11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 08:34

Si l'ocytocine est impliquée dans la survenue de certains comportements comme l'altruisme ou l'empathie, en est-elle à l'origine pour autant ? « C'est l'éternelle question de l'œuf et de la poule, répond Angela Sirigu, biologiste au centre de neuroscience cognitive de Lyon »

 

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"Ce que nous savons, c'est que les personnes autistes sécrètent moins d'ocytocine et que chez les individus normaux, le taux d'ocytocine varie au cours de la journée. Les stimuli responsables de ces variations sont assez mal compris. De plus, le taux d'ocytocine varie d'un individu à l'autre. En quelles mesures ce paramètre influence la personnalité des individus, la question reste ouverte..."

 

Une équipe néerlandaise montre qu'en renforçant le sentiment d'appartenance à un groupe, une hormone, l'ocytocine, pourrait servir de support à une certaine forme d'altruisme, celui-là même qui pousse une mère, un soldat, un terroriste à se sacrifier pour son enfant, sa patrie ou son groupe.
De la noirceur humaine
  

L'ombre de l'histoire humaine se mesure. Dans le seul XXe siècle, 210 millions de personnes ont été exterminées dans le cadre de politiques génocidaires ; depuis 2000, 30 000 autres vies ont été balayées à la suite d'actes terroristes. Des faits que d'ordinaire on se contente d'expliquer par d'autres faits, historiques ceux-ci. Mais c'est confondre analyse et explication. Car la vraie question, celle que ces atrocités maintes fois répétées au travers de l'histoire soulèvent, reste en suspens et tient en un mot : « pourquoi ? ».

 

Pourquoi les hommes sont-ils capables d'en agresser d'autres avec au ventre cette seule justification que ceux–ci n'appartiennent pas au même clan ou groupe ethnique, politique, religieux ou social ? Et, poser la question en ces termes, c'est encore l'éluder en partie. Car derrière « les hommes », se cachent des individus, vous, moi, des personnes qui, chacune à leur échelle, permettent ou réalisent l'impensable, allant parfois jusqu'à sacrifier leur vie non pas en leur propre nom mais pour défendre les intérêts d'un groupe auquel ils ne sont même pas apparentés.

  

Or, la chose paraît insensée, surtout si on l'examine à la froide lumière de la sélection naturelle, théorie qui, dans ses grandes lignes, affirme que l'objectif de chaque individu est avant tout de survivre pour transmettre ses gènes à la génération suivante. Comment appréhender ce paradoxe ? La réponse tient peut-être elle aussi en un mot : l'amour. Du moins en partie.

  

Tests sous influence
  

C'est ce que suggère une équipe néerlandaise après avoir testé l'influence sur le fonctionnement de groupes humains de l'ocytocine, une hormone dont le nom signifie littéralement l'« accouchement rapide ». À raison, puisque cette molécule, sécrétée par le cerveau au niveau de l'hypothalamus et relarguée à la fois dans le cerveau et dans le sang, est impliquée dans l'accouchement et la lactation. Mais pas seulement. Des études ont montré qu'elle promouvait aussi la vérité, la coopération, l'altruisme, l'empathie et même l'attachement. Une déferlante de qualités qui lui a valu le sobriquet d'« hormone de l'amour ». Un Cupidon dont les flèches pourraient pourtant être à double tranchant.

 

La preuve par l'expérience : les chercheurs néerlandais ont fait inhaler à des dizaines d'hommes des doses d'ocytocine ou d'une substance placebo. Une demi-heure plus tard, ils ont associé les sujets de façon aléatoire par petits groupes de trois afin de leur faire passer le test du dilemme du prisonnier. Dans l'arène, deux équipes : chaque individu reçoit une somme d'argent – 10 euros – qu'il peut garder ou distribuer selon des règles précises. Résultat, comme escomptés, les individus ayant pris de l'ocytocine sont plus altruistes et distribuent deux fois plus leur argent que les autres.

 

L'hormone ne montre sa face obscure que lors d'un deuxième test. Là, les chercheurs ajoutent une règle supplémentaire au jeu initial. Une règle qui laisse envisager, à chacune des équipes, la possibilité d'une perte importante d'argent si la partie adverse décide de ne pas coopérer. Fini l'altruisme, devant l'éventuelle menace, les individus sous l'emprise de l'ocytocine adoptent une position défensive, préférant refuser la coopération et nuire à la partie adverse plutôt que de lui faire confiance et de chercher à maximiser leurs propres gains. Une posture radicale que les individus placebo n'adoptent pas.

  

L’hormone du don de soi
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Ainsi, parce qu'elle renforce l'attachement que ressent un individu pour son propre groupe, l'ocytocine déclencherait une agressivité défensive (et non offensive). En cas de menace réelle ou ressentie, l'individu présentant un fort taux d'ocytocine se mettrait à défendre son groupe, quitte à se nuire lui-même. Ce type de comportement a un nom : l'altruisme de clan. Ce serait donc la même hormone qui ferait qu'une mère protège sa progéniture.

    

 

Bibliographie 

  • Uvnäs-Moberg, Kerstin. Ocytocine : l'hormone de l'amour, Santé - Bien-être - Relations. Collection Champ d'idées, éditions Le Souffle d'Or, 2006
  • Uvnäs-Moberg, Kerstin. The Oxytocin Factor. Tapping the Hormone of Calm, Love, and Healing. Cambridge MA: Da Capo Press, 2003.

Lien externe 

     

Par Viviane Thivent, sciences-actualités.fr

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Published by Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - dans Dossier Neurologie

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