16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 11:17

Une séparation d’avec la mère trop brutale ou impossible, et le monde nous devient étranger. C’est la théorie de la psychanalyste Irène Diamantis pour expliquer ces peurs paniques qui nous empêchent de vivre.

 

-Arachnophobie-

 

Peur panique des voyages en avion, des araignées, du noir, des espaces clos, des soins médicaux, du contact avec les autres… Au-delà de leur très grande diversité, les phobies auraient un point commun : elles proviendraient d’une incapacité à se couper de la mère.

Pour la psychanalyste Irène Diamantis, l’une de leurs composantes essentielles est « l’impossibilité à se séparer d’un lieu connu ou d’un état familier pour rejoindre un univers inconnu qui panique ». Explications et nouvel éclairage sur la plus répandue des pathologies.

 

Qu’est-ce qu’une phobie ?

Irène Diamantis : En grec ancien, "phobie" signifie "effroi". La pensée raisonnable est stoppée net, le temps est comme suspendu, et la personne se sent sans recours face à un danger qui menace de la détruire. Elle est figée, inhibée, dans l’incapacité de se déplacer, d’aimer, de jouir de la vie. C’est Louis, pour qui tout examen médical signifie condamnation à mort ; Francis, qui n’emprunte que les nationales pour éviter le vide terrifiant des autoroutes ; Charles, qui imagine le regard des oiseaux rempli d’intentions maléfiques ; Christine, qui croit que si elle rencontrait un rat, il se jetterait sur elle ; Elise, qui panique en avion parce qu’elle a la sensation que seule sa vigilance l’empêcherait de s’écraser… Certains tremblent à l’idée d’affronter le regard des autres à la cafétéria de leur entreprise. La phobie surgit quand nous avons la sensation que notre environnement familier vacille : le rat, l’oiseau, l’araignée, le regard de l’autre vont alors servir de support effrayant à notre malaise intérieur.

 

Comment une phobie se constitue-t-elle ?

Un jour, j’étais avec mon neveu de 2 ans et demi dans une pizzeria. Tout allait bien, jusqu’à ce que, brutalement, il se fige et refuse de s’asseoir : la chaise lui était soudain apparue comme un objet effrayant, n’ayant nulle place dans son monde mental. Il a donc mangé debout. Heureusement, cette phobie a disparu aussi vite qu’elle avait surgi. Tous les enfants ont des phobies passagères au moment où ils franchissent une étape de leur développement. Manger seul marque une séparation d’avec le temps où ils étaient nourris ; parler, une rupture d’avec l’époque où les mots étaient inutiles pour communiquer avec leur mère…

 

Certains sont-ils plus torturés par des phobies que d’autres ?

Nous en avons presque tous, qui sont autant de signes de nos difficultés à assumer notre condition d’êtres séparés. Mais pour certains, dans l’enfance, l’épreuve de séparation a été plus complexe. Sans forcément s’en rendre compte, la mère a fait entendre que le monde était dangereux : les gens sont méchants, les chiens mordent… Ou, à cause de sa propre histoire, ses tentatives pour inciter l’enfant à s’autonomiser ont été trop brutales. Dans les squares, certaines mères portent toujours leurs robes de grossesse, elles se sentent encore enceintes de leur enfant de 3 ans, ne peuvent pas le lâcher. D’autres le tiennent sur leurs genoux, incapables de concevoir qu’il serait plus heureux avec les autres dans le bac à sable. A leur insu, elles font le lit de futures phobies sociales, entraînant une peur panique du regard et du jugement d’autrui, le social étant, par définition, ce qui est hors de la sphère familiale et familière.

 

Selon vous, la phobie témoignerait donc d’une immaturité psychique ?

Oui, et en même temps d’un imaginaire foisonnant. Pour les phobiques, la planète entière est un gigantesque utérus maternel, du moins tant que le réel ne leur rappelle pas que c’est faux. En fait, une partie d’eux-mêmes est fixée au stade où, pour survivre, il faut rester collé à maman. Mais ce lien mental fusionnel n’est pas forcément vécu dans l’amour. Certains nourrissent des fantasmes terrifiants mettant en scène une mère toute-puissante, ayant droit de vie et de mort sur eux. En fait, ils ont la sensation qu’aucun tiers n’est en mesure de les aider à se séparer d’elle et à affronter le monde. Les phobiques sont enfermés dans leurs cauchemars et y croient sans distance : s’ils prennent un avion, celui-ci va forcément tomber… Une personne en état phobique cesse de raisonner. Si on lui dit qu’il n’y a aucun danger, elle pensera : « Et si, quand même, une araignée se cachait sous le lit ? »

 

Le rêve des grands phobique serait de rester près de maman ?

Ce n’est pas si simple ! L’enfant atteint de phobie scolaire panique à l’idée de se séparer de sa mère, mais souffre aussi d’être incapable de rejoindre les autres enfants. Il se sent amoindri, a honte de lui. Terrifiée à l’idée d’aller de l’avant, la personne phobique sait bien, dans une partie de son psychisme, que demeurer captif de l’univers maternel est encore plus dangereux qu’affronter l’inconnu.

 

Comment repérer que nos phobies résultent d’une peur de se séparer ?
Nous n’en avons jamais une conscience claire. A moins de faire une psychanalyse. D’autant que le psychisme est rusé : nous allons surinvestir une autre famille, un groupe d’amis, un lieu de travail, qui seront en fait des équivalents du clan familial.

 

De quel type de sécurité une personne phobique a-t-elle besoin ?

Il y a chez tous les phobiques une atteinte profonde de l’amour et de l’estime de soi – moins vous vous aimez, et moins vous vous sentez en sécurité. Par conséquent, toutes les expériences qui redorent le blason de notre narcissisme – tomber amoureux, voir ses qualités reconnues… – peuvent alléger une phobie. Mais aimer peut, à long terme, se révéler dramatique, car la personne phobique est souvent tentée de fusionner avec son partenaire et de s’imaginer qu’elle n’est rien sans lui. Ce qui, généralement, se révèle inexact. En effet, paradoxalement, c’est dans la solitude que la personne phobique se reconstruit le plus facilement.

 

A lire

"Les Phobies ou l’impossible séparation"
Les comprendre, les résoudre
Irène Diamantis est psychanalyste. Dans ce livre (Aubier-Flammarion), elle nous offre une analyse originale des phobies, des plus ordinaires aux plus étranges. Plusieurs histoires sont décryptées au moyen d’un même fil conducteur : le ressort de la phobie ne tient pas à la nature de l’objet ou de la situation qui fait peur, mais réside dans une histoire familiale qui empêche la personne d’affronter la vie, avec son cortège de séparations et de changements nécessaires.

 

Isabelle Taubes pour www.psychologies.com

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