3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 09:36
Dans leur quête de sensations toujours plus fortes, les adeptes du ski, du surf ou du skate atteignent parfois un état proche du sublime, où le temps lui-même semble altéré. Enquête sur la jouissance de ces sportifs qui goûtent l’éternité.
    
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“C’était l’après-midi. Seul sur la piste, je descendais sans effort, mes virages étaient longs et souples. En parfaite harmonie avec le mouvement, je goûtais le soleil et le vent et je devinais chaque flocon de neige sous mes skis. » Rick Phipps se sent « mystérieusement, merveilleusement vivant, en connexion avec tout l’environnement », dans un « moment de clarté, obsédant, presque radioactif ». De retour chez lui, cet Américain reste muet, incapable de raconter ce qu’il a vécu.

 

La première fois, Patrick « Thias » Balmain en a été effrayé. Ce skieur chevronné qui, depuis trente ans, entraîne des champions de ski en Tarentaise, a brutalement senti qu’il « larguait les amarres » et naviguait « sur la mer démontée de (s)es émotions ». Il ne lui restait que son corps comme point d’ancrage. Par le seul fait de la glisse qui joue avec la gravité, à travers leur quête de sensations toujours plus fortes, ces deux-là sont parvenus, par hasard insistent-ils, à un état inconnu, lumineux, un état d’omniscience et de grande paix intérieure, où le temps lui-même semblait altéré. Ils ont atteint une forme d’extase que connaissent les sportifs pratiquant le ski, le surf, le snowboard ou le skate.

 

Sur une planche, le corps se déplace avec fluidité, dans une liberté totale. Le glisseur ne produit pas d’énergie, il profite de celle que lui offre la pente enneigée, la vague ou la rue. Il ne fonctionne pas de manière mécanique, il est sujet à des émotions, des peurs, des croyances qui influent sur son comportement. La performance ne consiste pas à aller plus vite, mais à se transcender : le glisseur « croit voler », écrivent Hugo Verlomme et Alexandre Hurel dans « Fous de glisse » (Albin Michel, 1990).

 

Or dans l’enseignement traditionnel des sports, très directif, ce qui compte, c’est la performance mesurée par le chronomètre. Thias Balmain a fini par s’en détourner. Il a aussi abandonné les manuels, qu’il qualifie de « répertoires de gestes codifiés » parce qu’ils négligent trop l’écoute du corps. Il s’est intéressé à l’utilisation, consciente ou inconsciente, des phénomènes physiques par les athlètes. A l’aide du taï-chi-chuan, il a cherché à comprendre ce qui unit le glisseur à son environnement, pour mieux parvenir à l’harmonie et à l’équilibre dans le mouvement. Inspiré par les arts martiaux japonais, il a créé les « katas » de la glisse, des enchaînements de mouvements qui visent à « placer le glisseur en relation consciente avec son corps et le milieu qui l’entoure » et à accroître sa concentration.

 

Car l’état de grande concentration, de pleine conscience, facilite l’accès à l’extase – à condition que la conscience soit détendue, et non crispée : « Glisser, ce n’est pas se cramponner », écrit Thias Balmain dans « La Glisse intérieure » (Le Souffle d’or, 2005). Le glisseur s’approche alors d’un état idéal, comme une expérience spirituelle. Au cours d’une « descente révélatrice », celle qui génère la jouissance, Tim Gall-wey, auteur de « Inner Skiing » (Random House, 1997), best-seller de l’apprentissage du ski, a remarqué que l’esprit n’analyse pas, il est simplement focalisé sur l’instant présent.

 

Rick Phipps, lui, a découvert les bénéfices de la concentration au Japon, dans la méticulosité de ses arts : poterie, calligraphie, cérémonie du thé, art floral, poésie, arts martiaux… Dans « Skiing Zen. Searching for the Spirituality of Sport » (Iceni Books, 2006), il raconte comment le bouddhisme zen lui a permis de perfectionner ses techniques sportives, après une saison passée auprès du skieur de l’extrême Yuichiro Miura, le premier à avoir descendu l’Everest en ski, en 1970. Au sein de son équipe, il a appris à se mouvoir avec souplesse, à apprivoiser la gravité. Surtout il a remarqué que les skieurs japonais débutants ne reçoivent pas d’instructions précises car elles les perturbent quand il s’agit de les appliquer. Au contraire, l’apprentissage se fait en observant les champions, pour copier leurs gestes : ainsi, le mouvement va directement des yeux au corps, sans être interprété rationnellement par le cerveau.

 

C’est dans cet esprit que Tim Gallwey a élaboré sa propre pédagogie de la glisse, appelée « inner game » (« jeu intérieur »). En chaque individu, dit-il, deux personnalités coexistent. L’une juge, s’inquiète et doute, c’est l’esprit égotique qu’il faut maîtriser. L’autre ouvre, élève, émerveille, c’est le potentiel qui existe à l’intérieur de chacun. L’une analyse beaucoup et fait perdre le contact avec le présent. L’autre est l’intelligence du corps, ce qui « voit et fait ce qui est nécessaire sans aide de la pensée », selon la définition du philosophe indien Sri Aurobindo.

 

A ses étudiants, Tim Gallwey répète qu’ils doivent apprivoiser la première personnalité et faire confiance à la seconde pour laisser le corps agir comme il le sent. Lors d’une descente révélatrice, le glisseur se rend vite compte que ses performances sont meilleures s’il pense moins. Pour mieux l’expliquer, le coach décompose un virage à ski : il faut transférer le poids sur la jambe extérieure, plier en avant le genou et la cheville pour contrôler le bord du ski, déplacer l’épaule, le bras et la main pour planter le bâton… Comment exécuter simultanément autant de gestes ?

 

La compréhension globale d’un tel mouvement est trop compliquée, implique trop de simultanéité pour l’esprit conscient. Il préfère donc donner des conseils plus généraux, qui élargissent l’intention plutôt que de la rétrécir. Par exemple, « maintiens ton équilibre ». Le cerveau finit par ne plus commander au corps. Il laisse aller les membres, qui ont une connaissance intuitive des meilleurs gestes…

 

Tim Gallwey a appliqué sa méthode au tennis et au golf, et l’a adaptée en conseils pour les professionnels. Car au-delà du sport, la glisse est « une belle école de la vie », selon les mots de Thias Balmain. Porteuse de sens et d’harmonie, elle imprègne les paroles, les gestes, les attitudes de ceux qui la pratiquent, comme un véritable art de vivre. 

 

par Pascal de Rauglaudre. www.cles.com

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