11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 07:17

Bagarres, vols, braquages, trafics et embrouilles en tous genres,
 émeutes dirigées contre l’ordre social… En réponse à l’exclusion et 
à la stigmatisation, les violences des bandes expriment des revendications identitaires et une recherche de reconnaissance.

 

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Dans l’univers des bandes, l’usage des violences verbales ou physiques peut avoir différentes significations et finalités qui s’entrecroisent très souvent. Par violences, on peut entendre aussi bien les coups, les menaces, brimades et autres intimidations. Se battre contre des groupes rivaux, racketter ou humilier régulièrement des lycéens ou des commerçants, mettre « la pression » à des résidents excédés par le bruit…, sont des facettes différentes de l’activité transgressive et agressive des bandes (par opposition aux formes plus conformes, voire positives, de leurs attitudes).



Les conduites violentes les plus quotidiennes s’inscrivent le plus souvent dans les relations sociales de proximité. En effet, les bandes sont un produit de la ségrégation sociale, spatiale et scolaire. Elles s’inscrivent dans un territoire (entrées d’immeubles, parkings, zones commerciales des cités…) qui constitue pour ces groupes un lieu de vie et de socialisation, d’identification et d’expression. Ce dernier point interroge les relations entretenues entre ces groupes et leur environnement immédiat. Ces relations conflictuelles routinières montrent que tout un ensemble de conduites violentes repose sur des enjeux de pouvoir, sous-tendus par plusieurs caractéristiques.


 

Le contrôle du territoire: une violence hégémonique.


L’ancrage et les activités des bandes (comme le commerce illégal de drogues ou de matériels divers) nécessitent de gérer à la fois la méfiance des habitants et la surveillance policière. Il leur faut donc imposer leur présence à la frange hostile du voisinage tout en limitant leurs velléités de collaboration avec les forces de police.


 

Les vols, une violence de frustration.

 

C’est à travers les vols que la banalisation de la délinquance s’effectue dans les bandes. Il s’agit là d’une délinquance endémique que ces groupes systématisent et pérennisent. La délinquance acquisitive est la principale catégorie d’infractions enregistrées chez les jeunes. On y retrouve ce que l’Américain Robert K. Merton décrivait comme un « mécanisme de la frustration relative ». Les bandes offrent les moyens de survivre, de consommer ou de s’enrichir, c’est-à-dire de réduire les frustrations nées d’un écart mal supporté entre les objectifs sociaux et les moyens pour y parvenir .


 

S’affronter pour exister
.


Les formes que prennent ces vols avec violences sont nombreuses : intimidations, coups, qu’il s’agisse de racketter, d’arracher un sac à main, de délester un individu de son smartphone ou de commettre un vol à main armée dans un commerce de proximité. Plus rarement et à un niveau « supérieur », des modes de spécialisation comme les braquages ou la séquestration avec demande de rançon sont conditionnés par l’existence de réseaux criminels locaux. Ces pratiques plus spécialisées et plus graves sont à l’intersection de la délinquance locale et d’une criminalité plus structurée. Mais la violence des bandes peut aussi s’inscrire dans une logique d’affrontement collectif : bagarres entre bandes, émeutes, conflits avec les forces de l’ordre. Contrairement aux victimes de vols violents, de pressions quotidiennes ou d’attitudes sexistes, peu armées pour se défendre, la cible de ces affrontements possède un statut collectif et est susceptible de « passer à l’offensive » ou de rendre les coups.


 

Cette logique d’affrontement se décline selon trois registres distincts : honorifique, altéritaire et protestataire. Ces registres ont en commun des représentations sociales et un discours sur l’ennemi, le concurrent, le dominant, mettant en lumière l’univers symbolique et politique du public des bandes.


 

Les violences honorifiques.

 

Elles représentent la forme d’affrontement la mieux connue du grand public, la plus médiatisée également. Il s’agit de ce que l’on appelle parfois « la guerre des bandes ». Ces affrontements, préparés et anticipés ou produits d’une rencontre imprévue, prennent la forme de duels, de bagarres en petits groupes, ou d’expéditions plus spectaculaires. Contrairement à une idée répandue et largement médiatisée, les mouvements massifs de La Défense en 2000 entre les jeunes de Chanteloup-les-Vignes et de Mantes-la-Jolie – des centaines de jeunes qui se donnent rendez-vous pour s’affronter dans un lieu public – sont rares. Ces « embrouilles » s’organisent autour d’un espace multiéchelle (du quartier au niveau national pour les cités les plus médiatisées) où se jouent les réputations d’un individu, de sa bande ou de son quartier.


 

Les causes ne sont pas à rechercher dans les motifs, ceux-ci sont souvent futiles, surtout comparés aux conséquences engendrées. Pour comprendre les raisons qui poussent des adolescents à s’engager dans ces affrontements, c’est du côté des positions sociales qu’il faut d’abord regarder. Ces jeunes cumulent les désavantages sociaux et scolaires et trouvent dans ces pratiques l’occasion de s’affirmer et d’accéder à la reconnaissance. La participation aux « embrouilles » traduit des attentes de gratification, une volonté de compenser des échecs, elle reflète également le rôle social et compensatoire de la force physique et des valeurs de virilité .


 

Les violences altéritaires

 

Elles forment une catégorie peu fréquente et aux contours flous. Elles sont tournées contre des groupes perçus comme menaçants et/ou concurrents et définis par leur altérité sociale, religieuse et/ou ethnoraciale. Cette défiance qui se nourrit de préjugés négatifs peut être individuelle ou collective, elle exprime une opposition, des revendications, des protestations ou une défiance au nom de l’expérience raciale et à l’égard d’un groupe racisé et considéré comme hostile. Ce sont par exemple, les bandes de skinheads à l’égard des minorités et réciproquement, les embrouilles entre jeunes « Robeus » (Arabes) et « Renois » (Noirs), ou, comme à Perpignan, entre « Maghrébins » et « Gitans ».


 

On peut distinguer plusieurs formes de violences altéritaires : une première reposant à la fois sur la valorisation de son groupe et la mise à distance d’autres groupes. Des antagonismes raciaux qui mettent en jeu la concurrence entre bandes dans un contexte de pénurie (pour l’accès aux emplois, aux aides publiques, ou sur le marché des drogues). Les skinheads, qui, bizarrement, n’ont jamais été catégorisés comme « bandes ethniques », ont longtemps incarné ce registre d’action collective qui se nourrit de xénophobie et qui tend à remettre en cause la légitimité et la présence des étrangers et de leur descendance.


 

On sort de la lutte des places pour se rapprocher de la lutte des classes, lorsque d’horizontale, cette conflictualité devient verticale en visant les représentants et assimilés du groupe majoritaire. C’est tout le sens du discours ou des pratiques hostiles visant les « Blancs » (moins ceux du voisinage que ceux perçus comme les dominants), mot qui concurrence de plus en plus les expressions de « cheuri » (riche) ou « joibour » (bourgeois). Cette posture est le produit de la tension entre la question sociale, l’expérience raciale et l’ordre territorial, ce que Robert Castel nomme la « discrimination négative » . Le cumul des difficultés familiales, scolaires, économiques ou politiques, ainsi que la mise à l’écart, sont résumés par les jeunes en bande, dans un nombre restreint d’explications, parmi lesquelles la race et le racisme occupent une place importante.


 

Les violences de protestation.


  Elles s’inscrivent, quant à elles, dans une dynamique de révolte à forte teneur politique. Ces conflits avec les institutions – en premier lieu la police nationale – ne peuvent se réduire à une quête collective de gratification. Dans le cas des émeutes urbaines, les jeunes en bandes en sont des acteurs centraux ; pas seulement en raison de leur participation à des activités délinquantes, mais en raison de leur avenir fort mal engagé, de leur exposition plus fréquente aux échecs, à l’intervention institutionnelle et policière. Ces expériences les rendent sensibles aux discours mais également aux conduites d’hostilité des représentants de l’État ou assimilés .


 

Ces différents registres de violence collective participent plus globalement de la communication publique des bandes. Celle-ci, aussi dangereuse et condamnable soit-elle, a du sens et est intelligible. Elle a différentes racines : le passé au regard de l’histoire des colonies, des classes populaires ou de l’immigration ; le séparatisme social et spatial et la stigmatisation qu’il induit, à partir desquels s’organisent les scolarités et les sociabilités ; des situations sociales marquées par l’échec et l’absence de perspectives réjouissantes dans un contexte de précarité de masse ; enfin un contexte politique défavorable caractérisé par un faible taux de participation électorale, une représentativité défaillante et une hostilité très forte à l’égard des élites au pouvoir. Les enquêtés et leur entourage sont l’objet d’un traitement négatif sans être en mesure d’inverser les rapports de force. Même si c’est une communication qui pèse d’abord sur le voisinage, elle révèle une vision du monde dichotomique, paranoïaque et profondément pessimiste.

 

Pour cette frange de la jeunesse de milieu modeste, cette communication a trois grandes fonctions sociales : la première est d’offrir un espace d’expériences symboliquement rentables, du carburant aux intenses besoins de reconnaissance, de « respect » et de réputation. La deuxième est d’assurer la cohésion collective, de faire bloc en dépassant les nombreux tiraillements interindividuels. La bande a besoin de conflit, c’est vital. La troisième est une fonction « politique ». Il s’agit tout simplement d’exister et de réduire l’angoisse majeure que constitue la mort sociale. À défaut d’inclusion dans la vie publique par la grande porte, conforme et policée, il est impératif d’être au centre de la vie locale, des médias ou de la rétine publique, afin d’éprouver le sentiment d’être dans la réalité sociale.

 

de www.scienceshumaines.com

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