23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 17:11

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" Que l’on vive seul ou en couple, la cessation de son activité professionnelle marque une rupture qui nécessite un temps de deuil et des réajustements, psychologiques comme financiers ".

  

 

-Ceux qui vivent seuls sont parfois mieux armés pour y faire face

 

Désormais, au moins 20 % des personnes qui partent à la retraite sont seules, assure Serge Guérin, sociologue, spécialiste du vieillissement.

Seules, c’est-à-dire célibataires, veufs ou veuves, divorcé(e)s, séparé(e)s. « Il y a aussi, insiste le sociologue, tous ceux qui se retrouvent seuls très vite après. »

 

Depuis quelques années en effet, on enregistre, fait nouveau, une augmentation des divorces tardifs. « Il y a un pic à 62 ans », précise même Anasthasia Blanché. Cette Psychanalyste, membre de l’Institut de sociologie clinique, anime en entreprises des séminaires pour futurs retraités, mais voit aussi défiler dans son cabinet des femmes nées après 1945 (les «babyboomeuses ») qui, ayant pris des habitudes d’autonomie, se disent lasses de « supporter et de servir leur mari ».

 

Comme elles ont les moyens de s’en sortir avec leur propre pension de retraite, ce sont elles qui, en majorité, prennent l’initiative de la séparation. « Les évolutions familiales ne sont pas seules en cause. Le temps de la solitude est aussi plus fréquent et plus long parce que la vie dure plus longtemps. Et, puis l’âge venant, il y a les problèmes de santé qui jouent », insiste Serge Guérin.

 

-La retraite reste « une rupture qui, comme toutes les ruptures, peut déstabiliser »

 

Pour autant, les statistiques ne disent pas toute la réalité de la solitude. Ni du choc vécu par ceux qui abordent « le dernier grand tournant de la vie », surtout lorsqu’ils vivent seuls. « Actuellement, je solde mes vacances. Prévoyant, j’ai déjà banni le réveil, je me lève de plus en plus tard, je me suis également remis au tir à l’arc.

 

Pourtant, pour la première fois de ma vie, j’angoisse devant le vide sidéral qui s’ouvre devant moi, confie Alain, veuf et cadre supérieur dans une grande entreprise d’électronique.

 

Dans quinze jours, quand je partirai à la retraite, je devrai rendre mon ordinateur portable, mon téléphone, ma carte de crédit, bref, tous mes attributs de pouvoir et de rang », précise encore cet habitué des missions internationales qui, pourtant, a connu des revers.

 

Il y a quelques années, il s’était vu retirer la responsabilité d’une équipe au profit d’un jeune collègue. « Une nouvelle période de deuil va être nécessaire, concède-t-il. Heureusement, je digérerai celui-ci plus facilement que celui d’il y a quatre ans, lorsque ma femme est morte. »

 

Divorcée depuis 2003, Diane a, elle aussi, très peur de la solitude. Elle aimerait bien refaire sa vie. Pourtant, dans l’immédiat, ce qui l’obsède le plus, c’est sa future situation financière. Au printemps prochain, elle percevra près de 1 800 € mensuels de pension.

 

Seulement voilà, elle a acheté un appartement à crédit et doit rembourser chaque mois près de 1 000 €. « Je vais devoir chercher des petits boulots pour compléter », assure cette fonctionnaire qui, à 65 ans, affiche quarante-six ans de bons et loyaux services, moitié dans le privé, moitié dans le public.

 

 

-Les hommes plus destabilisés que les femmes

 

À écouter ces témoignages, les propos des spécialistes se confirment : La retraite ? Pas si simple ! résume ainsi le titre d’un récent ouvrage de la psychologue Sophie Muffang.

  

Que l’on vive seul ou en couple, la retraite reste « une rupture qui, comme toutes les ruptures, peut déstabiliser », insiste-t-elle. Et plus encore les hommes que les femmes. Car, dit Serge Guérin, « pour les hommes, le travail reste le statut central, même quand l’emploi occupé n’est pas très valorisant ».

 

« Même seules, les femmes retombent mieux sur leurs pieds, confirme Anasthasia Blanché. Avec la ménopause, elles ont déjà fait un deuil important, celui de la fertilité.

 

Une fois à la retraite, elles peuvent enfin prendre du temps pour elles, pour faire des choses qu’elles avaient laissées de côté et aussi pour s’occuper de leurs petits-enfants. Le plus dur, c’est pour les célibataires sans enfants qui n’ont vécu qu’à travers leur identité professionnelle. Et (ou) qui se dévouent pour leurs vieux parents.»

 

Si, dans tous les cas, une tristesse passagère semble inévitable, réagir vite est nécessaire pour ne pas s’enfoncer dans une vraie dépression. « Savez-vous, demande Serge Guérin, que quelqu’un qui part à la retraite passe 35 % de temps en plus devant la télévision ? » « Beaucoup surfent aussi de longues heures sur Internet pour fuir la solitude, mais aussi… dans l’espoir de trouver l’âme sœur. Vieillir seul fait rarement envie », constate-t-il.

 

-Le départ à la retraite induit un remaniement profond de l’identité

 

« Comme l’adolescence, le départ à la retraite induit un remaniement profond de l’identité de l’individu. Cela prend environ une année. Pour éviter le sentiment d’abandon et de vide, il faut se préparer, ne pas hésiter à se faire accompagner », renchérit Anasthasia Blanché. Pourquoi, le plus souvent, ne se prépare-t on pas ?

« Les entreprises sont peu à l’écoute. Elles ont déjà du mal à gérer les seniors. Si, en plus, il leur faut songer à l’après… », regrette Serge Guérin.

Et bien des futurs retraités, à qui l’échéance fait peur, refusent de voir la réalité en face.

  

Pour aborder plus sereinement le virage, des stages de préparation à la retraite comme ceux qu’animent Anasthasia Blanché, Sophie Muffang et Serge Guérin s’avèrent fort utiles. Car ils permettent de se poser les « bonnes questions ». Quelques entreprises et des caisses de prévoyance en organisent.

 

Dans ce domaine, depuis vingt-cinq ans, le groupe de protection sociale Novalis Taitbout (600 stagiaires en 2010) fait figure de précurseur. « Les retraités qui se sentent bien vieillissent mieux », explique Pascal Pâris, directeur de l’action sociale. « Pour donner du sens à sa vie pour les vingt-cinq ans qui viennent, il faut bâtir un nouveau projet, insiste Anasthasia Blanché, qui suggère de «se demander ce que l’on peut faire pour soi et pour les autres».

 

En tout cas, il est important de « le vivre comme une nouvelle expérience de découverte et de liberté : à la retraite, on n’a plus d’obligations, plus d’enfants à élever et un revenu assuré, même quand il est modeste… Les babyboomers sont de nouveaux aventuriers. C’est passionnant, non ? » «Il n’y a pas de réponse toute faite, reprend-elle. Chacun doit inventer son modèle. Ce qui donne du sens pour l’un ne fait pas sens pour un autre. »

 

-Se créer de nouveaux « réseaux sociaux »

 

Dans tous les cas, et plus encore quand on est seul, il est nécessaire de se créer de nouveaux « réseaux sociaux », sans attendre, le plus souvent en vain, d’être sollicité. Pas de panique toutefois : contrairement à une idée reçue, ceux qui vivent seuls depuis longtemps sont souvent mieux armés pour faire face : généralement, ils savent s’organiser pour partager des activités et ne pas être seuls pendant les week-ends et les vacances…

  

« Ce qui rapproche, ce n’est pas l’âge, c’est un projet et des centres d’intérêt communs, par exemple la randonnée, le sport, la musique, le Secours catholique… Comme on ne peut pas passer sa vie en voyage de groupe, il faut penser aux associations en tous genres », insiste Serge Guérin. Et puis, dit-il encore, « il y a l’Université de tous les âges, avec ses 200 000 à 300 000 adhérents. Ça occupe et c’est génial… Beaucoup en sont revigorés. »

  

Serge Guérin appelle aussi de ses vœux une « révolution des mots ». « Les actuels débats sur le financement des retraites renforcent, dans l’opinion, l’idée que retraite = inactivité = vieux = inutilité et parasitisme social. Rien de plus faux, gronde-t il. Parmi les retraités, on ne compte plus les maires, les conseillers municipaux, les bénévoles associatifs, les aidants familiaux. Ils sont donc très utiles ! »

 

Si la société portait un regard plus positif sur ses retraités qui contribuent tant au maintien du lien social, elle les aiderait à mieux vivre le temps qui leur reste. Quelques réformes simples y contribueraient, par exemple la création d’un véritable statut du bénévole et d’un statut de l’aidant familial. Avec des droits et des formations à la clé.

 

Paula BOYER.

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