22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 12:42

Le terme « borderline » fascine, inspire et agite les esprits.


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Employé ici et là dans quel domaine que ce soit, et source de nombreuses idées fausses, la personnalité borderline est un rayon de la psychologie encore mal compris...

Le caractère borderline est un trouble de la personnalité


Dans le langage des psys, on définit ce terme de 'trouble de la personnalité' comme une façon d’être (et de réagir) durable et source de mal être. La personnalité borderline est un trouble durable, quoiqu’ évolutif, parsemé de moments de crises et de périodes d’apparence saine.

Particulièrement fréquent chez les adolescents et les jeunes adultes, sa fréquence et ses conséquences ont tendance à baisser avec l’âge. Les chiffres, probablement sous-estimés, indiquent une proportion de 2% de personnes atteintes en population générale (OMS, 2000), et de près de 20% des personnes soignées en psychiatrie. La personnalité borderline touche préférentiellement les femmes.

De quoi s’agit-il vraiment ? Comment savoir si l’on est concerné ? Où s’adresser pour se faire aider ? Réponses à toutes les questions concernant la personnalité borderline, encore trop méconnue, et pourtant si répandue.

 

Un trouble de la personnalité, c’est quoi ?


Un trouble de la personnalité est le terme donné par les psys pour désigner une façon d’être ‘pathologique’ source de mal-être dans toutes les sphères de la vie quotidienne. Un trouble de la personnalité est une affection durable, plutôt stable dans les temps, qui correspond plus à un ‘tempérament’ qu’à une réaction pathologique momentanée. Il en existe plusieurs, chacun regroupant une série de traits de caractère spécifiques et un rapport à l'ego particulier.

En fonction de ces éléments, on peut classer le trouble de narcissique, d'obsessionnel-compulsif, d'évitant, ou encore de paranoïaque. La personnalité borderline en fait également partie.

Suis-je borderline ?


Emotive, impulsive, imprévisible, angoissée… la personne borderline lutte au quotidien contre une hyperémotivité parfois embarrassante, et un équilibre difficile à garder. Les aspects de la vie concernés par cette instabilité personnelle sont l’image de soi, les relations aux autres, la gestion des émotions, et de la vie quotidienne.

Une image de soi bien fragile


Peu confiante en elle-même, la personne borderline a un besoin quasi permanent d’être rassuré par autrui. Elle a une vision assez instable d’elle-même, tantôt enthousiasmante, tantôt insignifiante, qui peut parfois être la source d’une grande angoisse ("Je suis vide") et même de pensées suicidaires. Pour compenser cette ‘inconsistance identitaire’, elle utilise parfois l’extérieur, son entourage (en s’entourant au maximum) ou des objets (achats, toxiques, etc.), pour donner des contours à sa personne qu’elle a tant de mal à définir.

Des relations tourmentées


Il est difficile pour un individu à la personnalité borderline de maintenir une stabilité dans ses relations interpersonnelles. Le schéma habituel est une relation forte en intensité portée par des sentiments extrêmes évoluant entre amour et haine. Les relations peuvent connaître des moments de calme apparent, mais sont le plus souvent marquées de conflits. Ces derniers sont généralement provoqués par la crainte d’être abandonnée, une grande susceptibilité et une méfiance soudaine (voire des idées paranoïaques) vis-à-vis de l’autre.

En plus de colères incontrôlables, les angoisses du borderline sont parfois telles que le sujet en oublie les sentiments et le vécu de l’autre. "On se quitte puis on se remet ensemble" est un des scénarios typiques des relations de couple de la personne borderline, dont le "Je n’ai que des relations courtes" fait également partie.

Attention cependant à ne pas qualifier à outrance de borderline ce type de relations. Seul leur caractère durable est signe de souffrance, et doit mettre la puce à l’oreille.

Une hyperémotivité


La vie d’une personne borderline est un jeu de bascule entre sentiment de vide et émotions fortes. En adepte de la loi du tout ou rien, elle peut passer du rire aux larmes, du profond mal-être à la jouissance.

Les émotions ressenties sont parfois telles que des pensées de suicide ou d’auto-violence peuvent lui passer l’esprit. Des envies d’agir qui prennent parfois forme sous le coup de l’impulsivité, et qui font la gravité de ce trouble. Pourquoi ? Parce que c'est parfois le seul moyen trouvé pour soulager l’angoisse et le mal-être, au moins temporairement.

La recherche de sensations fortes


L’ennui est difficilement gérable, parfois même insupportable. Pour compenser ce vide affectif ressenti, l’individu qui souffre d’une personnalité borderline a parfois recours à des conduites à risques : prise de toxiques, conduite alcoolisée, sexualité non protégée, dépenses inconsidérées (et découverts à la clé !), consommation excessive de médicaments, sports dangereux, etc.

Il n’est d’ailleurs pas rare que la personne borderline souffre d’addiction, c'est-à-dire d’une dépendance à une substance ou à un comportement (achats compulsifs, boulimie, jeux d’argent, etc.). L’impulsivité, très fréquente dans la personnalité borderline, facilite ce genre de comportement.

Pour simplifier, on peut dire que la personne borderline vit dans les excès. Rebelle, la personnalité borderline aime dépasser les limites que son milieu lui impose. Une façon de pondérer les angoisses existentielles en s’emparant de sensations fortes...


Comment cela évolue ?


L’évolution est très variable, avec une tendance générale à la résolution spontanée des symptômes, une fois passé l’âge adulte. En effet, même si la personnalité borderline est un trouble durable, elle peut évoluer positivement au fur et à mesure du travail psychique et des expériences positives de vie.

Les maladies associées


Même si le trouble est propice à s'arranger avec le temps, la fragilité identitaire de ces personnes favorise le développement d’autres maladies psychiques comme les troubles de l’humeur (trouble bipolaire, dépression, etc.), les troubles du comportement alimentaire (surtout la boulimie), les troubles anxieux, ou encore les addictions. A titre d'exemple, on a estimé dans une étude qu'environ 3/4 des patients borderline suivis présentaient un trouble de l'humeur.

La mise en danger


La gravité de cette pathologie réside dans les conduites à risque dont l’issue peut être fatale. Outre les conséquences financières, sociales (difficulté à s’adapter au monde professionnel, etc.) et sanitaires (risque de grossesse non désirée, de MST, d’accidents de la route, etc.) fréquentes, le risque suicidaire représente la pire menace de cette maladie, d’autant plus qu'il est associé à une forte impulsivité.

La fréquence du suicide chez les sujets souffrant d'une personnalité borderline, est estimée à 10%. Néanmoins, ces cas les plus graves ne sont pas majoritaires. Une grande proportion de personnes borderline parvient à vivre ‘normalement’ avec une bonne adaptation socioprofessionnelle, malgré le trouble.

Un suivi parfois difficile


Si le suivi psychothérapique est essentiel pour l’amélioration du vécu de la personne et de son adaptation sociale, il est parfois difficile à mettre en place et à maintenir. Tout comme la personne borderline a du mal à entretenir une stabilité relationnelle et personnelle, elle peut être très réticente à amorcer et à poursuivre la relation thérapeutique.

Les ruptures de suivi et les changements de thérapeute ne sont pas rares. Le cadre, voire le contrat de soins, établi avec le psy, est essentiel pour éviter cet écueil.

 

Quand on est un proche…


Qu’on soit le frère, la meilleure amie ou le compagnon d’une personne borderline, il n’est pas toujours aisé de comprendre, ni de supporter, ses mouvements affectifs fluctuants. D'abord, il est important de prendre conscience que la personnalité borderline est un réel trouble psychiatrique, et non un simple défaut caractériel, qui nécessite des soins psychiques. Le soutien que vous apporterez à la personne borderline est essentiel, mais sachez garder la juste distance dans votre mode relationnel, et ne tentez pas de vous substituer au rôle du thérapeute.

  • Dans les moments difficiles « en crise », la personne borderline a avant tout besoin d’être rassurée. Alors ne jugez pas, mais rassurez-la comme vous pouvez !
  • Encouragez-la dans ses projets (qu’elle a parfois du mal à maintenir), complimentez-la sur ses qualités et ses valeurs personnelles.
  • Restez ferme lorsque cela est nécessaire, en particulier lorsqu'elle dépasse les limites.
  • Soyez vigilant dans les moments ‘dépressifs’ de votre proche, en particulier lorsqu’il exprime des idées suicidaires. N’hésitez pas dans ces moments-là à contacter son entourage, son psychiatre ou à le conduire aux urgences si vous ne parvenez plus à gérer la situation seul. Bref, sachez déléguer tout en vous montrant présent.
  • Sachez relativiser les reproches qu’il/elle vous fait. Gardez à l’esprit que le mobile de sa colère est bien souvent la peur profonde d’être abandonnée.
  • Sachez préserver votre espace personnel afin d’éviter de rentrer dans une relation trop fusionnelle.


Source : Zanarini et coll., 2004.

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 15:35

Réflexion philosophique sur un extrait de "Protagoras", de Platon :

 

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C’était au temps où les dieux existaient, mais où n’existaient pas encore les races mortelles. Or, quand est arrivé pour celles-ci le temps où la destinée les appelait aussi à l’existence, à ce moment les dieux les modèlent en dedans de la terre, en faisant un mélange de terre, de feu et de tout ce qui peut encore se combiner avec le feu et la terre. Puis, quand ils voulurent les produire à la lumière, ils prescrivirent à Prométhée et à Epiméthée de les doter de qualités [dunameis ], en distribuant ces qualités à chacune de la façon convenable. Mais Epiméthée demande alors à Prométhée de lui laisser faire tout seul cette distribution : « Une fois la distribution faite par moi, dit-il, à toi de contrôler ! » Là-dessus, ayant convaincu l’autre, le distributeur se met à l’oeuvre. En distribuant les qualités, il donnait à certaines races la force sans la vélocité; d’autres, étant plus faibles, étaient par lui dotées de vélocité; il armait les unes, et, pour celles auxquelles il donnait une nature désarmée, il imaginait en vue de leur sauvegarde quelque autre qualité (…) En tout, la distribution consistait de sa part à égaliser les chances, et, dans tout ce qu’il imaginait, il prenait ses précautions pour éviter qu’aucune race ne s’éteignit.

 

… Mais, comme, chacun sait cela, Epiméthée n’était pas extrêmement avisé, il ne se rendit pas compte que, après avoir ainsi gaspillé le trésor des qualités au profit des êtres privés de raison [aloga ], il lui restait encore la race humaine [non-aloga] qui n’était point dotée [akosmeton]; et il était embarrassé de savoir qu’en faire. Or, tandis qu’il est dans cet embarras, arrive Prométhée pour contrôler la distribution; il voit les autres animaux convenablement pourvus sous tous les rapports, tandis que l’homme est tout nu, pas chaussé, dénué de couvertures, désarmé. Déjà, était arrivé cependant le jour où ce devait être le destin de l’homme, de sortir à son tour de la terre pour s’élever à la lumière. Alors Prométhée, en proie à l’embarras de savoir quel moyen il trouverait pour sauvegarder l’homme, dérobe à Héphaïstos et Athéna le génie créateur des arts [ten enteknen sophian ], en dérobant le feu (car, sans le feu, il n’y aurait moyen [amekhanon] pour personne d’acquérir ce génie ou de l’utiliser); et c’est en procédant ainsi qu’il fait à l’homme son cadeau. Voilà donc comment l’homme acquit l’intelligence qui s’applique aux besoins de la vie. Mais l’art [sophia ] d’administrer les cités, il ne le posséda pas! Cet art était en effet chez Zeus …. Dans la suite, Prométhée fut, dit-on, puni du larcin qu’il avait commis par la faute d’Epiméthée.

 

Or, puisque l’homme a eu sa part du lot divin, il fut, en premier lieu, le seul des animaux à croire à des dieux; il se mettait à élever des autels et des images de dieux. Ensuite, il eut vite fait d’articuler artistement les sons de la voix [phonen] et les parties du discours [onomata]. Les habitations, les vêtements, les chaussures, les couvertures, les aliments tirés de la terre, furent, après cela, ses inventions [eureto]. » Platon, Protagoras , 320d-322a

 

Les hommes, au début, vivaient dispersés [sporadès ] : il n’y avait pas de cités; ils étaient en conséquence détruits par les bêtes sauvages, du fait que, de toute manière, ils étaient plus faibles qu’elles; et si le travail de leurs arts leur était d’un secours suffisant pour assurer leur entretien, il ne leur donnait pas le moyen de faire la guerre aux animaux; car ils ne possédaient pas encore l’art [tekhnè ] politique, dont l’art de la guerre [polémikè] est une partie. Aussi cherchaient-ils à se rassembler, et, en fondant des cités, à assurer leur salut. Mais, quand ils se furent rassemblés, ils commettaient des injustices [étaient adikoun] les uns à l’égard des autres, précisément faute de posséder l’art d’administrer les cités [ten politikhen tekhnen]; si bien que, se répandant à nouveau de tous côtés, ils étaient anéantis. C’est alors que Zeus, craignant pour la disparition totale de notre espèce, envoie Hermès porter aux hommes l’aidô [ la pudeur, le respect, la honte- peut-être pourrions nous dire aujourd'hui le sentiment de la finitude] et la justice [dikè], afin qu’elles fussent la parure des cités [poleon kosmoï : le faire-monde des cités] et le lien [desmoi ] par lequel s’unissent les amitiés [philias sunagogoi : se rassemblent, se rapprochent]. Sur ce, Hermès demande à Zeus de quelle manière enfin il donnera aux hommes la justice et l’aidô : « faut-il que, ces tekhnaï aussi, j’en fasse entre eux la distribution [nenemestai] de la même façon qu’ont été distribuées [neimô] les autres techniques ?

 

Or, voici comment la distribution s’en est faite : un seul individu, qui est un spécialiste de la médecine, c’est assez pour un grand nombre d’individus étrangers à cette spécialité; de même pour les autres artisans [demiourgoï]. Eh bien! la justice et l’aidô, faut-il que je les établisse de cette façon dans l’humanité ? ou faut-il que je les distribue indistinctement à tous ? – A tous indistinctement, répondit Zeus, et que tous en aient leur part! Il n’y aurait pas en effet de cités, si un petit nombre d’hommes [oligoï ], comme c’est par ailleurs le cas avec les autres techniques, en avaient leur part. De plus, institue même, en mon nom, une loi, au terme de laquelle il faut mettre à mort, comme s’il constituait pour la cité une maladie, celui qui n’est pas capable de participer à l’aidô ni à la justice. » Protagoras , 322a-322e.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 12:01

L’anorexie est une maladie qui touche le plus souvent les adolescents et principalement les jeunes filles. Mais depuis quelques années les médecins doivent prendre en charge des patients de plus en plus jeunes !

 

 
Les personnes anorexiques vivent avec l’impression que leur corps est trop gros, mal fait... Elles s’astreignent à des conduites qui les font perdre du poids. Elles ne s’alimentent pratiquement plus mais ne se voient pas maigrir. L'anorexie est considérée comme une addiction sans substance, l'anorexie correspond à un trouble du comportement alimentaire.

 

Quand manger est une source d’angoisse


L’anorexie est bien plus qu’une simple perte d’appétit. La jeune fille, le plus souvent, a une perception fausse de son corps, elle se juge trop corpulente, mal faite et souhaite maigrir au-delà du raisonnable. Au début, l’adolescente peut commencer par un régime pour corriger des rondeurs, réelles ou imaginaires. Mais au lieu de s’arrêter, une fois les quelques kilos superflus perdus, elle poursuit son régime qui devient de plus en plus contraignant, jusqu’à la fin où elle refuse pratiquement toute alimentation. Les repas deviennent alors une véritable source d’angoisse et de conflits au sein de la famille, où toute l’attention est focalisée sur l’assiette, toujours pleine... ou qui ne se vide pas. Parfois, loin des regards, celle-ci « craque » et avale d’un coup une grande quantité de nourriture : c’est un épisode de boulimie. Cet accès de voracité est vécu comme un échec, la personne pour se déculpabiliser, peut ensuite se forcer à vomir.

Ces privations entraînent un amaigrissement très important pouvant atteindre, dans les cas les plus critiques, la moitié du poids normal. La maigreur est, d’ailleurs, l’une des premières raisons qui amènent les parents à consulter un médecin, souvent contre le gré du malade qui prétend aller bien. Outre l’amaigrissement, l’anorexie s’accompagne souvent chez les jeunes filles de l’arrêt des règles, ou aménorrhées.


La dictature de la minceur


Autrefois, l’anorexie ne touchait que les sociétés occidentales. Aujourd’hui on assiste à une apparition de la maladie dans les pays émergents, surtout chez les personnes qui ont adopté notre mode de vie. L’idéal de beauté représentée par la « taille mannequin », la pression sociale avec la guerre contre « les gros » et la mode vestimentaire du nombril à l’air sont autant d’arguments avancés par les spécialistes pour expliquer la progression, de la maladie et le rajeunissement des patients. Malgré tout, les causes de l’anorexie restent encore mystérieuses. Il semble que des perturbations de la structure familiale soient liées au déclenchement de la maladie. Il s'agit en général d'enfants surprotégés qui ont eu des difficultés à affirmer leur indépendance par rapport à la mère. Ces jeunes sont généralement très exigeants envers eux-mêmes et obtiennent de brillants résultats scolaires. Très actifs, ils pratiquent souvent plusieurs sports, toujours dans le but de perdre du poids. Mais, même dans les activités de groupe ils restent plutôt en retrait.

 

Se priver et être en danger


L’anorexie est une maladie grave qui - dans les cas extrêmes, peut aller jusqu'au décès. Les premiers troubles apparaissent quand la perte de poids devient trop importante. En pleine période de changement, l’adolescente va souffrir de carences en vitamines, en minéraux (calcium), en fer apportés normalement par l’alimentation.

Si l’anorexie touche l’enfant plus jeune, elle provoque un ralentissement de la croissance. Ces carences vont fragiliser l’organisme, le rendre plus sensible aux infections, les ongles et les cheveux vont être secs, cassants. A la longue, la dénutrition peut entraîner des troubles cardiaques et hormonaux. En plus de son refus de s’alimenter, le jeune peut avoir d’autres conduites dangereuses comme se faire vomir ou abuser de laxatifs qui peuvent entraîner une perte de potassium, toujours dangereuse. La perte de poids, quand elle devient critique, nécessite l’hospitalisation, parfois en réanimation.


Une guérison souvent incomplète


Le traitement de l’anorexie est très complexe et fait intervenir différents spécialistes. Le but est de redonner à l’adolescente une image juste de son corps et de lui faire retrouver un comportement alimentaire normal. Seulement un tiers des anorexiques guérissent complètement, les autres conservent des troubles pouvant aller de simples désordres alimentaires à des troubles du comportement plus important.

La prise en charge de l’anorexique doit être fait par un psy spécialisé dans les troubles des conduites alimentaires mais il fait aussi intervenir des nutritionnistes et le médecin de famille. Les approches du traitement psychiatrique diffèrent d’une équipe à l’autre. Pendant longtemps on a pratiqué l’isolement thérapeutique qui consistait à interdire à la famille tout contact avec le malade jusqu’à un signe d’amélioration. Maintenant de nombreuses équipes soignantes intègrent au contraire la famille dans la psychothérapie. Les moments forts de ce traitement étant les repas thérapeutiques où toute la famille est réunie. Les critères de guérison sont la reprise d’un comportement alimentaire normal, le retour des règles et l’aiguille de la balance recommençant à grimper.

 

Sources : Doyen C. et al. Anorexie, boulimie : vous pouvez aider votre enfant. Des moyens d'agir dès l'âge de 8 ans. Dunod (2004). Anorexie et boulimie à l'adolescence - Actualité et devenir. Abstracts de la journée d'Amphis en Pédiatrie, Fondation Wyeth pour la santé de l'enfant et de l'adolescent. 19 mars 2004, Medec 2004.

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 08:13

En Chine, au Pakistan, en Inde, en Russie, les catastrophes naturelles de ces dix dernières années ont été d’une violence inouïe, tuant des milliers de personnes et en déplaçant d’autres millions !

 

  • Si l’évolution naturelle du climat permet d’expliquer ce déchaînement de la nature, elle n’en minimise pas moins la responsabilité majeure et non opposable de l’Homme. Son appétit féroce d’empiéter sur sa Terre et sa soif de conquête seront-ils un jour rassasiés ?

 

La canicule sans précédent et les incendies dévastateurs en Russie, les pluies torrentielles au Pakistan, les coulées de boue en Inde et en Chine n’en finissent pas d’alourdir le bilan humain. Des milliers de morts, des millions de déplacés. Et une plaie environnementale béante.

 

Depuis août 2010 en Chine, de nombreuses coulées de boue ont causé la mort de plus de 2 000 personnes et en ont déplacé plus de 12 millions. Le mercredi 18 août, une nouvelle coulée de boue de 300 mètres de large a tout emporté sur son passage, dans la province du Yunnan. 60 personnes sont portées disparues. La veille, 15 personnes ont trouvé la mort dans le Sichuan des suites d’un glissement de terrain. Le pays a connu les pires inondations de la dernière décennie... et ne parlons pas de son voisin le Japon, et des dégradations causées par l'explosion de la centrale de Fukushima (entre autres).
 

  • La Terre : un dépotoir pour l’homme sans foi ni loi !

 
Toutes ces démonstrations de la furie de la planète, si elles font bien partie d’un processus d’évolution logique, ne sont en réalité que renforcées par la main de l’animal qui l’habite : l’homme. Sa soif de conquête, de repousser toujours plus loin les limites de son royaume ont fragilisé l’équilibre intrinsèque de la nature et ont grippé les rouages du système. Urbanisation galopante, déforestation scandaleuse, transformation des zones humides en terres à cultiver, dépôt d’ordures dans des cours d’eau… autant de méfaits infligés à la nature, bafouant l’ordre établi depuis des millénaires et augmentant sensiblement la fréquence de ces catastrophes naturelles meurtrières.

 

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Et preuve de la culpabilité de l’homme dans ces dérèglements climatiques, même les Chinois commencent à se faire à l’idée ! Les médias chinois, en fait ! Les autorités, elles, continuent d’imputer la faute aux inondations. Tout en feignant ne pas comprendre qu’elles sont le résultat d’un développement économique effréné qui a induit la construction de routes et de barrages hydro-électriques à tout-va. « Les autorités locales sont sous pression pour éliminer la pauvreté et développer l’économie, un processus au cours duquel l’environnement se dégrade », a confirmé à l’AFP, Li Yan, le chargé de campagne changement climatique de Greenpeace Chine.
 

  • Urbanisation galopante, catastrophes conséquentes...

 
La deuxième puissance économique mondiale doit son statut en grande partie à la destruction de l’environnement et notamment à son urbanisation galopante. En 2009, elle comptait 620 millions de citadins et son taux d’urbanisation, de 46,6 %, devenait le plus élevé au monde. Sans compter que la Chine abrite de nombreuses villes et cours d’eau parmi les plus pollués au monde. Quant à la déforestation, il est prouvé qu’une baisse de 10 % de la surface des forêts entraîne une hausse de la fréquence des inondations comprise entre 4 et 28 % !

Rétablir la primauté de la nature, rendre ses lettres de noblesse à l’environnement, stopper l’urbanisation galopante, ne pas prendre pour acquis qu’une croissance économique effrénée est systématiquement synonyme de réussite, ne pas empiéter sur les sites remarquables, réinvestir dans le vivant… une leçon de vie, une leçon d’humanité, une leçon de vérité… pour qu’un jour les hommes ne meurent plus de leur incompétence écologique.

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 12:41

Edmund Husserl (1859-1938) est assis à son bureau de travail dans sa maison de Göttingen. Nous sommes en 1910. Le philosophe est en train de rédiger ses Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique, manuscrit sur lequel il travaille depuis des années et qu’il a maintes fois repris et remanié.

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C’est le printemps et le philosophe austro-allemand aperçoit par la fenêtre un arbre en fleur. Cet arbre, pense-t-il, est peut-être un bon moyen pour expliquer quelques-unes des idées clés de la nouvelle philosophie qu’il est en train de concevoir : la phénoménologie.


 

La science des essences


 

Prenons cet arbre en fleur, écrit Husserl, « c’est la chose, l’objet de la nature que je perçois ; là-bas dans le jardin ». Ceci est un arbre réel, mais fermons les yeux et oublions cet arbre pour penser à la notion d’arbre.


 

Alors que la nature nous présente des objets réels sous différents états – platane, sapin ou cerisier en fleur –, la pensée peut en extraire un schéma abstrait, une idée pure, une « essence » qui transcende toutes les figures contingentes. L’idée d’arbre est bien formée d’un tronc et de branches. C’est la forme générale, le « noyau commun » qui s’impose lorsqu’on pense à un arbre. Ces idées pures, ou « essences », qui organisent notre pensée et donnent du sens à l’objet, voilà l’objet de la phénoménologie. Elle doit, selon Husserl, proposer une nouvelle voie pour la philosophie
.

 

Husserl fut d’abord mathématicien, passionné par la théorie des nombres. Scientifique, soucieux de ­rigueur, il conçoit la pensée comme une démarche devant aboutir à des conclusions universelles et irréfutables. Il a emprunté à son professeur Franz Brentano (1838-1917) la notion d’« intentionnalité ». Pour Brentano, cette dernière désigne cette capacité particulière de l’être humain à forger des « représentations » – qu’il s’agisse d’une orange, d’une souris ou d’un enfant –, qui ne sont pas des images objectives. Elles portent la marque du sujet qui les produit : de ses désirs, de sa volonté, de son « rapport au monde ». La représentation est dite « intentionnelle » lorsqu’elle exprime le sens que l’individu attribue aux choses. « La conscience est toujours conscience de quelque chose », proclame Brentano.


 

La théorie de l’intentionnalité de Brentano avait vivement impressionné Husserl. Mais son « psychologisme » (qui supposait une totale subjectivité des états mentaux) heurtait l’esprit du mathématicien. Comment donc conjuguer la logique (et ses vérités universelles) et le psychologique (et sa subjectivité) ? Husserl entrevoit alors une façon de résoudre le dilemme en « fusionnant » la théorie de l’intentionnalité de Brentano et les conceptions universalistes des mathématiciens.


 

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Des recherches logiques
 à l’eidétique


 

Il commence alors à rédiger ses Recherches logiques (publiées en deux parties en 1900-1901), dans lesquelles il expose sa découverte. En géométrie, un rectangle est une figure aux caractéristiques universelles : c’est une figure à quatre côtés, dont les angles sont droits. On peut faire varier la taille du rectangle, changer sa largeur ou sa longueur, son essence de rectangle reste la même. Husserl appellera par la suite « variation eidétique » cette démarche qui consiste à modifier par la pensée les caractères d’un objet mental afin d’en dégager l’essence (renommée eidos). Il voudrait alors transposer cette méthode à la perception en général.


Ainsi, lorsque je perçois un objet rectangulaire – une table, un livre, une fenêtre –, je vois en lui à la fois un objet physique et une forme géométrique (le rectangle). Le rectangle est un être mathématique universel, une essence, même si on l’appréhende toujours sous des formes empiriques.


 

Dans ses Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (qu’on cite généralement « Ideen » en raccourci) Husserl synthétise sa pensée et expose donc son projet : la phénoménologie est la « science des phénomènes » (au sens de phénomènes mentaux) car « elle s’occupe de la conscience ». Alors que la psychologie étudie les comportements et les faits psychiques en laboratoire, la phénoménologie veut en extraire les « essences ». À ce titre, elle est une « science des essences » ou « science eidétique ». Sa démarche repose sur l’« époché » ou « mise en parenthèse » du monde. Car pour s’occuper des essences, il faut « mettre le monde hors circuit » pour axer son esprit sur les idées pures. L’essence de la fleur n’est pas la rose, la marguerite ou la violette : c’est une plante à pétales colorée : voilà ce que toutes les fleurs on en commun. Cette essence de la fleur n’est pas une définition scientifique, c’est ainsi que la conscience la perçoit et l’appréhende spontanément. L’idée de fleur, d’arbre ou d’humain tel est l’objet de la phénoménologie.


 

Husserl pense enfin avoir jeté les fondements d’une philosophie nouvelle dont le champ d’investigation s’ouvre à tous les phénomènes mentaux : souvenir, rêve, expérience esthétique, croyance religieuse.

 

www.scienceshumaines.com

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 12:29

Caroline Eliacheff, pédopsychiatre et psychanalyste, auteur de nombreux ouvrages dont : A corps et à cris : être psychanalyste avec les tout-petits (Odile Jacob) va nous parler de son expérience avec les jeunes enfants et même parfois avec les très jeunes enfants. L’écoute qu’ils peuvent recevoir quand ils sont pris dans un maelstrom de relations complexes parentales et que leur naissance a été extrêmement chaotique.

 

Ecouter le podcast de l'émission:

 

France-Culture-copie-1

  

Nous aborderons également avec Caroline Eliacheff les évolutions des filiations, des difficultés que peuvent introduire ses familles composées et recomposées et les questions liées à l’anonymat en cas de recours à un don de gamètes. En effet, dans toutes ces procréations médicalement assistées (PMA) qui peut mieux parler de l’enfant que les spécialistes à l’écoute des plus fragiles d’entre nous.

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 10:21

Le texte fut publié par partie. Il n'eut aucun succès, et Nietzsche dut publier la dernière partie à compte d'auteur (1885). Les quatre parties furent publiées ensemble pour la première fois en 1892.

 

Le nom Zarathoustra signifie « celui qui a de vieux chameaux » et non comme on l'a cru jusqu'à il y a une trentaine d'année « celui à la lumière brillante » ; c'est le nom avestique de Zoroastre, prophète et fondateur du zoroastrisme, l'ancienne religion iranienne. En allemand, il garde cette forme ancienne. Nietzsche l'a choisi car il fut le premier à enseigner la doctrine morale des deux principes du bien et du mal.

 

 

 

Nietzsche s'est fait une haute idée de son livre, et il ne pensait pas que l'on puisse le comprendre avant longtemps. Aussi, face à cette situation et à cette réception inattendue par des personnes qu'il méprisait, il écrivit plus tard, dans Ecce homo (1888) :

« — Hélas ! mon Zarathoustra cherche encore cet auditoire [capable de le comprendre], il le cherchera longtemps ! »

La qualité poétique du livre a été diversement appréciée. Heidegger par exemple y trouve des passages saisissants par leur beauté, mais estime que bien d'autres passages sont plats ou insipides.


Composition de l'œuvre


Ainsi parlait Zarathoustra se compose de discours, de paraboles, de poésies et de chants répartis en quatre livres. Bien que l'ensemble puisse au premier abord présenter une apparence disparate, Eugen Fink a souligné la forte unité de ce poème. En effet, Zarathoustra commence par annoncer la mort de Dieu, condition préalable à l'enseignement du Surhomme, abordé dans le prologue et dans le premier livre, où la parabole du chameau constitue une annonce de son destin.

 

 

Le deuxième livre expose la pensée de la Volonté de puissance, qui est la pensée du dépassement de soi conduisant au Surhomme. Puis le troisième livre tourne autour de l'Éternel Retour, affirmation la plus haute de la Volonté de puissance et idée sélectrice destinée à poser les conditions qui dans l'avenir permettront l'avènement du Surhomme. La dernière partie tourne autour des hommes supérieurs et de la tentation de la pitié qui est pour Nietzsche la tentation nihiliste par excellence. C'est pour Zarathoustra le dernier obstacle à l'affirmation de la vie et le début d'une nouvelle transfiguration, avec laquelle l'œuvre se termine, transfiguration vers l'amour et la joie symbolisés par le lion devenu docile et rieur et entouré d'une nuée de colombes.


Le prologue


Le prologue constitue l'ouverture du premier livre. Dans ce prologue Zarathoustra, qui s'était retiré dans la montagne pendant dix ans, revient parmi les hommes pour leur faire partager sa pensée (§ 1). Une première version du premier paragraphe du prologue se trouve dans Le Gai Savoir, § 342. L'aphorisme est intitulé Incipit tragœdia et s'achève par les mêmes mots : « — Ainsi commença le déclin de Zarathoustra. »

 

Alors qu'il traverse la forêt, Zarathoustra rencontre un vieil ermite avec qui il discute. Mais lorsqu'il se rend compte que le vieillard a consacré sa vie à Dieu, Zarathoustra préfère s'en aller de crainte de le priver du sens de son existence en lui révélant que Dieu est mort (§ 2). Ce thème ouvre ainsi le voyage de Zarathoustra parmi les hommes, et marque le point de départ de la pensée du Surhomme que Zarathoustra va leur divulguer : Dieu n'étant plus la finalité de la volonté humaine, il faut que l'homme se fixe un but immanent qui passe par son propre dépassement.

 

  

 

    Zarathoustra parvient ensuite à une ville, et commence à s'adresser à la foule rassemblée devant le spectacle d'un funambule. Il parle d'abord du Surhomme (§ 3 et 4), puis du dernier homme (§ 5), mais constate son échec dans les deux cas puisque dans le premier la foule se moque de lui et que dans le second elle l'acclame sans comprendre le sens profond de son message. Dès lors, il décide de s'adresser à un public choisi, qu'il conçoit, en opposition avec la figure du Christ, non comme des disciples, mais comme des compagnons :

« Des compagnons, voilà ce que cherche le créateur et non des cadavres, des troupeaux ou des croyants. Des créateurs comme lui, voilà ce que cherche le créateur, de ceux qui inscrivent des valeurs nouvelles sur des tables nouvelles. » (§ 9)

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 10:28

Lorsqu'une société comporte plus de femmes que d'hommes, celles-ci se retrouvent statistiquement à des postes plus élevés et occupent davantage de responsabilités. Les actes de violence diminuent et la période de fécondité des femmes augmente. D'autre part, un sex-ratio déséquilibré réduirait la conscience de soi et favoriserait des comportements régressifs, sexuels ou intéressés, visibles dans les deux sexes.

 

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Aux Émirats arabes unis, un promeneur a statistiquement peu de chances de croiser une femme dans la rue. De fait, il existe dans ce pays 2,75 fois plus d'hommes que de femmes. Si l'on en croit les recherches en psychologie, l'endroit serait alors peu propice à l'émancipation des femmes, étant donné qu'un sex-ratio élevé diminue les chances des femmes d'accéder à des postes de responsabilité. Rappelons que le sex-ratio est le rapport du nombre de d'hommes sur le nombre de femmes dans une population ; il est ici égal à 2,75 pour les personnes âgées de plus de 15 ans. Les relations entre hommes doivent y être également plus tendues, d'autres études ayant montré que les homicides sont plus fréquents dans les sociétés où les hommes sont plus nombreux.

 

En Ukraine, on compte à l'inverse cinq femmes pour quatre hommes. Cette situation, on le verra, est plus propice à l'émancipation des femmes. De fait, peu après sa sortie de la sphère d'influence soviétique, ce pays s'est doté d'un premier ministre femme.

 

Faut-il y voir de simples coïncidences ? En fait, le sex-ratio, indice bien connu des démographes, a une réelle influence sur les comportements, les rapports entre hommes et femmes, et les orientations familiales ou professionnelles des uns ou des autres. On ne se comporte pas exactement de la même façon lorsqu'on est une femme en situation de majorité ou de minorité…

 

Un outil d'émancipation

 

Les chercheurs démographes, psychologues ou sociologues distinguent en réalité plusieurs types de sex-ratios. Il peut s'agir de celui entre le nombre d'hommes adultes non mariés et le nombre de femmes adultes non mariées ; ou bien, entre le nombre d'hommes dans une entreprise ou une formation universitaire, et le nombre de femmes dans cette même entreprise ou une institution… Car ces différents ratios propres à un secteur d'activité ou à un groupe social ont des conséquences importantes sur les relations entre hommes et femmes.

 

Certains chercheurs pensent ainsi qu'il peut influer positivement ou négativement sur l'émancipation des femmes dans la société. Les psychologues Maria Guttetag, de l'Université Harvard, et Paul Secord, de l'Université de Houston, ont ainsi constaté que les grands mouvements féministes des années 1970 aux États-Unis se sont développés au moment même où la valeur du sex-ratio diminuait, c'est-à-dire lorsque les hommes devenaient moins nombreux que les femmes. Dans une société où les hommes sont plus nombreux que les femmes, les possibilités d'émancipation et d'évolution de la position des femmes diminueraient alors qu'elles augmenteraient quand les hommes sont plus rares.

 

Selon les auteurs de ces études, dans le vaste marché de la formation des couples, la raréfaction des hommes entraîne une difficulté, pour un certain nombre de femmes, à trouver des partenaires. En outre, les hommes, dans un tel contexte, tendent à privilégier les femmes plus conformes à des attentes précises, que l'on nomme normatives (aspect physique séduisant, sollicitude, empathie, personnalité conciliante par exemple). Les femmes ne se conformant pas à ces normes (plus ambitieuses, moins soumises, par exemple) resteraient plus souvent seules et devraient subvenir à leurs besoins. Elles n'auraient pas d'enfants, disposeraient de ressources financières supérieures et pourraient consacrer plus de temps à leur carrière. Ce faisant, elles accéderaient davantage à des postes de pouvoir.

 

Or les personnes ayant plus de pouvoir sont aussi celles qui peuvent faire évoluer les normes et les pratiques sociétales. La contre-normativité de ces femmes est également un facteur d'émancipation et de revendication. Finalement, les variations du sex-ratio dans la société peuvent avoir un impact non négligeable sur l'émancipation des femmes et l'égalité des sexes dans cette société.

 

Kristina Durante et ses collègues, de l'Université du Texas à San Antonio, ont tenté de vérifier empiriquement l'existence d'un lien entre le statut professionnel des femmes et le rapport du nombre d'hommes non mariés au nombre de femmes non mariées. Cet indicateur a été mis en corrélation avec la proportion de femmes occupant les emplois les mieux rémunérés de l'ensemble des états américains (pdg, pharmacien, avocat, psychothérapeute, médecin, analyste financier, ingénieur systèmes et réseaux, etc.). Les résultats ont montré que plus le rapport diminue (et donc, moins la population compte d'hommes non mariés relativement aux femmes non mariées), plus les femmes sont nombreuses à occuper ces emplois prestigieux et bien rémunérés. Selon les chercheurs, la faible proportion d'hommes dans leur environnement disposerait les femmes à se focaliser davantage sur leur carrière et à mieux réussir professionnellement.

 

Des femmes au pouvoir

 

Les ambitions mêmes des femmes semblent fluctuer au gré des informations qu'elles possèdent sur le sex-ratio de leur environnement. Ainsi, K. Durante a fait une expérience où elle montrait à des jeunes étudiantes américaines âgées de 20 ans en moyenne des photographies prises en différents endroits. Selon les groupes, les photos présentaient plus d'hommes que de femmes, plus de femmes que d'hommes, ou la même proportion. Après avoir examiné ces différentes photos, les jeunes femmes devaient remplir un questionnaire centré sur leurs projets d'avenir. Les questions portaient sur la réussite professionnelle ou sur des aspirations familiales (enfants, famille, mari, etc.). Les résultats ont montré que les étudiantes exposées à des photos montrant une majorité de femmes exprimaient des aspirations davantage liées à leur carrière professionnelle. En revanche, les femmes exposées aux photos présentant des proportions équilibrées d'hommes et de femmes, ou une surreprésentation masculine, formulaient des aspirations davantage tournées vers la famille.

 

Cette expérience a été ultérieurement reproduite, montrant en outre que le sentiment de facilité ou de difficulté à trouver un compagnon de vie a également été influencé par les photos. Les femmes exposées à celles où les hommes étaient minoritaires ont estimé qu'il serait difficile de rencontrer quelqu'un avec qui vivre, alors qu'elles ont estimé que cela serait plus facile quand les photos montraient beaucoup d'hommes ou des proportions équilibrées d'hommes et de femmes. Ainsi, quand une femme perçoit dans son environnement qu'il sera plutôt facile (ou difficile) de trouver un partenaire, les choix de vie qui en résultent changent. Voilà qui expliquerait le lien entre réussite professionnelle des femmes et faible sex-ratio dans leur entourage. Les comportements et les attitudes sexuelles sont influencés par le sex-ratio. Les psychologues Jeremy Ueker, de l'Université de Californie du Nord, et Mark Regnerus, de l'Université du Texas, ont évalué les comportements de séduction et les pratiques sexuelles d'étudiantes selon le sex-ratio sur différents campus.

 

Ils ont ainsi constaté qu'à mesure que le nombre de femmes augmente, ces dernières ont tendance à estimer que les garçons sur le campus sont moins à la recherche de relations durables, que l'on peut moins leur faire confiance, qu'une relation avec eux ne durera pas, et qu'il sera plus difficile de trouver quelqu'un de bien. En matière de relations réelles, on constate que plus les femmes sont nombreuses, moins elles ont eu statistiquement de petits amis et de relations sexuelles dans le mois qui a précédé l'enquête. En outre, elles sont plus nombreuses à être vierges. Moins il y a d'hommes dans un groupe social, moins les femmes estiment ces derniers sincères et dignes de confiance, et moins elles ont d'occasions d'avoir une relation avec eux.

 

Une vision biaisée du sexe

 

Qu'en est-il pour les hommes ? La psychologue Emily Stone, de l'Université de Floride, a proposé à des hommes issus de cultures variées un questionnaire portant sur les critères qui comptent dans le choix d'une compagne. Par exemple, être bonne cuisinière, rester à la maison et s'occuper des enfants, être plutôt sociable, etc. Les résultats de ces aspirations ont ensuite été mis en relation avec le sex-ratio propre à l'environnement de l'individu interrogé. Il s'est ainsi avéré que les critères de stéréotypie et de normativité (la femme s'occupe des enfants, de la maison, a un physique agréable…) deviennent des critères prédominants lorsque l'environnement compte beaucoup de femmes – autrement dit, lorsque les hommes ont le choix. Dès lors que les femmes se font plus rares, de telles aspirations sont revues à la baisse. Selon les chercheurs, les standards de ce que doit être l'autre varient au gré du sex-ratio : quand le choix est vaste, les hommes recherchent quelqu'un de standardisé ; mais on se montre plus souple et moins « normatif » (moins exigeant) lorsque le choix est restreint. E. Stone a réalisé le même type d'enquêtes auprès de femmes, confirmant l'importance de ces critères de normativité : lorsque les hommes sont plus nombreux que les femmes, les revenus, la maturité, la similarité de formation deviennent plus importants, alors qu'ils passent au second plan dès que les hommes se font plus rares.

 

Signes extérieurs de richesse

 

Les revenus élevés chez un homme semblent plus importants pour les femmes quand elles sont moins nombreuses et qu'elles peuvent choisir. Or, dans un tel contexte, les hommes n'hésitent pas à mettre en avant de telles ressources. Vladas Griskeviius, de l'Université du Minesota, et ses collègues ont ainsi montré, dans une étude examinant le sex-ratio dans près de 120 grandes agglomérations américaines, un lien entre cet indicateur et le nombre de cartes de crédit possédées par les hommes ainsi que leurs dépenses. Pour les chercheurs, lorsque les hommes sont nombreux, ils se trouvent en situation de compétition pour trouver une partenaire, ces dernières étant en nombre plus limité – et donc plus sélectives. Or, pour augmenter leur attrait auprès des femmes, les hommes doivent afficher des ressources plus importantes. Disposer de crédits confortables, être capables d'effectuer des dépenses ostentatoires, permet alors de rendre visible aux yeux des femmes un tel potentiel de ressources. Une autre étude de Thomas Pollet et Daniel Nettle, à l'Université de Newcastle en Grande-Bretagne, a montré qu'à mesure que le nombre d'hommes augmente par rapport au nombre de femmes, la question des ressources financières des hommes pèse davantage dans les mariages. Les femmes, lorsqu'elles ont le choix, tendraient à privilégier les ressources de leur futur compagnon.

 

Outre ses effets sur la compétition pour la recherche d'un partenaire, le sex-ratio est aussi susceptible d'influer sur la biologie des individus. Ainsi, Sarah Feingold, de l'Université du Minnesota, rapporte que, lorsque le nombre d'hommes diminue, les femmes tendent à être pubères plus tôt. Inversement, lorsque le nombre d'hommes augmente, l'âge de la maturité sexuelle augmente. En effet, dans une interprétation évolutionniste, les hommes sont motivés à optimiser leur succès reproducteur et cherchent des partenaires fécondes plus longtemps. Une femme pubère plus tôt renforce son attrait auprès des hommes.

 

Malheureusement, les actes de violence dépendent également en partie de ce ratio. Le psychologue social Joseph Vandello, de l'Université de Floride du Sud, a étudié les statistiques de criminalité dans 49 états des États-Unis et ses données ont été corrélées avec le sex-ratio dans ces mêmes états. Cette étude a été réalisée sur des hommes âgés de 20 à 26 ans, et sur des femmes de 18 à 24 ans. Les résultats ont révélé que, plus le nombre d'hommes augmente comparativement au nombre de femmes, plus le taux d'homicides des femmes – et notamment d'homicides par le partenaire – augmente. Dans le même temps, moins le groupe social comporte d'hommes relativement aux femmes, plus rare est ce type d'homicide. On note aussi que la proportion d'hommes tués par d'autres hommes pour des motifs de jalousie augmente lorsque le sex-ratio est plus élevé. Il se pourrait que, les femmes devenant plus rares, les hommes deviennent plus jaloux et possessifs, ce qui favoriserait de tels comportements de violence extrême.

 

En outre, toujours dans les sociétés à fort sex-ratio, les femmes ont naturellement plus de probabilités de rencontrer un autre homme, ce qui augmente le risque de rivalités potentiellement violentes. De façon générale, la compétition forte entre les hommes favoriserait les comportements agressifs. Il est à noter que plusieurs études ont confirmé ce lien, et que les violences sexuelles faites aux femmes (viols, insultes d'ordre sexuel, etc.) augmentent à mesure que la proportion d'hommes devient supérieure à celle des femmes. Le triste événement survenu en Inde au mois de janvier dernier, qui a eu un fort retentissement local et international, le rappelle avec vigueur : en Inde, le sex-ratio est élevé et proche de 1,1. En d'autres termes, cette société est caractérisée par un excès d'hommes en âge de procréer et de se marier. Ce qui ne semble pas propice à une ambiance apaisée.

 

Nicolas Guéguen pour www.cerveauetpsycho.fr

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 12:20

<< Quand je masse un corps, je ressens ce qu’il ressent. Je sais s’il est détendu, heureux de ce que je lui fais, ou s’il lui reste des réticences, des douleurs, des pudeurs. Et je peux affirmer que, de son côté, le patient perçoit mon désir de le masser, ou ma lassitude parfois.>>

 

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Hervé Cochet est un professionnel du toucher. A double titre. Kinésithérapeute et aveugle depuis l’âge de 25 ans, il aime ce métier mettant en œuvre celui de ses sens qui, plus que les autres, lui permet d’être heureux. « On ne se trompe jamais sur un message envoyé par le toucher », as- sure-t-il. Ses mains sont devenues ses yeux ; sa peau, une fenêtre sur le monde. La peau, « ce qu’il y a de plus profond chez l’homme », écrivait

Paul Valéry dans « L’Idée fixe ».

 

Lieu de toutes les sensations, réceptacle des caresses et de l’amour, vulnérable à la douleur, vectrice de la découverte du monde, la peau est l’organe du toucher, notre sens le plus affiné. D’ailleurs, les mots ne manquent pas : câliner, chatouiller, effleurer, presser, palper, frapper, frôler, frotter, tripoter, embrasser...

 

Aucun animal n’atteint la qualité et la précision perceptive de notre toucher. Lorsqu’il y a plus de deux millions d’années, l’homme s’est dressé sur ses deux jambes, il a libéré ses mains qui sont alors entrées en contact direct avec la matière. Aujourd’hui, évolution oblige, nos récepteurs sensoriels se concentrent 10 à 20 fois plus dans les mains que sur le reste du corps : on compte jusqu’à 2000 terminaisons nerveuses par millimètre carré au niveau de la pulpe des doigts.

 

« On touche avec les yeux ! » assène-t-on pourtant à nos enfants. Quelle frustration, alors que le toucher reste si longtemps notre principal mode d’accès au monde ! Fasciné, Paul observe régulièrement son petit Téo de 18 mois : « Je le vois s’approcher des objets, les manipuler doucement, les porter à sa bouche, s’extasie ce jeune papa de 28 ans. Et quand il a compris qu’il n’y a pas de danger, il s’en donne à cœur joie : il les écrase, les lèche, les mord... En fait, il fait connaissance avec eux. » C’est grâce à la mémoire de la peau que, plus tard, la vue nous suffira à reconnaître les matières. Mais Paul va plus loin. Pour lui, « faire connaissance » avec son enfant passe, de la même façon, par le contact physique : « Quand je le change, je le caresse et je le masse. Il adore ça ! Depuis sa naissance, c’est ce qui m’a permis d’entrer en intimité avec lui et de rattraper le fait que je ne l’ai pas porté dans mon ventre. »

 

LA MÉMOIRE DES PREMIÈRES CARESSES

 

En effet, dans les premières semaines de son existence, « c’est par le contact avec la peau de sa mère que le bébé se sent exister , détaille le psychanalyste Michael Stora. Ensuite, lorsqu’il se touche lui-même, c’est à la fois pour découvrir son corps et pour pallier l’absence de sa mère. » Grâce au toucher, le nourrisson se différencie jour après jour du reste du monde, fait la distinction entre toucher et être touché. Cette mémoire des premières caresses reste inscrite en nous comme un eldorado que nous n’aurons de cesse de re- chercher.

 

Et lorsque, parlant de lui ou d’elle, nous avouons

« l’avoir dans la peau », il s’agit bien souvent, à notre insu, d’un être dont l’odeur, la texture de l’épiderme, le contact, nous rappellent furieusement notre mère. C’est dire l’importance des premiers échanges... « Un enfant qu’on ne touche pas suffisamment devient rapidement dépressif et ralentit son développement psychoaffectif , rappelle Michael Stora. Le bébé peut mourir de ne pas être assez touché. »

 

Le toucher est le premier de nos sens à se développer – la peau se forme avant la huitième semaine de gestation. Et le dernier à se retirer, ultime mode de communication lorsqu’une vie trop longue a usé tous les autres. Toucher, c’est découvrir, prendre de l’information, en donner. Toucher, c’est aimer et c’est apprendre. C’est aussi agresser ou être agressé. C’est soigner, apaiser, se révéler. Un espace de vie qui ne ment pas. « Le monde des odeurs, des couleurs, des sons, est de simple apparence. Seul le toucher fournit la certitude d’une réalité. Prendre, c’est déjà comprendre », écrit le neurologue Guy Lazorthes dans son « Ouvrage des sens » (Flammarion, 1992). Ce qui est vrai pour la matière l’est aussi pour les sentiments que nous éprouvons. Véritable langage parallèle, cette voix du silence peut tout aussi bien traduire fidèlement notre monde intérieur que le trahir. « La peau durcit lorsqu’elle refuse qu’on la touche, elle s’anime pendant l’amour, devient plus douce lorsqu’elle se sent comblée », détaille le médecin gériatre Lucien Mias. Autant de messages d’un corps à l’autre qui peuvent confirmer ou démentir nos désirs affichés.

 

Baptiste et Ludivine se sont rencontrés il y a un peu plus d’un an. Amoureux. Très amoureux. Ils viennent d’emménager dans un petit appartement du côté de la butte Montmartre à Paris. Un lieu où le manque d’espace les oblige à se frôler des centaines de fois par jour. « C’est souvent l’occasion d’un petit baiser ou d’une caresse , se réjouit la jeune fille. Mais c’est aussi le baromètre de notre humeur : selon qu’il est machinal ou tendre, le moindre geste quotidien devient signifiant. »

 

LA FOURCHETTE, OUTIL BARBARE

 

Pourtant, ce toucher si sensible qui nous est propre demeure, dans nos sociétés occidentales, le sens le moins valorisé. Gastronomie, musique, arts plastiques... on glorifie le goût, l’odorat, l’ouïe, la vue. Pas le toucher. « Nous vivons dans un monde où le tactile a disparu, mais ça ne date pas d’aujourd’hui », confirme le sociologue David Le Breton, professeur à l’université de Strasbourg et auteur de « La Saveur du monde, une anthropologie des sens » (Métailié, 2006). Il faut remonter à Rabelais, qui faisait l’éloge du « bas corporel » (érotisme et scatologie) et du plaisir de manger, pour retrouver une civilisation « touchante ». Curieusement, c’est l’invention de la fourchette qui sonne le glas de cette culture dite « carnavalesque » et instaure la mise à distance du charnel. La fourchette comme premier objet médiateur entre le monde et nous. La fourchette qui sépare la nourriture de la main. « A cette époque, la France passe de Rabelais à Des- cartes :

tous nos désirs, et donc le toucher, sont domptés par une série de rituels », commente David Le Breton.
  

  Pour Lubna, Soudanaise venue s’installer en France, cette fameuse fourchette fait figure d’outil barbare. Elevée dans une culture où l’on mange avec les mains, il lui a fallu du temps pour s’habituer. « C’est comme une barrière , décrit-elle. A cause de ce morceau de fer entre les aliments et moi, je ne sens plus le goût. J’ai même pris du poids à cause de ça ! » A l’opposé, la Française Julie a découvert le plaisir de manger avec les doigts lors d’un voyage au Mali : « Au début, c’était bizarre, j’avais envie de m’essuyer les mains entre chaque bouchée, se souvient-elle. Mais petit à petit, je me suis habituée. En réalité, c’est très voluptueux de prendre la nourriture directement dans le plat. On sent les textures : une poignée de riz se malaxe, la sauce coule dans les jointures. C’est tiède, on se lèche la main. Il suffit de se débarrasser de nos préjugés. Manger met en œuvre la vue, l’odorat et le goût, pourquoi pas le toucher ? » Les enfants le savent d’instinct : essayez donc de les obliger à manger une cuisse de poulet avec des couverts !

 

Eminemment culturel, le toucher du XXIe siècle est codifié par des règles, des interdits implicites, et se révèle toujours significatif : « Il véhicule un message non verbal qu’il faut prendre en compte », souligne David Le Breton. Toucher n’est pas un geste neutre, sans portée : nos échanges « peau à peau » suscitent d’ail- leurs dégoût, peur, plaisir, désir... On ne touche pas par hasard et jamais n’importe qui. Et quand, par inadvertance, deux inconnus se frôlent dans une foule, il en résulte le plus sou- vent un immédiat mouvement de protection, voire d’agressivité : « Tout objet qui nous touche sans que nous l’ayons d’abord identifié est vécu comme une attaque », explique le kinésithérapeute Hervé Cochet, rappelant que « toutes les fonctions humaines sont dévouées avant tout à la survie de l’espèce ».

 

La France, de culture méditerranéenne, n’est pourtant pas la plus atteinte par cette désincarnation des rapports humains. Selon une étude, lorsque deux Parisiens prennent un café, ils se touchent en moyenne 110 fois, contre... zéro pour les Londoniens ! Quant à notre poignée de main innocente, elle se révélerait importune au Japon où tout contact physique est proscrit en public. Inversement, les hommes se tiennent couramment par la main dans les rues de Bombay ou de New Delhi et, en Afrique subsaharienne, les enfants restent en permanence sur le dos nu de leur mère jusqu’à leurs 2 ans révolus.

 

UNE AFFAIRE DE SENSUALITÉ
 

« Nous vivons dans un monde “occulocentriste” ! » déplore le photographe Evgen Bavcar, aveugle lui aussi. Et de raconter, dans une interview au journal du CNRS, ce vernissage d’une exposition de sculptures de nus : « J e les ai regardées de près, avec mes mains, mais l’ami qui m’accompagnait m’a supplié de partir : dans la galerie, tout le monde était choqué que je touche ces corps ! Et ce n’était que des corps de pierre ! » Avec d’autres non-voyants, Evgen Bavcar milite pour des parcours tactiles dans les expositions, pour en finir avec ces écriteaux qui semblent hurler : « Défense de toucher ! » « L’art est sensuel. Quel dommage de priver les visiteurs de cette dimension-là », regrette le photographe.

 

Sensualité. Le mot est lâché. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsque Hugo, préadolescent de 13 ans, raconte qu’en cours d’histoire, ses deux voisines s’amusent à faire glisser leurs doigts dans un effleurement très lent sur chacun de ses genoux. « Ça me met en transe ! » lâche-t-il en rougissant. De cela encore lorsque Julie décrit la façon dont elle se passe de la crème sur le corps après un hammam : « Je sens ma peau toute douce, ça me donne envie de la caresser, de la chouchouter. C’est encore mieux si j’ai un rendez-vous juste après ! » ajoute-t-elle en éclatant de rire. De cela toujours quand Ludivine et Baptiste se lovent l’un contre l’autre dans une soirée ou au café, « comme si nos corps avaient été fabriqués pour

s’emboîter », remarque le jeune homme, « comme si des aimants nous possédaient », renchérit sa belle, s’émerveillant au passage de la racine commune d’« aimant » et « aimer ». Le psychanalyste Michael Stora le rappelle d’ailleurs volontiers : « Se toucher entretient et renforce l’amour. Plus un couple fait l’amour, plus il s’aime. »

 

Aragon l’a bien compris, qui écrit dans « Le Tiers Chant », interprété par Jean Ferrat : « Suivre ton bras, toucher ta bouche ; être toi par où je te touche ; et tout le reste est des idées. » Les poètes ont toujours raison.

 

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 12:57

Pourquoi l'Occident court à la catastrophe et nous pousse vers la ruine généralisée ? Explication, graphiques et chiffres à l'appui, du consultant britannique Jon Moynihan.

 

 

Croissance zéro, surendettement, chômage endémique et souffrance sociale. Et si le grand malaise des économies développées signifiait la fin de leur suprématie ? Et si les jobs perdus au profit des pays émergents ne revenaient pas ? C'est la thèse provocatrice du consultant britannique Jon Moynihan.

 

 

Conférence de Franck Trommenschlager sur la constitution de l'ordre économique néolibéral sous Milton Friedman :

Franck Trommenschlager:  

"La stratégie du Choc" une économie ensauvagée

[Télécharger le mp3]

 

  

Pourquoi pensez-vous que l'Occident court à la catastrophe ?

- La principale explication tient en deux chiffres : 135 dollars, c'est le salaire journalier moyen d'un travailleur dans la zone OCDE ; 12 dollars, c'est celui d'un travailleur des zones urbanisées de Chine ou d'Inde.

 

 

Cette énorme disparité de revenus est la clef du péril qui nous guette. Dans une économie mondialisée, il est impossible de préserver des jobs bien payés pour les travailleurs occidentaux. Ce facteur sonnera le glas de l'occident. Au nom de quoi pourrait-on continuer à payer les 500 millions de salariés du monde développé dix fois plus cher que les 1,1 milliard de citoyens des zones urbanisées du monde en développement, qui étudient et travaillent souvent plus dur ?

 

Mais un rattrapage salarial ne s'opère-t-il pas entre Nord et Sud ?

- Certes les salaires augmentent dans les régions les plus industrialisées des pays émergents. Mais eux-mêmes commencent à délocaliser leurs usines vers leurs zones rurales ou des pays à plus bas coût, comme le Vietnam. N'oubliez pas qu'il existe, dans leurs campagnes, un autre réservoir de 1,3 milliard d'adultes, vivant avec moins de 2 dollars par jour... La baisse des salaires de nos travailleurs non qualifiés est inéluctable.

 

 

Déjà, un Américain qui n'a pas le bac gagne moins, en termes réels, que son grand-père... En 2025, le salaire occidental moyen aura peut-être été divisé par deux, à 60 dollars. Notamment à travers l'inflation et la dépréciation monétaire. En tout cas, le paradigme du XXe siècle, qui nous assurait une croissance annuelle moyenne de 2% du nombre d'emplois et de 3% du salaire réel, est bien mort ! Depuis l'an 2000, ces deux indicateurs sont négatifs.

 

Les jobs détruits par la crise ne reviendront pas ?

- Les emplois déplaçables vont tous migrer. On a déjà vu basculer des industries entières : la sidérurgie, l'électronique grand public. Aujourd'hui, c'est le tour de l'automobile ; demain de l'aéronautique. Regardez l'économie américaine, pourtant très flexible : lors des précédentes récessions, elle avait retrouvé le même niveau d'emploi au bout de quatre ans. Aujourd'hui, il lui manque encore 6 millions de jobs pour rattraper l'étiage de 2007...

  

 

C'est simple : en 1955, la plus grosse capitalisation de Wall Street, General Motors, employait 500.000 salariés aux Etats-Unis et 80.000 à l'étranger. Aujourd'hui, le champion c'est Apple. Mais il fait travailler 4.000 personnes aux Etats-Unis... et 700.000 chez ses fournisseurs asiatiques !


 

 

Justement, la solution n'est-elle pas de miser sur la matière grise, d'innover ?

- Certes. Mais les émergents ne se contentent plus, comme hier, de jouer les ateliers du monde en fabriquant des gadgets à bas coût. Ils remontent la chaîne de valeur, en investissant leurs excédents commerciaux dans l'éducation, la recherche-développement, les hautes technologies. La Chine, par exemple, investit maintenant presque la moitié de son PIB, les pays occidentaux à peine un cinquième.



Les pays émergents ne font pas que rattraper leur retard ; ils innovent. La part des brevets octroyés à la Chine est passée de presque rien en 1995... à près de 10% du total aujourd'hui.


 

 

Le classement de Shanghai consacre pourtant la suprématie des universités occidentales...

- C'est encore vrai, mais pour combien de temps ? Et d'ailleurs, les pays émergents en profitent eux aussi en envoyant leurs futures élites dans nos meilleures facs : en Grande-Bretagne, les diplômés du supérieur en sciences, technologie, ingénierie et sont à 60% étrangers. Le problème est que la qualité de notre enseignement se dégrade : en Europe, en moyenne, plus de 20% des élèves quittent l'école sans avoir acquis le niveau de lecture qui leur permettrait de contribuer positivement à la société, contre 4% seulement à Shanghai.

 

 

  

Vous critiquez la manière dont nos gouvernements ont réagi à la crise. Ils ont pourtant évité l'implosion du système.

- Au lieu d'analyser les véritables causes de nos problèmes, nos dirigeants se sont demandé comment stimuler l'activité pour retrouver la croissance d'avant. Comme si c'était forcément dans l'ordre des choses... Et leur réponse, initiée par Alan Greenspan en 1987 à la Federal Reserve américaine, a été d'inonder la planète de liquidités. Cette politique de l'argent bon marché - avec des taux d'intérêts nuls ou négatifs - a permis aux gouvernements, aux entreprises et aux ménages de s'endetter massivement pour maintenir leur niveau de vie. Mais cette dépendance à une surconsommation factice nous mène à la catastrophe !

 

Pourquoi ?

- Parce qu'au lieu, comme le préconisait Keynes, de relancer l'activité par la dépense publique en période de ralentissement et de générer des surplus en période de reprise, ces « néokeynésiens » ont fait de la dépense perpétuelle une quasi-religion. La crise des subprimes a encore aggravé les déficits, financés à crédit. Quand on cumule l'endettement des ménages, des entreprises et des Etats, on se situe entre plus de 650% du PIB pour l'Irlande et un peu moins de 300% pour l'Allemagne. C'est un vrai cercle vicieux. Car non seulement, comme les économistes Reinhart et Rogof l'ont montré, au-delà du seuil de 90% du PIB, l'endettement public freine la croissance. Mais surtout, quand la planche à billets aura fini par générer de l'inflation, il faudra bien remonter les taux d'intérêt, et ces dettes deviendront insupportables. Comme déjà en Grèce, en Espagne et en Italie...


Vous dénoncez également la responsabilité des financiers et des patrons surpayés...

- Des groupes disparates d'« ayants droit », à commencer par les banquiers, exercent des prélèvements indus sur nos économies. Les profits excessifs du secteur ont de nombreuses causes : capitaux bon marché, formation d'oligopoles, leviers financiers excessifs, délits d'initiés, développement d'une culture du pari... Résultat : la finance a pris un poids disproportionné, avec des profits et salaires passant de 3,8% du PIB au début des années 1980... à 7,6% en 2010.


On a aussi vu la rémunération des patrons de multinationales s'envoler...

- Attention, je n'ai rien contre le fait de bien gagner sa vie. Le désir de s'enrichir est un bon moteur économique. Mais certains PDG ont dépassé les bornes ! En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, le ratio entre la rémunération annuelle moyenne des grands patrons et le salaire moyen d'un employé a explosé sans justification légitime au début des années 1990... pour atteindre 1 à 243 aujourd'hui. Et cela mine la cohésion sociale.


Quel rapport avec le déclin de l'Occident ?

- Les économistes Daron Acemoglu et James Robinson ont montré dans "Pourquoi les nations échouent" comment, au fil de l'histoire, ce qu'ils appellent des "groupes extractifs" - qui accaparent plus de richesses que ce qu'ils contribuent à créer - peuvent influer sur les politiques et causer le déclin des civilisations.


Mais pour vous les fonctionnaires et les bénéficiaires de prestations sociales font aussi partie de ces "ayants droit " abusifs ?

- Oui. Aux Etats-Unis et en Angleterre, les agents du secteur public - à l'exception des plus qualifiés - sont significativement mieux payés que leurs homologues du privé. Et ce, alors même que leur productivité décline, pendant que celle du privé augmente. En outre, une grande partie des prestations sociales est attribuée à des gens qui n'en ont pas besoin. L'Etat ne peut plus se permettre de subventionner les classes moyennes.

 

Comment enrayer ce déclin ? Un virage vers la rigueur, en pleine crise, ne peut qu'aggraver la récession.

- Bien sûr, il faut que nos gouvernements continuent à investir... Mais pas en aggravant les déséquilibres. La priorité absolue, c'est de réorienter nos dépenses publiques vers les deux types d'investissement les plus porteurs de croissance : l'éducation et les infrastructures.


 

  On a, à tort, laissé se dévaloriser la fonction d'enseignant. En 1930, aux Etats-Unis, 90% des étudiants qui choisissaient d'enseigner faisaient partie du premier tiers de leur promotion ; aujourd'hui, c'est à peine plus de 20%. De même, selon l'OCDE, les pays qui ont les meilleurs taux de réussite en lecture sont ceux où les enseignants sont les mieux rémunérés...

   

 

Quant aux infrastructures, je ne vais pas expliquer aux Français l'intérêt du TGV ou de réseaux télécoms à haut débit. En Grande-Bretagne, on se demande encore s'il faut un TGV entre Londres et Birmingham !

 

Vous préconisez aussi de réformer les banques, de réorienter notre fiscalité et de mettre le paquet sur les nouvelles technologies...

- Oui, il faut avoir le courage politique de rogner les profits de la finance. Il faut aussi, pour favoriser la croissance, faire peser les taxes davantage sur la consommation et l'immobilier et moins sur les ménages et les entreprises. Il faut surtout miser massivement sur les technologies de demain biotech, nanotech, infotech, sciences cognitives et énergies propres - en stimulant le capital-risque. Il faut intégrer nos usines dans des écosystèmes industriels. Ne laissons pas tomber la fabrication proprement dite, qui génère des jobs pour nos classes moyennes avec de nombreux emplois induits (graphique 10).


 

  

Mais vous dites que, pour éviter les délocalisations, il faut commencer par diminuer notre train de vie de 10 à 15%...

- Il faut en effet réformer notre modèle social, avec des sacrifices répartis de la manière la plus équitable possible. Il faudra reculer l'âge de la retraite, diminuer les prestations et rogner sur les salaires. Il y a même urgence. Car si on ne le fait pas aujourd'hui de manière ordonnée, cela nous sera imposé d'ici quelques années par l'accélération de notre déclin. Plus on attend, plus la facture sociale, économique et politique sera douloureuse !

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/

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