16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 08:54

La fin est-elle inévitable ? Voici la chronique de Brice Couturier en deux parties:

 

Depuis le XVIII° siècle au moins, la crise était censée être un moment, une étape vers un nouvel ordre des choses. Une instabilité passagère, qui ébranlait les repères usuels, ruinait les valeurs établies, renversait les hiérarchies sociales, juste le temps d’installer de nouveaux repères, de fonder de nouvelles valeurs. Bref, un seuil à dépasser, comme chez Hegel, par exemple.  Après quoi, un nouvel ordre stable se mettrait en place. Jusqu’à la prochaine crise, au nouvel ébranlement provisoire de l’ordre des choses, débouchant à nouveau sur une refondation.

 

France-Culturepremière partie, cliquez ici

   

Et l’histoire progressait ainsi par étapes, de crise en crise, toujours vers le meilleur, sur la voie du perfectionnement et de la liberté. C’est au moins sur ce fond, sur ce discours « progressiste », que nous avons vécu depuis que nous sommes entrés en histoire, durant l’Antiquité, avec Thucydide. Depuis que les Grecs, les premiers, ont pris conscience que l’homme ne subissait pas une histoire écrite par les dieux, mais qu’il avait le pouvoir de faire son histoire et d’en trouver le sens.


Mais voici que la crise s’éternise, qu’elle ne semble plus porteuse d’un renouveau radical, mais se contente de saper sans rien construire. Nos sociétés se délitent ; le politique semble ne plus maîtriser aucune des manettes du destin collectif ; on ne voit plus rien se dessiner sur la ligne d’horizon. Nous avons le sentiment d’être placés dans un interrègne interminable. Il devient de plus en plus difficile de penser l’histoire que nous faisons. D’où le soupçon, magnifiquement décrit par feu Philippe Muray, que nous serions de fait « sortis de l’histoire ». Pour Muray, notre post-modernité s’épuisait à mimer de manière dérisoire la geste héroïque des anciennes révoltes, mais sans plus y croire, de manière parodique. Elle aplatissait toutes les différences, refusait toute forme, toute distinction, noyant tout ce qui la précédait dans un magma d’insignifiant recyclage. Nous avions plongé dans une « société de réjouissance », et « l’homo festivus » n’aspirait plus qu’au spectacle.

 

France-CultureDeuxième partie, cliquez ici

   

Muray aimait citer cette phrase de Kojève : « L’histoire s’arrête quand l’homme n’agit plus au sens fort du terme, c’est-à-dire qu’il ne nie plus, ne transforme plus le donné naturel et social par une Lutte sanglante et un Travail créateur. »

 

Cette nostalgie des temps héroïques, de l’époque prométhéenne, elle nous paraît bien suspecte aujourd’hui, car nous savons qu’elle se paye en milliers, puis en millions de morts. Est-ce une raison de se satisfaire de notre éternel présent ?

 

Mais puisque vous aimez Octavio Paz, j’aimerais soumettre à votre commentaire un texte qui date des années 60, puisqu’il figure dans le recueil intitulé « Courant alternatif », mais qui me paraît d’une brûlante actualité.

 

« En Occident et dans les « développés », c’est l’interrègne : rien n’est venu remplacer les principes anciens, la foi ou la raison. La société occidentale, coupée du passé et lancée vers un futur toujours insaisissable, vit au jour le jour. Son abondance matérielle et intellectuelle ne saurait masquer son essentielle pauvreté : elle dispose du superflu, mais l’essentiel lui manque. Son être a disparu par un trou sans fond, le temps qui a perdu sa consistance de jadis. Le vide s’annonce comme désorientation, et celle-ci comme mouvement. C’est un mouvement qui, du fait qu’il est sans direction, ressemble à une immobilité frénétique. » (Courant alternatif, p. 186, 187)

 

J'ai cité un auteur mexicain. En effet, l'impression que l'histoire bégaie est surtout le fait des Européens, ces "retraités de la Grande Histoire", comme dit Peter Sloterdijk. Sommes-nous bien sûrs que les Chinois, les Indiens, les Brésiliens et les Arabes la partagent ?

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