30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 10:58

Une situation apocalyptique déjà dénoncée par le docteur Olivier-Koehret dans son ouvrage "La santé aux urgences" rédigé en 2008 - Lien: www.psy-luxeuil.fr/article-la-sante-aux-urgences -  Cinq ans plus tard, la situation dégénère !

 

Sante-aux-urgences

 

En 2007, plus de 15 millions de personnes ont été admises dans l’un des 625 services d’urgences de France. Une fréquentation qui a doublé ces quinze dernières années… et qui se traduit par 4 heures d’attente en moyenne avant une prise en charge.

 

Les urgences sont-elles devenues des services de consultations non programmées ? Pour mieux comprendre ce qui se joue du côté des patients et du côté des équipes médicales, les journalistes d’Etat de santé sont partis 24 heures en immersion aux urgences du CHU de Rouen. Et pour voir comment désengorger les urgences : focus sur les maisons médicales de garde en France et en Belgique où l’option de la sanction financière a été choisie.

 

Autour de ces questions, Elizabeth Martichoux recevra Pierre Carli, directeur du Samu de Paris et Président du tout récemment créé Conseil National de l’Urgence hospitalière.

    

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 17:40

Habitude et audience aidant, depuis dix ans France Culture impose dans sa grille d’été les conférences de l’université populaire de Caen. Michel Onfray s’y est taillé avec brutalité un franc succès, en exhumant des figures mineures de la pensée et en contestant l’institution qui les avait "soit-disant" oubliées ou enterrées pendant des siècles.

  

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Aujourd'hui, Michel Onfray et son compagnon Didier Pleux, ne représentent absolument plus la fédération des Universités populaires de France, qui de leur côté, ont suivi la voie de l'ouverture et de l'intégration de toutes les disciplines.

   

Michel Vignard, producteur à France culture: Le problème est que, n’ayant jamais fait pour son compte œuvre scientifique, jamais porté au jour un seul de ces penseurs, jamais traduit ou édité leurs livres, il doit se contenter d’en parler à partir des travaux irremplaçables de ces universitaires qu’il fustige tant par ailleurs. Passons sur la contradiction ou l’imposture, comme on voudra dire, et venons-en à son style tout droit sorti de la Troisième République des lettres. Une bonne dose de biographie dans l’esprit de Gustave Lanson, de l’aimable paraphrase, ça ne mange pas de pain et ça apprend toujours quelque chose, des citations répétées pour permettre aux auditeurs d’en identifier l’importance et les noter sans faute. Une parole magistrale, des applaudissements en fin de cours, pas de quoi renverser la table.

 

Il n’en va pas de même depuis le séminaire sur Freud diffusé la saison 2010-2011. Changement d’orientation, Michel Onfray ne ressuscite plus, il enterre ! "Sa thèse principale consiste à faire de la psychanalyse la science de Freud en personne, accusant sans répit vingt-cinq séances durant l’auteur de l’Interprétation du rêve d’avoir capté à son profit la substance et la gloire de la psychanalyse, sans compter les griefs annexes de terrorisme ou d’adultère". Un livre paru à la même époque, Rêver avec Freud, signé par Andreas Mayer et la regrettée Lydia Marinelli (Aubier, 2009), fait la litière de cette thèse. Dans ce volume, sous-titré l’Histoire collective de l’Interprétation du rêve, les auteurs, comparant les huit éditions du texte, de 1899 à 1930, montrent «une interactivité permanente entre l’auteur Sigmund Freud et son public de disciples, de critiques, de collègues et de patients». Ainsi est mis un grand bémol à «l’image héroïque de l’auto-analyse» complaisamment véhiculée depuis la biographie d’Ernest Jones, et reprise sans distance par Michel Onfray.

 

Ce seul exemple suffit à mettre en évidence tout à la fois l’approche vieillotte, la bibliographie datée et le manichéisme de l’apôtre de Caen. Mais notre redresseur de torts ne s’en est pas tenu là, un nouveau cap semble avoir été franchi avec la saison qui s’achève, consacrée aux «réfractaires», George Politzer, Paul Nizan ou encore Albert Camus. Il exhibe face à eux des figures académiques qui concentrent ses foudres. Ainsi, se réfugiant derrière la parole de Politzer, il n’hésite pas à parler de «Bergson comme source du fascisme». Qui, reprenant le discours raciste de Hegel sur l’homme noir, aurait la mauvaise idée de s’effacer derrière l’autorité du philosophe de Iéna. Ne pas dire qu’un philosophe aussi a des opinions, et ne pas leur appliquer la critique qu’elles exigent est un péché contre l’esprit. Et quel est le sens de cette contre-philosophie «de classe» qui cite cette fois l’autorité de Bourdieu pour faire pencher la balance du côté du prolétaire Camus au détriment du bourgeois Sartre ? Et on ne parlera pas du flou systématique sur la chronologie, qui n’est pas sans valeur en histoire, ni de quelques erreurs factuelles comme à propos de Heidegger, qui n’a pas consacré sa thèse de doctorat à Jean Scot Erigène mais bien à Jean Duns Scot, le «docteur subtil».

 

"L’ultime séance hebdomadaire du séminaire est consacrée aux questions de la salle, c’est la goutte qui fait déborder le vase !" Rien pour contredire, discuter, relativiser, préciser. Partout et toujours la même révérence envers la parole du maître, c’est ce qui fait dire que la philosophie est trahie. Et avec elle la mission d’une chaîne comme France Culture. Au fil des saisons, l’université populaire de Caen s’est transformée en grand-messe et le philosophe, plus soucieux de bien et de mal que de vérité, a pris les travers fâcheux d’un gourou. Les époques en crise en quête de valeurs plébiscitent le simplisme, c’est regrettable mais guère surprenant. Mais comment accepter que chaque été une antenne publique ouvre à Michel Onfray, sans contrepartie aucune, pareille tribune officielle ? Au nom du public et de l’esprit, de toute évidence, cela ne peut plus se prolonger sans débat.

 

"Texte de Michel Vignard, professeur de philosophie, écrivain, critique au magazine Art press, producteur délégué à France Culture."
  

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 11:40

"Le développement frénétique" des fast-foods - toutes marques confondues - s’inscrit dans un contexte historique et social, celui de l’urbanisation et de l’uniformisation de nos habitudes. Mais il révèle en même temps notre manque de liberté, une conduite addictive, une régression dans la recherche de plaisirs immédiats et une violence infligée aux animaux.

 

LA PERTE DES SAVOIRS VIVRE

 

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Le respect de soi et d'autrui, la conduite à tenir en société, ainsi qu'un langage tenu sont autant de techniques de soi que l'on apprend lors des repas, véritables piliers de la socialisation humaine. Les fast-foods contribuent largement à détruire ces acquis construits depuis l'aube des civilisations. Le résultat se traduit par une décharge des pulsions et une boulimie alimentaire, ou les individus se désintéressent totalement du "bien-être en commun" pour se jeter sur la nourriture tel des animaux affamés !

 

Le dialogue entre les générations s'amenuise au profit d'émissions sonores primitives. La richesse du langage, la qualité d'écoute, l'attrait des échanges, la fierté du contrôle de soi et de ses instincts... Bref, tout ce qui fait de nous des êtres cultivés et disciplinés tant à disparaître au profit d'une masse non constructive, aisément manipulable par les industries du marketing.

 

La malbouffe, accompagnée par les instruments de captation de la libido (fonction psychique favorisant la mise en réserve des pulsions afin de les socialiser, voire de les sublimer), tel que les technologies numériques non maîtrisées (smart phone, télévision), sont les armes de destructions massives qui gangrènent notre société et la prive de toute dimension d'avenir.

 

DE LA SANTE PUBLIQUE A LA PSYCHIATRIE

 

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Dans nos sociétés modernes désacralisées, l’alimentation est à la fois au coeur des problèmes socioculturels et de santé publique. Le paradoxe est que la première cause de mortalité aux Etats-Unis est celle des maladies cardio-vasculaires alors que l’on meure encore trop de famine à travers le reste du monde: les habitants du nord sont en danger mortel du fait de leur surconsommation d’aliments alors que la famine existe encore dans le tiers-monde.

 

Mais cette suralimentation n’est le plus souvent pas diététique : sans revenir aux divers problèmes liés à la vache folle, au poulet à la dioxine, au boeuf aux hormones et aux OGM qui se poseront à l’avenir à tous les fast-food et aux supermarchés, on peut dire que le hamburger, devenu le symbole de la restauration rapide, ne remplacera jamais un repas équilibré. Prenons l’exemple du célèbre Bic mac (pain, boeuf, sauce type mayonnaise, fromage oignon et cornichon) qui pèse 211g pour 242 kcal et contient 46 % de glucides, 27 % de protides et 27 % de lipides : la part de sucres simple est trop forte par rapport aux protéines et il est déficient en minéraux, vitamines, fibres et sucres complexes.

 

 

De même nous savons que certaines huiles de fritures (les graisses végétales hydrogénées solidifiées), utilisées par Mac Donalds par exemple, sont aujourd’hui considérées mauvaises pour la santé par de nombreux nutritionnistes car chauffées et réchauffées, elles engendrent des acides gras trans préjudiciables au plan cardio-vasculaire et donc responsables de maladies extrêmement graves.

 

Il a donc fallu cette urgence de santé publique pour que l’on prenne conscience de ce phénomène de pathologie collective qu’engendre la mauvaise alimentation. Nous n’accuserons pas directement les directeurs, franchisés et autres managers d’hypermarchés et de « restaurants » car nous avons tous notre part de responsabilité : en effet ces derniers ne font qu’exploiter consciemment et pécuniairement notre attitude régressive et celles de millions d’individus à travers le monde et le problème devient presque psychiatrique. D’ailleurs, d’après Pierre André, le bic mac n’est-il pas d’une certaine façon un « équivalent masturbatoire » ?

 

MALBOUFFE, INERTIE ET DEPRESSION

 

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Les personnes qui ont une alimentation comprenant beaucoup d'aliments transformés et riches en gras auraient un risque plus élevé de dépression, selon une étude britannique publiée dans le British Journal of Psychiatry. Celles qui ont une alimentation qui s'approche du régime méditerranéen (incluant légumineuses, fruits, légumes, noix, céréales, poisson et huile d'olive) ont 30% moins de risque.

Des chercheurs de l'Université College London ont mené cette étude avec 3486 fonctionnaires britanniques âgés en moyenne de 55 ans. Ceux qui rapportaient des symptômes de dépression étaient plus susceptibles de consommer beaucoup de desserts sucrés, fritures, viandes transformées, grains raffinés (pain blanc) et produits laitiers riches en gras. Ceux dont l'alimentation était la plus industrielle (aliments transformés, plats préparés) avaient un risque de dépression 58% plus élevé.

Ces associations entre alimentation et dépression demeuraient présentes, même quand les données étaient ajustées pour tenir compte d'autres indicateurs d'un mode de vie sain tels que l'absence de tabagisme, l'activité physique et un poids santé.

"Nos résultats suggèrent que la consommation de fruits, légumes et poissons peut offrir une protection contre l'apparition de symptômes de dépression", dit Tasnime Akbaraly, coauteure. Des études précédentes ont déjà suggéré que des niveaux élevés d'antioxydants, se trouvant dans les fruits et les légumes pourraient protéger contre la dépression, dit-elle. Les folates (vitamine B9) peuvent avoir le même effet. Ils se retrouvent en grande quantité dans les légumes tels que le brocoli, le chou et les épinards, ainsi que dans les lentilles et les pois chiches. Elle fait aussi l'hypothèse que le poisson pourrait protéger contre la dépression à cause de leurs niveaux élevés de gras polyinsaturés qui constituent une composante importante des membranes des cellules nerveuses du cerveau.

Les aliments transformés pourraient être associés à un risque plus élevé de dépression parce qu'ils sont associés à un risque plus élevé de maladie coronarienne et d'inflammation, qui sont connues pour être impliquées dans le développement de la dépression, dit Archana Singh-Manoux, également coauteure.

Bien que les chercheurs ne peuvent totalement exclure la possibilité que le lien constaté entre dépression et alimentation puisse s'expliquer par le fait que les personnes en dépression mangeraient moins sainement, ils croient que c'est improbable parce qu'il n'y avait pas d'association entre l'alimentation et un diagnostic antérieur de dépression.

Il n'est pas exclu par ailleurs que ces résultats puissent être expliqués par un facteur de mode de vie régressif expliqué ci-dessus.

 

Sources:

http://laneutralitenexistepas.over-blog.com/pages/Mac_Donalds_ou_la_pollution_facile_-1425047.html

http://miron.cusa.free.fr/antimacdo.htm#SANTE

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/08/23/miam-scenes-dhorreur-dans-un-abattoir-fournissant-mcdonalds/#xtor=RSS-32280322

http://www.psychomedia.qc.ca/depression/2009-11-02/une-mauvaise-alimentation-augmenterait-le-risque-de-depression

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 12:04
"De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque la violence juvénile ? D’agressivité, d’incivilités, de transgressions, de vols, de crimes ? L’amalgame est révélateur d’une sensibilité croissante à des comportements dont l’explication reste toujours énigmatique…"
   
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La violence fascine autant qu’elle angoisse. C’est peut-être même là que réside toute son ambiguïté et la difficulté à la penser, a fortiori chez les enfants et les adolescents. Ces jeunes qualifiés de « violents » sont-ils des petits criminels en puissance qui nous menacent et menacent l’ordre social ? Y a-t-il un chemin inéluctable qui conduirait certains bambins agités à la délinquance violente, du berceau à la prison ? Des hordes sauvages risquent-elles de s’attaquer aux populations d’adultes bien tranquilles ? Les jeunes seraient-ils plus violents aujourd’hui que par le passé ? Et si le spectre de la violence plane sur les sociétés contemporaines, existe-t-il des moyens de la prédire et de la prévenir ?

 

Sur toutes ces questions et bien d’autres que sous-tendent peurs et fantasmes, les psychologues, psychanalystes, sociologues, anthropologues, historiens et philosophes se querellent. La violence des débats, issus de la confrontation et de la contradiction entre différentes recherches qui se veulent toutes scientifiques – tout en déniant souvent cette caractéristique au camp adverse – est même à l’image du sujet qu’elles brassent. Leurs auteurs n’échappent pas aux caractéristiques de leur objet d’étude, même lorsqu’ils tentent de le désamorcer !

 

Mais en fait, qu’entend-on par « violence de la petite enfance », « violence scolaire », « violence adolescente », « violences urbaines » ? Que recouvrent ces vocables passés dans le langage courant et sans cesse ressassés dans les discours médiatiques et politiques ? Parle-t-on d’un bambin de maternelle qui a mordu son voisin ou de celui qui manifeste une agressivité incessante envers son entourage ? D’une bagarre de cour de récréation ou d’un collégien qui a sorti un couteau de son sac pour agresser son prof ? D’insultes ou de crachats à l’encontre d’un adulte, d’un vol de téléphone portable ou de viol organisé, d’activités maffieuses ou de guerre de bandes ?

Peut-on regrouper dans la même catégorie des manifestations enfantines d’agressivité, des incivilités et des petites transgressions de l’adolescence, avec des actes plus graves qui s’apparentent à des pratiques criminelles ? Même si, aux yeux de certains, il existerait un continuum entre ces diverses manifestations, entre la violence verbale, sexuelle, criminelle, de l’enfance à l’âge adulte, c’est plutôt un bel amalgame qui se retrouve réuni sous un terme générique.

 

Une sensibilité accrue

 

Historiens et anthropologues nous rappellent combien la perception de la violence peut varier selon les lieux et les époques. Ainsi Robert Muchembled, dans son Histoire de la violence (1), montre que la violence juvénile, les rixes entre bandes rivales étaient monnaie courante du Moyen Âge au XVIIIe siècle.

 

Réunis dans ce que l’on appelait « les royaumes de jeunesse », les jeunes garçons, dès l’âge de la puberté, se regroupaient les jours de fête et après le travail pour se livrer à des rixes entre groupes rivaux : bagarres au poignard ou à l’épée pouvant aboutir à des meurtres, viols collectifs étaient, aux yeux des autorités de l’époque, des activités banales des jeunes hommes à marier. C’est à partir du siècle des Lumières que se sont mis en place des mécanismes visant à encadrer les pulsions violentes (chez les jeunes gens notamment avec l’armée) jusqu’à ce que la violence sanguinaire entre individus, après les deux guerres mondiales du XXe siècle, devienne un tabou absolu. À l’échelon historique, donc, nous assistons à un recul spectaculaire des violences dans les sociétés occidentales. « Fait inouï depuis des siècles, l’écrasante majorité des jeunes Européens de la seconde moitié du XXe siècle n’a jamais supprimé ni blessé un être humain, d’autant que la guerre a disparu du cœur du continent », signale encore l’historien. Les accidents de la route et les suicides éliminent bien davantage d’adolescents…

 

De son côté, note le philosophe Yves Michaud, « il y a des situations de violence qui semblent presque normales pour les Irakiens ou en Afghanistan alors que pour nous, elles seraient intolérables », soulignant ainsi combien la sensibilité à ce qui est perçu comme acte violent peut être variable (2). Il est certain que dans les démocraties contemporaines, si « la violence physique est devenue résiduelle affirme encore R. Muchembled, les dernières décennies ont vu se développer une sensibilité sécuritaire, une peur collective croissante des atteintes aux personnes, dramatisée par des médias avides de sensationnel ».

 

Les sociologues spécialistes de la délinquance, tels Gérard Mauger ou Laurent Mucchielli (3), rappellent que les « Apaches » du début du XXe siècle, ou même les « blousons noirs » des années 1950 et 1960, se livraient à des pratiques autrement plus violentes que les jeunes des cités d’aujourd’hui. Et comme le montre Bertrand Rothé, le jeune Aubrac, héros de La Guerre des boutons, serait aujourd’hui passible d’emprisonnement… 

 

Extension du domaine de la violence

 

Paradoxe de nos sociétés pacifiées, alors que la violence est à ses taux les plus bas à l’échelle du temps long, la sensibilité à la violence n’a cessé de croître, faisant qu’aujourd’hui on la traque dès la petite enfance ; la « violence scolaire » est une expression forgée depuis deux décennies qui englobe tout autant les incivilités et les manifestations d’indiscipline que des actes plus brutaux ; quant à ce que l’on nomme aujourd’hui les « violences urbaines », certains sociologues vont jusqu’à refuser l’emploi d’une sorte de mot-valise, englobant des réalités par trop diverses.

 

Ainsi pour le sociologue L. Mucchielli, qui ferraille sur tous les fronts contre ces usages abusifs d’une terminologie stigmatisante, propre à nourrir un discours raciste et sécuritaire dirigé contre les jeunes des banlieues majoritairement issus de l’immigration, la « violence des mineurs » n’est rien d’autre qu’une « construction sociale, médiatique et politique » (4).

 

Mais les explications d’ordre culturel sont-elles suffisantes ? Certes, tous les sociologues et de nombreux psychologues mettent en avant la responsabilité des inégalités économiques et sociales, le rôle de l’échec scolaire et de l’exclusion, des injustices, des carences éducatives et parentales, pour expliquer les phénomènes de violence. R. Muchembled voit dans la délinquance des adolescents, qui ressurgit par vagues, un « dérèglement du pacte entre les générations », lorsque l’entrée dans la vie active, notamment dans les périodes de crise économique et de chômage, devient trop difficile pour les jeunes. Et toutes les études montrent que les programmes éducatifs menés contre la violence juvénile peuvent la faire reculer.

 

Néanmoins, certains criminologues, comme en France le très controversé Alain Bauer (5), n’hésitent pas à évoquer « la dimension biologique » de la délinquance, produit de « jeunes mâles » dont le taux de testostérone dû à la puberté expliquerait les comportements violents. « L’être humain n’est pas un animal tendre », affirme de son côté Yves Michaud qui parle « d’apprivoiser la violence ». Le psychologue canadien Richard Tremblay affirme quant à lui que « tous les enfants utilisent l’agression physique au début de leur vie ». Tout en montrant l’importance de la socialisation et de l’environnement dans la diminution des conduites violentes, «  il suffit qu’on se retrouve dans un environnement qui permet la violence, qui la sollicite, la soutient ou l’exige, et notre réflexe d’agression physique réapparaît. Les comportements d’agression sont des conduites extrêmement résilientes », ajoute-t-il.

 

Alors, l’être humain – et particulièrement les mâles - serait-il animé de pulsions prédatrices qui en feraient par nature un animal violent ? La violence est-elle une affaire d’instinct ou de culture (6) ? La voilà, la question qui sous-tend les controverses passionnées. La violence est au cœur du vieux débat nature-culture et a suscité, depuis l’Antiquité, des théories nombreuses et contradictoires .


Et même si aujourd’hui, de nombreux modèles explicatifs proposent de combiner les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux pour prédire et faire reculer la violence, ces modèles relèvent plus du compromis et laissent souvent un parfum d’insatisfaction, d’incertitude et d’inquiétude. La violence demeure, selon l’expression de R. Muchembled, une «insondable énigme».

 

NOTES :

(1) Robert Muchembled, Une histoire de la violence du Moyen Âge à nos jours, Seuil, 2008.
(2) Rencontre avec Yves Michaud, « L’Être humain n’est pas un animal tendre », Sciences Humaines, Hors-série n° 47 « Violences », décembre 2004.
(3) Gérard Mauger, La Sociologie de la délinquance juvénile, La Découverte, 2009 ;
Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli (dir.), Les Bandes de jeunes, des « blousons noirs » à nos jours, La Découverte, 2007.
(4) Laurent Mucchielli, Véronique Le Goaziou, La Violence des jeunes en question, Champ social, 2009.
(5) Alain Bauer et Xavier Raufer, Violences et insécurité urbaines, Puf, « Que sais-je ? », 2005.
(6) Voir Jean-François Dortier, « Sommes-nous des brutes ? Violence et nature humaine », in Les Mécanismes de la violence, éditions Sciences Humaines, 2006.

 

Martine Fournier pour www.scienceshumaines.com

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 10:49

Biographie et oeuvre de Bernays, le neveu de Freud, qui détourna les principes de la psychanalyse au profit du marketing ! Tout psychanalyste "pharmacologue" se doit de prendre connaissance de ces méthodes de détournement.. au profit de sombres desseins mercantiles.

 

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Edward Bernays est né en 1891 à Vienne et il est mort en 1995 à Boston. 103 années d’une vie fructueuse. Une vie consacrée à l’une des tâches majeures de notre siècle : celle qui consista à pervertir les democraties pour faire plier les volontés des masses aux desseins des élites, en toute non-violence. Edward Bernays était le neveu de sigmund Freud et il a su exploiter les avancées apportées par son oncle, ainsi que le rayonnement scientifique de ce dernier dans le domaine de la connaissance de l’irrationnalité, à des fins économiques idéologiques et politiques.

 

Sa discrétion dans notre paysage culturel actuel est inversement proportionnelle à l’ampleur de sa tâche. Même dans les agences de pub ou dans les services de relations publiques, son nom est presque inconnu, tout du moins en France. Il faut dire qu’il était un fervent partisan d’une « gouvernance de l’ombre » et ses écrits ne tarissent pas sur ce sujet. « créer du besoin, du désir et créer du dégoût pour tout ce qui est vieux et démodé » fut un de ses leitmotiv. « Fabriquer du consentement », « cristalliser les opinions publiques » furent les titres de 2 de ses oeuvres écrites (une quinzaine en tout). « Dompter cette grande bête hagarde qui s’appelle le peuple ; qui ne veut ni ne peut se mêler des affaires publiques et à laquelle il faut fournir une illusion » en furent d’autres.

  

  220px-Edward_Bernays.jpgAyant étudié la science de son tonton (la psychanalyse), et ayant été en contact régulier avec ce dernier, puis avec sa fille, Bernays va, par la mise en pratique de tels enseignements, passer maître dans l’art de manipuler l’opinion dans un environnement démocratique et « libre », que ce soit à des fins politiques ou publicitaires. Bernays est considéré à ce jour comme l’un des pères de l’industrie des relations publiques et comme le père de ce que les Américains nomment le « spin », c’est-à-dire la manipulation - des nouvelles, des médias, de l’opinion - ainsi que la pratique systématique et à large échelle de l’interprétation et de la présentation partisane des faits. Bernays va faire fumer les femmes américaines, Bernays va démultiplier les ventes de pianos ou de savons, Bernays va contribuer à faire basculer l’opinion publique américaine vers la guerre en 1917, et bien d’autres choses encore que je vais vous conter dans cet article.

 

Le titre de son livre le plus célèbre ? « Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie ». Tout un programme. Toute une idéeologie qui va d’abord être accueillie avec scepticisme par les oligarques et les politiques, puis utilisée à tort et à travers, dès les premiers succès, et ce jusqu’à notre époque contemporaine qui en fait l’apologie. À l’heure ou les débats pro et anti « conspiration » font rage sur les événements majeurs de notre période contemporaine, une petite mise au point historique sur la naissance et l’évolution de ce que nous appelons en France les « relations publiques » ou encore la « com » s’impose.

 

LA PUCE À L’OREILLE

  
Au début du siècle, étudiant en agriculture, fils d’un marchand de grains très prospère, Bernays s’ennuie et décide de se lancer dans le journalisme. Il rencontre à New York un ami qui a hérité de 2 revues scientifiques et qui a des difficultés dans ses prises de décisions quant à l’orientation de ces revues.
Au même moment, en ville, une pièce de théâtre dont le sujet est très tabou est en train de se mettre sur pied. Cette pièce décrit l’histoire d’un homme qui a la syphilis et qui le cache à sa future femme. Ils ont un enfant qui naît malade. Bref, une sujet très délicat pour l’époque.


Bernays teste alors une méthode qui sera le fondement de sa méthodologie : il met sur pied un comité pour la propagation d’idée en médecine, chapeauté par l’une de ces revues. Ce comité, à droits d’entrée payants, et dont les membres sont d’éminents médecins et professeurs en médecine, parraine la pièce de théâtre en question. Et c’est le succès pour la pièce... tout en donnant un coup de boost à l’une des revues de l’ami de Bernays.


Edward a 21 ans... Il transforme un scandale potentiel en succès et il vient de trouver sa voie : une nouvelle manière de faire la promotion de produits ou d’idées.
Technique classique me direz-vous... oui, en effet, c’est une technique classique aujourd’hui. Mais à l’époque, c’est révolutionnaire.
Car, à l’époque ce genre de technique de communication qui procède de biais est totalement inconnue.
En effet, au début du siècle, les messages publicitaires sont simples : il s’agit de vanter un produit en le décrivant, tout simplement, pour ce qu’il est.
Bernays procède par biais, il utilise des figures d’autorité et, via elles, rend le produit intéressant voir incontournable.

 

LA PREMIERE EXPERIENCE D’ENVERGURE : LA COMMISSION CREEL

  
  I_want_you_for_U.S._Army_3b48465u_edit.jpgMais n’allons pas trop vite... nous sommes en 1917, et Bernays fort de cette première éxpérience est à mi-chemin entre le journalisme, l’impresario, le conseiller en communication (bien que cette dernière appellation n’existe pas encore)...
tout va se précipiter avec la constitution de l’« U.S. Committee on Public Information », plus communément appellé la « commission Creel » à laquelle notre ami Edward Bernays va contribuer de manière très active. Qu’est-ce que cette commission ? Une image suffit pour la rappeler à votre mémoire : « I want you for us army ». Vous vous rappelez ? l’oncle Sam qui pointe un doigt accusateur.


Car, en 1917, la population américaine est largement pacifique et n’a aucunement l’intention d’entrer en guerre, alors que le gouvernement est fermement décidé à s’engager dans le conflit, pour des raisons industrielles. Pour la première fois dans l’histoire, une commission va être créée par un gouvernement pour changer une opinion publique. Et c’est précisément au sein de cette commission que Bernays va gagner ses premiers galons aux yeux des grands décideurs. La commission Creel va mobiliser un grand nombre d’intellectuels, de journalistes, de penseurs qui vont tenter un coup d’éclat. Ils vont mettre en place tout un ensemble d’outils et de méthodes destinés à gérer les foules et finalement à faire basculer rapidement l’opinion. Et ils vont réussir avec panache. Les bases de la propagande moderne vont être jetées.

 
De nombreux concepts aujourd’hui connus et banalisés seront testés : distribution massive de communiqués, appel à l’émotion dans des campagnes ciblées de publicité, recours au cinéma, recrutement ciblé de leaders d’opinion locaux, mise sur pied de groupes bidon (par exemple des groupes de citoyens) et ainsi de suite.
Walter Lippmann, un de ses membres influents, souvent donné comme le journaliste américain le plus écouté au monde après 1930, a décrit le travail de cette Commission comme étant « une révolution dans la pratique de la démocratie », où une « minorité intelligente », chargée du domaine politique, est responsable de « fabriquer le consentement » du peuple, lorsque la minorité des « hommes responsables » ne l’avaient pas d’office.

 
Cette « formation d’une opinion publique saine » servirait à se protéger « du piétinement et des hurlements du troupeau dérouté » (autrement dit : le peuple), cet « intrus ignorant qui se mêle de tout », dont le rôle est d’être un « spectateur » et non un « participant ». Car, en effet, l’idée qui a présidé à la naissance de l’industrie des relations publiques était explicite : l’opinion publique devait être « scientifiquement » fabriquée et contrôlée à partir d’en haut, de manière à assurer le contrôle de la dangereuse populace.
Petite appartée : le trollage payé et certaines formes de marketing viral sur internet ne sont que l’application moderne du « standing man » technique qui consistait à utiliser une personne reconnue dans une communauté pour se lever soudainement lors d’un événement local et scander une opinion afin de détourner un débat calme et rationnel et de transformer une ambiance de dialogue serein en discussion émotionnelle. Car l’émotion est le premier pas vers l’irrationnel, qui est la porte entrouverte vers l’inconscient, ce domaine que nos publicitaires exploitent au maximum.

  
Bref, lors de la commission Creel, Bernays a brillé dans ces milieux qui ébauchaient les techniques de propagande moderne en imposant les travaux de son oncle, et de personnes comme Gustav Lebon notamment en expliquant que la psychologie de foule est différente de la psychologie individuelle.
La masse des gens ne peut penser rationnellement, et c’est donc à la minorité intelligente de façonner le destin de cette masse... Ce constat mis noir sur blanc de façon scientifique par Freud, et qui est en adéquation parfaite avec les courants de pensée qui sévissent dans les éltes de l’époque, va permettre à Bernays, en tirant les leçons de la commission Creel, d’inventer littéralement le « public relation ».

 

L’ŒUVRE DE BERNAYS : L’INSTITUTIONNALISATION DES RELATIONS PUBLIQUES

Pourquoi les relations publiques ?

 
Après la Première Guerre mondiale, la machine industrielle dont les capacités ont été démultipliées doit trouver des marchés afin de continuer à fonctionner (ce sera le même problème après la Seconde Guerre mondiale). Il faut donc créer des besoins car à l’époque le citoyen occidental de base consomme en fonction de besoins vitaux, et n’accorde que des exceptions à la frivolité. Il faut donc exacerber le désir de consommer et rendre les frivolité obligatoires, incontournables et intimement liées aux gains de liberté apportés par les progrès sociaux...


Par ailleurs,les entreprises au début du XXe siecle aux États-Unis font face à une situation difficilement gérable (grèves, conflit sociaux...) elles oscillent entre répressions dures et punitions par tribunaux interposés, elles font appel à des juristes, à des journalistes sans grand succès, et la fuidité de son fonctionnement est fortement compromise. Grace au succès de la commission Creel, quand Bernays monte son bureau et propose ses services, il est pris au sérieux par les entreprises privées et surtout les trusts.
Dans une époque ou les lois antitrust sont contournées et ou ce que les citoyens américains appellent alors les « barons voleurs » accumulent des fortunes colossales, la démocratie qui porte en blason la liberté individuelle et la liberté d’expression se doit d’apparaître en façade car elle est l’un des fondements de la motivation du travailleur, en Occident.

 
Bernays crée donc son bureau des relations publiques et invente le métier de conseiller en relations publiques
l’un de ses premiers clients fut l’« american tobacco corporation ».

 

Entre les guerres Berneys va littéralement inventer des concepts:
- le petit déjeuner américain « eggs and bacon » en mettant sur pied un comité de médecins qui vont prôner les valeurs d’un fort apport calorique au lever. Car il faut le savoir, au début du siècle, les Américains sont plutôt adeptes d’un petit déjeuner frugal, ce qui ne colle pas avec l’industrie du porc qui croît plus vite que la demande... Or, le comité de médecin ne va pas seulement prôner un apport calorique important... il va bien spécifier « bacon ».


- Il va persuader les Américains d’acheter des pianos. Encore une fois, il biaise en infiltrant les milieux d’architectes qui vont influencer leurs clients dans l’adjonction d’une salle de musique dans les maison.
Et que faire quand il y a une pièce dédiée à la musique dans une maison ? La remplir. Et quel est l’objet qui va le mieux la remplir tout en donnant du cachet ? Un piano. Encore un succès.
- Il fera de même pour les maisons d’éditions en « forçant » l’insertion des bibliothèques incrustées aux murs des maisons.


- Le petit déjeuner du président des États-Unis avec des vedettes du show-biz afin de transformer l’image austère et distante de ce dernier, et ça existe encore aujourd’hui.

Il va par la suite affiner ses méthodes et commencer à se lancer dans des opérations de très grande envergure. Voici 4 missions « Bernaysiennes » qui, j’en suis sûr, vont vous laisser pantois.

  

LE FÉMINISME UTILISÉ À DES FINS MARKETING

 
  image6-ocjev.jpgDans les années 20, Bernays est employé à l’année par l’American tobacco en échange de ne pas travailler pour la concurrence, suite à une première expérience couronnée de succès.
Il faut dire qu’à cette époque le marché de la cigarette stagne, suite à une progression fulgurante durant la Première guerre mondiale et dans les premières années d’après-guerre. En vendant des milliards de cigarettes à l’armée américaine qui les intégrait au paquetage du soldat, les compagnies de tabac avait franchi une étape décisive, en transformant l’image de la cigarette qui avant la guerre était dénigrée au profit du cigare ou de la chique jugés plus « virils ». Au début des année 20, donc, la cigarette est passée de « tabac pour mauviettes » à « symbole de l’Amérique fraternelle et virile ».
Maintenant les cigaretiers veulent que les femmes fument. Ils confient donc la mission à Bernays.

 
Ce dernier analyse la situation, soumet ses observations à un psychiatre de New York qui confirme ses soupçons : la cigarette constitue pour les femmes un symbole phallique qui représente le pouvoir de l’homme. Pour faire fumer les femmes il faut d’abord leur faire conquérir de manière symbolique des positions occupées par la gent masculine. Bernays vient de trouver ses leaders d’opinion et il orchestre un des grands coups de marketing de l’histoire en détournant une marche catholique (la procession de Pâques) pour en faire un événement politique au profit des suffragettes. Une dizaine de jeunes premières, invitées par lui et soigneusement instruites du plan de bataille, se présentent au-devant de la procession, exhibent leurs cigarettes, et s’allument devant les photographes des journaux. Bernays lance le slogan aux journalistes présents : « elles allument des flambeaux pour la liberté ».


Du véritable petit lait, et d’ailleurs je ne résiste pas à un petit copier-coller d’un commentaire sur cet événement que j’ai lu sur un blog : « ça coule de source. Les journaux accordent la première page à la nouvelle. Les conservateurs vendent de la copie grâce à l’aspect scandaleux. Les progressistes sont charmés. Les féministes exultent, jubilent de l’ampleur du phénomène médiatique. Toute la société états-unienne est flattée sur la muqueuse par l’imparable évocation de la sacro-sainte liberté. La femme éprise d’émancipation devra simplement fumer. Fumer c’est voter ! Tout le monde profite des photos sexy de ces jolies jeunes femmes. Tous y gagnent ! C’est fantastique. Bernays avait compris que la femme de l’après-guerre avait bossé dans les usines pendant que les hommes étaient au front et il lui offrait un symbole phallique digne de l’ampleur de ses revendications, la clope. » Tout est dit.


Et Bernays d’enchaîner dans les années qui suivent en recrutant et créant des associations et autres collectifs médicaux et en faisant dire aux experts que la santé de la femme, c’est la minceur... et que le meilleur moyen d’y parvenir, c’est la clope.


Des publicités dans les journaux et les magazines, présentées par des regroupements de docteurs, de médecins de famille, de dentistes et d’instituts plus ou moins bidons (tous fondés par Bernays avec des fonds de American Tobacco) proposent ensuite carrément à la femme de tendre la main vers une cigarette plutôt que vers un bonbon, ce qui est tellement meilleur pour la santé. La campagne connaît un tel succès que les grands confiseurs et les producteurs de sucre attaquent American Tobacco en justice et réclament des dommages et intérêts. C’est un triomphe, la femme est maigre, elle est libre, elle respire la santé !

 

L’EXPLOSION DE L’AUTOMOBILE

 

  5-usine-ford-detroit-1931.gifBernays va jouer un rôle lors de l’exposition mondiale de New York de 1939, dominée par General Motors qui comptait parmi ses clients de l’époque. General Motors y présente sa vision de l’Amérique du futur, avec son pavillon très couru, le Futurama, dans lequel on peut voir les dessins et maquettes de ce qui deviendra l’Étendue, la Suburbia, un monde futuriste guidé par la puissance de la corporation.

 
Il faut dire que les cartels banquiers, qui avaient fait main basse via des procédures d’expropriation sur d’immenses terres du Midle West durant la récession qui suivit le krach de 1929, devaient bien décider de ce qu’elles allaient en faire.


Le plan pour le développement de ces étendues arrivait à maturité, et les maquettes criantes de réalité présentant le monde des années 60, restent à ce jour un incroyable témoignage des capacités de projections des décideurs de l’époque. Certaines personnes croient que ce modèle de civilisation est le fruit du hasard, ou encore un avènement naturel inhérent à l’expansion économique. Pourtant force est de constater qu’au contraire ce modèle est le fruit d’une planification dont la rapidité d’exécution a été planifiée, ce qui est tout de meme curieux quand on sait que seule la machine industrielle boostée par le conflit mondial a pu mettre en œuvre cet agenda et que cette exposition a eu lieu de 1929 à 1941.


Mais pour en revenir à notre homme, en 1949 il travaille toujours pour General Motors, dont on sait bien qu’elle est le fruit du démantellement sur le papier de la tentaculaire standart oil, et un nouveau client vient garnir son carnet : il s’agit de la compagnie Mack trucks. Leur problème : ils ne peuvent pas vendre plus de camions. Ils ont saturé le marché. Bernays réalise que la concurrence ne vient pas des autres fabricants, mais bien du chemin de fer. Il parvient à imposer à son client une idée totalement folle, s’attaquer aux trains en faisant une promotion rageuse de l’autoroute. Une fortune colossale dont les contributeurs seront multiples sera engloutie dans le projet, car désormais, notre ami Edward a un carnet d’adresses bien rempli, et il a la confiance de plusieurs partenaires d’envergure. On forme des comités de citoyens bidons, de faux experts écrivent de vrais articles qui paraissent un peu partout, la pression populaire pèse sur des autorités déjà corrompues par des contributions non négligeables, c’est un véritable raz-de-marée qui prend d’assaut la campagne américaine ! Vous aurez compris que je n’ai pas cité par hasard la standart oil... euh pardon, je veux dire sa version démantelée par les lois anti-trust, à savoir entre autres BP, Exxon Mobil, Chevron et une trentaine d’autres entités.


De même, le fameux futurama de l’expo de New York d’« avant guerre » comme vous pourrez le constater sur ces vidéos se faisait l’apôtre d’une agriculture fortement industrialisée avec gros apport d’engrais (industrie chimique). De ce côté, on peut dire que la boucle a été bouclée et que les affaires ont prospéré.

RÉPUBLIQUE BANANIERES

 
La fameuse « république bananière »... expression que nous utilisons tous, revenue très à la mode vu l’air du temps... Mais au fait d’où vient cette expression ?
Edwaaard ? c’est encore toi ? non ? Si. Et c’est le Guatemala au début des années 50 qui va faire les frais de la méthode Bernays,et qui va imprimer dans nos consciences, l’expression « république bananière ».
Cette fois le client de notre brave homme est la united fruit une multinationale qui, comme sont nom l’indique, fait dans les fruits et ses dérivés. Une multinationale bien connue en Amériqe centrale et en Amérique du Sud. Multinationale qui porte parmi ses principaux actionnaires les frères Dulles (je laisse ici un vide que les lecteurs d’agoravox sauront remplir concernant les frères Dulles qui mériteraient un article à eux tout seuls). Ces frères Dulles que Bernays a rencontrés durant la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle il travaillait pour le gouvernement américain, période opaque de sa carrière.
En 1951 donc, au Guatemala après une élection libre, Jacobo Arbenz Guzmán est élu et il entame un processus de saisi de terres que la United Fruits n’utilisait pas (en fait apparemment il ne les saisit pas vraiment : il oblige la United Fruits de vendre les terres non utilisées). Bref, coup dur pour cette noble entreprise américaine habituée à faire ce qu’elle veut en Amérique du Sud, et qui prévoyait un vaste plan de monoculture de bananes dans cette région.


Bernays est alors engagé pour mener une campagne de relations publiques destinée à discréditer le pouvoir nouvellement et démocratiquement mis en place.


En quelques semaines, ce gouvernement socialiste qui n’a même pas de contact avec Moscou va être dépeint comme un dangereux groupuscule de communistes à la solde du bloc russe, destiné à mettre en place un poste avancé proche des frontières américaines. Cette campagne sera longue et active.
Ce détournement d’informations va permettre de justifier une opération de la CIA sous la forme, entre autres d’un bombardement de la capitale. Une junte militaire (Castillo Armas), aussitôt reconnue par les États-Unis, prendra le pouvoir, entraînant la naissance de mouvements de guérilla. Le poète Pablo Neruda dénoncera les « republicas bananas », républiques d’Amérique centrale soumises aux compagnies américaines, et créera ainsi une expression toujours et plus que jamais d’actualité.


Et on dit merci qui ces messieurs de la united fruits ? Merci Edward..

 

LE FLUOR... c’est bon pour les dents.... mmmmmouais.

Le mythe des bienfaits du fluorure pour la dentition est né aux États-Unis en 1939. Pourquoi ? La Compagnie d’aluminium ALCOA, qui faisait l’objet de poursuites pour déversement toxique de... fluorure, commanda, sur les conseils de qui vous savez, à des scientifiques dépéchés par qui vous savez, une étude faisant l’éloge de ce déchet industriel dérivé de la production de l’aluminium, des fabriques de munitions (et plus tard des centrales nucléaires). L’étude allait jusqu’à proposer qu’on ajoute la substance à l’eau des villes. En 1947, ALCOA, réussit à placer un de ses propres avocats à la tête de l’Agence fédérale de sécurité, ce qui lui donnait ainsi le contrôle des Services de santé publique. Sous la gouverne de celui-ci, 87 villes américaines établirent un programme de fluoridation de l’eau, c’est-à-dire que les fonds publics servaient (et servent encore) à ACHETER un déchet toxique dont l’élimination était très coûteuse et à l’inclure dans l’eau potable consommée par la population.


Combien de municipalité encore aujourd’hui pratiquent encore cette méthode de fluoration de l’eau, y compris en France ? Je n’ose faire des recherches tellement je crains les résultats.
Une fois encore merci qui ?

 

LA DOCTRINE, sa justification, et ses contradictions majeures :

 
Bernays, tout au long de sa vie, va user d’une doctrine froide et assez cynique doublée d’une justification idéologique basée sur le long terme, afin de justifier ses agissements.
Il considère sa tâche comme un effort à long terme destiné à l’avènement doucement forcé (mais à peine, hein ?) d’une démocratie basée sur l’économie et le commerce dirigé par une élite.
Il pose assez honnêtement et naïvement d’ailleurs, comme postulat, le fait que la masse est incapable de parvenir à un état de paix collective et de bonheur par elle-même, et que donc cette masse a besoin d’une élite qui la contrôle et qui la dirige à son insu en ce qui concerne les décisions importantes.
Pour lui le bon sens commun n’existe pas, et s’il existe, il ne peut porter l’appellation « bon sens » car il induit un mode de consommation trop lent pour les capacités industrielles et leur besoin de croissance... Il doit donc être refondu par des élites.


Pour lui, la foule n’a pas besoin d’esprit car elle est avant tout gouvernée par sa moelle épinière irrationnelle, et il ne sert à rien d’élever les foules, puisqu’elles sont plus facilement contrôlables en jouant sur cette irrationnalité.


Pourtant, fait curieux, Bernays se réclamait d’une certaine éthique. Il faut savoir que cet homme a aussi joué un rôle fondamental dans le congrès pour l’intégration des hommes de couleurs... un événement (tout de meme assez isolé au milieu des autres cyniques campagnes dont il a été le chef d’orchestre) dont il se servira pour justifier sa position de mercenaire au services de nombreuses causes qui, mises ensemble, constituent notre monde moderne « libre » à l’occidental.


Car Bernays s’efforce dans ses mémoires de justifier son œuvre. Il n’a jamais été membre de l’« association des relations publiques américaines » car il jugeait ses membres sans éthique et il s’offusqua à la nouvelle que Goebbels possédait toutes ses œuvres et se serait largement inspiré de son travail pour ériger la propagande qui mena les nazis au pouvoir dans l’Allemagne des années 30.
En effet, Bernays voulait que ses méthodes soient présentées en toute « honnêteté » afin d’ouvrir une route à 2 voies à la communication publique : une voie de contrôle et une voix de réaction du peuple à ce contrôle. C’est tout du moins ce qu’il essaie de faire passer lors d’interviews ou dans ces écrits, dans de rares moments. Hélas ces quelques moments d’ouverture sont assez rapidement recouverts par le volume d’écrits et d’actes professionnels qui vont à l’encontre de ce pseudo-principe d’interactivité.
Bernays fut un véritable champion en matière de double language et il eut enormément de mal à se confronter à ses contradictions, totalement omnubilé par la vision malsaine de la condition humaine induite par son oncle.


On est a mille lieux de ce que Kant par exemple réclamait en disait qu’il faut un espace public de libre discussion où les gens puissent débattre et échanger des idées, se placer du point de vue de la raison et de l’universel, justifier devant les autres les conclusions et affirmations auxquelles ils parviennent et rendre disponible les faits qui nourrissent une conclusion.


Pourquoi ? parce qu’on est dans l’idée d’une minorité intelligente au service de ceux qui ont les moyens de s’adresser à elle pour obtenir de la foule un consentement à des conclusions determinées à l’avance. Tous les comités, agences de relations publiques et campagnes instiguées par Bernays offriront une illusion de débat, où tous les outils nécessaires à la perversion de ce débat sont prêts à intervenir à tout moment.
Le coup fomenté au Guatemala et justifié par la campagne médiatique qu’il avait orchestré aurait dû lui faire ouvrir les yeux...


Pourtant, avec le recul, il faut constater qu’il ne le fit pas et que ces justifications teintées de naïveté ne tiennent pas une analyse approfondie, surtout vu le caractère opaque de ses missions durant la Seconde Guerre mondiale, et ses liens avec des sbires tels que les frères Dulles.

La « machine » Bernays s’est emballée dès ses débuts et ne cessera jamais ses méfaits au profit de la croissance économique non pas au service de peuples, mais bien dans son asservissement à la consommation.
La deuxième voie proposée par Bernays, celle de l’inter-réaction des hommes fut étouffée par le volume des campagnes de spins.


Bernays va tellement piocher dans les théories de son oncle qu’il va finalement croire lui-même que l’homme n’est dirigé que par des forces irrationnelles.
Il va mettre en pratique des méthodes qui vont à l’encontre même de ce que le siècle des Lumières avait exigé pour sublimer le bon sens humain.
L’humanité moderne va tellement être martelée par ce cynisme qu’elle va en devenir cynique elle-même et épouser l’idée selon laquelle l’homme est un être tiraillé par sa bassesse et piloté par ses instincts les plus enfouis.

 

Dès le début du siècle, il est évident que la synergie entre les médias de masse et les progrès de la psychologie scientifique vont assurer un pouvoir irrésistible aux minorités « éclairées ». Bernays fut l’un des architectes majeurs de cette synergie qui sévira dans les démocraties comme dans les systèmes totalitaires et qui, n’ayons pas peur des mots, sévit encore plus que jamais, n’en déplaise à ceux qui ironisent sur les "théoristes de la conspiration" alors même qu’en France nous évoluons dans une inculture totale en ce qui concerne les relations publiques, les spins doctors et les think tanks, contrairement aux pays anglo-saxons.
Sur ce, je vous laisse avec une citation de notre homme, à titre de fin d’article et d’ouverture de débat.

"Notre démocratie ayant pour vocation de tracer la voie, elle doit être pilotée par la minorité intelligente qui sait enrégimenter les masses pour mieux les guider."

 

Sources :

Livre : Stuart Ewen : a social history of spin.
Livre : Edward Bernays : propaganda édité en 1928 (téléchargeable gratuitement sur le net).
Radio : émission "là-bas si j’y suis" France Inter diffusion 26 novembre 2007
Net : http://en.wikipedia.org/wiki/Fluoride
Net : http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward...

Je vous invite également à visiter le site internet pr watch qui est un observatoire international des relations publiques destiné à détecter les abus en ce domaine :
http://www.prwatch.org/

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Published by Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - dans Dossier Perversion-manipulation
18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 12:01

Monique Bydlowski : "Le désir d'enfant échappe souvent à notre volonté"

  

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"Non, le désir d’enfant n’est pas universel. Oui, l’inconscient peut bloquer la fertilité, et si certains hommes ont peur de franchir le pas, c’est à cause de leur père... Explications avec Monique Bydlowski, neuropsychiatre et psychanalyste, spécialiste de la maternité."

 

Pourquoi aspirons-nous à faire un enfant?


Monique Bydlowski : C’est un élan naturel. Toutes les espèces se reproduisent, et la procréation relève de l’ordre du vivant, auquel nous, espèce humaine, appartenons. Nous sommes aussi imprégnés de notre modèle parental. Nous nous positionnons par rapport à cette filiation : soit nous nous inscrivons contre, en décidant de ne pas enfanter ; soit nous décidons de la répéter. Enfin, vouloir un enfant peut répondre à la soif d’immortalité qui nous tenaille tous plus ou moins. Quand nous regardons des petits courir, nous sentons bien cela : nous allons mourir, alors qu’ils portent l’avenir en eux. Il s’en dégage un lumineux sentiment d’éternité. Mais il ne faut pas oublier non plus que le désir d’enfant échappe souvent à notre volonté.


Quelle en est la part inconsciente chez les femmes?


Monique Bydlowski : Si je devais résumer le désir d’enfant, j’utiliserais une charade : mon premier est la volonté d’être identique à ma mère du début de ma vie ; mon deuxième est mon vœu d’obtenir, comme elle, un enfant de mon père ; mon troisième est la rencontre de l’amour sexuel pour un homme du présent ; et mon tout est la conception et la naissance d’un enfant. Ce désir se construit lentement, dès les premiers instants de vie. Le lien chaleureux noué avec sa mère prédispose inconsciemment la petite fille à vouloir, elle-même, être mère un jour. Vers 4 ans, la fillette s’éloigne de sa mère – tout en gardant un lien très fort avec elle – et essaie de la remplacer par son père, dont elle souhaite un bébé. Elle découvre également qu’elle ne possède pas d’organe masculin. Pour compenser ce manque, elle dresse une forme d’équation symbolique : le bébé qu’elle rêve d’avoir de son père sera son « phallus », l’équivalent symbolique du pénis qu’elle n’aura jamais. Pensez à ces femmes radieuses qui portent triomphalement leur grossesse : c’est ce que certains psychanalystes appellent les grossesses phalliques.

 

Et si la petite fille n’a pas pu nouer un lien charnel avec sa mère?

 

Monique Bydlowski : Cela peut bloquer le désir inconscient d’enfant. J’ai pu constater que l’infertilité d’un certain nombre de mes patientes est psychologique. Toutes les conditions physiologiques sont réunies pour qu’elles puissent être enceintes, et elles expriment consciemment un besoin impérieux d’enfant. Elles en veulent un à tout prix, éprouvent un grand sentiment de vide, un manque, pensent qu’un bébé va le combler. Mais ce besoin conscient est parfois le symptôme d’un souvenir traumatique, de « ratages » survenus dans les premiers mois de leur vie. J’en ai rencontré beaucoup qui ont manqué d’affection, dont le lien a été très bousculé. Quelque chose n’avait pas fonctionné dans ce rapport charnel nourricier, et l’identification à la mère n’avait pas pu se faire. Leurs génitrices « abandonniques », totalement indisponibles, les ont laissées sans repères. Mais ces ravages, qui peuvent cadenasser le désir futur d’enfanter, sont réversibles si, pendant les dix-huit premiers mois de sa vie – jusqu’à ce qu’il puisse se mettre debout –, le bébé s’est trouvé une autre maman, la nounou qui le garde pendant la journée, par exemple. Elle va incarner sa mère biologique, « instinctuelle ».

Les hommes ont-ils ce besoin inscrit en eux?  

 

Monique Bydlowski : Il n’est pas du même ordre. Ce qui compte, pour eux, c’est assumer la fonction sociale de père. Certains ne ressentent pas ce besoin de paternité. Ils n’ont pas voulu entrer en rivalité avec la figure paternelle. Car, pour devenir père, il faut avoir affronté le sien. Quand il veut un enfant, l’homme souhaite en fait, inconsciemment, être père à la place de son père, le pousser dans la tombe. Dans un registre plus dramatique, il y en a aussi qui détestent les femmes enceintes et les enfants. Ceux-là ont souvent été victimes de parents maltraitants, ont peur de revivre ce qu’ils ont vécu.

Prenons le cas d’un homme qui n’a pas été maltraité. Pourquoi veut-il tuer le père?


Monique Bydlowski : La rivalité est une donnée clé du désir d’enfant femmes enceintes et les enfants chez les hommes. Le premier objet d’amour des petits garçons est leur mère. Ils s’attachent à elle dans les premières semaines de leur vie, et ce phénomène dure tout au long de leur existence. Le garçonnet s’accommode de son père jusqu’à 5 ans, mais plus l’âge avance, plus il trouve son géniteur encombrant. Entre 8 et 10 ans, il finit par éprouver de l’hostilité envers celui qui possède sa mère. C’est  la rivalité œdipienne, une étape qu’il lui faut franchir à l’adolescence. Les hommes qui fuient la confrontation avec leur propre père n’éprouvent généralement pas de désir d’enfant. Et quand leur compagne leur en « fait un dans le dos », beaucoup prennent la fuite.


Certains psychanalystes assurent que le désir d’enfant est universel chez les femmes, qu’il est inscrit en elles. Qu’en pensez-vous?


Monique Bydlowski : Ce n’est plus vrai. Avant les années 1960, la question du désir ne se posait pas vraiment. Qu’elles l’aient voulu ou non, le destin des femmes était  d’enfanter. Avec la contraception chimique, une véritable révolution s’est mise en marche, dont nous n’avons pas immédiatement pris la mesure. Les mœurs ont considérablement évolué. Résultat : faire un enfant relève aujourd’hui d’une démarche consciente, programmée. Par ailleurs, de plus en plus de femmes se réalisent dans leur métier. Leur « phallus » ne s’incarne plus dans un bébé, mais dans leur carrière. Elles subliment un désir à l’origine sexuel dans un autre, dont la signification symbolique est proche : leur ambition et leur réussite professionnelles pallient l’absence d’organe masculin, tout en les préservant de la procréation, parce que la perspective de cette expérience les angoisse. Elle implique un remaniement, une perte de contrôle de l’image de soi à laquelle ces femmes se refusent. La grossesse peut aussi les renvoyer à une représentation des liens maternels vécue comme une dépendance insupportable.

 

Quelle est votre conviction de clinicienne? Les verrous de l’inconscient peuvent-ils être forcés par la science?


Monique Bydlowski : Ce qui est prouvé, c’est que la fertilité est placée sous l’influence des zones cérébrales qui enregistrent et traitent les émotions humaines. C’est une fonction biologique très sensible au stress, à l’anxiété et aux verrous inconscients de l’être humain. Si ces derniers sont trop résistants, les procréations médicalement  assistées (PMA) ont peu de chances de fonctionner, particulièrement quand l’identification primitive à la mère a été perturbée, comme nous venons de le voir. En revanche, le verrou peut sauter quand un autre processus inconscient se met en œuvre. À son insu, par exemple, le gynécologue qui pratique la PMA peut faire l’objet d’un transfert. La grossesse va se déclencher parce qu’une rencontre aura eu lieu, parce que le praticien va incarner le parent d’autrefois, la mère originelle de la patiente. Une mère idéale. C’est le même principe qu’une psychanalyse, sauf que cela se passe en quelques minutes. Beaucoup de guérisons d’infertilités que l’on pensait irréversibles sont intervenues comme cela. J’en ai connu quelques-unes. Un flux affectif est passé entre la patiente et moi. Et l’inconscient a « laissé passer » le bébé.

Dans le cas inverse de mères qui ont eu des enfants alors qu’elles n’en voulaient pas, peut-on dire que l’inconscient a été « forcé » par le biologique?


Monique Bydlowski : La courbe de fécondité féminine est optimale entre 18 et 30 ans. Un seul rapport sexuel peut suffire, surtout quand on est jeune, pour que le biologique prenne effectivement le pas sur le psychologique. L’inconscient s’efface : il « laisse passer » les bébés, même non désirés. Mais à partir de 30 ans, la fertilité baisse, parce que malgré l’allongement de l’espérance de vie, le stock d’ovules féminin reste limité. Il finit par s’épuiser. Quand survient cet affaiblissement, les désirs inconscients, les souvenirs enfouis, les émotions commencent à mener la danse. Et si la perspective d’enfanter ravive des moments douloureux, génère de l’angoisse et des problématiques psychiques, le désir a beau être là, la fertilité a toutes les chances d’être bloquée. L’inconscient l’emporte sur le physiologique...

  
Hélène Fresnel pour psychologies.com

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Published by Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - dans Dossier Psychanalyse
16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 09:13

"La recherche de dividendes et de profits n'est pas la seule motivation des dirigeants. Du respect de l'humain à l'harmonie avec l'écosystème, les entreprises de demain portent de grands principes qui redonnent du sens au travail."

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Pour des patrons, anticiper l'avenir passe par d'autres critères que la seule recherche du profit: impact environnemental, préoccupation pour la responsabilité sociale, capacité à tisser de nouvelles alliances en sont quelques unes.

  
Anticiper l'avenir passe par d'autres critères que la seule recherche de dividendes et de profits. Parmi les grands principes qui portent les entreprises de demain, certains cultivent une vision de long terme, la coopération avec les parties prenantes et un management où les salariés travaillent en liberté. 

  • 1/ L'harmonie avec l'écosystème
L'entreprise qui rêve de changer le monde intègre une profonde conscience de ses impacts sociaux et environnementaux. Interface, géant mondial de la dalle textile (1057 millions de dollars de chiffre d'affaires), est un exemple-phare de ce comportement vertueux. "En 1994, quand notre PDG, Ray Anderson, comprit les enjeux du développement durable, tout le monde fut surpris, raconte Denys Mettais Cartier, directeur général d'Interface France. Il nous disait sous forme de boutade: "Si nous continuons à gérer nos entreprises ainsi, dans dix ans nous serons tous en prison.""  Dès 1995, ce dirigeant clairvoyant lance un programme d'élimination des déchets. Depuis, les rejets en décharge ont été réduits de 88%, l'eau utilisée de 84%, l'énergie de 47% et les émissions de gaz à effet de serre de 32%. Au total, environ 400 millions de dollars d'économies sont générés, de quoi financer en interne la transformation des processus industriels et anticiper l'avenir: d'ici à 2020, Interface ne devrait plus avoir d'impact négatif sur l'environnement.  

  • 2/ La vision de long terme
Pour changer sans mettre en péril l'entreprise, une vision de long terme est indispensable. Depuis 2008, Pur Projet (2 millions d'euros de chiffre d'affaires, 35 salariés) vend des programmes de compensation carbone, via l'agroforesterie. Les économies réalisées par la réduction de certains coûts permettent d'intégrer des innovations socio-environnementales dans le coeur de métier des entreprises.  
Un arbre est planté toutes les cinq serviettes...
Ainsi, le groupe hôtelier Accor a souscrit à un programme de plantation, financé par la réduction du coût de lavage des serviettes et draps. "50% des économies réalisées sont réinvesties dans l'hôtel et 50% sont investies dans les arbres, si bien que un arbre est planté toutes les cinq serviettes, ce qui représente déjà 1 million d'arbres", explique le fondateur de Pur Projet, Tristan Lecomte, qui dénombre une centaine de clients de la multinationale à l'association. Avec des projets forestiers conçus sur quarante ans, on est loin des règles dictées par le court-termisme financier.  

  • 3/ La réunion du profit et de la responsabilité sociale
Sur le tableau de bord des dirigeants visionnaires, indicateurs économiques, sociaux et environnementaux sont traités de la même manière. "Un entrepreneur social qui n'a pas d'impact économique n'est plus un entrepreneur", souligne Nicolas Hazard, président du Comptoir de l'innovation (Groupe SOS).  En témoigne le succès de Siel Bleu, intégrer la défense du bien commun au coeur de l'entreprise peut aller de pair avec la création de richesses. Fondé en 1997 par Jean-Michel Ricard et Jean-Daniel Muller, ce groupe associatif aide 70.000 personnes fragilisées (âgées, handicapées ou malades chroniques) à cultiver forme et santé. Plus de 320 salariés interviennent via 3 500 structures en France et 500 à l'étranger (Belgique, Irlande et Espagne). D'après une étude réalisée fin 2011 par McKinsey, les cas de diabète et de fractures évités avec la prévention proposée par Siel Bleu permettraient à la France d'économiser 59 milliards d'euros d'ici 2020 !  

  • 4/ La capacité à tisser de nouvelles alliances
Certaines entreprises pratiquent l'innovation sociale en élaborant de "nouvelles alliances" avec l'ensemble de leurs parties prenantes pour améliorer leur compréhension du marché et affiner la mise au point de solutions innovantes. "C'est une posture qui est encore rare, analyse Olivia Verger-Lisicki, d'IMS-Entreprendre pour la Cité. Or ce qui manque aujourd'hui, c'est vraiment de penser ensemble, avant de faire."  Depuis 2007, Ashoka expérimente une approche de ce type grandeur nature, avec le projet Housing for All (Un logement pour tout le monde), destiné à offrir un toit aux populations des bidonvilles. Pour cela, l'ONG a rassemblé entrepreneurs sociaux connaissant parfaitement le terrain, associations locales en lien avec les habitants, promoteurs immobiliers, institutions financières classiques, et capitaux-risqueurs spécialisés dans l'entrepreneuriat social et les collectivités locales. D'ici à la fin 2012, 5 500 logements auront été construits, facilitant la vie de 27.500 personnes. 

  • 5/ La réinvention des logiques de consommation
Depuis 2010, La Ruche qui dit Oui! renouvelle le principe des coopératives de consommation en proposant des produits alimentaires de qualité à un meilleur prix pour tous. En alliant approvisionnement local et commande groupée, les 146 ruches réparties dans l'Hexagone créent un réseau autonome qui rencontre un succès inespéré: 30.000 commandes et 1 600 distributions ont généré en deux ans un volume de transactions de 1,3 million d'euros. Les 55.500 consommateurs du réseau associent plaisir de participer à un collectif au confort d'accès à un panier composé à la carte. Les 2 250 producteurs apprécient le principe de vente directe: les marges sont plus avantageuses qu'auprès des centrales d'achat.  Rodolphe Vidal, chercheur à l'Institut de l'innovation et de l'entrepreneuriat social de l'Essec, estime que: "C'est à cette échelle des systèmes de consommation que les impacts seront les plus forts, dans la convergence entre enjeux collectifs, liens sociaux, intérêts économiques et commerciaux."  

  • 6/ Le respect de l'humain

Les patrons doivent "libérer" leurs salariés 

Autre qualité indispensable: un management plus altruiste. Isaac Getz, co-auteur de Liberté & Cie (Fayard, 2012), estime que les patrons doivent "libérer" leurs salariés: il ne s'agit plus de contrôler leur travail, mais de les responsabiliser en créant un univers de respect, de considération et de bienveillance. Une acculturation qui prend entre trois et dix ans: Gore, aux Etats-Unis, a intégré cette logique dès 1958 et géré la croissance de son activité en maintenant des unités de travail à taille humaine, adaptées aux cultures locales. En France, le fabricant de pièces en alliages cuivreux Favi a maintenu la qualité de sa fabrication et intégré les enjeux sociétaux sous l'impulsion de son PDG, Jean-François Zobrist. En supprimant la pointeuse, en passant du temps dans les ateliers avec les opérateurs, en cessant de les surveiller pour leur offrir la possibilité d'être leurs propres chefs, ce dernier a instauré un climat de confiance moins coûteux et plus efficace que les logiques de contrôle préexistantes.  

  • 7/ La gestion démocratique
Dans une coopérative, le principe est un homme est égal à une voix. 
Certains vont jusqu'à adopter un statut d'entreprise conforme à leurs valeurs. Il en va ainsi des coopératives, comme l'explique Philippe Durance. Ce professeur au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers) a étudié de près la coopérative basque Mondragón (85.000 salariés): "Ceux qui recherchent le modèle coopératif aujourd'hui sont en quête d'un nouveau type de partage de la valeur. Dans une coopérative, la décision collégiale est inscrite dans les statuts sur le principe de un homme, une voix." Pour Baptiste Rabourdin, l'un des trois associés-fondateurs de la Scop Eco-Sapiens, un comparateur de prix dédié à l'écoconsommation (60.000 produits référencés depuis novembre 2007), "le statut n'est pas une finalité, mais un garde-fou contre l'excès de rémunération des actionnaires". Ça tombe bien: 2012 était l'année internationale des coopératives. 
  
 Anne-Sophie Novel pour www.lexpress-emploi

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 10:59

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Voici le cours de psychosociologie du mardi 15 janvier 2013 à 19h30. Conférence en deux parties de longue durée, mais néanmoins pourvue d'un intérêt croissant :

   

       
 

  -Vidéos filmées sur demande pour cause d'intempéries-

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L’économie sociale et solidaire (ESS) et l'économie contributive rassemble les structures et entreprises qui concilient utilité sociale, activité économique et/ou gouvernance démocratique. Donnant la primauté aux personnes sur la recherche de profits, elles sont organisées autour :

  • d’une solidarité collective ;
  • d’un partage démocratique du pouvoir dans l’entreprise ;
  • et réinvestissent leur résultat dans leurss projets et au service des personnes.

SCOP, coopératives, mutuelles, associations, fondations et entreprises sociales oeuvrent pour remettre l’humain au cœur de l’économie.

    

  Un moteur pour l’emploi

 

Les entreprises de l’ESS sont un acteur économique de premier plan en France. Elles emploient plus de 2,35 millions de salariés et distribuent chaque année plus de 50,5 milliards d’euros de masse salariale, soit environ 10 % de l'emploi salarié et de la masse salariale versée chaque année par les entreprises privées. A titre de comparaison, c’est 2,5 fois le poids de la masse salariale du secteur de l’hébergement et de la restauration et 1,5 fois plus d'emplois que le secteur de la construction.

Sur les dix dernières années, l’ESS a créé 440 000 emplois nouveaux, en croissance de 23 %. Dans le même temps, l’ensemble de l’emploi privé n’augmentait que de 7 %.

Avec près de 600 000 emplois à renouveler d’ici 2020 en raison des départs en retraite, c'est un vivier d’emplois pour les 10 prochaines années.

    

Offrir des biens et services pour le plus grand nombre

 

Les entreprises de l’ESS offrent des biens et services pour le plus grand nombre sans chercher à exclure les personnes les moins solvables. Loin d’être une économie de la marge, l’économie sociale occupe les premières places dans des secteurs essentiels :

  • 9 personnes handicapées sur 10 sont prises en charge par des établissements de l’économie sociale ;
  • 68 % des services d’aide au domicile aux personnes dépendantes sont portés par des entreprises de l’économie sociale ;
  • 30 % des hôpitaux sont gérés par l’économie sociale ;
  • 60 % des dépôts bancaires se font dans les banques de l’économie sociale et solidaire ;
  • 38 millions de Français sont protégés par les mutuelles de santé ;
  • 1 voiture sur 2 est assurée par une mutuelle d’assurance de l'ESS.
   

Les acteurs de l’ESS innovent économiquement et socialement:

  

Parmi quelques exemples d’innovations utiles socialement développées par les entreprises de l’ESS et du contributif: l’aide à domicile des personnes fragiles, l'aide aux personnes âgées dépendantes, l'accueil de jour des personnes handicapées, la création de monnaies locales complémentaires, le partage des brevets d'exploitation, les services d'échange libre ou le "crowdfunding" (type de mécénat par réseaux de contacts).

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 13:07

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La modernité exaspère la contradiction entre le désir de savoir - tout et tout de suite - et le projet d'apprendre qui impose de tâtonner, d'assumer l'ignorance et d'apprivoiser le temps. « Savoir » et « apprendre » ne sont pas synonymes. Le goût d'apprendre s'est effondré chez beaucoup d'élèves dans la volonté de savoir. C'est parce qu'ils veulent « savoir tout de suite » qu'ils ne comprennent pas la nécessité d'apprendre. La modernité technique elle-même organise de manière systématique nos activités pour que nous puissions savoir sans apprendre et sans avoir appris. Il faut que les enseignants comprennent que la modernité agit de la sorte ; dans le cas contraire, ils ne comprendront pas pourquoi il est si difficile aux élèves de renoncer à savoir tout de suite pour prendre le temps d'apprendre.

 

De la même manière, la modernité exaspère une contradiction entre « le primat du réussir » et « le primat du comprendre ». Réussir et comprendre est le titre de la dernière oeuvre de Piaget, qui est, à mon sens, trop peu connue. C'est également une opposition intéressante pour décrypter un certain nombre de situations pédagogiques. Ceci étant, donner la priorité au réussir ne veut pas dire que l'on se dispense de comprendre, et inversement. Il n'empêche que le primat du réussir, tel qu'il est imposé par la société, devient « réussir à tout prix », à l'économie, en déléguant le maximum de tâches à la machine ou à des experts spécialisés. Réussir une fête d'école peut signifier, pour la maîtresse, sélectionner les trois élèves qui ont réalisé les plus beaux dessins, puis revenir le matin et les refaire soi-même pour que les parents pensent que la classe est vraiment excellente. Le primat du réussir est toujours une manière d'évacuer le comprendre ou, à tout le moins, de la faire passer au second plan. L'école doit assumer sa fonction de rupture d'un lieu où la réussite prime vers un lieu où le comprendre prime : l'école n'est pas le lieu de la performance économique, elle est le lieu de la construction des compétences.

 

Pour faire primer le comprendre sur le réussir, il faut être capable de trouver de la satisfaction dans l'intelligibilité de soi et du monde, et non pas seulement dans l'efficacité. Ainsi, il faut trouver du vrai plaisir à percer le secret de sa propre histoire et à accéder au secret du monde. Or ces secrets peuvent mettre en danger la sécurité de la personne : se mettre en route pour les chercher est tout sauf facile.


À contre-voie, Philippe Meirieu pédagogue:

 

Voir le film en entier: http://www.filmsdocumentaires.com/films/1118-a-contre-voie-philippe-meirieu


Accéder soi-même au secret des choses, c'est transgresser le pouvoir de ses parents, qui connaissent le secret de notre propre naissance, ainsi que le pouvoir des clercs, qui transmettent, parce qu'ils la savent, la seule vérité sur les choses. Accéder au secret des choses et y trouver du plaisir, c'est ne plus avoir à croire quiconque sur parole.

 

L'école est, pas excellence, le lieu où l'on apprend que la vérité d'une parole n'est pas relative au statut de celui qui l'énonce, fût-il enseignant. En effet, l'école n'est pas le lieu de l'apprentissage de la dévotion, mais le lieu de l'apprentissage de la pensée critique, y compris à l'égard de l'école. L'école est le lieu où la recherche de la précision, de la justesse, de la rigueur et de la vérité doit l'emporter sur les rapports de force et les rapports sociaux. Elle est un lieu où se construit un rapport critique à la vérité. Quand on donne à des enfants des piles, des fils et des ampoules, celui qui a raison n'est pas celui qui crie le plus fort, mais celui qui parvient à brancher tous ces éléments ensemble pour les ampoules s'allument. Ce renversement important fait de l'école le lieu de la jouissance par la transgression intellectuelle.

 

Il n'est pas impossible que la recherche de formes de transgression qui mettent en péril l'intégrité psychologique et physique des enfants et des adolescents, soit liée à la perte du pouvoir transgressif des apprentissages scolaires. Il n'est pas impossible qu'apprendre à lire, qui a été présenté par Jules Ferry comme le moyen de pratiquer le libre examen et de nous libérer de la parole du clerc, soit devenu aujourd'hui un acte d'assujettissement et non de libération : les élèves cherchent à se libérer par des formes de transgression qui ne sont pas intellectuelles, mais qui contribuent à les mettre en péril, voire à les détruire.

 

Et si, dans la classe, l'essentiel était aujourd'hui de retrouver le goût de la clandestinité, si les enseignants étaient plus souvent des passeurs que des douaniers, s'ils empruntaient un peu plus souvent les chemins de traverse avec un certain goût de l'aventure au lieu de passer leur temps à demander leurs papiers aux élèves, est-ce que nous ne retrouverions pas un peu plus le goût d'apprendre ?

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 12:32
"Les mots sont les outils avec lesquels nous pensons et qui modèlent nos circuits neuronaux. Selon que nous les écrivons avec des lettres alphabétiques ou avec des idéogrammes, nous n'avons pas le même cerveau."
  
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Chaque langue se bâtit une représentation du monde à partir des termes qu'elle emploie pour désigner et écrire les objets du monde qui l'entoure. Nietzsche, qui avait déjà remarqué cette particularité, l'appelait le « pli langagier de la pensée ». Mais il la plaçait au niveau de la grammaire, alors qu'elle se situe plus profond, dans l'écriture et la lecture des mots. Le sinologue Léon Vandermeersch définit mieux ce qui est en jeu lorsqu'il dit : « La linguistique a montré que notre vision du monde est entièrement structurée par la langue dans laquelle nous l'interprétons (...) Le langage est une grille d'organisation du réel qu'il marque de son empreinte » . C'est une idée qui ne date pas d'hier puisque, dans les années 30, deux linguistes américains, Edward Sapir et Benjamin Whorf, avaient déjà émis l'idée que « selon la langue qu'ils parlent, les hommes vivent dans des univers mentaux différents. La langue ayant une influence déterminante sur la pensée et la cognition humaine » .

 

Cependant, à partir des années 60, cette hypothèse du déterminisme linguistique a été malmenée par les travaux de Piaget et Chomsky qui, partisans de l'« innéisme », estimaient que « toutes les cultures suivent des développement équivalents et que tous les humains suivent le même cycle de développement définis, indépendamment de leur culture, par des mécanismes neuropsychologiques fondamentaux et universels », donc a priori indépendamment du langage. Un demi siècle après, on en est un peu revenu. La linguiste Clarisse Herrenschmidt remet ainsi les pendules à l'heure : « Les groupes humains qui écrivent dans des systèmes graphiques différents - idéogrammes, écritures consonantiques des langues sémitiques, alphabet grec - s'inscrivent différemment dans le monde. »

 

Prenons un exemple : VIVRE. Voilà un mot compris par chacun. Cependant, simplement pour le lire, notre cerveau a été amené à réaliser toute une série d'opérations auxquelles nous sommes tellement habituées que nous n'en avons plus conscience. Pour lire un mot comme VIVRE, avant même de percevoir sa signification, nous avons dû faire tout une suite d'additions littérales : V+I = VI, puis V+R+ E = VRE, et finalement VI+VRE = vivre. Ces opérations sont menées par notre cerveau gauche, le cerveau « analytique », apte aux opérations arithmétiques. Leur aboutissement est la production d'une image sonore mentale que notre cerveau décode alors en l'associant avec le son qui lui correspond dans notre langue.

 

La lecture d'un idéogramme chinois suit un processus complètement différent.

 

Pour lire un idéogramme, le cerveau gauche est assez inopérant, parce qu'on ne peut pas épeler un idéogramme. Même s'il est composé de plusieurs éléments ayant individuellement une signification propre, son sens ne résulte pas de leur addition, mais du saut qualitatif produit par leur association. Sa lecture met en jeu l'hémisphère droit, la partie de notre cerveau qui excelle dans la reconnaissance des formes et qui fonctionne en logique floue, cette aptitude qui nous fait parfois dire « j'ai déjà vu cette tête-là quelque part ».

 

Cette primauté du cerveau droit dans la lecture des idéogrammes explique sans doute l'aptitude de l'esprit chinois à percevoir la globalité comme une évidence et la causalité linéaire comme un exotisme. Tout comme ce fonctionnement lui permet de concevoir comme tout à fait viables ces monstres logiques que sont les oxymores, ces rapprochement de deux termes opposés (« une obscure clarté ») ou antagonistes (« un pays deux systèmes »).


Inversement, la perception du monde à l'aide de mots formés de suite de lettres légitime la conviction occidentale que n'importe quel système peut être décomposé et analysée à partir des éléments basiques qui le constituent. Tous les mots pouvant être écrits à l'aide d'un ensemble restreint de signes, il nous semble « naturel » que tout ce qui existe en ce monde puisse être réduit à la combinatoire de ses éléments constituants. De cet impensé radical, naîtra l'idée posant l'analyse scientifique comme mode unique d'appréhension du réel.

 

Évidence conceptuelle que résume C. Reeves lorsqu'il dit : « Le principal acquit de la science occidentale est de nous avoir appris que l'univers entier est structuré comme un langage : les atomes s'associant en molécules comme les lettres en mots, les molécules en ensembles organiques comme les mots en phrases, et les ensembles organiques en formes vivantes de plus en plus complexe comme les phrases en livres. »

 

Les Chinois voient les chiffres, les Américains les entendent.

 

Il semble pourtant qu'il existe une catégorie de signes qui ne sont ni des suites de lettres, ni des combinaisons d'idéogrammes : les chiffres. Certains y verront le signe que « la langue maternelle ne détermine donc pas entièrement la pensée, car il existe des capacités numériques qui précèdent le langage. »

 

Or, un chercheur de Floride, le professeur M. Y. Tang a comparé l'activité du cerveau de 24 étudiants, la moitié américains de souche et l'autre d'origine chinoise, lorsqu'ils jonglent avec des nombres (écrits en chiffres arabes) . L'imagerie cérébrale a montré que, pour résoudre des calculs arithmétiques simples, Américains et Chinois utilisaient le cortex inférieur pariétal (partie du cerveau impliquée dans la représentation quantitative et dans la lecture), mais qu'en parallèle, les deux groupes activaient des régions différentes pendant les calculs : Les Américains activent la région du cerveau impliquée dans le traitement des langues ; les Chinois, la région cérébrale traitant les informations visuelles, les régions pariétales associées à la perception de l'espace et spécialisées dans la reconnaissance des formes, celle qui est justement constamment sollicitée pour la lecture des idéogrammes.

 

Cette différence, conclut le Pr Tang, serait due à l'apprentissage non de la langue, mais de son écriture. Chinois et Américains diffèrent du fait que, durant l'enfance, l'apprentissage d'un codage, soit graphique littéral, soit idéographique, a modelé le mode de fonctionnement de leur cerveau de façon différente. Toute fonction cérébrale est développée par son utilisation. Le cerveau droit étant aussi spécialisé dans le fonctionnement de la main gauche, l'apprentissage de l'idéographie a produit un effet inattendu sur l'interprétation de certains morceaux de musique classique par des artistes chinois. Les « variations Goldberg », de J.-S. Bach, ces chef-d'œuvre de musique cartésienne, prennent un relief entièrement nouveau quand elles sont interprétées par Zhu Xiaomei : pour la première fois depuis trois siècles et demi, on y entend la main gauche.

 

Par Cyrille Javary pour www.cles.com

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