7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 16:12

" Depuis toujours, la parole s'accomplit et s'énonce sur les conjonctures que l'histoire de l'Homme et de la société définit."

 

Intellos, intellectuels : quelle différence pour la psychanalyse ?

 

Avec l'affaire Dreyfus, Zola est devenu matière à référence dans la lutte des grandes causes : injustices, immigration, oppression des peuples... Porte-paroles d'une époque, d'un témoignage suscitant l'interrogation, les "vrais intellectuels" enfantent la révolution libératrice triomphante de la raison d'État, de l'intelligentsia élitiste et de l'omnipotence judiciaire. L'actualité, tout comme l'Histoire, nous l'enseignent : la révolution ne s'écrit que trop souvent avec les souffrances et le sang du peuple.


Des mécanismes de défense

 

Les intellos, pastiches des grands intellectuels de ce monde, se gargarisent de palabres abscons et de paroles vides, d'un narcissisme ébloui de ses maux, d'une auto-séduction qui s'abreuve non plus de son image, du moins le croit-on, mais de l'écho de son dire. L'ensemble des signifiants que le discours véhicule reconstitue, par métaphores et métonymies, « son-image ». L'intello ne se plaît qu'à discourir des objets qui affectent son cheminement. De l'Histoire à la politique, de la philosophie à la sociologie, il investit tel événement ou fait de société avec une plasticité qui se modèle selon son vécu personnel. La libido s'éprend des objets de manière labile, différenciant les pulsions sexuelles d'un sujet à l'autre. Plus la viscosité de la libido adhère à l'objet, plus le sujet ira dans la profondeur de la quintessence nourricière objectale. Par antithétie, moins la libido colle à l'objet, plus la capacité au changement est facilitée, effleurant ainsi les objets au risque de s'y disperser ou de s'y perdre. L'intello s'exalte de sa jouissance à l'élaboration d'un désir insatiable d'images et de bien dire. Ce savoir n'est autre qu'un mécanisme de défense névrotique servant d'écran à une pulsion inavouable.


Le mot : un phallus imaginaire

 
L'intello est dans un rapport de supérieur à inférieur, où le beau mot fait figure de phallus imaginaire, flattant son ego. Comment ce besoin d'apprendre, de l'intérêt de la « chose », est-il engendré par le manque originaire ? Sigmund Freud explique que la pulsion voyeuriste de l'enfant cherche à se satisfaire dans l'avidité portée au lieu féminin de la « connaissance ». Le mécanisme de défense particulier de la sublimation, luttant contre la souffrance de l'interdit quant au but de la pulsion scopique, permet le déplacement pulsionnel vers des objets sociaux et intellectuels, grâce à la plasticité libidinale, allant se satisfaire alors dans la faconde des jeux de mots, les métaphores de langage ou autre atticisme de rhéteur. Dans comprendre, il y a prendre mais aussi rendre. Tout le mécanisme du stade anal se trouve contenu dans ce jeu de la curiosité ou pulsion du savoir : retenir, restituer, donner, garder, manipuler, enseigner, transmettre... Autant de fonctions qui conduiront à la virtuosité du bretteur littéraire. La névrose infantile, si elle ne succombe à la perversion, deviendra la source de la soif intellectuelle, de l'art épistolaire. Comme toute pulsion, la pulsion voyeuriste, dans un rapport passif-actif, se retourne en son contraire, soit l'exhibitionnisme, comme pour faire montre de son esprit. Toute pulsion non satisfaite crée un espace vide tendant à se remplir de son essence créatrice. La création de l'artiste est sa recherche du temps perdu.


La pulsion « épistémologique »

 
L'intello use de la compulsion de répétition, tournant indéfiniment en rond autour de l'espace officiel, se délectant de sa jouissance lettrée, alors que l'intellectuel ne se laissera pas enfermer dans cette béance. Il fera le deuil de sa perte afin que jaillisse sa « re-création ». L'écrivain va reproduire son monde intérieur avec ses objets aimés, oubliés, détruits. Selon Proust, « un livre est un grand cimetière où, sur la plupart des tombes, on ne peut plus lire les noms effacés ». Les objets perdus de l'enfance renaissent-ils ainsi de leurs cendres sous une forme nouvelle ? L'élaboration réussie de l'angoisse dépressive sublimera ou transmutera l'objet érotique en objet social. L'inhibition du talent artistique ou du désir d'apprendre peut s'interpréter comme l'impossibilité à dépasser la phase dépressive, précise Melanie Klein. L'enfant, au travers du regard de ses parents, s'identifie par le jeu du miroir aux valeurs de son milieu social. Son esprit s'élabore sur le besoin intersubjectif de se communiquer. Le verbe projectif englue l'autre de son histoire à l'y méprendre. Dès les plus tendres années, la pulsion du savoir se fait sentir chez le petit d’Homme par un désir de curiosité : regarder dans les armoires, chercher ce que les parents cachent dans des tiroirs difficilement accessibles ou, encore, par l'insatiable ardeur à poser les questions les plus incongrues. Le désir profond et intense d'apprendre, de savoir, de comprendre n'est qu'une sublimation de la pulsion singulière que Freud nomme « pulsion épistémologique ».


Des mots simples mais des mots d’adulte !

 
Cette pulsion plonge ses racines dans les origines les plus primitives de l’être humain, moment de la phylogenèse où l'individu, justement, se différencie de l'animal. Ainsi les Écritures Saintes rapportent-elles la découverte du fruit défendu, symbole de la connaissance, comme la faute responsable de la chute de l'humanité divine. La curiosité sexuelle du tout-petit est liée aux interrogations qu'il formule sur ses origines et auxquelles les parents n'osent répondre. Cette curiosité sexuelle va glisser progressivement vers le désir de savoir. Elle se sublime, change d'objet sans refoulement, permettant à la pulsion de toujours se satisfaire. La plasticité de la libido, selon son degré de viscosité, se détache des objets primitifs pour adhérer par identification à des objets sociaux valorisants. La curiosité enfantine passe par un savoir sur lui-même, sur sa création, sur son entourage familial, racine de sa lignée transgénérationnelle. Lui refuser cette vérité, lui mentir par choix du non-dit, entraînera l'angoisse de la curiosité, de la « question ».

 
Alors faut-il répondre au questionnement de l'enfant ? Certes, oui, mais comment ? Avec des mots simples, justes, et cependant aussi des mots d'adulte. Peu importe qu'il paraisse ne pas comprendre, là n'est pas la question ! Le désir épistémologique de l'enfant n'est pas lié à une nécessité cognitive mais à une levée de l'angoisse. Ne pas dire, c'est maintenir l'anxiété chez lui, anxiété signifiant d'un interdit du savoir...

 

Jacques Ravel pour http://www.psychanalysemagazine.com

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