4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 15:39

« Lorsque vous ferez les deux êtres en un, et que vous ferez le dedans comme le dehors, et le haut comme le bas ; et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et la femelle ne soit plus femelle, alors vous entrerez dans le royaume. » St-Thomas.

  

    amor

 

1- Tant d’amours et si peu d’amour !

 

Si l’amour entre deux personnes se révèle être une prison affective plutôt qu’un affranchissement, dans la plupart des cas, où pourrait-on placer la liberté de l’âme et de l’esprit dans les rapports amoureux ? Et sous quelles conditions ?

 

Le nombre « d’amour prisons » est considérable : l’amour piège, l’amour fatalité, l’amour douleur, l’amour solitude, l’amour destruction, l’amour anéantissement, l’amour nostalgie, l’amour obsession, l’amour renaissance, l’amour oedipe… cannibale, possession, exclusion, et ainsi de suite.

 

Ces amours-là sont cependant souvent bénies par ceux et celles qui en savent la souffrance passionnée. Existent également : l’amour errance, l’amour changement, l’amour passager… oubli, regrets, attente, doutes et illusions. A quoi il faut ajouter la somme immense des amours édulcorés et des passions éteintes. De nos jours, l’amour de soi prédomine également, accompagné de son cortège névrotique : être accepté, être reconnu à tout prix, ne pas se sentir rejeté, être aimé à n’importe quel prix !

 

Il y a aussi le besoin d’aimer plutôt que d’être aimé, ou l’inverse. Il existe l’amour entre deux individus, l’amour du monde… Il se présente autant de formes d’amour que de systèmes neuropsychiques différents. Et finalement, s’accroche t-on à l’amour, ou aux illusions qu’il répand le plus souvent ?

 

Non seulement, beaucoup de formes d’amours sont une négation pure et simple de la liberté de soi, mais elles présentent une ambiguïté à travers laquelle il est fort difficile de détecter une authenticité, et de savoir à quel moment et sous quelles conditions on cesse de s’aimer soi-même par l’intermédiaire de l’autre.

 

2- L’amour et la subversion

 

Tout amour intense, passionnel ou non, représente une forme de subversion (voir l’article « La longue veille »). L’amour n’écoute pas la loi du père. Il n’entend que ses évidences intérieures. Cette subversion est logique : l’amour, qui semble être la manifestation d’une formidable source d’énergie, a été codifié et canalisé par un réseau de lois sociales, instituées par des moralistes patriarcaux (un de mes rare désaccord avec Freud), enrobés de paraître et de décorums absurdes (imagine t-on un mariage, si il avait lieu dans le silence et le recueillement ?)

 

On constate cependant une ruée vers une liberté encore mal définie. Sont remises en question les notions de morale, de possession exclusive, de fidélité et d’attachement obligatoires. C’est une subversion latente ; elle n’est pas l’aboutissement d’une longue gestation intérieure, mais un point de départ chaotique. C’est la lutte, ici encore, contre les codifications extérieures bâties séculairement par l’homme (le père) et qui ne présentent d’autres justifications que l’idée abstraite et indéfinissable du « devoir », de « l’honneur » et de la prolongation du nom !

  

(Notons ici que les lois du père, quand elles sont savamment dosées, permettent d’apprécier et de savourer intensément l’amour, car les difficultés dictées par les normes renforcent les liens entre les amoureux, et donnent une valeur fondamentale à cette notion encore naissante de don de soi à l’être aimé.)

 

Cette subversion ne se fonde pas encore sur des évidences intérieures. Mais il n’empêche qu’elle s’amorce et, de ce fait, existe. Cette « révolution » rejette toute loi étrangère à l’âme et se dirige, à coup de remous, vers une perspective intérieure qui est celle de « l’âme du monde »… comprenne qui pourra… (Voir le dernier ouvrage de Frédéric Lenoir, sociologue).

 

Le « Tristan et Yseult » de Thomas en 1175, se termine d’ailleurs par :

« Thomas achève ici son livre. Il salue tous les amants, les méditatifs, les passionnés, les sensuels, et ceux que le désir brûle, et ceux qui vivent le plaisir, ainsi que tous les auditeurs de son roman. (…) Puissent-ils en tirer un enseignement salutaire contre l’inconstance, contre l’injustice, contre la souffrance et contre tous les pièges de l’amour ! »

 

3- Un appétit sublime

 

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant,

D’une femme inconnue et que j’aime, et qui m’aime,

Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend. »

Paul Verlaine.

 

L’amour ressemble à une quête de l’impossible. Chacun se heurte impitoyablement à des limites, situées fort loin d’une source ressentie comme inaccessible. Formidable moteur cependant des activités humaines, il engendre ainsi de non moins formidables nostalgies !

 

Le monde entier s’adresse à l’amour abstrait et sans visage, simple espoir devant l’inaccessible. La notion d’amour est pareille à un gaz en provenance d’un ailleurs et qui s’infiltre dans le moindre des logis aux portes closes. Le monde entier tâtonne… Les cathédrales, les poésies, les peintures lancent leurs hymnes à l’amour. La physique moderne cherche la source de toutes choses, les super télescopes écoutent le ciel dans l’attente de lointains messages, et captent en attendant la lumière fossile née avec notre univers. Ainsi, la recherche de l’amour, sous toutes ses formes, conduit la planète, ainsi que la marche des civilisations qui se succèdent.

 

Mais « amour » est un mot dont nous nous servons, faute de mieux, pour désigner nos attirances affectives. Voici un simple sourire que nous échangeons dans la rue avec un (ou une) inconnu(e). Et l’âme, si elle n’est pas trop abîmée ou pervertie, s’illumine ! Pourquoi cette flambée à partir d’un acte pourtant élémentaire ? Que cherchons-nous en nous servant de ce que nous appelons « l’amour » ?

 

Si l’amour est un appétit sublime, nous n’en voyons que les manifestations dérisoires, limitées, apeurées et changeantes. L’amour exige t-il cette errance ? Ou la source est-elle si puissante que nous ne pouvons que balbutier et tâtonner lamentablement face à elle ?

 

Car il doit y avoir quelque part une source objective, un émetteur, une puissante « centrale de distribution » (pas Fukushima de préférence), un archétype de Jung, qui nous forme et nous informe, et déclenche les multiples manifestations "du plus étrange phénomène qui régisse l’humanité depuis l’aube des temps"…

 

4- La « passion » du voyage

 

« Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion ». Saint Augustin.

 

L’amour décroche parfois vers un fabuleux voyage : celui de la passion. Fascinante, dévorante, apparemment absurde, refoulée par l’inconscient occidental moderne, vilipendée par les moralistes et les âmes normalisées, la passion a décliné. On joue souvent à la passion, on ne se perd plus en elle ! On se convainc, on triche, on se veut atteint de passion ; on n’en vit plus la profonde et mystique brûlure… Le feu qui couve se projette alors sur certains films dits d’amour, les séries américaines où s’agitent héros et héroïnes attiédis. « On devient passionné par procuration ».

 

La puissance luciférienne de la passion a largement disparu en amour. Elle s’est dégradée dans l’exaltation d’instincts élémentaires ; instincts alimentés par un hédonisme prôné et grandissant : génitalité de faible niveau par exemple, où il est manifeste que l’on cherche inconsciemment « autre chose ».

 

La façon même dont on parle de passion dans les mensuels, les médias, marque cette insignifiance (si ceux-ci me lisent, vous remarquerez bientôt dans les kiosques leur empressement à pallier à ce problème).  Qu’est devenue l’exaltation d’Yseult, fille de roi et femme d’Irlande, sinon la tiédeur de celles qui ont marqué leur soumission à des dogmes sociaux bien établis ? Qu’est devenue la puissance féminine d’Yseult (voir l’article : Femme et féminité, source de la puissance d’exister) sinon le non-sens des femmes « bling-bling » et « immatures » d’aujourd’hui ?

 

Quant à Tristan, il s’est transposé le plus souvent dans la nuée des « dragueurs lambdas » qui, au jour le jour et sans le savoir, cherche un autre monde qui les dépasse… Pourquoi et à partir de quoi la passion fut-elle refoulée dans l’âme occidentale, mais hypocritement couvée cependant par ces mêmes âmes ?

 

Il existe en premier lieu une absurdité paradoxale. L’occidental moyen éprouve une sorte de haine inconsciente envers l’amour en général (la haine est en effet récurrente chez les occidentaux depuis plus d’un siècle, sans compter la contagion mondiale qu’elle provoque), et la passion en particulier. Cet occidental normalisé ne supporte pas les gens qui se montrent heureux, par amour ou autrement. Pas plus qu’il ne tolère ceux qui se montrent indifférents aux normes et aux critères habituels.

 

L’homme moyen honnit la confrontation entre son manque de bonheur intérieur, et le bonheur des « nantis » affectifs ! L’homme alors, hait ce qui ravive sa plaie foncière : la nostalgie d’un amour et d’un bonheur non réalisés. Ce n’est pourtant pas faute de lui expliquer qu’il faut tout d’abord regarder dans « son assiette » avant toute quête d’un bonheur sublimé.

 

Nombre de cliniciens dénoncent la passion comme dangereuse et aberrante. L’est-elle réellement ?

 

Elle est dangereuse pour les affectivités faibles, si toutefois ces dernières sont capables de passion réelle. La passion a conduit au meurtre et au suicide, à l’obsession, à certaines dégradations physiques et mentales. Mais elle est et reste foncièrement un voyage vers un ailleurs, où l’on s’abîme dans la fusion réalisée avec l’autre ; les pulsions se transforment alors en spiritualité (Freud : La sublimation des pulsions), deux personnes se fondent en une, dans la sensation d’une éternité possible !

 

6- Mais où est la liberté ?

 

Il est inutile de chercher la moindre liberté individuelle dans la passion. Elle ne s’y trouve jamais… Entre la passion et la liberté du Moi, règne une totale incompatibilité, cette liberté ne se recouvre que lorsque chacun des partenaires redevient lui-même ; ce qui marque d’ailleurs la fin de la passion et de la fusion qu’elle produit. Celle-ci aura alors accompli sa boucle hypnotisante !

 

En attendant, c’est par la passion que naissent les plus beaux poèmes, les musiques les plus sublimes, les philosophies les plus hautes, les architectures éternelles. Malgré sa fugacité, ce fabuleux mariage de l’animus et de l’anima se révèle comme « la richesse du monde et le véhicule du génie humain », à travers les siècles. Il est d’ailleurs heureux que l’être humain conserve sa vie durant, l’âge d’effeuiller les marguerites ou de se cajoler dans les coquelicots…

 

Partager cet article

Published by Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - dans Dossier Psychanalyse

Soins conventionnels :

- Etat dépréssif

- Troubles anxieux

- Situations de crise

- Troubles compulsifs

- Hypnothérapie médicale

 

  Nouveau site internet :

  http://www.psychologie-luxeuil-70.com/

Rechercher

Soins spécifiques :

- Souffrances au travail 

- Thérapie de couple ou familiale

- Suivi scolaire et aide à l'orientation 

- Communication et relations publiques

- Facultés attentionnelles et concentration

Université Populaire UPL :

AP_circle_logo.jpeg
              
 
France bleu - Trommenschlager / Neuromarketing
 

Liens

setonly.png     cerveau-et-psycho.jpeg

collège DF   France-Culture

Pages externes