1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 09:45

Une nouvelle étude sponsorisée par le Goddard Space Flight Center (Centre de Vol Spatial Goddard, ndlr) de la NASA a mis en lumière la perspective que la civilisation industrielle mondiale puisse s’effondrer dans les décennies à venir, du fait d’une exploitation insoutenable des ressources et d’une redistribution de plus en plus inégalitaire des richesses.

 

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« Les sociétés industrielles sont soumises aux mêmes principes qui ont provoqué l’effondrement d’anciennes sociétés ». J.A. Tainter

« Nous sommes à l'aube d'un monde où la haine et les querelles instestines ne serviront plus à rien, face aux dangers qui nous guettent ». F.T

 

Précisant que les présages d’un ‘effondrement’ sont souvent considérés comme étant marginaux ou polémiques, l’étude essaye de tirer un sens de données historiques irréfutables qui démontrent que « le processus d’essor et de chute est en fait un cycle récurrent à travers l’histoire. » Des cas de perturbations civilisationnelles causées par « un effondrement précipité – durant souvent plusieurs siècles – ont été plutôt communs. »

 

 

Le projet d’étude est basé sur un nouveau modèle inter-disciplinaire « Human And Nature DYnamical » (HANDY – jeu de mots: ‘handy’ veut dire ‘pratique’ en anglais, et l’acronyme signifie ‘basé sur la dynamique entre l’humain et la nature’, ndlr), et est dirigé par le chercheur en mathématiques appliquées Safa Motesharri du National Socio-Environmental Synthesis Center (Centre National de Synthèse Socio-Environnementale, ndlr), soutenu par l’US National Science Foundation (Fondation Nationale US pour la Science, ndlr) et en association avec une équipe de chercheurs en sciences naturelles et sociales. L’étude sur les bases du modèle HANDY a été avalisée pour la publication dans le journal de la maison d’éditions Elsevier Ecological Economics, réputé au sein de la communauté scientifique.

 

Elle expose qu’au regard des annales historiques, même des civilisations avancées et complexes sont susceptibles de s’effondrer, ce qui soulève des questions sur la soutenabilité de la civilisation moderne:

  • « Les chutes de l’Empire Romain, et des Empires de progrès technologiques équivalents (ou plus avancés) Han (Chine, ndlr), Maurya et Gupta (Inde, ndlr), ainsi que de tant d’Empires Mésopotamiens, sont toutes des témoignages du fait que les civilisations avancées, sophistiquées, complexes et créatives peuvent être à la fois fragiles et impermanentes. »

En examinant les dynamiques entre les hommes et la nature de ces cas passés d’effondrement, le projet identifie les facteurs interconnectés les plus saillants qui expliquent le déclin civilisationnel, et qui peuvent aider à déterminer le risque d’effondrement aujourd’hui, nommément la démographie, les conflits sociaux, le climat, l’eau, l’agriculture et l’énergie.

 

Ces facteurs peuvent mener à l’effondrement quand ils convergent pour générer deux aspects sociaux centraux: « l’amincissement des ressources causé par la pression imposée à la capacité de l’environnement à supporter leur extraction »; et « la stratification économique de la société en Élites [les riches] et Masses (ou « Roturiers ») [les pauvres]. » Ces phénomènes sociaux ont joué « un rôle central dans la nature ou dans le processus d’effondrement, » dans tous ces cas sur « les cinq mille dernières années ».

 

Actuellement, de hauts niveaux de stratification économique sont en relation directe avec une surconsommation des ressources, avec les « Élites » basées principalement dans les pays industrialisés responsables des deux:

  • « … les accumulations d’excédents ne sont pas redistribuées de façon équitable à travers la société, mais ont plutôt été sous le contrôle d’une élite. La masse de la population, bien qu’elle produise la richesse, ne s’en voit allouée qu’une petite portion par les élites, en général au niveau du seuil de subsistance, ou juste au-dessus. »

L’étude réfute ceux qui plaident que la technologie résoudra ces défis en augmentant l’efficacité:

  • « Le changement technologique peut augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources, mais il a également tendance à accroître à la fois la consommation par personne des ressources et l’étendue de l’extraction de celles-ci, ainsi que, hors les effets de politiques, les augmentations dans la consommation annulent souvent l’effet de l’amélioration de l’efficacité d’utilisation des ressources. »

Les augmentations de productivité en agriculture et dans l’industrie au cours des deux derniers siècles proviennent « d’une augmentation (et non d’une réduction) du flux de production, » malgré des gains considérables en efficacité au cours de la même période.

 

Modélisant une variété de scénarios différents, Motesharri et ses collègues arrivent à la conclusion que dans des conditions « reflétant de près la réalité d’aujourd’hui… nous trouvons que l’effondrement est difficile à éviter. » Dans le premier de ces scénarios, la civilisation:

  • « … semble rester sur une voie soutenable pendant assez longtemps, mais même en optimisant le taux d’épuisement des ressources et en commençant avec un très petit nombre d’Élites, les Élites finissent par consommer de trop, causant une famine parmi les Roturiers qui provoque éventuellement l’effondrement de la société. Il est important de noter que ce type d’effondrement de type L (du fait de de la forme du graphique l’illustrant, ndlr) est dû à une famine fondée sur l’inégalité qui provoque une pénurie de travailleurs, plutôt qu’un effondrement de la Nature. »

Un autre scénario se focalise sur le rôle d’une exploitation continuelle des ressources, découvrant que, « avec un taux d’épuisement des ressources plus important, le déclin des Roturiers se produit plus rapidement, tandis que les Élites prospèrent encore; mais éventuellement les Roturiers s’effondrent complètement, suivis par les Élites. »

 

Dans les deux scénarios, les monopoles sur les richesses des Élites induisent qu’ils sont protégés des plus « néfastes effets de l’effondrement environnemental jusqu’à beaucoup plus tard que les Roturiers », leur permettant de « continuer le ‘business as usual‘ en dépit de la catastrophe imminente. » Le même mécanisme, arguent-ils, pourrait expliquer comment « les effondrements historiques ont été permis par les élites qui semblent être restées indifférentes à leur trajectoire catastrophique (le plus clairement apparent dans les cas Romain et Maya). »

 

Appliquant cette leçon à notre fâcheuse situation contemporaine, l’étude avertit que:

  • Alors que certains membres de la société peuvent bien sonner l’alarme pour avertir que le système se dirige vers un effondrement imminent, et par conséquent proposer des changements structurels à la société afin de l’éviter, les Élites et ceux qui les soutiennent qui se sont opposés à l’instauration de ces changements, pourraient désigner la longue trajectoire soutenable ‘jusque-là’ pour appuyer l’option de ne rien faire. »

Toutefois, les chercheurs soulignent que les pires scénarios ne sont pas du tout inévitables, et suggèrent que des changements politiques et structurels appropriés pourraient éviter l’effondrement, sinon paver la route vers une civilisation plus stable.

 

Les deux solutions cruciales sont de réduire l’inégalité économique afin de garantir une distribution plus équitable des ressources, et de considérablement réduire la consommation des ressources en s’appuyant sur des ressources renouvelables moins intensives tout en réduisant la croissance de la population:

  • « L’effondrement peut être évité et la population peut atteindre un point d’équilibre si le taux d’épuisement des ressources par personne est réduit à un niveau soutenable, et si les ressources sont distribuées d’une manière raisonnablement équitable. »

Le modèle HANDY, financé par la NASA, offre  aux gouvernements, aux corporations et au monde des affaires – ainsi qu’aux consommateurs – une piqûre de rappel hautement crédible pour admettre que le ‘business as usual‘ ne peut pas être maintenu, et que des changements de politique et des changements structurels sont requis tout de suite.


Bien que l’étude soit grandement du domaine de la théorie, un certain nombre d’études plus empiriques dans leur orientation – par KPMG et le UK Government Office of Science (Bureau Scientifique Gouvernemental Britannique, ndlr) par exemple – ont prévenu que la convergence de crises alimentaires, hydriques (autour de l’accès à l’eau) et énergétiques pourrait susciter une ‘tempête parfaite’ d’ici une quinzaine d’années. Mais ces prévisions de type ‘business as usual‘ pourraient être très conservatrices.

 

  

Une analyse avec Joseph A. tainter, anthropologue :

 

Les éditions « Le Retour aux sources » viennent de publier un ouvrage que l’anthropologue et historien américain Joseph A. Tainter avait écrit en 1988. Ce livre est consacré au sujet récurrent du déclin, de la décadence et de l’effondrement des sociétés et des civilisations ; son intérêt réside dans la thèse novatrice et séduisante que Joseph Tainter expose clairement et qui enrichit considérablement la réflexion sur un sujet difficile et fascinant (B.G.).


 

La décadence : une interrogation éternelle !

 

Depuis l’Antiquité, le déclin, la décadence et l’effondrement des sociétés ont frappé les esprits curieux et inspiré des théories explicatives extrêmement variées. Le nombre et la variété des sociétés ayant connu de tels processus sont extrêmement grands. L’effondrement de l’Empire romain est l’exemple le plus fréquemment cité et celui qui a fait l’objet du plus grand nombre d’études, mais l’Empire Zhou a connu le même destin au troisième siècle avant notre ère, tout comme la civilisation Harappéenne de la vallée de l’Indus qui a disparu vers 1750 avant notre ère après 700 ans d’existence, la civilisation mésopotamienne (-1800/-600), l’ancien Empire d’Egypte(-3100/-2200), l’Empire Hittite (-1800/-1100), la Civilisation Minoenne (-2000/-1200), la civilisation Mycénienne (-1650/-1050), la civilisation des Olmèques (-1150/-200) ou celle des Mayas… Des sociétés et des civilisations de toutes tailles et situées dans toutes les régions de notre planète ont disparu plus ou moins rapidement.

 

Parmi les causes du déclin qui ont été proposées par les historiens et les philosophes, on peut citer : la diminution ou l’épuisement d’une ou de plusieurs ressources vitales dont dépend la société ; la création d’une nouvelle base de ressources trop abondante ; les catastrophes insurmontables ; l’insuffisance des réactions aux circonstances ; les envahisseurs ; les conflits de classes, les contradictions sociales, la mauvaise administration ou l’inconduite des élites ; les dysfonctionnements sociaux ; les facteurs mystiques ; les enchaînements aléatoires d’événements ; les facteurs économiques. Joseph Tainter considère que toutes ces causes ne sont que des causes secondaires d’un mal plus profond : la diminution de l’efficacité globale des organisations sociopolitiques complexes.

 

Complexité et énergie

 

Joseph Tainter introduit dans le débat un paramètre essentiel qui a été le plus souvent ignoré par les précédents analystes du déclin :

  • « Les sociétés humaines et les organisations politiques, comme tous les systèmes vivants, sont maintenues par un flux continu d’énergie … Au fur et à mesure que les sociétés augmentent en complexité, sont créés plus de réseaux entre individus, plus de contrôles hiérarchiques pour les réguler ; une plus grande quantité d’information est traitée… ; il y a un besoin croissant de prendre en charge des spécialistes qui ne sont pas impliqués directement dans la production de ressources ; et ainsi de suite. Toute cette complexité dépend des flux d’énergie, à une échelle infiniment plus grande que celle qui caractérise les petits groupes de chasseurs-cueilleurs ou d’agriculteurs autosuffisants. La conséquence est que, tandis qu’une société évolue vers une plus grande complexité, les charges prélevées sur chaque individu augmentent également, si bien que la population dans son ensemble doit allouer des parts croissantes de son budget énergétique au soutien des institutions organisationnelles. C’est un fait immuable de l’évolution sociale et il n’est pas atténué par le type spécifique de source d’énergie ».

Il a examiné l’histoire du déclin de l’Empire romain et de quelques autres sociétés en ayant à l’esprit le paradigme énergétique et en a conclu que ces sociétés n’ont pas réussi à satisfaire leurs besoins énergétiques croissants. Les maux qui ont été énumérés précédemment et qui sont apparus juste avant la disparition de ces entités n’ont pas été, selon Joseph Tainter, les causes mais les conséquences d’un affaiblissement lié à la divergence croissante entre, d’une part, les moyens nécessaires au maintien de leurs structures complexes et, d’autre part, les ressources énergétiques disponibles.

 

 Loi des rendements décroissants et civilisation industrielle

 

Selon la thèse de Tainter, l’investissement dans la complexité sociopolitique atteint un point où les bénéfices d’un tel investissement commencent à décliner, d’abord lentement, puis beaucoup plus rapidement.

  • « Ainsi, non seulement une population alloue de plus en plus grandes quantités de ressources au soutien d’une société en évolution, mais, après un certain point, des quantités plus grandes de cet investissement produiront de plus petites augmentations de rendement. Nous montrerons que les rendements décroissants sont un aspect récurrent de l’évolution sociopolitique et de l’investissement dans la complexité ».

Un chapitre de l’ouvrage est consacré aux observations qui ont été faites au sein de la civilisation industrielle moderne qui est, semble-t-il, elle aussi soumise à la loi des rendements décroissants. Comme les civilisations qui l’ont précédée, cette civilisation connaît une décroissance des rendements de ses investissements. Ainsi le nombre des brevets déposés par habitant ou par scientifique ne cesse de décroître bien que les moyens mis en œuvre pour la recherche et développement n’aient jamais été aussi importants. Ainsi aux Etats-Unis, le nombre d’employés dans la recherche industrielle a augmenté de 560% entre 1930 et 1954, tandis que le nombre de brevets déposés par les entreprises n’a augmenté que de 23% entre 1936/1940 et 1956/1960 ! Cette tendance a été constatée dans une étude portant sur cinquante pays développés et vérifiée dans différents secteurs techniques.

 

Le déclin de notre civilisation est-il inévitable ?

 

Comme nous l’avons écrit précédemment, les observations faites au sein de notre propre civilisation indiquent qu’elle est soumise à la loi des rendements décroissants. Nous avons vu aussi que les sociétés complexes devaient mobiliser toujours plus de ressources énergétiques pour augmenter leur complexité. Notre civilisation, qui est de loin la plus complexe de toutes les civilisations ayant existé, repose sur une consommation d’énergie considérable. Sa complexification a été possible du fait de la découverte des ressources énergétiques fossiles, charbon, pétrole et gaz, et à la mise au point de techniques permettant leur transformation en énergie thermique, mécanique et électrique.

 

L’importance de ces énergies fossiles n’est pas proportionnelle à leur coût actuel (64 milliards d’euros pour un produit national brut de 2000 milliards en 2012 en France) parce que, si l’on en croit Jean-Marc Jancovici qui est professeur d’énergétique à l’Ecole Polytechnique, en l’absence de ces énergies fossiles notre production serait le centième de ce qu’elle est aujourd’hui. Autant dire que notre civilisation repose beaucoup plus sur ces énergies que sur notre génie technique et scientifique. Ceci explique aussi le fait que parmi les pays ayant découvert les premiers les principes de la thermodynamique, ceux qui ont décollé le plus rapidement sont ceux qui disposaient des énergies fossiles les plus abondantes et les plus facilement extractibles.

 

Le problème qui se profile à l’horizon compte tenu de la consommation de plus en plus importante de ces ressources fossiles, c’est leur pénurie qui commence à se faire sentir (on ne parvient plus à augmenter la production mondiale de pétrole bien que tous les robinets soient ouverts en grand). Les débats concernant les réserves de ressources énergétiques fossiles ne sont pas clos mais, ce qui est certain, c’est qu’elles vont s’épuiser. Par conséquent, soit nous maîtriserons rapidement de nouvelles sources susceptibles de fournir des quantités très importantes d’énergie et notre civilisation pourra poursuivre son chemin, soit nous n’y parviendrons pas, auquel cas son déclin sera inéluctable. De plus, nous avons vu ci-dessus que le rythme des découvertes scientifiques diminuait régulièrement malgré l’augmentation continue des moyens mis en œuvre, ce qui, si cette tendance se confirme, pourrait nous condamner à la stagnation. La baisse continue de la croissance des économies les plus développées est peut-être le signe d’un certain essoufflement scientifique et d’un début de pénurie énergétique.

 

Il ne fait aucun doute que la pénurie énergétique cumulée à la stagnation scientifique remettrait totalement en cause l’avenir de la civilisation industrielle et que, dans un tel cas, le retour à une civilisation moins complexe s’imposerait. Le déclin de notre civilisation n’est donc pas écrit mais il est, selon Joseph Tainter, possible :

  • « Si l’effondrement n’est pas pour le futur immédiat, cela ne revient pas à dire que le niveau de vie industriel bénéficie également d’un sursis. A mesure que les rendements marginaux baissent (un processus en cours) jusqu’au point où un nouveau subside d’énergie sera mis en place, le niveau de vie dont les sociétés industrielles ont bénéficié ne croîtra pas si rapidement, et pour certains groupes et nations, il restera statique ou baissera … Bien que nous aimions nous considérer comme des êtres spéciaux dans l’histoire du monde, les sociétés industrielles sont en fait soumises aux mêmes principes qui ont provoqué l’effondrement d’anciennes sociétés. Si la civilisation s’effondre à nouveau, ce sera à partir d’un échec à tirer profit du sursis actuel ».

 Par Bruno Guillard - http://www.polemia.com/

Joseph A. Tainter, L’Effondrement des sociétés complexes, Editions « Le Retour aux sources », 2013, 318 pages.

Le Dr. Nafeez Ahmed est directeur exécutif de l’Institute of Policy Research & Development et l’ateur de A User’s Guide to the Crisis of Civilisation: And How to Save It, parmi d’autres livres. Vous pouvez le suivre sur Twitter @nafeezahmed

© Guardian News and Media 2014

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