22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 06:38

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  "La crypte freudienne n'a pas seulement eu des effets sur les psychanalyses et sur les positions théoriques de Freud. Elle poursuit son action fantomatique sur ces successeurs. Dans les milieux psychanalytiques, de pieux hommages à Freud s'accompagnent comme de son temps d'un manque d'attention scientifique suffisante et de gentillesse vis-à-vis de collègues plus proches dans le temps et dans l'espace. L’œuvre de Sandor Ferenczi a été entourée d'une haine et d'une incompréhension cinquantenaires dont les effets ne sont pas encore éteints. L'argumentation point par point d'un travail est souvent remplacée par de pures déclarations de désaccord comme s'il s'agissait de goûts et de couleurs ou par le passage sous silence. C'est dire qu'il importe de s'intéresser au travail du Fantôme dans la psychanalyse." Claude Nachin, Les fantômes de l'âme, L'Harmattan, 1993, pp. 97-98.

       

 

 

 

On peut aujourd'hui considérer que Sandor Ferenczi, qui était un analyste prestigieux, a aussi été un psychanalyste "exceptionnel". Exceptionnel dans le sens où il tient, pendant tout le temps de son engagement comme praticien et théoricien de l'analyse, une place "d'exception" puis de "marginal", tant auprès de Freud -dont il fut, tour à tour et à la fois, le disciple, le patient, l'ami et le confident-, que au sein même de la communauté psychanalytique, dont il fut l'un des membres les plus actifs et les plus novateurs : il est, de tous ses contemporains, celui qui, le premier, a indiqué les frayages et le chemin de la clinique psychanalytique moderne.

 

Cette place exceptionnelle et prestigieuse qu'il a tenue pendant plus de vingt-cinq ans (1908-1933), se mua les dernières années de sa vie, au gré des dissensions avec Freud, en place d'"exception". Du fait de ses avancées techniques (considérées comme des "pratiques transgressives"), et de certaines des élaborations théoriques qui en découlaient, Sandor Ferenczi devint, alors, une "exception" comme on dit que "c'est l'exception qui confirme la règle". Le "voile pudique", entretenu par ses collègues dans leur ensemble pendant les années qui ont suivi sa disparition, voile fait de silence par rapport à la personne, de retrait par rapport à l'oeuvre et d'oubli partiel par rapport au rôle considérable qu'il avait tenu de son vivant auprès de Freud, vint masquer la difficulté des psychanalystes de l'époque à pouvoir saisir et élaborer certaines de ses "intuitions géniales" (notamment celles qui découlaient de la prise en charge de patients considérés comme des "cas difficiles"), intuitions qui venaient remettre en question certains modes de pensée et certaines convictions métapsychologiques.

 

Il faut attendre l'écart de plusieurs générations d'analystes pour que l'on voit apparaître un "retour à Ferenczi" et un renouveau pour l'intérêt des problèmes qu'il a su, en son temps, soulever. On peut avancer qu'un certain nombre de concepts théoriques et d'idées fortes communément adoptées aujourd'hui sont un héritage direct des avancées de Ferenczi. Sans les recenser toutes, on peut, pour mémoire, citer :

 

Les sources du "trauma" comme pouvant être liées à l'économique (le "trop" ou le "pas assez", l'"excès" ou la "carence"); l'identification à l'agresseur secondaire à un fantasme traumatique de séduction; les transferts "passionnels" comme effets du clivage narcissique (psychotique), lui-même conséquence du traumatisme primaire, ce qui entraîne la création de zones du moi "clivées" et "mortes"; le clivage de la pensée et du corps (du somato-psychique); la paralysie de la pensée et de la spontanéité sous l'effet du trauma; la notion de disqualification de l'affect; la notion de personnalités "comme si", "as if" et le "faux self"; la notion d'effondrement psychique et de dépression "anaclitique", voire anobjectale; l'importance de l'amour ou de la haine primaire; la haine comme moyen de fixation plus puissant que la tendresse; l'importance de l'environnement (la mère et son fonctionnement psychique, ses capacités contenantes, etc.); l'importance des empreintes psychiques maternelles et de la psyché de la mère (le langage de la "tendresse" et de la "passion" maternelle); le rôle du "jeu" dans l'analyse; la nécessité de faire autre chose du contre-transfert qu'un obstacle ou un "transfert en contre" mais d'y voir aussi un effet psychique lié à la rencontre d'un autre psychisme et qui, de ce fait, reflète une des formes, ou un des aspects, du fonctionnement inconscient de ce dernier (identification "primaire" de l'analyste à l'"originaire" du patient); autrement dit de voir dans le contre-transfert un "outil" précieux pour l'analyste et pour la cure, et non un "obstacle".

 

Ce volume des Monographies de la Revue Française de Psychanalyse a donc pour objet, de rappeler la place très importante qui fut celle de Ferenczi dans l'Histoire du mouvement psychanalytique ainsi que de tenter de re-situer, dans l'histoire du développement des concepts, la teneur et l'importance des axes théoriques auxquels le conduisirent, entre autres, ses différentes mises en perspectives théorico-pratiques et ses tentatives de renouveau technique. En introduction à ce volume de la Monographie, il est proposé au lecteur un inédit des chapitres non publiés en français, dans les Oeuvres complètes de Ferenczi, de l'Essai élaboré en commun avec O. Rank sous le titre "Perspectives de la psychanalyse" (1924). A l'époque celui-ci provoqua des réactions très intenses comme en témoigne l'échange épistolaire entre S.Freud et K. Abraham que nous avons pensé utile de republier du fait de leur actualité, soixante-dix années après! La présentation de ce texte par Georges Pragier permet de mettre en évidence l'empreinte de Ferenczi dans cet écrit.

 

Ilse Barande montre qu'au-delà du différent, voire des désaccords, qui ont commencé à se dessiner dès cette époque entre Freud et Ferenczi, c'est surtout leur "affinité élective" qui dominera enfin de compte leur relation. L'apport théorique de Ferenczi est ici envisagé avec la contribution de Henri et de Madeleine Vermorel qui traite du "coup de maître" de Ferenczi : le concept d' Introjection. Raymond Cahn développe la question de l'implication de l'analyste dans le processus psychanalyste : du transfert au contre-transfert.

 

L'aventure technique de S. Ferenczi fait l'objet d'un texte de René Roussillon; en contrepoint Jean Guillaumin oppose une critique à propos de l'analyse transgressive et de l'analyse mutuelle. Thierry Bokanowski, dans un texte original à partir du "Journal Clinique", montre que Ferenczi a été le premier à rendre compte de l'importance, dans le travail transféro-contre- transférentiel, de la métapsychologie du couple trauma-clivage.

 

Simultanément homme de son temps et visionnaire dès sa période pré-psychanalytique, Ferenczi apporte déjà une oeuvre dont le ton nouveau est commenté par un psychanalyste d'origine hongroise, André Haynal. A travers sa propre expérience, Kathleen Kelley-Lainé, elle aussi originaire de Hongrie, évoque ici la langue maternelle de Ferenczi. La présence de Ferenczi dans la littérature psychanalytique a été rigoureusement recensée dans la bibliographie par Claude Girard.

 

Revue: www.carnetpsy.com

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