25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 15:35

Vous gazouillez, vous gâtifiez… C’est du bonheur pour la vie un enfant, c’est merveilleux d’être parent. Eh bien non, tout le monde n’est pas d’accord ! De plus en plus de femmes refusent la maternité. Le débat reste ouvert... et trois pionnières ont accepté de témoigner à visage découvert.

 

 

Décider de ne pas avoir d’enfant et assumer ce choix est loin d’être évident à une époque où la maternité est portée aux nues. Pas un numéro de magazine people qui ne montre des stars pouponnant, un bébé sur la hanche, deux dans une poussette ou trois en cours d’adoption, comme s’il s’agissait d’un exploit ou d’un extraordinaire engagement humanitaire. Pas une chef d’entreprise qui ne déclare que, bien sûr, son métier la passionne, mais que, quand même, sa joie de la maternité passe avant tout…

 

Agacées par cette célébration qu’elles jugent mièvre et mensongère, quelques voix féminines commencent à s’élever pour dire que non, ce n’est pas forcément aussi merveilleux que cela, et que d’ailleurs, si c’était à refaire, l’une ou l’autre y regarderait bien à deux fois avant de se lancer. Parmi elles, Corinne Maier, mère de famille qui, dans un essai caustique et comique, No Kid (Michalon, 2007), expose « quarante raisons de ne pas avoir d’enfant », et remet en question ce désir. « Avoir un enfant, écrit-elle, est le meilleur moyen d’éviter de se poser la question du sens de la vie : il est un merveilleux bouche-trou à la quête existentielle. » Même Simone de Beauvoir n’aurait pas osé de tels propos, elle qui se contentait juste d’un : « Que l’enfant soit la fin suprême de la femme, c’est là une affirmation qui a tout juste la valeur d’un slogan publicitaire. » (in Le Deuxième Sexe, Gallimard, “Folio”, 1986).

 

Remise en question des vertus de la maternité ? Non pas. Mais une désacralisation qui aura peut-être le mérite de faire mieux comprendre et accepter le choix des femmes qui ne désirent pas être mères. Et celles-ci sont plus nombreuses qu’on le croit. Tandis qu’aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Grande-Bretagne, des associations de « non-parents » se sont créées au milieu des années 1980, revendiquant le terme de childfree (« libre d’enfant ») plutôt que de chidless (« sans enfant »), on découvre qu’en Allemagne, aujourd’hui, 30 % des femmes « en âge de procréer » ne le font pas.

 

L’indépendance avant tout

 

Pourquoi ce choix ? Relèverait-il d’un égotisme ou d’un désir de réussite professionnelle galopant (moi et ma carrière d’abord) ? D’un profond scepticisme quant à l’avenir (état de la planète, situation économique) ? De difficultés relationnelles (rencontrer celui qui serait le bon père pour son enfant) ? Pas du tout. Si, chez une femme, le refus de la maternité s’accompagne toujours d’une revendication d’indépendance, comme le montre la journaliste Emilie Devienne dans son livre Etre femme sans être mère, le choix de ne pas avoir d’enfant (Robert Laffont, 2007), il s’agit d’une liberté par rapport aux liens : celle d’être seule quand on le désire, de ne pas « fonder de famille » si l’on n’y tient pas.

 

Autrement dit, d’une liberté affective, mais aussi intellectuelle : les femmes sans désir d’enfant tiennent plus que tout « à prendre leurs décisions elles-mêmes ». Mais ont-elles tout à fait le choix ? Car c’est évidemment du côté de l’histoire familiale et de la transmission que se joue le désir d’être mère.

 

Un choix hérité de l’enfance

 

Quelques chiffres : En France, 10 % des femmes nées en 1940 n’ont pas d’enfants. 12 à 16 % des femmes nées en 1980 n’en auront pas. En Allemagne, 30 % des femmes en âge de procréer sont sans enfant. Au Royaume-Uni, le nombre de femmes sans enfant a augmenté de 100 % en vingt ans. Au Japon, 56 % des femmes de 30 ans n’en ont pas (contre 24 % en 1995). Source : Ined (2006)

  

C’est ce qu’a exploré la psychiatre Geneviève Serre dans une étude passionnante : « Les femmes sans ombre ou la dette impossible ». Suite aux entretiens menés avec des femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfant, elle note un certain nombre de « points communs ». Dans tous les cas, celles-ci ont eu une mère soit trop absente, soit trop fusionnelle et étouffante. Elles ont par ailleurs le sentiment que, pour cette dernière, avoir un enfant a été quelque chose de plus ou moins imposé : « Peut-être font-elles donc le choix que leur mère n’a pas pu faire ? » suggère Geneviève Serre.

 

Par ailleurs, elles n’éprouvent aucun sentiment de dette envers elle, comme si quelque chose avait cloché dans la transmission et qu’elles n’avaient pas reçu ce qu’elles pourraient donner à leur tour…

Mais le père, souligne la psychiatre, a aussi un rôle majeur dans le désir d’enfant de sa fille. Là encore, on note un point commun : les femmes le décrivent soit comme manquant, soit comme violent, soit comme… trop proche. « On peut supposer que ces femmes, dont la relation à la mère est teintée d’insatisfaction et d’insécurité, ont investi d’autant plus leur père, mais celui-ci, idéalisé, a fait défaut à son tour… »

 

D’où la question du lien, qui est problématique pour ces femmes. Elles envisagent en effet l’enfant comme « un engagement à vie, une responsabilité énorme, une dépendance affective totale », éprouvant du même coup « l’angoisse d’être prises dans un lien aliénant ».

 

La peur de s’attacher

 

D’où, aussi, ce besoin de liberté qu’elles affirment lorsqu’on leur demande d’expliquer leur choix : « Je veux être libre de rompre un lien si je le souhaite, dira l’une des interviewées. Or, on ne peut pas rompre avec son fils ou sa fille, ou alors c’est monstrueux. » Mais ne pas avoir d’enfant, c’est aussi se protéger de sa perte possible, remarque Geneviève Serre, car toutes ces femmes évoquent l’horreur que serait pour elles le fait de perdre un enfant : « Une peur viscérale de cette douleur », dira une autre… Entre fusion et deuil, l’impossible choix.

 

Si ces femmes se sentent féminines, ont un rapport le plus souvent heureux avec leur corps et tombent amoureuses comme les autres, elles sont rarement favorables au mariage ou même à la vie en couple, préférant souvent « une relation forte, mais à distance », ce qui confirme leur crainte d’un lien aliénant. Mais ce qui frappe la psychiatre, c’est à quel point l’homme aimé est absent de leur discours lorsqu’on leur parle maternité… « On a le sentiment d’une histoire qui ne se passerait qu’entre la mère et le bébé, explique Geneviève Serre. Elles ne peuvent s’appuyer sur l’idée qu’un enfant se fait à deux et que l’autre peut être là pour pallier leurs défaillances et transmettre sa part d’héritage. Comme si ce petit ne pouvait être qu’une duplication d’elles-mêmes dont il serait impossible de se séparer. »

 

En ayant fait le choix de ne pas avoir d’enfant, ces femmes ont le sentiment de mener la vie qui leur convient. « Il semble qu’elles n’hésitent ni ne regrettent jamais », ajoute la psychiatre. Aucun sentiment de manque, mais au contraire celui d’avoir gagné leur liberté, et même, comme le dira l’une d’elles, « un sentiment de surabondance ». Beaucoup sont créatrices, souligne enfin Geneviève Serre : « En lieu et place de la procréation physique, se font jour la création et la créativité sous toutes leurs formes, intellectuelles ou affectives. » Une autre manière d’engendrer et de transmettre.

  

 

Témoignages

 

Myriam, 41 ans, professeure

 

« Je ne me sens bien qu’en vivant seule »

 

« J’ai eu une enfance pas formidable, un père que je n’ai pas connu, un beau-père violent et une mère un peu “aux abonnés absents”. J’ai grandi avec l’image d’une famille décousue, les enfants chacun dans leur coin, chacun souffrant et personne ne se parlant. Très tôt, je me suis fait la promesse de ne jamais avoir d’enfant et de ne pas me marier pour ne pas revivre ça. De rester libre. A 23 ans, je suis tombée enceinte. L’annonce de cette grossesse a été un grand choc et je suis devenue comme amnésique par rapport à la promesse que je m’étais faite. Je n’ai pas pensé une seconde à avorter, non parce que je voulais cet enfant, mais parce que je n’arrivais pas à prendre conscience que j’étais enceinte. Et puis j’étais piégée par le bonheur de mon ami, sa famille.

 

Mon accouchement a été très difficile, je suis restée huit jours comme un légume, je faisais des rêves très angoissants. La première fois que j’ai vu ma fille, j’ai été impressionnée par cette personne inconnue. On parle d’instinct maternel : je ne ressentais rien de tel. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai commencé à avoir des maux de tête violents. Je pleurais beaucoup, je n’en pouvais plus. J’étais, sans le savoir, en pleine dépression. Bien que très vive, ma fille était souvent malade. Et j’étais malade de la voir malade. J’étais totalement dépassée, débordée et très angoissée. J’avais l’impression de vivre un cauchemar, que j’allais me réveiller.

 

J’ai senti l’urgence de la fuite. Et je suis partie. Je me souviendrai toujours de ma fille dans les bras de son père, et de moi, fuyant, lui tournant le dos. Elle n’avait pas 1 an. Cela fait seize ans que j’ai mal de l’avoir quittée, de n’avoir pas été à la hauteur, mais c’était une nécessité pour moi de partir seule. Pendant trois ans, je suis restée dans la même ville pour m’occuper d’elle en alternance avec son père. Et puis le chômage, les maladies à répétition, j’ai fui une deuxième fois à dix mille kilomètres, à La Réunion. J’ai entamé une thérapie, je suis devenue enseignante, j’ai cherché et retrouvé mon père. J’ai maintenu un lien avec ma fille par des lettres, des appels. Elle me rejoignait une ou deux fois par an… Je découvre avec le temps que je ne me sens bien qu’en vivant seule.

 

Même si vivre une relation amoureuse est important pour moi, je la conçois mieux chacun chez soi. Ce n’est pas facile pour moi d’accueillir d’autres personnes dans ma sphère intime. Cela touche à mon sentiment de liberté et m’angoisse très vite. Mon bonheur, c’est que, malgré tout, ma fille va bien. Nous avons toujours beaucoup parlé, très ouvertement, et de tout. Elle souhaite même avoir des enfants. »

 

Jitka, 30 ans, restauratrice

 

« Je veux pouvoir prendre mon sac et partir »

 

« J’arrive à l’âge où il faut prendre une décision : en faire un ou pas ? J’ai 30 ans et je n’ai pas envie d’enfant. Je n’en ai jamais eu envie. Il y a une forte pression autour de moi : je vis en couple depuis trois ans – mon compagnon n’en veut pas non plus – et je travaille dans un restaurant sur la Côte d’Azur. Pendant les vacances, il y a beaucoup d’enfants dans la clientèle. Je les aime bien, j’ai droit à des bisous, des dessins, je m’occupe volontiers d’eux. Les mères me demandent : “Tu es si maternelle, à quand ton tour ?” Mes amies fondent une famille et c’est la même question : “Et toi ? Quand t’y mettras-tu ?” Jamais, je crois. Parce que j’ai avant tout besoin de liberté, de pouvoir prendre mon sac et partir si je le souhaite. Avec ce besoin d’indépendance, ce serait irresponsable d’avoir un enfant. Avoir des liens entre adultes, oui. Mais un lien avec un enfant qui dépend de vous, c’est incompatible avec cette liberté qui m’est nécessaire pour me sentir heureuse, en accord avec moi-même.

 

Pour essayer de comprendre, j’ai beaucoup lu sur ce sujet. Au départ, je pensais que ma décision était due à la peur de l’accouchement ou de la grossesse. Mais ce n’est pas cela. Les ouvrages vous renvoient à votre enfance, au modèle parental, etc. J’ai eu une enfance merveilleuse, en République tchèque, avec une mère très présente, peut-être un peu trop, et un père aimant. Mais j’ai toujours eu besoin de liberté, besoin de pouvoir prendre seule toutes mes décisions. A 23 ans, j’ai quitté le cocon familial et je suis venue en France pour compléter mes études supérieures. J’ai eu un ami, mais la question de faire un enfant s’est posée et j’ai rompu pour le laisser libre d’en avoir un avec une autre femme. Je n’ai jamais eu envie non plus de me marier. Etre “accompagnée”, oui. Mais sans me sentir enfermée ou liée par quelque chose. J’ai essayé de me projeter dans le rôle d’une mère avec tous les plaisirs que cela comporte et que je peux très bien imaginer : le prendre dans ses bras, l’entendre dire : “Je t’aime maman”… Mais j’imagine aussi les tracas quotidiens et je sais que je ne serais pas capable d’assumer cela, d’être présente vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pour moi, c’est une tâche beaucoup trop lourde. Par ailleurs, j’aurais l’impression de revivre ma propre vie d’enfant, de revenir en arrière, et je n’en ai pas envie. J’ai envie d’aller de l’avant.

 

On peut me trouver égoïste, mais je trouve plus égoïste de faire un enfant à tout prix lorsque l’on se sait incapable de lui donner ce dont il aura besoin. Je ne vois pas du tout mon choix comme la privation de quelque chose dans la vie d’une femme. Etre femme, ce n’est pas forcément être mère. »

 

Pascale, 45 ans, artiste peintre

 

" Le désir d'être libre "

 

« Je n’ai jamais voulu avoir d’enfant et je n’en ai jamais éprouvé le désir, même en étant très amoureuse. A l’adolescence, quand je parlais avec mes sœurs qui se voyaient plus tard mariées et mères, je me disais : “Mon destin n’est pas là, je veux vivre autre chose qu’une vie d’enfermement, j’ai le monde à découvrir et il y a d’autres choses à faire dans la vie que d’avoir des enfants.”

 

Etait-ce lié à l’image que j’avais de ma mère ? J’avais l’impression que sa vie était une vie de sacrifices qui ne respirait ni la joie ni l’épanouissement. Mes sœurs sont devenues mères. Pour moi, il restait évident qu’il n’était pas nécessaire d’avoir des enfants pour exister en tant que femme et être heureuse avec soi-même. Avec le temps, ce non-désir s’est ancré. J’ai longtemps vécu en célibataire parce que les hommes que je rencontrais voulaient fonder une famille. Il y a eu un moment de remise en question, vers mes 37 ans, je fréquentais alors un homme avec qui j’étais vraiment bien. Et je me suis retrouvée enceinte par accident… Cela a été une immense panique et le “non” est alors revenu puissamment, clairement.

 

Tout en moi disait non, de manière irrationnelle mais très forte. Je me suis fait avorter sans hésitation. Je n’en ai été ni choquée ni traumatisée. Cela a uniquement été un immense soulagement. A partir de là, alors que j’étais manager dans une entreprise, j’ai décidé de mener la vie que j’avais toujours souhaitée, celle d’artiste peintre. J’ai quitté mon travail, trouvé un petit boulot alimentaire, et me suis mise à la tâche. Tout de suite, je me suis reconnue dans ma vie, ma vraie vie. Au fond, j’ai toujours été plus portée vers la création que vers la procréation. Tous mes projets artistiques, d’expos sont mes enfants. Je crois que j’en avais l’intuition dès le départ. Si j’avais eu des enfants, j’aurais dû abandonner mes rêves, parce qu’il faut beaucoup de liberté pour rêver. Or ç’aurait été une vie amputée, donc une vie pas forcément joyeuse, alors qu’en créant, c’est une vie de joie au quotidien. Je n’ai aucun sentiment de manque. Au contraire. Plutôt de surabondance. »

 

Anne B. Walter pour psychologies.com

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