12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 16:06

Que celui dont la langue n’a jamais persiflé jette la première pierre… Nous avons beau savoir qu’il est extrêmement malsain de dire du mal de nos camarades, nous ne pouvons pas nous en empêcher. En famille, au travail, entre amis : que cachent ces perfidies, honteuses mais tellement réjouissantes...

  médisance

« Louis a encore obtenu la mission la plus intéressante. Pas étonnant, avec la drague qu’il fait à la directrice », s’énerve celui qui aimerait être promu. « Quoi ? Cette maigrichonne ? Je suis sûre qu’elle est anorexique », assène son interlocutrice. Ah, le savoureux plaisir de la médisance, petite méchanceté partagée sur le ton de la confidence !

 

Entre amis, collègues ou en famille, cela fait du bien de dire du mal. Des autres, bien sûr. À leur insu et avec des accusations infondées, c’est plus drôle. Un comportement réservé aux pervers manipulateurs ?

 

Plutôt une activité répandue, à en croire Laurent Bègue, psychologue social, auteur de L'agression humaine, puisque « 60 % des conversations d’adultes ont pour objet un absent. Et la plupart émettent un jugement ». Chacun sait que ce n’est pas bien de médire. Et personne n’aime passer pour une langue de vipère. Mais rares sont ceux qui partent quand l’histoire est croustillante… Pourquoi plongeons-nous irrésistiblement dans ce plaisir coupable ?

   

Détester ensemble...

  

Médire crée du lien social. "Comme les primates s’épouillent, l’homme moderne cancane !"


« Détester ensemble forge des liens plus forts que de partager du positif », révèle Laurent Bègue. Deux inconnus se sentiront plus familiers s’ils médisent sur un tiers que s’ils en disent du bien. Ils s’assurent ainsi de partager les mêmes valeurs. « L’absent est le mauvais objet ; par opposition, le calomniateur devient le bon objet, le gentil », souligne Frédéric Fanget, psychiatre. À cela s’ajoute le délicieux frisson de la transgression, puisque la norme sociale implicite veut que l’on soit aimable et positif. Celui qui dit du mal prend donc le risque d’être mal vu. Pourtant, c’est le contraire qui advient : l’air sincère, le médisant montre à son interlocuteur qu’il lui fait confiance. Touché, ce dernier est alors plus disposé à partager, à son tour, ses secrets.

 

Malgré sa mauvaise réputation, la médisance a une fonction positive : transmettre les normes et les valeurs du groupe. En désignant ce qu’il ne faut pas faire et en jetant l’opprobre sur ceux qui transgressent, elle tient le rôle d’un mécanisme de contrôle. Elle met la pression sur ceux qui s’écartent du chemin, comme sur les nouveaux venus, auxquels elle donne des informations nécessaires à leur intégration. « En écoutant les cancans, j’ai appris plein de choses sur ma nouvelle entreprise, raconte Marie, 38 ans. Par exemple, qu’il était considéré comme inhumain de ne pas appeler ses enfants plusieurs fois par jour alors que, dans mon ancienne équipe, tout coup de fil perso était banni ! » C’est, en outre, un atout dans la progression sociale. Nous répétons les mésaventures de nos rivaux, surtout s’ils sont du même sexe que nous et de statut supérieur. Le but caché : utiliser ces informations pour grimper socialement. Pire, nous en jubilons ! C’est la Schadenfreude mesurée par l’imagerie cérébrale, terme allemand pour désigner la joie éprouvée face au malheur d’autrui. « Car, au niveau inconscient, nous survivons à celui que nous voulons éliminer symboliquement », explique la Psychanalyste Virginie Megglé, auteure de La projection, à chacun son film (Eyrolles 2009). D’où ce sourire difficile à cacher lorsque nous apprenons que notre belle-soeur détestée a un coup dur… Même s’il s’accompagne d’un petit pincement de honte et de culpabilité.

         

Se rassurer sur sa normalité


Pourquoi toute cette haine ? « Frustration, colère, jalousie… toutes les raisons qui expliquent les comportements agressifs », détaille Laurent Bègue. Et qui font la nature humaine. « La médisance apparaît dans la toute petite enfance, quand, hors du giron familial, nous nous comparons aux autres », constate Virginie Megglé. Interdits de mordre et de donner des coups de pelle, nous passons à la violence verbale. « Pour rester le préféré de nos parents, nous dévalorisons nos camarades, poursuit- elle. Pour nous rassurer sur notre propre normalité, nous disons du mal de celui qui paraît différent. »

 

« C’est un échec de l’affirmation de soi, affirme Frédéric Fanget. Lorsque l’on ne s’estime pas, on s’évalue par rapport aux autres, on se dénigre. »

 

Nous médisons pour dire nos angoisses, solliciter du réconfort, de l’aide… Pour dire indirectement du bien de nous et de celui qui nous écoute, complice. Nous avons aussi le plaisir d’attiser la curiosité, de monopoliser l’espace de parole, de signaler que nous détenons des informations… Le « T’as vu comme la jupe de ma soeur est courte, c’est indécent ! » susurré à l’oreille de notre conjoint peut cacher un besoin de nous rassurer sur notre propre pouvoir de séduction. D’autant que nous visons celui qui pointe nos défaillances, qui nous dérange là où nous nous sentons fragiles. Nous nous rassurons de nos insuccès, en nous convainquant, par exemple, que « le voisin a magouillé pour avoir son permis de construire ». « Par projection, nous pouvons aussi attribuer à autrui un défaut que nous refusons d’avoir », éclaire Virginie Megglé. « Elle est arriviste », dit ainsi celui qui a des scrupules à réussir. « Car la médisance n’est pas nécessairement malveillante », reprend Frédéric Fanget. Pourquoi dire du nouveau chef de projet qu’il a eu un blâme dans son ancien poste ? Par imitation (j’ai toujours vu mes parents médire, je ne sais pas faire autrement), pour rationaliser une émotion (la peur de la concurrence, par exemple), pour compenser le manque de sens (il aurait fallu recruter en interne) ou récolter des informations sur lui en prêchant le faux…

 

Mais « la médisance est un sport risqué, observe Laurent Bègue : d’habileté sociale, elle peut vite faire mauvais genre… et devenir un motif de mise à l’écart ». Dangereuse, elle l’est aussi, bien sûr, pour celui qui en est la victime. « Il s’agit bien d’une volonté de détruire, même si c’est symbolique », insiste Virginie Megglé.

 

Reconnaître son agressivité

 

Pratiquée en douce, elle ôte à celui qui la subit toute possibilité de se défendre et peut laisser des traces durables de soupçons. Le fameux « il n’y a pas de fumée sans feu » donne de la crédibilité aux informations les plus fausses. Le bouche-à-oreille les aggrave, les amplifie et transforme la médisance en rumeur. « Une fois notre réputation ternie, les autres se chargent de l’entretenir, voire de la noircir », remarque Laurent Bègue. D’autant que nous retiendrions mieux et jugerions plus révélatrices les informations négatives que les positives.

Surtout, « la médisance ne règle aucun problème, ne donne pas de satisfaction durable, prévient Virginie Megglé. Sauf en cure thérapeutique ». Car alors, autorisée, elle reste dans le secret du cabinet. « Reconnaître son agressivité ouvre sur une meilleure connaissance et acceptation de soi, y compris dans ses zones d’ombre. Sortant de la victimisation, le patient met cette énergie au service de sa construction et de son mieux-être. » Sûr de lui, il n’a plus besoin de dénigrer les autres pour se faire valoir. Et, peu à peu, la langue de vipère se fait blanche colombe.

      

Et si j’en suis victime…

 

La médisance est dévastatrice. Parce qu’elle colle, en douce, une étiquette à celui qui en est victime, elle le prive de défense et de liberté, tout geste étant ensuite interprété à l’aune de l’accusation. « C’est ainsi que certains sont licenciés pour une broutille, sans comprendre qu’une campagne de dénigrement a eu lieu derrière leur dos », rappelle Frédéric Fanget, psychiatre. Comment y mettre fin ? « En rétablissant la communication. » Par exemple, Paul a dit du mal de vous en présence de Léa, qui vous en informe. Vous pouvez répondre à Léa que vous allez vérifier l’information auprès de lui. Puis, à Paul : « Il paraît que tu dis cela de moi. Je comprends que tu n’aies pas pu me le dire directement, mais, comme cela me concerne, j’aimerais qu’on en parle. » S’il tente de reporter la faute sur Léa, « cette pipelette », ne vous laissez pas embarquer : « Je ne veux pas médire sur elle, je préfère que l’on parle de ce qui se passe entre nous. » Et s’il nie ? « C’est l’occasion de lui demander ce qu’il pense de votre travail, de rétablir le dialogue », propose Frédéric Fanget...

  

"Peu de chance qu’il recommence si vous avez réagi avec calme et dans un souci d’apaisement, c'est encore la meilleure façon de couper la tête du serpent... avant la plainte pour diffamation, bien sur !".

 

-Cécile Guéret-

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