15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 17:02

Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d'hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud... Synopsis et bande-annonce:

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Voici le célébrissime Sigmund Freud (Viggo Mortensen), son jeune disciple Carl Gustav Jung (Michael Fassbender) et Sabina Spielrein (Keira Knightley), la patiente qui devient leur égale...

 

David Cronenberg les filme avec un apparent détachement, une sagesse visuelle sûrement frustante pour ses détracteurs qui ne l'aiment qu'ouvertement pervers et torturé. Ici, les gouf­fres se masquent sous le luxe froid des décors, l'amidon des chemises, des redingotes et le flegme un tantinet britannique des deux super-psys, savants fous cherchant auprès de leurs patients la vérité sur leurs (nos) pulsions.

 

On note le passage éclair dans le film d'Otto Gross (Vincent Cassel). Cynique, drogué, sex addict assumé, considéré même par ceux qui le soignent comme un asocial, donc un fou, il est, ici, durant quelques brèves minutes, le provocateur, le révolutionnaire, l'utopiste, le « jouisseur sans entraves » que la société doit défaire avant qu'il ne la défasse... Dans la vie, Otto Gross est mort, le corps et l'esprit ravagés, assez jeune. Freud lui a survécu vingt ans. Et Jung, presque quarante. Le temps manque souvent aux libertaires. Comme les histoires d'amour, ils finissent mal, en général.
     

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 11:33

Le système de santé de notre pays est en crise et avec lui la protection sociale...

 

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De plan en plan et de réforme de la dernière chance en réforme de la dernière chance, chacun jette un oeil sur le malade, constate qu’il souffre, lui tapote la joue avec commisération et s’éclipse en baissant les yeux. Malades, médecins, politiques, tous se plaignent, et à force de se pencher sur le « trou de la sécu » (18,6 milliards d'euros en 2011) nous finirons tous par y tomber.

 

Les étudiants se détournent de la médecine générale, trop difficile, trop prenante et pas assez rémunérée. Les déserts médicaux se multiplient dans le Nord, le Centre, la Lorraine et la Bourgogne alors que le nombre de médecins culmine sur la Côte d’Azur.

 

Les médecins généralistes, véritables clés d’entrée d’un système de soins de qualité pour tous, amenés à soigner plus de 90% des hypertendus et des diabétiques, une grande majorité des problèmes respiratoires, psychologiques, gynécologiques et pédiatriques etc…sont en train de « dévisser leur plaque ».

 

Ainsi, le déremboursement progressif de la médecine de ville et la disparition des médecins généralistes de proximité annoncent une catastrophe sanitaire au moment où les maladies chroniques explosent et la population vieillit.

 

Si le courage politique a fait défaut lors des trente dernières années pour garantir à tous l’accès à des soins de qualité sur l’ensemble du territoire, le Docteur Martial Olivier KOEHRET explique les voies possibles pour soigner tous les Français sans discrimination.  L’auteur libre de toutes influences, engagé dans sa profession et défenseur de l’éthique de la médecine, s’investi dans une dynamique concrète de changement pour proposer des pistes et des solutions nouvelles.

 

- Un deuxième ouvrage est en cours de rédaction...

http://www.bourin-editeur.fr/livre/la-sante-aux-urgences.html

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 09:56

On les appelle « idées noires », « obsessions » ou encore « ruminations ». Elles surviennent souvent après un choc émotionnel. Elles hantent l'esprit pendant des jours ou des mois. Comment s'expliquent l'irruption de ces idées fixes dans notre vie quotidienne ? Comment y faire face ? De nombreuses recherches et théories psychologiques tentent de répondre à ces questions.

 

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Chacun a fait cette expérience

 

Cela survient après une grave dispute avec un collègue de travail ou un membre de sa famille. Le conflit est violent et la rupture brutale. Durant les jours et les nuits qui suivent, notre esprit est envahi par cette histoire. On a du mal à se concentrer sur son travail, à trouver le sommeil. Les mêmes idées reviennent en boucle à l'esprit : la scène de la dispute, le visage de notre interlocuteur, les réponses que l'on aurait aimé faire, les conséquences de cette rupture, etc.

 

Voilà un exemple de ce que l'on appelle couramment les « idées noires ». Les psychologues parlent quant à eux de « rumination mentale ». Celle-ci survient dans la vie quotidienne de chacun d'entre nous, avant de s'estomper rapidement. Elle prend une tournure dramatique, envahissante chez les personnes qui ont subi un choc traumatique, chez les dépressifs ou encore chez les personnes atteintes troubles obsessionnels compulsifs (Toc).

 

La rumination mentale a suscité toute une série de questions chez les psychologues. Comment se développe-t-elle ? Un événement traumatisant est-il nécessaire ou peut-elle surgir de façon endogène, sans raison apparente ? Peut-on contrôler son apparition ou survient-elle toujours à des moments impromptus ? Est-elle liée à certains troubles cliniques (troubles obsessionnels, dépression, stress posttraumatique) ou concerne-t-elle l'ensemble de la population ?

 

L'individu face aux émotions extrêmes

 

Dans les jours qui suivent un événement traumatique ? une agression pour vol par exemple ?, la personne est souvent en proie à des pensées obsédantes qui viennent la tourmenter. Elle se repasse indéfiniment la scène, imagine ce qu'il aurait pu ou dû faire, se reproche de ne pas avoir réagi autrement, etc.

  

Le psychologue Mardi J. Horowitz, spécialiste des états de stress posttraumatique, a été l'un des premiers à s'intéresser à ces ruminations mentales. Des pensées « intrusives » se manifestent d'abord par le retour involontaire de souvenirs liés l'événement : la victime d'un accident ne cesse de revivre les mêmes scènes ? choc, blessés, vision du sang. Un autre signe marquant de cette rumination est justement la tentative de la personne pour repousser ces pensées.

 

Pour M.J. Horowitz, ces pensées intrusives ne relèvent pas forcément de la pathologie, mais seraient plutôt nécessaires à l'équilibre psychologique de l'individu. Suite à un choc émotionnel intense, notre appareil mental met en place des réponses visant à une réadaptation à la vie normale. De ce point de vue, la répétition des ruminations s'expliquerait par un besoin de complétude de l'organisme. L'événement traumatisant (l'agression par exemple) se heurte à nos schémas mentaux courants, à nos routines de pensée et à nos habitudes de vie. Or, l'accident ou l'agression constitue une rupture brutale dans le cours normal des choses. Le besoin de complétude se manifeste par des tentatives répétées de mettre toute information nouvelle en adéquation avec les schémas mentaux préexistants.

 

Tant que l'incomplétude demeure, les ruminations intrusives persistent. La tentative de rétablir une sorte d'harmonie mentale sera progressivement réalisée par un double processus. Dans les situations les moins graves, cette tentative s'effectuera par assimilation, c'est-à-dire par l'intégration des informations nouvelles dans un schéma mental préalable. Si la rupture est plus profonde, un processus d'accommodation sera nécessaire : cette fois, il s'agira de l'adaptation des schémas mentaux anciens aux informations nouvelles. Dans un cas d'agression, la victime peut tenter d'insérer progressivement le souvenir violent à son univers mental, d'ordinaire plus pacifique. Peu à peu, les souvenirs s'estompent et sont « absorbés » dans les cadres de pensée habituels. Mais si l'écart est trop grand entre la réalité et les schémas mentaux, une accommodation des schémas à la réalité nouvelle devient essentielle. Les pensées intrusives surviendront tant que la discordance entre les schémas mentaux et le souvenir de l'événement n'est pas éliminée.

 

M.J. Horowitz insiste sur la dynamique des ruminations au fil du temps. Après l'irruption des pensées désagréables, des processus de contrôle se mettent en place pour protéger notre appareil mental. On assiste à une oscillation régulière entre des moments de pleine conscience de la réalité de l'événement et d'autres qui se caractérisent par un déni de la réalité. Ce serait précisément cette oscillation entre moments de confrontation et ceux de périodes d'évitement (autant des lieux où s'est déroulé l'événement que des émotions associées) qui permettrait, à terme, de se remettre d'un épisode pénible de ce type. Enfin, M.J. Horowitz a montré dans des études de laboratoire que les ruminations qui surviennent dans le cas de situations traumatiques reposent sur les même mécanismes que ceux qui surviennent dans la vie quotidienne, même s'ils sont d'intensité et de fréquence plus fortes.

 

Un modèle sociocognitif des ruminations

 

Le modèle proposé par la psychologue Ronnie Janoff-Bulman comporte un certain nombre de similarités avec celui de M.J. Horowitz. La contribution majeure de cette chercheuse de l'université du Massachussetts concerne nos systèmes de croyances fondamentales que l'événement traumatique vient perturber. Après un accident, un licenciement, une agression, la disparition d'un proche..., notre vision du monde subit une sorte de processus d'effondrement. Trois types de « croyances de base » sont brutalement remises en cause.

  

La première croyance concerne la bienveillance du monde environnant. Même si beaucoup de gens pensent que le « monde extérieur » est imparfait (« trop de souffrances, d'injustices, etc. »), la plupart des gens pensent que leur monde à eux est plutôt indulgent à leur égard. Du moins, il l'était jusque-là ! Puis survient tout à coup un événement qui vient démentir cette croyance profondément ancrée en soi. La personne agressée se retrouve brutalement confrontée à un acte injuste, odieux, cruel. Le monde environnant était plutôt satisfaisant, le voilà devenu malveillant !

 

La deuxième croyance repose sur l'idée que le monde a du sens. Chacun pense de façon inconsciente que les événements de la vie se déroulent suivant des règles établies et aisément compréhensibles. Ainsi, se réfère-t-on implicitement à une théorie d'un monde juste selon laquelle chacun reçoit ce qu'il mérite, et que le fait d'agir d'une certaine manière entraîne l'obtention de certains résultats. Par exemple, un schéma bien ancré veut qu'une personne qui fait régulièrement de l'exercice physique a des chances de rester en bonne santé. Que cette personne contracte une grave maladie et notre croyance dans un monde cohérent et juste s'effondre.

 

La troisième croyance concerne sa propre valeur. Chacun croit plus ou moins à sa bonne étoile et pense qu'il « vaut » quelque chose. Le choc traumatique conduit à un brusque effondrement de l'estime de soi. Les personnes agressées, licenciées, atteintes d'une maladie voient leur estime de soi chuter. Reprenons l'exemple de l'agression. Les trois croyances de base apparaissent soudain comme caduques : « Le monde qui m'entoure est hostile, injuste, insensé et je ne vaux plus rien. » Cette invalidation signale la perturbation profonde des systèmes de référence de l'individu, ainsi que la nécessité d'un traitement actif de l'information émotionnelle afin de les reconstruire progressivement.

 

Le modèle de R. Janoff-Bulman postule, tout comme celui de M.J. Horowitz, que l'alternance régulière entre confrontation et évitement constitue une condition nécessaire pour l'adaptation. Chaque nouveau rappel de l'événement permettrait une réduction de l'intensité des émotions désagréables associées par une extinction progressive de la réponse émotionnelle : une habituation en quelque sorte. Le but ultime de ce traitement de l'émotion est d'inclure peu à peu l'événement traumatique dans un nouvel univers de croyances. Certains facteurs exerceraient un rôle de facilitateur en vue d'accélérer l'adaptation. Par exemple, le support émotionnel de l'entourage permet à l'individu traumatisé de démentir sa nouvelle croyance d'un monde malveillant. Enfin, R Janoff-Bulman montre l'utilité d'un processus de recherche de sens dans lequel l'individu tente de comprendre les raisons pour lesquelles il a ressenti personnellement certains états émotionnels survenus après un événement particulier.

 

Idées fixes et idées noires

 

Les pensées intrusives sont caractéristiques de certains troubles obsessionnels. Ainsi, la personne qui se demande si elle a bien fermé la porte de sa maison et revient vérifier, non pas une, comme nous le faisons parfois, mais cinq, dix ou vingt fois d'affilée ! Dès qu'elle s'éloigne à nouveau de son domicile, le doute, l'angoisse l'envahit. Seule une nouvelle vérification lui permet de calmer ? temporairement ? son inquiétude. Dans certains cas, les pensées intrusives ont des fonctions conjuratoires. Certaines personnes souffrant de troubles obsessionnels sont envahies par des idées bizarres du type : « Si je compte par multiples de deux le plus longtemps possible, alors je réussirai mon examen d'embauche. »

  

Le psychologue canadien Stanley Rachman a mené des enquêtes sur la nature de ces ruminations. Il apparaît que les pensées intrusives ne sont pas le propre des patients atteints de troubles obsessionnels. Chacun d'entre nous peut en connaître régulièrement. On considère aujourd'hui qu'au moins 80 % de la population générale présentent des obsessions dont les contenus sont semblables à celui des patients atteints de troubles obsessionnels. Par contre, les ruminations intrusives sont beaucoup plus fréquentes et intenses dans les cas pathologiques. De plus, les sujets obsessionnels ont beaucoup plus de mal à écarter ces idées que les autres. Ils sont plus perturbés par leur apparition et tentent plus souvent, en vain, de les supprimer mentalement.

  

S.J. Rachman s'est particulièrement intéressé aux types de réponse mis en place pour affronter des ruminations. Certaines réactions conduisent au maintien voire au renforcement de la fréquence des ruminations. Il en va ainsi des « métacognitions » que certains patients développent à propos de leurs troubles. Face à l'irruption d'une idée obsédante, le patient se met en colère ou se désespère. Il ne réagit plus simplement à l'événement émotionnel, mais à l'apparition de ses pensées. Selon S.J. Rachman, les métacognitions constituent un bon prédicteur de la persistance des pensées intrusives. Plus les réactions émotionnelles (colère, tristesse) sont intenses à l'apparition de ces pensées, plus ces dernières seront difficiles à écarter de notre esprit.

  

Des études à propos des effets de l'humeur sur le rappel offrent une explication à ce résultat. Elles indiquent qu'un état dépressif diminue fortement la capacité de l'individu à récupérer du matériel émotionnel positif et, dans le même temps, facilite le rappel d'épisodes négatifs. Par conséquent, le développement d'un état de détresse émotionnelle contribuerait au rappel et au maintien de la rumination mentale des événements négatifs.

 

La rumination a-t-elle un genre ?

 

La dépression constitue un autre champ important de la recherche sur les ruminations. On sait que la fréquence des dépressions est deux fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes.

 

Selon Susan Nolen-Hoeksema, cette différence pourrait s'expliquer par une stratégie mentale plus spécifique aux femmes, face à un état de stress, un choc émotionnel ou une humeur dysphorique. Lorsqu'une personne est en proie à ses tourments intérieurs, un premier mode de réponse possible est celui de la distraction. Il ne s'agit de rien d'autre que se « changer les idées » par une activité récréative (sport, cinéma, discussion entre amis). La seconde réponse est celle de la rumination, qui consiste à se préoccuper des symptômes, des causes et des conséquences de son état dépressif (« J'ai l'impression d'avoir l'estomac noué, est-ce grave ? », « Pourquoi ai-je tellement envie de pleurer ? »...). Or, de nombreuses données montrent que les femmes s'engagent plus volontiers dans des activités de rumination, alors que les hommes choisissent plutôt une stratégie de distraction. Ce choix préférentiel pour les réponses ruminatives constituerait l'explication de la prévalence de la dépression chez les femmes. Une réponse ruminative contribuerait à maintenir voire renforcer l'état dépressif initial.

  

S. Nolen-Hoeksema a pu étayer son hypothèse à la fois par des études en laboratoire et par des études prospectives sur le terrain. Ainsi dans une étude, le hasard a voulu qu'elle ait interrogé un groupe d'étudiants deux semaines avant un tremblement de terre spectaculaire en Californie. Les étudiants avaient rempli des questionnaires sur leur niveau de dépression, ainsi que sur leur manière de réagir à l'apparition d'états dépressifs (réponse ruminative vs réponse distractive). Ce groupe fut réexaminé dix jours après le cataclysme, puis une nouvelle fois sept semaines après. Quatre facteurs étaient supposés affecter le niveau de dépression : la dépression initiale, le niveau de stress objectif (c'est-à-dire mesuré par des observateurs extérieurs), la fréquence de réponses ruminatives et celle de réponses distractives. Les résultats ont montré que seul le style de réponse ruminatif après le séisme prédisait le niveau de dépression à court et à moyen terme.

  

La plupart des modèles s'accordent pour considérer que l'intensité des ruminations reflète la profondeur du traitement émotionnel, et que si ces ruminations persistent à long terme, elles traduisent une adaptation déficiente. Certains insistent sur la dynamique temporelle d'un cycle de réponses dans lequel la confrontation, notamment sous forme de rumination, alterne avec des phases d'évitement. La rumination se développe de façon involontaire ou de façon volontaire. C'est une piste importante pour leur contrôle.

 

www.sciencehumaine.com - par Olivier Luminet.

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 12:14

"A mesure qu'ils avancent dans l'exploration de la machinerie cérébrale, les neurobiologistes découvrent qu'elle obéit à des lois beaucoup plus complexes qu'ils ne l'imaginaient. Et que la vie mentale dont elle est le terrain confirme, des rêves au langage ou à l'imagination, nombre des intuitions du père de la psychanalyse. La fin d'une vieille querelle !"

 

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Au centre «émotion» de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Depuis deux ans, une quarantaine de patients essaient d'y soigner leurs angoisses et leurs phobies en s'immergeant dans des mondes virtuels représentant leurs pires cauchemars...

 

Casque de réalité virtuelle vissé sur la tête, un homme en survêtement avance à tâtons dans une pièce plongée dans la pénombre au deuxième étage d'un pavillon de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. André, 40 ans, souffre depuis des années d'une phobie maladive des hauteurs: il panique à l'idée de s'approcher d'une fenêtre ou de traverser un pont. Médicaments, psychothérapies, il a tenté sans succès tous les traitements avant d'arriver ici, pour essayer de conjurer sa peur au milieu d'un paysage artificiel en trois dimensions. Depuis quelques minutes, front en sueur et gestes hésitants, il avance péniblement sur un chemin escarpé au bord d'une falaise, guidé par la voix du thérapeute qui l'encourage dans les écouteurs: «Allez-y, avancez encore quelques pas, vous pouvez y arriver.» 

 

Depuis deux ans, une quarantaine de patients souffrant de troubles d'angoisse et de phobies liés à la hauteur, à la foule, à l'enfermement sont soignés au centre «émotion» de la Pitié. Adressés par des psychiatres de l'hôpital ou du secteur privé, ils viennent s'immerger dans des mondes virtuels reproduisant leurs pires cauchemars: villes désertes, châteaux, ponts suspendus? Un monde habité par une sympathique araignée est même réservé aux arachnophobes. «Ces environnements stimulent toutes les formes de perception sensorielle et permettent aux malades de se confronter au plus près à leurs angoisses, explique Roland Jouvent, chercheur au CNRS et directeur du centre «émotion». On leur donne des missions à accomplir: ouvrir des portes, trouver le cinéma dans la ville, pour les inciter à avancer. L'essentiel est qu'ils arrivent ensuite à mieux gérer leur peur dans le monde réel.» 

 

«Neuros» et psys réconciliés ?

  

Malgré plus d'un siècle de divergences et d'invectives, le dialogue entre psychanalyse et neurosciences semble timidement se renouer. Sous l'impulsion de quelques spécialistes des deux bords, un nouveau courant interdisciplinaire lancé aux Etats-Unis est en train de se constituer, comme en témoigne la création, en juillet 2000, de la Société internationale de neuropsychanalyse, qui réunit des analystes, des neurologues et des cognitivistes décidés à rétablir des ponts entre eux. «Le divorce entre psychanalyse et neurosciences tient plus à l'ignorance et à la défiance réciproque qu'à une quelconque incompatibilité scientifique, explique le Pr Daniel Widlocher, un analyste qui travaille avec des neurologues à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière pour soigner des patients cérébrolésés et qui vient de déposer les statuts de la première société de neuropsychologie française.

 
«Beaucoup de neurobiologistes se méfient de la théorie freudienne sans avoir fait l'effort de s'y plonger, comme beaucoup d'analystes refusent de s'intéresser aux travaux des neurologues, qu'ils jugent réductionnistes. Mais les deux disciplines ont pourtant tout à gagner à se parler!» Une bonne partie de ce malentendu tient au fait que la psychanalyse n'est pas à proprement parler une science, mais une méthode introspective et une relation personnelle que l'on ne peut transmettre. Cognitivistes et freudiens cherchent la même chose, comprendre l'esprit humain, mais les chercheurs ne sont pas des thérapeutes. «La science voudrait mettre tout le monde d'accord, remarque l'analyste Gérard Miller, mais la psychanalyse, elle, n'a pas de vocation consensuelle.»

 
G.C. 

 

Bon anniversaire, cher Sigmund Freud! Le père de la psychanalyse, dont on fêtait, le 6 mai, la naissance, il y a cent cinquante ans, doit se retourner dans sa tombe. Les neurobiologistes, qu'il avait toujours tenus en piètre estime, viennent désormais empiéter sur son territoire. Ils ne se contentent plus de soigner les lésions cérébrales, la maladie d'Alzheimer ou celle de Parkinson, voilà qu'ils s'intéressent à des troubles apparemment non organiques qui relevaient jusque-là surtout du divan des analystes. Comme les phobies, les obsessions, ou encore la dépression, la pathologie mentale la plus répandue, que des médecins canadiens ont entrepris de soigner à l'aide d'électrodes implantées dans le cerveau. 

 

Les chercheurs de l'université de Toronto ont en effet localisé un défaut d'activité dans des aires limbiques des patients neurasthéniques, dans une zone qui commande la satisfaction des besoins fondamentaux comme l'appétit, la libido et le sommeil. Ils ont proposé à des patients gravement dépressifs, rescapés du Prozac et des cabinets de psy, de les opérer pour installer dans cette zone un stimulateur électrique relié à un pacemaker - selon une technique mise au point pour arrêter les tremblements des parkinsoniens - afin de redonner du tonus à leurs neurones fatigués. Ces derniers mois, 12 malades ont été «branchés», dont 8 montrent les signes d'une nette amélioration. 

 

Les «neuros» auraient-ils définitivement pris le dessus sur les «psys»? A première vue, tout le laisse penser - mais les apparences peuvent être trompeuses. Depuis plus d'un siècle, ces frères ennemis n'ont cessé de se tourner le dos ou de s'affronter par doctrines interposées. Freud avait été un brillant neurologue dans sa jeunesse, avant d'abandonner brutalement cette voie et de mettre à l'index une bonne partie de ses écrits. Considérant que cette discipline balbutiante ne pouvait expliquer le fonctionnement de la pensée, il a préféré en chercher les rouages, non pas dans la machinerie cérébrale, mais à travers la parole de ses patients. Ses héritiers se sont repliés sur le dogme de l'inconscient en continuant à bouder les neurosciences, considérées comme réductionnistes et incapables de dire quoi que ce soit sur les émotions, la personnalité, la motivation. 

 

De leur côté, les scientifiques «durs» ont eu le même mouvement de rejet envers la théorie freudienne, jugée bavarde et fumeuse, défendant l'idée d'un «homme neuronal», produit de sa biologie et programmé pour penser, en promettant même de «tordre le cou aux beaux discours de la psychanalyse», comme l'a écrit l'un des pontes français de la discipline, Jean-Pierre Changeux. Aucun dialogue ne paraissait plus possible avec de tels anathèmes et le divorce entre les deux disciplines semblait s'être conclu au profit de la psychanalyse. 

 

Tristesse et passion intéressent les chercheurs

  

Jusqu'à la fin des années 1980, celle-ci a occupé une place dominante dans le monde de la pensée, aussi bien auprès des psychiatres et des spécialistes de santé mentale - à qui elle fournissait la seule théorie globale du sujet - qu'auprès des intellectuels et des artistes. Mais, depuis quelque temps, la vapeur s'est inversée, comme on a pu s'en rendre compte avec le récent battage médiatique autour du Livre noir de la psychanalyse, brûlot ouvertement destiné à déboulonner la statue de Freud. Les tenants de la théorie analytique paraissent, en effet, avoir perdu beaucoup de leur superbe. Suspectée à mots couverts d'inefficacité dans un rapport de l'Inserm, elle se trouve concurrencée, dans les cabinets de consultation comme dans les universités, par les partisans de doctrines en apparence plus scientifiques, telles les thérapies cognitives et comportementales, la pharmacologie ou la chirurgie, qui revendiquent une approche plus rationnelle et pragmatique des troubles mentaux. 

 

La messe semblait donc être dite, et le dogme freudien bon à ranger dans le placard des antiquités, comme une sympathique construction mentale déconnectée de la réalité, dépassée. D'autant plus que les sciences cognitives ont, elles, progressé de manière spectaculaire ces dix dernières années. Grâce au développement des scanners, des ordinateurs et de la biologie moléculaire, il est devenu possible d'observer l'activité du cerveau en direct, in vivo, et de cartographier des aires associées aux opérations mentales les plus diverses. Certaines installations d'imagerie cérébrale, comme celle d'Orsay, permettent littéralement de voir ce que voit le sujet installé dans la machine, en suivant sur l'écran l'activité de ses aires visuelles. 

 

Pionniers de la neuro-économie

 

Les neurosciences seraient-elles solubles? dans l'argent? Aux Etats-Unis, de plus en plus d'économistes s'inspirent des recherches sur le cerveau humain pour tenter de décrypter les comportements, souvent irrationnels, d'achat et d'investissement. Plusieurs études par IRM montrent ainsi qu'une prise de décision à court ou à long terme n'active pas les mêmes zones du cerveau, et qu'un calcul de coûts ou de bénéfices émoustille des réseaux neuronaux différents! A quoi ces zones correspondent-elles et comment les stimuler pour influencer la prise de décision? On est encore loin d'avoir les réponses. Mais, en attendant, la «neuro-économie», comme elle s'est baptisée outre-Atlantique, fait salle comble dans les colloques internationaux et a déjà permis à deux de ses pontes, Daniel Kahneman et Vernon Smith, de décrocher un prix Nobel. Même si elles sont encore balbutiantes, ces recherches intéressent évidemment au plus haut point les spécialistes du marketing, qui s'en inspirent pour tenter d'influer sur les comportements des consommateurs?

 
R. de C. 

 

A partir de l'étude de patients souffrant de lésions cérébrales et de l'enregistrement de l'activité neuronale de singes, les chercheurs ont identifié des réseaux synaptiques liés au langage, aux rêves, à la conscience, et s'intéressent désormais à des concepts subjectifs comme le sentiment de tristesse, l'empathie, la perception de la beauté, la passion amoureuse, voire le jugement moral, qui peut aussi s'expliquer par les neuromédiateurs et les synapses. Pour la première fois depuis longtemps, la neurobiologie s'aventure au coeur des concepts freudiens et commence à les mettre à l'épreuve des faits. On pourrait s'attendre au pire, mais, surprise, la vieille doctrine du Dr Sigmund ne s'en sort pas si mal. On pourrait même dire qu'elle reprend un coup de jeune à la sortie de cette confrontation. 

 

«Les technologies actuelles nous ont fait découvrir une vie mentale beaucoup plus riche et complexe qu'on ne l'imaginait, explique Lionel Naccache, neurologue et chercheur à l'Inserm. Freud a eu le génie de découvrir intuitivement cette complexité. Il a forgé des concepts parfois controversés, qui se révèlent finalement aujourd'hui très pertinents. Certes, il s'est trompé ailleurs, mais bon nombre de ses idées continuent de tenir la route.» La théorie des rêves, par exemple, considérés par la psychanalyse comme des aperçus de désirs inconscients ou de traumatismes enfouis, avait été discréditée dans les années 1950 par les travaux des neurologues sur le sommeil paradoxal. On attribuait alors le phénomène des visions nocturnes à un cycle mécanique contrôlé par le tronc cérébral, une partie du cerveau sans émotion. «On se rend compte aujourd'hui que cette vision était largement fausse, reconnaît Jean-Pol Tassin, directeur de recherche à l'Inserm et professeur au Collège de France. On a découvert récemment que le rêve n'est pas automatiquement lié au sommeil paradoxal.» 

 

Il est plutôt engendré par des structures du lobe frontal chargées de satisfaire les besoins fondamentaux comme la faim ou le sexe. Les visions nocturnes ramènent à la surface du cerveau des informations traitées inconsciemment, qui ne sont pas forcément sélectionnées intentionnellement, comme le soutenait Freud, mais prises au hasard sur la chaîne de montage mentale. Détail troublant: le neurologue et psychanalyste britannique Mark Solms a montré que les hallucinations des psychotiques se déclenchent dans la même zone qui produit les rêves. 

 

La parole, essentielle à la survie des neurones

 

Un autre concept forgé par Freud se retrouve lui aussi réhabilité: celui de l'amnésie infantile. Le médecin viennois avait, le premier, constaté l'absence de souvenirs avant l'âge de 2 ans, qu'il expliquait par le principe du refoulement. «On sait aujourd'hui que cette amnésie existe bel et bien, sans pour autant avoir besoin d'invoquer le refoulement, note Francis Eustache, professeur de neuropsychologie à l'université de Caen. Elle pourrait être liée à un processus de maturation cérébrale: la partie frontale du cerveau où se trouve la mémoire épisodique, celle qui permet de conserver les souvenirs et de faire le lien avec le passé, constitue l'un des systèmes les plus complexes, très lent à se mettre en place: il ne semble pas fonctionner entre 0 et 2 ans et n'atteint sa pleine puissance qu'à l'adolescence.» De même que le cerveau des enfants surdoués semble se développer plus lentement que les autres, si l'on en croit une grande étude de neuro-imagerie qui vient d'être publiée par le National Institute of Mental Health, l'institut américain de santé mentale. Le cortex supérieur des sujets les plus performants aux tests d'intelligence arrive en effet plus tardivement à maturation: il semble plus fin au départ, mais il s'épaissit ensuite plus vite et cette croissance se prolonge jusqu'à l'âge de 13 ans, alors que ce processus s'arrête en moyenne vers 8 ans chez les individus «moyennement» intelligents. 

 

Les psychanalystes, qui ont fait du langage la pierre de Rosette de la pensée, peuvent également se réjouir de voir que les neurologues arrivent à la même conclusion. Les travaux récents sur la plasticité neuronale montrent que l'usage de la parole apparaît essentiel au développement du cerveau et à la survie des neurones. Le petit d'homme naît avec des capacités mentales proches de celles du cochon d'Inde, pratiquement sans aucun comportement spontané, même pas celui de manger. L'esprit se construit essentiellement à travers l'entourage, parental puis social et culturel. «Si l'enfant ne se met pas à parler, les connexions correspondantes ne se mettent pas en place et il perd à jamais cette capacité», constate Lionel Naccache. Plus étonnant, les neurones se détruisent aussi quand on apprend, pour faire de la place aux nouvelles connexions. 

 

Autre exemple d'intuition freudienne confirmée par les faits: celui de l'imagination, c'est-à-dire le processus qui s'engage quand on est allongé sur un divan en laissant libre cours à ses pensées. Les psys ont toujours soutenu que les images mentales étaient produites sur le même principe que la perception visuelle. Autrement dit, que le cerveau traite de la même façon les choses vues dans la réalité et celles qu'on se représente intérieurement. Une conception longtemps contestée par les neurologues, et pourtant récemment confirmée par l'imagerie cérébrale: les visions intérieures activent bel et bien les aires visuelles. 

 

Le futur temple du cerveau

 

Le premier centre de recherche français consacré à l'exploration du cerveau humain a ouvert ses portes en 2009, à Saint-Aubin (Essonne). Financé par l'Etat et les collectivités locales et équipé de batteries d'appareils d'imagerie dernier cri répartis sur 8 500 mètres carrés, NeuroSpin doit permettre aux chercheurs - qui sont aujourd'hui contraints d'utiliser les scanners et les IRM des hôpitaux, réservés en priorité aux malades - de disposer d'un outil unique en Europe. Grâce à la puissance de leurs champs magnétiques, les nouvelles machines vont permettre de photographier des détails de l'ordre de 1 dixième de millimètre à travers la boîte crânienne (au lieu de 1 millimètre aujourd'hui) et de suivre l'activité des neurones quasi en temps réel, alors que les images des engins actuels les plus performants sont capturées toutes les quatre secondes, sans moyen de savoir ce qui se passe entre deux clichés?

 
R. de C. 

 

Un chercheur italien, le Pr Giacomo Rizzolatti, a même découvert le mécanisme précis par lequel notre cerveau simule intérieurement le monde extérieur pour se le représenter. Alors qu'il mesurait l'activité électrique du cortex prémoteur de macaques, à l'université de Parme, il a constaté que des groupes de neurones s'activaient de la même façon lorsque le singe faisait un geste et lorsqu'il regardait quelqu'un en train de le faire. Situés dans l'aire qui contrôle les mouvements corporels, ces «neurones miroirs» n'existent que chez l'homme et les primates supérieurs. Ils permettent de reproduire mentalement des actions, mais aussi d'imiter les autres, de deviner leurs états mentaux, bref de communiquer. Ce mécanisme réflexif est probablement à l'origine du langage, apparu d'abord sous forme de gestes, qui a permis la transmission du savoir et de la culture. Les neurones de l'empathie, comme on pourrait les appeler, semblent justement défaillants chez les autistes. Des chercheurs américains ont mis en évidence une onde cérébrale, dénommée «rythme mu», qui se déclenche quand les neurones miroirs entrent en action. Mais le signal reste muet lorsque ces malades voient quelqu'un faire un mouvement, contrairement aux personnes «normales», et n'apparaît que s'ils effectuent eux-mêmes réellement le geste. 

 

Les freudiens ont toujours soutenu que l'esprit n'est pas un ordinateur, ni le monde une cassette enregistrée. Ils sont aujourd'hui rejoints par des neurobiologistes aux idées larges qui considèrent le cerveau non plus comme un organe figé, une boîte noire d'où entrent et sortent des stimuli, mais comme un système de réseaux superposés et de connexions en perpétuel remaniement, sous l'influence de l'environnement extérieur et des émotions internes. Il a fallu attendre 1997 pour apprendre que, contrairement à un dogme bien ancré, les neurones peuvent se régénérer chez l'adulte et que de nouvelles connexions ne cessent de se former dans la matière grise. 

 

C'est ce qui a valu le prix Nobel de médecine, en 2000, à Erik Kandel, psychiatre américain formé à la psychanalyse qui s'est ensuite orienté vers la biologie: il a montré que les expériences vécues laissent une trace physique dans le cerveau, en modifiant la transmission synaptique entre les neurones. Ces traces mnésiques peuvent se fixer inconsciemment et se réassocier avec d'autres traces, parfois en interaction, parfois en contradiction. «Cette découverte constitue une énorme avancée en même temps qu'un pont entre la psychanalyse et les neurosciences, s'enthousiasme le psychiatre et analyste suisse François Ansermet, qui vient de publier A chacun son cerveau (Odile Jacob), avec le neurologue Pierre Magistretti, professeur à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Ce concept de plasticité permet enfin aux biologistes de sortir du carcan du déterminisme et de la causalité organique: le cerveau ne sécrète pas la pensée comme le foie sécrète la bile, il est modelé aussi bien par le code génétique, qui programme la fabrication des neurones, que par l'environnement et l'expérience vécue.» Le Prix Nobel Eric Kandel paraît du même avis. Il considère que «la psychanalyse reste la vision du fonctionnement mental la plus cohérente et la plus satisfaisante sur le plan intellectuel», et plaide pour que la théorie de Freud soit adoptée par les neurobiologistes comme un équivalent de ce que représente la théorie de l'évolution de Darwin pour les biologistes et les généticiens: un cadre général permettant de ranger les données scientifiques de façon cohérente. 

 

Et l'inconscient, dans tout ça?

 

A défaut d'expliquer le concept central de la théorie freudienne, les neurobiologistes commencent à démonter les mécanismes de la conscience, la fonction mentale la plus élaborée, celle par laquelle on arrive à penser que l'on pense. En fait, celle-ci s'apparente à un phénomène exceptionnel: la plupart des tâches mentales sont effectuées de manière inconsciente par des aires spécialisées qui travaillent de manière indépendante: 90% des informations traitées par le cerveau échappent à notre attention. C'est valable pour des fonctions comme le contrôle du rythme cardiaque ou de la digestion, mais aussi pour des opérations plus complexes. Même les mouvements que nous effectuons en toute lucidité sont en fait déclenchés de façon inconsciente. Un chercheur londonien de l'University College, Patrick Haggard, est parvenu à décomposer les processus cérébraux mis en jeu lorsque nous effectuons un geste: il a constaté que le déclenchement des muscles précède de quelques fractions de seconde le moment où l'on croit avoir pris la décision de bouger. 

 

Tous les mots ne sont pas neutres

  

Encore plus fort: plusieurs expériences menées notamment par l'équipe du Pr Stanislas Dehaene au service hospitalier Frédéric-Joliot, à Orsay (Essonne), ont démontré que le cerveau peut non seulement percevoir inconsciemment des images et des symboles, mais aussi les déchiffrer et les mémoriser. L'une de ces «manips» consiste à faire défiler des listes de mots devant des volontaires en leur demandant d'en définir le sens, tout en intercalant d'autres mots, affichés de manière subliminale, c'est-à-dire trop brièvement pour pouvoir être perçus consciemment. «On se rend compte que les volontaires définissent plus rapidement le mot lorsqu'il a une relation avec l'image subliminale qui le précède, par exemple "rugissement" et "lion"», explique Claire Sergent, du laboratoire CEA-Inserm de neuro-imagerie cognitive d'Orsay, qui a publié en 2005 une étude démontant le processus cérébral de la conscience visuelle. Les zones du cerveau chargées de décoder le langage s'activent lorsque le mot subliminal est «flashé», preuve qu'il n'est pas seulement perçu inconsciemment, mais qu'il est aussi compris.» 

 

Tous les mots ne sont pas neutres. Ceux qui sont chargés d'une connotation négative apparaissent plus facilement identifiés que les autres parce qu'ils déclenchent des réactions quasi «épidermiques» dans le cerveau. On a ainsi constaté que des termes comme «danger» ou «mort» entraînent l'activation de l'amygdale cérébrale, siège des émotions primordiales comme la peur. 

 

En réalité, la conscience dépend non des choses que l'on perçoit, mais de celles qu'on parvient à se représenter. «Elle apparaît comme un espace de travail surchargé, constamment bombardé par des stimuli provenant d'une multitude de processeurs sensoriels non conscients, explique Claire Sergent. C'est seulement quand une stimulation parvient à envahir l'espace tout entier qu'elle devient consciente.» Il est alors possible non seulement de saisir le sens d'un mot, mais aussi de compter les lettres qui le composent, de le traduire en plusieurs langues, et de le mémoriser. 

  

Reste que ce mécanisme ne concerne que la forme la plus simple de la conscience, celle dite «d'accès», liée aux émotions et aux sentiments, qui gouverne la pensée rationnelle et le comportement. Mais les scientifiques distinguent aussi un niveau plus élevé, celui de la «conscience phénoménale», relative aux expériences et au vécu, qui enregistre la mémoire du passé et anticipe le futur. Une conscience beaucoup plus mystérieuse, indicible, faite de «qualia», c'est-à-dire d'états mentaux personnels, qui pourrait bien évoquer la psyché de Freud. Celle-ci risque d'échapper, pour un temps encore, aux scanners, aux ordinateurs et aux microscopes des neurobiologistes. 

 

Source: © J.-P. Guilloteau/L'Express - par Gilbert Charles, Régis de Closets.

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 12:24

"Qu’est-ce que la bêtise ? Où est-elle ? Où se situe-t-elle ? Dans l’esprit ? Dans le corps ? Dans le langage ?"

   

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Est-elle comme le pensait Gilles Deleuze, le rapport de l’individuation à ce qui ne peut prendre forme, la stupeur « constituant le non reconnu de toute recognition » ? Stupeur née de la pensée et qui retourne à elle comme une question proprement transcendantale qui nous force à nous demander : comment la bêtise et non l’erreur est-elle possible ?

  

Ou bien la bêtise est-elle comme le granit, ou bien comme la bête ? Ou bien la bêtise réside dans le fait d’être surpris par le regard de l’autre, comme l’énonça un jour Roland Barthes ? Son emprise en tout cas est si prégnante qu’on préfère ne pas la situer, ne pas la localiser, ou alors sous la forme d’idées reçues, de conventions par trop pesantes, ou d’objets insignifiants, laissant croire par exemple à Roquentin, le héros de La Nausée, que ses yeux ne rencontraient jamais que du plein.

  

On pourrait multiplier les entrées, littéraires ou philosophiques, mais cela ne nous renseigne pas plus sur la bêtise contemporaine...

  

Or, c’est de celle-ci que nous allons parler aujourd’hui. De la bêtise et du savoir au XXI siècle; De l’état de choc technologique qui parfois nous perturbe; De l’infantilisation qui nous guette; De la parole qui rend bête; Voire de la décrépitude de la société tel que nous la connaissons !

 

Nous allons en parler avec Bernard Stiegler, lors des "Rencontres et débats autrement":

 

   
  

Stiegler: Les éléments biographiques d'une vie hors-norme ! 

Bernard Stiegler commence, en 1969, des études (qu'il n'achèvera pas) d'assistant réalisateur au Conservatoire libre du cinéma français et poursuit, en 1973, par un stage d'analyste programmeur à l'IRIA (aujourd'hui dénommé INRIA).

   

Entre 1978 et 1983, il passe cinq années en prison à la prison Saint-Michel de Toulouse, puis au centre de détention de Muret, pour des attaques à main armée. Pendant son séjour carcéral, il suit par correspondance des études de philosophie à l'université Toulouse II-Le Mirail.

 

En 1983, il est consultant au cabinet TEN, spécialisé dans les questions de développement technologique et urbain.

 

En 1984, il est élu pour six ans directeur de programme de recherche au Collège international de philosophie puis, en 1985, chargé par le ministère de la Recherche d'une étude sur les enjeux des technologies d'information et de communication.

 

En 1987, il conçoit l'exposition « Mémoires du futur » et en assure le commissariat au Centre Georges Pompidou.

 

Enseignant chercheur à l'Université de technologie de Compiègne en 1988, il est chargé de séminaire à l'école d'architecture de Marseille-Luminy, sur les instruments de CAO et sur l'image numérique.

 

En 1989, il est chargé de constituer et présider un groupe de recherche auprès de la Bibliothèque nationale de France pour la conception de postes de lecture assistée par ordinateur. Ce travail donnera lieu à de nombreuses publications, et à la réalisation d'un prototype industriel par la société AIS Berger-Levrault. Un changement de gouvernement et un changement de direction à la BNF, en 1993, interrompront le projet.

 

En 1990, il est chargé d'écrire le scénario de l'exposition du pavillon français à l'Exposition universelle de Séville.

 

Sous la direction de Jacques Derrida, Bernard Stiegler soutient sa thèse à l'École des hautes études en sciences sociales en 1993 et obtient un doctorat de philosophie.

 

Professeur associé, et directeur de l'unité de recherche qu'il a fondée en 1993, « Connaissances, organisations et systèmes techniques » à l'Université de technologie de Compiègne (UTC), Bernard Stiegler a été directeur général adjoint de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), puis directeur de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) jusqu'à la fin 2005.

 

Il a lancé le projet LECAO (« lecture et écriture critiques assistées par ordinateur ») avec le soutien du ministère de la Recherche ; créé et lancé le séminaire de sciences et technologies cognitives de Compiègne, qui se poursuit depuis chaque année au cours de la dernière semaine de janvier, et qui aura reçu plus de mille doctorants et chercheurs français et étrangers ; lancé le programme OPEN (« outil personnalisable d'édition numérique », logiciel réalisé sur la base du logiciel 4D).  

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 17:57

Les relations amoureuses entre hommes et femmes ont ceci de particulier (entre autres choses !) qu’elles sont les seules relations de domination sociale où le dominant et le dominé sont supposés s’aimer, et de fait s’aiment souvent, quoi que signifie ce terme d’amour pour tel ou tel sujet singulier.

 

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Rien de surprenant, dans ces conditions, si la recherche sur cette relation particulière réunit, mais aussi oppose souvent, des sociologues et des psychologues. Parmi les premiers, nombreux et surtout nombreuses sont ceux qui insistent sur la dynamique du pouvoir dans les relations de genre, que ce soit dans la sphère privée ou dans la sphère publique. Les seconds, en revanche, insistent plutôt sur les aspects subjectifs de la relation d’objet, où la prise en compte de la différence des sexes joue un rôle crucial. Comme on peut s’y attendre, le débat entre ces deux approches est souvent très conflictuel. Et c’est bien le défi que relève notre équipe, réunir une sociologue (mais versée en connaissances psychologiques) et deux psychologues (mais spécialistes de cette psychologie évanescente qu’on nomme parfois « sociale-clinique », c’est-à-dire bien entraînées à l’art de se tenir entre deux chaises…). Nous tenterons ici de rendre compte de la manière dont ce débat nous traverse.

  

 Le corpus de notre recherche a été constitué à partir d’un dépouillement systématique de deux quotidiens régionaux, Le Progrès de 1986 à 1991 et Le Dauphiné Libéré de 1990 à 1993. Pour les affaires relatées dans Le Progrès, les articles postérieurs à 1991 ont été recherchés pour connaître leur issue en justice. Cette base de données a été complétée par la prise en compte d’articles parus dans la presse nationale, notamment Le Monde et Libération. L’intérêt de cette source d’information complémentaire est d’apporter un éclairage sur des affaires ayant reçu un écho national en raison de leur exemplarité, de la qualité des protagonistes concernés, de leur spécificité ou encore de la nature des passions à l’œuvre. Dès le début de ce recueil de données, il nous est apparu tout à fait impossible de sélectionner des « crimes passionnels » : sur quel critère nous serions-nous fondées pour ce faire, alors qu’il devenait à chaque nouveau fait divers lu plus évident que ce terme ne désigne qu’une interprétation journalistique, sans assise quelconque sur la réalité des relations ou des situations ? Nous avons donc plutôt choisi de retenir les affaires de crime organisées autour d’une relation conjugale, amoureuse ou sexuelle, sans présumer de la « passion » qui pouvait ou non être en jeu dans l’histoire. Au total, 558 articles se rapportant à 337 crimes ont ainsi été collectés. Ce large corpus a fait l’objet d’une analyse sociologique quantitative dans laquelle nous étudions notamment la proportion d’hommes et de femmes chez les criminels passionnels, le nombre et la qualité des victimes, les mobiles, la position sociale des protagonistes, leurs écarts d’âge et statuts matrimoniaux ainsi que le modus operandi. Secondairement, nous avons extrait une centaine d’articles du Progrès – quotidien à grand tirage de la région lyonnaise (500 000 exemplaires), et qui, comme tel, nous semblait particulièrement représentatif de l’état des représentations sociales populaires aujourd’hui – pour une analyse de contenu qui a porté sur les représentations de l’amour, du couple, de la famille, représentations associées au crime dit passionnel. Cette analyse a cherché à repérer les alliances, connivences ou divergences qui se tissent entre l’accusé, la victime, la presse, l’institution judiciaire ou policière (Houel, Mercader, Sobota, 2003). À partir d’un sous-ensemble constitué d’articles ayant trait à des affaires jugées en Rhône-Alpes et à des crimes rhône-alpins suivis du suicide du meurtrier, nous avons identifié une cinquantaine d’affaires ayant fait l’objet d’un procès à la Cour d’Assises de Lyon. L’étude de leurs dossiers d’instruction archivés au Tribunal nous a permis de compléter notre travail en analysant les procès-verbaux d’auditions, enquêtes et diverses expertises afin de de soumettre ces cas à une étude socioclinique approfondie. Le resserrement progressif de notre échantillon allié à l’élargissement des sources d’information et surtout des outils d’analyse nous permet d’interroger, à travers le crime passionnel, la « réalité » socialement construite du couple, dans la perspective d’une interaction entre d’une part, une offre sociale tendue entre modernité et archaïsme, et d’autre part, les processus constitutifs de l’individu au fil de parcours personnels traversés par des crises d’identité qui témoignent des contradictions à l’œuvre dans le quotidien et l’histoire familiale.


 Avant d’entrer dans le vif du débat, et pour l’illustrer en quelque sorte à l’avance, nous commencerons par raconter une histoire exemplaire.


1. MARC ET JOCELYNE : QUI TUE QUI ?

 Marc et Jocelyne M. ont une fille de neuf ans et sont mariés depuis six lorsque, en septembre 1987, Jocelyne M. prend en amant, amant rencontré sur son lieu de travail, mais quitté assez rapidement. Son mari, soupçonnant cette liaison, et l’ayant surprise à la sortie d’un hôtel, s’est en effet mis à gravement déprimer, jusqu’à perdre de dix à quinze kilos et faire plusieurs tentatives de suicide. Il la menace, la met dehors avec leur fille, et Jocelyne arrête de voir son amant qui, par ailleurs, vient de se marier avec sa fiancée, enceinte. Marc continue néanmoins de menacer sa femme, dort avec un couteau en permanence, et le 5 décembre 1987, tente de la tuer : la veille, Jocelyne avait en effet pris rendez-vous pour entamer une procédure de divorce et une dispute éclate au cours de laquelle Marc se met très en colère ; ils montent en voiture pour aller faire des courses, mais après avoir fait monter Jocelyne et sorti la voiture du garage, il retourne ouvrir la porte qu’il vient de fermer. Jocelyne, trouvant cela anormal, descend et s’approche. Il la saisit violemment, elle hurle, il la lâche en lui disant : « Mais arrête, je ne te fais rien », et tous deux remontent en voiture. Marc passe la marche arrière et rentre la voiture dans le garage, la porte passager étant coincée contre le mur ; Jocelyne ouvre la portière mais ne peut descendre. Marc baisse le siège passager, renversant Jocelyne, pour attraper, posés contre le mur, des bidons d’essence avec lesquels il arrose l’intérieur de la voiture. Il donne deux coups de poing dans le ventre de sa femme et la bascule vers l’arrière, dont elle ne peut échapper, la voiture n’ayant que deux portes. Il redémarre et sort la voiture, qui percute le portique et s’immobilise. Jocelyne tente de sortir, il réussit à la maintenir en lui arrachant son pull-over et en la ceinturant sur le siège avant et tente, avec un briquet, de mettre le feu à l’essence mais n’y parvient pas. Cette fois-ci, Jocelyne réussit à se dégager et se réfugie chez sa tante, toute voisine, où elles se verrouillent, appellent le médecin, parlementent avec Marc qui finit par se calmer et qu’elles laissent alors entrer. Il dit qu’il recommencera si elle n’arrête pas la procédure de divorce, et que par contre il se calmera si elle l’arrête.

 

 Le médecin que Jocelyne a appelé est un médecin qui le soigne « pour les nerfs » depuis novembre et qui, après lui avoir administré des calmants, le fait hospitaliser. Marc se rend compte qu’ils auraient pu brûler tous les deux et explique son acte par un coup de colère et un coup de cafard plus fort que d’habitude. Il affirme ne pas avoir prémédité son acte. Néanmoins, Jocelyne porte plainte sur les conseils du médecin et de la police : il est donc inculpé de tentative d’assassinat et placé en hôpital psychiatrique, où il reste trois mois. Pendant cette période, il pense se séparer de sa femme, et envisage d’aller vivre à Nice. Peu à peu, Jocelyne regrette d’avoir déposé plainte et, écrivant souvent à son mari, dit être prête, après un temps de séparation, à le rejoindre à Nice. Ils décident de quitter leur villa et en concluent la vente.

 

 Marc quitte l’hôpital le 5 mars 1988, n’étant pas à l’abri, selon son psychiatre, d’une récidive. À la suite de cet épisode, un projet de thérapie ambulatoire est instauré pour le couple, mais Jocelyne ne vient qu’à la première séance et Marc continue la thérapie seul. Le couple reprend une vie normale pendant un mois environ. Jocelyne a revu son amant pendant l’hospitalisation de Marc mais cesse dès la sortie de son mari, elle a décidé de rompre.

  

Puis le cycle des violences reprend, surtout la nuit, Marc insulte sa femme, lui donne des coups de poing dans l’estomac, et la menace fréquemment du couteau avec lequel il dort en permanence : « Tu finiras par l’avoir dans le bide. » Le couple déménage pour un appartement en étage et Marc menace sa femme de défenestration : « Je ne te passerai pas par le balcon mais par la petite fenêtre derrière, comme ça on ne te trouvera pas tout de suite. » Jocelyne a peur, dort avec sa fille – témoin des scènes –, prend tous les couteaux qu’elle emporte à son travail, et en garde un dans la voiture pour se défendre de Marc. Elle prévient le psychiatre, son avocat et le juge d’instruction de cette violence permanente, dit désirer qu’une enquête soit ouverte au cas où elle décéderait.

 

Le 16 juin, elle va acheter un fusil de chasse, en principe pour l’offrir à son cousin qui fête son départ en retraite. Elle est calme, tout à fait normale, d’après l’armurier, qui ne souvient pas qu’elle ait mentionné que c’était un cadeau, d’autant plus qu’elle n’a pas demandé de paquet cadeau, déclarant qu’elle voulait acheter plus tard une housse. Elle place le tout dans le coffre de sa voiture. Le même jour, Marc s’est rendu chez le juge qui l’a convoqué au sujet des violences commises sur sa femme, et l’a menacé de retirer leur fille de la famille étant donné le climat familial. Il rentre chez lui très en colère et déclare à Jocelyne : « Tu n’en as plus pour longtemps. »

 

Le lendemain, 17 juin 1988, au matin, Marc M., qui exerce le métier de colleur d’affiches, quitte le domicile conjugal vers sept heures pour se rendre à son travail. Mais après avoir préparé ses affiches, au lieu d’aller les poser, il rentre chez lui. Son contremaître en prévient immédiatement Jocelyne, à son bureau où elle est secrétaire ; elle essaye alors de joindre son mari au téléphone, mais en vain puisqu’il a décroché. Elle quitte alors, vers 11h45, son lieu de travail pour rentrer à son domicile où elle trouve son mari dans un état de grande excitation : il la poursuit et la menace avec un couteau, voulant lui faire avouer le nom de son amant. Elle cherche un rouleau à pâtisserie pour se défendre et prend la décision à ce moment-là de tuer son mari car, explique-t-elle plus tard, elle a pensé : « Je n’avais pas le choix, si je me débarrassais pas de lui, c’est lui qui me tuerait ». Il est treize heures environ, elle fait semblant de repartir travailler mais va chercher dans sa voiture un fusil de chasse acheté la veille, ainsi que quatre cartouches cachées dans la cavité de l’autoradio. Après avoir chargé le fusil de deux cartouches, elle remonte à l’appartement, ouvre discrètement la porte, pose les deux autres cartouches sur un petit meuble de l’entrée et, de la porte du salon, tire un premier coup de fusil sur Marc couché sur le canapé, en train de regarder la télévision. Il se redresse, elle tire un second coup de fusil, il retombe sur le sol, elle recharge et fait feu à nouveau à deux reprises. Elle fait une crise de nerfs, puis frappe son mari au visage et sur la tête avec le fusil jusqu’à ce que la crosse se brise. La boîte crânienne a éclaté et de nombreux coups de talon et griffures sont relevés sur le reste du corps.

 

Elle absorbe une boîte de Lexomil et un flacon de Nozinan, doses qu’elle a pu croire mortelles. Puis elle téléphone au médecin qui avait prescrit ces tranquillisants, à une collègue de travail et à ses parents. Elle dit à sa mère : « Maman, j’ai fait une bêtise, j’ai tué Marc. Arrivez vite, je me suicide, j’ai avalé des cachets. »

 

Trouvée dans un état semi comateux, Jocelyne passe une semaine à l’hôpital, puis est incarcérée. Sa fille Noémie, âgée de dix ans, est prise en charge par ses parents. Son amant, Jean-Marie X., obtient le droit de lui rendre visite en prison. Jocelyne M. est condamnée à cinq ans d’emprisonnement le 11 mai 1990.


2. CRIME DIT PASSIONNEL ET APPROPRIATION DES FEMMES

Ainsi racontée, l’histoire de Marc et Jocelyne constitue un exemple paradigmatique de l’analyse proposée par les sociologues féministes, pour qui l’homicide conjugal est essentiellement un cas extrême de ce qu’on nomme les violences conjugales, terme quelque peu trompeur qui désigne presque toujours les violences exercées par un homme sur celle qu’il considère comme « sa femme ». Ces sociologues insistent sur le fait que dans de nombreux contextes socioculturels, battre sa femme est une pratique « normale », c’est-à-dire à la fois fréquente et, dans une certaine mesure au moins, légitime, voire recommandée dans bien des cas. Bien sûr, tel n’est pas la situation, en principe, dans les démocraties libérales occidentales. Et pourtant, même dans ces sociétés qui prônent l’égalité des sexes, la pratique en est si répandue qu’on peut se poser la question d’une certaine forme de légitimité, là aussi : par exemple, en France, la dernière étude nationale a montré qu’en 2001,10 % des femmes sont victimes de violences dans le cadre de leur couple, dont le quart d’agressions physiques répétées et pratiquement une sur dix (0,9 % exactement) de violences sexuelles (Jaspard, 2003). On soulignera encore que cette pratique est trop souvent occultée, ce qui suggère un certain consentement implicite, une forme de légitimité souterraine.

2.1. CRIME DIT PASSIONNEL ET VIOLENCES CONJUGALES

On peut dire la même chose à propos des violences létales subies par les femmes dans des relations intimes ou des situations domestiques. Selon les statistiques du FBI aux États-Unis, un tiers des femmes victimes d’homicide ont été tuées par leur partenaire, et entre 1976 et 1996, plus de 30 000 femmes ont été victimes d’homicide conjugal. En Europe, chaque semaine, une femme est tuée par son conjoint, et en France, tous les 15 jours, trois femmes sont tuées par leur conjoint (Henrion, 2001). On estime également qu’en Europe, pour les femmes de 15 à 44 ans, la violence familiale est la première cause de mort et d’invalidité, plus encore que le cancer, les accidents de la route, les guerres (Keltoková, 2002).

 

L’idée que l’homicide conjugal a plus à voir avec une certaine « normalité » qu’avec la marginalité est renforcée par le fait que les prédicteurs traditionnels de l’homicide (désorganisation sociale, pauvreté, etc.) sont dans l’ensemble réputés peu pertinents pour ce type particulier d’homicide, comme d’ailleurs pour la violence conjugale. C’est surtout vrai pour les crimes commis par des hommes, moins pour les crimes commis par les femmes : les hommes qui tuent dans la sphère privée ne présentent pas de caractéristiques sociologiques particulières, alors que les femmes qui tuent dans cette même sphère sont sociologiquement plus proches des délinquantes et des criminelles en général.

 

Cependant, les analyses féministes les plus récentes tendent à explorer le croisement de systèmes multiples de domination, et à montrer comment la culture, la « race », la classe, l’orientation sexuelle se combinent avec le genre pour organiser la violence faite aux femmes et sa signification (Bograd, 1999). Par ailleurs, les hommes qui battent leur femme, ceux qui les tuent, de même que les « femmes battues », qu’elles en viennent au meurtre ou non, ont généralement une histoire de violence dans leur famille (Johnson, 1996), et les hommes au moins font preuve de tendances à l’emprise qui peuvent provenir d’un environnement où le sexisme est plus prononcé qu’à l’ordinaire.

 

Par conséquent, les féministes analysent, d’une part, l’homicide conjugal comme un phénomène asymétrique, causé par la domination que les hommes exercent sur les femmes, et, d’autre part, considèrent que les explications psychopathologiques, ou simplement psychologiques (en référence à la passion, à la jalousie, par exemple), ne font que masquer la dynamique sociale du phénomène, et plus précisément la réalité de la domination, la psychologie étant, comme c’est assez souvent le cas, considérée ici comme un instrument de renforcement de l’ordre établi. L’expression même de « crime passionnel » fait l’objet d’une telle analyse, et une étude même rapide des articles consacrés durant l’été 2003 en France à l’affaire Trintignant-Cantat l’illustre amplement : ainsi, le journal Le Monde (parmi bien d’autres) présente tour à tour cette même affaire comme un cas de violences conjugales ou comme un crime passionnel. Dans l’hypothèse « violences conjugales », le couple TrintignantCantat est un couple parmi d’autres, les articles précisent plusieurs fois qu’en France, plusieurs femmes chaque mois meurent tuées par leur conjoint ; au contraire, dans l’hypothèse « crime passionnel », le caractère exceptionnel de ce couple particulier est souligné de plusieurs façons : ils n’avaient jamais tant aimé, cet amour les avait transformé tous les deux, etc. Pourtant, les deux interprétations portent exactement sur le même univers : dans les deux discours, on nous présente un homme qui cherche à faire de son couple un monde clos, et une femme qui cède à cette pression. Cette situation est interprétée, dans le cadre du discours « violences conjugales », comme un système de contrôle, une volonté de domination masculine, à laquelle répond, chez la femme, une certaine soumission. Le fait que les femmes aient du mal à se dégager de telles relations est interprété comme effet de l’enfermement, d’abord (elles perdent leur autonomie, deviennent de moins en moins sûres d’elles dans le monde extérieur) et aussi dans le sens d’une intériorisation d’une certaine infériorité. Au contraire, dans le discours « crime passionnel », la même situation est tout entière interprétée comme manifestation d’un amour réciproque, même si la polarité asymétrique (c’est l’homme qui est à l’initiative de l’enfermement) reste bien présente : au nom de l’amour, Bertrand Cantat cherche à contrôler Marie Trintignant, et c’est au nom de l’amour qu’elle éprouve, semble-t-il, que Marie Trintignant, à la fin des séances de tournage, se précipite pour le rejoindre. En fait, la référence à la passion et à l’amour indique l’idéalisation de la relation violente. Ces deux interprétations sont aussi des prises de parti : dans la perspective « violences conjugales », l’accent est mis sur la souffrance de Marie Trintignant, dans le discours « crime passionnel », il est mis sur celle éprouvée par Bertrand Cantat (pour l’ensemble de ce paragraphe, on pourra se reporter aux articles parus dans Le Monde, et plus particulièrement à ceux des 9 août et 7 septembre 2003, qui développent le plus complètement les deux hypothèses en présence).

 

Les recherches menées dans cette perspective depuis une vingtaine d’années se partagent en deux thèmes bien distincts : certaines étudient le « fémicide », et d’autres, les plus nombreuses, se centrent sur le cas de « la femme battue qui tue ». Cette « préférence » s’explique sans doute par un effet de saillance, les femmes criminelles étant plus rares que les hommes, et moins conformes au stéréotype habituel de la féminité.

 

La notion de fémicide désigne spécifiquement le meurtre de femmes par des hommes, ou, dans certaines situations, par des femmes, parce que ce sont des femmes. Elle inclut les crimes dits d’honneur endémiques dans de nombreux pays arabomusulmans (5 000 par an…), la « dowry death » ou mort pour cause de dot en Inde (7 000 par an…), mais aussi les avortements préférentiels de fœtus féminins (en Chine, 135 naissances de garçons pour 100 de filles…), les mutilations génitales féminines (130 millions de femmes concernées dans 28 pays d’Afrique et du Proche-Orient…), le viol (50 000 par an en France…), etc. (Russel et Harmes, 2001). Jusqu’à un certain point, cette définition permet de contrer le préjugé tenace selon lequel le meurtre d’une femme est une affaire privée ou une aberration pathologique. De plus, elle met en évidence le fait que, lorsque des hommes tuent des femmes, cet acte procède d’une stratégie de la domination qui sous-tend la misogynie et le sexisme. Le meurtre d’une femme par son partenaire est vu comme un fémicide dans la mesure où la dynamique du pouvoir y est toujours prédominante : les hommes violents tuent, non pas parce qu’ils perdent le contrôle d’eux-mêmes, mais parce qu’ils cherchent à exercer un contrôle sur leur partenaire. À cet égard, il est symptomatique que les femmes courent le plus grand risque d’être tuées dans les semaines qui suivent leur départ. Ceci peut être analysé comme une manifestation extrême des tentatives que font les hommes pour affirmer que les femmes leur appartiennent et pour contrôler leur sexualité et leurs possibilités reproductives (Wilson et Daly, 1992,1993, Héritier, 1996,2001, Tabet, 1979,1985).

 

Les études qui portent sur les « femmes battues qui tuent » soulignent que les homicides conjugaux commis par des femmes se produisent généralement dans le contexte de relations violentes. Par exemple, les chercheurs s’accordent généralement pour estimer qu’un peu plus de la moitié des femmes qui tuent leur partenaire le font alors qu’elles sont attaquées par lui et se sentent en danger (ce qui laisse tout de même une petite moitié de ces meurtres inexpliqués…).

 

Selon Walker (1979,1984,1989) les violences conjugales se produisent selon un cycle en trois phases : la première (« la tension monte ») comporte de la part de l’homme surtout des violences verbales, ainsi que quelques violences physiques modérées, tandis que la femme tente de lui plaire et de l’apaiser afin de prévenir des violences plus graves ; la seconde (la crise paroxystique) voit survenir une sévère explosion de violence ; enfin, pendant quelque temps après la crise, le couple traverse une période calme, voire de « lune de miel », où l’homme exprime sa contrition et son amour, et la femme son attachement et son pardon. Plus précisément, pendant cette troisième phase, l’homme explique que la crise ne se reproduira plus, et que d’ailleurs elle ne se serait pas produite du tout, si seulement la femme avait fait un effort pour ne pas le pousser à bout… En fait, comme il est de règle pour toutes les lunes de miel dans tous les couples, qu’ils soient violents ou non, cette phase a nécessairement un terme. Dès lors, la tension recommence à monter, et le cycle recommence, plus court et plus violent à chaque tour de la spirale. C’est à partir de ce cycle que Walker définit le « syndrome de la femme battue » : chaque femme, dit-elle, peut se trouver une fois prise dans une interaction violente avec un partenaire, mais si elle est exposée deux fois de suite à la violence d’un homme sans rompre la relation, c’est qu’elle souffre d’impuissance acquise ( learned helplessness ) ; en d’autres termes, exposée depuis son enfance à des situations douloureuses qu’elle ne contrôle pas et auxquelles elle ne voit pas d’issue (situations que sa relation de couple ne fait que répéter), cette femme a cessé de reconnaître les possibilités réelles qu’elle pourrait avoir de transformer sa situation. Cette attitude tend, de plus, à réduire les possibilités qui s’offrent effectivement à elle, puisque, dans l’espoir d’apaiser son partenaire jaloux et possessif, elle s’isole de plus en plus, et devient donc de plus en plus dépendante et vulnérable. Il est important de souligner que dans ce type de relation, la femme tente de satisfaire l’homme, posture qui dément absolument les interprétations plus ou moins populaires fondées sur l’excuse de provocation féminine, et impliquant que le comportement des femmes est la cause directe de la violence des hommes (« si seulement elle n’avait pas une fois de plus oublié de saler la soupe… critiqué ses performances sexuelles… souri au voisin de palier en lui disant bonjour… », les exemples ne manquent pas !).

 

La théorie de l’impuissance acquise vise à expliquer pourquoi les femmes battues restent dans une relation abusive, et de fait, dans une certaine mesure, elle décrit adéquatement leurs sentiments d’impuissance, de détresse, de dépendance (« Où pourrais-je aller ? Comment vais-je nourrir mes enfants ?… »). Cependant, en se centrant sur l’impuissance des femmes, cette théorisation peut être l’une des façons, assez traditionnelle, dont les femmes sont victimisées ; d’ailleurs, d’autres chercheuses féministes ont critiqué cette théorie (Gondolf et Fisher, 1988 ; Browne, 1987 ; Busch, 1999). Les femmes battues sont actuellement vues moins comme des victimes résignées que comme d’actives survivantes, contrecarrées dans leurs tentatives de partir par des obstacles sociaux, voire légaux, bien réels (essentiellement l’indifférence, ou même une hostilité active de la part du corps médical, de la police, de la justice, ou même, parfois, de leurs amis et parentèle). Leur état psychologique est donc plutôt comparé à celui des victimes de la torture ou de la guerre, et leur symptomatologie assimilée à un désordre post-traumatique. Dans cette perspective, il devient possible d’étudier les stratégies que ces femmes mettent en œuvre, soit pour survivre dans le contexte de la relation abusive, soit pour s’en dégager (Hoff, 1990, Kirkwood, 1993, Baker, 1997). Cet ensemble de recherches souligne également que partir ne suffit pas toujours pour mettre fin à la violence, et de fait occasionne souvent encore plus de violence (comme nous l’avons indiqué plus haut, de nombreux homicides conjugaux sont perpétrés dans les premiers temps de la séparation).

2.2. JUSTICE ET DEFENSE PLUS OU MOINS LEGITIME

Plusieurs chercheuses et militantes féministes ont soutenu que les femmes battues qui tuent sont dans une situation de légitime défense, même dans le cas (pas si rare) où, après un épisode de violence où leur partenaire s’est montré particulièrement menaçant, elles le tuent alors qu’il est endormi (Gillespie, 1989). Cette conception exige qu’on étende la notion de légitime défense, qui repose traditionnellement sur une idée de défense « raisonnable », c’est-à-dire l’usage d’une force proportionnée à celle de l’attaque (on ne peut utiliser une arme que contre un attaquant armé) et implique le devoir de chercher à s’enfuir avant d’utiliser la violence pour se défendre… Celles qui souhaitent cette extension soulignent que l’idée de défense raisonnable est adaptée à un combat entre deux hommes, mais pas du tout à la situation de violences conjugales, dans laquelle la menace est plutôt chronique qu’occasionnelle (l’histoire de Marc et Jocelyne l’illustre remarquablement), et dans laquelle la fuite est trop souvent inefficace.

 

Même parmi les chercheuses et militantes féministes, certaines s’opposent à cette proposition, qui conduit à un traitement différencié des hommes et des femmes, puisque la légitimité de l’action est définie différemment en fonction du genre de la personne concernée. Cependant, ses tenantes rétorquent que dans une société globalement inégale, cette différenciation ne fait que rétablir un équilibre : la socialisation des femmes comme passives, douces, etc. fait qu’elles répondent nécessairement d’une façon particulière à la violence. C’est un exemple du débat, plus large, entre égalité et équité, universalisme et différentialisme.

 

Le fait que le système judiciaire, situation sociale inéluctablement soumise aux rapports de force existants, est influencé par des biais de genre, a été largement démontré (Resnik, 1996, Frohmann, 1997, Elkins et Phillips, 1999). Plus précisément, ce qui est juste, raisonnable, normal, est défini en termes masculins. Par exemple, en admettant que le flagrant délit d’adultère est une raison suffisante pour expliquer le crime commis par un mari trompé, la jurisprudence anglaise s’appuie sur la façon dont un homme raisonnable est supposé réagir ; la seule provocation qui atténue autant sa culpabilité serait une attaque directe contre lui ou un de ses proches (Daly et Wilson, 1988). La nouvelle définition de la légitime défense tente de renverser cette tendance à prendre le seul masculin comme référence, et faisant une place à la façon dont une femme raisonnable pourrait réagir.

 

Comme le jury, la presse (notamment à travers le fait divers) distingue avant tout « conjoint loyal » et « conjoint déloyal », et l’affaire est évaluée tout à fait différemment selon que l’un ou l’autre est victime ou coupable (Gruel, 1991) ; si les sexes sont pris en compte, c’est en arrière-plan, au sens où, comme nous le développerons plus longuement, la définition de la loyauté conjugale n’est pas tout à fait identique pour un homme et pour une femme. Cette congruence entre notre corpus et celui de Gruel ne doit pas surprendre, car le fait divers et le jury ont en commun leur caractère populaire, c’est-à-dire leur ancrage dans les représentations sociales les plus communes.

 

Ewing (1990) a soutenu que, dans le cas d’une femme battue qui tue, il faudrait admettre l’idée d’une légitime défense psychologique : la violence conjugale serait une attaque qui vise à tuer son être psychologique. Cette position a été largement récusée, même et surtout par des féministes : comprendre ce qui conduit au meurtre ne signifie pas l’excuser, et cet argument en définitive paternaliste pourrait conduire à pathologiser encore davantage les femmes victimes de violences.

2.3. L’INFLUENCE DE L’EVOLUTION SOCIALE

Dans une analyse qu’elle définit comme écologique, Stout (1992) examine l’homicide conjugal dans plusieurs états des États-Unis, et note qu’il tend à se faire plus rare dans certaines conditions : 1) quand la situation économique des femmes est « moyenne » (ni trop favorable, ni trop défavorable), 2) dans les états qui promeuvent l’égalité des sexes et la justice sociale à l’égard des femmes, et 3) dans les états où il y a des refuges pour femmes victimes de violence. De plus, elle observe qu’après une période (années 1970-1980) où les services pour aider les femmes victimes de violences se sont considérablement développés, le risque pour un homme d’être tué par sa partenaire a chuté de façon significative… davantage, en fait, que le risque pour une femme d’être tuée par son partenaire. En somme, l’expansion de ces services pourrait avoir protégé les hommes violents d’une riposte défensive de la part de leur compagne, sans parvenir à protéger les femmes de la violence de leur compagnon (Gartner, Dawson & Crawford, 2001).


Comme nous l’avons noté plus haut, les indicateurs traditionnels de l’homicide sont de façon générale de meilleurs prédicteurs de l’homicide conjugal commis par une femme que de celui commis par un homme. Cette généralité n’admet qu’une exception, tout à fait parlante : la densité de la population est corrélée négativement au taux d’homicide conjugal féminin (mais positivement à toutes les autres formes de criminalité), probablement parce qu’une faible densité de population empêche les femmes victimes de violence de trouver une aide qui leur éviterait d’en venir à la violence létale (Jensen, 2001).


Jensen construit une définition de l’égalité des sexes plus élaborée que celle de Stout. Pour elle, l’égalité des sexes signifie une situation où hommes et femmes ont un égal accès à des ressources socialement valorisées. Plus précisément, écrit-elle, le concept d’égalité des sexes comprend trois catégories : l’égalité économique (en termes de revenus, de choix possibles, d’éducation, etc.), l’égalité politique et légale (en termes de représentation dans la sphère politique, de traitement équitable par la loi et la justice, etc.), et l’égalité sociale (en termes d’interaction sociale, de rôles et comportements attendus, de degré d’acceptation des rôles et comportements déviants, etc.). Elle utilise des indices existants pour évaluer dans chaque état des États-Unis les aspects économiques et politiques ou légaux, mais construit ses propres indices pour mesurer l’égalité sociale (c’est l’originalité majeure de sa recherche), notamment le divorce et le fait que des hommes élèvent seuls des enfants. Elle fait l’hypothèse que ces variables reflètent le degré de prégnance des valeurs traditionnelles et donc le degré de liberté dont les femmes bénéficient. Sur cette base, elle montre que la déconstruction des normes traditionnelles concernant la vie conjugale contribue davantage à faire décroître le nombre d’homicides conjugaux commis par des femmes que l’égalité économique entre les sexes – que ce soit parce cette déconstruction restreint moins les possibilités pour les femmes de sortir de situations violentes, ou parce qu’une vision non-traditionnelle de la conjugalité fait décroître la probabilité de ces situations violentes.

 

Tous les chercheurs dans ce domaine estiment d’ailleurs que, dans des conditions sociales de meilleure égalité des sexes, les divisions traditionnelles du pouvoir dans les relations privées peuvent se transformer, ce qui aurait une influence sur le degré de violence, notamment létale. Ils divergent cependant quant aux prévisions qu’ils croient pouvoir faire. On pourrait tout à fait soutenir, par exemple (Dupong, 1999), que dans une situation de meilleure égalité des sexes : 1) les crimes dits passionnels commis par des hommes seraient plus fréquents, dans une tentative de reconquérir le contrôle sur « leur » femme (c’est la théorie du backlash, ou retour de bâton, cf. Faludi, 1993) ; 2) les crimes dits passionnels commis par des hommes seraient plus rares, car les femmes auraient davantage de ressources pour fuir la relation violente (théorie des ressources) ; 3) les crimes dits passionnels commis par des femmes seraient plus fréquents, car les femmes auraient davantage de moyens d’affirmer un pouvoir social (théorie selon laquelle le pouvoir corrompt) ; et enfin, 4) les crimes dits passionnels commis par des femmes seraient plus rares, car elles pourraient mettre fin à la violence qu’elles subissent sans en arriver là (de nouveau la théorie des ressources).


3. LE CRIME DIT PASSIONNEL EN FRANCE, QUELQUES ASPECTS PHENOMENOLOGIQUES

3.1. CRIMINELS ET CRIMINELLES

Dans notre corpus, les hommes recourent au crime dit passionnel beaucoup plus souvent que les femmes. Nous avons, en effet, repéré et analysé 263 affaires où l’auteur du crime est un homme (78 %) et 74 où l’auteur du crime est une femme (22 %). Ces proportions présentent une remarquable stabilité historique : l’étude des crimes dits passionnels conduite par Joëlle Guillais (1986) sur une décennie du XIXe siècle relève que la criminalité privée est dans 82 % une affaire d’hommes.

 

Néanmoins, on pourrait dire aussi que le crime dit passionnel est davantage pratiqué par les femmes que les autres formes de criminalité : si l’on prend en compte la criminalité en général, on trouve de 1968 à 1978 huit hommes criminels pour une femme (Cario, 1997) et d’après l’enquête réalisée par le Ministère de la Justice de 1986 à 1990 sur les homicides volontaires ayant donné lieu à des poursuites du Parquet, les femmes ne représentent que 13 % des mises en cause connues (Laroche, 1994). La proportion plus forte de criminelles mise en valeur par notre étude s’explique par le fait que notre champ d’observation porte précisément sur l’une des formes particulièrement caractéristiques de la délinquance féminine, car les meurtres et assassinats commis par les femmes sont le plus souvent accomplis dans le cercle familial ou le cadre de relations conjugales. L’accroissement de la part prise par les femmes pour ces deux types d’homicides est l’une des spécificités de la participation des femmes observée en France et à l’étranger (Holmes et Holmes, 1994).

 

Comme toujours lorsqu’on se fonde sur une étude de presse, néanmoins, il n’est pas certain que notre corpus reflète exactement la réalité : dans l’une de nos sources, par exemple, ( Le Progrès ), on constate une sur-représentation des affaires où une femme est l’auteur du crime par rapport aux autres journaux. La presse parle peut-être préférentiellement des crimes dits passionnels commis par des femmes parce que, par un effet de saillance, ces affaires suscitent davantage d’intérêt dans le public. D’ailleurs, Le Progrès est, parmi les journaux que nous avons utilisés, le plus attaché au spectaculaire et au sensationnel.

 

La proportion d’hommes auteurs de crimes dits passionnels est encore plus importante si l’on prend en compte les complices de crimes : quand il y a complices, en effet, ce sont presque toujours des hommes. De plus, ce sont surtout les femmes qui s’adjoignent des complices : près d’un quart (17 sur 74) opèrent avec des collaborateurs, contre 6 % des hommes seulement (15 sur 263).

 

On peut se demander, quand il y a des complices, et à part le cas où il s’agit de complices mercenaires, qui est le véritable instigateur du crime. Lorsque par exemple, une femme et son amant tuent le mari, d’après la presse, la femme est toujours à l’initiative du crime, mais ce n’est peut-être qu’une interprétation.

 

À travers une analyse comparée des principales caractéristiques socio-démogra-phiques des auteurs de crimes dits passionnels, nous nous attachons à discuter l’hypothèse communément admise qui tend à considérer le crime dit passionnel comme un phénomène susceptible de concerner tout un chacun et à le différencier sous ce rapport de la criminalité en général.

 

Hommes et femmes de notre échantillon sont plus âgés que les auteurs d’homicides volontaires en général : leur âge moyen est respectivement de 40,4 ans et de 38,7 ans pour les premiers contre 34 ans pour les seconds. Leur activité criminelle qui concerne tous les âges de la vie et reste particulièrement forte après cinquante ans ne coïncide pas avec la courbe par âge dessinée par les statistiques judiciaires (Cario, 1997, Laroche, 1994).

 

Globalement, des « problèmes sociaux » au sens très large (climat de violences entre homme et femme, alcoolisme, toxicomanie au moins médicamenteuse, inceste, misère, condamnations antérieures…) sont mentionnés deux fois plus souvent quand l’auteur est une femme que quand l’auteur est un homme. Contrairement à ce qui se passe pour les hommes, on retrouve pour les femmes les facteurs sociaux habituellement corrélés à la délinquance féminine.

 

Si l’on examine l’écart d’âge moyen, on constate qu’il est de six ans dans notre étude entre les victimes et les auteurs qui formaient un couple. Dans la population française en général, cette différence n’est que de deux ans. Le déséquilibre des âges dans le couple est de même nature que le crime ait été commis par un homme ou par une femme. Dans notre corpus, 42 % des épouses et conjointes sont au moins de cinq ans plus jeunes que l’époux ou conjoint qu’elles ont tué ou par qui elles ont été tuées, et 9 % ont au moins cinq ans de plus. Dans la population en général, ces taux ne s’élèvent respectivement qu’à 12 % et 3 %. Alors qu’historiquement la réduction progressive de l’écart d’âge a accompagné une transformation profonde des rapports de sexe au sein du couple, le déséquilibre des âges entre conjoints relevé dans notre étude témoigne d’une forme de mise en couple bien particulière.

 

Le profil socioprofessionnel de notre corpus présente quant à lui d’importantes ressemblances avec celui de la population générale. Avec une proportion de chômeurs ou de personnes sans activité parfaitement comparable, notre échantillon n’est pas exemplaire des inégalités sociales et économiques qui sont généralement associées à une plus forte criminalité. Seuls méritent d’être remarquées une surreprésentation des auteurs de crimes dits passionnels appartenant aux catégories « artisans » et « ouvriers » et une sous-représentation des retraités. Pour les couples d’artisans-commerçants, les liens d’argent qui les unissent seraient-ils un facteur favorisant le crime ? Ou bien la nécessité de travailler ensemble, l’absence d’un territoire personnel, favoriserait-elle la violence ? Du côté des ouvriers, la plus grande fréquence du crime dit passionnel peut sans doute être liée au poids relativement plus fort dans les milieux populaires de valeurs conjugales qui perpétuent une conception inégalitaire du couple. Quant à la sous-représentation des retraités, elle semble assez logique : peut-être en fonction de ce stéréotype selon lequel les passions s’apaiseraient avec l’âge, on est plutôt surpris d’avoir encore dix-sept criminels retraités. Il faut dire aussi qu’un veuvage naturel rend à partir d’un certain âge le recours au crime plus rarement nécessaire…

3.2. LES CHAINES CONJUGALES

Les trois-quarts des crimes se produisent dans le cadre de liaisons de plus de deux ans, et près de la moitié dans le cadre de liaisons de plus de dix ans, ce qui confirme la complexité de la notion de passionnel. La passion, en effet, se définit par son caractère fusionnel : le Moi de chacun d’eux s’absorbe dans le Moi de l’autre, chacun court le risque de se confondre avec l’autre, si l’autre lui échappe, le sujet perd une partie de lui-même. La majorité des couples qui divorcent le font précisément parce qu’ils n’arrivent pas à négocier ce passage de l’illusion fusionnelle à un amour plus réaliste : ces divorces qu’on pourrait dire passionnels ont lieu quand le couple est encore jeune, dès trois ou quatre ans de mariage. D’autres couples néanmoins semblent vivre une fusion qui défie le temps ; pour eux, tout se passe comme si l’étape d’accès à l’autonomie et d’engagement des partenaires dans des processus d’individualisation avait été indéfiniment repoussée. Ceux-ci divorceront plus tard, ou en viendront au crime : ces deux formes de « rupture », si l’on peut dire, ont en commun de se produire après des liaisons longues, puisqu’en moyenne, le divorce est prononcé après quatorze années de mariage.

 

En revanche, divorce et crime dit passionnel situent les hommes et les femmes dans des problématiques radicalement opposées : alors que la criminalité dite passionnelle est essentiellement une pratique masculine, l’initiative du divorce est très majoritairement, comme on le sait bien aujourd’hui, prise par les femmes. Cette différence doit s’interpréter en analysant les mobiles de ces crimes.

 

Établir les raisons de ces crimes en nous fondant sur des données journalistiques est évidemment très difficile. Nous avons dû créer notre propre typologie après avoir analysé toutes les informations disponibles, et avons dû renoncer à définir les mobiles dans un cinquième des cas. Par ailleurs, la nature même de la source implique une limite : ce que les journalistes interprètent comme mobile du crime ne peut en tout état de cause que traduire ce que les criminels invoquent, c’est-à-dire ce dont ils se plaignent, ce qui les fait souffrir… Ce n’est qu’un niveau assez superficiel d’explication, qui n’atteint pas les raisons profondes du crime : celles-ci résident en effet nécessairement dans la structure même de la relation (par exemple, tel homme qui tue une femme qui le quitte se plaint d’être abandonné, pas d’être dépendant ou pris dans un lien fusionnel ; pourtant, c’est bien la dépendance ou la fusion qui expliquent son incapacité à supporter la rupture, et constituent donc les vraies raisons du crime).

   

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La problématique de la perte d’objet est présente dans près des trois-quarts des crimes commis par les hommes. L’idée d’abandon, présente dans les mêmes proportions que la jalousie, renvoie à une représentation du couple fondée sur l’indissolubilité du mariage et sur un contrôle des femmes qui s’exerce par-delà la rupture du couple. Marie-Thérèse K. est partie depuis plus d’un an et a engagé une procédure de divorce. « Si tu pars, je te tue », avait menacé son mari. L’installation chez ses parents puis dans un appartement dont l’adresse n’était connue que de ses proches, le téléphone sur liste rouge, le soutien de ses collègues, seront des précautions insuffisantes pour la protéger. Marc K., armé, fait irruption sur son lieu de travail, ce qui, au-delà de la traque infligée à la femme, symbolise clairement l’attaque portée à son indépendance économique.

 

Au deuxième rang après la perte d’objet, la jalousie est présente dans plus de la moitié des crimes masculins (53 %) contre 16 % dans les crimes féminins. C’est ce mobile qui conduit Raymond C. « un homme simple, qui ne peut vivre que dans un monde simple », à devenir un « piètre Othello ». Il interprète le « petit coup d’amour » que lui refuse son épouse comme une preuve de l’existence d’un amant, même si le « prétendu rival restera aussi discret que l’Arlésienne ». La jalousie entre en jeu comme paravent : dans ce genre de cas, l’homme se demande plutôt « pour qui » sa femme est partie que « pourquoi », alors que pour les femmes, précisément, les raisons sont à chercher à l’intérieur du couple.

 

Les femmes ont en revanche des mobiles plus divers, où dominent la mésentente et le désir de se débarrasser de ce qui apparaît comme une tyrannie (55 % des cas). Liliane L., après vingt-quatre ans de vie conjugale marquée par la violence « tue son tyran et celui de ses deux filles ». C’est aussi le cas de Myriam F. : elle a deux enfants lorsqu’elle rencontre son compagnon ; quelque temps plus tard elle en a de lui un troisième, mais à partir de ce moment, il devient brutal et violent avec les deux autres. Elle le tue, dit-elle, pour faire cesser cette situation.

 

Les mobiles allégués pour expliquer le crime dit passionnel sont donc très différenciés selon les sexes. Les hommes tueraient plutôt pour « garder » les femmes, pour s’opposer à une rupture qui leur est imposée, qu’elle soit effective, annoncée ou seulement pressentie, tandis que les femmes seraient souvent amenées à tuer pour entériner une séparation dont elles ont pris l’initiative ou pour se dégager d’une relation de couple qui leur apparaît insupportable, en somme plutôt pour se débarrasser de leur conjoint.

 

Dans son étude sur le crime dit passionnel au XIXe siècle, Joëlle Guillais avait déjà constaté que les femmes tuaient souvent pour résister à la pression que les hommes exercent sur elles. À l’heure actuelle, le divorce peut représenter une issue à cette pression : on peut analyser en ce sens le fait que 75 % des divorces sont demandés par des femmes. Malheureusement, le divorce ne les empêche pas d’être tuées, parfois il est même au contraire l’élément déclencheur du processus meurtrier.

3.3. PATRIARCAT, VIRIARCAT

Lorsque le crime dit passionnel concerne directement le couple de référence, il est commis dans une affaire sur trois alors que le couple ne cohabite pas ou plus. L’examen des situations selon le sexe montre que 85 % des femmes tuent dans le contexte d’une relation en cours, contre 67 % des hommes, et que 80 % des femmes et seulement 60 % des hommes agissent dans le cadre d’une résidence partagée. En situation de résidence séparée, le risque d’être tué par un partenaire est bien plus fort pour les femmes que pour les hommes : ce risque s’explique par la tendance nettement plus forte des hommes à s’attaquer à un objet d’amour qui appartient à une liaison passée (21 % des cas, contre 10 % côté femmes).

 

Il semble que les hommes supportent moins la rupture, comme si la rupture pour eux ne mettait pas fin à leur sentiment d’appropriation de l’objet, ou comme s’ils avaient plus de mal à accepter la perte de l’objet : le crime peut survenir de nombreux mois après le départ de la femme. Le sentiment de posséder l’autre est donc profondément dissymétrique, ce que nous pouvons considérer comme la conséquence d’une situation de viriarcat. L’aspect légal, institutionnel, du lien a également moins d’influence dans les crimes d’hommes : lorsque le crime est commis par une femmes, il est plus fréquemment associé à un cadre marital (81 % des cas contre 65 % quand le meurtrier est un homme). Côté hommes, nombre de crimes sont même effectués alors qu’aucun lien n’était engagé : la pathologie individuelle rencontre alors l’idée, socialement inscrite, qu’une femme, à partir du moment où un homme la désire, lui appartient. Dans un monde structuré par l’appropriation collective des femmes (Gillaumin, 1992), une femme peut aussi en valoir une autre : « Je voulais me venger de ma maîtresse en forçant cette inconnue », déclare Eric B., condamné pour viol aggravé.

 

Dans cette étude, nous avons également relevé que les hommes tuent davantage de personnes pour des raisons supposées passionnelles : 73 femmes n’ont fait qu’une victime, et une seule en a fait trois, alors que 23 % des hommes ont tué de deux à sept personnes ; en d’autres termes, 263 hommes ont tué 382 personnes, parmi lesquelles leurs partenaires, leurs enfants, leurs rivaux, la famille de leurs partenaires ou rivaux ou encore des inconnu-e-s.


Si les hommes peuvent tuer plus d’une personne, c’est qu’ils s’attaquent à différentes sortes de victimes, ce qui est beaucoup plus rare chez les femmes. Du côté des hommes en tout cas, et assez paradoxalement, le crime dit passionnel ne s’inscrit pas nécessairement dans un « tête-à-tête » amoureux. Un ensemble de personnages sont concernés par la rupture de la liaison, et parfois peuvent en être tenus pour responsables, aux yeux de l’auteur du crime. Un exemple, l’affaire D., que Le Monde désigne comme « le crime dit passionnel par excellence » : repoussé par la jeune fille qu’il fréquentait depuis plus d’un an et pensait épouser, un jeune homme de vingt-trois ans décide d’enlever sa belle. La jeune fille habite chez ses parents, et sa famille intervient : Pascal D. tue son ex amie, ses parents et ses grands-parents, l’un de ses frères, et il blesse l’autre frère qui parvient à s’échapper.

 

Seconde catégorie parmi les victimes des hommes : les enfants. La courbe des âges des victimes montre qu’une sur six a moins de 16 ans. La figure de Médée, abandonnée par Jason, et qui tue sa rivale, le père de sa rivale, et ses enfants, serait en fait aujourd’hui, d’après notre corpus, plutôt une figure masculine, puisque aucune des femmes que nous avons répertoriées ne tue ses enfants. Cependant, remarquons que les mobiles des femmes infanticides et filicides sont parfois les mêmes que ceux de nos criminels dits passionnels ; certaines tuent leurs enfants parce qu’elles ne supportent pas d’être abandonnées ou trompées. On peut avancer l’hypothèse que lorsque un homme tue ses enfants par jalousie ou dépit amoureux, la presse le classe comme un criminel passionnel ; quand une femme agit de même pour les mêmes raisons, son geste est classé comme infanticide sans référence à la passion. La presse, d’ailleurs, comme sidérée, ne propose généralement aucune explication à l’infanticide.

 

Le crime masculin est donc largement autant une affaire de famille qu’une affaire de couple, ce qui doit nous inciter à élargir la problématique de l’appropriation des femmes, du viriarcat, en la liant à ses dimensions patriarcales (domination des hommes, en tant que pères, sur les femmes, les enfants et certains membres de leur parentèle).

 

Enfin, il arrive assez fréquemment que les hommes soient aussi leur propre victime : 19 % d’entre eux se suicident immédiatement après l’acte meurtrier. La moitié de ces suicides se passe après le meurtre de plusieurs victimes, et 20 suicides suivent des meurtres d’enfants. Une remarque incidente à propos de l’interprétation parfois donnée par la presse à ces suicides. Libération, le 21 mai 1993, a titré « Une famille se suicide » pour rendre compte du fait qu’un homme, dont on ne connaît pas les raisons, avait tué sa femme et ses enfants, puis s’était donné la mort. Faut-il comprendre, dans cette représentation de la famille comme une unité proprement fusionnelle, que la volonté du pater familias est par essence la volonté de tous les membres de la famille, auxquels est ici déniée leur qualité de sujets ? La notion de « suicide élargi » employée par certains psychiatres québécois ne dirait pas autre chose, sauf quand elle est employée pour décrire la situation subjective du meurtrier, dont, comme le notent C. Cherki-Nikles et M. Dubec (1992), le geste peut viser, à travers l’enfant, une partie du meurtrier lui-même. Du côté des femmes, les suicides sont beaucoup plus rares, et nettement plus tardifs : trois femmes seulement dont deux se suicident en cellule.


4. EN ATTENDANT DE CONCLURE : RETOUR SUR L’HISTOIRE DE MARC ET JOCELYNE

L’ensemble de ces données nous conduit à envisager le crime dit passionnel essentiellement comme un crime sexiste et confirme l’hypothèse du fémicide, ainsi que, dans une moindre mesure, celle que suggère l’expression un peu simpliste de « la femme battue qui tue ». Pourtant, parce que nous sommes aussi des psychologues, il nous semble extrêmement difficile d’en rester là. Lorsque nous dépassons le niveau des tendances globales pour atteindre celui des histoires subjectives, avec l’étude des dossiers d’instruction, le tableau se complexifie sensiblement. Nul doute que les logiques psychologiques s’inscrivent bien dans les modèles socialement construits autour d’une vision archaïque du rôle masculin dans le couple et l’appropriation des femmes. Néanmoins, la nette dissymétrie des mobiles invoqués selon le genre se dissout lorsque nous recherchons les raisons profondes de ces crimes, en étudiant la structure même des relations en cause. Dans cette perspective, on doit souligner le fait qu’hommes et femmes partagent le même modèle sous-jacent de relations amoureuses, de vie de couple : un modèle qui se présente soit comme fusionnel, impliquant que l’amour annihile toutes les différences inter-individuelles, soit comme un mécanisme d’appropriation, c’est-à-dire qu’aimer est vu comme un équivalent de posséder l’autre ou lui appartenir. S’il existe bien une polarisation selon le genre (les hommes ont plutôt tendance à posséder leur objet e

t les femmes à lui appartenir), il n’empêche que le modèle est le même, et que par conséquent les fonctionnements dissymétriques correspondent essentiellement aux deux faces d’une même médaille… C’est sur ce modèle que les criminel-le-s dit-e-s passionnel-le-s – et leurs partenaires – construisent toute leur vie affective.

  

Cette remarque implique une conséquence importante : les crimes dits passionnels ne peuvent pas être, si l’hypothèse est exacte, le crime de « Monsieur ou Madame Tout-le-Monde ». Et de fait, ils s’en distinguent à plusieurs niveaux. Premièrement, le mode de formation des couples ne s’inscrit pas dans les grandes tendances observées aujourd’hui et s’apparente plutôt à des caractéristiques propres à des sociétés traditionnelles. Ensuite, les effets des lois sociales sur le divorce et la séparation, qui émancipent les femmes de la tutelle maritale et paternelle, ne semblent pas pleinement intégrés par ces couples. Enfin, ces crimes dits passionnels surviennent le plus souvent dans des familles qui présentent des caractéristiques proches de celles où l’on constate des carences affectives et éducatives graves, des violences sur les enfants, des abus sexuels, c’est-à-dire des familles où la reconnaissance de l’altérité n’est pas clairement établie. Le drame s’élabore sur plusieurs générations, des grands-parents aux petits-enfants, à travers la répétition d’une dysparentalité. Les identifications parentales apparaissent floues et lacunaires (filiation incertaine, troubles identitaires, expérience de l’abandon ou de la séparation, deuils, carences, etc.) et sont constituées à partir de modèles violents et rigides (vision archaïque du rôle paternel et du mariage conçu comme indissoluble, exercice d’une tyrannie domestique, etc.) La loi intérieure de la famille fonctionne sur un mode persécutif où chacun des membres est objet de contrôle et d’appropriation lui interdisant toute recherche d’autonomie. Un mécanisme d’adhésion à la toute-puissance de la loi interne empêche une reconnaissance de la loi sociale comme s’imposant à tous les membres de la famille. La cellule familiale, contrainte à une forme de huis-clos, tend à s’organiser sur un mode fusionnel. La représentation des liens familiaux est notamment fusionnelle chez le parent criminel, qui tue en son enfant une part de lui-même ou de son partenaire, ou chez le criminel dit passionnel qui détruit toute sa famille ne pouvant en assumer la dissolution.

 

Le cadre de cet article ne nous permet pas de développer ce point en apportant suffisamment de cas cliniques analysés en profondeur pour administrer complètement la preuve de ces assertions. Nous nous bornerons donc, pour en terminer provisoirement, à proposer un exemple, en revenant à l’histoire de Marc et Jocelyne : que leur est-il donc arrivé, pour qu’ils en arrivent à la situation infernale où nous les avons trouvés entre septembre 1987 et juin 1988 ?

  

Jocelyne est fille unique et semble sans histoire, une enfant facile, adulée par ses parents, mais à qui on parle peu et qui se décrit comme à la fois « calme et nerveuse » : l’expert psychiatre parle de manque de parole, de « tension interne avec explosion », et décrit une petite fille narcissique, objet du narcissisme parental peut-être plus que narcissique, qui n’existe que par l’image qu’elle donne et que donne sa famille. Elle a présenté une bronchite asthmatique ainsi que des crises d’asthme nocturnes pendant de nombreuses années, suite, semble-t-il, à une séparation de six mois, vécue douloureusement, pour un séjour dans une maison de repos dû à une primo-infection. Cette difficulté à la séparation, cette tonalité psychosomatique, évoquent un manque d’étayage, une forte dépendance à l’objet externe, une recherche fusionnelle difficile à élaborer. On voit combien il lui est difficile de se séparer avec Marc, et l’on peut aussi noter qu’il lui faut toujours un homme : elle revoit son amant pendant le temps d’hospitalisation de son mari....

 

Derrière le tableau familial apparemment idyllique de son enfance, certains comportements posent néanmoins question. Par exemple, le fait que Marc et Jocelyne vivent pendant huit ans dans la même maison que les parents de Jocelyne, qui élevaient la petite Noémie « car ses deux parents travaillaient », dit la mère ; ou encore, l’étonnante remarque de cette mère qui, après avoir dit combien l’ambiance était bonne avec son gendre, puisqu’il les considérait comme sa seule famille, raconte comment il enfermait Jocelyne, et dit de lui : « Il était impulsif mais non violent. De temps en temps une claque partait. Il ne touchait pas sa fille mais claquait sa femme. » La tolérance des parents de Jocelyne à la violence de Marc ne peut que sidérer : le père de Jocelyne, quant à lui, raconte comment ni Marc ni Jocelyne ne partaient jamais en vacances, ni en week-end, comment Marc surveillait les déplacements de Jocelyne, comment Marc a tenté d’étrangler sa belle-mère parce qu’ils avaient été invités chez des amis (depuis cet « incident », les parents de Jocelyne se cachent pour sortir ou pour recevoir…).

 

Pour ses collègues de travail, Jocelyne est secrète, renfermée, repliée sur elle-même, elle porte des traces de coups… À dix-neuf ans, elle s’est mariée une première fois avec un homme qu’elle connaissait depuis trois ans, et dont elle s’est séparée peu après : leur couple, dit-elle, était « amical », malgré une « incompatibilité d’humeur » qui l’a conduit à la rupture, à moins que la rencontre de Jocelyne avec Marc n’ait précipité les choses.

 

C’est en effet après avoir rencontré Marc que Jocelyne divorce. Elle tombe enceinte, alors que lui, qui est marié également, est pris de « scrupules » et retourne auprès de sa femme. Jocelyne se retrouve seule, période très difficile pour elle. Marc divorce quand leur fille Noémie a un an, et ils se marient deux ans plus tard.

 

Au début de leur mariage, ils ont des difficultés financières, doivent beaucoup travailler, et leur couple fonctionne dans le calme. Leur relation se dégrade quand la situation matérielle s’améliore ; le cycle de la violence s’enclenche.

 

L’expert souligne encore combien Jocelyne est « cimentée » à son mari, pour qui elle est, grâce à l’isolement qui s’impose au couple, « l’unique » comme elle a été l’unique pour ses parents. Il la décrit comme dépendante, trop centrée sur son image, et prise avec Marc dans une problématique de mort.

 

Il est remarquable que lorsqu’elle prend un amant, Jocelyne revit une situation comparable, puisque cet homme, fiancé, met sa fiancée enceinte en parallèle de son histoire avec Jocelyne.

 

Quant à Marc, il est né en Algérie, d’une liaison adultère. Sa mère, mariée avec Monsieur R. dont elle a déjà deux enfants, conçoit Marc avec Monsieur M., qui le reconnaît, tout en déclarant l’enfant de « mère inconnue », pour préserver la réputation de Madame M. Peu après, la famille quitte l’Algérie pour la France et sa mère aura encore un autre enfant avec son mari, puis deux autres avec le père de Marc. Apparemment, aucun de ces deux hommes ne vit avec elle, et Marc semble être l’aîné de la fratrie vivant avec sa mère. Il vit avec elle dans des conditions socio-économiques précaires, elle est d’abord femme de ménage dans une école puis aide cuisinière et enfin chef cuisinier, et il s’occupe beaucoup de ses petits frères. Il n’a jamais vraiment su qui était son père (Jocelyne ne sait même pas si cet homme est vivant ou mort) et s’interroge beaucoup, dit-il, sur ses origines dont personne n’ose parler.

 

En 1987, alors qu’il a trente-sept ans, et apparemment pour une raison de succession, la mère de Marc le reconnaît enfin. Peu de temps après, il devient encore plus jaloux, interdit à Jocelyne même de voir ses parents. Et bientôt, on l’a vu, il passe à l’acte, dans un mouvement de décompensation tragique : difficile de penser qu’il n’y a pas de lien…

 

Peut-être est-il bien tard pour intégrer une différence des générations mal instituée jusqu’à présent : la mère brise son possible fantasme incestueux d’être son unique mari, le renvoie à son statut d’enfant, à trente-sept ans. La volonté obstinée de Marc de protéger sa mère est notée : les experts psychiatres qui le voient en janvier 1988, juste après son acte, notent ses problèmes de filiation et les réticences de Marc à donner des informations biographiques, en particulier quand cela concerne sa mère, comme si cela devait lui faire du tort.

 

Cependant, Marc a cessé de voir sa famille, même sa mère, dès qu’il s’en est trouvé une nouvelle avec celle, extrêmement fusionnelle, de Jocelyne, où il est le seul garçon. Quoiqu’il en soit, avec cette toute nouvelle identité, Marc gagne une mère mais perd une femme, en tout cas telle qu’il se l’était contruite sur le plan imaginaire dans un fantasme à tonalité incestueuse, il n’a plus qu’une seule femme, sa femme qui quant à elle se met à ressembler de plus en plus à cette mère avec ses « tromperies » : il la traite de « pute », de « trainée », et lui dit qu’elle l’a trahi. Lui-même est bien l’auteur de ces répétitions bien sûr, son choix d’objet en la personne de Jocelyne et la dynamique de leur relation, entièrement saturée par l’identification projective, le démontrent : Jocelyne vit la même histoire adultérine que la mère de Marc, et il fait vivre à sa fille sa propre histoire ; même l’amant de Jocelyne est pris dans le même schéma puisqu’il épouse sa fiancée enceinte au moment même où il s’engage dans une relation extra-conjugale… Par ailleurs, dans son premier mariage, Marc est père d’un garçon qu’il ne verra plus à partir de 1984 ; on voit que dans son organisation psychique le père ne peut être qu’absent, ou forclos.

 

On peut remarquer aussi une caractéristique bien propre à nous désillusionner : contrairement à ce que nous espérons tous dans nos amours, le couple, d’après notre étude, tend à se structurer au niveau de celui des deux qui va le plus mal. Ainsi, Jocelyne, personnalité essentiellement dépendante et psychosomatique, vit un premier mariage assez nettement anaclitique (le couple « amical » évoque un pacte d’étayage réciproque), et s’engage avec Marc dans une relation de type fusionnel, c’est-à-dire psychotique, comme lui avec sa filiation « inconnue »…

 

Impossible donc de nier que pour comprendre cette histoire deux niveaux d’analyse complémentaires sont possibles et même nécessaires, l’un social, nous l’avons développé, et l’autre clinique et psychopathologique (nous ne le détaillerons pas davantage ici). Reste encore à proposer des concepts pour les articuler… L’appropriation des femmes par les hommes et les fonctionnements de couple qu’elle détermine, la représentation de l’amour héritée d’une tradition monogame, de l’amour courtois, de l’idée plus récente de mariage d’amour, etc., nous semblent constituer ce qu’à la suite de Michèle Huguet (1986) nous nommerons une structure de sollicitation sociale. En d’autres termes, les fonctionnements communément acceptés et utilisés dans notre société (celles de hiérarchie entre les sexes, ou encore de couple fusionnel, en sont des exemples) constituent pour les individus une véritable offre sociale. Celle-ci, en retour, n’est efficace que dans la mesure où elle rencontre des demandes, ou plus précisément des problématiques, subjectives. Cette rencontre constitue une interaction complexe qui ne peut se réduire à une simple influence : les pratiques et les représentations sociales ne sont pas seulement intériorisées, mais aussi produites, par les individus. Le concept de structure de sollicitation exprime aussi la complexité des représentations sociales : Michèle Huguet le développe comme la « configuration des supports sociaux qui organisent les points d’ancrage à partir desquels le sujet se représente la réalité sociale, y réagit affectivement, y exprime son histoire propre, dans le même temps où il contribue à la fixer et à la faire évoluer » ; ces points d’ancrage structurent les « décalages » qui existent entre les différents éléments de la réalité sociale, décalages qui peuvent « se traduire comme incidences subjectives dans les différentes histoires singulières » (p. 512).

 

Cette définition est particulièrement bien adaptée aux relations entre les sexes. Celles-ci, d’une part, s’organisent bien autour de points d’ancrage, des repères relativement fixes, de niveaux divers ; parmi les plus importants, citons le dimorphisme sexuel humain, l’institution du mariage, la relation d’objet, la hiérarchie entre les sexes ou, pour adopter le terme que Françoise Héritier (1996) propose pour en souligner l’aspect universel, la valence différentielle des sexes… Mais, d’autre part, ces relations se caractérisent par de profondes tensions et même contradictions internes autorisant d’innombrables décalages ; entre autres, encore une fois : la bisexualité psychique (c’est-à-dire le fait pour chaque sujet humain d’être à la fois masculin et féminin, identifié à un père et à une mère), ou bien la coexistence dans notre société de différents modèles des rôles socio-sexués ou du couple, coexistence dont la complexité rend bien compte des mouvances de notre société « chaude », pour reprendre le terme de Levi-Strauss (1998, p. 67), qui oppose les sociétés en mouvement, qu’il appelle chaudes, aux sociétés froides plus statiques, c’est-à-dire, d’un point de vue classique, « sans histoire ». Plus précisément, les sociétés froides « caressent le rêve de rester telles qu’elles s’imaginent avoir été créées à l’origine des temps. Bien entendu, elles se trompent : ces sociétés n’échappent pas plus à l’histoire que celles – ainsi la nôtre – qui ne répugnent pas à se savoir historiques, et qui trouvent dans l’idée qu’elles se font de l’histoire le moteur de leur développement ». Le fonctionnement souple, complexe et relatif de la structure de sollicitation sociale rend donc bien compte du caractère à la fois cohérent et pluriel des rapports amoureux entre hommes et femmes. D’un certain point de vue, l’universalité de la valence différentielle des sexes confère une unité certaine à la structure même de ces relations intimes.

  

Mais on ne peut pas prétendre pour autant que la représentation de l’amour dans notre société est univoque, pas plus d’ailleurs que sa réalité vécue : les différentes formes – ou histoires – d’amour constituent autant de variations sur le thème de l’appropriation imaginaire de l’aimé, et singulièrement mais pas du tout exclusivement, sur celui de l’appropriation politique des femmes par les hommes. C’est à élucider ce point de jonction conflictuelle entre le thème commun et son interprétation singulière que notre approche interdisciplinaire s’attache spécifiquement.

 

Auteur: Patricia Mercader pour CAIRN.INFO

maître de conférences, psychologie sociale, Institut de Psychologie, Université Lumière-Lyon 2

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 06:57

La procrastination est l’« art » de remettre à plus tard ce que l’on devrait faire à l'instant, ou aujourd’hui. L’origine du mot vient du latin : Pro : qui est pour, et de crastinus : du lendemain.

 

  
procrastination1

Comment cela se manifeste-t-elle ?


Le procrastinateur, confronté à la réalisation d’une tâche donnée, va trouver un tas de raisons pour ne pas la commencer tout de suite. Souvent plein de bonne volonté, la personne souffrant de procrastination se fait la promesse de débuter le lendemain. Même si elle met en place les éléments nécessaires pour attaquer la tâche, elle trouvera toujours autre chose à faire : rédiger un courrier si elle doit ranger ses cd, sortir faire une course au lieu de remplir sa déclaration de revenus...

Procrastination et priorités


Ce qui caractérise la personne souffrant de procrastination, c’est l’incapacité à respecter les priorités alors qu’elles sont pourtant bien identifiées. Si elle doit rendre un dossier important pour le soir même à 18 h 00, elle répondra à des emails amicaux ou classera des papiers, car elle n’arrivera pas à respecter la priorité du dossier et va s’éparpiller à effectuer d’autres activités. Souvent acculée, cette personne peut travailler dans l’urgence quand elle n’a plus le choix.

 

Qui est concerné ?


Tout le monde, à un moment ou à un autre de sa vie, a une tendance à remettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même. Chez les individus chez qui la procrastination devient problématique, c’est une habitude difficile à défaire.

Attention, car la procrastination peut aussi être le symptôme d’une pathologie telle que la dépression, l’anxiété ou la phobie, par exemple.

Procrastination ou fainéantise ?


Il faut tordre le cou à cette fausse idée. La procrastination ne concerne pas les paresseux ou les individus qui n’ont aucune velléité, c’est même l’inverse. Souvent organisées à l’intérieur de leur procrastination, ces personnes grouillent d’idées et ont des projets plein la tête. C’est leur perfectionnisme et/ou leur peur de l’échec qui est un frein au passage à l’acte.

 

Les conséquences


Outre le fait de ne pas avancer dans sa vie professionnelle, la procrastination met des freins à la vie personnelle également. Si on a un projet de vie, le fait de le remettre continuellement à plus tard, risque de ne jamais le voir aboutir. C’est ainsi que la procrastination peut devenir si encombrante qu’elle devient un obstacle à la vie quotidienne et au bonheur tout simplement.

Les solutions


Il n’existe pas de médicaments, ni de patch... pour arrêter la procrastination. Toutefois, il y a des astuces ou des petites solutions pour une meilleure organisation et une prise en charge de cette absence de volonté.

Parmi les solutions à mettre en place si l’on souffre de procrastination, il faut commencer par écrire la liste des choses importantes à réaliser. Procéder selon « la technique dite du salami » qui permet de tronçonner une activité en sous-activités de petite taille, afin de ne pas avoir l’impression de se retrouver face à une montagne infranchissable. A chaque étape, il faut s’offrir une récompense pour en tirer une véritable satisfaction. Petit à petit, la personne pourra augmenter le rythme des actions à effectuer.

Pour avoir le courage de démarrer, on conseille d’utiliser l’astuce du « plan de 5 minutes » : s’engager dans une action en se limitant à 5 minutes d’essai, au lieu des 8 heures prévues et décourageantes. Dans une majorité des cas, on doit continuer ce challenge en surfant sur ces 5 minutes qui permettront peut-être de terminer ce que l’on a commencé il y a… 6 mois !

Mais bien entendu, l’avis d’un médecin et plus précisément d’un psychiatre, d'un psychanalyste ou d'un psychologue peut être utile si l’on ne parvient pas à vaincre cette procrastination ; pour savoir si elle fait partie d’un cortège de symptômes lié à une dépression, une phobie, etc.
  
Auteur : Ladane Azernour Bonnefoy.

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 12:55

"Un entretien éloquent" sur l'influence des médias, avec Bernard Stiegler... La deuxième partie de l'entretien censurée sur youtube est désormais disponible ici. Le philosophe y développe une critique très aiguisée et profondément acerbe des médias associés à la politique générale du pays.

 
          
 
   
  

  Un synopsis de Bernard GENSANE:

 
 

Bernard Stiegler est un penseur original (voir son parcours personnel atypique). Ses opinions politiques personnelles sont parfois un peu déroutantes, comme lorsqu’il montre sa sympathie pour Christian Blanc, un personnage qui, quels qu’aient été ses ralliements successifs, s’est toujours fort bien accommodé du système dénoncé par lui. J’ajoute qu’il y a un grand absent dans ce livre : le capitalisme financier.

   

Cet ouvrage a pour but de montrer comment et pourquoi la relation politique elle-même est devenue un marché parce que l’appareil télécratique, nous dit l’auteur, a « développé un populisme industriel qui engendre, à droite comme à gauche, une politique pulsionnelle qui a détruit le désir. » En Europe, entre un tiers et deux tiers des enfants ont désormais la télévision dans leur chambre (les trois-quarts dans les milieux défavorisés en Angleterre). Aux États-Unis, dès l’âge de trois mois, 40% des bébés regardent régulièrement la télévision.

  
En 2004, Patrick Le Lay, ancien directeur de TF1 expliquait que le populisme industriel était devenu la loi de notre époque, les citoyens s’étant effacés devant « le temps de cerveau disponible ». Les consommateurs de la télécratie sont ainsi, et se sentent, irrémédiablement tirés vers le bas, ce qui provoque une réelle souffrance. Ils souffrent d’être seuls devant leur télé, tout en ayant le sentiment d’appartenir à une « foule artificielle d’où surgissent des processus d’identification régressive. »

  

Court-circuités en tant que représentants d’organisations sociales par le temps réel et le direct des médias de masse (ce qui les conduit à produire une pensée sous forme de slogans, par exemple), les représentants politiques ont tendance à court-circuiter à leur tour les organisations politiques qui les ont mandatées. Les présidentiables, nous dit Stiegler, recherchent les faveurs du quatrième pouvoir, en osmose désormais totale avec le pouvoir industriel et capitalistique, en « faisant de la télé-réalité politique, cultivant leurs personnages et leurs discours dans le sens de ce qui détruit l’opinion et avec elle la démocratie. Le peuple n’existe plus : il est remplacé par une population en attente de spectacles.

  

C’est parce que les liens sociaux ont été détruits par la télécratie que la répression est vouée à proliférer. Les politiques ne traitant jamais les causes des comportements déviants “ barbares ” (y compris ceux des patrons voyous) mais leurs effets.

 

  

Les blogs des politiques sont des simulacres qui imposent des modalités de fonctionnement inspirées des techniques de communication mises en œuvre par les industries de programmes. Ces blogs ne proposent pas des programmes politiques (on utilise désormais le mot “ logiciel ” en lieu et place de programme), mais des réponses individualisées. Ce qui renforce tous les communautarismes, pas seulement ceux spécifiquement “ ethniques ”. La défense de la consommation, du “ pouvoir d’achat ” devient alors le commencement et la fin de la “ politique”. Le marché, explique Stiegler, est désormais « l’unique horizon de toute identification collective ». La commercialisation (le marketing, pour parler la langue du dollar) crée du manque qu’il comble par un autre manque, ce qui débouche sur une consommation addictive, y compris pour la politique passée par le tamis de la télécratie. Tous les « segments de l’existence humaine » sont devenus des marchés. Les politiques ont intériorisé cet état de fait en ne voyant pas que leur « impuissance publique » n’était que la traduction de leur impuissance (acceptée) politique.

  

Cette télécratie est le corollaire superstructurel de la société de marché, cette société qui, bien sûr, creuse les inégalités et qui, selon l’auteur, « pose comme principe fondamental que l’individu se fait par le marché ». Stiegler dénonce, dans ce contexte, « l’explosion de l’espace et du temps publics ». Le consommateur, qui n’est pas un citoyen, n’a plus aucune prise sur ce qu’il utilise : transports privatisés, nourriture industrielle, thérapies géniques, services médicaux etc. Il tend à ne plus y avoir, prévient Stiegler, d’action publique. Les privatisations (sans parler des délocalisations) renforcent la division industrielle du travail. Étant progressivement dépossédé de la responsabilité de son savoir, le travailleur n’est plus un ouvrier qui « ouvre le monde ». L’objet lui échappe en même tant que sa fabrication.

 

B.Gentiane pour http://www.legrandsoir.info/

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 11:56

notes-de-musique-copie-2

 

« Cette musique me rappelle le jour où j'ai rencontré ma femme pour la première fois ; c'était pendant la fête du village ; elle a accepté mon invitation à danser. J'étais tellement heureux... » Quels souvenirs la musique est-elle capable de faire resurgir chez les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ! Un tel souvenir, comparé à ceux que peuvent décrire les mêmes personnes de leur propre initiative, est beaucoup plus chargé émotionnellement et évocateur de leur histoire personnelle. Mohamad El Haj et Philippe Allain, du Laboratoire de psychologie de l'Université d'Angers, ont demandé à des patients de se rappeler divers souvenirs, dans le silence ou pendant qu'était diffusée une musique de leur choix. Ils ont constaté que les souvenirs évoqués étaient plus forts émotionnellement, se rapportaient à des épisodes précis et importants de leur vie, et leur revenaient plus vite en mémoire. La musique serait un bon moyen pour ces malades de rester en contact avec leur passé et de l'évoquer avec des proches.

 

Comment la musique ravive-t-elle les souvenirs autobiographiques ? Les psychologues ont évalué la façon dont les patients mobilisaient certains mécanismes de régulation de l'attention, d'inhibition des pensées non pertinentes ou de flexibilité mentale, pour remonter à leurs souvenirs. Ils ont constaté que ces facultés cognitives (nommées fonctions exécutives) sont davantage sollicitées lorsque le sujet n'écoute pas de musique : le sujet est alors engagé dans une recherche consciente du souvenir, peu efficace chez les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer en raison de l'altération des capacités cognitives. En revanche, la musique fait remonter les souvenirs sans faire intervenir (ou beaucoup moins) ces fonctions exécutives. Dans ce cas, le souvenir resurgit involontairement et emprunte probablement d'autres circuits cérébraux, plus émotionnels. Le souvenir est plus réel, contextualisé, et évoque les phénomènes de « madeleine de Proust », lorsque le passé se présente soudain à nos yeux dans toute sa vivacité.


Sebastien Bohler pour cerveauetpsycho.fr

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 11:53

Cette page est spécialement réservée aux personnes ayant des difficultés psychologiques, financières ou sociales... Vous y trouverez des adresses utiles ainsi que de bons conseils pour faire face à la crise qui touche de plus en plus de nos concitoyens.

 

 

Cet article sera remis à jour régulièrement pour y apporter des nouveautés, donc tout bon conseil sera le bienvenu. "Soyons solidaires pour demain, quelque soit nos conditions sociales ou nos origines".

 

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-La maison des adolescents-

 

« Accueillir les adolescents et leurs familles, évaluer leurs besoins, leur proposer des soins psychiques et somatiques dans notre service ou les orienter, utiliser toutes les manières de s’exprimer et de créer, travailler de manière pluridisciplinaire, faire de l’enseignement et de la recherche dans le champ de l’adolescence et de ses souffrances, telles sont les missions de notre maison des adolescents, la Maison de Solenn ». Pr Marie Rose Moro, chef de service.

 

Vous trouverez sur ce site des adresses, des idées, des séminaires et l'avancée de la recherche pour aider les ados en souffrance. Cet organisme fut initialement mis en place par le Dr.Marcel Rufo.

 

Cliquez sur ce logo: 


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-Association "les papas = les mamans"-

 

"A même de vous guider dans les problèmes de familles dissolues".

 

Cliquez sur le logo:

 

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Thèmes de l'association:

école, scolarité, place de l'enfant, garde d'enfant, temps partiel, médiation familiales, parentalité, famille, droits, pension alimentaire, prestations familiales, allocations, impôts, salaires, résidence alternée, attachement, société, union, séparation, divorce.

 

 

-Emploi, travail, recrutement avec Jooble-

 

Jooble – с’est un site où vous pouvez chercher un emploi sur "l’ensemble d’Internet."

 

Cliquez sur ce logo:


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-ASP: Favoriser l'accès au savoir-

 

Egalement présenté en page éducation sur ce site.

 

Cliquez sur ce logo:


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Thèmes de l'association:

Totalement gratuit, cette assistance éducative permet un suivi personnalisé de votre enfant en cas de difficultés scolaires...surtout en cette période de réforme de l'enseignement !

 


-Les Banques solidaires-

 

1- La Nef: Un organisme alternatif au cœur des circulations financières.

 

La Société financière de "la Nef" est une coopérative de finances solidaires. Depuis sa création en 1988, elle exerce une double activité de collecte d’épargne et d'octroi de crédit dans le cadre d’un agrément de la Banque de France.

L’épargne collectée sur des comptes de dépôts à terme ou sur des comptes courants est déposée par des particuliers, des associations et des entreprises. Toute personne physique ou morale désireuse de donner un sens à son argent peut ouvrir un compte à la Nef.

Les financements accordés par la Société financière de la Nef permettent de soutenir la création et le développement d’activités professionnelles et associatives à des fins d’utilité sociale et environnementale.

Aujourd’hui, 26 000 sociétaires ont choisi d’exercer leur responsabilité sur leur argent en déposant leur épargne ou en souscrivant un prêt auprès de la Nef. Et chaque mois, ce sont plus de 200 nouveaux sociétaires qui franchissent le pas, porteurs d’une volonté de changement sur l’organisation économique et sociale de notre monde.

 

Cliquez sur ce logo:

  

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2- Le crédit coopératif: Particuliers et consommateurs citoyens.

 

Services bancaires, placements, crédits... le Crédit Coopératif met à votre disposition tous les services et produits que vous êtes en droit d’attendre d’une banque.

Mais le Crédit Coopératif est aussi une banque différente : il occupe une place de pionnier et de leader en matière de produits solidaires et vous propose d’agir au quotidien pour la planète, pour une société plus juste, pour une solidarité internationale, aux côtés de nombreuses associations partenaires.

 

Cliquez sur le logo:


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-Blog de la famille et du divorce-

 

Thème du blog:

L'objet de ce blog est d'échanger sur le droit de la famille et la pratique judiciaire et d'apporter des informations pratique de vulgarisation juridique. Pour les hommes et les femmes en difficultés face aux tribunaux ou préparant leurs dossiers.

 

Cliquez sur ce logo:


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-Peuplade, le premier site de quartier-

 

"Le site qui vous relie à votre quartier et à ses habitants."

 

Cliquez sur le logo:

 

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Thème du site:

Bons plans des voisins et pros, échange de services, petites annonces près de chez soi, initiatives, événements et sorites, rencontres au coin de la rue...Pour les personnes résidant en milieu rural, renseignez-vous dans votre commune ou crééz un réseau solidaire entre voisins !

 

 

-Le collège de France-

 

Pour les autodidactes qui n'ont pas les moyens de s'inscrire et de suivre les cours universitaires: le collège de France est une alternative pour apprendre librement et gratuitement, en vue de conserver un niveau culturel décent, afin de s'enrichir et de partager la connaissance entre tous. Excellent pour la mise en condition des concours et examens...


Cliquez sur ce logo:


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-Bibliothèque numérique Gallica-

 

Disponible sur Gallica: Une pléthore d'ouvrages, de documents, de partitions, de cartes et de manuscrits ! Accès gratuit pour tous. Très utile pour les étudiants ou les passionnés.

 

Cliquez sur le logo:


gallica.jpg

 

 

-Solution Covoiturage-

 

Trouvez votre covoiturage parmi 614 991 trajets à venir sur Covoiturage.fr.

Partout en France, il est possible de se déplacer à moindre frais !

 

Cliquez sur le logo:

 

covoiturage.jpg

 

 

-Economies au quotidien-

 

Bonjour et bienvenue sur radins.com, le site de la vie VRAIMENT moins chère. Pour votre information, il y a sur ce site des fourmis investigatrices qui luttent au quotidien contre la vie chère. Vous y trouverez des astuces, des bons de réductions, des échantillons gratuits, des places moins chères, etc...

 

Cliquez sur ce logo:

 

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-Souffrance et travail-

 

Vous avez peur, vous vous sentez en danger, vous passez votre temps à vous justifier, vous maigrissez, vous vous sentez harcelé, ces symptômes sont spécifiques aux situations de souffrance au travail... Ce site vous permettra de tout savoir pour faire face à ces situations, "ne restez pas seuls".

 

Cliquez sur le logo:


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-Solutions pour les mutuelles santé-

  

Il existe des solutions qui peuvent être une bonne solution alternative: Faites le tour des gens qui souhaitent souscrire à une mutuelle dans votre quartier. Selon le nombre de personnes que vous aurez su intéresser à cette complémentaire santé, vous aurez droit à des propositions qui seront dans tous les cas intéressantes.


Si vous avez réussi à rassembler 50 personnes ou plus : allez faire le tour des mutuelles ou compagnies d'assurances. Ils vous feront un groupe ouvert sur mesure pour vous.

Moins de 50 personnes : vous pourrez négocier des tarifs ou des mois gratuits pour le groupe.

 

 

-Solutions automobiles-


Les activités des casses auto:

  • Le dépannage 24/24
  • La récupération de véhicules accidentés (épaves, accidents, convention de retraitement de véhicules),
  • La vente de pièces détachées neuves et d'occasion, contrôlées et garanties,
  • La vente de véhicules accidentés (procédure conforme aux articles L27 et L16 du code de la route)
  • L'exportation vers les pays du Maghreb, la Malaisie, la Biélorussie, l'Ukraine, la Russie et vers de nombreux pays de l'Europe de l'Est.
  • Mais ce qu'il faut savoir : Certaines casses auto réparent votre véhicule à des prix très raisonnables, c'est en quelque sorte le "low cost" des garages traditionnels... il suffit simplement de leurs demander.

 

-L'union fédérale des consommateurs, UFC que choisir-

 

"Très connue, il est néanmoins nécessaire de rappeler qu'elle défend les intérêts du consommateur citoyen !"

 

L'UFC, aux côtés des consommateurs:

 

L'UFC-Que Choisir est totalement indépendante des fabricants, des commerçants, des activités de services, des syndicats, des groupes de presse ou financiers, des partis politiques, du gouvernement et, plus généralement, de tout intérêt ou groupement autre que ceux des consommateurs.

Dans le cadre de cette politique de totale indépendance, l'UFC-Que Choisir a essentiellement pour objet :

  

- de promouvoir, d'appuyer et de relier entre elles les actions individuelles ou collectives des consommateurs, contribuables et usagers tendant à garantir la reconnaissance et le respect de leurs droits, la libre expression de leurs opinions et la défense de leurs intérêts tant individuels que collectifs.

- de favoriser la prise en charge des problèmes de consommation par les consommateurs eux-mêmes.

- de représenter les groupements et personnes qui se préoccupent de définir et de soutenir l'action des consommateurs en vue de leur permettre de conquérir et d'exercer leur pouvoir dans la société, afin d'aboutir à une amélioration de leurs conditions de vie dans tous les domaines : production, distribution, services publics ou privés, marchands ou non marchands, environnement, santé, etc.

- de réaliser ou promouvoir toutes actions, études, recherches, essais comparatifs de biens ou de services, soit à sa propre initiative, soit en collaboration avec d'autres associations ou organismes, permettant de fournir aux consommateurs les informations et éléments de jugement utiles.

- de diffuser lesdites informations, notamment par des articles de presse ou d'édition et autres médias (notamment Internet). et de mettre à la disposition des consommateurs les moyens de formation et d'éducation qui leur sont utiles.

- de présenter en tous lieux et auprès de toutes instances, et notamment en justice, les intérêts matériels et moraux des consommateurs.

 

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