déficits dans les transmissions familiales, et celles-ci ont à leur tour perturbé la transmission du message sur le nazisme délivré par l'école.

 

Les parents contre l'école ?

Ce qui précède peut laisser imaginer que l'école et la famille devraient absolument tenir le même discours et transmettre les mêmes attitudes. Il semble important, cependant, de maintenir certaines séparations entre les deux. Le désir que manifestent aujourd'hui certains parents de contrôler tout ce qui se fait dans l'école peut en effet avoir des conséquences catastrophiques. On se souvient que la question du foulard islamique a été considérée par certains comme une tentative menée par des parents intégristes pour imposer leur loi à leur fille jusque dans l'école laïque.

 

Mais il n'y a pas que les parents intégristes à vouloir imposer leur regard et leur contrôle sur l'école. Certains parents ayant des enfants en crèche, par exemple, demandent l'installation de webcaméras à l'intérieur de ces établissements. La première crèche ainsi équipée se trouve à Issy-les-Moulineaux. Les parents peuvent ainsi avoir accès, via un numéro de code personnel, à un site Internet sur lequel ils surveillent leur bambin à son insu ainsi que le personnel chargé de s'en occuper. Derrière cette affaire de caméras, on trouve le désir inconscient de la part des parents d'empêcher le nécessaire travail de séparation des enfants et aussi de retarder le leur. La période de la crèche est celle qui permet aux uns et aux autres d'en aborder la première étape. Du côté des parents, elle exige qu'ils acceptent de déléguer le pouvoir de rassurer leur enfant à des tiers « maternants », comme ils accepteront plus tard de déléguer le pouvoir de l'éduquer à des tiers « paternants ». Dans les deux cas, il s'agit pour eux d'accepter de perdre une partie de leur toute-puissance, et de considérer l'enfant comme un sujet à part entière.

 

C'est un droit que les lieux de vie collectifs existant actuellement garantissent. Mais il y a un risque que le cordon ombilical virtuel établi via Internet fasse obstacle à l'apprentissage en collectivité loin du regard des parents. Certains parents, et notamment certaines mères, seront ravies d'en faire l'économie. On peut imaginer les propos ambigus qu'un parent ayant vu son enfant la journée, par caméra interposée, pourra lui tenir le soir à son retour de la crèche : « Tu ne m'as pas vu, mais moi je t'ai vu, tu as fait ceci ou cela ! » Ou même : « Si tu le désires, tu peux me faire coucou pendant la journée, où que je sois, je te verrai ! ».

 

Tous les enfants ont aujourd'hui la possibilité d'échapper à leur milieu familial le temps de leur intégration dans une collectivité, qu'il s'agisse d'une crèche, d'une école ou d'un club. Ils y gagnent d'être confrontés à d'autres regards sur eux que ceux de leurs parents, et donc à un autre point de vue sur leurs apprentissages et leurs possibilités. La loi Guizot (1833) a tenté de garantir l'indépendance des écoles par rapport aux autorités locales. Il est peut-être important de réfléchir à leur indépendance par rapport à l'autorité familiale. Les spécialistes de l'enfance savent combien il est important de respecter l'hétérogénéité des apprentissages en fonction des lieux et des interlocuteurs avec lesquels ceux-ci sont mis en jeu : certaines acquisitions sont d'abord faites à la maison et d'autres en collectivité, et il est essentiel de ne pas pousser l'enfant à se développer forcément au même rythme et de la même façon dans ces deux lieux. A travers cette hétérogénéité des apprentissages et la manière dont l'enfant les traduit et les manifeste, c'est la découverte de sa liberté qui est en jeu.

 

Dans les années 1960, le couple école-famille semblait valoir à la mesure de leurs ressemblances ou de leurs différences. Les travaux du sociologue Pierre Bourdieu, en particulier, affirmaient qu'en dépit de sa vocation démocratique, l'école publique travaillait à reproduire les inégalités sociales en place. L'enfant n'était censé bénéficier d'une véritable potentialisation de ses capacités que lorsque les connaissances et les manières de faire véhiculées par l'école étaient identiques à celles de la famille. La synergie des informations et des « habitus » véhiculés par l'école et la famille constituait une sorte de « turbo » qui propulsait l'enfant bien né vers le succès. Au contraire, lorsque le décalage entre la culture familiale et celle de l'école était important, comme c'est souvent le cas dans les familles défavorisées, l'enfant développait un handicap qui se traduisait notamment par l'échec scolaire. Ce système diabolique méritait bien le nom sous lequel P. Bourdieu l'a rendu célèbre, la « reproduction ».

 

L'illusion du déterminisme social

On est bien obligé de constater que les choses ne sont pas si simples. Certains enfants issus de milieux particulièrement défavorisés s'élèvent très haut dans la hiérarchie sociale, et P. Bourdieu en est un exemple. D'autres enfants, issus de milieux aisés, auxquels le « capital culturel » ne manque pas, échouent pourtant lamentablement, à la fois scolairement et socialement, et ceci indépendamment de leurs capacités intellectuelles.

 

En fait, les performances scolaires d'un enfant ne sont pas seulement fonction de son intelligence et de l'aide que lui apporte son milieu familial, ne serait-ce que par imprégnation. Elles dépendent aussi de sa capacité à se donner des représentations personnelles, intégrées à sa personnalité, de ce que l'école vise à lui transmettre. Or certains enfants se heurtent sur ce chemin à un blocage de leurs capacités de symbolisation, parce que certaines de leurs expériences faites en famille sont pour eux interdites de symbolisation. Il peut s'agir d'expériences vécues une seule fois, comme des sévices sexuels ponctuels. Mais ce sont plus souvent des expériences faites un peu chaque jour, comme c'est le cas lorsqu'il existe un secret de famille.

 

Le résultat est le même dans tous les cas. Le blocage des processus de symbolisation autour de cette expérience capitale pour l'enfant porte ombrage à l'ensemble de ses performances d'apprentissage. Autrement dit, même lorsque le capital culturel ne manque pas à de tels enfants, il est difficilement utilisable. Pire encore, parfois, ces enfants issus de milieux privilégiés « jettent le bébé avec l'eau du bain » : ils « vomissent » en quelque sorte leur capital culturel. Celui-ci leur apparaît en effet comme une forme grave d'hypocrisie : c'est à leurs yeux le masque derrière lequel leur famille dissimule des secrets inavouables.

 

On comprend ainsi comment des enfants issus de familles aisées et cultivées en viennent à refuser les facilités que leur milieu leur offre et s'engagent dans une carrière d'échecs scolaires, voire de délinquance ou de toxicomanie. Accepter l'héritage social serait pour eux accepter l'hypocrisie familiale. D'autres « jettent leur gourme » et essayent de tout reprendre à zéro, avec plus ou moins de succès.

 

A l'inverse, il arrive que des enfants issus de milieux particulièrement défavorisés, à la fois sur les plans des capitaux matériel, culturel et relationnel, réussissent brillamment dans leurs études. Quand on connaît de tels enfants, on s'aperçoit toujours que leur milieu familial encourage leur travail psychique de symbolisation. Lorsqu'il s'agit de familles d'immigrés, notamment, les conditions de l'immigration et la période qui l'a précédée font l'objet de récits, et il existe souvent des photographies qui en témoignent. Enfin, de façon générale, aucun événement vécu par l'enfant n'est interdit de parole. Ce travail d'assimilation psychique des expériences du monde familial se prolonge alors naturellement dans un travail d'assimilation psychique des expériences du monde scolaire.

Dans la transmission, ce qui importe, ce n'est pas le contenu, c'est la capacité de pouvoir se construire des représentations personnelles de ses expériences du monde, autrement dit la capacité de symbolisation.

 

Lorsqu'elle est mise en défaut par un secret, privé ou social, l'aptitude des enfants à bénéficier de toutes les formes de transmission, aussi bien familiales que scolaires, peut être gravement perturbée. C'est pourquoi les parents ont avantage à évoquer avec leurs enfants les questions douloureuses qui les travaillent. Il ne s'agit pas de « tout leur expliquer », mais de les rassurer sur le fait qu'ils ne sont pas responsables des souffrances de leurs parents. En outre, en parlant tôt de ces questions, les parents se familiarisent eux-mêmes avec les mots pour les dire. Quand l'enfant devient assez grand pour tout comprendre, les mots viennent facilement sur leurs lèvres, et ils établissent ainsi une communication qui permet à l'enfant de se construire et de bénéficier de tous les nouveaux apprentissages auxquels il peut être confronté, scolaires ou non.

 

www.scienceshumaines.com

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 16:10

La dignité de penser de Roland Gori – Editions LLL - "Les Liens qui Libèrent".


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Voici un livre qui démontre magistralement combien notre société est vampirisée par les chiffres, la norme et l’obsession de la performance. Relations sociales, économie, santé mentale, jamais nous nous sommes autant affranchis de l’humain – cette aptitude à accepter et sublimer sa vulnérabilité -, du psychisme, du respect de soi et des autres. Un essai remarquable qui déconstruit notre monde et pose la question de l’urgence de retrouver le sens du récit, c’est-à-dire notre capacité à penser et imaginer hors de la soumission à l’ordre dominant de la technique et de la marchandise.

 

Introduction de l'ouvrage:


Au nom d’un « rationalisme économique morbide » une

nouvelle colonisation des esprits envahit la planète. Avec ses

agences d’évaluation et ses hommes de main, cette « religion

du marché » interdit de penser le monde, notre monde,

autrement que comme un stock de marchandises ou de

produits financiers.

 

Pour réaliser cette nouvelle manière de civiliser les

moeurs il fallait faire chuter la valeur de l’expérience et celle

du récit – de la parole – qui la transmet. En faisant baisser

le cours de la parole au profit de l’information, de sa part

la plus technique et mesurable, nous perdons le monde

commun, nous perdons notre monde. Et plus encore en

Occident, nous nous habituons à lâcher la démocratie pour

l’ombre d’une technocratie qui organise insidieusement

nos servitudes volontaires.

 

Cet ouvrage invite au retour du politique pour retrouver

les conditions sociales et culturelles permettant de penser,

de juger et de décider. Cela exige que soit d’abord interrogé

le statut du savoir dans la culture, son rapport à l’expérience

et aux pratiques sociales. Mais comment retrouver aujourd’hui

la dignité de penser dans une culture qui ignore la

légitimité du savoir du conte, du rêve, du jeu et de leurs

récits ? La France qui se lève tôt a-t-elle encore le temps de

raconter sa vie, son histoire et ses rêves ?

 

                                        --------------------

 

Roland Gori est professeur émérite de psychopathologie clinique à

l’université d’Aix-Marseille et psychanalyste. Il a été en 2009 l’initiateur

de l’Appel des appels. Il a récemment publié:  

Logique des passions (2002), La Santé totalitaire (avec M.-J. Del Volgo, 2005),

Exilés de l’intime (avec M.-J. Del Volgo, 2008), La Preuve par la parole (2008),

L’Appel des appels Pour une insurrection des consciences (avec B. Cassin et Ch. Laval,

2009), De quoi la psychanalyse est-elle le nom ? Démocratie et subjectivité

(2010), La folie évaluation (avec A. Abelhauser et M.-J. Sauret, 2011).

 

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 16:06

France-Culture

 

-Une pétition de "l'appel des appels"-

 

Premiers signataires:

Vincent de Gaulejac, Université Paris Diderot, sociologie

Roland Gori, Université d’Aix-Marseille, psychopathologie

Jean Philippe Bouilloud, ESCP-EAP, Gestion

Marie-José Del Volgo, Faculté de médecine d’Aix-Marseille

Christian Laval, Université de Nanterre, sociologie

Christine Delory Monberger, Université Paris XIII, Sciences de l’éducation

Danièle Linhart, CNRS, Sociologie

Florence Giust Desprairies, Université Paris Diderot, psychosociologie sociale

Danilo Martuccelli, Université Paris Descartes, sociologie

Yves Polack, CHU Bicat-Beaujon, Médecine

Jean Pol Tassin, Collège de France – Paris 6 Pierre et Marie Curie, neurobiologie

Barbara Cassin, CNRS, philosophie

Ingrid France Université Pierre Mendès-France Grenoble, économie

Michel Chauvière, CNRS, sociologie

Fabrice Leroy, Université Lille 3, psychopathologie

 

Aujourd’hui, il devient chaque jour plus évident que la mise en place des réformes récentes au sein de l’Université, de l’Education Nationale et des organismes de recherche (Loi de Réforme des Universités, Révision Générale des Politiques Publiques, Evaluations AERES) heurte de front les valeurs qui nous animent et nos missions premières : produire de la connaissance et partager le savoir.

 

Les paradigmes qui la sous-tendent sont ceux qui inspiraient, en son temps, les politiques de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Le New Public Management est né aux mêmes sources que les théories néo-libérales. Conçu dans les multinationales, il a servi de modèle pour « moderniser » les entreprises publiques et réformer les institutions publiques. Les réformes actuelles mettent en œuvre les mêmes principes : la rentabilité plutôt que l’intérêt général, la compétition plutôt que la coopération, la concurrence plutôt que la solidarité, l’utilité productiviste plutôt que l’amélioration du bien être collectif.

La recherche de la haute performance devient le critère ultime pour exister. Cette conception utilitariste de l’excellence produit l’exclusion et intensifie la lutte des places dans tous les secteurs. Le management par projet nous conduit à passer plus de temps pour acquérir les moyens de travailler qu’à travailler vraiment. Il affecte les ressources à des projets incertains en les réduisant d’autant pour nos activités d’enseignement et de recherche. L’évaluation prescriptive et quantitative pervertit les fondements même de la recherche, fondés sur la discussion publique, l’argumentation et la controverse.

 

L’idéologie des ressources humaines instrumentalise l’humain pour le soumettre à des critères de productivité immédiate et de rentabilité. La culture de l’urgence nous entraîne dans une course permanente qui empêche de prendre le temps de la réflexion et de la critique. Les exigences opérationnelles envahissent l’institution au détriment de nos tâches premières. Les primes, les classements et la segmentation des statuts cassent nos collectifs de travail, renforcent le chacun pour soi, le découragement et la déception car « un gagnant » produit de fait une multitude de perdants. La reconnaissance n’est plus celle que confère le « travail bien fait » mais dépend de grilles et de critères d’évaluation importés de l’extérieur. Comme si  l’objectif de gagner des places au classement de Shanghai était l’alpha et l’oméga de la nouvelle gouvernance universitaire.

 

Nous avons aimé notre université. Nous l’avons servie avec passion. Aujourd’hui l’amour du métier se délite, nous assistons à la montée du découragement, du dépit et de la colère. L’institution ne cherche plus à nous donner les moyens d’assurer notre mission, elle nous délivre des injonctions contradictoires en multipliant les projets, les évaluations, les appels d’offre, les réorganisations, qui n’améliorent en rien nos conditions de travail, l’accueil des étudiants, le suivi de nos recherches.

 

Si certains projets sont porteurs de nouvelles possibilités et peuvent contribuer à une plus grande indépendance des chercheurs, nous récusons les logiques évaluatrices de l’AERES, du Ministère de l’Enseignement et la Recherche, des ANR, des pôles d’excellence (PRES), des projets de Labex et  d’Idex. Nous refusons une politique destinée à classer les établissements, les laboratoires, les chercheurs, les publications, les formations et à éliminer tout ce qui n’entre pas dans les normes prescriptives qu’elle met en œuvre. Nous contestons une forme de gestion qui distille une philosophie contraire à l’esprit de service public et aux valeurs qui fondent l’exercice de nos métiers : l’imagination, la curiosité, le non-conformisme et la coopération au service d’un monde commun.

 

Nous affirmons notre volonté de rebâtir une université de tous les savoirs et pour tous les publics et notre souhait de nous mobiliser sur le cœur de notre métier, l’enseignement et la recherche, plutôt que nous engager dans une organisation par projets qui nous oblige à investir dans l’aléatoire. Nous vous invitons à rejoindre l’Appel des Appels et tous les mouvements de résistance qui s’organisent dans toutes les institutions de la République confrontées à l’idéologie managériale et à la nouvelle gestion publique.

   

Signez la petition sur le site: www.appeldesappels.org/petition/

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