3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 17:00

On les coupe, on les colore, on les coiffe différemment au fil des étapes de notre vie. Teints en rouge, rasés à la Barthez ou sagement nattés, nos cheveux dévoilent notre personnalité. Jusque dans nos désirs inconscients.

 

chevelure

Jeune fille peignant sa chevelure, Renoir 1894.


La première fois qu’on a coupé les cheveux de ma fille, je me suis sentie toute drôle. Elle avait perdu pour toujours ses mèches frisées. A 18 mois, elle n’était plus un bébé. Jusque-là, on n’avait jamais touché à son intégrité physique », se souvient Martine, 46 ans. De nombreux peuples perçoivent ainsi les premiers assauts des ciseaux comme un sevrage. En Arizona, les Indiens hopis éloignent les esprits maléfiques, car le jeune enfant perd alors une force vitale.

 

Ces poils caractéristiques de l’espèce humaine s’enracinent au plus profond du crâne pour surgir à l’air libre, tels des liens entre l’intérieur et l’extérieur de nous-même. A la fois couverture de l’invisible et parure offerte aux regards, ils sont 100 000 à 150 000, soit 200 à 300 par centimètre carré à être ainsi l’objet de nos soins.


On n’en fait qu’à sa tête


Ne parlez pas de cheveux courts à Martine : elle en a souffert toute son enfance à cause de ses piqûres de pénicilline contre la colibacillose, qui les abîmaient. « J’admirais les tresses de ma tante et j’ai dû attendre 15 ans pour les avoir longs et épais. Aujourd’hui, j’ai peur d’aller chez le coiffeur et je n’irai jamais au-delà du carré classique. » Une farouche obstination en dépit des conseils de son entourage. « Changer de tête permet de restaurer l’image de soi si elle a été bousculée, explique le docteur Sylvie Consoli, dermatologue et psychanalyste. On le constate dans les salons de coiffure des hôpitaux, chez les femmes suivies pour une dépression. Et c’est banal après un échec sentimental ou professionnel. A l’opposé, conserver à jamais la même coupe de cheveux témoigne que l’on est en accord avec soi-même. On s’est trouvé, on sait qui l’on est. A moins que cette attitude ne cache une crainte de la nouveauté ou une forme de rigidité. On instaure sa coiffure et on ne change pas non plus d’opinions ni d’habitudes. »

 

Tout le contraire de l’adolescent ! Ce n’est pas un hasard si, à cette période où l’on se cherche, chacun joue des variations capillaires. « Les enfants se réapproprient leur corps et signifient ainsi leur autonomie par rapport aux parents », souligne encore la psychanalyste. « C’est le petit diablotin qui apparaît en moi ! » lui a dit gaiement l’une de ses jeunes patientes en débarquant en fin de thérapie avec des mèches rouges.


Ivresse de la métamorphose


La séance chez le coiffeur satisfait plus de huit femmes sur dix. Elle doit les mettre en valeur pour 89 %, et 84 % en sortent avec un moral à la hausse, d’après une étude récente menée par L’Oréal. « Je vais chez le coiffeur environ tous les quarante-cinq jours. C’est un moment ludique, confirme Nancy. Une fois élagués mes cheveux épais, je me sens plus légère. Je me maquille peu, ma coiffure est l’élément qui change mon apparence. »


La coloration au plus près de la teinte naturelle fixe la jeunesse. Mais aujourd’hui, la femme active ne se contente plus de couvrir ses cheveux blancs, ton sur ton. Ces premiers signes du vieillissement lui fournissent l’occasion d’oser les balayages ostensibles, les effets cuivrés ou ambrés. Elle donne de la lumière à sa chevelure… et à sa vie. D’ailleurs, de multiples transformations ne traduisent pas obligatoirement un tempérament instable, souligne le docteur Sylvie Consoli : « C’est important de savoir jouer avec son image. Le jeu prouve une capacité de prendre du recul avec soi-même, une certaine souplesse de fonctionnement psychique, une vie imaginaire riche. Comme lorsque l’on se déguise ou que l’on met de l’originalité dans sa tenue vestimentaire. »


Certaines fantaisies atteignent leurs limites avec l’entrée dans le monde du travail. Nancy est passée d’une belle crinière sous la taille à la coupe militaire, avant d’arborer une crête verte et orange à 24 ans. « J’ai voulu profiter de la liberté que m’offraient mes dernières années d’étude. Maintenant, j’adopte des coiffures qui tiennent en sortant de la douche, ni trop originales ni trop classiques, pour coller à ma personnalité. » Autre passerelle rituelle, le service sous les drapeaux a rangé de nombreux hommes du côté « court » après les années cool. Pour eux, il est temps d’être présentables, d’avoir la tête de l’emploi pour être acceptés parmi les membres de leur sphère sociale. Et même si on évolue dans un milieu où la mode autorise les audaces, on se démarque pour trouver dans le regard des autres, fussent-ils un petit nombre, une approbation qui renforce la confiance et l’estime de soi.

 

Ondes féminines ou viriles ?

 

"La chevelure", de Guy de Maupassant:

Vraiment, pendant huit jours, j'adorai ce meuble. J'ouvrai à chaque instant ses portes, ses tiroirs; je le maniais avec ravissement, goûtant toutes les joies intimes de la possession.
Or, un soir, je m'aperçus, en tâtant l'épaisseur d'un panneau, qu'il devait y avoir là une cachette. Mon coeur se mit à battre, et je passai la nuit à chercher le secret sans le pouvoir découvrir.
J'y parvins le lendemain en enfonçant une lame dans une fente de la boiserie. Une planche glissa et j'aperçus, étalée sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme !
Oui, une chevelure, une énorme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient dû être coupés contre la peau, et liés par une corde d'or.
Je demeurai stupéfait, tremblant, troublé ! Un parfum presque insensible, si vieux qu'il semblait l'âme d'une odeur, s'envolait de ce tiroir mystérieux et de cette surprenante relique.
Je la pris, doucement, presque religieusement, et je la tirai de sa cachette. Aussitôt elle se déroula, répandant son flot doré qui tomba jusqu'à terre, épais et léger, souple et brillant comme la queue en feu d'une comète.
Une émotion étrange me saisit. Qu'était-ce que cela ? Quand ? comment ? pourquoi ces cheveux avaient-ils été enfermés dans ce meuble ? Quelle aventure, quel drame cachait ce souvenir ? Qui les avait coupés ? un amant, un jour d'adieu ? un mari, un jour de vengeance ? ou bien celle qui les avait portés sur son front, un jour de désespoir ?
Etait-ce à l'heure d'entrer au cloître qu'on avait jeté là cette fortune d'amour, comme un gage laissé au monde des vivants ? Etait-ce à l'heure de la clouer dans la tombe, la jeune et belle morte, que celui qui l'adorait avait gardé la parure de sa tête, la seule chose qu'il pût conserver d'elle, la seule partie vivante de sa chair qui ne dût point pourrir, la seule qu'il pouvait aimer encore et caresser, et baiser dans ses rages de douleur ?
N'était-ce point étrange que cette chevelure fût demeurée ainsi, alors qu'il ne restait plus une parcelle du corps dont elle était née ?
Elle me coulait sur les doigts, me chatouillait la peau d'une caresse singulière, d'une caresse de morte. Je me sentais attendri comme si j'allais pleurer.
Je la gardai longtemps, longtemps en mes mains, puis il me sembla qu'elle m'agitait, comme si quelque chose de l'âme fût resté caché dedans. Et je la remis sur le velours terni par le temps, et je repoussai le tiroir, et je refermai le meuble, et je m'en allai par les rues pour rêver...

 

Car ne nous leurrons pas : ces cheveux ancrés à quatre millimètres dans le cuir chevelu ramifient leurs racines dans notre inconscient ! Certaines maladies, comme la pelade (qui entraîne la perte des cheveux par plaques), impliquent des facteurs psychologiques tels qu’une séparation mal vécue. De même, rappelle Sylvie Consoli, on relève souvent chez les femmes qui s’arrachent les cheveux lors de crises de trichotillomanie (tic consistant à s’arracher les cheveux ou les cils), une grande opposition à la mère et un père plutôt absent. « Par ce geste, elles s’attaquent à leur féminité », explique-t-elle.

 

Pour ceux qui interprètent les rêves, la chevelure « moutonnant jusque dans l’encolure », si chère à Baudelaire, exprime une quête d’équilibre entre les forces viriles et féminines qui nous habitent. « Les cheveux longs incarnent la féminité qui va de pair avec la protection. C’est l’eau qui réceptionne les éléments extérieurs, reste attentive. Elle est aussi puissante que le feu (la masculinité) qui va les affronter directement », renchérit Marc Dugast (1), créateur de la « morphocoiffure », une méthode fondée sur des archétypes suivant la personnalité révélée par la forme du visage. Selon lui, adopter une coupe garçonne dénote de l’aisance et une indépendance d’action. A l’inverse, les femmes enceintes laissant pousser leurs cheveux manifestent l’acceptation d’un retour à la féminité.

 

"Un Hémisphère dans une chevelure" , de Charles Baudelaire:

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air. Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique. Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine. Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur. Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes. Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco. Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs. 

  

Sagesse monacale

 

Et en ce qui concerne les hommes ? Le mythe de Samson et Dalila règne-t-il encore dans les têtes ? « Buñuel ou Kojac ne sont pas vraiment des symboles de “mauviettes” ! » défend Patrick, la cinquantaine, journaliste. La coupe à la Barthez remet au goût du jour les crânes d’œuf. Et la séduction opère… soutenue par le fantasme phallique de cette tête lisse. Pourtant, l’anxiété domine à la vue de ces poignées de cheveux qui restent dans la main lors d’un shampooing. Contrairement aux adeptes de la mode (minoritaires !) qui peuvent s’attendre à une repousse, on se sent immédiatement dépossédé, dévalorisé. « Chez l’homme, la perte de cheveux symbolise la castration », affirme Sylvie Consoli.

 

Hériter de la calvitie de son père à 20 ans peut amortir le choc. Un homme averti guette l’inéluctable. Premier réflexe : se jeter sur un traitement antichute. Puis comme Thierry, ingénieur de 34 ans, on se résigne. « J’ai même découvert un avantage. Comme on me croit plus âgé, j’ai l’impression qu’on m’accorde un capital-confiance dans ma carrière. » Un air bouddhiste induit la sagesse. « Plus la partie cérébrale est dégagée, plus la dimension spirituelle est valorisée. Mais à 18 ans, on a besoin de se construire un avenir : on s’attache plus à des considérations matérielles ! » reprend Marc Dugast.


Le cheveu ras stigmatise aussi la soumission et la contrainte, à travers le militaire ou le bagnard. S’y opposent les crinières, symbole de sauvagerie innée et de liberté. Ainsi Hervé, illustrateur, a délaissé la tondeuse : « A 43 ans, je me sens plus libre dans ma tête. Je lâche davantage de choses jusqu’ici intériorisées, y compris d’un point de vue pictural. Mon geste est plus “jeté”. »

 

Messages codés

 

Les humeurs se dégagent également du coup de peigne. Chignon strict ou pelotte dont la pince néglige quelques boucles folles… Simple question pratique ? Marc Dugast va plus loin : « Attacher les cheveux avec l’envie d’être net, c’est marquer sa volonté d’avancer, d’être tonique. Les laisser encadrer le visage peut dénoter au contraire un besoin de repli ou un coup de déprime. » A moins que le chouchou ne soit lâché le soir pour mieux passer de l’employée sérieuse à la séductrice tentatrice… »


Se faire des cheveux blancs...


Blanchir en une seule nuit ? On les dit « fatigués », « taciturnes », « déprimés». Est-ce seulement de nos cheveux dont nous parlons ? Leur cycle de croissance et de chute dépend de notre système hormonal. Leur structure chimique, qui renferme notre code-barre (l’ADN), leur permet de capter tout ce que nous avalons (aliments, médicaments, drogues, etc.). Sachant qu’ils poussent de 1 à 1,5 centimètre par mois, 6 centimètres de longueur offrent un livre de bord de notre état de santé sur six à neuf mois.

 

Sous l’effet d’un choc émotionnel, par exemple, le cheveu peut changer de texture suivant sa qualité naturelle et la capacité de l’individu à surmonter sa fatigue nerveuse. De là à se faire des cheveux blancs en une nuit comme Marie-Antoinette avant son exécution… Impossible, selon les scientifiques. Il s’agirait plutôt d’une alopécie brutale épargnant les cheveux blancs rendus ainsi majoritaires, donc plus visibles.

 

Un peu d'ordre !

 

“Ordonner ses cheveux, c’est ordonner sa personnalité”

 
« Pour celui qui sait les lire, il est possible de découvrir peurs,
angoisses, blocages suivant la façon dont les cheveux sont ordonnés autour du visage », assurent Michel Oudoul, spécialiste des énergies, et Rémy Portrait, dirigeant d’un salon de coiffure à Paris. Dans “Cheveu, parle-moi de moi” (Dervy, 1997), ils proposent quelques lectures de coupes :

- Le front découvert, avec les cheveux coiffés vers l’arrière, marquerait la volonté d’aller de l’avant. Il s’agirait souvent de personnes qui n’ont pas peur d’affronter la vie ni le regard des autres.
- La raie au milieu serait le signe d’une volonté d’équilibre intérieur entre le yin et le yang, l’anima et l’animus, le féminin et le masculin. La raie à gauche ? Tentative de couvrir le féminin en soi. A droite ? Difficulté à accepter le masculin en soi.
- La frange : la peur de se dévoiler ou une certaine timidité amènerait cette couverture du front. Longue, épaisse, courte ou effilée, chaque type de frange évoque le niveau de protection dont la personne a besoin.

 

Agnès Rogelet pour psychologie.com

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