28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 10:18

"Je ne sais plus, je n’assume plus, je craque." On accuse les parents de démission, c’est de désarroi qu’il s’agit. Par Danièle Luc.

 

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De l'autoritarisme au laxisme

 

Je suis ici chez moi ! " Quand Mélanie, 15 ans, occupe le salon avec ses amis, sa mère est sommée d’aller jouer ailleurs. Pourtant, il fut un temps où, dans ce même lieu, un petit garçon silencieux, devenu le grand-père de l’adolescente, se tenait au garde-à-vous, avant que sa fille n’y apprenne à danser le rock, et peut-être même à fumer un joint avec ses parents-copains.

Ainsi, sur trois générations, l’éducation des enfants a bien changé. D’un régime autoritaire, où les injonctions étaient claires – " tais-toi ! ", " obéis ! " – et les sanctions fréquentes – taloches, martinet ou bonnet d’âne –, nous sommes passés au règne de " l’enfant roi ", reconnu, parfois jusqu’au laxisme, comme un individu et un consommateur à part entière. Un processus accéléré par les mutations, incertitudes, inégalités de la société actuelle, dans laquelle l’autorité des parents s’est fortement diluée. Et si les jeunes parents d’aujourd’hui, " Dolto-informés ", s’appliquent à la réintroduire, tentant de jongler entre fermeté et dialogue, l’exercice reste complexe et les résultats inquiétants.

En quatre ans, le nombre de délits commis par des mineurs a augmenté de 41%, et doublé en vingt-cinq ans. Un phénomène qui ne concerne plus seulement les banlieues défavorisées : en mai dernier, un adolescent de Neuilly a tué un jeune garçon " dont la tête ne lui revenait pas ".

Que réserve l’avenir à ces 12 % d’adolescents de 10 à 20 ans qui zappent leurs cours au lycée régulièrement, ou à ces 15 % âgés de 11 ans qui boivent de l’alcool une fois par semaine ?
Gauche et droite confondus, les pouvoirs s’inquiètent. Démission des parents, accusent en chœur sondages, éducateurs, magistrats et politiques. " Elle m’insulte, il me frappe ; elle refuse d’aller en classe, il ne fait pas ses devoirs… Je ne sais plus, je n’assume plus, je craque ", répondent les pères et les mères.

 

Des parents anxieux de bien faire

 

" Les parents ne sont pas démissionnaires, ils sont épuisés, analyse la responsable de l’unité parisienne. Ils se sentent extrêmement culpabilisés, car ils agissent et réagissent en fonction d’une image : celle de l’enfant idéal, du parent idéal, de la famille idéale. Or un enfant, c’est toujours un imprévu. Quand il naît, qui peut savoir ce que sera son parcours ? "

Des parents anxieux, car désireux de bien faire, d’offrir à leurs enfants le maximum d’affection, d’épanouissement, de perspectives d’avenir, au sein d’une famille harmonieuse… et qui se retrouvent face à des " sauvageons " rebelles et ingérables. Alors, fatigués, ils " achètent " la paix, évitant les conflits par la séduction, la négociation, la capitulation. " Ça m’est égal, fais ce que tu veux. "

Soumis à l’escalade des besoins de ces " chers petits ", société de consommation oblige – " Encore une paire de baskets ! " –, les parents en oublient ou abandonnent leurs droits. Celui, par exemple, de se faire respecter, ou de freiner les exigences de leurs enfants. Une attitude qui leur coûte cher, expliquent les spécialistes, car l’enfant n’en augmente que davantage sa pression.

 

L’interdit a mauvaise presse

 

"A 5 ans, il pleure toutes les nuits et exige de dormir dans notre lit. Que faire?" Dans les groupes de parole organisés par l’Ecole des parents, les parents se plaignent d’avoir tout entendu sur ce sujet récurrent : " Il faut le garder avec vous, le recoucher, voir un psy, réguler son sommeil avec un sédatif, dialoguer… " Non seulement l’interdit a mauvaise presse – " ne pas le heurter, respecter sa personnalité dès la gestation sous peine de le traumatiser ", mais il se complique de conseils contradictoires. " L’incroyable multiplication des savoirs sur l’enfant affole les parents, constate la responsable de l’Ecole. Du coup, l’autorité devient de moins en moins naturelle, la punition honteuse, l’interdit frustrant. Si la psychanalyse a contribué à rendre l’éducation moins répressive, les parents n’ont souvent retenu que le côté permissif du discours. D’où un comportement qui vire souvent à la démission et laisse l’enfant à sa solitude. Trop d’enfants s’auto-éduquent. "

Même son de cloche de la part des thérapeutes familiaux : " Permissivité ! Cette manne est tombée sur un terrain meuble, déjà labouré par la culpabilité que ressent un nombre croissant de couples vivant le tohu-bohu de la séparation, de la monoparentalité, de la recomposition familiale. " La faute de la psychanalyse, ou de l’immaturité des parents exprimée par leur peur de dire non, de s’affirmer trop fortement et de ne pas être aimés de leur progéniture ? " Les parents attendent souvent de leurs enfants que ce soient eux qui les sécurisent ", déplore-t-on à l’Ecole des parents.

Une inversion des rôles que ce grand-père pédiatre attribue à la réduction de la cellule familiale : " De mon temps, il y avait quatre à six enfants dans les familles. Moi, j’étais le dernier de cinq. Il n’était pas question de s’opposer à l’autorité suprême de mon père, de ma mère ou de mes frères et sœurs qui s’exerçait sur moi, sous peine de me retrouver tout seul. Aujourd’hui, avec un ou deux enfants par famille, les parents hésitent à se les mettre à dos. Ce sont eux qui ont peur d’être rejetés. "

 

L’omniprésence des mères

 

" A 17 ans, Laure fait un régime draconien et elle est devenue complètement parano. Quand je lui propose de déjeuner, elle m’accuse de vouloir la rendre obèse, et quand je lui dis que j’ai vu un joli jean, elle m’accuse de vouloir l’habiller à ma façon. Invivable ! "

Paroles d’une mère qui reconnaît volontiers ses " torts " devant l’animatrice de l’Ecole : " Quand on est seule, on “surnourrit” son enfant. En divorçant, je me disais : “Elle ne sait pas encore marcher, et il n’y a plus que moi pour la pousser dans la vie.” Elle l’a senti et en a profité. " Coiffées d’une double culpabilité – celle de travailler et de ne pas offrir un père à leur enfant –, ces femmes n’ont plus le courage d’exercer leur autorité et consultent davantage que les couples. "Trouvez-moi un internat, un éducateur, je suis prête à payer pour ça !" s’écrient-elles. Une situation qui peut réellement dégénérer quand le couple mère-enfant est trop " collé" : "Plus la mère est sur le dos de l’enfant, plus elle investit sur lui, et plus il y a de problèmes, car l’enfant met alors en place des mécanismes d’opposition très forts : refus de manger, de dormir, refus des horaires, de l’école…, note l’animatrice. Une façon de tenir à distance ce parent trop envahissant. Et c’est aussi dans ce contexte que les pré-adolescents se “mettent” en échec scolaire et décrochent, alors que tout allait bien."

 

Le déclin des pères

 

" Je manque d’autorité, je ne sais pas m’y prendre ", confie ce père d’un petit dur de 6 ans qui terrorise école et famille. Si Alain Bruel, magistrat, auteur du rapport sur l’autorité parentale remis au gouvernement, parle joliment de " l’évanouissement des pères ", et Evelyne Sullerot, sociologue, de leur " crépuscule ", le psychanalyste Patrick Delaroche est plus pragmatique : " Hasardez-vous à demander à un enfant qui commande à la maison. Il ou elle vous répondra invariablement “les parents”, sans distinguer le père de la mère. Cette non-distinction va de pair avec le déclin de l’image paternelle en Occident. Le plus souvent, le père fonctionne aujourd’hui comme une deuxième mère. " Martine Aubry, de son côté, proclame avec force que " l’homme doit reprendre sa place dans la famille… Trop d’enfants n’ont pas de repère masculin positif, trop de pères délèguent et laissent faire les mères ". Mis sur la touche ou au second plan, les pères baisseraient les bras. Pourtant, ils sont demandeurs de conseils, affirme-t-on à l’Ecole des parents : " Les femmes ont gagné une position forte et les hommes en souffrent. Ils sont bombardés de messages négatifs. Il faut travailler sur la revalorisation de leur rôle. " Exit, le papa-poule ?

  

Des valeurs en crise

 

Décomposé, un père vient consulter un psy : son fils, 12 ans, a tenté de violer sa sœur, 8 ans. La petite s’est débattue, a crié, et tout s’est très vite arrêté. " C’est défendu ! " a bien protesté le père. Mais ce qui l’inquiète, c’est qu’il n’a pas su répondre quand son fils lui a demandé pourquoi. De même cette femme, qui reste sans voix devant sa fille : " Quand Julie me dit que l’école ne sert qu’à fabriquer des chômeurs tels que moi, qu’est-ce que je peux rétorquer ? " Crise des valeurs, manque de repères, d’éthique, faillite des engagements, vide spirituel, s’exclame-t-on partout. " Il suffit d’allumer sa télévision pour voir des hommes d’affaires malhonnêtes, des politiques pourris, des stars qui gagnent des fortunes en chantonnant ou qui se remarient pour la huitième fois. Quand je lui parle de la valeur de l’effort, du respect de l’autre, mon fils ricane ", confie cette mère dépassée. Comment instituer une morale que la société semble battre en brèche ?

Par ailleurs, pourquoi réfléchir, pourquoi souffrir et se donner le mal de structurer sa progéniture, puisque d’autres – enseignants, policiers, magistrats, etc. – sont payés pour ça ? " Quand j’assiste à une réunion de professeurs, j’ai toujours droit au même couplet : la classe de ma fille serait la plus nulle qu’ils aient connue. Ce n’est encourageant ni pour elle ni pour moi ", accuse une maman. " Si je n’ai plus le droit de corriger mon garçon, vous n’avez qu’à vous en occuper vous-mêmes ! " assène ce père, convoqué au commissariat sur plainte de son fils de 8 ans.

 

Un combat collectif

 

" Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent pas compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant les élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au-dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. " Qui tire ainsi la sonnette d’alarme ? Un psychosociologue appelé à la rescousse dans les banlieues ? Un proviseur au bout du rouleau ? Non, Platon, philosophe grec né quelque quatre cents ans avant Jésus-Christ. Alors, rien de nouveau sous le soleil ? Si. Un combat collectif est lancé. Une délégation interministérielle de la famille a été créée pour venir en aide aux parents, une nouvelle augmentation du budget de l’Education nationale est prévue, le chantier juridique de la coparentalité en cas de séparation a été mis en route, colloques, livres, débats se multiplient…

Je vais souvent dans les squares. Il est rare d’y voir un enfant recevoir une bonne correction. Et c’est tant mieux. Mais quand je vois ma fille s’efforcer d’expliquer à ses enfants la nature de leurs bêtises, le pourquoi de ce qui est bien ou mal, je me souviens avoir eu la main plus leste et un sens plus réduit de la négociation. La discussion traîne, l’enfant argumente, le parent répond. Du coup, sa colère se dissipe, et la punition avec. Certes, l’enfant comprend mieux ses actes et leurs conséquences, mais tout doit-il être négocié ? Là est la question.

 

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