5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 11:50

-A travers la psychanalyse et la mythologie Arthurienne, ce texte de Sofia Mazlic décrit avec précision les épreuves qui font d'un jeune adolescent, " Un Homme !". Véritable initiation et découverte du soi, selon les usages et les rites de l'ancienne tradition-

 

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  - Merlin BBC ONE 2008 - Canal +/Gulli - The sword in the stone -

 

LA DÉCOUVERTE DE SOI-MÊME, DE L'AMOUR ET DE L'AUTRE DANS LE ROMAN MÉDIEVAL "FLORIANT ET FLORETE"

 

Texte tiré de l'excellent site  "La littérature du monde.fr", à découvrir.


Floriant et Florete est un roman d’initiation. Au Moyen-Âge, le passage de l’adolescence à l’âge adulte est particulièrement symbolique et douloureux. Il est parsemé d’obstacles très différents. A chaque moment, le héros, chevalier solitaire, est soumis à des épreuves soit physiques soit morales. C’est un thème récurrent dans le roman arthurien. Bien souvent ce passage initiatique est chargé d’une symbolique spirituelle. Il représente la quête qui est celle de la découverte de soi-même, du monde, de l’univers, et de la symbiose avec lui. Tous les héros partagent plus ou moins le même destin : le roi  Arthur, Perceval, Lancelot, Yvain. Ils cherchent « le vrai soi » car il existe toujours  autour de leur naissance une aura de mystère entretenue par des êtres féeriques ou surnaturels. Dans le cas de Floriant il y a une forclusion du nom du père (pour utiliser le vocabulaire psychanalytique). Il ne connaît pas son identité et la récompense au  terme de son initiation sera la délivrance de cette identité. C’est en cela que consiste l’intention didactique du roman arthurien. Présenter symboliquement, voire de manière ludique les combats du héros, ses démons intérieurs et sa victoire sur les circonstances.
    
   
A la fin il devient "Maître de lui-même et de sa vie" et est amené à gouverner celle des autres. Dans les romans de ce genre il y a une forte tendance à émerveiller. Le but de l’auteur est de nous faire comprendre que nous nous trouvons dans un monde fantastique et merveilleux et qu’il s’agit d’un héros tout à fait exceptionnel. Comme le nom héros l’indique, nous sommes en présence de quelqu’un qui est mi-homme, mi-divinité. Par conséquent, au final, il devient immortel. L’initiation chevaleresque consiste en maintes péripéties. Elles se concrétisent en aventures. Ces dernières sont là pour aguerrir le héros et inciter son activité physique, mais aussi pour stimuler son mental. Le hasard n’existe pas et chacune d’elle apporte au héros une leçon inoubliable, tout en le menant vers une autre aventure, encore plus merveilleuse et plus fantastique que la précédente. Alors que tout gravite autour du chevalier errant et solitaire, on est amené à suivre son itinéraire qui commence par la découverte de lui-même, avant de faire celle de l’amour et des autres. Cette découverte est jalonnée de passions, de pulsions, de peurs et de rêves qui se fondent en un sublime idéal chevaleresque. Nous allons suivre l’évolution du héros en passant par toutes ces séquences et essayant de comprendre leurs sens le plus profond.            
                 
Étant donné que Floriant et Florete est un roman d’initiation, il a avant tout une intention didactique. Le topos est celui du roman initiatique : le héros est jeté  dans le monde tout seul, les voyages les plus extraordinaires marquent son progrès. Il part d’un château enchanté pour passer à travers toute l’Europe,  c’est-à-dire le monde connu de cette époque, pour revenir enfin à la source. Donc un mouvement circulaire, parfait. Il se cherche, cherche son identité, son origine qui lui est dévoilée une fois qu’il a surmonté les obstacles qui s’étaient dressés sur son chemin.            
            
Ces voyages sont la découverte de nouveaux lieux merveilleux, car c’est un récit fantastique (Floriant et Florete) : existence de châteaux médiévaux connotant un univers mystérieux, nef merveilleuse, atmosphère des fois très étrange et inquiétante, termes lugubres (Chevalier Noir, Chevalier coupeur de tresses…). Mais le roman est plus marqué par des endroits paradisiaques, qu’ils soient réels  (terrestres) ou qu’ils soient de l’Autre monde comme le château de Morgane. Ces  locus amoenus symbolisent la paix de l’âme du héros et sa récompense au bout du chemin.     
                    
Au topos fantastique se joint le topos surréaliste. La réalité mystérieuse est omniprésente. Les lieux de révélations sont toujours bien choisis : château du roi Arthur, celui de Morgane…       
                   
Tout cela contribue à la création des conditions nécessaires à l’évolution physique et spirituelle du héros qu’on appelle initiation. Cette dernière passe par plusieurs phases et comporte un réceptacle d’émotions, de sentiments et d’actions qu’éprouve le personnage principal, et le construit. Elle commence par la découverte du "soi-même" qui mène ensuite vers l’amour qui, lui, mène vers la découverte de l’autre, c’est-à-dire le monde réel. Chaque phase de l’initiation est accompagnée de passions, de peurs et de rêves contre lesquels le héros doit lutter pour accomplir sa mission. C’est de là que découle la rencontre de deux opposés : l’amour et les armes. Paradoxalement on doit lutter pour conquérir l’amour, on doit se battre pour le mériter. La victoire issue de la guerre contre les passions et les peurs libère la personne et lui confère l’amour universel et le respect des autres.      
                     
Alors pourquoi cette initiation ? Sa valeur, où se trouve-t-elle ? Parce que c’est la nature la plus fondamentale de l’homme, celle de chercher, d’exister et de coïncider avec le monde qui l’entoure. En découvrant lui-même par introspection et action il découvre toutes les lois qui régissent la nature. Tout est lié. "C’est le miracle de l’alchimie – la connaissance".      
                    
La vie de Floriant comporte quatre passages initiatiques de deux  grandes étapes, chacune de quinze ans approximativement. Il part et quitte Morgane à l’âge de quinze ans pour entamer sa quête et lui revient, après avoir rempli sa tâche, à l’âge de trente ans, environ. Ainsi son destin prend la forme d’un cercle, symbole de la perfection.   
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Floriant comme nous l’avons déjà dit, part à la découverte de son identité. La notion d’identité dans le roman arthurien est très symbolique, elle connote la découverte non seulement de la vraie origine mais aussi de la nature la  plus profonde du héros et son destin car le caractère, on le sait bien, détermine le sort de la personne. Donc, Floriant se lance à la découverte de son nom, ses origines, c’est-à-dire, soi-même. Il s’adresse à sa mère présumée, Morgane : « Madame, écoutez-moi ! Je crois bien que vous êtes ma mère mais je ne sais pas qui est mon père ! »  A ces mots, Morgane se met à pleurer et dit à Floriant qu’elle n’est pas sa mère et qu’un grand part de son destin consiste en la découverte de ses vraies origines. Et c’est cela le fil qui le dirigera tout au long de son initiation. Il doit se frayer un chemin tout seul, son aucune aide extérieure. Se prouver à lui-même et aux autres qu’avant d’être quelqu'un grâce à la renommée de sa famille, il est d’abord "quelqu'un" grâce à ses exploits et sa force intérieure. Il se construit lui-même. Et selon le vieux adage qui dit que la valeur d’un homme se mesure par l’importance des difficultés qu’il a rencontrées dans la vie, le héros est soumis à maintes épreuves qui lui permettront, chacune à leur tour, de lui montrer sa puissance physique et mentale. Il les rencontre dans l’ordre croissant de difficulté : il libère les quinze chevalier de la Table Ronde d’Arthur en vainquant Moradas , ensuite il tue le Pellican, bête cruelle qui mangeait des filles habitant à l’île aux belles Pucelles, il tue deux géants et finalement gagne dans le duel avec le chevalier coupeur de tresses.
  
C’est seulement à ce moment-là qu’il « mérite » de se présenter à la cour d’Arthur, lieu où l’on juge un chevalier d’après l’importance des batailles remportées et son courage. Sa valeur et sa  témérité lui valent la découverte de son identité. Il se montre digne du nom qui lui appartient de par sa naissance. La fée Morgane, sa mère adoptive lui reprend la nef enchantée mais lui dévoile son nom : il est prince, fils du roi Elyadus : « Mais maintenant elle [ Morgane ] veut t'apprendre en toute vérité qui fut ton père. C’était un homme de valeur, très réputé qui s’appelait le roi Elyadus. Il était roi d’une contrée prospère, la célèbre Sicile était à lui […] Mais Maragot, son sénéchal, un homme très perfide et déloyal, le tua un jour par traîtrise. Apprends pour quelle raison. […] » La lettre de Morgane contient deux choses : elle loue le mérite du père du héros éponyme et en décidant de lui dévoiler son identité véhicule le message qu’il est le fils digne de son père ; ensuite cette lettre représente l’étape suivante dans l’initiation de notre héros. Il doit venger la mort de son père et le malheur de sa mère qui se trouva dépourvue de tout. Car le héros évolue dans un système féodal et doit réaliser l’idéal chevaleresque qui dissimule un idéal mystique. Grâce à ses exploits guerriers il gagne l’estime du roi (ici du roi Arthur), découvre et accomplit sa mission ici-bas. Après s’être cherché il trouve le "soi-même" ou "être authentique" mais aussi tout un monde qui lui était jusqu’alors inconnu. En face de ce monde il réagit de façons différentes, éprouve des  sentiments différents.         
                 
Paradoxalement, sa lutte qui frôle la haine par moments, ses armes qui font de lui un tueur inlassable (car l’ouvrage abonde en épisodes violents et sanglants) le mène vers l’amour, le sentiment le plus pur. Les armes et les amours  se mélangent et seulement un vrai chevalier, un homme noble mérite d’être aimé par une belle et noble femme. Tout est dans le livre sous le signe du merveilleux : événements, objets, pouvoirs, créatures surnaturelles, lieux enchantés, malédictions, bénédictions… Et l’amour est la plus grande des magies. Grâce à lui le héros arrive à  surmonter tous les obstacles dont la plupart (sinon tous) se trouvent en lui-même. Le héros doit d’abord surmonter ses peurs, la peur de l’inconnu, de la mort, de la souffrance (ce qui est illustré par son désir d’aller à leur rencontre en cherchant sa vraie identité et constitue la première phase de l’initiation), cela le mène vers la maîtrise de ses propres passions incarnées dans l’amour, l’amitié, le sexe, le pouvoir et la richesse.
  
Une fois les obstacles abolis, les peurs dominées, les passions contrôlées, il est à même de réaliser ses rêves, à savoir son idéal chevaleresque, sa mission sur terre : il obtient la liberté et accède à l’immortalité. Sa quête du Saint Graal est terminée. Il a justifié le fait d’appartenir aux élus. L’éternelle s’étend devant  lui et partout où il va, l’abondance l’accompagne. Le Graal est le symbole de la vie éternelle, de la réunification des opposés : animusanima, conscient – inconscient,  haut – bas… Son contenu est indicible, il doit être cherché, trouvé, mérité. Il transcende la religion et touche aux sphères de la spiritualité. Le chevalier, qui est un  mâle, y arrive en réconciliant les opposés en lui-même, en devenant parfait. Son anima, c’est Morgane, le symbole du féminin, l’antipode de Merlin. Elle est mère <  mer < eau (le féminin dans l’alchimie). Nous voyons ces contrastes partout dans le roman, des substances aqueuses omniprésentes, symboles du féminin et des substances solides (château, tour), symboles du masculin.
 
On ne naît pas héros, on le devient. Et pour cela il faut traverser maintes épreuves, passer par un chemin parsemé d’embûches et de déboires où l’on apprend à se contrôler soi-même et à contrôler les autres et la vie. Surmonter ses peurs, triompher de ses passions permet au héros d’accéder à son idéal, de réaliser ses rêves et d’entrer dans le clan des grands, celui du roi Arthur, des chevalier de la Table ronde… Il devient immortel. Il devient un homme libre qui transcende le monde matériel pour entrer dans le monde des esprits (de la conscience). Mais cela, il doit le faire tout seul, par le biais de ses aventures, en découvrant l’amour. Il change, grandit, mûrit et finit par faire partie de la perfection.  
                                         

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 19:05

Pour en finir avec la dictature de l'évaluation comptable, paradigme du néo-libéralisme.

 

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" Tout ce qui peut se compter ne compte pas, tout ce qui compte ne peut pas se compter ". Albert Einstein.

 

 

"Il faut évaluer, contrôler les esprits et les idées !"

       

[Article acerbe de Jean-Jacques LOTTIN, ancien directeur d'études de santé publique et ex-Président du comité scientifique de la Société européenne de santé publique:]

  

Tout évaluer en santé. Autrefois, c'était une vertu " naturelle " liée à la déontologie, l'éthique : rendre des comptes est cardinal quand on reçoit de l'argent public et qu'on œuvre au service de la population (définition même de la santé publique). Lucien Bonnafe parlait encore du peuple…


- Auto-évaluation : responsabilité.

La vertu s'est dégradée en impératif comptable, en postulat (ça évite toute discussion), en dogme. Et s'est installée l'évaluation-culpabilité, outil de la maîtrise des soins, norme intériorisée par chacun, de gré ou de force, n'appelant pas de critique, forme buro-technocratique de l'autocensure.

Il faut dépenser moins, affirment les gestionnaires, les administrateurs de caisse, l'Etat (ex) Providence, sans jamais apporter d'argumentation d'une logique autre que " l'horreur économique " en œuvre, évolution normale de l'Ordre cannibale d'Attali.

 
Cette culpabilisation est fascinante dans sa procédure. Elle consiste, en déresponsabilisant largement l'Etat ( et en privatisant l'offre ) à transformer les victimes en coupables, responsables de leur situation, au nom des libertés individuelles, pas toutes assumables, et du mérite (just do it ! tu seras un homme mon fils), selon un cycle historique qui a connu trois phases aux USA : les années Reagan sont passées du " guerre à la drogue " au " guerre aux drogués ". Il y eut ensuite, au début de Clinton, le passage du " guerre à la pauvreté " au " guerre aux pauvres " qu'on punit-pénalise ( deux millions d'emprisonnés). Il y a maintenant l'échec de la réforme du welfare state, et le passage du " guerre à la maladie " au " guerre aux malades ", les ONG subventionnées servant de plus en plus de bonne conscience patronnesse.

 
La boucle se boucle : on en revient à l'idéologie britannique du début du siècle…Il ne restera qu'à pas rater la seconde révolution d'octobre (si l'histoire repasse les plats)…ou à subir l'aliénation.
Et on finit donc par tout évaluer : la pertinence, la cohérence, l'efficacité, l'efficience, l'impact, l'à priori, les objectifs, le but, la stratégie, la qualité, la méthodologie, "l'ex ante", l'utilité, le processus, les coûts, le bénéfice, la contingence, la compliance, la pratique médicale, le modèle décisionnel, 251 autres items répertoriés par l'Ecole de Rennes, et même parfois les résultats… Seule manque à l'appel l'évaluation de la complexité humaine : il semble qu'on n'ait pas encore trouvé de " grilles " derrière lesquelles l'enfermer (je n'ai jamais rencontré dans l'immense industrie éditoriale que crée l'évaluation, une étude sur " évaluer le temps relationnel " !)


- Evaluation-bidon ?

Faut-il rappeler que l'évaluation princeps ne peut être qu'une aide à la décision et au jugement humain de la valeur d'une action, et qu'elle est toujours subjective-empirique-qualitative ?

  
Devenue fin en soi, l'évaluation a subi la contagion du modèle radiologique-endoscopique : on explore tout, l'homme doit devenir transparent, rationnel, sans mystère, fonctionnel, classifiable, triable, formatable, standardisable, code-barrable, carte-à-puçable, nomenclaturable : bref, homogénéisé, transformé en marchandise (cette phase suprême du capitalisme pour Marx). Le modèle obsessionnel-exhaustif a fini par remplacer la clinique et mettre en péril la relation, la parole, l'écoute, la singularité. Le clonage biologique devient inutile si triomphe cette idéologie non-dialectique du "tous informatisés".

 
Piochée dans les Actes du Colloque de Lille sur l'évaluation de 1994, cette perle :
-" l'évaluation est une démarche utile si ses résultats améliorent la connaissance…de l'évaluation "…
(P.100. G.F. de Sherbrooke . Canada).

Denis DUCLOS (Le Monde diplomatique de janvier 2000 : Une universelle exigence de pluralité) résume bien cette folie :

  
-" L'information endosse, à n'en pas douter, la construction de l'humanité comme telle, mais…elle ne doit pas la précipiter aussitôt dans l'absolue inhumanité de la transparence comptable. Déjà dans les grandes entreprises (l'hôpital en est) les cadres collectivement sadiques infligent à beaucoup de salariés les souffrances qu'on peut attendre de la caserne cybernétique. Sous couvert d'une adaptation aux normes mondialisées, ils épinglent les salariés comme les insectes d'un nouveau taylorisme, au plus près cette fois, du contrôle des esprits ".

  
- L'évaluation de tout a fini par expulser la Santé pour tous : évaluation = exclusion ?

 
Nos savants économistes sont partis en Amérique (dictature du modèle) et ont ramené la solution à tous nos maux : la management des hôpitaux (aux malades, j'mens ?) et sa batterie " d'outils " à traquer le gaspi, les dépenses " inutiles " et à contrôler les soignants. De service public, l'hôpital est ainsi devenu entreprise de production de soins.

    
En jargon gestionnaire, le PMSI (ce petit machin sans importance des PH, bientôt étendu à la psychiatrie pour y MESURER -selon quel étalon ? les coûts) appliqué dans les lits du " champ MCO " où sont regroupés des GHM (selon la loi de la marchandise), accompagnés à leur sortie de RSS par RMO, ont permis de produire des points ISA selon leur place dans les CCAM (par exemple : le GHM 113 -intervention majeure sur le thorax- vaut 5634 " points ") permettant de calculer le coût moyen en francs des-dits GHM et donc d'être accrédités-labellisés par l 'ANAES et admis par les ARH dans les SROS, antichambre libératrice des pécules globaux… Mais, comment évaluer les effets du thermalisme, par exemple ? quelle échelle pertinente pour le mieux-être subjectif (alors, comment ça va ?) sans même, bien sûr, évoquer les psychothérapies…
   
The Big One est installé et veille sur l'argent des soins. Notre argent. Il s'appuie sur la secte des "ZEVALUATEURS" (selon la belle trouvaille de Didier BOURGEOIS , PH à Montfavet) ces dociles technocrates d'un hôpital-entreprise où les effectifs croissent aussi vite que diminuent les personnels soignants. L'évaluation ( appraisability) devient la superstructure même : une pensée-action unique, autoréférente, imposant sa logique, son néolangage terrorisant et tautologique, global/total, globalitaire. Extermination " douce " de toute pensée libre...

 
Mais qu'en est-il du coût de l'évaluation, et qui va enfin l'évaluer, la soumettre à une critique radicale, résistante, citoyenne, démocratique et sans langue de bois ?

  
Comme le dit Christophe DEJOURS (" L'évaluation du travail à l'épreuve du réel " -INRA éditions, 2003) : " seuls les évaluateurs ne sont jamais évalués, l'évaluation est un procédé puissant qui médiatise les effets pervers de l'utilitarisme et de la rationalité cognitive instrumentale ".  Il paraît nécessaire de rappeler quelques évidences sémantiques bousculées par l'idéologie néolibérale mondialisée, à l'oeuvre dans le champ de la santé.

 
Evaluer, c'est " extraire (de) la valeur ". La valeur, dans le métalangage de notre temps, expert en euphémismes, c'est le " return on equity ", c'est à dire le taux de profit ( la vieille plus-value marxienne). Que valeur soit au départ polysémique et parle AUSSI de dignité, de vertu, de courage, de morale, est presque un gag. Créer de la valeur ( le retour sur investissement ) est devenu " équitable " puisque le marché, c'est naturel et sans alternative. Le bénéfice est bien une récompense pour la vertu investissante, payée en retour de gratitude. La valeur morale est ainsi contaminée par les valeurs économiques.

 
Les synonymes du ROBERT sont estimer, juger, jauger, priser, apprécier, expertiser. Toujours une redoutable confusion sémantique entre les sentiments et l'argent, ce qui ne saurait vraiment étonner les pratiquants de Freud. "Sauf qu'à l'ère des think-tanks pour start-up en stock-options (à lire à haute voix pour jouir de l'euphonie), l'alternative ne fait pas encore consensus".


Evaluer est donc bien déterminer la valeur d'une action (autre double sens), l'apprécier (lui donner un prix, toujours " juste ") pour l'accréditer : l'ANAES en a la charge (Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé). Mais, pour Georges SOROS : " L'une des erreurs les plus courantes est de penser que la soi-disant valeur fondamentale est indépendante de l'acte d'évaluation ". (L'incroyable histoire de G.Soros. Edit. Assouline 1999).


- Evaluation, piège à cons ?

La réforme Juppé est en place. Elle fonctionne. Elle a préparé la réforme Mattéï. Dans l'ensemble, elle a rencontré peu de résistances, car elle est du côté de cette nouvelle idéologie dominante. Elle a réussi à réduire violemment chaque praticien en simple rouage gestionnaire systématiquement sus-pecté, complice plus ou moins forcé d'une puissante pulsion de mort. Et pourtant, qu'est-ce qui PROUVE (evidence based policy) qu'il y a trop de lits ?


- Evaluation = élimination.

Nous avons tous constaté qu'évaluer en pédopsychiatrie, en gériatrie, en gynécologie, en petite enfance, en psychiatrie, a toujours pour ultime fin de démontrer l'inefficacité (sic) et la non-rentabilité de ces secteurs du soin, donc à préparer des fermetures de lits ( cette obsession analogue au rêve de Michelin : je fais du profit, donc je licencie).

Pour Pierre GINESY (dans son bel article " Ordre gestionnaire, système totalitaire, position perverse " paru dans la Lettre de la Psychiatrie française N° 59/96) :

  
-" surgit alors une question qui risque bien de ne jamais être soumise à évaluation par un ordre qui n'a pourtant que ce mot à la bouche : quels sont les effets délétères d'un tel système sur ce que nous repérons en Occident comme corps et esprit ? Comment un système peut-il proposer d'évaluer systématiquement, sans dérision, sans démesure, sans obscénité, ce qui touche aux drames du destin humain ; dont la dignité se fonde précisément sur son absolue singularité, sur sa résistance à toute cette volonté forcenée de mesure, héritière directe d'une morale marchande…Dans cette société de contrôle… cette massive volonté d'anonymisation… " un patient est géré "…nous sommes du côté de la perversion, en ce que cela vise directement l'effacement de cette subjectivisation de l'autre, sa " cadavérisation ".

 
- Evaluer, gérer, pulsion de mort, moyennes, manque à jouir, système pervers, globalité.

Pourtant, elle demeure une nécessité éthique, une dimension déontologique de l'acte sanitaire car, de même qu'un réseau pour survivre ne peut être qu'informel, l'évaluation ne peut être que QUALITATIVE, subjective, hors de toute mesure de comptage. C'est une pratique humaine, sociale, culturelle, pas une science. Et les chiffres réduisent et mentent ( " Sanity is not statistical " disait G.ORWELL dans 1984). En 1994, j'ai co-organisé à Lille un Colloque international sur : " Peut-on évaluer en promotion de la santé ? "

  
La réponse élaborée a ressemblé à ceci : une pratique sociale humaine à l'aune communautaire ( pas communautariste) donne des résultats à moyen ou long terme non-évaluables d'un point de vue comptable, ni statistiquables.

 
Mais pour autant, il est nécessaire qu'à chaque étape d'un projet de prévention, de promotion de la santé, de développement social, une attention bienveillante, critique, reformalisante, transactionnelle (démocratique ?) se manifeste sous la forme d'une expertise qualitative, contradictoire, ouverte et collective associant les " experts ", les décideurs, les financeurs et les usagers-habitants-citoyens-clients rendus à leurs compétences. Certains appellent cela une utopie. Modestement, à l'échelle d'un quartier, d'une cité, d'une association, chacun d'entre nous proche du terrain, a pu un jour constater que ça marchait…(même si ce n'est jamais spectaculaire ou médiatique) la mise en mouvement d'une initiative de personnes sujettes de leur petite histoire locale. Et nous avons tendance à préférer la démocratie et l'empowerment, à l'éducation du patient, si mal nommée, souvent si peu désirée. Où est la démocratie sanitaire dans le projet Mattéï ?

Pour Michel DEMARTEAU (Prof. de santé publique à Liège) :

 
- " L'objectivité de l'évaluation vient de la valeur sociale qui lui est attribuée… l'évaluation doit s'interroger sur elle-même… la responsabilité ultime de l'évaluateur est de rendre compte à la population… en accord avec les Droits de l'homme ".
  
Entre 1970 et 1975, le ministère de la santé avait mis en place un programme de RCB (rationalisation des choix budgétaires, l'ancêtre de nos outillages de contrôle) dans le champ de la périnatalité pour vérifier que certaines méthodes de travail ouvertes, associant déjà médecins, personnels sociaux, usagers autour d'objectifs cogérés, ça pouvait marcher. Et ça a marché si l'on croit les statistiques : la réduction des taux de mortalité infantile a semblé manifeste.

  
De même, toute transparence n'est pas en soi perverse qui permet aux acteurs de corriger, chiffres à l'appui ; par exemple les effets négatifs de l'organisation des CH en services hyper spécialisés où règnent des dynasties plus accrochées à " garder " les lits, qu'à soigner des patients.
 
Tâchons de réfléchir ensemble aux conditions démocratiques préalables à la mise en place d'une contre-expertise populaire (ou " citoyenne " ?) dans le champ de la santé, s'appuyant sur la récupération du slogan de " démocratie sanitaire " et sur le principe de précaution ( quid par exemple des jurys de citoyens ?) - " En soulignant les incertitudes de la connaissance et en ouvrant une gamme de choix, une dynamique pluraliste de l'expertise permet de rendre toute sa place au débat public et à la décision politique ". (Savoir, c'est pouvoir J.P. GAUDILLIERE. Mouvements N°7, janvier 2000). Et pourquoi ne pas prendre au mot Martine Aubry quand -tout ce qu'elle a fait n'était pas " mauvais "-…dans sa lettre aux médecins du 15/2/1999, elle suggèrait " le développement de l'auto-évaluation des pratiques par la profession elle-même, collégiale et confraternelle, et non sous le contrôle de la sécurité sociale " ( la Loi confie cette mission aux URMEL ) : vive l'évaluation par les pairs.
  
Nous pensons qu'un des moyens pour réduire la malfaisance de l'impérialisme évaluateur comme symptôme du néo-libéralisme dans sa phase actuelle est d'inverser la logique de l'offre centralisée de biens et de moyens (ONDAM), et de réimposer (notamment par la décentralisation) la vieille logique des besoins : qui doit définir le contenu du fameux " panier " sinon NOUS ? L'actionnariat populaire revient à la mode sous sa forme salariale : en santé, nous sommes tous actionnaires en tant que cotisants. Demandons des comptes à notre tour.

Pour résister aux " nouvelles contraintes " économiques et aux lois " naturelles " du marché que symbolise en santé l'évaluation de tout (sic), qui coûte cher, prend beaucoup de temps, et vide les hôpitaux des soignants les plus motivés (n'est-ce pas le but recherché ?) nous proposons une alternative démocratique qui fasse confiance aux compétences des citoyens/clients/usagers, et valide l'expert empirique-pragmatique, l'audit populaire.

 
Le concept d'évaluation est déjà usé d'être mésusé. Il est devenu dogme, rituel, fin en soi.
L'approche communautaire, (le concept fait-il sens ?) parce qu'elle reconnaît l'hétérogène, le différent et s'en nourrit, semble encore fertile si nous convainquons que la santé est irréductible à l'ordre inhumain de l'économique, car : - " même le capitalisme, dernière forme concrète de la pensée totalisante, ne peut réussir à immerger complètement les masses humaines dans la seule logique comptable… " - (Denis DUCLOS, ibidem).


"Laissons-les donc gérer la co-errance : c'est leur contre addiction."

Par Jean-Jacques LOTTIN, ancien directeur d'études de santé publique, Lille.
ex-Président du comité scientifique de la Société européenne de santé publique.
http://www.serpsy.org/

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 17:20

Imaginez un monde où tout le monde manipulerait tout le monde ?  "Notre monde"... Un manuel de survie indispensable au XXIe siècle.


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Les manipulateurs, les identifier, déjouer leurs pièges...

"Les manipulateurs sont tout autour de nous. Ils peuvent revêtir le visage d'un parfait inconnu, d'un collègue, d'un ami ou d'un parent. Chaque manipulateur a sa technique fétiche, techniques que nous vous proposons de découvrir avec ce guide."

 

25 fiches pratiques comprenant chacune :

 

  1. un cas précis analysé.
  2. un résumé des points importants.
  3. les notions psychologiques de base.
  4. une analyse pratique.

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 15:59

François Noudelmann reçoit Pierre Bras à propos de la revue L'homme et la Société, qu'il coordonne avec Michel Kail, pour parler du n°179-180, "Simone de Beauvoir et la Psychanalyse" (l'Harmattan, février 2012).

 

Cliquez sur le logo pour accéder au podcast:

 

France-Culture

 

En 1976, Simone de Beauvoir déclare à Alice Schwarzer : « Il y a une autre chose que j'aimerais beaucoup faire si j'avais aujourd'hui 30 ou 40 ans : c'est un travail sur la psychanalyse. Pas en repartant de Freud, mais en retraçant le chemin d'un point de vue féministe : selon le regard d'une femme et non celui d'un homme » (Simone de Beauvoir aujourd'hui, 94). Par cette phrase, Simone de Beauvoir rappelle à la fois son intérêt pour la psychanalyse et sa position critique vis-à-vis de l'oeuvre de Sigmund Freud.

 

La célébrité de Simone de Beauvoir ne repose pas sur la psychanalyse. Elle n’y a pas laissé son nom. Aussi l’intitulé de cet article a-t-il pu surprendre. On constatera, à la lecture des Actes publiés dans ce volume, comment et combien les intervenants du colloque ont trouvé matière à ranimer l’actualité de la question : Beauvoir et la psychanalyse. Tout a commencé, en 2008, à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, par des marques d’intérêt portées à la bibliographie raisonnée qu’elle consacre à la psychanalyse dans "Le Deuxième Sexe".

 

On pouvait aisément y percevoir, au-delà du souci méthodique et de la perspective critique, une résonance à l’œuvre de Freud, celle de ses contemporains et ses successeurs parmi lesquels, tout particulièrement, Jacques Lacan. On sait qu’historiquement, disons même socialement, Simone de Beauvoir a appartenu à une génération d’intellectuels qui tous, même ceux qui furent étrangers à la cause de la psychanalyse, avaient lu Freud et côtoyé Lacan à un moment ou à un autre de leur parcours. Dans les années vingt, aucun intellectuel engagé dans ses humanités n’ignora la psychanalyse et ses œuvres majeures.

 

 Simone de Beauvoir prolongea sa connaissance par des lectures, son passe-temps favori depuis l’enfance. L’article précoce de Lacan, paru en 1938 dans L’Encyclopédie française, sur  " Les complexes familiaux dans la formation de l’individu " retint son attention. On y trouve un argument essentiel relatif au Stade du miroir  que Lacan exposa brièvement deux ans plus tôt au congrès de psychanalyse à Marienbad. Ernest Jones, le biographe de Freud et président du congrès, ne lui permit pas de dépasser le temps de parole alloué à chaque orateur.

 

 Dans Le Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir s’attarde sur le rapport de l’enfant au miroir. Elle l’inclut dans la genèse de ce qui, à ses yeux, fait obstacle au devenir de la femme. « Il semble, écrit-elle, que ce soit à partir du moment où il [l’enfant] saisit son reflet dans les glaces — moment qui coïncide avec celui du sevrage — qu’il commence à affirmer son identité : son moi se confond avec ce reflet si bien qu’il ne se forme qu’en s’aliénant.  

   

 En privilégiant cette partie du texte, Simone de Beauvoir entre spontanément en résonance avec le thème, cher à Lacan, de l’inévitable aliénation du petit d’homme dans le processus de sa découverte du semblable. Un thème ou plus exactement une thématique qu’il reprend dix ans plus tard dans deux congrès qui ont fait date, l’un à Bruxelles et l’autre à Zürich que Simone de Beauvoir, à l’évidence, ignora. Quoi qu’il en soit, une coïncidence de dates mérite d’être rappelée. On sait en effet, qu’elle achève son manuscrit en 1948 et elle appelle Lacan, qu’elle n’avait plus revu depuis des années pour avoir son avis sur la part psychanalytique de son texte, notamment sur la bibliographie et sur le long chapitre intitulé « Formation ».

 

Il est très occupé, préoccupé peut-être ou intéressé par la polémique que soulève Beauvoir, et il lui dit que leurs rencontres devront s’écouler sur quelques mois. Elle refuse. Elle et lui ont une vision différente du temps nécessaire à la rencontre : il lui parle de quelques mois, elle se dit prête à quatre rendez-vous. Quelque influence qu’ait pu exercer son livre sur la manière de concevoir la sexualité féminine ou, comme le rappelle Elisabeth Roudinesco, sur la tenue d’un congrès que Lacan consacra à cette question dix ans plus tard en 1958, les psychanalystes ne mentionneront jamais "Le Deuxième Sexe" que ce soit pour sa bibliographie raisonnée ou pour ses positions sur l’aliénation de la femme.

 

Il reste, autre fait marquant, que si Beauvoir a retenu le rôle du miroir et du reflet sur le moi de l’enfant, elle lui consacre une étonnante note de bas de page dans le chapitre intitulé « Formation » où elle privilégie une expression qu’emploie Lacan dans son texte selon laquelle « le moi garde la figure ambiguë du spectacle ». Il s’agit d’un rappel effectué de mémoire sans retour au texte où la phrase se dessine de façon différente. La voici : " Disons, écrit Lacan, que le moi gardera de cette origine la structure ambiguë du spectacle qui, manifeste dans les situations plus haut décrites du despotisme, de la séduction, de la parade, donne leur forme à des pulsions, sadomasochiste et scoptophilique (désir de voir et d’être vu), destructrices de l’autrui dans leur essence ".

  

S’agissant du spectacle, la confusion, sinon le lapsus, entre figure et structure est loin d’être indifférente. Car avec Beauvoir, nous ne sommes pas sortis du spectacle. Il traverse son histoire, sa pensée, sa vie, son œuvre et ses amitiés. C’est avec elle, pour et par le spectacle, que ce colloque a été conçu. Chacun, à sa manière, en a traité pour restituer l’originalité d’un propos et d’une structure, celle de Simone de Beauvoir, qui, à sa manière, marqua son époque et son siècle. Que tous les auteurs et intervenants en soient ici remerciés.

 

Daniel Brun pour Cairn.info

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 09:36

Le psychothérapeute et psychanalyste Jungien Tristan Moir met à disposition des internautes le fruit d'un travail constant et laborieux: Soit un dictionnaire très riche des symboles et images vécu dans le rêve. "Un voyage fascinant vers les profondeurs de l'être !"

 

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Ce site dédié au rêve et à son interprétation psychanalytique se divise en deux parties principales :

 

  • Les différents aspects du rêve et ses fonctions :

Chaque onglet vous invite à découvrir différents thèmes spécifiques au rêve, à son fonctionnement et à son langage.

 

 

  • Le Dictionnaire Psychanalytique des Images et Symboles du Rêve :

Plus de neuf cents symboles définis pour vous aider à comprendre le sens de vos rêves dans une perspective d’introspection analytique.

 

 

Cliquez sur Tristan Moir pour accéder au site:

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 18:39

Sylvain Timsit a élaboré une note sur les « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les médias. Elle détaille l'éventail de diverses techniques (depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie du dégradé) utilisées dans le but de maintenir le public dans l'ignorance et la médiocrité: 

   

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1/ La stratégie de la distraction


 Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles ».


 2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions


Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.


3/ La stratégie du dégradé


Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.


4/ La stratégie du différé


 Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.


5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge


La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? «Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans». Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles».


6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion


Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…


7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise


Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles ».

 

 8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité


Encourager le public à trouver « à la mode » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…


9/ Remplacer la révolte par la culpabilité


Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…

 

 10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

 

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes. 

 

Sources: http://www.syti.net ou http://www.pressenza.com/les-dix-strategies-de-manipulation-de-masses

     

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 11:40

Le film repose démocratiquement sur plusieurs systèmes d'oppositions à la fois émotionnelles (savoir et intolérance, pouvoir et doute, amour et haine) et religieuses (les juifs, les chrétiens, les païens). Une oeuvre brûlante et toujours d'actualité... au XXIe siècle. Synopsis et vidéo:

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L'HISTOIRE : IVème siècle après Jésus-Christ. L'Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée de mort par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l'aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l'amour d'Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants...


 

CRITIQUE: Amenabar raconte cette histoire d'une façon paradoxale, à la fois simple et complexe, prosaïque et métaphorique, linéaire et elliptique. En posant une question simple (est-il possible de remettre en cause des valeurs établies ?), il trouve la modernité non pas dans le style très classique (on pense à  Spartacus, de Stanley Kubrick), mais dans la réflexion : les conflits de l'époque restent contemporains, notamment lorsqu'il s'agit de chasse aux sorcières, de fanatisme religieux et de manipulation des masses par la réinterprétation des textes Bibliques. Le programme pourrait paraître lourd ou didactique. Or, la capacité à suggérer plus qu'à démontrer confère une vraie fluidité au récit. La reconstitution de la Grande Alexandrie a bénéficié d'un travail très soigné, au niveau des décors et des costumes. Les scènes d'action sont limitées et concises mais toujours efficaces. Les gros moyens ont été réservées aux séquences que Amenabar juge, à juste titre, comme les plus essentielles, notamment celle de la destruction de la grande bibliothèque qui témoigne d'un immense gâchis culturel. Cette intelligence dans le propos mise sur celle du spectateur et n'a pas besoin d'être noyée dans le numérique. L'essentiel, c'est que Amenabar maîtrise la mise en scène comme personne et sait aussi bien organiser des plans renversants que raconter des histoires qui gagnent en profondeur à chaque fois qu'on y repense.  

   

Voir la bande annonce:

 

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 11:39

Rappelons-nous les livres brûlés en 1933 sur la place publique au temps du national-socialisme, avec un emportement émotionnel sans précédent frôlant l'hystérie collective. Nous sommes en 2012... Et rien n'a changé ! Sinon que cette folie destructrice s'est déplacée vers "le numérique", où l'on brûle les idées comme les ouvrages d'autrefois, sans aucune forme de respect.

 

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"Les attaques répétées des médias contre les intellectuels, les psychanalystes et les professeurs peuvent rendre ce pays stérile et inculte...Cela doit cesser."

 

 

La psychanalyse est, avec le darwinisme et le marxisme, l’une des révolutions majeures de notre temps. Il va de soi que cela dérange profondément, puisque l'homme a toujours été, depuis ses origines, animé par un puissant désir « d'inertie » nourrit par un besoin impérieux de sécurité. Les psychanalystes pourraient y diagnostiquer un syndrome morbide d'infantilisme, doublé d'un refus de l’existence et de ses difficultés, conduisant parfois à la haine.

 

« Pour l’humain, faire face à la vie et s’adapter à de nouveaux concepts relève bien du miracle ! ». Souvenons-nous de Galilée et de ses déboires légendaires face à l'église ; ainsi que la vie d'Hypatie, brillante philosophe et astronome du IV siècle, mise à mort par des religieux fanatiques (eux-même manipulés par le pouvoir en place)… Le temps passe, la science avance, mais l’homme tourne en rond, fidèle à lui-même, dans sa logique de fermeture d’esprit et de turpitude.

 

Ainsi, l’on voit renaître des courants de pensées régressifs, tel que le comportementalisme conservateur, ou l’on conditionne les individus ; ou le créationnisme, pseudo-science prêchant  la création du monde en six jours par Dieu lui-même !

 

Tous ses courants sont issus des cercles ultraconservateurs d’extrême droite en provenance d’Amérique. Où l’on sait pertinemment qu’un peuple « gouvernable » ne doit pas être intelligent. La France a résisté jusqu’à aujourd’hui… C’est l’un des derniers pays prônant sa souveraineté intellectuelle et ne se soumettant pas encore au mode de pensée global imposé par l’idéologie anglo-saxonne.

 

Mais il semblerait bien que toute chose ait une fin ! Notre système social, éducatif et intellectuel, très envié, est en voie d’extinction… Et le peuple français qui jadis brilla par ses actes de résistances semble sombrer dans une forme de soumission, tel le régime de Vichy, qui fut la honte de notre pays.

 

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Les médias s’en mêlent, comme dirigés par une autorité qui souhaite avant tout semer la confusion et la division au sein même de la population. Ces idées extrémistes permettent de leurrer les individus afin qu’ils ne « voient pas et ne discernent pas » leurs véritables ennemis ! Les gens se retournent les uns contre les autres et il faut alors se poser la question suivante : La psychanalyse doit-elle se battre pour continuer d’exister aux yeux de ceux qui la dénigre ?

 

Si les citoyens estiment que le mode de pensée « linéaire et manichéen » anglo-saxon leur convient, Il serait peut-être judicieux que la psychanalyse se retire et laisse ses détracteurs se débattre dans le bourbier qu’ils ont eux-mêmes créé ! Au nom de quoi devrions-nous payer des fautes qui ne sont pas les nôtres… Etant donné l’état catastrophique de notre pays, autant économiquement que socialement, il serait sage de préserver « les sciences de l’ouverture d’esprit » pour servir et seulement servir ceux qui en sont dignes, quelque soit leurs positions sociales, leurs origines ou leurs cultures.

 

La psychanalyse ne triomphera pas face à la bêtise humaine ! Cette bêtise est d’ailleurs une forme d’autisme incurable ou seul le conditionnement peut redresser ses adeptes. L’analogie est surprenante, je l’admets… avec tout le respect que je dois aux vrais autistes, qui eux souffrent d’un mal bien réel et non pas d’une « sclérose de l’esprit ».

 

« Quand les peuples auront pris conscience de ce qu’ils ont perdu, il sera alors tant de refaire surface. » Mais tant que cette prise de conscience n’aura pas lieu, les idées extrémistes et les médias qui les véhiculent auront gain de cause. Attendre et espérer que ce monde « devenu fou » se relève, reste probablement la meilleure option !

 

L’idée de préserver cette science de la boue des idioties de notre temps est une priorité à étudier… Du moins jusqu’à un probable soulèvement citoyen. En attendant, prenons le temps de nous auto-analyser et d'apprendre de nos erreurs...

 

Note: Il est heureux de constater que le mouvement anti-psychanalytique ne fait plus recette, puisque cette parution du Nouvel Observateur ne s'est pas réellement bien vendue ! 

 

Voici le podcast de l'émission France Inter:

france inter-Cliquez sur le logo-

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 17:35

"L'épopée pénale d'Eric Dupond-Moretti, homme en noir et bête de somme."

 

 

L'épopée pénale d'Eric Dupond-Moretti homme e - 16797196.jpg 

 

Le plus grand pénaliste français signe avec le chroniqueur judiciaire du Figaro Stéphane Durand-Souffland un ouvrage écrit comme une aventure chez Lafon. Celle d’un avocat aux cent acquittements !
 

Entendre plaider une montagne humaine ne s'aborde pas par la variante la plus facile.

Chez Me Eric Dupond-Moretti, l'ascension se fait en recevant en pleine face la force d'une éloquence habituée à rompre les jurés.

 

"Ses colères"

   

Le sous-titre de son livre le dit tout net : Condamné à plaider. Une phrase venue du titre d'un très joli portrait du ténor, écrit dans le Figaro à l'époque de l'affaire d'Outreau par Stéphane Durand-Souffland. Celui-ci est à la chronique judiciaire ce que l'autre est à la défense. Ces deux-là se croisent et s'apprécient, se retrouvent et s'allient, ils étaient faits pour écrire ensemble.  

 

Sous la plume de Durand-Souffland, le récit coule et les mots claquent. D'humanité, souvent, quand Dupond-Moretti évoque ses clients ou ceux des autres, les victimes ou les témoins... Tous ces gens ordinaires à qui il arrive un jour l'extraordinaire. « Les avocats pénalistes partagent la même vision singulière de l'humanité. Le manichéisme leur est parfaitement étranger, les êtres ne se distinguent pas entre bons et mauvais, gentils et méchants, innocents et coupables (... ). Les pénalistes ne font pas profession de se vautrer dans la morale alors que l'époque nous y invite tous. » Les personnages croisés au fil de ces pages vous prennent à la gorge. On a parfois envie de les aider, de les protéger, de... les défendre.

  

Et la colère, bien sûr. Contre l'institution - les institutions - les petites et les grandes lâchetés ou ce qui en découle : l'injustice. Et ici comme à l'audience, Éric Dupond-Moretti considère que la charge de la preuve revient à l'accusation. Alors, il balance : « Les assises sont gangrenées par le même mal qui ronge toute la magistrature : le corporatisme. Aujourd'hui encore, on a du mal à acquitter. » Sous-entendu : même les innocents. « Le verdict d'innocence est perçu comme le désaveu du juge qui a instruit le dossier et renvoyé l'accusé devant la juridiction de jugement, du procureur qui a suivi l'affaire, de la chambre de l'instruction qui a validé la procédure et, in fine, de l'avocat général. »

 

Les failles...

 

Il écrit : « Je rencontre souvent des présidents médiocres, parfois des présidents tricheurs. » Ou encore : « Les dérapages peuvent parfois aller très loin. » Mais aussi : « Je suis fasciné chaque fois que je rencontre un magistrat d'exception qui se dépouille de ses a priori. » Et chaque fois, il explique, raconte, s'appuie sur ce qu'il a vécu, gagné ou souffert. En un mot, il se livre. Jusqu'au plus intime : pour la première fois, il lâche l'une de ses failles les plus profondes, quand sa vie a failli basculer par la faute d'un « coup fourré » monté contre lui, qui n'est pas à la gloire des autorités.

     

La sincérité

 

La sincérité est obligatoire. Ou du moins son impression. Justement parce que souvent, il est du côté de celui « que l'on appelle le monstre ». Et qu'il ne sert à rien de crier à la barre, comme il le rappelle : « Acquittement, acquittement ! ». Souvent dégoulinant de sueur, jurant comme un charretier, jouant la provocation jusqu'à l'agacement, il est la bête de somme des assises. Mais il livre aussi sa fragilité qui se trahit « dans la peur de faillir ». Le colosse de Lille qui totalise plus de cent acquittements depuis près de trente ans, vient de signer chez Michel Lafon, avec Stéphane Durand-Souffland, le chroniqueur judiciaire du Figaro, Bête noire, condamné à plaider.

  

« On l'a écrit un peu quand on a pu, entre deux procès, car nous n'avons pas beaucoup de temps », explique l'avocat du Nord qui s'échappe quand il le peut dans sa ferme de cht'i. Sa vocation de pénaliste ? Révélée à 15 ans, le 28 juillet 1976, jour où la tête de Christian Ranucci, l'homme au pull-over rouge fut tranchée par la société.

  

Au carrefour, surgissent aussi d'autres brisures qui furent des leviers pour ce fils d'immigré italien venu dans les Flandres. Comme la mort d'un père à quatre ans sur laquelle sa pudeur ne dira que trois lignes. Puis des petits boulots qui lui ont permis de fréquenter « ses futurs jurés » sans perdre le contact avec la « vraie vie ». Enfin, le chemin du droit. « Je suis sorti dernier du classement du barreau de Lille », confesse celui qui voulait s'inventer un destin de pénaliste.

  

« Acquittador »

  

On connaît la suite. Évitant l'écueil de la biographie pompeuse ou des mémoires, la Bête noire est un tableau impressionniste.« Il raconte peu de lui et nous avons commencé par reprendre les échecs plutôt que les victoires », souligne Stéphane Durand-Souffland qui a savamment distillé l'ensemble en petites touches.

 

Entre les deux amis qui se vouvoient encore, l'écriture a été pétrie des angoisses des salles d'audience. Des soirs d'euphorie où les acquittements étaient obtenus. Des défaites, aussi. « Ce qui marche chez Dupond, c'est la sincérité que sentent les jurés, il est authentique, pour ceux qui le connaissent, derrière le côté bourru, il y a un homme d'une profonde gentillesse », poursuit-il.

 

Un surnom attribué par l'ancien bâtonnier de Marseille, Dominique Mattei, lui colle à la peau : « Acquittador », qui fut transformé par un journaliste en acquittator. « C'est sûr, je préfère cela à perd-tout-tator, mais je ne suis pas un Terminator car je ne suis pas un tueur », s'enflamme Eric Dupond-Moretti, qui refuse la connivence sans tomber dans la défense de rupture systématique.


Lieu géométrique du malheur


Dans treize chapitres, découpés comme autant de moments d'humanité, le défenseur emmène le lecteur dans des prétoires où se joue une violence inouïe dans un décor de cinéma où chacun incarne un rôle déjà écrit par l'arrêt de mise en accusation.


C'est dans ce monde feutré dépeint avec minutie, que l'avocat s'élève pour défendre un homme contre lequel les apparences sont parfois trompeuses.Un innocent se défend mal, souvent rappelle le défenseur. « Imprégnez-vous de cette atmosphère unique qui règne à la cour d'assises : les boiseries patinées sur les murs, les allégories pompières au plafond, la solennité des robes rouges rehaussées d'hermine, le langage châtié des professionnels, qui, parfois, jouent leur rôle comme s'ils étaient au théâtre, mais aussi le costume défraîchi de l'accusé encadré par deux policiers, ses mots maladroits et souvent inaudibles… », signale l'avant-propos.


C'est là, dans ce huis clos que Robert Badinter appelait « le lieu géométrique du malheur humain », que s'agite Dupond-Moretti, pour retourner une procédure et faire entendre la voix d'un homme. Forgeant l'intime conviction. Au-delà des coulisses de la justice, cette invitation faite au lecteur l'entraîne aussi dans la vie errante de l'avocat entamant son tour de France des assises.

  

Un jour à Marseille, rue Emile-Pollak, pour le procès Jacques Mariani, l'autre à Paris, sur l'île de la cité pour Yvan Colonna un autre enfin, dans son Nord natal pour faire éclater l'affaire d'Outreau. Un long passage dresse le réquisitoire de ce naufrage orchestré par le juge Burgaud et plus généralement la« bureaucratie judiciaire ».Taclant aussi au passage« certains policiers au-dessus des lois ».Ou dans un autre registre, le procureur Thorel, qui avait contribué à le mouiller dans une grossière manipulation.


De Colonna à Castela, « terroriste des prétoires »


Les affaires corses l'ont également rendu célèbre. « Je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas avoir pu offrir le livre au regretté Me Vincent Stagnara », murmure Eric-Dupond-Moretti.

 

Faut-il rappeler qu'il avait obtenu l'acquittement de Jean Castela, impliqué dans la cellule nord du commando Erignac ? Il fut également présent au dernier procès d'Yvan Colonna, en juin 2011.

Dans les belles pages de la Bête noire, il y a aussi la réponse à une question banale : comment peut-on défendre un assassin ? Parce qu'un avocat n'est pas un moraliste. Qu'il ne doit pas plaider l'impossible. Et que la justice n'est pas une vengeance légale. Ces idéaux, Dupond sait les incarner, les défendre et les raconter. Bête de somme, homme en noir.

 

Source: http://www.corsematin.com/

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 13:23

Synopsis et vidéos du documentaire "Infrarouge", sur France 2.

 

La psychogénéalogie invite à travailler sur la question de la transmission des traumatismes de génération en génération. Beaucoup y trouvent une réponse à des souffrances récurrentes, un apaisement, un nouveau sens à leur vie. Créatrice de la discipline, la psychanalyste Anne Ancelin-Schützenberger évoque ces héritages qui manipulent nos vies, à travers l'expérience de quatre témoins. Des douleurs intimes empêchent Antoine, 26 ans, d'avancer dans sa vie professionnelle. Professeur de langues, Marie-Pierre, 53 ans, a souffert pendant des années de dépression. Nathalie, 38 ans, qui avait 2 ans et demi quand son père est mort dans un accident de la route, avait développé une phobie. Une fois grand-mère, Monique, 57 ans, a retrouvé les traces de son grand-père, juif déporté, qu'on avait voulu effacer de la mémoire familiale.

   

 




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