9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 10:28

Lorsqu'une société comporte plus de femmes que d'hommes, celles-ci se retrouvent statistiquement à des postes plus élevés et occupent davantage de responsabilités. Les actes de violence diminuent et la période de fécondité des femmes augmente. D'autre part, un sex-ratio déséquilibré réduirait la conscience de soi et favoriserait des comportements régressifs, sexuels ou intéressés, visibles dans les deux sexes.

 

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Aux Émirats arabes unis, un promeneur a statistiquement peu de chances de croiser une femme dans la rue. De fait, il existe dans ce pays 2,75 fois plus d'hommes que de femmes. Si l'on en croit les recherches en psychologie, l'endroit serait alors peu propice à l'émancipation des femmes, étant donné qu'un sex-ratio élevé diminue les chances des femmes d'accéder à des postes de responsabilité. Rappelons que le sex-ratio est le rapport du nombre de d'hommes sur le nombre de femmes dans une population ; il est ici égal à 2,75 pour les personnes âgées de plus de 15 ans. Les relations entre hommes doivent y être également plus tendues, d'autres études ayant montré que les homicides sont plus fréquents dans les sociétés où les hommes sont plus nombreux.

 

En Ukraine, on compte à l'inverse cinq femmes pour quatre hommes. Cette situation, on le verra, est plus propice à l'émancipation des femmes. De fait, peu après sa sortie de la sphère d'influence soviétique, ce pays s'est doté d'un premier ministre femme.

 

Faut-il y voir de simples coïncidences ? En fait, le sex-ratio, indice bien connu des démographes, a une réelle influence sur les comportements, les rapports entre hommes et femmes, et les orientations familiales ou professionnelles des uns ou des autres. On ne se comporte pas exactement de la même façon lorsqu'on est une femme en situation de majorité ou de minorité…

 

Un outil d'émancipation

 

Les chercheurs démographes, psychologues ou sociologues distinguent en réalité plusieurs types de sex-ratios. Il peut s'agir de celui entre le nombre d'hommes adultes non mariés et le nombre de femmes adultes non mariées ; ou bien, entre le nombre d'hommes dans une entreprise ou une formation universitaire, et le nombre de femmes dans cette même entreprise ou une institution… Car ces différents ratios propres à un secteur d'activité ou à un groupe social ont des conséquences importantes sur les relations entre hommes et femmes.

 

Certains chercheurs pensent ainsi qu'il peut influer positivement ou négativement sur l'émancipation des femmes dans la société. Les psychologues Maria Guttetag, de l'Université Harvard, et Paul Secord, de l'Université de Houston, ont ainsi constaté que les grands mouvements féministes des années 1970 aux États-Unis se sont développés au moment même où la valeur du sex-ratio diminuait, c'est-à-dire lorsque les hommes devenaient moins nombreux que les femmes. Dans une société où les hommes sont plus nombreux que les femmes, les possibilités d'émancipation et d'évolution de la position des femmes diminueraient alors qu'elles augmenteraient quand les hommes sont plus rares.

 

Selon les auteurs de ces études, dans le vaste marché de la formation des couples, la raréfaction des hommes entraîne une difficulté, pour un certain nombre de femmes, à trouver des partenaires. En outre, les hommes, dans un tel contexte, tendent à privilégier les femmes plus conformes à des attentes précises, que l'on nomme normatives (aspect physique séduisant, sollicitude, empathie, personnalité conciliante par exemple). Les femmes ne se conformant pas à ces normes (plus ambitieuses, moins soumises, par exemple) resteraient plus souvent seules et devraient subvenir à leurs besoins. Elles n'auraient pas d'enfants, disposeraient de ressources financières supérieures et pourraient consacrer plus de temps à leur carrière. Ce faisant, elles accéderaient davantage à des postes de pouvoir.

 

Or les personnes ayant plus de pouvoir sont aussi celles qui peuvent faire évoluer les normes et les pratiques sociétales. La contre-normativité de ces femmes est également un facteur d'émancipation et de revendication. Finalement, les variations du sex-ratio dans la société peuvent avoir un impact non négligeable sur l'émancipation des femmes et l'égalité des sexes dans cette société.

 

Kristina Durante et ses collègues, de l'Université du Texas à San Antonio, ont tenté de vérifier empiriquement l'existence d'un lien entre le statut professionnel des femmes et le rapport du nombre d'hommes non mariés au nombre de femmes non mariées. Cet indicateur a été mis en corrélation avec la proportion de femmes occupant les emplois les mieux rémunérés de l'ensemble des états américains (pdg, pharmacien, avocat, psychothérapeute, médecin, analyste financier, ingénieur systèmes et réseaux, etc.). Les résultats ont montré que plus le rapport diminue (et donc, moins la population compte d'hommes non mariés relativement aux femmes non mariées), plus les femmes sont nombreuses à occuper ces emplois prestigieux et bien rémunérés. Selon les chercheurs, la faible proportion d'hommes dans leur environnement disposerait les femmes à se focaliser davantage sur leur carrière et à mieux réussir professionnellement.

 

Des femmes au pouvoir

 

Les ambitions mêmes des femmes semblent fluctuer au gré des informations qu'elles possèdent sur le sex-ratio de leur environnement. Ainsi, K. Durante a fait une expérience où elle montrait à des jeunes étudiantes américaines âgées de 20 ans en moyenne des photographies prises en différents endroits. Selon les groupes, les photos présentaient plus d'hommes que de femmes, plus de femmes que d'hommes, ou la même proportion. Après avoir examiné ces différentes photos, les jeunes femmes devaient remplir un questionnaire centré sur leurs projets d'avenir. Les questions portaient sur la réussite professionnelle ou sur des aspirations familiales (enfants, famille, mari, etc.). Les résultats ont montré que les étudiantes exposées à des photos montrant une majorité de femmes exprimaient des aspirations davantage liées à leur carrière professionnelle. En revanche, les femmes exposées aux photos présentant des proportions équilibrées d'hommes et de femmes, ou une surreprésentation masculine, formulaient des aspirations davantage tournées vers la famille.

 

Cette expérience a été ultérieurement reproduite, montrant en outre que le sentiment de facilité ou de difficulté à trouver un compagnon de vie a également été influencé par les photos. Les femmes exposées à celles où les hommes étaient minoritaires ont estimé qu'il serait difficile de rencontrer quelqu'un avec qui vivre, alors qu'elles ont estimé que cela serait plus facile quand les photos montraient beaucoup d'hommes ou des proportions équilibrées d'hommes et de femmes. Ainsi, quand une femme perçoit dans son environnement qu'il sera plutôt facile (ou difficile) de trouver un partenaire, les choix de vie qui en résultent changent. Voilà qui expliquerait le lien entre réussite professionnelle des femmes et faible sex-ratio dans leur entourage. Les comportements et les attitudes sexuelles sont influencés par le sex-ratio. Les psychologues Jeremy Ueker, de l'Université de Californie du Nord, et Mark Regnerus, de l'Université du Texas, ont évalué les comportements de séduction et les pratiques sexuelles d'étudiantes selon le sex-ratio sur différents campus.

 

Ils ont ainsi constaté qu'à mesure que le nombre de femmes augmente, ces dernières ont tendance à estimer que les garçons sur le campus sont moins à la recherche de relations durables, que l'on peut moins leur faire confiance, qu'une relation avec eux ne durera pas, et qu'il sera plus difficile de trouver quelqu'un de bien. En matière de relations réelles, on constate que plus les femmes sont nombreuses, moins elles ont eu statistiquement de petits amis et de relations sexuelles dans le mois qui a précédé l'enquête. En outre, elles sont plus nombreuses à être vierges. Moins il y a d'hommes dans un groupe social, moins les femmes estiment ces derniers sincères et dignes de confiance, et moins elles ont d'occasions d'avoir une relation avec eux.

 

Une vision biaisée du sexe

 

Qu'en est-il pour les hommes ? La psychologue Emily Stone, de l'Université de Floride, a proposé à des hommes issus de cultures variées un questionnaire portant sur les critères qui comptent dans le choix d'une compagne. Par exemple, être bonne cuisinière, rester à la maison et s'occuper des enfants, être plutôt sociable, etc. Les résultats de ces aspirations ont ensuite été mis en relation avec le sex-ratio propre à l'environnement de l'individu interrogé. Il s'est ainsi avéré que les critères de stéréotypie et de normativité (la femme s'occupe des enfants, de la maison, a un physique agréable…) deviennent des critères prédominants lorsque l'environnement compte beaucoup de femmes – autrement dit, lorsque les hommes ont le choix. Dès lors que les femmes se font plus rares, de telles aspirations sont revues à la baisse. Selon les chercheurs, les standards de ce que doit être l'autre varient au gré du sex-ratio : quand le choix est vaste, les hommes recherchent quelqu'un de standardisé ; mais on se montre plus souple et moins « normatif » (moins exigeant) lorsque le choix est restreint. E. Stone a réalisé le même type d'enquêtes auprès de femmes, confirmant l'importance de ces critères de normativité : lorsque les hommes sont plus nombreux que les femmes, les revenus, la maturité, la similarité de formation deviennent plus importants, alors qu'ils passent au second plan dès que les hommes se font plus rares.

 

Signes extérieurs de richesse

 

Les revenus élevés chez un homme semblent plus importants pour les femmes quand elles sont moins nombreuses et qu'elles peuvent choisir. Or, dans un tel contexte, les hommes n'hésitent pas à mettre en avant de telles ressources. Vladas Griskeviius, de l'Université du Minesota, et ses collègues ont ainsi montré, dans une étude examinant le sex-ratio dans près de 120 grandes agglomérations américaines, un lien entre cet indicateur et le nombre de cartes de crédit possédées par les hommes ainsi que leurs dépenses. Pour les chercheurs, lorsque les hommes sont nombreux, ils se trouvent en situation de compétition pour trouver une partenaire, ces dernières étant en nombre plus limité – et donc plus sélectives. Or, pour augmenter leur attrait auprès des femmes, les hommes doivent afficher des ressources plus importantes. Disposer de crédits confortables, être capables d'effectuer des dépenses ostentatoires, permet alors de rendre visible aux yeux des femmes un tel potentiel de ressources. Une autre étude de Thomas Pollet et Daniel Nettle, à l'Université de Newcastle en Grande-Bretagne, a montré qu'à mesure que le nombre d'hommes augmente par rapport au nombre de femmes, la question des ressources financières des hommes pèse davantage dans les mariages. Les femmes, lorsqu'elles ont le choix, tendraient à privilégier les ressources de leur futur compagnon.

 

Outre ses effets sur la compétition pour la recherche d'un partenaire, le sex-ratio est aussi susceptible d'influer sur la biologie des individus. Ainsi, Sarah Feingold, de l'Université du Minnesota, rapporte que, lorsque le nombre d'hommes diminue, les femmes tendent à être pubères plus tôt. Inversement, lorsque le nombre d'hommes augmente, l'âge de la maturité sexuelle augmente. En effet, dans une interprétation évolutionniste, les hommes sont motivés à optimiser leur succès reproducteur et cherchent des partenaires fécondes plus longtemps. Une femme pubère plus tôt renforce son attrait auprès des hommes.

 

Malheureusement, les actes de violence dépendent également en partie de ce ratio. Le psychologue social Joseph Vandello, de l'Université de Floride du Sud, a étudié les statistiques de criminalité dans 49 états des États-Unis et ses données ont été corrélées avec le sex-ratio dans ces mêmes états. Cette étude a été réalisée sur des hommes âgés de 20 à 26 ans, et sur des femmes de 18 à 24 ans. Les résultats ont révélé que, plus le nombre d'hommes augmente comparativement au nombre de femmes, plus le taux d'homicides des femmes – et notamment d'homicides par le partenaire – augmente. Dans le même temps, moins le groupe social comporte d'hommes relativement aux femmes, plus rare est ce type d'homicide. On note aussi que la proportion d'hommes tués par d'autres hommes pour des motifs de jalousie augmente lorsque le sex-ratio est plus élevé. Il se pourrait que, les femmes devenant plus rares, les hommes deviennent plus jaloux et possessifs, ce qui favoriserait de tels comportements de violence extrême.

 

En outre, toujours dans les sociétés à fort sex-ratio, les femmes ont naturellement plus de probabilités de rencontrer un autre homme, ce qui augmente le risque de rivalités potentiellement violentes. De façon générale, la compétition forte entre les hommes favoriserait les comportements agressifs. Il est à noter que plusieurs études ont confirmé ce lien, et que les violences sexuelles faites aux femmes (viols, insultes d'ordre sexuel, etc.) augmentent à mesure que la proportion d'hommes devient supérieure à celle des femmes. Le triste événement survenu en Inde au mois de janvier dernier, qui a eu un fort retentissement local et international, le rappelle avec vigueur : en Inde, le sex-ratio est élevé et proche de 1,1. En d'autres termes, cette société est caractérisée par un excès d'hommes en âge de procréer et de se marier. Ce qui ne semble pas propice à une ambiance apaisée.

 

Nicolas Guéguen pour www.cerveauetpsycho.fr

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