9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 15:54

A 2 ans, à 10 ans, à 20 ans, l’autonomie s’apprend, explique Claude Halmos, Psychanalyste. A travers l’éducation que lui donnent ses parents, l’enfant acquiert, pas à pas, la confiance nécessaire pour affronter seul le monde.

   

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Il arrive que l’on plaigne les parents, et les spectateurs du film Tanguy n’ont sans doute pas manqué de le faire. Comment, en effet, ne pas s’apitoyer sur le sort de ce couple dont la vie est gâchée par un grand benêt de fils qui refuse, malgré un âge avancé, de quitter le cocon familial ?

 

On aurait tort, cependant, de s’en tenir à la compassion, car plaindre ces pauvres parents conduit à désigner Tanguy comme le seul responsable de la situation et à n’expliquer cette dernière que par son "caractère", sa mauvaise volonté ou quelque pathologie particulière. Or, il ne s’agit en rien de tout cela car – un psychanalyste peut l’affirmer – l’impossibilité de quitter ses parents à l’âge adulte n’est jamais affaire de "constitution" mais d’éducation. Ce symptôme est toujours le signe que son histoire n’a pas permis à l’intéressé d’accéder aux deux choses qui rendent possible, à l’âge requis, l’envol hors du nid familial. Elle ne lui a pas appris à supporter les séparations et elle ne l’a pas suffisamment armé pour qu’il se sente capable d’affronter, seul, la vie adulte.

 

Une peur profonde

 

Les jeunes gens qui interrogent en analyse leur peur de quitter leurs parents lui découvrent souvent des racines plus profondes qu’ils ne l’imaginaient. Il n’est pas rare qu’ils réalisent qu’elle est en fait une des variantes de l’angoisse qu’ils éprouvent (et ont toujours éprouvée) chaque fois qu’ils ont (et ont eu) à affronter une séparation.

Cette découverte les surprend, car le départ vers la vie adulte est rarement parlé en terme de séparation. Notamment par les parents qui s’évertuent au contraire, pour rassurer, à mettre l’accent sur ce qui restera "pareil" : « On n’est pas loin », « Tu viendras souvent dîner », etc.

 

Elle constitue pourtant une véritable séparation (d’avec la famille, l’enfance, etc.) et renvoie donc, en tant que telle, l’intéressé à toutes celles qui lui ont, auparavant, posé problème. Or, elles sont nombreuses, car le développement d’un enfant n’est qu’une longue suite de séparations, et même de doubles séparations. A chaque étape, en effet, il doit pour grandir se séparer non seulement de ce qu’il était auparavant – quitter sa "peau d’avant" – mais s’éloigner un peu plus de ses parents en se construisant comme être à part entière, autonome et distinct de chacun d’entre eux.
Tâche difficile, car elle suppose que les parents supportent sans trop d’angoisse ce changement et que lui-même puisse, malgré les bouleversements qui surviennent en lui, garder la conscience claire qu’il est bien toujours le même.

 

Un long cheminement

 

La route commence à la naissance. Véritable épreuve pour le petit d’homme qui doit à la fois quitter le corps de sa mère, et passer d’un espace aquatique au milieu aérien où nulle survie n’est possible sans le travail éprouvant de la respiration. S’il est accueilli par des parents qui l’aident à franchir le pas, la tendresse et la chaleur de leurs gestes, de leurs voix, les mots qu’ils disent pour nommer sa personne et le monde lui fabriquent un "contenant" nouveau mais aussi rassurant que l’était le ventre maternel. Le changement se fait dans la continuité et la sécurité. Il peut "se retrouver", tisser un lien entre ce qu’il était avant – in utero – et ce qu’il est désormais. Si, à l’inverse, il arrive dans un monde vide de présences et de mots, si son corps est violenté, cette première séparation devient pour lui synonyme de souffrance et d’insécurité. Et si nul par la suite ne l’aide, elle peut, prenant valeur de modèle, l’amener à aborder avec angoisse toutes celles qui suivront.

 

La route se poursuit avec le sevrage, qui contraint le bébé à renoncer au corps à corps avec sa mère. Bien des pathologies de la séparation renvoient à cette étape qui ne peut se passer bien qu’à trois conditions. Si, dans la période qui précède, la relation a été "suffisamment bonne" : on ne peut séparer que ce qui a été uni. Si le moment choisi est, pour les deux protagonistes, le bon : ni trop tôt, ni trop tard. Et si le passage s’effectue sans douleur : si la mère peut, telle un alchimiste, transmuer en mots la chaleur et le bonheur du corps à corps, faire de la parole un lieu de rencontre riche et joyeux. Si ce n’est pas le cas, la séparation devient pour l’enfant synonyme de perte irrémédiable de l’autre, mais aussi de lui-même que cette "rupture" laisse sans repères.

 

Ensuite vient la station debout, la marche, et ce vertige enivrant – ou paralysant – à s’éprouver, dans l’espace, corps autonome. Puis le moment où, les mains ayant appris à faire seules les gestes de la vie, l’enfant devient capable, pour reprendre les mots de Françoise Dolto, de "s’auto-materner" et de "s’auto-paterner" (en s’appropriant le rôle rassurant et soutenant de ses parents, l’enfant devient une “bonne mère” et un “bon père” pour lui-même), etc. La vie d’un enfant ressemble donc à une course d’obstacles. Les occasions de chute ne manquent pas. D’autant qu’il faut leur ajouter les séparations et les abandons traumatiques que peut imposer la vie : décès d’un parent, départ inexpliqué d’une nourrice… C’est toujours avec le poids – inconscient – de ces multiples dérapages que les jeunes adultes abordent le départ du domicile parental, qui signe la fin de leur enfance.

 

Les armer pour la vie

 

Mais un tel départ implique aussi que les voyageurs en partance se sentent capables d’affronter l’extérieur. Or, cette confiance en eux-mêmes manque à certains. Soit parce que, ayant vécu coupés du dehors dans une famille trop protectrice, ils ne peuvent se le représenter que comme une jungle inconnue et hostile. Soit parce que, leur éducation ne leur ayant pas donné l’occasion de s’affronter aux difficultés, ils n’ont pas pu se prouver qu’ils pouvaient les résoudre et acquérir de ce fait une représentation positive de leurs capacités. Une éducation ne peut permettre à un enfant de se sentir armé pour la vie qu’à deux conditions.

 

1) Si la porte de la famille est en permanence ouverte sur la vie :

  • si les repères éducatifs donnés par les parents sont les mêmes que ceux qui ont cours dans la société. Permettre dans la famille des choses interdites dehors – frapper, voler, etc. – creuse entre l’intérieur et l’extérieur un fossé qui peut à terme devenir infranchissable.
  • si l’interdit de l’inceste est clairement posé et respecté. La croyance, inconsciente, en la possibilité de se marier avec papa ou maman constitue, même à un âge avancé, l’un des freins essentiels à l’envol de nombreux jeunes gens.
  • si la succession des générations est comprise et acceptée, car c’est elle qui donne un sens au départ : « Je quitte mes parents comme eux ont quitté les leurs. » Les parents "copains" qui jouent à être aussi jeunes que leurs enfants sont un frein à leur émancipation.
  • et si les parents n’ont pas un besoin, inconscient, trop grand de garder leurs enfants.

2) Si la marche arrière est interdite :

  
Il faut également que l’enfant soit encouragé, voir poussé, à franchir cette porte. Pour cela, les parents doivent, dans l’éducation qu’ils lui donnent, ne pas se contenter de le suivre mais le précéder : évaluer à chaque étape ce dont il est capable et l’inviter à le faire. C’est la seule solution pour que l’enfant comprenne que l’on croit en ses capacités, et surtout pour lutter contre la tendance qu’il peut avoir à "faire du surplace". Il faut aussi qu’ils favorisent son autonomie. Sur le plan psychologique, en respectant ses désirs et ses opinions. Et sur le plan de la réalité, c’est-à-dire la possibilité qu’il a :

  • de faire les choses seul dès qu’il en a l’âge (à 6 ans, ne pas savoir lacer ses chaussures est dévalorisant).
  • de les penser seul (bien des jeunes gens terrifiés à l’idée d’avoir à organiser seuls leur vie matérielle, sont en fait d’anciens enfants à qui l’on a dit trop longtemps : « Va te laver les dents », « Pense à ton cartable », etc.).
  • de régler seul ses problèmes avec les autres. Apprendre à un enfant à se défendre dans la cour de récréation est formateur. Aller voir la maîtresse pour qu’elle le prenne sous son aile est invalidant.
  • d’assurer seul le financement de certaines choses qu’il désire (d’où l’intérêt de l’argent de poche), etc.

La fonction paternelle

 

Par rapport à cette visée éducative, le père joue un rôle essentiel. Pour tous les enfants en effet, ne pas avancer est toujours peu ou prou synonyme de "rester encore un peu dans les jupes de maman". Non pas parce que les mères seraient a priori plus laxistes que les pères. Simplement parce que la "répétition" pousse à retourner en arrière, c’est-à-dire d’où l’on vient, or l’on vient toujours du ventre d’une mère. Le père peut donc être pour l’enfant, s’il joue son rôle, celui qui lui barre l’accès à ce retour mortifère.

 

L’éducation d’un enfant n’a donc rien d’un long fleuve tranquille. Les parents ne peuvent jamais remplir leur tâche sans angoisse, sans peur de se tromper ou d’infliger à l’enfant trop de souffrances. Mais c’est à ce prix qu’elle peut atteindre son but : lui permettre, le jour venu, de partir. Et de partir sans angoisse, c’est-à-dire en sachant que si partir rime parfois avec mourir, il ne s’agit là que de mourir, un peu, à son enfance. Pour pouvoir naître, enfin, à la vie d’homme ou de femme.

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