9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 15:54

A 2 ans, à 10 ans, à 20 ans, l’autonomie s’apprend, explique Claude Halmos, Psychanalyste. A travers l’éducation que lui donnent ses parents, l’enfant acquiert, pas à pas, la confiance nécessaire pour affronter seul le monde.

   

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Il arrive que l’on plaigne les parents, et les spectateurs du film Tanguy n’ont sans doute pas manqué de le faire. Comment, en effet, ne pas s’apitoyer sur le sort de ce couple dont la vie est gâchée par un grand benêt de fils qui refuse, malgré un âge avancé, de quitter le cocon familial ?

 

On aurait tort, cependant, de s’en tenir à la compassion, car plaindre ces pauvres parents conduit à désigner Tanguy comme le seul responsable de la situation et à n’expliquer cette dernière que par son "caractère", sa mauvaise volonté ou quelque pathologie particulière. Or, il ne s’agit en rien de tout cela car – un psychanalyste peut l’affirmer – l’impossibilité de quitter ses parents à l’âge adulte n’est jamais affaire de "constitution" mais d’éducation. Ce symptôme est toujours le signe que son histoire n’a pas permis à l’intéressé d’accéder aux deux choses qui rendent possible, à l’âge requis, l’envol hors du nid familial. Elle ne lui a pas appris à supporter les séparations et elle ne l’a pas suffisamment armé pour qu’il se sente capable d’affronter, seul, la vie adulte.

 

Une peur profonde

 

Les jeunes gens qui interrogent en analyse leur peur de quitter leurs parents lui découvrent souvent des racines plus profondes qu’ils ne l’imaginaient. Il n’est pas rare qu’ils réalisent qu’elle est en fait une des variantes de l’angoisse qu’ils éprouvent (et ont toujours éprouvée) chaque fois qu’ils ont (et ont eu) à affronter une séparation.

Cette découverte les surprend, car le départ vers la vie adulte est rarement parlé en terme de séparation. Notamment par les parents qui s’évertuent au contraire, pour rassurer, à mettre l’accent sur ce qui restera "pareil" : « On n’est pas loin », « Tu viendras souvent dîner », etc.

 

Elle constitue pourtant une véritable séparation (d’avec la famille, l’enfance, etc.) et renvoie donc, en tant que telle, l’intéressé à toutes celles qui lui ont, auparavant, posé problème. Or, elles sont nombreuses, car le développement d’un enfant n’est qu’une longue suite de séparations, et même de doubles séparations. A chaque étape, en effet, il doit pour grandir se séparer non seulement de ce qu’il était auparavant – quitter sa "peau d’avant" – mais s’éloigner un peu plus de ses parents en se construisant comme être à part entière, autonome et distinct de chacun d’entre eux.
Tâche difficile, car elle suppose que les parents supportent sans trop d’angoisse ce changement et que lui-même puisse, malgré les bouleversements qui surviennent en lui, garder la conscience claire qu’il est bien toujours le même.

 

Un long cheminement

 

La route commence à la naissance. Véritable épreuve pour le petit d’homme qui doit à la fois quitter le corps de sa mère, et passer d’un espace aquatique au milieu aérien où nulle survie n’est possible sans le travail éprouvant de la respiration. S’il est accueilli par des parents qui l’aident à franchir le pas, la tendresse et la chaleur de leurs gestes, de leurs voix, les mots qu’ils disent pour nommer sa personne et le monde lui fabriquent un "contenant" nouveau mais aussi rassurant que l’était le ventre maternel. Le changement se fait dans la continuité et la sécurité. Il peut "se retrouver", tisser un lien entre ce qu’il était avant – in utero – et ce qu’il est désormais. Si, à l’inverse, il arrive dans un monde vide de présences et de mots, si son corps est violenté, cette première séparation devient pour lui synonyme de souffrance et d’insécurité. Et si nul par la suite ne l’aide, elle peut, prenant valeur de modèle, l’amener à aborder avec angoisse toutes celles qui suivront.

 

La route se poursuit avec le sevrage, qui contraint le bébé à renoncer au corps à corps avec sa mère. Bien des pathologies de la séparation renvoient à cette étape qui ne peut se passer bien qu’à trois conditions. Si, dans la période qui précède, la relation a été "suffisamment bonne" : on ne peut séparer que ce qui a été uni. Si le moment choisi est, pour les deux protagonistes, le bon : ni trop tôt, ni trop tard. Et si le passage s’effectue sans douleur : si la mère peut, telle un alchimiste, transmuer en mots la chaleur et le bonheur du corps à corps, faire de la parole un lieu de rencontre riche et joyeux. Si ce n’est pas le cas, la séparation devient pour l’enfant synonyme de perte irrémédiable de l’autre, mais aussi de lui-même que cette "rupture" laisse sans repères.

 

Ensuite vient la station debout, la marche, et ce vertige enivrant – ou paralysant – à s’éprouver, dans l’espace, corps autonome. Puis le moment où, les mains ayant appris à faire seules les gestes de la vie, l’enfant devient capable, pour reprendre les mots de Françoise Dolto, de "s’auto-materner" et de "s’auto-paterner" (en s’appropriant le rôle rassurant et soutenant de ses parents, l’enfant devient une “bonne mère” et un “bon père” pour lui-même), etc. La vie d’un enfant ressemble donc à une course d’obstacles. Les occasions de chute ne manquent pas. D’autant qu’il faut leur ajouter les séparations et les abandons traumatiques que peut imposer la vie : décès d’un parent, départ inexpliqué d’une nourrice… C’est toujours avec le poids – inconscient – de ces multiples dérapages que les jeunes adultes abordent le départ du domicile parental, qui signe la fin de leur enfance.

 

Les armer pour la vie

 

Mais un tel départ implique aussi que les voyageurs en partance se sentent capables d’affronter l’extérieur. Or, cette confiance en eux-mêmes manque à certains. Soit parce que, ayant vécu coupés du dehors dans une famille trop protectrice, ils ne peuvent se le représenter que comme une jungle inconnue et hostile. Soit parce que, leur éducation ne leur ayant pas donné l’occasion de s’affronter aux difficultés, ils n’ont pas pu se prouver qu’ils pouvaient les résoudre et acquérir de ce fait une représentation positive de leurs capacités. Une éducation ne peut permettre à un enfant de se sentir armé pour la vie qu’à deux conditions.

 

1) Si la porte de la famille est en permanence ouverte sur la vie :

  • si les repères éducatifs donnés par les parents sont les mêmes que ceux qui ont cours dans la société. Permettre dans la famille des choses interdites dehors – frapper, voler, etc. – creuse entre l’intérieur et l’extérieur un fossé qui peut à terme devenir infranchissable.
  • si l’interdit de l’inceste est clairement posé et respecté. La croyance, inconsciente, en la possibilité de se marier avec papa ou maman constitue, même à un âge avancé, l’un des freins essentiels à l’envol de nombreux jeunes gens.
  • si la succession des générations est comprise et acceptée, car c’est elle qui donne un sens au départ : « Je quitte mes parents comme eux ont quitté les leurs. » Les parents "copains" qui jouent à être aussi jeunes que leurs enfants sont un frein à leur émancipation.
  • et si les parents n’ont pas un besoin, inconscient, trop grand de garder leurs enfants.

2) Si la marche arrière est interdite :

  
Il faut également que l’enfant soit encouragé, voir poussé, à franchir cette porte. Pour cela, les parents doivent, dans l’éducation qu’ils lui donnent, ne pas se contenter de le suivre mais le précéder : évaluer à chaque étape ce dont il est capable et l’inviter à le faire. C’est la seule solution pour que l’enfant comprenne que l’on croit en ses capacités, et surtout pour lutter contre la tendance qu’il peut avoir à "faire du surplace". Il faut aussi qu’ils favorisent son autonomie. Sur le plan psychologique, en respectant ses désirs et ses opinions. Et sur le plan de la réalité, c’est-à-dire la possibilité qu’il a :

  • de faire les choses seul dès qu’il en a l’âge (à 6 ans, ne pas savoir lacer ses chaussures est dévalorisant).
  • de les penser seul (bien des jeunes gens terrifiés à l’idée d’avoir à organiser seuls leur vie matérielle, sont en fait d’anciens enfants à qui l’on a dit trop longtemps : « Va te laver les dents », « Pense à ton cartable », etc.).
  • de régler seul ses problèmes avec les autres. Apprendre à un enfant à se défendre dans la cour de récréation est formateur. Aller voir la maîtresse pour qu’elle le prenne sous son aile est invalidant.
  • d’assurer seul le financement de certaines choses qu’il désire (d’où l’intérêt de l’argent de poche), etc.

La fonction paternelle

 

Par rapport à cette visée éducative, le père joue un rôle essentiel. Pour tous les enfants en effet, ne pas avancer est toujours peu ou prou synonyme de "rester encore un peu dans les jupes de maman". Non pas parce que les mères seraient a priori plus laxistes que les pères. Simplement parce que la "répétition" pousse à retourner en arrière, c’est-à-dire d’où l’on vient, or l’on vient toujours du ventre d’une mère. Le père peut donc être pour l’enfant, s’il joue son rôle, celui qui lui barre l’accès à ce retour mortifère.

 

L’éducation d’un enfant n’a donc rien d’un long fleuve tranquille. Les parents ne peuvent jamais remplir leur tâche sans angoisse, sans peur de se tromper ou d’infliger à l’enfant trop de souffrances. Mais c’est à ce prix qu’elle peut atteindre son but : lui permettre, le jour venu, de partir. Et de partir sans angoisse, c’est-à-dire en sachant que si partir rime parfois avec mourir, il ne s’agit là que de mourir, un peu, à son enfance. Pour pouvoir naître, enfin, à la vie d’homme ou de femme.

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 13:09

Diplômée de la Faculté de médecine de Paris VII, Valérie Cordonnier pense qu'un couple qui se crée a une perspective de durer, " On ne crée pas un couple pour se séparer dans dix ans ! ".

Vidéo suivie d'une analyse personnelle du couple:

  

      

  • Qu’est-ce qu’un couple ? De l’instant à la durée :

 

Imaginons un homme et une prostituée. Forment-ils un couple ? On dira peut-être qu’ils n’ont que des rapports « génitaux », purement mécaniques. Mais c’est là chose impossible, car toute action humaine, quelle qu’elle soit, prend sa source dans l’affectivité (émotions grossières ou raffinées, conscientes ou inconscientes ; sensations et sentiments, positifs ou négatifs).

 

Cet homme et cette prostituée ont donc des rapports affectifs, qu’ils le sachent ou non. D’ordinaire, l’homme cherche l’illusion d’une affection, et la femme éprouve une vague commisération maternelle. Leur affectivité peut tourner autour du sadisme et du masochisme, « de l’amour ou de la haine », etc. : donc autour du sentiment.

 

Cet homme et cette femme forment un couple, mais un couple marqué par la brièveté : presque toujours, il se défait aussi rapidement qu’il s’est formé. Un véritable couple suppose une durée : telle est la loi première. Il n’existe aucun couple réel dans l’instant !

 

Mais chez nombre de couples, combien de fois par jour la femme et l’homme ne perdent-ils pas contact, parce que tel ou tel personnage surgi de l’inconscient, s’est mis à conduire la danse ? Il suffit d’un souvenir, d’une rêverie solitaire, d’une nostalgie, d’une peur de l’autre. Il suffit que l’homme ressente sa femme comme une mère pour cesser d’être un mari et devenir « un fils ». Il est tant d’occasion ou chaque élément du couple peut devenir semblable à un opérateur radio, qui appelle en vain un confrère, branché sur une autre longueur d’onde !

 

A ces moments-là, le couple cesse d’exister, affectivement parlant. La durée cesse et le couple se replace dans l’instant. Il n’y a plus qu’une simple relation sociale entre deux individus séparés. Qu’elle est donc le ciment qui peut assurer « la permanence » du couple ? Est-ce l’habitude, cette durée insipide et pétrifiée ? Certes non. Alors serait-ce l’amour ? Mais que signifie ce mot ?

  

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  • L’union difficile de deux affectivités :

 

Un couple, disait le dictionnaire, « agit de concert ». Cela suppose que les partenaires aient un but commun. Et il est évident que d’innombrables couples tendent vers un même but : Peut-être l’homme et la femme ont-ils monté un magasin ensemble ; l’un est au comptoir et l’autre à la caisse. Certains travaillent de concert pour leurs vacances annuelles. D’autres, parce qu’ils ont le même idéal et considèrent la vie de la même façon, poursuivent ensemble la même recherche. Ici apparaît une dimension nouvelle et essentielle :

 

Couple = Durée + Affectivité !

 

Or, l’affectivité représente la quasi-totalité de notre vie psychologique. La psychanalyse et la psychologie ont fait ce qu’elles ont pu : elles ont loti l’affectivité en territoires que l’on  a dénommées, faute de mieux  « sensations, sentiments, intuitions ». Ces territoires ont leurs hôtes parasites : « complexes, angoisses, inhibitions », et autres grands prédateurs de l’énergie intérieure.

 

Un couple est la réunion, le mélange de deux affectivités. Aussi, pour définir ce qu’est un couple, faudrait-il étudier comment deux affectivités peuvent se rejoindre.

 

Mais qui pourra jamais décrire et analyser l’affectivité ? Notre cerveau reçoit quelques milliards d’informations par seconde. Comment décrire les fluctuations sans fin de nos sensations profondes et superficielles ? Quant aux sentiments, on ne peut en donner que de grossières approximations qui tournent autour de mots-clés tels que : « amour, haine, sympathie, antipathie, amitié ». Comment pourrait-on cerner un sentiment, puisqu’il est l’émanation d’une sensation que l’être humain tente de "traduire"  tant bien que mal… Essayant de rationaliser l’irrationnel, ou de chosifier chimiquement (par une démonstration hormonale) un ressenti profond de l’être ?

 

Or, c’est à partir de leurs sensations et de leurs sentiments qu’une femme et un homme tentent leurs approches mutuelles. C’est sur les sensations et les sentiments que le couple assure sa durée, sa permanence et sa pérennité. Et aussi, bien entendu, ses illusions, lesquelles émanent de sensations et de sentiments faussés...

 

C’est également par les sensations et les sentiments qu’un être parvient à se relier à tout ce qui l’entoure. Mais encore faut-il qu’il soit relié à lui-même !

 

De là, toutes les confusions qui entourent la notion de dialogue… Le « dialogue » est devenu un poncif au même titre que l’environnement, le respect de la nature, et les méfaits de la société de consommation. Jamais, plus qu’aujourd’hui, il n’y a eu tant de « débats » : notre monde semble ne plus pouvoir s’en passer... En réalité, c’est le monologue ronronnant qui est Roi ! Chacun « se » raconte à l’autre qui, pendant ce temps, « se » pense ! 

 

Un véritable échange, un dialogue réel, ne peuvent s’établir que si l’on est capable de dialoguer avec soi. Comment pourrait-on ressentir l’autre, si ce n’est à travers sa propre affectivité ?

  

A charge, pour la véritable psychanalyse, de restaurer ce dialogue intérieur ; au lieu de tournoyer dans un intellectualisme stérile sans affectivité !

 

C’est pourquoi un couple authentique se forme dans la mesure ou les zones inconscientes sont débarrassées peu à peu de leurs parasites, de leurs infantilismes qui dévient les sensations, déroutent les sentiments et transforment « l’autre » en un mirage que l’on prend pour la réalité.

 

  • « C’est pourquoi le couple réussi est le haut lieu du dialogue intérieur ! »

 

Le plus surprenant est qu’un dialogue affectif entre la femme et l’homme puisse se réaliser. Ce couple, ce mélange, forment la relation humaine la plus longue et la plus profonde (la plus difficile aussi). Car les femmes et les hommes habituels ressentent et envisagent l’existence de « façon si différentes » qu’il semble miraculeux qu’ils puissent, peu à peu, se rejoindre et se comprendre.

 

Pourtant, des milliards de couple ont foisonnés à la surface de la terre. On peut croire qu’un grand nombre furent « réussis », et on réalisé, dans la durée, le mélange profond de leurs affectivités, de leurs émotions, de leurs buts. Mais chaque couple accompli est une sorte de « miracle » ; c’est un défi contre la distance hautaine que tout être humain impose à un autre, par peur de perdre sa faible individualité !  « La peur qu’on a d’autrui est souvent l’angoisse de se perdre en l’autre ou d’être démasqué par lui ».  

  

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L’être humain est ainsi fait que la moindre menace contre sa flammèche de conscience réactive en lui la crainte d’être « détruit », et de retourner dans ce néant dont il eut tant de peine à sortir !

  

Néanmoins, il existe des couples solides, durables, profondément unis, sans orages destructeurs… Des ménages indestructibles, non pas par morale mais par amour, non pas par contrat mais par évidence intérieure ! Chacun est devenu l’autre, tout en restant soi-même. N’avez-vous pas rencontré de ces couples âgés ou les partenaires sont tellement fondus l’un en l’autre qu’ils semblent n’avoir qu’une seule âme ??...

  

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 11:37

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Que se passe-t-il chez un enfant de sept ans qui panique devant une addition ou une soustraction ?

 

Christina Young et ses collègues de l’Université Stanford ont examiné l’activité cérébrale d’enfants âgés de sept à neuf ans devant résoudre des additions et soustractions simples. Ces enfants avaient des quotients intellectuels, des capacités de mémoire et des niveaux d’anxiété générale équivalents. Toutefois, certains réagissaient par une forte angoisse, une baisse des performances et une activité cérébrale particulière.

  

On observe chez eux une activation anormale de l’amygdale de l’hémisphère droit, un centre cérébral suscitant des émotions négatives, et du cortex préfrontal ventromédian, une zone de régulation des émotions négatives. Cela signifie que les enfants éprouvent une angoisse intense face au problème qu’ils ont à résoudre, et qu’ils consacrent une partie importante de leur énergie à la combattre.

 

Chez les enfants sans anxiété mathématique, l’amygdale s’active également (signe d’une implication émotionnelle, voire d’un stress), mais elle est couplée aux régions cérébrales participant à la résolution des problèmes. Le stress les aide à résoudre le problème, et ils ne cherchent pas à le combattre.

 

Le niveau d’activation de l’amygdale chez les élèves angoissés rejoint ceux constatés dans les cas de phobies. Il faudrait donc prendre au sérieux les premiers signes d’anxiété face aux mathématiques et mettre en place des méthodes de remédiation inspirées de celles utilisées pour les phobies.

 

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"La réponse à travers le seul fonctionnement cérébral est une explication très insuffisante, puisque les causes sociétales ne sont absolument pas évoquées. une explication psychanalytique serait une piste à étudier pour améliorer le confort de l'apprentissage des mathématiques pour nos enfants !"

  

www.cerveau&Psycho.fr

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 11:41

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La libido, nous dit Freud, est l’énergie qui constitue ce que l’on nomme plus communément l’eros ou l’amour, sexuel ou non : l’énergie de l’amour que l’on porte aux autres, l’amour de soi, mais aussi de l’attachement à un objet ou à une idée. C’est le concept clé de la théorie psychanalytique freudienne. La libido est la socialisation de l’énergie produite par la pulsion sexuelle et les pulsions afférentes, mais telles que, comme désir, ces pulsions sont transformées en objets sublimables : objets d’amour ou d’attention à l’autre – objets d’investissements. La libido est cependant toujours projetée, canalisée et médiatisée par des artefacts comme en témoigne la question freudienne du fétichisme, et c’est pourquoi elle peut elle-même faire l’objet de techniques et de technologies devenues industrielles (exemple: marketing et détournement du désir vers le "consommable").

   

L’économie libidinale est un concept freudien fondamental qui nomme l’énergie produite par une économie des investissements sexuels constituée par leur désexualisation. L’économie de cette énergie (la libido) transforme les pulsions (dont la pulsion sexuelle) en les mettant en réserve (comme investissement). Toute société repose sur une économie libidinale qui transforme la satisfaction des pulsions, par essence asociales, en un acte social. L’économie libidinale est en panne lorsqu’il y a faillite du « narcissisme primordial » (voir ci-dessous).

 

Capitalisme et libido. Le capitalisme du XXe siècle a fait de la libido sa principale énergie. Il ne suffit pas de disposer de pétrole pour « faire marcher » le capitalisme consumériste : il faut pouvoir exploiter aussi et surtout le désir et la libido. L’énergie libidinale doit être canalisée sur les objets de la consommation afin d’absorber les excédents de la production industrielle. Il s’agit de façonner des désirs selon les besoins de la rentabilité des investissements – c’est à dire aussi bien de rabattre les désirs sur les besoins. L’exploitation managériale illimitée de la libido est ce qui détruit notre désir. De même que l’exploitation du charbon et du pétrole nous force aujourd’hui à trouver des énergies renouvelables, de même, il faut trouver une énergie renouvelable de la libido – ce pourquoi nous disons que c’est un problème écologique.

  

Seule l’analyse en termes d’économie libidinale permet de comprendre pourquoi et comment la tendance pulsionnelle du système psychique et la tendance spéculative du système économique font précisément système commun. Une économie de marché saine est une économie où les tendances à l’investissement se combinent avec des tendances sublimatoires – ce qui n’est précisément plus le cas !

 

  « La Libido est un terme emprunté à la théorie de l’affectivité. Nous désignons ainsi l’énergie, considérée comme grandeur quantitative – quoique pour l’instant non mesurable –, de ces pulsions qui ont affaire avec tout ce que nous résumons sous le nom "d’amour". Le noyau que nous avons désigné sous ce nom d’amour est formé naturellement par ce qu’on appelle d’ordinaire "amour" et que chantent les poètes, l’amour entre les sexes, avec pour but l’union sexuelle. Mais nous n’en dissocions pas ce qui, outre cela, relève du mot amour, ni d’une par l’amour de soi, ni d’autre part l’amour filial et parental, l’amitié et l’amour des hommes en général, ni même l’attachement à des objets concrets et à des idées abstraites. Notre justification réside en ceci que la recherche psychanalytique nous a appris : toutes ces tendances sont l’expression des mêmes motions pulsionnelles qui dans les relations entre les sexes poussent à l’union sexuelle, et qui dans d’autres cas sont certes détournées de ce but sexuel ou empêchées de l’atteindre, mais qui n’en conservent pas moins assez de leur nature originelle pour garder une identité bien reconnaissable (sacrifice de soi, tendance à se rapprocher) » Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi » (1921), in Essais de Psychanalyse, Payot, 2001, p. 167.

 

  « Le progrès théorique le plus important de la psychanalyse fut l’application de la doctrine de la libido au moi refoulant. On en vint à se représenter le moi lui-même comme un réservoir de libido appelé narcissique duquel s’écoulent les investissements libidinaux des objets et dans lequel ces investissements peuvent être réintroduits ».

 

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Note: Le narcissisme primordial désigne la part d’amour de soi qui peut devenir parfois pathologique, mais sans laquelle aucune capacité d’amour, quelle qu’elle soit, ne serait possible. Pour que le narcissisme du "je" puisse fonctionner il doit se projeter dans le narcissisme d’un "nous". Il y a faillite du narcissisme dans les sociétés de consommation lorsque les industries de programme tendent à synchroniser les "je" au point de nier leur différence. Le sujet consommateur est réduit au "on".

 

-Etude sur les causes de la chute du consumérisme-Ars-industrialis.org

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 19:01

"Les Nouveaux chemins de la connaissance, sur France Culture"

 

 

Podcast de l'émission et extrait des théories de Winniccott à travers le livre "La Honte" de Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, directeur de Recherches à l'Université Paris Ouest Nanterre.

 

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 -Cliquez sur le logo France Culture-

 

 

Une attitude maternelle intrusive est susceptible de favoriser la mise en place de réponses de hontes aux difficultés de l'environnement...

 

Serge-Tisseron-la-Honte.jpg 

Winnicott, en insistant sur le rôle joué par la mère réelle dans les 
premiers soins, a montré comment le narcissisme de base se constitue à 
travers les premières interactions mère-enfant. L'organisation narcissique 
est liée dans sa structure à la consistance des liens que le sujet a établis 
en lui-même avec ses objets primordiaux. Et en étant liée au narcissisme 
dans ces différents états, la honte l'est aussi aux investissements narcissiques premiers dont l'enfant a été l'objet de la part de son environnement 
primaire. Ces investissements peuvent avoir été défaillants ou inadaptés.

   
Ainsi une attitude maternelle intrusive, en entravant le développement 
chez l'enfant d'une identité distincte, peut favoriser la mise en place 
de réponses de honte aux difficultés de l'environnement. Il s'agit par 
exemple de mères qui assortissent leur dressage éducatif de menaces 
telles que « tu ne peux rien me cacher », « je te vois même quand j'ai le 
dos tourné », « mon petit doigt me l'a dit », etc. L'effet de telles attitudes 
est évidemment d'autant plus grave que le père est plus effacé ou absent. 
De tels enfants, narcissiquement fragilisés, pourront avoir alors tendance 
à réagir par de la honte, avec une propension persécutive, là où d'autres 
réagissent avec culpabilité.

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 19:00

Pour écouter ce magnifique essai littéraire, décrivant la chute des pays occidentaux à travers la tragédie grecque, cliquez sur le logo France Culture:

 

France-Culture

 

« Texte singulier dans l'ensemble de l’œuvre théâtrale et poétique de Dimitris Dimitriadis, il porte une réflexion sur l’identité grecque, et sur le présent d'un pays au lourd passé historique mais qui, à cause de ce passé, ne prend que difficilement conscience de son présent. Appelant à la nécessité absolue de regarder avec lucidité et sans illusion la situation dans laquelle le pays se trouve, ce texte encourage à se fier à l'esprit créateur, avec tout ce que cela comporte de risque et d'inconnu. Car sans la confiance au risque et sans la foi dans l'inconnu, nous sommes condamnés a la stagnation et a la stérilité qui sont les composantes de notre vie de tous les jours. »

 

Dimitris Dimitriadis est né en 1944 à Thessalonique. Poète et dramaturge, traducteur et essayiste, il porte une œuvre d’une voix singulière, ne s’arrêtant ni à un genre littéraire, ni à une frontière géographique. Il a d’abord été connu avec « Le prix de la révolte au marché noir », que Patrice Chéreau a mis en scène en 1968, et l’Odéon-Théâtre de l’Europe l’a associé à sa saison 2009-2010 comme artiste invité. Enfin, France Culture a créé et réalisé un grand nombre de ses œuvres au printemps 2010 en lui consacrant un cycle de 8h de théâtre. Penseur du monde, de la grécité, de l’identité, c’est la figure tutélaire de nos chantiers d’Europe 2012 consacrés à la Grèce, avec un texte éminemment politique à écouter.

 

-Suivi d’une rediffusion de

Je meurs comme un pays, de Dimitris Dimitriadis.

Traduit du grec par Michel Volkovitch.

Avec Anne Alvaro.

Réalisation Cédric Aussir.

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 15:54

Comment des hommes ordinaires peuvent-ils devenir des bourreaux ? Simplement en exécutant les ordres, expliquait Hannah Arendt. Une série d’études récentes sur le psychisme complète ces conclusions: " La soumission à l’autorité n’est pas aussi facile à induire qu’il n'y paraît ".

  

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L’expression « banalité du mal » provient du sous-titre du livre qu’Hannah Arendt a consacré au procès d’Adolf Eichmann, le haut fonctionnaire nazi chargé de la logistique de la déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Ayant fui vers l’Argentine après la guerre, A. Eichmann est retrouvé par les services secrets israéliens en 1960, arrêté puis conduit en Israël où son procès s’ouvre en 1962. H. Arendt assistera à tout le procès pour le New York Times. Durant ces auditions, A. Eichmann n’a cessé de proclamer qu’il n’a fait « qu’exécuter les ordres ». Le témoignage de cet homme, apparemment si ordinaire, qui ne semble obnubilé ni par la haine ni par l’idéologie, va convaincre H. Arendt de sa thèse sur la banalité du mal. La monstruosité d’un régime peut parfaitement s’appuyer sur le travail ordinaire de fonctionnaires zélés se soumettant aux ordres. Pas besoin de haine ou d’idéologie pour expliquer le pire, la soumission suffit.

    
Quelque temps plus tard, le psychologue Stanley Milgram entreprend de démontrer expérimentalement ce que H. Arendt a révélé au procès Eichmann : la soumission à l’autorité suffit pour transformer un homme ordinaire en bourreau. C’est ainsi qu’est réalisée l’expérience la plus célèbre de toute l’histoire de l'homme: Au début des années 1960, S. Milgram recrute des personnes qui croient participer à une expérience scientifique. Il leur est demandé d’administrer des chocs électriques à des sujets attachés sur une chaise s’ils ne répondent pas correctement à des questions. D’abord étonnés, les bénévoles s’exécutent de leurs tâches, n’hésitant pas à envoyer des décharges électriques de plus en plus puissantes. L’expérience se révèle donc concluante : on peut commettre des actes violents sans forcément être poussé par la haine. Il suffit d’être sous l’emprise d’ordres impérieux. Chacun d’entre nous pourrait donc devenir un bourreau ?

 

Des hommes ordinaires

 

Quelques années plus tard, l’expérience connue sous le nom de « Stanford prison experiment » semble confirmer le fait. En 1971, le psychologue Philip Zimbardo monte une expérience où des étudiants sont invités à rester quinze jours enfermés dans un bâtiment. Les uns joueront le rôle de gardiens, les autres de prisonniers. Mais au bout de quelques jours, des gardiens commencent à se livrer à des brutalités et humiliations sur leurs prisonniers. L’un deux, rebaptisé John Wayne, prend son rôle de maton avec un zèle plus qu’excessif. Au bout d’une semaine, l’expérience doit être stoppée ! Pour P. Zimbardo, la preuve est faite : porter un uniforme, se voir confier un rôle dans un lieu inhabituel suffisent à transformer un sympathique étudiant en un impitoyable tortionnaire. Il vient d’ailleurs de publier un nouveau livre dans lequel il relate l’expérience de Stanford, et y voit une explication à ce qui s’est passé à la prison d’Abou Ghraib en Irak, où des soldats américains se sont livrés à des actes de torture sur des prisonniers irakiens.

  
Cette expérience a été explicitement évoquée par Christopher Browning, dans Des hommes ordinaires, pour expliquer les conduites du 101e bataillon de réserve de la police allemande. Celui-ci, composé d’hommes ordinaires, pères de famille, ouvriers et membres de la petite bourgeoisie, exécuta 40 000 Juifs polonais en 1942 et 1943. Tous les faits et analyses semblent donc confirmer la thèse de la banalité du mal. Pourtant, ces derniers mois, une série de publications est venue remettre en cause ce que l’on tenait pour évident. Et les certitudes vacillent.

 
Dans un article de janvier, deux psychologues britanniques, Alexander Haslam de l’université d’Exeter et Stephen D. Reicher de l’université de Saint Andrews rouvrent le dossier, jetant un pavé dans la mare. « Jusqu’à récemment, il y a eu un consensus clair entre psychologues sociaux, historiens et philosophes pour affirmer que tout le monde peut succomber sous la coupe d’un groupe et qu’on ne peut lui résister. Mais maintenant, tout d’un coup, les choses semblent beaucoup moins certaines. »

   
Les remises en cause sont d’abord venues de travaux d’historiens. Les publications sur A. Eichmann se sont multipliées ces dernières années. L’historien britannique David Cesarani s’est livré à un réexamen minutieux de sa biographie (Becoming Eichmann: Rethinking the life, crimes, and trial of a « desk killer », 2006). Contrairement à l’image qu’il a voulu donner de lui-même lors de son procès, A. Eichman fut un antisémite notoire, parfaitement conscient de ce qu’il faisait. Il a pris des initiatives qui allaient au-delà de la simple exécution des ordres. L’image du fonctionnaire anonyme n’était qu’une ligne de défense. Et H. Arendt est tombée dans le piège. Peut-être même a-t-elle accepté un peu vite ses conclusions parce qu’elle permettait de formuler une thèse forte et percutante : les systèmes monstrueux vivent de la passivité des individus ordinaires.

  
De son côté, l’historien Laurence Rees a rouvert le dossier Auschwitz. Il montre que les organisateurs de la solution finale n’étaient pas des exécutants serviles. Les ordres donnés étaient souvent assez vagues et il fallait que les responsables de la mise en œuvre prissent des initiatives et fissent preuve d’engagement pour atteindre les buts fixés. Selon L. Rees, cet engagement est d’ailleurs ce qui donne force au régime totalitaire. Il faudrait donc autre chose que de la simple soumission à un système pour aboutir à des crimes de masse. Cela nécessite aussi que les exécutants des basses besognes croient à ce qu’ils font, adhèrent à leur mission, se mobilisent activement. L’obéissance ne suffit pas, l’idéologie compte.

 

La morale des bourreaux

 

Ainsi que la morale. Oui, la morale ! Les « exécuteurs » de génocides – en Allemagne, au Rwanda… – n’étaient pas des psychopathes ou des hordes de sauvages assoiffés de sang, ni des exécutants aveugles. Ils agissaient en toute conscience pour ce qu’ils jugeaient être le bien. Dans l’expérience de S. Milgram, il y a fort à parier que les sujets devenant bourreaux agissaient avec le sentiment de faire progresser la science. Autrement dit, soulignent A. Haslam et S. Reicher, ils trouvaient leur comportement moralement justifiable.

  
Un autre mécanisme intervient dans le passage à l’acte. Plus les bourreaux se sentent étrangers aux victimes, plus est aisée leur élimination. Les meurtriers de masse n’ignorent pas la morale commune ; ils portent des valeurs, ont le sens du devoir et des interdits comme chacun d’entre nous. Simplement, c’est à qui peut s’appliquer cette morale commune qui change. Les limites entre le « eux » et le « nous ». Dès lors qu’un groupe n’est plus inclus dans l’humanité commune, tout devient possible. Telle est la thèse développée par le psychologue Harald Welzer, dans son livre Les Exécuteurs (Gallimard, 2007), qui passe en revue des témoignages de massacre, au Viêtnam, en Yougoslavie ou au Rwanda.

  
Enfin, le sentiment de menace est un élément important souligné tant par A. Haslam et S.D. Reicher que par H. Welzer. Les gens qui commettent des massacres le font dans des périodes de guerre ou de guerre civile. Ils ont le sentiment que leur monde s’écroule et que leur communauté est menacée. Ils ont parfaitement conscience de vivre une situation exceptionnelle, et qu’il faut agir selon des normes inhabituelles. "Ce sont des hommes certes ordinaires, mais vivant dans un contexte extraordinaire."

 

Xavier Molénat - www.scienceshumaines.com

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 18:10

La solution du capitalisme, à bout de souffle depuis 2008, pourrait bien être à chercher du côté des logiciels libres. Bernard Stiegler, grand philosophe, appelle à passer "du consumérisme toxique à une économie de la contribution", en utilisant les concepts Freudiens pour asseoir son étude.

      


 
Un manifeste dérangeant et toujours d'actualité 
   
"Ce n’est plus un secret pour personne depuis quelques années : le capitalisme est en train d’être dévoré par ses propres effets toxiques". En 2005, parmi d’autres voix peu écoutées alors, une association française, Ars Industrialis, lancée par quatre philosophes et une juriste, avait sonné le tocsin. A l’époque, leur manifeste décrivait les dangers d’un capitalisme “autodestructeur” et la soumission totale aux “impératifs de l’économie de marché et des retours sur investissements les plus rapides possibles des entreprises” et notamment celles actives dans les médias, la culture ou les télécommunications.

   

Aujourd’hui, l’association comporte plus de 500 membres, économistes, philosophes, informaticiens et toxicologues (car le capitalisme est devenu “addictif” et “pulsionnel”) confondus et ne semble pas s’être trompée de sonnette d’alarme. “Nous faisons partie des gens qui ont soulevé, dès 2006, l’insolvabilité chronique du système financier américain. On nous riait au nez, à l’époque”, explique le philosophe Bernard Stiegler, fondateur d’Ars Industrialis et directeur de l’Institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou.

 

  

 

Le malaise du consumérisme

 

L’homme habite un petit moulin industriel reconverti en maison à Epineuil-le-Fleuriel, au beau milieu de la France paysanne. Entre quelques cris de paons, il vient de nous détailler le malaise qui s’empare de tous les échelons de la société.

  

Au 20ème siècle, un nouveau modèle s’est substitué au capitalisme industriel et productiviste du 19ème : le consumérisme, qu’on assimile au Fordisme et qui a cimenté l’opposition producteur/consommateur. Le capitalisme productiviste supposait la prolétarisation des ouvriers. Ceux-ci perdaient tout leur savoir-faire qui était transféré aux machines. Avec le consumérisme, ce sont les consommateurs qui perdent leur savoir-vivre, ce qui constitue la deuxième phase de la prolétarisation.

 

Chez Stiegler, le savoir-vivre, c’est ce qui permet à un homme de pouvoir développer ses propres pratiques sociales, d’avoir un style de vie particulier, une existence qui n’est pas identique à celle de son voisin.

  

Le problème du capitalisme, c’est qu’il détruit nos existences. Le marketing nous impose nos modes de vie et de pensée. Et cette perte de savoir-faire et de savoir-vivre devient généralisée. Beaucoup d’ingénieurs n’ont plus que des compétences et de moins en moins de connaissances. On peut donc leur faire faire n’importe quoi, c’est très pratique, mais ça peut aussi produire Fukushima. L’exemple ultime de cette prolétarisation totale, c’est Alan Greenspan, l’ancien patron de la Banque fédérale américaine, qui a dit, devant le Congrès américain qu’il ne pouvait pas anticiper la crise financière parce que le système lui avait totalement échappé.

 

Que la justification de Greenspan soit sincère ou non, il n’en ressort pas moins que le système ultra-libéral qu’il a sans cesse promu a engendré la domination de la spéculation à rendement immédiat sur l’investissement à long terme. Nous assistons, déplore Stiegler, au règne d’une “économie de l’incurie” dont les acteurs sont frappés d’un syndrome de “déresponsabilisation” couplé à une démotivation rampante.

 

Où se situe la solution ? Pour Stiegler, l’heure est venue de passer du capitalisme consumériste à un nouveau modèle industriel : l’économie de la contribution. En 1987, le philosophe organise une exposition au Centre Pompidou : “Les mémoires du futur” où il montra que “le 21ème siècle serait une bibliothèque où les individus seraient mis en réseaux, avec de nouvelles compétences données par des appareils alors inaccessibles.”

 

Depuis, Stiegler a chapeauté la réalisation de logiciels et réfléchit le numérique, convaincu qu’il est, en tant que nouvelle forme d’écriture, un vecteur essentiel de la pensée et de la connaissance. Il a observé de près le mouvement du logiciel libre1. C’est de là qu’aurait en partie germé l’idée d’une économie de la contribution. Car dans le “libre”, l’argent n’est plus le moteur principal. Il cède la place à la motivation et la passion, deux valeurs en chute libre dans le modèle consumériste. La question du sens donné aux projets par leurs participants y occupe une place centrale.

  

Le logiciel libre est en train de gagner la guerre du logiciel, affirme la Commission européenne. Mais pourquoi ça marche ? Parce que c’est un modèle industriel – écrire du code, c’est éminemment industriel – déprolétarisant. Les processus de travail à l’intérieur du libre permettent de reconstituer ce que j’appelle de l’individuation, c’est-à-dire la capacité à se transformer par soi-même, à se remettre en question, à être responsable de ce que l’on fait et à échanger avec les autres. Cela fait longtemps, par exemple, que les hackers2 s’approprient les objets techniques selon des normes qui ne sont pas celles prescrites par le marketing.

   

De la même manière, une “infrastructure contributive” se développe, depuis deux décennies, sur un Internet qui “repose entièrement sur la participation de ses utilisateurs”. Elle a permis, entre autres, d’accoucher de Wikipédia et de substituer à la dualité consommateur/producteur un ensemble de contributeurs actifs. Ceux-ci créent et échangent leurs savoirs sur le réseau, développant ainsi des “milieux associés” où ils peuvent façonner leurs propres jugements. Pour Stiegler, cette capacité à penser par soi-même propre au modèle contributif, est constitutive d’un meilleur fonctionnement démocratique.

 

Poison et remède

 

Pas question, toutefois, de tomber dans un angélisme pontifiant. Dans ses textes, il décrit le numérique comme un “pharmakon”, terme grec qui désigne à la fois un poison et un remède, “dont il faut prendre soin”. Objectif : “lutter contre un usage de ces réseaux au service d’un hyperconsumérisme plus toxique que jamais”, peut-on lire dans le Manifeste d’Ars Industrialis. Stiegler complète, en face-à-face : “Le numérique peut également aboutir à une société policière. Soit on va vers un développement pareil, soit vers l’économie de la contribution.”

 

D’ores et déjà, des embryons de ce modèle naissent dans d’autres domaines. “Une agriculture contributive existe déjà. L’agriculteur et ses consommateurs deviennent des partenaires, en s’appuyant notamment sur le web.” En France, cela se fait au travers des AMAP, les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, où les différents acteurs se mettent d’accord sur la quantité et la diversités des denrées à produire. Stiegler poursuit :

  

Dans l’univers médical, les patients sont parfois intégrés à la recherche, comme ce qu’a fait le professeur Montagnier avec les malades du SIDA. Nous pensons également qu’il y a des domaines contributifs en énergie, où l’idée serait de produire autant que l’on reçoit, grâce aux réseaux de distribution intelligents, les smart grids. C’est bien sûr totalement contraire aux intérêts des grands groupes.

  

Ainsi, l’idée d’une économie de la contribution implique que des pans entiers de nos sociétés sont à réinventer. Stiegler énumère certains besoins : “une politique éducative en relation avec le numérique, un nouveau droit du travail, un système politique déprofessionnalisé, un monde de la recherche où professionnels et amateurs sont associés. Nous plaidons beaucoup pour cette figure de l’amateur, qui aime ce qu’il fait et s’y investit complètement.” Reste, finalement, la question de l’argent. La valeur produite par les contributeurs n’est pas toujours monétarisable, mais peut avoir un impact sur l’activité économique. Ainsi, les articles de Wikipédia permettent à Bernard Stiegler d’écrire beaucoup plus vite qu’avant. “La puissance publique doit être en charge d’assurer la solvabilité des contributeurs. Quelqu’un qui a un projet intéressant doit pouvoir recevoir de l’argent. Cela s’inscrit dans le sillage de thèses classiques comme le revenu minimum d’existence, à ceci près que nous pensons que ces budgets doivent être pensés comme des investissements.”

 

Reproduire de l’investissement, non seulement financier, mais surtout humain. Aux yeux de Stiegler, voilà l’enjeu d’une sortie de crise. Et voilà, aussi, pourquoi il appelle à la réunion des hackers, des universités, des chercheurs, des amateurs et des gens de bonne volonté (“il y en a partout”) face à un “néolibéralisme devenu l’organisation généralisée du désinvestissement”.

  

 

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 18:45

Marie Louise von Franz, dans  son livre Reflets de l'Âme, traite cette importante question : qu'est qu'une projection ? 


La projection selon C.G. Jung et Marie Louise von Franz

  

Reflets de l'Ame - Marie Louise von FranzMarie Louise von Franz, s'appuyant sur les observations de Jung, définit la projection comme "un état de fait psychologique qui peut s'observer partout dans la vie quotidienne des hommes, à savoir le fait que nos idées concernant autrui et diverses situations sont très souvent erronées, sujettes à de faux jugements qu'il convient de corriger ensuite à la faveur d'une vision plus juste des choses."

Elle poursuit : "C'est pourquoi Jung définit la projection comme une transposition inconsciente, non intentionnelle, non perçue, d'un état psychique subjectif vers le dehors, sur un objet extérieur. On voit quelque chose qui en réalité n'y est pas ou n'y est que très peu. Il arrive très rarement, sinon jamais, que, dans l'objet choisi il n'y ait aucune trace de ce qui est projeté. Jung parle par conséquent du crochet offert par l'objet, servant à celui qui projette d'y accrocher sa projection comme on suspendrait un manteau à une patère."


La projection au quotidien et sous différentes formes


Marie Louise von Franz indique que dans cet ouvrage elle se "penche de façon quasi exclusive sur ce côté pratique, et plus particulièrement sur les implications morales qui en découlent.

Tout commérage d'escalier de service, tout conflit à charge affective et, plus fréquemment, chaque scène de ménage, contiennent des éléments de projection. Toute entreprise cherchant à composer l'image d'un ennemi à honnir, qu'elle se fasse au moyen de polémiques haineuses dans la presse ou à travers des rivalités de groupe, ou attisée par des fanatismes idéologiques voire religieux, est chargée de projections et peut s'exacerber jusqu'à provoquer des situations critiques susceptibles de déclencher une guerre.

 

Si aujourd'hui il est souvent question de la nécessité de démanteler ces images incitant à l'hostilité, les mécanismes qui président à l'élaboration de telles images stéréotypées d'adversaire demeurent pourtant incompris. 

 

« Il serait assurément plus efficace que chacun consente à fournir en particulier l'effort d'une prise de conscience de tout ce qu'il projette sur autrui.

Plutôt que de promouvoir de coûteuses recherches pour la propagation de la paix ou d'organiser tant de défilés et manifestations publics en sa faveur, il serait assurément plus efficace que chacun consente à fournir en particulier l'effort d'une prise de conscience de tout ce qu'il projette sur autrui. C'est en ce sens que ce livre répond, entre autres, à mon souhait de contribuer à la recherche de la paix dans le monde."


Exemple d'une projection


Marie Louise von Franz cite un exemple : "Tout le monde peut voir à quel point ceux qui prônent l'antiautoritarisme arborent des manières de faire tyranniques et autoritaires. Cette nature tyrannique n'est pas un souvenir du père qui fausserait l'aperception de la réalité, mais c'est surtout l'image d'une qualité tout à fait réelle propre à celui qui la projette, mais dont il n'est pas conscient le moins du monde.

C'est en cela que la projection diffère de la simple erreur de jugement. Cette dernière peut se corriger sans difficulté par une information plus adéquate ; elle se dissout alors comme la brume du matin dispersée par les rayons du soleil. En revanche, s'il s'agit d'une projection, la personne concernée se défend le plus souvent avec véhémence contre toute tentative de réajustement ou, si elle l'accepte, elle tombe en dépression. Elle se sent diminuée et déçue parce que l'énergie psychique, investie dans la projection, lui a été retranchée au lieu de lui revenir.

  

L'antiautoritaire qui projette : il aura du mal à accrocher son image du tyran à un pauvre ver de terre docile et humble. Mais aussitôt qu'il se trouvera face à une personne faisant tant soit peu preuve d'affirmation de soi ou de pouvoir, l'image du tyran, gardée latente dans celui qui projette, sautera sur elle. La projection s'est accrochée et celui qui projette a désormais la conviction sacro-sainte d'avoir affaire à un tyran. Ce genre de faux jugement ne peut être corrigé qu'au prix des plus grands efforts."

 

Projection positive

 

La projection n'a pas obligatoirement une connotation négative, elle peut être l'objet "de surestimations illusoires très exagérées et d'une admiration sans bornes pour le vis à vis qui sert de support de projection". Nous mesurons chaque jour combien certaines personnes du monde des médias, de la politique ou du show-business sont ainsi surinvesties de qualités positives, la situation pouvant d'ailleurs, du jour au lendemain, s'inverser brutalement. 

 

Importance du retrait des projections

 

« Les projections empoisonnent les relations entre personnes et groupes de personnes. »

Les projections, si elles permettent une première adaptation à la vie et sont incontournables, la plupart du temps perturbent, voire empoisonnent les relations entre personnes et groupes de personnes. Elles préexistent à toute forme de conscience,  sont naturelles, chacun gagne à les reconnaître et à les intégrer. 

Marie Louise von Franz, tout au long de cet ouvrage, s'appuyant sur la connaissance fine des mécanismes en jeu au sein de la psyché humaine, livre de nombreuses clés, tant sur le plan pratique que sur le plan théorique pour comprendre le phénomène de la projection.

  

http://www.cgjung.net/

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 16:34

« Le bonheur est un principe ; c’est pour l’atteindre que nous accomplissons tous les autres actes » écrit Aristote. Selon le philosophe grec, la recherche du bonheur serait donc le but de toute vie. Bonheur se disant « eudemonia », par extension, on nomme « eudémonisme » les doctrines qui font de la quête du bonheur le but suprême de l’existence.

 

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Mais qu’est-ce donc que le bonheur ? Est-ce la recherche des plaisirs (« s’éclater ! », « se faire plaisir » comme on dit aujourd’hui). S’agit-il plutôt de trouver une certaine sérénité, plus durable que le plaisir ? Ou plus modestement, est-ce simplement le fait de s’éviter des souffrances inutiles ?


  

Dans l’Antiquité, en Grèce, terre de naissance de la philosophie, deux grands courants de pensée ont formulé leur recette pour atteindre une vie heureuse : l’épicurisme et le stoïcisme.


 

L’épicurisme


On assimile souvent à tort l’épicurisme avec la recherche des plaisirs charnels : la fête, la bonne chère, le vin et le sexe… L’épicurien ne serait rien d’autre qu’un « bon vivant », qui ne pense qu’à se faire plaisir. Pourtant Épicure (341-270 av. J.-C.) n’était pas un partisan de la débauche. Le philosophe soutient que, pour atteindre le bonheur personnel, il faut savoir tempérer ses envies, repousser les plaisirs futiles et factices comme le luxe, le pouvoir et la gloire, fuir les passions. La passion amoureuse elle-même est pour lui une source de souffrance plus que de satisfaction. Le bonheur se trouve donc dans la sagesse. C’est en tout cas sur ce modèle qu’Épicure a copié sa vie. À Athènes où il s’était établi, il est resté en marge de l’agitation de son temps. Ayant acheté un bout de terrain, il y fonde une école philosophique : « l’école du jardin ». À l’écart de la vie agitée de la Cité, de ses ambitions démesurées, de ses troubles, il a mené une existence simple, cultivant l’amitié, l’art et les sciences. Son école fut une sorte de confrérie, ouverte à tous, hommes et femmes, jeunes ou vieux, Athéniens ou étrangers.


 

L’épicurisme est un refus de la course effrénée des plaisirs. Il se démarque d’un hédonisme uniquement préoccupé par les plaisirs immédiats, tel les préceptes enseignés actuellement. Il se démarque aussi de l’ascétisme, qui est un renoncement total aux plaisirs de ce monde. Être heureux, pour Épicure et les siens, c’est choisir entre l’essentiel et l’accessoire, entre les ambitions futiles et celles qui comptent vraiment.


 

Le stoïcisme


Le stoïcisme désigne un vaste courant de pensée qui eut une très grande influence dans l’Antiquité gréco-romaine. Comme l’épicurisme, le stoïcisme est entré dans le vocabulaire courant, mais le sens initial en a été déformé. Être « stoïque », au sens courant, c’est garder son sang-froid, résister à la souffrance et au malheur qui peuvent nous affecter. Il y a bien de cela dans le stoïcisme, mais la philosophie stoïcienne était une doctrine beaucoup large qui comportait aussi une théorie physique, une conception de la nature humaine, une morale et un style de vie. Le stoïcisme ne peut être attribué à un seul auteur mais à toute une école qui s’est déployée durant cinq siècles. On lui associe des penseurs grecs (Zénon de Citium, Antipater de Tarse) et romains (Sénèque, Épictète et l’empereur Marc-Aurèle).


  

Pour les stoïciens, le monde est uniquement un monde matériel gouverné par des lois et non le caprice des dieux (c’est aujourd’hui une évidence, mais ne l’était pas à l’époque.) En matière morale, la doctrine stoïcienne prônait les vertus d’une « vie simple » et naturelle. Bien vivre, c’est vivre en harmonie avec la nature et avec soi-même. Et pour cela, il faut maîtriser ses passions, repousser les fantasmes et illusions qui nous égarent.


Le bonheur repose donc sur la tempérance, c’est-à-dire la limitation des désirs. Il vise à atteindre l’ataraxie, un état de quiétude marqué par l’absence de désir et de troubles, une sérénité et une paix intérieure qui s’apparentent à celles du repos tranquille (voir encadré).


 

Des choses qui dépendent 
ou pas de nous


Épictète, un ancien esclave devenu philosophe, fut l’un des illustres représentants de l’école stoïcienne. Né esclave, Épictète était au service d’un certain Épaphrodite qui, bien que parfois brutal à son égard, lui donna une éducation philosophique et l’affranchit (c’est-à-dire lui redonna sa liberté) à l’âge adulte. Devenu homme libre, Épictète partit pour Rome et y ouvrit son école philosophique. À l’époque, on pouvait en effet « s’installer » comme philosophe, comme aujourd’hui on ouvrirait un cours privé. Une « école » philosophique désignait à la fois un lieu d’enseignement (où on apprenait toutes sortes de disciplines) et un courant de pensée (car chaque fondateur d’école y professait une doctrine particulière). Menacé par la politique répressive à l’encontre des philosophes, en particulier les stoïciens, que connut Rome au temps de l’empereur Domitien, Épictète se réfugia à Nicopolis et y refit sa vie à l’âge de quarante-trois ans.


  

socrate Bibliothèque

  

D’Épictète, on a surtout retenu la distinction célèbre entre « les choses qui dépendent de nous et celle qui n’en dépendent pas ». Les choses qui dépendent de nous – la pensée, le désir, les amours et haines – nous pouvons les contrôler, les diriger par la volonté. Là est notre liberté et nous devons l’employer pleinement. Les choses qui ne dépendent pas de nous – la chance, la maladie, la mort, le monde extérieur – il faut les prendre comme elles viennent puisque « elles ne sont pas notre œuvre propre. Pourquoi donc s’émouvoir de ce qui est inévitable ? Pourquoi s’attrister de la mort, de la maladie, voire de la disparition d’un être cher puisqu’on n’y peut rien ? »


La doctrine d’Épictète est stoïcienne en ce qu’elle enseigne à renoncer aux désirs factices. Mais ce n’est pas qu’une école de renoncement. C’est aussi une philosophie de la liberté intérieure et de la volonté. En se déprenant de ses illusions et aspirations déraisonnables, on conquiert une certaine liberté.


 

La philosophie 
comme art de vivre


Épictète nous dit que la sagesse et la maîtrise de soi, dont doit faire preuve le philosophe, ne peuvent survenir d’un seul coup. L’exercice de la sagesse suppose un apprentissage et un entraînement régulier. « On devient philosophe comme on devient athlète », écrit Épictète, en commençant par des « petites choses » c’est-à-dire des petites épreuves personnelles.


  

Ce faisant Épictète ne fait que reprendre une idée centrale dans la philosophie grecque : vivre est un art et comme tout art, cela s’apprend. De même qu’il existe un art du combat, un art culinaire, un art de la chasse, un art du jardin…, il existerait donc aussi un art de vivre. Apprendre à vivre suppose un enseignement (par un maître), un entraînement régulier, une expérience et une discipline de vie.


 

En Grèce, le philosophe n’était pas qu’un penseur dont le but ultime était la recherche de la vérité. 


Le philosophe est un « ami de la sagesse » et la philosophie un art de vivre. Le sage s’employait donc à mener une « bonne vie ». Cette bonne vie impliquait non seulement l’étude mais comprenait d’abord une certaine « éthique » impliquant une discipline, une maîtrise de ses pensées et de ses passions.


  

Le sage devait adopter un modèle de vie pouvant servir d’exemple à tous et livrait ses enseignements à qui voulait l’entendre. (Une pensée pour Bernard Stiegler, grand philosophe).

 

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