1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 08:28

Dans la lignée de Aldous Huxley, imaginez un monde ou l'homme est instrumentalisé jusque dans sa chair, où les valeurs se situent dans la matérialité mais jamais dans l'essentiel : L'homme, lui-même !


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"Time Out" s'impose comme ce que l'anticipation nous aura offert de plus original depuis longtemps.


Synopsis et vidéo:


Bienvenue dans un monde où le temps a remplacé l'argent. Génétiquement modifiés, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il faut "gagner" du temps pour rester en vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d'années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d'échapper à la mort. Un homme, accusé à tort de meurtre, prend la fuite avec une otage qui deviendra son alliée. Plus que jamais, chaque minute compte...


"Voilà pourquoi les sciences doivent toujours être tenues sous contrôle !"

 

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 14:57

Le schéma linéaire « standard » de la communication, qui privilégie la transmission directe d'information entre un émetteur actif et un récepteur passif, n'a plus cours. La communication comme la transmission sont aujourd'hui conçues comme interactives, pleines d'obstacles et de contraintes médiatiques.

 

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Dans le sens commun, communiquer c'est transmettre de l'information, c'est diffuser des idées ou des contenus culturels. Il s'agit là de la transposition spontanée d'un modèle que la linguistique et les sciences de la communication ont formalisé pour tous les processus de communication : une ligne unit deux pôles, l'émetteur et le récepteur, et une entité diversement nommée (signe, signal, message) y subit divers traitements. On trouve une telle conception dite « transitive » dès le Cours de linguistique générale (1916) de Ferdinand de Saussure (1857-1913). Elle sera réellement formalisée dans « La théorie mathématique de l'information », un article de Claude Shannon (1949) qui propose un modèle linéaire de communication reposant sur une chaîne d'éléments : la source d'information, l'émetteur qui transforme le signal en un flux codé (la voix humaine transformée dans le téléphone par exemple), le canal de transmission, le récepteur qui décode les signaux et enfin le destinataire du message.

La communication comme forme active de la culture


Le modèle de C. Shannon est devenu rapidement le modèle standard dans beaucoup de théories de la communication. Ce modèle transitif, institué en « schéma canonique », a pu s'appliquer aux télécommunications, à la langue comme à l'influence des médias. Il a pour lui son apparente évidence, ne serait-ce que parce qu'il passe par un vocabulaire banalisé (émetteur, récepteur, message, contenu) et se traduit en un ensemble d'images mentales communes (boîtes, lignes, flèches). Il induit l'idée que nous pourrions voir, contrôler, optimiser les processus de communication. C'est pourquoi la transitivité obsède le « discours de maîtrise » que l'on trouve aussi bien dans le monde politique que dans la publicité, la pédagogie ou la communication médiatique, qu'il s'agisse de « faire passer » les messages, de contrôler l'« image reçue », d'« évaluer » la rentabilité d'un apprentissage, de définir la performance d'un réseau. En sciences de l'information et de la communication, ce schéma a permis dans un premier temps de distinguer des objets d'étude (production, messages, publics, etc.) mais il est aujourd'hui abandonné. Ces sciences s'intéressent maintenant prioritairement à la nature des constructions sociales, symboliques, formelles qui conduisent à attribuer un certain statut aux « objets culturels », les idées, les théories et savoirs scientifiques ou les croyances.
 
De ce point de vue, le modèle de la transmission de données ne dit rien d'intéressant. Une première critique du modèle transitif (la communication comme processus de transmission) provient de l'anthropologie de la communication. Ce courant a pour objet la compréhension des pratiques de communication en situation, dans toute leur richesse. Avec une telle posture d'observation, il est impossible d'isoler un processus de transmission autonome entre deux pôles, l'un actif et l'autre passif. Le premier effet de ce décalage du regard est d'inscrire le paradoxe d'« autoréférence » au coeur même de toute pratique de communication. La communication a affaire avec elle-même, avec les relations qu'elle établit et le jeu qu'elle institue, avant de concerner quelque information que ce soit. Communiquer est d'abord partager et non transmettre, éprouver ensemble quelque chose, une émotion, l'engagement dans des situations, une participation à la communauté humaine, loin de tout message proprement symbolique. C'est ce qu'indique la racine étymologique communis que l'on retrouve aussi bien dans « communication » que dans « communauté » ou dans « communion ». Le point d'orgue de la célébration chrétienne est nommée « communion » : il s'agit du moment de communication mystique avec la divinité, mais aussi avec les autres membres de la communauté chrétienne assemblée. Une telle conception oblige à penser différemment la mémoire sociale et sa transmission. Celle-ci ne résulte pas d'une opération intentionnelle de transfert, mais tient à des signes de toute nature. Les rois et les hommes d'Etat le savent de tout temps, qui ne cessent durant leur « règne » de créer des signes destinés à la mémoire (statues, bâtiments, rituels, écrits, discours, etc.) Dans les processus réels de communication culturelle, nul ne peut prétendre dire : « J'ai transmis ma pensée. » L'anthropologue remarque avant tout, comme le sémiologue Roland Barthes (1915-1980) l'avait fait, que « tout signifie ». Dans l'exemple de la célébration religieuse, la transmission et la communication sont autant l'oeuvre des paroles prononcées que de l'ordonnancement du rituel, de l'architecture et du dispositif scénique utilisé. De manière générale, on peut dire que si nous transmettons quelque chose de précis aux autres, il est difficile de savoir quoi. De plus, si nous le pouvons, c'est sur un fond de participation à une production de sens incessante et collective que nous ne contrôlons pas. Du point de vue des sciences de l'information et de la communication, ce principe a été rendu célèbre par l'image de l'orchestre opposée à celle du télégraphe, métaphore empruntée par Yves Winkin à plusieurs auteurs américains pour définir la « nouvelle communication ». Ces chercheurs, regroupés dans ce qu'on a parfois nommé l'école de Palo Alto, se sont appuyés sur le concept central d'interaction.
   
Avant l'école de Palo Alto, le linguiste Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) avait déjà affirmé un « principe dialogique », qui veut que chacun de nos énoncés soit avant tout une réponse à d'autres énoncés. Une seconde critique du modèle transitif standard, postulant l'équivalence entre communication et diffusion, s'est développée à partir de la sémiotique, discipline qui s'interroge sur l'élaboration des signes de la communication et leur signification. La sémiotique contemporaine n'est pas une simple théorie du code. Elle analyse à la fois la présence des objets (une affiche, un discours écrit, un tableau) dans leur singularité, leur inscription dans une histoire des formes, leur utilisation par les individus, etc. Prenons le cas du développement d'un courant politique, comme le mouvement antimondialisation actuel. Celui-ci dépend de la diffusion matérielle de nombre d'objets, livres, revues, mails, etc. Ces supports matériels véhiculent des idées et des réflexions politiques, les combattent, les discutent. Ce processus n'est ni un simple transport matériel, ni une pure diffusion intellectuelle, venue d'on ne sait quel centre. Il est fait de pratiques de dispositifs, de genres d'expression, de formes d'émotion partagée face à des types de situations : pétitions, essais littéraires ou discours politiques, réunions, manifestations, meetings. Il convoque des références multiples, impose des présences, anticipe des usages. Ce mouvement procède d'une construction graduelle de représentations et d'interprétations, incarnée dans un ensemble d'objets signifiants : des conversations ont participé à l'émergence de représentations et de notions communes ; le sentiment partagé d'un certain type d'impuissance face à la mondialisation a engendré le projet d'un pragmatisme actif (sans compter l'histoire de la lutte sociale des cinquante dernières années, qui montre la nécessité de prudence face aux idéologies générales) ; des articles de fond ont dénoncé une uniformisation idéologique et promu une invention terminologique (la « pensée unique », le « néolibéralisme » la « malbouffe », etc.) ; une multitude de textes a répercuté des récits exemplaires d'utilisation des médias ; une manifestation a investi de façon inédite le temps et l'espace de la ville, etc. A ces critiques disciplinaires du modèle transitif s'est ajouté une réflexion de plus en plus approfondie sur le rôle et l'importance des médias ou des technologies de l'information et de la communication, mais aussi une nouvelle attention portée aux formes et méthodes de la médiation entre « producteurs » et « récepteurs ».
 

L'examen réel des médiations

  

Il faut souligner que l'observation des processus de médiation est chose récente pour les sciences de l'information et de la communication. Au fond, le succès du modèle transitif a correspondu surtout à un état d'ignorance sur la réalité des pratiques culturelles ordinaires. La culture légitime était censée s'engendrer spontanément, puis faire l'objet d'une diffusion, de l'extérieur. Dans ce cadre, aucun réel intérêt n'était accordé aux pratiques effectives par lesquelles les « objets » de communication (discours, idées, doctrines) deviennent des biens communs : pratiques de collecte documentaire, de chronique journalistique, de légitimation scolaire, de vulgarisation, d'expertise, de conseil, d'inscription de valeurs culturelles dans les objets et les images du quotidien, etc. Dès que les chercheurs ont pris la peine d'étudier les formes de ces médiations, ils ont mis en évidence le caractère créateur et non simplement reproducteur de ces pratiques. Des historiens de l'éducation ont par exemple montré que l'étude de l'orthographe est un construit social, datable précisément : l'orthographe s'est imposée au début du xixe siècle comme pratique de l'école primaire permettant l'évaluation et le tri des élèves. Elle a été promue et s'est cristallisée au rythme de la constitution d'un corps professionnel d'instituteurs, comme marque de leur professionnalité et de leur expertise. Des démonstrations identiques ont été faites à propos de la forme de la dissertation, de l'utilisation du latin, des manuels scolaires, du rapport de thèse.  
 
De telles approches, favorisées par le retour critique sur l'école et les institutions culturelles, se sont développées en sciences de l'information et de la communication. Elles ouvrent la voie à une analyse du rôle des manuels, des brochures, des guides, etc. Ces outils de « diffusion » du savoir ou de la culture légitime ont été conçus longtemps (y compris par leurs auteurs) comme une traduction, ou une transposition. Ils sont aujourd'hui considérés comme des productions spécifiques, ayant leur propre logique, leur rhétorique, leurs effets cognitifs. Un manuel scolaire de terminale n'a pas la même forme - c'est le moins que l'on puisse en dire - qu'un manuel de premier cycle universitaire. L'un est découpé en très courts chapitres synthétiques, très illustrés, comportant des questions, des extraits de textes, etc., l'autre est un discours argumentatif linéaire et le plus souvent sans illustrations. Il est désormais avéré qu'ils ne sont ni plus juste, ni plus faux l'un que l'autre, mais qu'ils s'insèrent dans des processus de transmission et d'appropriation différents du savoir. Dans un autre registre, le psychologue social Serge Moscovici s'est donné le premier la peine d'étudier l'image de la psychanalyse dans la presse, montrant que celle-ci procède de constructions intellectuelles profondément différentes de l'exercice de la discipline thérapeutique. Abandonnant le couple émission-réception, Eliseo Veron a montré, à propos du succès de la linguistique, que chaque légitimation d'un texte entraîne une réinterprétation de maints textes précédents, qui n'a rien à voir avec le processus de leur production.
   
On peut enfin prendre l'exemple de la muséologie, l'un des domaines où les médiations ont été étudiées de près, au fil d'un programme de recherches. Ces dernières décrivent les métamorphoses que connaissent les projets de diffusion des savoirs. Une exposition est une réalité vivante et complexe, qui se développe dans un cadre social et économique chargé d'enjeux. Elle exige la mise en forme de matériaux et de signes différents et crée des associations nouvelles entre ces signes. Loin de constituer un processus homogène, elle repose sur l'emboîtement de plusieurs constructions successives, ayant chacune ses procédures de signification, chacune redéfinissant la précédente. Elle mobilise chez une série d'acteurs des types d'activité interprétative différents (lecture, réécriture, figuration, parcours, commentaire), qui permet des prises de rôle multiples vis-à-vis des objets culturels légitimes et illégitimes. Tout en renforçant à certains égards des valeurs consacrées, elle donne un statut culturel à des pratiques qui n'en avaient pas. L'analyse du rôle des formes et des contraintes médiatiques mène à l'étude des logiques sociales de la communication. Prenons l'exemple de la communication grand public sur la science. Il est impossible d'y voir au fil du temps la poursuite d'un même programme de « partage des savoirs ». La médiatisation des sciences comporte une dimension d'explication, qui présente une relative continuité avec l'« interprétation » et la « vulgarisation » des sciences, du xviie au xixe siècle. Quelles relations peuvent s'établir entre les représentations sociales et les savoirs spécialisés ? Comment représenter, expliquer, métaphoriser les savoirs ? Comment s'instituent les rôles et les relations entre un public, les connaissances, les médiateurs ? De quel type de récit relève la science ? Toutes ces questions continuent de marquer les pratiques de communication écrite ou audiovisuelle.

 

La complexité des logiques de communication

 

En même temps, ce qui se passe aujourd'hui dans une émission de télévision par exemple, procède de logiques différentes de celles qui valaient il y a un siècle et demi. Cela tient à un ensemble de facteurs qui font plus qu'infléchir l'activité et en redéfinissent le sens : les ressorts économiques et les dispositifs techniques de la communication ne sont pas les mêmes, la science n'entretient plus les mêmes relations avec l'actualité, les formes de la médiatisation sont différentes (la télévision n'existait tout simplement pas). Tout cela fait qu'on n'a pas affaire à des reformulations, mais à des types de discours de nature distincte, établissant d'autres rapports de communication et créant des objets culturels différents. Un exemple parfait est fourni par la thématique de l'environnement. Tentons une démonstration par l'absurde : que pourrait signifier transmettre, bien ou mal, la notion d'environnement ? Une « page » de journal télévisé actuel titrée « environnement » peut-elle être comparée avec un livre de vulgarisation du xixe siècle sur les volcans ou avec un colloque international d'hydrologues ? Non. L'environnement est un objet de la communication médiatique contemporaine. Il tient à des dispositifs, à des rôles d'expertise, à des schémas narratifs, à des logiques de dialogue et il ne peut être distingué de tout cela. S'il se réfère à certains savoirs élaborés par des scientifiques, il en modifie profondément le statut. L'objet « environnement », objet hybride, concrétisant des logiques politiques, médiatiques, économiques témoigne de la construction d'une posture politique et morale, d'une définition de l'humanité par rapport à ce qui l'entoure : quelque chose qui n'existait pas en tant que tel il y a vingt ans, et qui présente le caractère d'être largement partagé, de participer à la mémoire de notre culture, sans jamais avoir été en tant que tel transmis.
  

Communication et transmission en tension

  

Si ces recherches empiriques et théoriques constituent des avancées par rapport au schéma transitif, la question des rapports entre communication et transmission n'est pas réglée pour autant. On peut dire aujourd'hui que les notions sont en tension, après avoir été en équivalence. La question ici posée demande que le sens même des notions soit approfondi. Par exemple, la conception de la communication est souvent superficielle. La communication serait l'échange permanent, l'interaction continuelle, la soumission au présent. Cette conception étrange est partagée par les fanatiques du « réseau » et les défenseurs d'une culture sans « trivialité », c'est-à-dire pure et détachée de tous ses médiateurs. Elle permet aux premiers d'annoncer la liberté illusoire de la table rase et aux seconds d'accréditer l'idée d'une culture, une science ou des savoirs exempts de tout compromis, notamment lié à leur commercialisation et aux contraintes matérielles de leur diffusion. Cette opposition entre communication et transmission ne vaut pas mieux que la définition de l'une par l'autre. On ne peut jamais penser l'une sans l'autre. Le concept de communication est par exemple nécessaire pour analyser un document écrit datant d'une époque reculée. Celui-ci n'est jamais simplement une enveloppe contenant des décomptes, des ordres, un mythe, des idées, destinés à être transmis sans parasitage. C'est la mise en oeuvre d'une proposition de sens pour des publics donnés. Il dessine nécessairement la figure d'un lecteur. Il anticipe les modalités d'interprétation qui seront les siennes. Au fil des pratiques, des relectures ou des découvertes archéologiques, cette anticipation sera toujours prolongée ou au contraire déçue : c'est vrai aujourd'hui d'une conversation de café comme de la lecture de l'Encyclopédie. L'histoire récente des recherches conduit à une position tout aussi nuancée en ce qui concerne les rapports entre la communication comme pratique sociale et ses supports matériels et techniques. Les technologies médiatiques jouent un rôle essentiel dans le partage des représentations et la pérennité des oeuvres.
 
L'écriture permet par exemple de fixer des traces d'un certain nombre de savoirs, elle modifie à ce titre les dynamiques de la transmission des croyances et des idées. Mais surtout, le jeu qu'instituent les diverses écritures, de l'idéogramme au multimédia, entre leurs supports et leurs formes, crée au fil de l'histoire des cadres intellectuels et des ressources imaginaires. L'invention des écritures procède d'autre chose que la construction de contenus, elle institue la participation à une certaine qualité d'interrogation sur le monde : une invention qui a été diversement commentée, par des théoriciens comme Jack Goody, David Olson ou Anne-Marie Christin, qui y ont vu pour certains l'affirmation d'un certain ordre de rationalité, pour d'autres l'espace d'une pensée non-cantonnée au langage. Les sciences de la communication ne retiennent pas une conception déterministe des rapports entre dispositifs matériels et pratiques signifiantes : elles ne souscrivent pas à l'idée qu'un régime technique ou médiatique déterminerait une forme de la culture, l'oral entraînant par exemple la convivialité, l'imprimerie la scientificité et l'écran la consommation frivole. On ne peut prétendre, comme Marx soutenait par exemple que le moulin à eau engendra la féodalité, que tel régime technomédiatique (par exemple l'émergence du multimédia aujourd'hui ou de l'imprimerie au xve siècle) donnerait telle ou telle forme culturelle, système de croyance ou théorie. Ce que soulignent les recherches contemporaines en sciences de l'information et de la communication est qu'aucune production culturelle ne se pérennise ni ne se diffuse socialement par la simple multiplication physique de ses traces. Les objets ne font mémoire sociale que quand ils ont été transformés, réinterprétés et réinvestis par de nombreux créateurs inconnus.
  

De Yves Jeanneret: Professeur de sciences de l'information et de la communication à l'université Paris-IV (Celsa). Il a publié récemment L'Affaire Sokal ou la Querelle des impostures, Puf, 1998 ; Y a-t-il (vraiment) des technologies de l'information ?, Septentrion, 2000. Pour scienceshumaines.com.

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 13:37

A l'heure ou les centres de "bien-être" se substituent à la médecine et aux anciens cultes, et proposent aux masses de nouvelles normes à respecter sans aucune réflexion profonde, Marie Lemonnier du Nouvel-Obs nous délivre un message de Nietzsche à travers cet entretien monté à partir des ouvrages du poète allemand:

 

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"Le bonheur est comme est une femme. Si vous le poursuivez, il s'enfuit ; si vous l'ignorez, il accourt." Entretien presque authentique avec Friedrich Nietzsche:

 

Le Nouvel Observateur . - Fuir la douleur est le mot d'ordre de toute la philosophie antique, comme celui de votre ancien maître Schopenhauer. Partagez-vous cette idée?

  

Friedrich Nietzsche. - Non. Pourquoi rejeter absolument de notre existence le malheur, les terreurs, les privations, les minuits de l'âme? Il y a une «nécessité personnelle du malheur» et ceux qui veulent nous en préserver ne font pas nécessairement notre bonheur. Et si le plaisir et le déplaisir étaient même si étroitement liés que quiconque veut avoir autant que possible de l'un doit aussi avoir autant que possible de l'autre? Car le bonheur et le malheur sont des frères jumeaux qui grandissent ensemble. Demandez-vous si un arbre qui est censé atteindre une noble hauteur peut se dispenser de mauvais temps et de tempêtes. Pour qu'il y ait la joie éternelle de la création, il faut aussi qu'il y ait les douleurs de l'enfantement. Toutes les vies sont difficiles; ce qui rend certaines d'entre elles également réussies, c'est la façon dont les souffrances ont été affrontées.

  

N. O. - Les stoïciens invitaient eux aussi à «tenir bon» face aux coups durs de l'existence.

 
F. Nietzsche. - C'est très différent. Le stoïcisme proposait un genre de vie pétrifié. Pour ma part, je parle d'intensifier le sentiment d'existence, en apprenant à en connaître tous les aspects, même les plus terrifiants.

 

N. O. - L'homme du XXIe siècle semble davantage aspirer à la sécurité et au bien-être.

 
F. Nietzsche. - Ah, la religion du bien-être! Voilà l'idéologie du troupeau. Les hommes disent: nous avons inventé le bonheur; ils en ont fait une valeur universelle, mais quel est leur bonheur? Une aspiration servile au repos. L'homme moderne a renoncé à toute grandeur et n'aspire plus qu'à vivre confortablement, le plus longtemps possible. Il est semblable à un puceron hédoniste, il a en aversion le danger et la maladie. Il poursuit un bonheur mesquin et étriqué. La société de consommation l'asservit aux petits plaisirs. Il voue un culte aux loisirs. Mais si l'on flatte de façon aussi éhontée la propension naturelle à la paresse, c'est dans le dessein non avoué d'affaiblir la volonté, de la rendre incapable d'une application durable. Il s'agit d'anesthésier la vie plutôt que de la vivre. Aussi ne faut-il pas s'étonner si la plupart des hommes d'aujourd'hui se liquéfient face à la plus infime épreuve.

 

N. O. - Quel est votre définition du bonheur?

  
F. Nietzsche. - Le sentiment que la puissance grandit, qu'une résistance est surmontée. L'homme qui est incapable de s'asseoir au seuil de l'instant en oubliant tous les événements passés et à venir, celui qui ne peut pas, sans vertige et sans peur, se dresser un instant tout debout, comme une victoire, ne saura jamais ce qu'est un bonheur et, ce qui est pire, il ne fera jamais rien pour donner du bonheur aux autres.

 

N. O. - Quels conseils prodigueriez-vous aux hommes en quête de félicité?

   
F. Nietzsche.
- A l'individu qui recherche son bonheur, il ne faut donner aucun précepte sur le chemin à suivre, car le bonheur individuel jaillit selon ses lois propres, inconnues de tous, il ne peut qu'être entravé par des préceptes venus du dehors. Le vrai secret du bonheur, c'est qu'on ne peut l'atteindre qu'en cessant de le chercher. Il est comme est une femme. Si vous le poursuivez, il s'enfuit; si vous l'ignorez, il accourt (sourire). Au fond, l'important, ce n'est pas le bonheur, qui n'est qu'une idée, mais la vie réelle que nous avons à expérimenter. Amor fati, aime ton destin. C'est ma formule du bonheur. Le philosophe ne doit pas cacher la nature tragique du monde, il doit l'enseigner au contraire, et la seule manière de nous libérer, c'est d'aimer ce qui nous advient. Il faut briser les anciennes tables de la Loi, nous dégager des valeurs chrétiennes mortifères, penser par-delà le bien et le mal. Nous devons être les poètes de notre existence, inventer notre vie, la vivre! La vraie sagesse, ce n'est pas de rechercher le bonheur, c'est d'aimer la vie, heureuse ou malheureuse.

 

N. O. - Vous-même avez beaucoup souffert, physiquement et affectivement - votre histoire d'amour douloureuse avec Lou Andreas-Salomé est légendaire. N'avez-vous jamais désespéré de la vie?

 
F. Nietzsche.- Jamais! Même dans les moments où j'ai été gravement malade, je ne suis pas devenu morbide. La vie ne m'a pas déçu! Année après année, je la trouvais au contraire plus vraie, plus désirable et plus mystérieuse. Pour moi, elle est un monde de danger et de victoire dans lequel les sentiments héroïques aussi ont leurs lieux où danser et s'ébattre. Avec ce principe au coeur, on peut non seulement vivre courageusement, mais même gaiement vivre et gaiement rire! Et qui donc s'entendrait à bien rire et à bien vivre s'il ne s'entendait d'abord à guerroyer et à vaincre ?

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 07:38

Voici l'article polémique du Docteur Thierry Florentin, médecin psychiatre, qui met à jour preuve à l'appui, un immense réseau fondamentaliste et radical, adepte des sciences cognitives (FondaMental, ça ne vous dit rien ?). L'opinion publique, tout d'abord attirée par cette belle vitrine que ces sciences proposent, semble enfin discerner les sombres aspects déshumanisants qu'elles dissimulent avec minutie !

 

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Le patient rentable de demain sera t-il traité comme une simple machine ?

 

Texte en deux parties: Partie 1

 

La troisième vague, tel est le titre d'un des derniers ouvrages francophones destiné à présenter le cognitivo-comportementaliste, à la suite du cognitivisme et du comportementalisme.

S'agit il d'une vague d'assaut ?

 

Avons-nous suffisamment pris conscience, les uns et les autres, que nous n'avons ici pas seulement affaire à des théories, faut-il encore prouver qu'elles existent, à une pratique, ni même à des applications, mais à un programme.

 

Et que ce programme, qui revendique son appui sur les neurosciences, est en train de s'emparer à petit pas du contrôle plein et entier d'un certain nombre de domaines majeurs de la vie, individuelle, publique et collective, et pas seulement la vie psychique.

 

Pas seulement la psychanalyse, même si celle-ci se trouve être dans sa première ligne de mire.

Avez-vous par exemple entendu parler du Law and neurosciences project, fruit de la coopération entre plusieurs universités et administrations américaines, qui se donne pour objectif d'utiliser les données de l'imagerie cérébrale comme preuve à charge afin de démontrer la culpabilité d'un suspect, sa responsabilité pénale, ou ses tendances déviantes, afin de parvenir à changer les lois aux Etats-Unis (1) ? Connaissez vous leur devise ? The time is now, "le moment est venu".

 

Nous assistons à l'extension hégémonique d'un scientisme des temps nouveaux, sous sa forme la plus moderne, le neuroscientisme.

Le cognitivo-comportementalisme en est un de ses fers de lance, sans en être pour autant le seul.

  

Quelle en est sa visée ?  

Parvenir à constituer un homme nouveau, littéralement un changement de la nature humaine.

Ceux qui auront appréciés les grands évènements du XXème siècle que furent le nazisme et le stalinisme sauront reconnaitre la patte inhérente à tout système totalitaire.

Et notre fascination, la fascination collective pour ce type d'entreprise, la servitude volontaire, montre que nous, l'espèce humaine, justement, l'affaire homme disait Romain Gary, n'avons non seulement su tirer aucune leçon du passé, mais que nous sommes prêts à en redemander.

 

Cette fois cependant, il n'y aura besoin d'aucune violence ni contrainte pour nous l'imposer, le neuromarketing, aux techniques déjà bien rodées, ayant quant à lui largement et au-delà de ses espérances, réussi sa percée et son implantation durable dans nos vies et dans nos habitudes de consommation. Il suffit de se promener dans les allées d'un supermarché, pour que vos sens olfactifs, visuels, et auditifs, soient pris en charge de façon subliminale pour amener vos pas là où il a été décidé de vous emmener.

  

Et la neuroéconomie ?

L'ultra libéral Guy Sorman nous donne les linéaments de ce qui nous attend (2) :

"Les acteurs économiques ont tendance à se conduire à la fois rationnellement et irrationnellement. Les travaux en laboratoire ont démontré qu'une partie de notre cerveau endosse la faute pour nombre de nos décisions à court terme économiquement erronées, tandis qu'une autre est responsable des décisions sensées dans ce même domaine de l'économie, prises généralement à plus long terme. Tout comme l'Etat nous protège des asymétries d'information chères à Akerlof en condamnant le délit d'initié, ne devrait il pas aussi nous protéger de nos propres impulsions irrationnelles ?"

  

Tout en nuançant, cependant : "...Il serait absurde de recourir à l'économie comportementale pour justifier la restauration des régulations étatiques excessives. Après tout, l'Etat n'est pas plus rationnel que l'individu, et ses actions peuvent avoir des conséquences énormément destructrices. La neuroéconomie devrait nous encourager à rendre les marchés plus transparents, et non pas plus régulés"

  

A la fin de sa vie, en 1936, le prix Nobel Ivan Pavlevitch Pavlov, qui aimait à se présenter à ses collègues scientifiques en Occident comme un réfractaire au système bolchevique, et qui avait pourtant reçu tous les pouvoirs, et tous les privilèges de la part de Lénine, puis de Staline, déclarait dans un aveu renversant, et ce au moment même où plus de cinq millions de paysans étaient déjà morts, des suites de la famine ou de la déportation, et alors que l'URSS vivait sous terreur, que "ses découvertes étaient la base scientifique de l'expérimentation sociale réalisée en l'URSS en vue de l'édification du surhomme soviétique. (3)".

Il y a tout de même une différence d'avec un régime totalitaire, c'est que nous ne pouvons identifier aucune tête véritable à ce programme, qui viendrait en répondre devant un Nuremberg de l'humanité.

Il n'y a pas de théorie du complot à dénoncer, pas de grand décideur, pas de Big Brother qui superviserait les recherches en neurosciences.

 

Il n'y a pas une tête, mais des têtes, des têtes bien faites pourtant, des chercheurs émérites et doués, aux motivations variées, et qui avancent, en rang dispersé, mais tout à fait déterminé et cohérent, au service d'une cause, celle de la modernité.

  

Quelle est cette modernité ?

S'agit il de la modernité des Lumières, comme certains, ici ou là, ont pu le soutenir ?

Cependant les Lumières n'ont jamais renié la subjectivité telle que ce nous voyons aujourd'hui à l'oeuvre.

Pourrait on parler d'une modernité de la modernité, une "seconde modernité", une modernité d'un type nouveau, comme tendrait à l'avancer Marie-Jean Sauret dans son ouvrage, L'effet révolutionnaire du symptôme.

  

Une modernité composée, dit-il, de "l'alliage d'une technoscience entendant fabriquer l'objet qui manque à chacun, et d'une idéologie scientiste soutenant que rien ne doit plus jamais rester impossible ?"

Il y aurait donc un grand Autre de l'Autre, revendiqué par les neurosciences et ce sont les techniques cognitivo-comportementales, des instruments qui permettraient d'agir directement et immédiatement sur le réel.

Pourrions nous cependant être à ce point naïf pour penser que tout cela s'arrêterait là, et que l'homo cognitivus, enfin débarrassé des tracas de la castration, et qui vient de faire chuter la muraille de l'impossible, ne vienne relancer sans cesse l'offre cognitiviste ?

  

Nous ne le savons pas, mais nous dirigeons vers des techniques encore et toujours plus performantes, d'augmentation cognitive, de "rehaussement" cognitif.

Il s'agit, entre autres, de programmes d'interventions invasives sur le cerveau, on appelle cela la nanorobotique cérébrale, par implantation de microprocesseurs dans telle ou telle zone du cerveau, l'hippocampe par exemple, programmes mal connus du grand public, et pour le moment réservés à l'ingénierie militaire.

Mais oui, l'ingénierie militaire.

  

Vous pensiez sans doute aux services hospitaliers de rééducation neurologique, où cette recherche viendrait contribuer à proposer une suppléance à des grands déficits neurologiques invalidants, et vous n'y êtes absolument pas.

Car comme l'écrit Joelle Proust, qui présente ces travaux dans un récent numéro de la Revue Le débat (4), avant qu'il soit proposé à tout un chacun de faire librement son marché parmi les dispositifs d'augmentation cognitive, de choisir d'améliorer son raisonnement, sa capacité de planifier, ou la capacité de ses affects, ces programmes sont avant tout destinés à faire la guerre, à fabriquer une nouvelle espèce dans l'humanité, hybridée de l'homme et de la machine, où les limitations de la biologie auraient disparu.

"Que deviendrait l'humanité", demande-t-elle, "si ces techniques étaient confisquées par une faction décidée à imposer ses vues industrielles, religieuses, ou sa domination politique ?".

   

Fiction, spéculation hasardeuse ?

On repense à Pavlov, aux hommages appuyés qui lui furent rendus par les gouvernements soviétiques, longtemps après sa disparition, au soutien continu qu'il reçut de Staline pour ses recherches.

On repense aussi à Burrhus Frederic Skinner, ce théoricien du behaviorisme à qui la plus grande association de psychologues des Etats Unis, l'Association Américaine de Psychologie, décerna en 1990 le titre de "the most prominent psychologist of the century", et à son roman Walden Two, récemment traduit en français (5), qui décrivait ce que pourrait être une démocratie idéale qui organiserait sa base sociale sur des concepts behavioristes.

  

On sait qu'à la suite de ce roman, un certain nombre de communautés furent encouragées à se créer, il en persiste toujours une, active depuis plus de trente ans, Los horcones (6), au nord du Mexique, forte d'une cinquantaine de membres, et qu'elle continue à étudier sur ceux-ci l'interaction socio-comportementale.

Le chef de file actuel de la psychologie comportementale sur le continent latino-américain, Ruben Ardila, fit encore mieux, en écrivant un Walden Tres, qui concernait cette fois non plus une communauté d'individus, mais un Etat, une nation, même si pour les besoins du roman, l'expérience tournait mal, et que les protagonistes se retrouvèrent assassinés par la C.IA., ou finirent en prison.

  

Pour les besoins du roman, seulement, car pour les comportementalistes, il ne fait aucun doute que le type de gestion sociale imaginé par Skinner, l'ingénierie comportementale, devrait inspirer les dirigeants politiques actuels, qu'il s'agisse de l'économie, de l'éducation, des médias, des loisirs, etc...

Roman utopique, vraiment ? Dans Walden deux revisité, calqué sur Retour au meilleur des mondes, d'Huxley, qui avait lui parfaitement décrit les dangers de tous ces mécanismes, et s'était démarqué du 1984 d'Orwell, précisément par l'absence de toute coercition violente sur ses membres, Skinner raconte qu'il reçut un jour un coup de fil d'un fonctionnaire du ministère des affaires étrangères, qui lui confiait que les Etats-Unis devaient arrêter d'exporter l'"américan way of life", et se consacrer à exporter des Walden two à la place. Et Skinner conclut : "De grands changements doivent être réalisés... Quelque chose comme Walden Two ne seraient pas un mauvais commencement".

  

L'exploitation du thème écologique à l'oeuvre dans Walden two, ne peut ici qu'entrainer l'adhésion du lecteur, qui en effet ne serait pas contre le gaspillage des ressources de la planète, et contre la pollution ? Cependant, qu'en serait-t-il de ceux qui n'adhèreraient pas, justement, de ceux qui seraient rebelles au programme de renforcement cognitif, de ceux qui loin de présenter le "réflexe de servitude" cher à Pavlov lorsqu'il parlait des koulaks russes exterminés, présenteraient "le réflexe de liberté" ?

  

Quel rapport avec les pacifiques thérapies cognitivo-comportementales ?

Il s'agit tout simplement du même programme politique, et des mêmes conceptions.

Ouvrons les premières pages d'un ouvrage de vulgarisation du cognitivo-comportementalisme, où l'auteur explique au lecteur profane qu'il existe deux types de vulnérabilité, une vulnérabilité génétique individuelle, liée à la personnalité, qui entrerait pour moins de 50% dans la décompensation psychique, et que le reste est expliqué par l'histoire individuelle et les évènements récents, c'est la vulnérabilité historique.

Qu'est ce que cette vulnérabilité génétique signifie ? Où nous mène t elle ?

  

A l'eugénisme ?

Nous ne sommes pas si éloignés des présupposés et des discours sur la dégénérescence.

Dans ce qui fût certainement sa dernière intervention publique, alors qu'il était déjà très malade, Edouard Zarifian, qui fût, rappelons le, l'un des pionniers en France de l'imagerie cérébrale, dénonçait les limites méthodologiques et l'usage biaisé de tous ces merveilleux appareils qui permettent de visualiser les structures cérébrales.

  

"Tout ce que l'on peut voir avec ces techniques", disait-il, "c'est ce qui existe chez tous les êtres vivants, à savoir l'universalité des fonctions cognitives du cerveau. En aucun cas, il ne s'agit de la spécificité du fonctionnement psychique d'un individu particulier et unique".

L'usage biaisé, voilà bien l'"evidence biaised medecine", qu'il dénonçait, c'est celui de prétendre pouvoir évaluer un sujet dans sa singularité avec les critères quantifiés et les statistiques des groupes.

Dans le compte-rendu qu'il donne de cette intervention qui avait été organisée sur le thème "La science jusqu'où ?" en 2005 par nos collègues Olivier Douville et Robert Samacher, et publié in extenso dans le numéro 23 de la Revue Psychologie Clinique (7), le Professeur Zarifian raconte qu' invité à un Colloque de l'INSERM où on lui demandait de faire le bilan de sa carrière de chercheur, il avait publiquement déclaré qu'il n'existait aucun index biologique des maladies mentales, aucun index biologique capable de prédire l'évolution d'un trouble psychique, aucun index biologique pas même en pharmacocinétique, capable de prédire la réponse à un traitement médicamenteux.

 

C'est alors, raconte-t-il, que quelqu'un assis à coté de lui sur la tribune, lui souffle à mi-voix qu'il est en train de scier la branche sur laquelle il est assis.

Le vertueux Édouard Zarifian ne veut pas dire dans son compte-rendu qui est cette sommité qui vient de lui sortir cette énormité. Mais Émile Jalley, autre organisateur de cette manifestation, et qui rend compte par ailleurs de cette intervention, lui, nous vend la mèche (8), il s'agissait de Jean-Pierre Changeux.

Il n'empêche, les thérapies cognitivo-comportementales, nous dit encore Édouard Zarifian, sont devenues, avec la caution de la neuro-psychologie cognitive, la roue de secours des neurosciences, leur plan B, lorsque celles-ci durent admettre leur déception face aux limites des psychotropes, qui soulagent sans guérir.

Aux neuro-sciences les crédits, les bourses de recherche, les chaires d'enseignement, fortes de leur application pratique que sont les TCC, à ces dernières la caution des neurosciences, sur lesquelles elles trouvent leur point d'appui, et d'argument pour éliminer la rivalité que leur cause la psychanalyse.

  

Car c'est bien d'élimination qu'il s'agit, c'est d'ailleurs le nom littéral que porte le courant "éliminationniste" en France et aux États-Unis, pour réclamer la fermeture des départements de psychologie clinique dans les universités, au prétexte que seule existerait la neuropsychologie.

Le scénario de l'éliminationnisme est banal, à force d'être toujours le même, et chacun a pu le rencontrer dans sa vie, personnelle ou professionnelle. Il s'applique facilement à des individus, comme à des groupes.

Il est tout autant recyclable au sein d'une famille à l'encontre d'un des leurs, que d'une entreprise envers des salariés ciblés, ou par un Etat totalitaire envers ses opposants.

D'abord il s'agit de disqualifier l'autre, par déformation grossière de ses propos, ou par divulgation de mensonges.

  

C'était par exemple le sinistre Livre noir de la Psychanalyse, ou encore cette réduction infantile de la psychanalyse, définition prise parmi d'autres, dans le dernier ouvrage, bien nommé, TCC et neurosciences, de Jean Cottraux, chef de file actuel des thérapies cognitivo-comportementales en France : "l'exagération de l'insight est la recherche obsessionnelle de manifestations cachées et de pensées forcément abominables qui pourraient expliquer notre comportement. (9)"

  

Ensuite chercher à l'isoler.

L'étape qui succède immédiatement est de lui faire creuser par lui-même sa propre tombe, en s'assurant de sa collaboration, ce qu'acceptent sans se faire prier un certain nombre de courants analytiques, de les encourager comme étant "la seule psychanalyse acceptable", ce que Pierre Fédida avait résumé d'une formule : La mascarade de la neuropsychanalyse (10).

 

Une autre tactique est de convoquer Freud comme précurseur des neurosciences pour mieux le récuser par la suite, en donnant l'impression, par un tour de passe-passe, de le reformuler.

Car il est toujours possible, c'est un exercice des plus faciles, d'isoler une phrase, voire un paragraphe entier, des textes de Freud, pour les orienter dans la direction que l'on souhaite, et leur faire dire ce qu'on veut.

Ne cherchez pas, je vous en donne un, de toutes les façons, vous n'auriez pu y échapper à la lecture des pèlerins du cognitivo-comportementalisme : "Toutes nos conceptions provisoires, en psychologie, devront être un jour placées sur la base de supports organiques" (11). Freud. "Pour introduire le narcissisme" (1914).

Mais il vous sera cependant difficile de ne pas lire la tautologie conclusive sur la théorie psychanalytique qui n'est jamais qu'une "fiction mentale consciente, dont il faut bien se garder de chercher une réalité tangible, biographique et biologique, dans l'histoire des rouages cérébraux du sujet analysé (12)".

  

Troisièmement, acheter le silence des témoins, et des complicités, c'est par exemple les postes que l'on promet aux jeunes chercheurs.

Enfin, nier qu'elle ait jamais existé, et effacer toute trace de son existence, quitte sans craindre les contradictions et les paradoxes, à ouvrir un musée des civilisations disparues. Encourager par exemple à lire Freud, sans jamais citer Lacan, et en soutenant qu'il était le découvreur non pas de l'inconscient, mais du conscient.

 

Il ne faudra pas oublier de reprendre à son compte les critiques telles que celles que je viens de vous énoncer, pour mieux les qualifier de "neuro-résistances (13)", comme il a pu y avoir en son temps, heureusement défunt, exacte symétrie, des résistances à la psychanalyse.

Il sera ensuite très simple d'entretenir la confusion entre la cause de la souffrance psychique et ses effets.

Tout devient alors possible, et l'autonomie de la vie psychique sur notre vie consciente, sera alors rabattue sur de simples effets des fonctions neurobiologiques.

  

A suivre dans la partie 2... cliquez ici : http://www.psy-luxeuil.fr/article-dossier-la-machine-de-guerre-cognitive-partie-2-107356802.html

 

Autre lien: http://www.psy-luxeuil.fr/article-dsm-v-quand-le-monde-de-la-psychiatrie-devient-burlesque-109652100.html

 

Notes :

(1) Voir le site internet http : www.lawandneuroscienceproject.org

(2) Guy Sorman Economics does not lie. City journal, été 2008, disponible en ligne sur www.city-journal.org. Cité par Slavoj Zizek Après la tragédie, la farce ! ou comment l'histoire se répète. Flammarion. Bibliothèque des savoirs. 2010. pp.40-41

(3) Voir le documentaire de Boris Rabin : La fabrique du surhomme soviétique. 2009 (All.), première diffusion Arte. Novembre 2009

(4) J. Proust, "Le contrôle de soi : vers un homme nouveau", Le débat, N°157. Novembre-décembre 2009, pp. 124-143

(5) B.F. Skinner, Walden Two. Communauté expérimentale, Éd. In Press, 2005.

(6) Voir leur site internet (en anglais et en espagnol) : www.loshorcones.org

(7) E. Zarifian, "Neurosciences et psychismes : les risques et les conséquences d'un quiproquo", In "Les progrès de la science jusqu'où ?", Revue Psychologie clinique, N°23, p.18.

(8) E. Jalley, La guerre des psys continue. La psychanalyse française en lutte, L'Harmattan, 2007, p.369

(9) J. Cottraux, TCC et neurosciences, 2009, Masson, p.VIII

(10) P. Fédida, "La mascarade de la neuropsychanalyse", La recherche Hors Série . n°3.

(11) S. Freud, "Pour introduire le narcissisme" (1914), In La vie sexuelle, Paris, PUF, 1973. 4ème édition. p.86

(12) L. Naccache, Le Nouvel inconscient. Freud, le Christophe Colomb des neurosciences, Odile Jacob Poches, Février 2009, p.432

(13) L. Naccache, "Neuro-résistances", Le débat, n°152, Nov.-Déc. 2008, pp.154-161

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 07:35

Voici l'article polémique du Docteur Thierry Florentin, médecin psychiatre, qui met à jour preuve à l'appui, un immense réseau fondamentaliste et radical, adepte des sciences cognitives (FondaMental, ça ne vous dit rien ?). L'opinion publique, tout d'abord attirée par cette belle vitrine que ces sciences proposent, semble enfin discerner les sombres aspects déshumanisants qu'elles dissimulent avec minutie !

 

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Le patient rentable de demain sera t-il traité comme une simple machine ?

 

Texte en deux parties: Partie 2

 

Et puis il y a le problème de la langue...


Une langue attaquée de toutes parts, par ce nouveau naturalisme qu'est le cognitivo-comportementalisme.

D'abord par la pauvreté du langage cognitivo-comportementaliste lui-même, qui appauvrit dans les réunions des services soignants, ou lors des discussions entre collègues, toute discussion clinique, ravalée au traitement du cas, et qui met en péril la transmission de la clinique.

 

Dans son dernier ouvrage, Des cerveaux et des hommes, Christian Hoffmann pose à ce sujet la question de l'enseignement et de la formation des jeunes psychiatres ou psychologues. Aussi son préfaceur Roland Gori écrit-il très justement : Dès lors que l'on pourrait lire la pensée dans les clichés de l'imagerie cérébrale ou dans l'expertise la plus débilitante qui soit des autotests de comportement, pourquoi s'embarrasser de la nébuleuse complexité du fait psychique ou de la question du pouvoir du langage dans la donation du monde ? (1).

 

Hoffmann, qui est professeur de psychopathologie clinique à Paris VII, parle de son expérience quotidienne d'enseignant. "Ouvrons par exemple, nous dit-il, Le manuel de psychiatrie de Henri Ey au chapitre V., "Psychoses délirantes aigües" et observons la structuration de sa leçon. Nous y trouvons un bref historique, un premier chapitre intitulé "Etude clinique", un deuxième : "Formes cliniques", un troisième "Diagnostic", puis avant le traitement nous découvrons un chapitre quatre : "Aperçu des problèmes psychopathologiques.". Magnan, de Clérambault, Jaspers, Ey et d'autres y animent le débat. Sommes nous encore aujourd'hui, avec le DSM et les neurosciences, en mesure de rédiger dans cet esprit, celui de Henri Ey, un tel chapitre, qui propose une summa des concepts et par conséquent des problèmes, à nos étudiants ?".

  

Si l'on interrogeait les jeunes diplômés, la réponse aujourd'hui serait certainement affligeante, car c'est aussi tout un pan historique, culturel, dynamique, de la prise en charge et du soin qui furent le fleuron et la fierté de la psychiatrie institutionnelle et de secteur qui disparait, il faut savoir cela, surtout lorsque nous lisons, sous la plume de Jean Cottraux, cette fois, dans son dernier ouvrage auquel j'ai déjà fait allusion, TCC et neurosciences (2), que "du fait de sa trop grande stigmatisation péjorative dans le public, le terme de schizophrénie pourrait sur la proposition de certains experts être avantageusement remplacé par "dysfonctionnement dopaminergique".

 

Remplacer le terme de schizophrénie par "dysfonctionnement dopaminergique, voici bien un exemple parmi d'autres de la manière dont on peut façonner la afin de produire des représentations sociales et culturelles au service exclusif d'une idéologie totalitaire, comme nous pouvons l'apprendre à la lecture des travaux de Victor Klemperer (3), ou de Jean-Pierre Faye (4).

 

Que signifient la promotion exclusive de tous ces termes, "protocoles experts", "psychoéducation", "renforcement positif", "remédiation cognitive", procédures d'habilitation, et autres..., quelle est cette langue de la carotte et du bâton, qui n'a d'autre but que de produire une langue du contrôle et de la bureaucratie, ?

Mais le danger le plus grand réside malgré tout dans cette volonté constante et acharnée du démaillotage du signifiant pour le ravaler au rang de signe. Il s'agit là encore d'étouffer tout ce qui pourrait faire irruption d'un sujet venant de l'Autre.

  

Voici un extrait d'entretien issu d'un ouvrage portant justement sur la conduite de l'entretien dans les thérapies cognitivo-comportementales (5):

 

"Le questionnement socratique", est-il écrit, "amène le patient à s'auto-évaluer et à argumenter ses affirmations".

P : Je ne pourrai jamais participer à un groupe sans bafouiller, sans hésiter.

T : Qu'est ce qui vous fait dire cela ?

P : Lors du dernier cours, j'ai posé une question, et je me suis trompé quatre fois, j'ai dit le mot après à la place du mot avant, et comme ça, j'ai parlé avec d'autres mots mal choisis.

T : Est-ce que vous faites des erreurs à chaque fois que vous participez à un groupe ?

P : Non, pas tout le temps.

T : Pouvez vous continuer à affirmer que vous ne pourrez jamais participer à un groupe sans faire des erreurs alors que ceci ne vous arrive pas tout le temps ?

 

Seule la haine de l'autonomie de la vie psychique peut entretenir une telle méconnaissance systématique, et donner au thérapeute ce pouvoir de rabattre de façon délibérée et de manière aussi opératoire le lapsus et son insistance, sur l'erreur. Délibérément débarrassé de tout savoir sur aucune énigme qui viendrait porter sur le désir du patient, il est prêt à décourager toute adresse, tout questionnement, sur l'émergence même de ce désir.

 

Pour les auteurs, il s'agit, je cite, de "mettre l'accent sur l'aspect fréquence (jamais et quelquefois) qui conditionne chez le patient des prédictions non argumentées sur l'avenir , de s'abstenir de faire des inférences sur l'étiologie, en se limitant à décrire les comportements gênants et d' identifier les stimuli qui les renforcent, en portant l'accent sur les causes actuelles responsables du maintien du problème.

"Nous faisons un transfert de technologie", m'affirmait sans malice aucune un thérapeute cognitivo-comportemental que j'interrogeais sur sa pratique, sans réaliser comment ses paroles pouvaient résonner, et être aussi vraies. Le transfert est bel et bien nié, ce qui risque d'entrainer un certain nombre de ravages, mais surtout ravalé à sa fonction de service technique, et même technologique.

 

Et voici un autre exemple, tout aussi violent, et pris dans une discussion avec une thérapeute cognitivo-comportementale, spécialiste de débriefing post-traumatique, et qui montre là aussi à quel point il s'agit d'éradiquer tout savoir sexuel du symptôme, et d'orienter l'identification de la jouissance à l'extérieur de soi, dans l'objet extérieur. Il s'agissait d'un patient devant se marier, et venu en consultation pour je cite, une phobie des poules. C'est amusant, car en dehors du jeune Arpäd, l'enfant-coq, relaté par Ferenczi (6), et commenté par Freud dans Totem et Tabou, la littérature psychanalytique recense peu de cas de phobie volaillère.

  

Ce patient devait se rendre en voyage de noces au Mexique, et redoutait, en prenant les bus surchargés, de se trouver assis auprès d'une paysanne qui trimballerait une poule.

La thérapie, dont mon interlocutrice était particulièrement fière du résultat, a consisté à l'exposer d'abord à des images de poules, puis à des photos, puis de le confronter à de vraies poules vivantes. Je n'ai pas osé lui demander si elle prit la sollicitude jusqu'à le mener au bordel, mais vous voyez ici jusque dans la caricature qu'il s'agit d'extraire toute référence au pli du refoulement de la sexualité, et de venir à bout de la charge pour tout un chacun que représente l'inconscient , en attaquant les signifiants de la langue; leur jeu, pour les réduire à la valeur de signe.

 

Où se trouve l'animal ? Et quel est ce monde dans lequel on voudrait nous convaincre que si nous n'y entrions pas, nous serions des attardés?

Si effacement il y a, c'est bien celui de toute origine, sexuée, on l'a dit, de toute référence à l'histoire, et aussi au nom.

  

Il s'agit d'effacer toute dette.

Jean Marie Sauret, dans son ouvrage, déjà cité, L'effet révolutionnaire du symptôme, fait très justement remarquer que lorsqu'on évoque la psychanalyse, ce sont spontanément des noms qui viennent, que les théories ont une origine, indispensable de la présence du psychanalyste, et de l'élaboration sous transfert.

Tandis que lorsque nous parlons du cognitivo-comportementalisme, c'est d'abord une liste de mesures, de statistiques et de thèses, portant sur un savoir universel, objectif, généralisable, élaboré au moyen de conférences de consensus destinées entre autres à gommer la marque singulière des chercheurs.

C'est que le cognitivo-comportementalisme ne s'adresse pas tant au singulier, qu'à des populations, des masses, peut-être est ce la raison pour laquelle les medias leur donnent autant de résonnance, et s'y engouffrent avec autant d'intérêt.

  

Que penser de tous ces experts, qui ne disent pas leur nom ?

Dans son ouvrage (7) devenu un classique de la sociologie des sciences, La vie de laboratoire, Bruno Latour montre comment la production des faits scientifiques doit répondre prioritairement à une stratégie carriériste, de reconnaissance, de crédits, et comment l'activité d'un laboratoire est tout entier subordonné à des critères qui ne sont pas ceux de la rationalité qu'exige la science, ni de la recherche, mais d'un marché, et de sa politique, indépendamment de toute autre motivation, ou croyance.

  

Il n'est pas certain que les savants, ceux des sciences cognitives, croient en leurs théories, nous dit le plus sérieusement du monde, Jean-Paul Dupuy (8).

 

Il faut savoir comment il est possible de faire mentir les statistiques comment on peut faire courir la collecte des données au devant des hypothèses souhaitées, et comment la multiplication des laboratoires de psychologie cognitive crée les conditions de la rivalité inter laboratoire, poussant à la falsification des résultats.

 

Puisque de toutes les manières, souligne Emile Jalley dans sa somme d'ouvrages sur la crise de la psychologie en France (9), ce n'est pas la qualité des travaux, mais leur quantité qui est évaluée, et ce sont des critères qui poussent à la falsification, tels que le nombre d'articles publiés par an, en revue spécialisée, en anglais, à comité de lecture, le nombre de doctorants, les fonctions à responsabilité administratives et budgétaire...

 

Voir la partie 1: http://www.psy-luxeuil.fr/article-la-machine-de-guerre-cognitive-107356368.html

 

Autre lien: http://www.psy-luxeuil.fr/article-dsm-v-quand-le-monde-de-la-psychiatrie-devient-burlesque-109652100.html

    

Notes :

(1) Christian Hoffmann Des cerveaux et des hommes. Nouvelles recherches psychanalytiques, Érès, 2007, p.19

(2) Sous la dir. de Jean Cottraux, TCC et neurosciences, Masson 2009, p.21

(3) V.Klemperer, L.T.I. la langue du troisième Reich. Carnets d'un philologue, Albin Michel, 1996

(4) J.-P. Faye, Introduction aux langues totalitaires, Hermann, 2003.

(5) C. Mirabel-Sarron et L. Vera, L'entretien en thérapie comportementale et cognitive, Dunod, 1995, p.17

(6) "Ein kleiner Heinemann", trad. française L'enfant-coq, in S.Ferenczi, oeuvres complètes, tome 2. 1913-1919, Payot 1990

(7) B. Latour, S. Woolgar, La vie de laboratoire. La production des faits scientifiques, 1996, La Découverte, réed. La découverte/poche 2006.

(8) J.-P. Dupuy, Les savants croient ils en leurs théories ? une lecture philosophique de l'histoire des sciences cognitives, Inra Editions, Déc. 2000

(9) E. Jalley, Critique de la raison en psychologie. La psychologie scientifique est elle une science ?, L'harmattan, 2008.

(10) Ch.Melman, Conférence de Rio, in La nouvelle économie psychique, Eres, p. 40

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 16:22

« Time is money », disait Benjamin Franklin. C’est faux ! Le temps est beaucoup plus précieux que l’argent. Maîtriser son temps, c’est d’abord la liberté de décider de sa vie.

 

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Un article de la revue "sciences-humaines" assez riche et neutre, structuré sous forme de récit.

         

  

"Comme tous les dirigeants, les cadres, les universitaires, les infirmières, les avocats, les fonctionnaires, les mères de famille et même les retraités, je suis débordé. Je croule sous les réunions, les rendez-vous, les projets en cours, les emails en retard, les urgences, les chantiers en suspens, les imprévus. Et comme tout le monde, je stresse le dimanche soir en pensant à l’avalanche de tâches qui m’attendent la semaine suivante. Comme tous, je papillonne, je saute d’une tâche à l’autre, je m’agace des dérangements, je m’énerve des imprévus, je culpabilise de mes retards ; je me maudis de ne m’y être pas pris plus tôt et promets de m’y prendre mieux la prochaine fois. Puis, la crise passée, je continue comme avant. Bref, je suis comme tout le monde."

  


Pourtant, de l’extérieur, rien n’y paraît. Je suis le genre de type dont on dit « mais comment fait-il pour tout faire ? »  : diriger une entreprise, écrire des articles, des livres, tenir son blog, s’occuper de sa famille, faire du sport, de la musique, aller au cinéma, tondre la pelouse, voir des amis, faire les courses, lire des romans. Je trouve même le temps de flâner des heures devant la télévision ou sur Internet. Comment cela est-il possible ? En fait j’ai un secret : je me soigne. Mon remède pour lutter contre la dictature de l’urgence tient à quelques règles de vie acquises au fil du temps et de lectures édifiantes.


  

J’ai mis longtemps avant d’oser entrer dans une librairie pour acheter un manuel de gestion du temps. Mes résistances tenaient à quelques préventions tenaces. La première était la honte. Les livres de gestion du temps, rangés aux rayons « Développement personnel », ne sont guère fréquentables car intellectuellement illégitimes. Dans Le Philosophe nu (Seuil, 2010), Alexandre Jollien raconte qu’un jour il est arrivé à la caisse du libraire, un peu honteux, avec le livre Comment avoir un ventre plat glissé dans une pile entre un Spinoza et un livre sur Lucrèce. Je me souviens avoir éprouvé la même expérience avec ma première méthode de gestion du temps. La deuxième résistance tenait du scepticisme à l’égard de méthodes miracles qui prétendent vous changer en sept jours. Comme s’il était possible de se transformer en une semaine ! Mais la principale répulsion m’empêchant d’ouvrir ces manuels tenait à une autre raison plus fondamentale : la peur que ça marche !



 

Ne travailler que trois heures par jour...utopique ?

   


Optimisez votre emploi du temps, Bien gérer son temps, Soyez efficace…, tous ces titres semblent envoyer un message implicite : il faudrait être toujours « performant » et savoir « gérer » sa vie comme on gère une entreprise. Longtemps, j’ai interprété – à tort – ces titres comme une injonction à ne plus perdre une minute, à ne plus gaspiller ses journées, à « rentabiliser » son temps. Donc ne plus flâner, ne plus s’accorder des périodes de farniente, de rêveries… Quelle horreur et non merci ! Comme tout le monde, je ne souhaite pas être efficace : je veux être heureux !


 

Je m’étais trompé ! Quand j’ai ouvert le premier livre sur la gestion du temps , j’ai compris mon erreur. Le livre proposait de « ne travailler que trois heures par jour ! » L’auteur était un consultant américain, le genre de type qui affiche un large sourire, dirige trois sociétés, écrit des livres à succès, est marié à une délicieuse épouse, a trois enfants charmants, a visité le monde entier, fait de l’alpinisme et joue du saxophone avec un groupe d’amis musiciens… Le tout en ne travaillant que trois heures par jour !
 Ce héros libéral rejoignait paradoxalement l’utopie anarchisante de Paul Lafargue, Bob Black et autres apôtres de la réduction massive du temps de travail . Avec un avantage notable : il pouvait en plus accomplir tous ses projets.


  

Je fus donc surpris de découvrir que la règle numéro un d’une bonne gestion du temps ne consiste pas à être performant du matin au soir mais au contraire à disposer de beaucoup de temps libre ! L’art du temps, ce n’est pas de vivre à 150 à l’heure, mais de desserrer les étreintes qui pèsent sur son travail, de dégager du temps pour soi. Il fallait que j’en sache plus…


 

Définir ses priorités


 

Un jour, Joël de Rosnay m’a confié ceci : « Je classe mes activités en quatre catégories : d’abord ce qui est urgent et nécessaire, ensuite ce qui urgent mais non nécessaire, puis ce qui est nécessaire mais non urgent et enfin ce qui n’est ni urgent ni nécessaire… et je commence par la fin ! » Je ne l’ai pas vraiment cru : J. de Rosnay a la carrière trop bien remplie pour croire à ce qui était sans doute une petite coquetterie de sa part. Mais sa description des activités correspondait assez bien à la pratique courante du procrastinateur, celui qui remet toujours à demain.


  

Établir la liste des tâches à faire et les classer par priorité est une pratique courante. On y recourt tous dans les moments de stress quand on se sent débordé. L’art des listes est même devenu une technique psychothérapeutique . Quant au classement des tâches en « urgent » et « nécessaire », elle correspond à la « matrice d’Eisenhower », une méthode courante en gestion de planning pour définir ses priorités.


Mais une fois la liste des « à faire » établie, l’erreur est de se précipiter sur la première tâche : la première urgence est d’abord de s’arrêter pour examiner attentivement cette liste.


 

Tout d’abord, définir ses priorités, ce n’est pas seulement accomplir par ordre d’urgence les tâches qui vous incombent. Gérer son temps, c’est aussi y intégrer tout ce qui est enviable pour nous. Cela intègre donc aussi le repos, les choses futiles mais qui vous tiennent à cœur et surtout nos projets les plus chers : nos « châteaux intérieurs ». Dans toute liste de tâches devrait donc figurer non seulement le travail, les courses, les dossiers administratifs, le dentiste, etc., mais aussi « me reposer », « aller marcher », « jouer du saxophone », « apprendre le japonais », ou « préparer le marathon » si cela fait partie de vos vœux les plus chers. Personnellement, je me suis fixé depuis très longtemps cette règle de vie : « Consacrer un jour par mois à penser à ce que je veux vraiment faire et consacrer une heure par jour à le faire. »

    


Mais où trouver cette heure ? Vouloir la grignoter sur le sommeil n’est pas une bonne idée. Cela ne dure pas plus de trois jours, le temps des bonnes résolutions de début d’année. L’erreur est aussi de repousser à plus tard ce qui compte le plus (le mois prochain, pendant les vacances, l’année prochaine, quand je serai à la retraite…). L’erreur inverse, celle du procrastinateur, consiste à repousser les obligations pour ne faire que ce qui l’intéresse.


 

Dans l’idéal, chaque jour, chaque semaine, doit être composé d’un menu complet et varié intégrant à la fois des obligations, des urgences, mais aussi des plages de détente et du temps consacré à ce qui nous semble le plus précieux.
 Une fois établie la liste des choses à faire, vient une autre étape : éliminer. Le travail d’élagage est la chose la plus utile et la plus efficace qui soit. C’est pourtant la plus difficile. Car couper dans la liste des « à faire », c’est apprendre à dire non (à soi et aux autres), apprendre à déléguer, apprendre à fermer une porte pour ne pas être dérangé, se forcer à mettre son téléphone sur répondeur, ne pas ouvrir ses mails à chaque alerte. Admettre qu’il y a des courriers auxquels on ne répondra pas, des dossiers qu’on ne lira pas, des choses qu’on ne finira pas… Alors autant ne pas les commencer.


 

L’art de la programmation


  

Les méthodes de gestion du temps soulignent toute l’importance qu’il y a à vider son bureau et jeter tous les dossiers ouverts : tout ce qu’on a mis de côté « pour plus tard », « à voir », « en cours »… Faites le compte des chantiers inachevés qui s’amoncellent sur votre table et encombrent votre esprit. Vous serez surpris. L’art de jeter, d’alléger est quelque chose de difficile à cause des remords, des doutes, des peurs de froisser l’entourage. Or l’élagage est aussi nécessaire dans la gestion de son temps que dans le jardinage. Il faut savoir couper des branches pour permettre à d’autres de mieux pousser. Gagner du temps, c’est d’abord éliminer. 


 

Une fois définies les tâches à faire, il faut leur affecter un budget temps. Là encore deux erreurs courantes guettent. La première est de se fixer des activités sans objectif ni délai précis. « Ranger mon bureau », ou « répondre aux emails » est le type même d’activité mal évalué. Est-ce bien raisonnable de vouloir répondre à tous les emails si l’on a une longue liste de retard et que l’on n’a pas défini de tranche horaire précise pour le faire ?


 

Un conseil : si la tâche « courrier » vous rebute (ce qui est mon cas), il est plus raisonnable de fixer un quart d’heure par jour pour répondre à deux ou trois courriers plutôt que de vous attaquer d’un seul coup à la montagne qui s’accumule depuis des semaines. « Découper la montagne en morceaux » est une règle d’or de la gestion du temps. Tout repousser au lendemain ou vouloir tout écluser le même jour sont des erreurs symétriques.


 

Une autre erreur fréquente de programmation consiste à prévoir trop court. La « loi de Hofstadter », une loi fondamentale des activités humaines, affirme que « ça prend toujours plus de temps que prévu même en tenant compte de la loi de Hofstadter ». Les choses prennent plus de temps car il se présentera toujours des imprévus, des déconvenues : de l’encre qui manque dans l’imprimante, un train en retard, un coup de fil importun, des moments de fatigue et de lassitude. Ces imprévus, autant les prévenir. 


 

La nécessité d’établir des objectifs précis et limités se révèle d’autant plus importante que nombre des activités auxquelles on participe n’ont pas de volume très délimité par nature. Elles peuvent occuper un espace de temps très variable. Une même réunion de travail peut être bouclée en une heure ou en trois. Rédiger un mémoire peut prendre une semaine ou trois. Et il n’y a pas de lien étroit entre la qualité du travail accompli et le temps que l’on y a passé. Programmer, c’est donc fixer un but précis, un délai raisonnable. Le travail doit aussi être découpé en tâches intermédiaires, entrecoupé de moments de détente, de récompenses pour le travail accompli. Cette loi du découpage en séquence est essentielle.


 

La loi des 20/80


 

La seconde loi essentielle est celle des 20/80. Elle affirme que dans l’exécution d’une tâche on ne passe que 20 % du temps à faire l’essentiel du travail. Les 80 % du temps restant sont consacrés à finir la tâche. C’est comme si pour faire un long trajet en voiture (1 000 kilomètres) on faisait les 800 premiers kilomètres en deux heures et les 200 kilomètres restants en huit heures !


 

C’est pourtant comme cela qu’on travaille en général. Cela signifie que le temps vraiment efficace dans une journée de travail est très réduit. Prenez une réunion par exemple, les choses essentielles sont dites en peu de temps, tout le reste est bavardage, digressions, détentes et considérations annexes.


Mais attention : la prise de conscience de cette loi des 20/80 ne consiste pas à vouloir être efficace tout le temps pour devenir des supermen de l’organisation qui tournent à plein régime du matin au soi. Le but est d’aménager son temps pour rendre ses quelques heures vraiment productives. Voilà le secret des « trois heures de travail par jour ».


 

Cela consiste d’abord à identifier les moments où l’on carbure le mieux (pour moi le matin de bonne heure). Une fois cernés ces moments-là, il faut les sanctuariser, autrement dit réserver ce temps (et un lieu propice), pour réaliser les activités qui nous semblent les plus stratégiques. Sanctuariser un lieu et un temps, c’est imposer un « Ne pas déranger » à son entourage (et, le plus difficile, à soi-même…). Pour ma part, je rédige mes articles le matin, entre 9 et 12 heures. Auparavant, quand je devais rédiger un article, je me fixais un objectif vague (la semaine prochaine), puis, le lundi venu, je commençais par me documenter, prendre des notes ; ce travail d’exploration étant le plus facile, le plus savoureux et n’ayant pas de limites claires je me laissais entraîner dans des explorations sans fin. Puis quand je sentais venir l’inspiration ou la pression, je me mettais à la rédaction.


 

Il m’arrivait souvent de m’arrêter en cours pour vérifier une référence, faire une lecture complémentaire… Certains jours, je faisais de grosses avancées (20 000 signes !), d’autres je calais et n’arrivais pas à construire un paragraphe correct. Je remettais tout au lendemain dans l’espoir que cela irait mieux. Quand venait le temps du « dead line  », j’étais la plupart du temps en retard. Il me fallait donc boucler à tout prix, dans le stress, la fatigue (avec des journées de 12 heures), la panique (je ne vais pas y arriver !), la culpabilité.


  

Avec le temps, j’ai appris à travailler très différemment. J’ai compris que le travail préparatoire de lecture et de prise de notes demande moins de concentration et d’énergie que l’écriture. J’avais tort de lui consacrer les moments stratégiques de productivité. De même que j’avais tort de remettre le travail vraiment créatif de rédaction à la fin… Lire, se documenter, c’est déjà commencer la rédaction si on s’astreint chaque jour à faire la synthèse des idées et lectures du jour. En consacrant chaque jour, les deux ou trois heures productives à l’écriture, j’arrivais en milieu de semaine avec déjà une base solide pour la suite. J’ai donc appris à sanctuariser ce moment d’écriture qui est devenu un rite et un rythme obligatoire. Le volume de travail assigné pour ce moment est fixé d’avance et invariable : 2 000 à 3 000 signes par jour, ni plus ni moins.


J’ai mis des années pour réussir à mettre au point ce système de travail, puis le respecter. Et il m’arrive encore de décrocher. Cette séquence de travail se découpe en petites tranches d’une demi-heure (parfois simplement d’un quart d’heure quand je ne me sens pas en forme), entrecoupée de petites pauses. Il est essentiel de s’accorder des pauses et même des récompenses (encore un paragraphe fini, tu peux aller prendre un café ou te distraire sur Google actualités).


 

Le reste de la journée est consacré aux réunions, rendez-vous, textes à lire et corriger, emails à traiter, à gérer, manager, me balader sur Internet, passer du temps à la machine à café, lire des magazines, préparer une conférence, bref faire mon job avec plus ou moins de zèle. Ce sont les 80 % restants.


 

Le temps n’est pas 
de l’argent
 !

  

Travailler deux à trois heures par jour, avec rigueur et méthode, cela paraît simple et modeste. Trop facile même. C’est à la fois suffisant et très exigeant.
 La loi des 20/80 peut s’appliquer à une foule d’autres activités. Par exemple, durant une séance d’entraînement à la course à pieds, on ne fait de la « résistance » (courir à un rythme rapide) que pendant 20 % du temps, le reste de la séance étant consacré à l’endurance (un rythme plus lent et qui demande moins d’effort). Quand l’on joue d’un instrument, on a tendance à passer beaucoup de temps à rejouer les mêmes morceaux, avec les mêmes points forts et erreurs. Le temps passé à corriger ses fautes ou apprendre de nouvelles mesures est en fait très réduit. Tout l’art du temps consiste à bien se concentrer sur ces phases cruciales où l’on avance vraiment.


 

Les recettes de gestion du temps sont souvent simples à énoncer mais difficile à mettre en œuvre car elles engagent une profonde transformation dans sa façon de travailler, dans ses relations aux autres et dans les buts que l’on se fixe dans la vie. Rien n’est moins simple que de définir les vraies priorités de son existence. Repousser les dévoreurs de temps, ce n’est pas simplement se défaire de mauvaises routines ou apprendre à fermer la porte de son bureau. Car on s’aperçoit vite que le premier perturbateur, c’est soi-même. Pascal disait que le malheur de l’homme vient de la distraction et de son incapacité à rester seul chez lui face à lui-même. Passer un peu de temps chaque jour, seul, à faire avancer avec méthodes les projets qui comptent pour nous, voilà le vrai défi de l’organisation de son temps. "L’art du temps est un art de vivre".

 

Jean-François Dortier - www.scienceshumaines.com.

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 06:38

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  "La crypte freudienne n'a pas seulement eu des effets sur les psychanalyses et sur les positions théoriques de Freud. Elle poursuit son action fantomatique sur ces successeurs. Dans les milieux psychanalytiques, de pieux hommages à Freud s'accompagnent comme de son temps d'un manque d'attention scientifique suffisante et de gentillesse vis-à-vis de collègues plus proches dans le temps et dans l'espace. L’œuvre de Sandor Ferenczi a été entourée d'une haine et d'une incompréhension cinquantenaires dont les effets ne sont pas encore éteints. L'argumentation point par point d'un travail est souvent remplacée par de pures déclarations de désaccord comme s'il s'agissait de goûts et de couleurs ou par le passage sous silence. C'est dire qu'il importe de s'intéresser au travail du Fantôme dans la psychanalyse." Claude Nachin, Les fantômes de l'âme, L'Harmattan, 1993, pp. 97-98.

       

 

 

 

On peut aujourd'hui considérer que Sandor Ferenczi, qui était un analyste prestigieux, a aussi été un psychanalyste "exceptionnel". Exceptionnel dans le sens où il tient, pendant tout le temps de son engagement comme praticien et théoricien de l'analyse, une place "d'exception" puis de "marginal", tant auprès de Freud -dont il fut, tour à tour et à la fois, le disciple, le patient, l'ami et le confident-, que au sein même de la communauté psychanalytique, dont il fut l'un des membres les plus actifs et les plus novateurs : il est, de tous ses contemporains, celui qui, le premier, a indiqué les frayages et le chemin de la clinique psychanalytique moderne.

 

Cette place exceptionnelle et prestigieuse qu'il a tenue pendant plus de vingt-cinq ans (1908-1933), se mua les dernières années de sa vie, au gré des dissensions avec Freud, en place d'"exception". Du fait de ses avancées techniques (considérées comme des "pratiques transgressives"), et de certaines des élaborations théoriques qui en découlaient, Sandor Ferenczi devint, alors, une "exception" comme on dit que "c'est l'exception qui confirme la règle". Le "voile pudique", entretenu par ses collègues dans leur ensemble pendant les années qui ont suivi sa disparition, voile fait de silence par rapport à la personne, de retrait par rapport à l'oeuvre et d'oubli partiel par rapport au rôle considérable qu'il avait tenu de son vivant auprès de Freud, vint masquer la difficulté des psychanalystes de l'époque à pouvoir saisir et élaborer certaines de ses "intuitions géniales" (notamment celles qui découlaient de la prise en charge de patients considérés comme des "cas difficiles"), intuitions qui venaient remettre en question certains modes de pensée et certaines convictions métapsychologiques.

 

Il faut attendre l'écart de plusieurs générations d'analystes pour que l'on voit apparaître un "retour à Ferenczi" et un renouveau pour l'intérêt des problèmes qu'il a su, en son temps, soulever. On peut avancer qu'un certain nombre de concepts théoriques et d'idées fortes communément adoptées aujourd'hui sont un héritage direct des avancées de Ferenczi. Sans les recenser toutes, on peut, pour mémoire, citer :

 

Les sources du "trauma" comme pouvant être liées à l'économique (le "trop" ou le "pas assez", l'"excès" ou la "carence"); l'identification à l'agresseur secondaire à un fantasme traumatique de séduction; les transferts "passionnels" comme effets du clivage narcissique (psychotique), lui-même conséquence du traumatisme primaire, ce qui entraîne la création de zones du moi "clivées" et "mortes"; le clivage de la pensée et du corps (du somato-psychique); la paralysie de la pensée et de la spontanéité sous l'effet du trauma; la notion de disqualification de l'affect; la notion de personnalités "comme si", "as if" et le "faux self"; la notion d'effondrement psychique et de dépression "anaclitique", voire anobjectale; l'importance de l'amour ou de la haine primaire; la haine comme moyen de fixation plus puissant que la tendresse; l'importance de l'environnement (la mère et son fonctionnement psychique, ses capacités contenantes, etc.); l'importance des empreintes psychiques maternelles et de la psyché de la mère (le langage de la "tendresse" et de la "passion" maternelle); le rôle du "jeu" dans l'analyse; la nécessité de faire autre chose du contre-transfert qu'un obstacle ou un "transfert en contre" mais d'y voir aussi un effet psychique lié à la rencontre d'un autre psychisme et qui, de ce fait, reflète une des formes, ou un des aspects, du fonctionnement inconscient de ce dernier (identification "primaire" de l'analyste à l'"originaire" du patient); autrement dit de voir dans le contre-transfert un "outil" précieux pour l'analyste et pour la cure, et non un "obstacle".

 

Ce volume des Monographies de la Revue Française de Psychanalyse a donc pour objet, de rappeler la place très importante qui fut celle de Ferenczi dans l'Histoire du mouvement psychanalytique ainsi que de tenter de re-situer, dans l'histoire du développement des concepts, la teneur et l'importance des axes théoriques auxquels le conduisirent, entre autres, ses différentes mises en perspectives théorico-pratiques et ses tentatives de renouveau technique. En introduction à ce volume de la Monographie, il est proposé au lecteur un inédit des chapitres non publiés en français, dans les Oeuvres complètes de Ferenczi, de l'Essai élaboré en commun avec O. Rank sous le titre "Perspectives de la psychanalyse" (1924). A l'époque celui-ci provoqua des réactions très intenses comme en témoigne l'échange épistolaire entre S.Freud et K. Abraham que nous avons pensé utile de republier du fait de leur actualité, soixante-dix années après! La présentation de ce texte par Georges Pragier permet de mettre en évidence l'empreinte de Ferenczi dans cet écrit.

 

Ilse Barande montre qu'au-delà du différent, voire des désaccords, qui ont commencé à se dessiner dès cette époque entre Freud et Ferenczi, c'est surtout leur "affinité élective" qui dominera enfin de compte leur relation. L'apport théorique de Ferenczi est ici envisagé avec la contribution de Henri et de Madeleine Vermorel qui traite du "coup de maître" de Ferenczi : le concept d' Introjection. Raymond Cahn développe la question de l'implication de l'analyste dans le processus psychanalyste : du transfert au contre-transfert.

 

L'aventure technique de S. Ferenczi fait l'objet d'un texte de René Roussillon; en contrepoint Jean Guillaumin oppose une critique à propos de l'analyse transgressive et de l'analyse mutuelle. Thierry Bokanowski, dans un texte original à partir du "Journal Clinique", montre que Ferenczi a été le premier à rendre compte de l'importance, dans le travail transféro-contre- transférentiel, de la métapsychologie du couple trauma-clivage.

 

Simultanément homme de son temps et visionnaire dès sa période pré-psychanalytique, Ferenczi apporte déjà une oeuvre dont le ton nouveau est commenté par un psychanalyste d'origine hongroise, André Haynal. A travers sa propre expérience, Kathleen Kelley-Lainé, elle aussi originaire de Hongrie, évoque ici la langue maternelle de Ferenczi. La présence de Ferenczi dans la littérature psychanalytique a été rigoureusement recensée dans la bibliographie par Claude Girard.

 

Revue: www.carnetpsy.com

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 11:30

Le reportage de Raphaëlle Mantoux sur cette pathologie, et le livre de Serge Hefez, psychanalyste - Amours : Histoires des relations entre les hommes et les femmes, Fayard, 2007.

   

France-inter2

-Cliquez sur le logo pour écouter le podcast-

 

La jalousie est une émotion secondaire et représente des pensées et sentiments négatifs d'insécurité, de peur et d'anxiété concernant une perte anticipée de valeurs personnelles qu'un individu perçoit. La jalousie est un mélange d'émotions comme la colère, la tristesse, la frustration et le dégoût. La jalousie ne doit pas être confondue avec l'envie... La jalousie amoureuse est une émotion empreinte d'agressivité qui est la conséquence de la peur de perdre l'être aimé ou l'exclusivité de son amour, au profit d'une autre personne – sentiment qui peut être fondé sur l'imagination et non sur des faits. Quand elle est permanente ou excessive, la jalousie est une forme de paranoïa et est attachée à une relation « amoureuse » sur un mode possessif voire exclusif. Dans Othello ou le Maure de Venise, William Shakespeare fait décrire à Iago la jalousie comme un « monstre aux yeux verts qui produit l’aliment dont il se nourrit !». 

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 10:51

SDF, chômeur au RSA, mère célibataire au smic, couple pris dans la spirale du surendettement… La pauvreté a de multiples visages qui sont loin de s’appréhender uniquement par les revenus !

  

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« Écoutez, j’ai des cas qui sont bien plus graves que le vôtre. »


« J’ai bientôt 50 ans et je vis dans ma voiture ! »

 

La réplique de Louise Wimmer à l’assistante sociale est cinglante. Louise Wimmer, l’héroïne du film éponyme de Cyril Mennegun (2012), est femme de ménage dans un hôtel. Malgré ce travail, impossible pour elle de se loger. Elle dort à l’arrière de sa voiture, sur un parking ou une aire d’autoroute. Pour se nourrir, se laver, trouver du carburant, elle vit du système D, d’entraides, et de menus larcins. À travers ce portrait de femme dont la situation a dégringolé, C. Mennegun dépeint une misère habituellement peu visible dans sa réalité quotidienne.


 

« Dans le besoin », 
« en difficulté », « endetté »…


  

Pourtant, la pauvreté, beaucoup l’ont déjà frôlée. Que l’on ait peine à rembourser un crédit, que l’on se demande comment finir le mois avec si peu, que l’on croise un homme qui dort sous un porche ou mendie un Ticket-Restaurant, et l’on se retrouve nez à nez avec la précarité, ou son spectre. Des stéréotypes sur lesquels s’appuient à l’envi les discours politiques, tantôt pour fustiger un modèle de société qui produit des exclus, tantôt pour dénoncer la logique d’« assistanat » des politiques publiques, regrettant parfois la présence renforcée de l’État, parfois son désengagement. La pauvreté est une catégorie porteuse de stigmates. Si une majorité de personnes pensent appartenir à la classe moyenne, très peu se déclarent ouvertement pauvres. Elles sont « dans le besoin », « en difficulté », ou « endettées ». Les pauvres, se dit-on comme pour se rassurer, ce sont les autres. Ceux qui n’ont même pas le peu que nous avons.


 

Au-delà des représentations, comment mesurer objectivement la pauvreté ? Son évaluation dépend, comme toute mesure statistique, des outils que l’on utilise. En Europe et en France, le seuil de pauvreté monétaire correspond actuellement à 60 % du revenu médian. Le revenu médian étant celui qui coupe en deux parties égales la population, une moitié ayant des revenus supérieurs, l’autre moitié des revenus inférieurs, le seuil est fixé à 954 euros (pour les revenus de 2009) par mois pour une personne seule. Jusqu’en 2008, avant l’harmonisation européenne des instruments de mesure, la France établissait le seuil de pauvreté non à 60 % mais à 50 % du revenu médian.


 

Mesurer la pauvreté


  

Une différence statistique de taille puisqu’elle fait passer le seuil de pauvreté de 795 à 954 euros, et le nombre de pauvres de 4,4 à 8,2 millions de Français. Le directeur de l’Observatoire des inégalités, Louis Maurin, est critique envers le seuil de pauvreté établi à 60 % du revenu médian. Pour lui, « cette conception extensive de la pauvreté est lourde d’effets pervers. (…) On incorpore dans la pauvreté des situations sociales très diversifiées, qui vont de ce que l’on appelait il y a quelques années le “quart-monde” aux milieux sociaux très modestes ».


 

D’autres modes de calcul permettent de mesurer le seuil de pauvreté de manière différente. Aux États-Unis, par exemple, l’indicateur de pauvreté est construit non pas relativement aux inégalités de revenus, mais de manière absolue sur la base d’un panier de biens et de services (logement, vêtements, nourriture, etc.) auquel chacun devrait avoir accès. Le gouvernement français utilise quant à lui un troisième outil pour calculer la pauvreté : le seuil de pauvreté ancré dans le temps. Basé sur le seuil de pauvreté à 60 % du revenu médian d’une année donnée (par exemple 2006), le seuil de pauvreté est ensuite réactualisé d’année en année par rapport au seul taux d’inflation. Un calcul qui permet d’établir le seuil de pauvreté non plus à 954 euros mais à 915 euros et de réduire le nombre de pauvres, au regard de l’objectif gouvernemental de « réduction d’un tiers en cinq ans de la pauvreté ». Des batailles de chiffres qui ne tiennent pas compte des populations à risque, ceux qui ne sont pas précaires au vu des seuils, mais pourraient le devenir au moindre changement de situation : deuil, divorce, perte d’emploi ou maladie.


 

Les statistiques de la pauvreté cachent une pluralité de situations. Johanna a 29 ans. Ouvrière à la chaîne dans le Nord-Pas-de-Calais, elle élève seule sa petite fille de 6 ans. À la journaliste Catherine Herszberg, elle raconte : « Ça fait huit ans que je suis à l’usine. Avec les primes d’ancienneté, je me fais 1 300 euros ; qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse avec 1 300 euros une fois qu’on a payé le loyer, les crédits – tout le monde a des crédits –, la nourriture, la cantine, les habits de l’enfant, la facture d’eau, la facture de gaz, la mutuelle, les assurances ? Il reste rien. Je pars pas en vacances, je peux pas . »

 

Avec 1 300 euros, Johanna se situe légèrement au-dessus du seuil de pauvreté (à 1 240 euros pour une famille monoparentale avec un enfant). Comme elle perçoit une pension alimentaire de 50 euros, elle ne peut pas prétendre au revenu de solidarité active (RSA)* qui remplace, depuis 2009, l’allocation parent isolé. Les familles monoparentales, composées à 85 % de mères célibataires, sont très fragiles. Un seul salaire, un emploi parfois à mi-temps et des charges incompressibles conduisent une famille monoparentale sur trois à vivre dans la pauvreté. 


 

Christine, 54 ans, vit seule. Lorsque son mari décide de divorcer, elle doit « continuer à rembourser le prêt (de leur maison). Aux mêmes conditions, mais seule.  » Elle contracte un premier crédit à la consommation pour l’aider à terminer les fins de mois. Puis un deuxième pour rembourser le premier. Et un troisième pour remplacer sa voiture tombée en panne. « Je gagne 2 000 euros par mois, explique-t-elle. Une fois que j’ai remboursé mes mensualités pour les crédits, il me reste 100 euros pour l’essence, l’électricité, l’assurance et de quoi manger. Quand j’ai pris un quatrième crédit, on me l’a donné les yeux fermés, alors que je ne m’en sortais déjà plus. » Propriétaire d’une maison estimée à 430 000 euros, elle se refuse à la vendre pour rembourser ses dettes. «  Je rembourse cette maison depuis vingt ans, ce n’est pas pour tout laisser tomber. Cette maison, c’est la seule chose qui me tient debout. Tout ce que je veux, c’est la garder. »

 

L’argent de la vente de sa maison ne parviendrait d’ailleurs qu’à rembourser les dettes de Christine, et la laisserait sans toit. Le travail ou la propriété d’un bien immobilier, considérés autrefois comme les signes d’appartenance à la classe moyenne, ne font plus nécessairement rempart contre la pauvreté. Dans les années 1990, on voit apparaître le concept de « travailleur pauvre ». Les salaires trop bas, les temps partiels répandus font des travailleurs des individus menacés. Et lorsqu’un seul membre pourvoit à l’essentiel des revenus, la famille risque à tout moment de basculer dans la précarité.


 

« Heureusement que Coluche a créé les Restos du cœur »


  

Entre une mère célibataire qui gagne le smic, un chômeur au RSA et un sans domicile fixe, peu de traits communs sinon la difficulté de profiter de ce que l’économiste Amartya Sen appelle les « capabilités » . L’individu est considéré comme pauvre, selon A. Sen, dès lors qu’il est dépourvu de la possibilité d’accéder à certains biens ou services. Si un faible revenu constitue un obstacle majeur à la liberté (de consommer, de sortir, de prendre des vacances, de se soigner), il n’est cependant pas le seul. Le handicap, la maladie, l’absence de diplôme ou de lien social constituent d’autres limitations aux capabilités, d’autres signes de pauvreté. La théorie d’A. Sen permet ainsi de prendre en compte la diversité des causes de l’inégalité des individus dans les situations de pauvreté. Il ne suffit pas qu’un individu possède ce que le philosophe John Rawls nomme les « biens premiers » (un certain revenu, la liberté d’expression, les bases sociales du respect de soi, etc.) si, à cause de son caractère, de son état de santé, ou de son éducation, il n’est pas capable de jouir de ces biens comme tout un chacun.


 

Difficile donc de lutter efficacement contre la pauvreté sans prendre en considération cette multiplicité de facteurs. Le RSA, en vigueur depuis 2009 (en lieu et place du RMI), tente de remédier à la fois à la situation des chômeurs et des travailleurs pauvres. Le RSA « activité » apporte en effet aux travailleurs un complément de revenu, explique le sociologue Nicolas Duvoux, « destiné à accroître la différence entre ce qu’ils touchent par leur travail et ce qu’ils toucheraient avec la seule assistance  ». Une manière, selon lui, de favoriser le « développement des inégalités sociales, promues comme un moteur de l’activité individuelle et de l’émulation sociale ». Le recours au seul RSA « socle » (ancien RMI) est souvent considéré comme dégradant par les allocataires. Ceux-ci sont alors entachés du soupçon d’être des « assistés » qui tirent profit de leur statut, préférant l’oisiveté au travail. Un soupçon aux effets délétères sur la cohésion sociale.

 

Les associations caritatives, comme le Secours populaire ou les Restos du cœur, ont, quant à elles, pris une importance telle qu’elles ne sont plus seulement une solution d’urgence mais occupent une place structurelle laissée vacante par des politiques publiques insuffisantes. « Il suffit de peu de chose pour tomber, assure Pierre-Marie, agriculteur âgé de 45 ans. (…) Maintenant j’ai l’impression que c’est chacun pour sa peau. Heureusement que Coluche a créé ces fameux Restos du cœur. Moi, j’y viens pour la quatrième année consécutive . »

 

-Article de Céline Bagault- www.scienceshumaines.com-

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 10:41

Pour commencer cette deuxième semaine de révision du bac philo, Adèle Van Reeth a rencontré Olivier Verdun et ses élèves au Lycée Félix Le Dantec de Lannion, pour traiter du sujet : "Suffit-il d'expliquer le corps pour comprendre l'esprit?"

 

L'importance de la psychanalyse et comment la psychanalyse envisage le rapport corps-esprit: cliquez à la 45ème minute de l'émission pour écouter cette dissertation pertinente:

   France-Culture

-Cliquez sur le logo pour écouter l'émission-

 

  Adèle Van Reeth et Olivier Verdun ©Radio France
  

Plan :

I) De l'homme-machine à l'homme-neuronal. Et inversement.

  

Idée directrice : il suffit d'expliquer le corps pour comprendre l'esprit car l'esprit n'est qu'une propriété de la matière. Cette option matérialiste forte conduit soit à éliminer du vocabulaire philosophique et scientifique le mot «esprit», soit à faire de l'esprit un épiphénomène des processus neuronaux. On aboutit alors à une naturalisation de l'homme, de la pensée, de la subjectivité dont il convient de mesurer les enjeux.

 

A) Déterminisme physique et déterminisme psychique

  1. 1. Le paradigme de l'explication scientifique
  2. 2. Le modèle mécaniste (Descartes)
  3. 3. Une physique du désir, la psychanalyse (Freud)

B) L'âme matérielle : des atomes aux neurones

 

1. Les neurosciences : le cerveau pense

2. L'atomisme antique (Lucrèce)

 

C) La naturalisation de la pensée et de la subjectivité

  1. 1. L'écueil naturaliste et positiviste
  2. 2. Le rêve d'un homme naturel et transparent

 

Transition :

Que l'esprit n'existe pas sans cerveau et qu'il soit le résultat d'un processus évolutif naturel, que les sciences naturelles contribuent, et contribueront encore plus demain, à notre connaissance de ce qu’est l'esprit, est-ce à dire que le corps humain produit sa pensée ? Les phénomènes mentaux n'ont-ils pas leur niveau d'organisation et leur causalité propre, même s'ils sont incompréhensibles en dehors d'un substrat matériel ?

 

II) Le corps spirituel

  

Idée directrice : on peut plus facilement comprendre (comprendre, étymologiquement, c'est «prendre avec») le corps par l'esprit que l'inverse. Le corps présuppose l'activité de l'esprit. La matière est d’abord une production de l'esprit qui confère aux objets le statut de réalité intelligible. La matière est, en ce sens, éminemment spirituelle.

 

A) L'esprit, entéléchie du corps

  1. 1. L'immatérialité de l'âme (Lucrèce derechef)
  2. 2. De la puissance à l'acte (Aristote)

B) Le corps, chef-d'œuvre de l'esprit

  1. 1. L'esprit sublime le corps (Alain)
  2. 2. La perception comme intellection de l'esprit (Descartes derechef)

3. L'énergie spirituelle (Bergson)

 

C) Le corps pensant

  1. 1. Le corps et l'esprit, une seule et même chose
  2. 2. Vers un matérialisme faible

 

Transition : Il ne suffit donc pas d'expliquer le corps pour comprendre l'esprit : sans l'esprit, le corps n'est qu'une matière inerte, indéterminée, impensable. Les événements mentaux sont déterminés par les événements physiques, mais dans un sens large et très approximatif. L'esprit, irréductible à son fonctionnement, est le mouvement d'une subjectivité qui, dans l'extériorité de la matière, tente de de se ressaisir. La pensée jouit ainsi d'une autonomie par rapport au corps eu égard à son pouvoir de réflexivité. Comment alors comprendre l'esprit sans pour autant renoncer à l'expliquer ou à le connaître ?

 

III)   Expliquer plus pour comprendre mieux

 

Idée directrice : la question se pose maintenant de savoir de quel genre de connaissance relève l'esprit. Savoir objectif et compréhension subjective ne sauraient être confondus, même si compréhension vécue et explication objective peuvent être coordonnées.

 

A) Connaissance objective et connaissance subjective

  1. 1. Causalité et motivation
  2. 2. Une herméneutique de l'esprit

B) L'intentionnalité

  1. 1. L'expérience vécue et le sens
  2. 2. Intentionnalité et liberté

C) Causalité psychique et subjectivité : la psychanalyse derechef

 

1. Le déterminisme psychique

2. La preuve par la parole


Bibliographie :

- Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, chapitre 1 et 2 notamment
- Descartes, Méditations métaphysiques, 2ème méditation : le modèle dualiste
- Lucrèce, De la nature III

- Aristote, De l'âme II
- Descartes, Dioptrique, "Vision"
- Bergson, L'énergie spirituelle, "L'âme et le corps"

- Wilhem Dilthey, Introduction aux sciences de l'esprit
- Max Weber, La Sociologie compréhensive
- Freud, Oeuvres complètes : psychanalyse

  

Lecture des textes : Georges Claisse

Réalisation : Mydia Portis-Guérin

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