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Dossier Science

Mercredi 10 avril 2013 3 10 /04 /Avr /2013 19:55

Recherche psychosociale sur la définition du temps: De Sigmund Freud à Vilfredo Pareto, en passant par les neurosciences et les travaux d'albert Einstein... Quest-ce que le temps ? et celui-ci est-il potentiellement notre ennemi ?

  

Comprendre le temps subjectif dans le cerveau, se réajuster avec son temps... retrouver "la philosophie et la beauté du temps." - Dans le cadre de l'Université Populaire de Saint-Sauveur, Luxeuil et CCPL. Par Trommenschlager Franck, Psychanalyste et Psychosociologue. Membre actif du groupe Ars-Industrialis. 

 

Le sentiment que vous "ne pouvez pas attendre quelque chose" le rend plus long à venir. D’un autre côté, la crainte d’une obligation fait paraître le temps comme plus rapide. Les scientifiques ont confirmé qu’attendre un événement créé une impatience qui signifie que vous pensez beaucoup à l’événement et cela semble "étendre le temps", cela semble une éternité...

Par Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - Publié dans : Dossier Science - Communauté : "Psychologie interdite"
Mardi 12 février 2013 2 12 /02 /Fév /2013 15:53

Les nanotechnologies sont-elles une nouvelle création de l'apprenti-sorcier qui agit au plus profond de l'humanité ? Représentent-elles un danger au regard de l'éthique ?

 

En préliminaire, il faut confirmer aux septiques que les nanotechnologies et les nanoparticules, ne sont plus du domaine de la science-fiction. Depuis toujours, nous côtoyons en permanence bactéries, virus, poussières, farines, etc. Tout objet dont la taille est inférieure ou égale à 100 nanomètres soit 0,0000001 mètre, pour comparaison, un cheveu a une taille de 100 000 nanomètres et un globule rouge 3000 nanomètres.

  

 

Mais ces nanoparticules qui nous entourent sont d’origine naturelle, les nanoparticules artificielles sont tout autres, elles proviennent de la construction atome par atome de structures chimiques nouvelles.

 

C’est Richard Feynman, physicien américain et prix Nobel 1965, qui imagine en 1959 la possibilité de manipuler les atomes un par un et de les agencer en structures cohérentes de très petites tailles, la re-création de la nature ; en quelque sorte, la main de dieu, ou autre, c’est selon !

 

L’invention, en 1981, du microscope à effet de champ (ou effet tunnel) qui permet de réaliser l’image d’un seul atome a rendu possible cette prédiction. A ce niveau de dimensions, nous entrons dans la physique quantique et les assemblages à cette échelle n’ont pas les mêmes propriétés que la matière à une échelle plus grande. C’est le véritable problème de cette révolution technologique qui serait, selon ses partisans, beaucoup plus considérable que l’invention de l’imprimerie, de la machine à vapeur ou de l’informatique.


Aujourd’hui, au niveau mondial, on trouve des nanoparticules dans plus de 550 produits de consommation courante : oxyde de titane pour des crèmes solaires, des produits d’entretien, des farts de skis, des textiles, des carburants, des peintures, particules de silices pour les pneumatiques, encre pour imprimantes, et même certains aliments, silice colloïdale dans le chocolat en poudre ou le ketchup pour empêcher la formation des grumeaux ou augmenter la fluidité. Il existe cependant peu d’études portant sur la toxicité de ces produits et le développement des nanotechnologies n’est pas sans rappeler le développement des OGM : le discours porte sur la lutte contre la faim dans le monde, mais la mise sur le marché concerne avant tout des objectifs de rentabilité des grandes entreprises agro-alimentaires.


Il y a un manque de recherche fondamentale au profit de la recherche marchande, ou, plus préoccupant encore, la recherche non rendue publique. En 2005, pour 10 milliards d’euros consacrés à la recherche-développement, seulement 40 millions d’euros l’ont été pour la recherche sur les effets secondaires éventuels.

Prenons l’exemple des nanotubes de carbone, principal produit en circulation aujourd'hui, très utilisé pour leur robustesse, leur légèreté, leur élasticité et leur excellente conductivité électrique, ils sont déjà largement utilisés dans l'industrie automobile, mais aussi en électronique et dans la fabrication des écrans plats, des textiles High-tech ou de certains articles de sports. Si leurs applications technologiques sont multiples, en revanche, on ne connaît presque rien de leur impact environnemental.


Le carbone, utilisé à l’échelle macrométrique sous la forme graphite ou diamant, est sans effet, mais son utilisation à l’échelle nanométrique en fait un autre produit aux conséquences inconnues et les premières études scientifiques viennent de démontrer que les craintes ne sont pas infondées. Deux d’entre d’elles révèlent que des souris à qui l'on a injecté des fibres de nanotubes de carbone dans leur cavité abdominale développent des pathologies comparables à celles que pro­voque l'amiante enfin des chercheurs japonais ont constaté la formation de lésions cancé­reuses chez des souris après 25 semaines d'exposition à des nanotubes de carbone injectés, là aussi, par voie abdominale.


Ces résultats préoccupants, incitent à mener d'autres investigations pour clarifier un certain nombre de points cruciaux. Il s'agit notamment de déterminer le seuil de particules inhalées (et non injectées comme dans les expériences citées) au-delà duquel le mésothélium est atteint et développe un cancer. Comme l'explique Éric Gaffet, chercheur à l'université de Belfort et auteur d'un rapport pour l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), il faut «considérer le cycle de vie du produit dans sa totalité, notamment au stade de la fabrication puis lorsqu'il devient un déchet.» La problématique est identique avec les nanoparticules de titane déjà incorporées dans les cosmétiques. On connaît mal leurs effets et la législation n'oblige pas à mentionner leur existence. Ce qui compte en terme de risque, c'est le type de molécule et non la façon dont elle est préparée. Une nanoparticule d'oxyde de titane n'a rien à voir avec le même oxyde sous forme de particules plus grosses. Mais la législation ne fait pas la différence.


nanotechnologie1.jpg


Qu’elles sont les applications ?


- Du point de vue de l’informatique et de l’audiovisuel. Les futurs concepts d’enregistrements nanotechnologiques devraient combiner divers avantages : très grande capacité de stockage, rapidité d’accès et conservation des données sans alimentation constante. Grâce aux nanotechnologies, un seul appareil de la taille d’une carte de crédit fera office de magnétophone, d’appareil photo, de magnétoscope, de télévision, de téléphone mobile, de GPS, de traducteur… et de carte de crédit. Les RFID de génération nanométrique seront réduites à la taille de poussières intelligentes.

- Du point de vue médical. C’est le rêve le plus audacieux, peut-être le plus dangereux : la création de la vie artificielle.

La virologie a récemment synthétisé le virus de la poliomyélite et le virus de la pandémie grippale de 1918, et rien ne s’oppose à la création de virus entièrement artificiels.

Mais il s’agit aussi de la lutte contre le cancer, le sida, les maladies génétiques rares, l’utilisation d’implants bioactifs et d’outils de diagnostic miniaturisés.

- Du point de vue des matériaux. Les nanomatériaux constituent les « briques de base » des produits manufacturés. Ils confèrent aux produits manufacturés composés ou constitués de nano-objets les propriétés spécifiques à la dimension nanométrique.

- Du point de vue militaire. Nanocapteurs, poussières de détection intelligentes, microdromes, armes chimiques et bactériologiques micro-encapsulées, micromunitions, etc.

Et l’idée maîtresse des apprentis sorciers des nanosciences est le réalisation d’objets moléculaires et de nanorobots capables de s’auto-assembler, de se répliquer, et dotés de propriétés leur permettant de s’auto-adapter à leur environnement.

Qu’elles se présentent sous la forme de particules libres ou fixées, de fibres ou de tubes, de cristaux ou de lamelles ou de nanorobots hermaphrodites et qu’elles connaissent actuellement un développement remarquable dans le domaine, par exemple, des nanotubes de carbone, il reste que certaines questions, qu’il est légitime de se poser, sont en suspens :

- Que sait-on aujourd’hui des effets des nanotechnologies sur la santé et l’environnement ?

- Que deviennent-elles, après que le produit ait achevé son cycle de vie ?

- Sont-elles biodégradables ?

Sans réponse à ces questions fondamentales pour le devenir de l’humanité, que fait du principe de précaution pourtant inscrit dans la constitution française ?

 

Ce principe est sacrifié sur l’autel du profit car les nanotechnologies suscitent un intérêt croissant. Les pays industrialisés investissent massivement : 8.4 milliards de dollars en 2004. La France est en sixième position avec 187 millions de dollars. La Silicon Valley française en matière de nanotechnologies se situe à Grenoble. Les industries nanotechnologiques forment un secteur stratégique en croissance rapide, à potentiel de développement économique important dans plusieurs directions – l’informatique, l’optique, les télécommunications, la biométrie, la chimie, la médecine, la cognition.


Leurs impacts sur l’économie est très prometteur car les applications industrielles sont nombreuses et concernent des domaines très variés. A l’horizon 2015, 15 % de l’activité manufacturière mondiale serait concernée par des dispositifs ou des matériaux utilisant des avancées nanotechnologiques. En 2008, le marché mondial est estimé à 450 milliards d’euros. Il pourrait doubler en 2015. En France, pour 2007, l’effort public a été de 280 millions d’euros, mais le 24 septembre 2008 le Premier ministre, en déplacement à Grenoble, a annoncé que l’Etat soutiendrait la filière nanométrique à hauteur de 565 millions d’euros par an, dans les cinq ans qui viennent.


Pourtant, un certain nombre de dangers touchant à ces technologies peuvent être identifiés, se situant sur divers terrains :


- Dangers pour la santé :

Comme nous l’avons vu, certains scientifiques font le rapprochement entre les impacts éventuels sur la santé humaine des nanotubes de carbone et l’amiante. Se présentant sous forme de fibres, les nanotubes de carbone pourraient pénétrer dans les poumons et venir se stocker dans les alvéoles pulmonaires voir dans le cerveau.

Certains chercheurs ont mis en évidence des dangers de ces technologies dans la chaîne alimentaire.

Il sera également possible de fabriquer des nanovirus, ciblés pour tuer, beaucoup plus efficacement que les virus naturels, sur des personnes précises, sur des groupes de populations.


- Dangers au regard des droits de l’Homme :

On note l’atteinte à la vie privée que pourrait permettre la généralisation des applications liées à la sécurité au sens large (alimentaire, du territoire, des personnes, etc.) et notamment des RFID nanométriques qui seraient combinées à Internet. Ces étiquettes électroniques posent la question du stockage et de l’usage des informations personnelles. Il est bien prévu une neutralisation de chaque RFID, mais comment neutraliser toutes les RFID si un jour elles sont à la taille nanométrique, et donc invisibles ?


- Dangers au regard de l’éthique :

Les nanotechnologies peuvent être à la source d’une remise en cause de la société, voire de l’Homme lui-même, soulevant en cela de nombreux problèmes éthiques.

La multiplication des nombreuses applications « médicales » pourraient le transformer en le modifiant et en « l’améliorant ». Il existe déjà, aux Etats Unis mais aussi en Europe, des associations qui rêvent de l’avènement d’un « sur homme » dopé par les nanotechnologies et secondé par les nanorobots.

L’être humain risque d’être réduit à ses paramètres génétiques et biochimiques, l’identification d’un individu à son profil.

Les risques sur la santé et sur l’intégrité humaine se double d’une réflexion nécessaire sur le risque d’une atteinte aux libertés individuelles en raison des possibilités techniques quasi infinies et de la discrétion des nanomatériaux.

La question de la traçabilité, récurrente partout dans le domaine du contrôle social, se pose aussi par l’utilisation contre la personne de nanoparticules reliées à des instruments de surveillance, à l’insu des porteurs (type RFID). Notre envie de profilage des individus – ce dernier étant déjà omniprésent –, pourrait anéantir, de fait, tout respect du droit à la vie privée.


L’urgence d’un débat et d’une régulation

N’est-ce pas créer de l’imprévisible tout en souhaitant, le moment venu, pouvoir le maîtriser, que de fabriquer des objets moléculaires capables de s’auto-assembler, de se répliquer, et dotés de propriétés leur permettant de s’auto-adapter à leur environnement ? N’est-il pas homicide de mettre sur le marché des nanoparticules dont on ne connaît pas les effets à court et à moyen terme ?


Il faudrait en conséquence produire pour comprendre, avant de produire pour vendre.

Une citation de Eric K. Drexler, dans son livre Engines of creation, résume bien la situation : « Si on développe la technologie des monstres, ne faut-il pas développer en même temps la technologie des cages qui vont avec. »


L’arrivée des nanotechnologies bouleversera les moyens de production et touchera tous les domaines ; elles semblent capables de transformer la matière, le vivant et l’espèce humaine, leur essor concerne chacun d’entre nous. Il est urgent et capital de mettre en place une régulation, de fixer des normes, d’élaborer des règlements. Cet objectif passe par une mobilisation à l’échelle nationale et mondiale, et par la mise en place de vrais débats, d’échanges entre les chercheurs, les décideurs et les citoyens.


Il faut rompre avec le désintérêt général lié aux questions publiques et améliorer la qualité de l’information. Sinon, des apprentis-sorciers déclencheront volontairement, dans la nature, des processus qui leur échapperont, non par erreur, mais par dessein.


Malgré les craintes que soulèvent les nanotechnologies à cause de leur risque de toxicité, les citoyens en consomment déjà, des ouvriers les manipulent, et le législateur est à la traîne d’une industrie en pleine expansion. Sachant qu’il s’agit d’un domaine de recherche et de développement qui ambitionne pour une grande part d’agir sur le monde qui nous entoure et pas seulement de le comprendre, l’enjeu éthique consiste à se donner les moyens de réfléchir au sens et à la finalité de la recherche en nanotechnologies. Cette réflexion passe par une interrogation quotidienne : « Dans quel monde voulons-nous vivre demain ? Avec quelle liberté ou quelle dépendance vis-à-vis de notre environnement individuel, naturel et technologique ? Avec quelle frontière entre le naturel et l’artificiel ? » (Jacques Bordé - CNRS)


<< Il est urgent de s’y intéresser. Ne pas dominer les nanotechnologies réduirait l’humanité au néant.>>

 

Notes sur les droits et besoins des êtres humains. Par Jean-Claude Vitran et Jean-Pierre Dacheux.

http://resistancesetchangements.blogspot.fr/

Par Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - Publié dans : Dossier Science - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
Dimanche 3 février 2013 7 03 /02 /Fév /2013 14:10

"On sait que c’est l’entité la plus complexe de l’univers connu. Mais les découvertes se multiplient et font exploser tous les schémas. Notre cerveau est bien plus élastique que prévu, ses neurones peuvent même repousser. Et il fonctionne en wifi, relié aux cerveaux des autres."

 

infographie du cerveau

      

On sait que c’est l’entité la plus complexe de l’univers connu. Mais les découvertes se multiplient et font exploser tous les schémas. Notre cerveau est bien plus élastique que prévu, ses neurones peuvent même repousser. Et il fonctionne en wifi, relié aux cerveaux des autres. Combiner ces deux approches révolutionnaires, c’est admettre que l’Homo sapiens peut modifier lui-même sa structure – et donc que le monde n’est pas forcément fichu ! Cela dit, notre cervelle pourra-t-elle jamais percer entièrement ses propres mystères ? Les découvertes récentes sont en tout cas spectaculaires.

 

1, un cerveau plastique qui peut voir avec la peau

 

L’idée de plasticité corticale et neuronale ne figure dans aucun programme de médecine avant les années 1990 : les premiers qui en parlent sont ridiculisés, tels Paul Bach-y-Rita et son frère George, deux médecins hors norme qui, à la fin des années 1960, réussissent à sauver leur père, un professeur de tango paralysé par un accident vasculaire cérébral (AVC) et que les neurologues disaient condamné. Après un an d’exercices acharnés, le vieil homme danse de nouveau. A sa mort, six ans plus tard, ses fils le font autopsier et découvrent, stupéfaits, qu’une bonne partie des nerfs reliant son cortex à sa moelle épinière avaient été détruits par son AVC : sa guérison a donc reposé sur l’optimisation des quelques liaisons neuronales restantes. Le psychiatre canadien Norman Doidge en fait le récit fantastique dans « Les Etonnant Pouvoirs de transformation du cerveau » (Belfond, 2007).

 

Certes, nos lobes corticaux sont spécialisés : les images visuelles sont traitées à l’arrière de notre crâne ; nous entendons et parlons « sur les côtés » du cerveau (grâce aux aires de Broca et de Wernicke) ; nous prêtons attention et analysons avec nos lobes frontaux. Mais la répartition par zones fonctionnelles peut se modifier. Sous la pression d’une urgence et d’une motivation intense, une zone peut même remplir la fonction d’une autre. La démonstration la plus frappante de cette « suppléance corticale » nous vient des appareils inventés plus tard par Paul Bach-y-Rita : ils permettent à des aveugles de « voir » avec leur langue ou la peau de leur dos en stimulant, à l’aide des pixels émis par une caméra, la zone de leur cerveau en principe destinée aux perceptions tactiles. Conclusion ? Si un humain peut apprendre à « voir par la peau », c’est que notre cerveau est un organe vraiment plastique !

  

Le psychiatre Christophe André, qui a introduit la méditation à l’hôpital Sainte-Anne, tempère cependant cet enthousiasme : « Guérir d’un trouble neurologique ou psychique n’est pas brusquement devenu facile. En tant que clinicien, les nouvelles découvertes me disent que la neuroplasticité est réelle, mais qu’elle exige beaucoup de travail de la part du patient. »

 

2, des trillons de milliards de réseaux neuronaux

 

Imaginez ce que vous portez dans le crâne : cent milliards de neurones, chacun doté de mille à dix mille connexions, assisté de centaines de milliards de cellules gliales (qu’on a longtemps prises pour un « bourrage » sans importance, mais qui pourraient jouer un rôle crucial), le tout relié électriquement et chimiquement grâce à une centaine de neuromédiateurs. Fermez les yeux et pensez au visage d’un être cher. Le voyez-vous ? Vous venez juste d’allumer un réseau de quelques dizaines de millions de neurones. Les trillons de milliards de réseaux possibles forment une entité en reconstitution permanente. Une vraie jungle vivante : les neurones colonisent, au sens propre, tout territoire vacant. « Et si nous perdons un neurone par seconde, nous savons désormais que de nouveaux neurones naissent constamment dans une zone appelée “subépandymaire”, d’où ils migrent dans tout le tissu cérébral », explique le Pr Bernard Mazoyer, qui dirige le Groupe d’imagerie neurofonctionnelle de Caen.

  

De nouveaux neurones ? Même chez les adultes et les seniors ? Un dogme colossal s’écroule, qui prétendait la chose impossible. « Mais le plus important, poursuit Bernard Mazoyer, ce ne sont pas tant les nouveaux neurones que les nouvelles connexions. Un neurone ne devient opérationnel que si ses dendrites se mettent à pousser, le reliant par des synapses à d’autres neurones. » Qu’est-ce qui fait pousser les dendrites, ces sortes de tentacules ? Le désir, l’affection, l’interrogation, la réflexion, l’action, la volonté : oui, vous pouvez décider de connecter vos neurones ! Qu’est-ce qui détruit ces derniers ? L’âge, le stress, la pollution, certaines maladies, mais surtout la passivité : un neurone s’use et meurt beaucoup plus vite si l’on ne s’en sert pas ; ses synapses se rabougrissent et finissent par se détacher, le mettant hors-jeu. A l’inverse, apprendre, aimer, agir, méditer, rend nos neurones vigoureux. Et l’on sait désormais que toute expérience, physique, émotionnelle ou mentale, fait naître ou remodèle en nous un réseau neuronal.

 

Boris Cyrulnik raconte : « Ces idées provoquaient des éclats de rire. C’est pourtant bien la plasticité neuronale qui explique, dans le sens négatif, les atrophies cérébrales des enfants abandonnés et, dans le sens positif, la possibilité d’une résilience. » Et le neuropsychiatre toulonnais de brosser l’image terriblement émouvante de neurones d’enfants « ramollis » par l’abandon et qui, sous l’influence d’une nourriture affective, même tardive, se connectent les uns aux autres en autant de nouvelles synapses : « L’irruption de l’amour, dit-il, fait littéralement pousser les dendrites, comme des tiges de blé jaillissant d’une terre soudain arrosée. »

 

3, à plein régime et en permanence

 

Une autre idée reçue s’est effondrée, selon laquelle nous n’utiliserions qu’une fraction de nos capacités cérébrales. « D’un point de vue neurologique, c’est archifaux, explique le Pr Bernard Mazoyer. Notre cerveau travaille à 100 % de ses capacités et sans réserve d’énergie, que l’on soit éveillé ou endormi. Mais seulement 1 % de cette activité est “cognitive”, c’est-à-dire accessible à la conscience. Donc tout ce qui nous sert à penser, parler, inventer, décider ou bouger ne prend que 1 % de l’énergie cérébrale. Le cerveau se sert des 99 % restants pour confirmer et reformater sans interruption, à sa guise, tous nos réseaux neuronaux. C’est ce que nous appelons le “fonctionnement cortical par défaut”. »

  

Nous savions que notre vision du monde était à 100 % interprétée par notre cerveau. Nous ignorions que ce dernier retravaillait en permanence, à notre insu, tous nos réseaux, donc tous nos souvenirs. Observer ce « fonctionnement par défaut » n’est possible que grâce aux dernières techniques d’imagerie à résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et ouvre des boulevards de questions. Cette sorte d’inconscient cérébral est-elle régulée par un chef d’orchestre ? On n’en sait rien, malgré l’émergence de cartographies inédites. On en a seulement une vague intuition en plaçant dans un scanner des étudiants qu’on invite à « ne penser à rien ». Interrogés plus tard sur leur ressenti, ils donnent une idée de la « tonalité » de l’inconscient cérébral. Après-coup, certains disent avoir plutôt perçu des sons, d’autres plutôt des images. Ce qui signalerait donc deux types de cerveaux : les plutôt visuels et les plutôt verbaux, les seconds ayant plus de pouvoir de plasticité volontaire que les premiers.

  

Une chose est sûre : nos réseaux de neurones sont à la fois stables (sinon vous ne sauriez plus qui vous êtes en vous réveillant) et mouvants (réveiller un souvenir, c’est aussitôt en modifier le réseau). La science de ces réseaux n’en est qu’à ses débuts. Le xxie siècle vivra en la matière, à coup sûr, des découvertes prodigieuses. Cette science approfondira certainement la loi de Hebb, qui dit que stimuler un fragment de réseau neuronal l’allume tout entier. Psychologiquement, c’est l’« effet Zeigernick » : s’il voit un fragment de forme, notre cerveau la complète, comme s’il avait horreur de l’inachevé. Ce qui confirme la théorie de la Gestalt : voir un minuscule bout de visage vous suffit pour reconnaître quelqu’un… ou croire le reconnaître. Cela peut expliquer beaucoup d’hallucinations : pensez à tout ce que l’on croit voir dans les formes d’un nuage, d’un feu ou d’un gribouillage : c’est votre cerveau qui complète, interprète, invente.

 

4, un organe social qui se nourrit des relations avec les autres

 

L’idée d’une « intelligence relationnelle » n’est pas neuve. Le psychologue Edward Thorndike en parlait déjà en 1920. Mais ce n’était qu’une intuition. Les récents et fulgurants progrès de l’imagerie corticale ont permis de la confirmer scientifiquement. Désormais, les neuropsychologues voient le cerveau comme un organe « neuro-social ». Selon eux, la sélection naturelle a favorisé les cerveaux altruistes. Grâce à nos « neurones-miroirs », nous ressentons la souffrance de l’autre et, en le secourant, nous cherchons à nous soulager nous-mêmes. Le gros problème de notre époque, c’est que ce mécanisme de survie groupal s’est bloqué : bombardés d’informations terribles, il nous faudrait être Superman pour répondre à toutes les invitations à la compassion. Résultat : les enfants deviennent ultraviolents de plus en plus jeunes, la vie sociale directe (avec contact physique) est en régression, l’indifférence nous gagne face aux souffrances d’autrui. Sommes-nous condamnés à disparaître par régression de notre « cerveau social » ? Auteur du best-seller « Cultiver l’intelligence relationnelle » (Robert Laffont, 2009), le psychologue Daniel Goleman prévient : « L’enjeu crucial du xxie siècle sera d’élargir le cercle de ceux que nous considérons comme “nous” et de réduire le nombre de ceux qui nous apparaissent comme “eux”. Quand il est épanoui, notre cerveau social nous relie à toute l’humanité. »

 

par Patrice van Eersel - www.cles.com

Par Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - Publié dans : Dossier Science - Communauté : "Psychologie interdite"
Vendredi 11 janvier 2013 5 11 /01 /Jan /2013 13:32
"Les mots sont les outils avec lesquels nous pensons et qui modèlent nos circuits neuronaux. Selon que nous les écrivons avec des lettres alphabétiques ou avec des idéogrammes, nous n'avons pas le même cerveau."
  
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Chaque langue se bâtit une représentation du monde à partir des termes qu'elle emploie pour désigner et écrire les objets du monde qui l'entoure. Nietzsche, qui avait déjà remarqué cette particularité, l'appelait le « pli langagier de la pensée ». Mais il la plaçait au niveau de la grammaire, alors qu'elle se situe plus profond, dans l'écriture et la lecture des mots. Le sinologue Léon Vandermeersch définit mieux ce qui est en jeu lorsqu'il dit : « La linguistique a montré que notre vision du monde est entièrement structurée par la langue dans laquelle nous l'interprétons (...) Le langage est une grille d'organisation du réel qu'il marque de son empreinte » . C'est une idée qui ne date pas d'hier puisque, dans les années 30, deux linguistes américains, Edward Sapir et Benjamin Whorf, avaient déjà émis l'idée que « selon la langue qu'ils parlent, les hommes vivent dans des univers mentaux différents. La langue ayant une influence déterminante sur la pensée et la cognition humaine » .

 

Cependant, à partir des années 60, cette hypothèse du déterminisme linguistique a été malmenée par les travaux de Piaget et Chomsky qui, partisans de l'« innéisme », estimaient que « toutes les cultures suivent des développement équivalents et que tous les humains suivent le même cycle de développement définis, indépendamment de leur culture, par des mécanismes neuropsychologiques fondamentaux et universels », donc a priori indépendamment du langage. Un demi siècle après, on en est un peu revenu. La linguiste Clarisse Herrenschmidt remet ainsi les pendules à l'heure : « Les groupes humains qui écrivent dans des systèmes graphiques différents - idéogrammes, écritures consonantiques des langues sémitiques, alphabet grec - s'inscrivent différemment dans le monde. »

 

Prenons un exemple : VIVRE. Voilà un mot compris par chacun. Cependant, simplement pour le lire, notre cerveau a été amené à réaliser toute une série d'opérations auxquelles nous sommes tellement habituées que nous n'en avons plus conscience. Pour lire un mot comme VIVRE, avant même de percevoir sa signification, nous avons dû faire tout une suite d'additions littérales : V+I = VI, puis V+R+ E = VRE, et finalement VI+VRE = vivre. Ces opérations sont menées par notre cerveau gauche, le cerveau « analytique », apte aux opérations arithmétiques. Leur aboutissement est la production d'une image sonore mentale que notre cerveau décode alors en l'associant avec le son qui lui correspond dans notre langue.

 

La lecture d'un idéogramme chinois suit un processus complètement différent.

 

Pour lire un idéogramme, le cerveau gauche est assez inopérant, parce qu'on ne peut pas épeler un idéogramme. Même s'il est composé de plusieurs éléments ayant individuellement une signification propre, son sens ne résulte pas de leur addition, mais du saut qualitatif produit par leur association. Sa lecture met en jeu l'hémisphère droit, la partie de notre cerveau qui excelle dans la reconnaissance des formes et qui fonctionne en logique floue, cette aptitude qui nous fait parfois dire « j'ai déjà vu cette tête-là quelque part ».

 

Cette primauté du cerveau droit dans la lecture des idéogrammes explique sans doute l'aptitude de l'esprit chinois à percevoir la globalité comme une évidence et la causalité linéaire comme un exotisme. Tout comme ce fonctionnement lui permet de concevoir comme tout à fait viables ces monstres logiques que sont les oxymores, ces rapprochement de deux termes opposés (« une obscure clarté ») ou antagonistes (« un pays deux systèmes »).


Inversement, la perception du monde à l'aide de mots formés de suite de lettres légitime la conviction occidentale que n'importe quel système peut être décomposé et analysée à partir des éléments basiques qui le constituent. Tous les mots pouvant être écrits à l'aide d'un ensemble restreint de signes, il nous semble « naturel » que tout ce qui existe en ce monde puisse être réduit à la combinatoire de ses éléments constituants. De cet impensé radical, naîtra l'idée posant l'analyse scientifique comme mode unique d'appréhension du réel.

 

Évidence conceptuelle que résume C. Reeves lorsqu'il dit : « Le principal acquit de la science occidentale est de nous avoir appris que l'univers entier est structuré comme un langage : les atomes s'associant en molécules comme les lettres en mots, les molécules en ensembles organiques comme les mots en phrases, et les ensembles organiques en formes vivantes de plus en plus complexe comme les phrases en livres. »

 

Les Chinois voient les chiffres, les Américains les entendent.

 

Il semble pourtant qu'il existe une catégorie de signes qui ne sont ni des suites de lettres, ni des combinaisons d'idéogrammes : les chiffres. Certains y verront le signe que « la langue maternelle ne détermine donc pas entièrement la pensée, car il existe des capacités numériques qui précèdent le langage. »

 

Or, un chercheur de Floride, le professeur M. Y. Tang a comparé l'activité du cerveau de 24 étudiants, la moitié américains de souche et l'autre d'origine chinoise, lorsqu'ils jonglent avec des nombres (écrits en chiffres arabes) . L'imagerie cérébrale a montré que, pour résoudre des calculs arithmétiques simples, Américains et Chinois utilisaient le cortex inférieur pariétal (partie du cerveau impliquée dans la représentation quantitative et dans la lecture), mais qu'en parallèle, les deux groupes activaient des régions différentes pendant les calculs : Les Américains activent la région du cerveau impliquée dans le traitement des langues ; les Chinois, la région cérébrale traitant les informations visuelles, les régions pariétales associées à la perception de l'espace et spécialisées dans la reconnaissance des formes, celle qui est justement constamment sollicitée pour la lecture des idéogrammes.

 

Cette différence, conclut le Pr Tang, serait due à l'apprentissage non de la langue, mais de son écriture. Chinois et Américains diffèrent du fait que, durant l'enfance, l'apprentissage d'un codage, soit graphique littéral, soit idéographique, a modelé le mode de fonctionnement de leur cerveau de façon différente. Toute fonction cérébrale est développée par son utilisation. Le cerveau droit étant aussi spécialisé dans le fonctionnement de la main gauche, l'apprentissage de l'idéographie a produit un effet inattendu sur l'interprétation de certains morceaux de musique classique par des artistes chinois. Les « variations Goldberg », de J.-S. Bach, ces chef-d'œuvre de musique cartésienne, prennent un relief entièrement nouveau quand elles sont interprétées par Zhu Xiaomei : pour la première fois depuis trois siècles et demi, on y entend la main gauche.

 

Par Cyrille Javary pour www.cles.com

Par Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - Publié dans : Dossier Science - Communauté : Science
Lundi 17 décembre 2012 1 17 /12 /Déc /2012 17:07

"Aujourd'hui les progrès de la science sont tels qu'ils nous permettent d'imaginer un humain "augmenté". Pour la première fois de notre histoire, nous avons la possibilité de modifier radicalement ce que seront nos enfants, et nos petits-enfants."

 

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L'avenir sera t-il thérapeutique, ou appartiendra t-il aux idéologies normatives nuisibles, tel que fut celle du Troisième Reich ?

 

Dans les laboratoires, un nouvel individu, partiellement reconfiguré, est en train d'être imaginé, testé... fabriqué. Bientôt, promettent certains scientifiques, nous considérerons l'Homo Sapiens (c'est à dire nous !) comme une version charmante, certes, mais totalement démodée ! L'Homo Technologicus sera tellement mieux ! C'est précisément ce que propose le marché de l'amélioration de l'être. Le temps est venu, disent ses promoteurs, de passer à la vitesse supérieure : un corps parfait et sans âge, un cerveau infaillible, une reproduction maîtrisée, et à terme... l'immortalité. Quitte à acheter quelques pièces détachées pour faire du "tuning" avec notre propre corps comme certains le font avec leur automobile. Voyage à la recherche de cet homme du futur... hybride mi-homme mi-machine, humain génétiquement modifié. "Un homme presque parfait."

  

Voici le documentaire France 2, réalisé par Cécile Denjean:

  

   

Produit par Pascal Dupont, Martine Michon et Woods TV - Dissidents. Avec la participation de France Télévisions, Planète et Centre National du Cinéma et de l'Image animée. Avec le soutien du Programme MEDIA de l'Union Européenne, de la Procirep Angoa et de la Région Rhône-Alpes.

Par Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - Publié dans : Dossier Science - Communauté : santé-medecine

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