29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 11:32

Un texte majeur, où les travaux de l'anthropologue André Leroi-Gourhan côtoient la psychanalyse et la philosophie de la Grèce antique... pour mieux penser les nouvelles technologies et l'alliance douloureuse "du rationnel et du vivant".

 

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De la première à la seconde libération anthropologique.

 

Le langage symbolique a dominé la pensée humaine depuis les origines de l’Homme jusqu’à nos jours et a permis à l’humanité de faire d’immenses progrès. Cependant, en empruntant le chemin libérateur de l’abstraction, le langage a biffé dans la représentation conceptuelle les formes perceptives animées qui alimentent les pulsions du corps. L’harmonisation préexistante à l’état de nature entre le corps et l’esprit, la main et le cerveau, s’est trouvée ainsi rompue. L’écriture et le livre vont favoriser les progrès de la science et de la communication, mais ils vont accentuer davantage cet écart symbolique.

 

«Une des conséquences principales de l’alphabétisation et de la forme livresque prise par notre culture fut la dramatique désensorialisation de celle-ci, à laquelle l’invention de l’art tenta de suppléer. Le livre n’est pas seulement ce lieu de repos bienvenu pour les mots, il figure aussi la façon la plus sèche ou austère qu’ont jamais eue les hommes de codifier leur expérience et de dire leurs savoirs (…) il est clair que les TIC (Technologies – Information – Communication) favorisent le retour du corps, remettent en mouvement le verbe et lui ajoutent de la chair, des images et des sons[1].»

 

Le langage symbolique abstrait a donc permis à la raison d’accéder à une certaine transcendance cognitive vis-à-vis des objets sensibles. C’est une première libération. Cependant, les pulsions du corps restent encore prisonnières de la violence agressive de l’état sauvage. Elles n’ont pu rejoindre la transcendance de la raison libérée des limites de la nature. L’avènement des Technologies de l’Information et de la Communication permet maintenant de restituer le cadre espace-temps des formes perceptives jusqu’ici égarées dans les dédales de l’abstraction. Il est désormais possible de combiner dans une même représentation les formes symboliques abstraites de la raison conceptuelle et les formes perceptives animées de l’intuition imaginative et esthétique.

Ces nouvelles formes de représentation et de communication annoncent l’émergence prochaine de cette seconde libération anthropologique permettant cette fois-ci aux pulsions du corps de s’émanciper de la violence agressive de l’état de nature en rejoignant la transcendance de la raison.

 

Première libération : la parole symbolique

 

Dans son ouvrage Le geste et la parole, technique et langage, l’anthropologue André Leroi-Gourhan trace le chemin qui, de la zoologie à la sociologie, a permis la libération du langage des limites du corps technique. Dans le chapitre deux, le cerveau et la main, Leroi-Gourhan précise l’intention de sa recherche. Il esquisse le chemin à tracer.

La main qui libère la parole, c’est exactement ce à quoi aboutit la paléontologie… En effet, dans une perspective qui va du poisson de l’ère primaire à l’homme de l’ère quaternaire, on croit assister à une série de libérations successives :

  • celle du corps entier par rapport à l’élément liquide,
  • celle de la tête par rapport au corps,
  • celle de la main par rapport à la locomotion
  • et finalement celle du cerveau par rapport au masque facial.

S’il est une évidence qu’aucune démonstration conséquente n’est parvenue à entamer, c’est que le monde vivant mûrit d’âge en âge et qu’en faisant le choix de formes pertinentes, on met en lumière une longue piste régulièrement ascendante sur laquelle chaque «libération» marque une accélération de plus en plus considérable[2]. Il s’agit là d’une première libération.

 

Libération, mutation et chemin critique.

 

Libération de mutation terminale et libération de mutation transitoire.

 

Dans le parcours qui va de la zoologie à l’anthropologie, André Leroi-Gourhan parle d’une série de libérations successives. L’être humain en est le terme final. En effet, chacune des étapes précédentes récapitule les transformations antérieures et constituent autant d’étapes intermédiaires. Ainsi, chaque espèce, effet de mutations antérieures, est terme de celles qui la précèdent, mais mutation transitoire vers celles qui lui succèdent. Libération de mutation terminale désigne la dernière espèce animale d’un niveau d’organisation supérieure. Libération de mutation transitoire désigne les espèces des niveaux d’organisation inférieure qui ont préparé le chemin.

 

La théorie des animations correspondantes et complémentaires

 

Cette théorie des animations correspondantes se situe dans le prolongement de celle formulée par Niels Bohr à propos des observations apparemment contradictoires entre des phénomènes de la physique quantique et ceux de la physique classique. Elle permet d’établir des correspondances analogiques entre des phénomènes appartenant à des domaines d’observations différents.

«Une explication est (…) une classification des observations d’un certain domaine au moyen d’analogies avec d’autres domaines d’observations… »[3]

Il s’agit d’une théorie englobante et synthétique. Elle peut regrouper plusieurs niveaux d’observation et d’analyse. Elle peut s’appliquer aussi bien au niveau des observations de la physique quantique qu’au niveau de la métaphysique du langage et de la représentation humaine. En ce sens, c’est une théorie qui rejoint le projet scientifique des anciens Grecs, en particulier d’Aristote, qui aurait voulu construire le système de la représentation du monde. Comme nous le disent à ce propos G.C.-Tannoudji et M. Spiro :

 

La physique des particules élémentaires est l’héritière contemporaine de la conception atomiste des philosophes de la Grèce antique. Pour ces philosophes, les atomes, insécables comme leur nom l’indique, sont les briques fondamentales de la matière. Anticipant sur le développement scientifique ultérieur, ces philosophes avaient été capables, grâce à la puissance de leur raisonnement, d’élaborer une véritable conception du monde, d’une extraordinaire clairvoyance et qui s’est trouvée globalement confirmée.

Toute la variété des structures observées dans la nature résulte de la combinatoire des atomes qui existent en un petit nombre de types différents. Dans l’étude des structures de la matière, cette conception, qui irrigue pratiquement toutes les disciplines scientifiques, fait maintenant partie du sens commun[4].

 

Première libération du langage : libération de mutation transitoire.

 

Si l’on accepte d’insérer la petite histoire naturelle de l’homme dans celle plus large de l’évolution du cosmos, nous pouvons considérer d’une autre façon cette première libération. Au sens strict, il s’agit d’une première mutation, d’une libération de mutation transitoire. Première libération, cela veut dire première rupture, formation d’un nouvel être, d’un nouveau lieu d’organisation des déterminants du macrocosme.

 

L’accumulation quantitative des techniques de survie, associé à un mode de gestion et d’organisation interne des cellules du cerveau, a permis cette première libération marquée par l’apparition progressive du langage symbolique abstrait. À ce niveau d’analyse, cette première libération semble marquer un tournant majeur dans les processus de libérations successives, c’est pourquoi nous en parlons comme de la première libération proprement anthropologique. Libération incomplète cependant. L’Homme demeure un animal inachevé, un être tourmenté par les désordres de sa nature hybride. C’est là tout le sens de cette seconde libération.

Il est difficile de comparer de façon rétroactive les deux niveaux de mutation libératrice, puisque la seconde n’est pas encore effective. Cependant, nous pouvons énoncer des hypothèses sur ce que devrait être une libération complète de l’être humain à partir de celle qui a déjà eu lieu. Ce serait la véritable naissance de l’Humanité en tant qu’espèce constituée. La nature ne s’intéresse pas tellement à l’individu, mais plutôt à l’espèce en tant que telle, niveau d’organisation singulier du macrocosme.

 

Premièrement, nous pouvons considérer l’état actuel de l’Humanité comme analogue à celui d’un être en gestation. Cependant, il s’agit là d’un processus de gestation d’un niveau d’organisation supérieur aux processus antérieurs qui ont donné naissance aux primates préhominiens. L’Humanité dans son état actuel est une fécondation de notre planète et de cet élan vital qui a ensemencé jadis les océans des premières cellules de la vie. Quelques milliards d’années de fécondation, temps relatif à l’échelle cosmique, ont permis à la terre de fabriquer dans son ventre plusieurs espèces antérieures, préparatoires à l’avènement de ce dernier venu. Pour le moment, l’Humanité s’engendre et se construit dans les entrailles de la Terre. En tant que nouvelle espèce constituée dans l’ordre macrocosmique des mutations génériques, il est toujours à l’état d’embryon. Cependant, plus que les embryons d’êtres précédents, l’Humanité est parvenue à un stade de maturité relative qui lui permet d’atteindre un certain niveau de conscience d’elle-même. Elle s’est donné la parole afin de pouvoir communiquer avec ses propres membres et harmoniser les relations entre eux, ce qui a permis l'émergence de grandes civilisations. Mais le danger qui menace cette même Humanité, c’est la pollution des ressources terrestres dont elle dispose et surtout la capacité d’un avortement prématuré. L’Homme, entendons par là l’Humanité en tant qu’être collectif, peut faire avorter sa propre naissance ! C’est là le triste privilège d’une liberté conquise sur les instincts de l’élan vital et animal. L’Humanité pourrait s’annihiler par l’empoisonnement biochimique ou faire usage de ces armes de destruction massives, ces déchets technologiques, détournement des ressources énergétiques que la nature a mises à son service pour son développement.

 

Il ne faut pas prendre à la lettre cette description de l’état de gestation dans lequel se trouve l’Humanité. Ce ne peut être qu’une lecture analogique, car nous sommes à un niveau supérieur de notre organisation sociétale. Donc les processus de gestation antérieurs et inférieurs ne valent plus pour ce niveau supérieur. Il y a un saut qui s’est fait dans l’ordre des choses et, au regard du développement technologique, la gestation nouvelle ne peut plus être "simple retour en arrière". Avant cela, les mécanismes de gestation étaient gérés par l’élan vital qui traverse la sélection naturelle. Maintenant, la liberté humaine, éclose partiellement lors de la mutation anthropologique précédente, prend en charge les processus de transformation qui doivent aboutir à la naissance de la nouvelle espèce collective : l’Humanité. Car ce sont des processus éducationnels et organisationnels, fruits de cette liberté partielle et en devenir, qui doivent prendre la relève. Il ne s’agit plus de mutation biologique, la nature ayant fait son œuvre, mais plutôt de mutation culturelle.

C’est au tour de l’être humain lui-même, dans son état de gestation avancée, de prendre en charge sa propre destinée. Ce qui s’est passé aux origines ne peut que lui indiquer la route suivie par la nature pour atteindre le stade de formation à partir de laquelle la liberté humaine prend la relève.

 
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La bataille du cerveau.

 

C’est dans la dynamique de ces libérations successives qu’il faut comprendre les mécanismes évolutifs, phylogénétiques qui ont permis l’émergence du langage symbolique, comme terme de cette première mutation anthropologique. La formation du langage est effet de mutation, conséquence d’une bataille qui a dû se dérouler à l’intérieur même du cerveau hominien. La sélection naturelle gérée par l’élan vital et le macrocosme a favorisé certaines combinaisons neurologiques au détriment d’autres combinaisons moins performantes.

 

Parole et geste.

 

En effet, sous la poussée des nécessités vitales d’une part et des exigences du «vivre ensemble» d’autre part, le cerveau et le reste du corps doivent harmoniser leurs efforts afin d’assurer la cohésion et la reproduction du groupe tribal. Le cerveau mental guide la main technique et le corps social pour la création des outils nécessaires à la capture du gibier, à la protection du groupe tribal et au resserrement des liens nécessaires et suffisants pour la conservation de la tribu. À l’inverse, le corps fait pression sur le cerveau pour «inventer» des moyens de production et de reproduction du groupe. Les besoins augmentent. Les pressions sur le cerveau augmentent aussi. Dans cette première phase de la bataille, la parole symbolique est encore muette. Elle est en gestation. Tout concourt à favoriser le comportement idéal, le geste décisif qui augmente les chances de survie et d’adaptation du groupe tribal. La parole est geste et le geste est parole.

 

Parole contre geste.

 

Cependant, pour améliorer ses performances et les faire correspondre à des demandes de plus en plus pressantes, le cerveau regroupe et combine les diverses représentations qu’elle doit produire afin de simuler la réalité en lui et calculer ainsi les meilleures réponses à donner aux gestes du corps. Le cerveau construit ses représentations à partir des formes perceptives qui lui proviennent des pulsions du corps. Il établit en même temps toutes sortes de relations entre ces formes perceptives afin de pouvoir agir sur elles. Certaines formes correspondent à des objets concrets. D’autres formes, comme les sentiments, les émotions par exemple ne peuvent être représentées que sous la forme de la pulsion particulière, telle que vécue par le corps. Ce sont donc de multiples formes combinatoires de plus en plus complexifiées et abstraites qui prennent naissance, aussi bien celles qui sont associées à la conservation de soi, de la tribu qu’à la conquête de nouveaux espaces d’habitat et de chasse. Des valeurs comme, paix, travail, amour, sécurité d’une part, et des actions comme la guerre, la défense de soi, et les querelles de toutes sortes d’autre part sont associées à des combinaisons abstraites du cerveau. Plus les pressions se font grandes, plus le cerveau combine.

 

De combinaisons simples, comme celles qui lui permettent de reconnaître des ressemblances entre des catégories de gibiers, le cerveau effectue des combinaisons plus complexes, non seulement entre des catégories de gibiers, mais aussi entre des catégories de relations et bientôt entre des catégories de catégories. Cela permet d’augmenter les performances du groupe et de trouver des façons plus harmonieuses du «vivre ensemble» ou de faire la guerre de façon plus efficace. Plus le groupe évolue et s’élargit, plus les pressions s’exercent sur le cerveau. Et ainsi de suite. Plus les combinaisons à l’intérieur du cerveau se complexifient, plus le cerveau se complexifie. Ce processus de complexification finit par atteindre un seuil critique. Ces combinaisons complexes se détachent des pulsions et des formes sensibles du corps pour engendrer des formes synthétiques propres au cerveau lui-même. Le cerveau produit alors en lui-même des relations combinatoires à partir de ses propres combinaisons internes, contre celles des gestes du corps. Il n’a plus besoin des formes sensibles du corps pour établir de telles macro-combinaisons synthétiques. La pensée humaine va émerger dans ce processus cumulatif de complexification combinatoire des représentations, en provenance à l’origine, des pulsions du corps.

 

La formation de la pensée abstraite.

 

À un seuil critique quantitatif et qualitatif donné de ces combinatoires complexifiées, c’est l’émergence de représentations abstraites, c’est-à-dire, tellement distantes de leur origine sensible qu’il n’y a plus de rapport de dépendance entre ces représentations abstraites et les commandes des pulsions du corps. Elles deviennent des êtres de raison. Elles se forment dans le cerveau. Et elles sont gérés par le cerveau lui-même selon un autre mode de gestion qui n’est plus donné ni par l’instinct, ni même par les pulsions du corps. C’est la pensée abstraite. Et avec la pensée abstraite vont naître un autre mode de connaissance, un autre système de communication et surtout une autre manière d’être et d’agir.

 

Le lent triomphe de la parole symbolique et de la conscience de soi.

 

Survient alors un problème surhumain (quasi-Nietzschéen) pour lequel nos ancêtres primitifs étaient complètement démunis. Dans la nature, la reconnaissance des objets et des relations par l’intuition sensible est immédiate et directe. Nous reconnaissons le tigre à son pelage, ses griffes, ses crocs etc. Or, les êtres de raison, c’est-à-dire qui n’existent que dans la pensée humaine n’ont plus d’équivalent dans la nature. Ils n’existent que dans le cerveau sous forme d’entité abstraite. Comment les identifier ? Comment communiquer à partir de ces êtres de raison ? Il faut donc produire un signe sensible, quelque chose qui représente ce nouvel être, puisque la nature, l’élan vital ou l’instinct n’ont rien prévu pour ce genre de situation. Le langage symbolique va donc naître pour combler cette absence. Nous pouvons imaginer cette période de transition au cours de laquelle ces premiers humains, pas tout à fait humains, mais en processus d’humanisation, cherchent à exprimer des «pensées» toutes neuves. Des sons encore inaudibles, des gestes significatifs, des tentatives d’imitation et de répétition ont dû jalonner ce parcours encore incertain du discours symbolique embryonnaire. Il a fallu bien des tentatives avant que des «conventions» pas tout à fait au point finissent par rallier chacun et tout le monde.

 

La transition chaotique.

 

Tant que les réseaux de communication interne entre le cerveau et le geste sont régularisés par les mécanismes instinctifs et adaptatifs de la sélection naturelle, il n’y a pas de problèmes majeurs. Les désordres potentiels entre les niveaux de représentation du cerveau et les expressions du geste restent sous contrôle. Mais à partir du moment où le cerveau se met à produire des combinaisons de plus en plus synthétiques de représentation (abstraite) et de plus en plus distantes par rapports aux formes sensibles de représentation, le désordre s’installe. Car ces nouvelles formes de représentation exigent d’autres mécanismes de gestion interne du cerveau et de contrôle des gestes du corps que ceux qui prévalaient avec la sélection naturelle. La pensée abstraite et la conscience de soi vont naître et grandir au fur et à mesure du triomphe de la parole symbolique sur le geste instinctuel. L’être humain dans son état d’inachèvement va progressivement se former et va pouvoir émerger dans ce double désordre d’une pensée abstraite triomphante, pas tout à fait libérée des formes sensibles de la représentation et d’une conscience de soi pas tout à fait libérée des pulsions animales du corps. Les mécanismes de gestion et de contrôle du nouveau cerveau quoique nécessaires provoquent en retour d’autres formes de turbulence imprévisibles. C’est la période de transition chaotique. Il s’agit là d’un phénomène que l’on retrouve dans les processus de changement d’un système initial vers un autre système différent mais en continuité avec l’ancien. Plusieurs chercheurs mathématiciens et informaticiens ont mis au point dans les années 1970, une théorie mathématique intitulée théorie du chaos qui permettrait de mieux comprendre la nature de ce phénomène[5].

 

L’échec de la communication universelle : la Tour de Babel.

 

Mais au fur et à mesure que ces êtres de raison, c’est-à-dire ces pensées abstraites, naissent dans le cerveau humain, les «Hommes» construisent des systèmes de représentation et de communication symbolique de plus en plus élaborés. Au fur et à mesure, les tribus dispersées produisent des signes sensibles appropriés à leurs propres expériences existentielles. Chaque singularité tribale construit ainsi son propre système de signes. C’est la Tour de Babel. Il aurait fallu mettre en place un miroir universel, transcendant, capable de refléter ces êtres de raison afin de permettre à chacun de pouvoir communiquer avec tous les autres.

Comment maintenir l’Un dans le Multiple ? Les religions naissantes vont proposer des figures du divin. Mais là encore, ces figures restent singulières, incapables de rassembler dans un seul Un (unité plurielle) ces signes abstraits du nouveau langage en émergence. En nommant les choses, l’homme acquiert un niveau de savoir jamais atteint auparavant. Mais il crée cette barrière jusqu’ici infranchissable que constitue la multiplicité des langues.

 

Ce n’est donc ni un événement particulier, ni une rupture soudaine qui a marqué l’émergence du langage, mais plus simplement des processus tout à fait conformes aux grandes lois de l’univers. C’est en cela que consiste notre hypothèse sur l’accumulation quantitative et qualitative de mutation : à un seuil critique quantitatif s’opère un saut qualitatif qui modifie, change en profondeur la nature même du phénomène concerné. L’accumulation quantitative d’une même valeur qualitative donnée finit par engendrer un nouvel état de nature. L’exemple classique est celui du changement de l’eau. Quand nous faisons bouillir de l’eau, en ajoutant 1o de chaleur à 99o de chaleur déjà accumulés, l’eau passe de l’état liquide à l’état de vapeur. À l’inverse, si nous retranchons 1o de chaleur lorsque l’eau est à 1o, elle passe à l’état solide et devient de la glace. Nous retrouvons partout dans l’univers cosmique les effets de cette loi des conversions quantité / qualité : à un seuil critique d’accumulation, une mutation qualitative se produit dans le système pressurisé par la quantité. Le big-bang, la naissance et la mort des étoiles, la sélection naturelle obéissent à cette grande loi de l’univers. L’évolution humaine aussi… Car l’être humain est, lui aussi, un être cosmique... un reflet du macrocosme.

 

Ainsi, pour ces premiers humains, leur nouveau langage génère un nouveau mode de gestion des relations neuronales. Le cerveau, la pensée humaine n’en finit pas de produire des êtres de raison, appelés «concepts» qui lui permettent de régulariser et d’améliorer les conditions d’existence des singularités tribales. Plus le temps passe, plus le langage de la pensée abstraite s’organise et se libère de ses limites internes. Ce nouveau langage veut atteindre un niveau «supérieur» d’organisation et de régulation des conditions d’existence de ces premières sociétés humaines. L’accumulation quantitative et qualitative des ressources physiques et techniques engendre le progrès technique. L’accumulation de nouveaux types de savoir promeut le progrès des connaissances. De nouvelles manières d’être et d’agir engendrent le progrès social. Cependant, les pulsions du corps ne suivent pas tout à fait. Les tentatives d’expression artistique mises en place par le langage de la pensée abstraite ne suffisent pas à apaiser les tourments du corps. Et le discours religieux qui promet un monde meilleur ou un enfer éternel ne peut contenter ni stopper les désirs actualisés des pulsions du moment. La répression de la loi est un rempart, arme de dissuasion contre les débordements des conduites antisociales, mais elle n’est pas la solution efficace face à certaines pulsions irrésistibles de la liberté naturelle.

 

Libération du langage : libération incomplète et transitoire

 

Les mots de l’esprit restent quelque peu impuissants face aux maux du corps. Car ces deux réalités évoluent dans des «mondes différents» et s’expriment dans deux types de langage. Le premier, langage de la pensée, évolue dans une réalité abstraite qu’il a lui-même créée. Le second, pulsions du corps, reste assujetti à cette réalité sensible, matérielle et concrète, irréductible au langage abstrait. Son langage propre serait celui de l’émotion esthétique. Ce sont deux langages séparés. Et ni le corps, ni le cerveau ne sont arrivés jusqu’ici à trouver les techniques nécessaires et suffisantes qui leur permettraient de renouer avec cette harmonie du geste et de la parole et à réconcilier les deux langages. L’histoire est toujours déploiement et accumulation quantitative et qualitative de ces deux sources de langage. C’est encore la même recherche de libération qui est en cours à travers le progrès des sciences et des arts. Les sociétés dites primitives qui n’ont pas connu de pression externe venant perturber le fragile équilibre entre besoins du corps et besoins de l’esprit sont restées relativement stables. Émotion et raison évoluent au rythme des changements relatifs qui affectent quelque peu leur quotidien. Mais à partir du moment où l’on introduit des ressources quantitatives ou qualitatives nouvelles, le déséquilibre s’installe et la recherche de nouveaux langages s’accélère. De nouvelles techniques, de nouveaux produits font leur apparition. Avec eux naissent des besoins jusqu’ici ignorés. Les niveaux de corruption croissent. Et pourtant, ce n’est pas le progrès des arts et des sciences qui est la cause de la dégradation des mœurs. C’est plutôt la résistance des pulsions du corps accolées aux vicissitudes des restes de l’état de nature qui dégrade les mœurs et corrompt la finalité des arts et des sciences. La corruption est rétrogradation, effet de résistance, détournement, retournement des pulsions du corps enchaîné, contre les valeurs de l’esprit en quête de libération.

 

À l’état de nature, c’étaient les pulsions du corps qui stimulaient les réseaux neurologiques. En retour, ceux-ci offraient à ces pulsions les outils nécessaires pour faire face aux diverses situations existentielles. Mais à partir du moment où le langage s’est émancipé du corps en produisant le monde du langage symbolique et abstrait (les êtres de raison), la situation s’est inversée. Les pulsions du corps continuent à stimuler le cerveau. Cependant, le langage de la raison a pris les commandes de la conduite humaine et, à partir de son propre système de «valeurs», dicte le bien et interdit le mal (la morale Freudienne). C’est un retournement. Déséquilibre, contradiction, lutte interne, naissance de la conscience malheureuse. Car, c’est dans la nature même du Bien Commun de la raison universelle que d’être corrompu par le Mal Commun du corps enchaîné.

La seconde libération anthropologique s’est mise en route dès l’avènement de la première. Elle vise le dépassement de la double contradiction interne qui limite d’une part les possibilités cognitives de la pensée humaine et tracasse d’autre part la conscience malheureuse de l’être humain. Cette seconde libération vise à effectuer le retour à l’harmonie primitive revalorisée et mettre un terme aux menaces de notre propre agressivité. L’Humanité pourra faire face collectivement aux nouveaux défis de son environnement en état de dégradation accélérée.

 

Ainsi, la première libération a permis au langage de se détacher des limites de la nature instinctuelle. Mais elle n’a pu empêcher le chaos de la Tour de Babel. Et surtout, cette libération s’est faite au détriment des pulsions du corps, toujours en attente de leur délivrance. Les processus d’accélération de la mondialisation et du développement technologique semblent nous conduire vers un nouveau seuil critique, sans doute encore lointain, à partir duquel un autre niveau supérieur de l’organisation cosmique verra naître cette autre Humanité enfin réconciliée avec elle-même. Quand ? Difficile à chiffrer. De l’amibe aux primates, nous parlons de milliards d’années. Des primates supérieurs aux hominiens, de plusieurs millions d’années. Des hominiens à l’homo sapiens de quelques millions ou plusieurs milliers d’années. De l’Homo sapiens mythique à l’écriture et à la rationalité grecque, de quelques milliers d’années. Et enfin de la rationalité grecque à la pensée moderne, plusieurs siècles. De la pensée moderne à la pensée humaine cybernétique, quelques siècles peut-être…

 

Nous devons donc, en tout premier lieu nous référer aux grandes lois du macrocosme pour comprendre l’émergence du langage et les divers chemins critiques qui jalonnent les progrès technologiques et les changements de l’Histoire. Les autres lectures sont secondes. Elles devraient montrer comment dans leur déploiement, elles se situent quelque part dans cette trajectoire du cumulatif quantitatif / qualitatif en route vers une mutation à venir… Les visions des analyses historiques négligent trop souvent de fonder leur lecture sur une perspective plus ouverte, plus universelles.

 

Seconde libération : les pulsions esthétiques

 

L’être humain recherche la vérité, certes. Mais il tend aussi vers le beau. Car l’être humain veut aménager l’espace à sa façon pour combler les aspirations de son esprit. Il ne peut vivre n’importe où, ni n’importe comment. Le beau est à la fois ce qui contente son esprit et ce qui satisfait son désir de bien vivre dans un environnement harmonieux.

S’il est vrai que l’esprit est l’être véritable qui comprend tout en lui-même, il faut dire que le beau n’est véritablement beau que quand il participe de l’esprit et est créé par lui. En ce sens, la beauté dans la nature n’apparaît que comme un reflet de la beauté de l’esprit, que comme une beauté imparfaite qui, par son essence, est renfermée dans celle de l’esprit[6].

Le beau est donc œuvre de l’esprit humain. Cependant ces êtres de raison, qui prétendent commander en maîtres la conduite humaine veulent maintenir un contrôle rigoureux sur toutes les formes de représentation du cerveau. Ils ont édifié à partir même des pulsions du corps qui jadis les alimentaient, des barrières morales, des règles de conduite, des sanctions et autres formes de répression agissant sous la férule d’institutions mises à leur service. L’être humain ne peut exprimer d’émotions que celles qui sont permises par le code moral régenté par ces abstractions. L’être humain est devenu, selon Aristote, un animal rationnel. Mais le démenti d’une telle prétention de contrôle traverse toute l’histoire de l’humanité.

 

Le retour du refoulé

 

Les pulsions du corps adossées à l’animalité sauvage demeurent incontrôlables. L’être humain n’est ni meilleur, ni pire que son ancêtre primitif. Cependant, nous ne pouvons créer une civilisation éternellement répressive. Le refoulé sera toujours de retour (voir les catégories de la psychanalyse). Libérer les pulsions du corps de l’animalité sauvage, c’est leur accorder la place qui leur convient, au même niveau de transcendance et à côté du langage sémantique de la raison conceptuelle.

 

Les étapes transitoires de cette seconde libération

 

Faire du langage sémantique, un langage esthétique, c’est en cela que consiste la mission des nouvelles technologies de mutation Texte ↔ Animation. C’est transférer les fonctions sémantiques du texte abstrait vers des fonctions esthétiques de séquences animées afin de redonner au corps sa fonction sémiotique.

 

Si la parole redevient geste, mais cette fois-ci, geste de beauté et d’harmonie, l’Humanité en tant qu’espèce vient de naître. La pensée à la fois esthétique et sémantique échappe tout entier à la clôture du corps animal. Elle devient capable de cette double transcendance libératrice : d’une part, vis-à-vis de l’instinct qui commandait jadis la conduite animale; et d’autre part, vis-à-vis de la violence naturelle qui sélectionne le pouvoir du plus fort. La parole devient à la fois expression de vérité et de beauté. Elle côtoie le geste dans sa beauté, sans suspicion de perversion. Les gestes du corps seront alors capables de convertir les pulsions animales en créations artistiques et sémantiques pour un meilleur développement de l’Humanité toute entière. Parler, c’est exprimer à la fois le vrai et le beau dans cette émotion esthétique renouvelée capable de synthétiser dans une seule et même représentation la vérité du concept et la beauté du geste. Il ne s’agit pas ici d’une utopie, mais d’une vision de l’Histoire accordée aux processus de mutation tels que déployés par une lecture critique des lois (ou déterminants) du macrocosme.

 

Cette seconde libération est en cours d’émergence présentement. Elle devrait déboucher à très long terme sur la véritable naissance de l’Humanité. Des premières sociétés dites préhistoriques jusqu’aux sociétés actuelles se déploie cet autre chemin qui concerne cette fois-ci les pulsions du corps par rapport aux tendances agressives, héritages résiduels de l’état de nature sauvage. Libération socio-culturelle, elle doit aboutir à l’émancipation des pulsions du corps :

  • libération technico-économique (agriculture / métallurgie / état) comblant les besoins vitaux du corps et assurant la constitution des premières cités ;
  • libération technico-culturelle (écriture / science) augmentant les capacités de mémoire et de savoir collectif progressivement accessible à toute l’Humanité ;
  • libération technico-industrielle (modernité / industrialisation) ouvrant la voie à une conquête accélérée de la nature, mise au service de l’Homme ;
  • libération technico-informatique (TIC / mondialisation) ouvrant la voie à une résolution des problèmes de communication (Tour de Babel) et à une redéfinition des processus langagiers et des modes de pensée et de manière d’être humain.

Cette dernière étape marque un retour aux origines de la pensée et du langage. Elle favorise cette fois-ci la restitution des formes sensibles, perceptives et esthétiques, dans la représentation humaine, en symbiose avec les formes symboliques abstraites. Crise aigue des valeurs, crise généralisée de civilisation, ce sont là les symptômes de cette profonde mutation annonçant la seconde libération anthropologique en cours.

Les processus controversés de mondialisation actuelle et l’accélération du progrès technologique exercent une pression considérable sur le cerveau humain afin de trouver une solution aux maux extrêmes qui assaillent l’Humanité. Sublimer les maux du corps par les formes esthétiques de l’esprit, telle serait la voie de cette seconde libération. Comment ? En détachant les pulsions du corps de la violence agressive toujours présente dans la culture et en les faisant accéder au même niveau de transcendance que celui du langage de la raison. Pour cela, il faut redonner au corps sa fonction sémiotique en restituant à la représentation humaine les formes perceptives et esthétiques perdues dans les processus d’abstraction. Le vrai est beau et le beau est vrai, disaient les Grecs.

 

Les complémentarités Texte ↔ Animation.

 

"Les technologies de transfert TEXTE ↔ ANIMATION se situent dans la ligne de cette seconde libération anthropologique. Ce sont des technologies de mutation. Elles transforment progressivement le mode de perception et de pensée de l’être humain. Elles inaugurent ainsi une autre façon de connaître et de comprendre les phénomènes naturels et sociaux. Comme dans le cas de tout changement radical, elles ont à la fois des effets bénéfiques et des effets pervers. Bénéfiques, car elles se situent dans la mouvance de la civilisation de l’image. Elles facilitent la compréhension des concepts abstraits et stimulent l’imagination créatrice. Mais à l’inverse une consommation exagérée de ces images furtives et fascinantes finit par diluer le concept universel de la raison abstraite. La fonction de distanciation que permet le concept par rapport à la réalité contingente et éphémère se perd au profit d’un enfermement de plus en plus grand dans ce monde imaginaire et fascinant de l’image animée. De plus, la restitution dynamique du cadre espace-temps qu’offre la nouvelle interface de l’ordinateur et la capacité de combler les distances peuvent donner à la communication humaine cette illusion du virtuel. L’imagination prend le pas sur la raison."

 

Les symptômes se manifestent sur plusieurs fronts à la fois. En Chine, et pour des raisons culturelles bien compréhensibles, le nombre de jeunes «accro» du WEB devient de plus en plus inquiétant. Ils ont les yeux hagards et semblent vivre dans un autre monde. En Occident, ce n’est pas tant l’esprit qui est touché cette fois-ci, c’est plutôt le corps. Devenus passifs devant leur écran, des adolescents restent rivés là des heures entières. Peu d’exercice physique, plus d’embonpoint. Leur état de santé se dégrade. Les processus éducationnels associés à ces technologies doivent veiller à la meilleure utilisation possible de ces puissants outils. Car ce n’est plus un élan vital qui modifie la biologie des corps, mais des processus éducationnels bien outillés qui doivent mouler les esprits et les corps.

 

L’Humanité a fait d’énormes progrès certes. Mais, jamais dans son histoire, elle n’a été autant menacée par ses propres découvertes et avancées scientifiques et technologiques. Partout, divers mouvements sociaux, plusieurs interventions de différents penseurs recherchent un mieux-être humain dans des mesures sociales, éthiques et politiques. Le mal est plus profond. Il concerne cet état d’inachèvement de l’Homme lui-même. Le Bien Commun, c’est aussi le Mal commun. Le premier tend vers l’harmonisation des rapports sociaux. Le second les rétrograde, car il porte en lui les stigmates d’un état de nature pas tout à fait révolu, encore actif dans la culture.

 

Libération ontologique : nouvelle manière d’être de l’Homme

 

La solution est à la fois technologique et anthropologique. Nous devrions dire ontologique. Elle concerne le mode d’être de l’Homme. Il s’agit d’une seconde libération. Après celle du langage de la raison par rapport à l’instinct animal, voici venir celle du langage du corps par rapport aux pulsions animales. Double libération cette fois-ci, beaucoup plus puissante que la première. Car cette seconde libération revalorise la première. Elle décuple les capacités cognitives de l’être humain. Elle libère les pulsions du corps. Et elle libère davantage l’esprit qui peut gravir la montagne escarpée qui conduit au Soleil de Vérité et de Beauté. Près de vingt-cinq siècles après Platon et sa célèbre Allégorie de la caverne, l’histoire semble confirmer la vision du maître à penser de la civilisation occidentale.


Mais comment éviter le retour de la Tour de Babel dans ce nouvel équilibre à construire entre le déploiement des formes symboliques de la raison abstraite et celui des formes animées de l’imagination esthétique ? Il faut construire des ponts pour établir des systèmes de correspondance entre ces deux formes de représentation différentes, mais complémentaires. C’est le cœur du problème que doivent résoudre les technologies de transfert TEXTE ↔ ANIMATION. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi permettre à chaque singularité culturelle de s’approprier ces technologies de transfert de telle façon que leur apport soit un enrichissement pour tous.

Il s’agit là d’un miroir à deux faces articulées entre elles par des mécanismes d’harmonisation :

  • face technologique, qui permet aux machines opérantes de gérer les multiples créations et productions particulières et singulières en fonction de procédés à la fois analytiques (pluralités de modules) et synthétiques (unité de toutes ces productions dans une même et unique grammaire universelle de représentation) ;
  • face didactique, à savoir une unité d’apprentissage permettant la diversité d’expressions à travers des réseaux de communication toutes soudées aux mêmes ressources technologiques gérées par des machines de haute performance.

C’est ce qui a manqué à ces premiers hommes, créateurs de langage : un miroir à deux faces leur permettant de dire chacun son sentiment à partir d’une source commune, d’un écho universel accessible et compréhensible par tous[7].

Les technologies de transfert TEXTE ↔ ANIMATION  sont donc combinatoires. Elles permettent d’établir des relations de correspondance et de complémentarité entre les formes symboliques abstraites de la raison conceptuelle et les formes perceptives et animées de l’intuition imaginative et esthétique. Il ne s’agit pas de traduction mais de correspondance et de complémentarité. Faire correspondre la valeur sémantique du texte de la raison abstraite à celle de l’émotion esthétique liée à l’intuition imaginative.

 

Avec la mise en place de ces réseaux de communication universelle gérées par des machines de haute performance, la pensée humaine pourrait alors dépasser le cadre restreint des circuits neurologiques pour accéder à des sources de savoir beaucoup plus performantes que celles qu’il est capable d’emmagasiner dans sa boite crânienne. Le problème est à la fois quantitatif et qualitatif. En effet, l’être humain peut concevoir un tas de choses et faire de nombreuses opérations dans son cerveau. Sa créativité est infinie et augmente au fur et à mesure qu’il dispose d’outils de plus en plus performants. Son imaginaire est capable d’aller au-delà de l’espace-temps qui délimite les représentations du monde de la réalité sensible. Ce n’est plus une question quantitative, mais qualitative liée au mode de pensée combinatoire associant imagination et raison du cerveau humain. Mais ces circuits neurologiques sont limités. L’être humain ne peut pas penser, calculer ou s’imaginer plusieurs choses à la fois. Libérer la pensée humaine de ses limites neurologiques, tel serait l’un des prolongements de cette seconde libération. Des machines, outils de la pensée humaine, peuvent conduire l’Homme à des niveaux de créativité inégalée et inconcevable dans les limites actuelle de notre développement technologique. La pensée cybernétique n’est pas celle des machines pensantes, mais bien plutôt celle des Hommes libérés des contraintes neurobiologiques du corps. Plus la pensée humaine deviendra performante en se libérant des contraintes inférieures, plus l’être humain pourra fabriquer des machines performantes… et non l’inverse.

 

Les œuvres de science-fiction d’un Terminator violent, voulant détruire la civilisation humaine, n’ont rien à voir avec les systèmes robotiques conçus pour appuyer les progrès de l’Humanité. L’Homme ne pourra construire de telles machines pensantes que s’il s’est lui-même émancipé des limites restrictives de la pensée hybride et qu’il aura atteint un niveau cosmique d’organisation nettement supérieur à celui dans lequel il évolue présentement. La machine à penser programmée quantitative pourra muter son programme vers des programmes plus performants peut-être, mais nous ne voyons pas comment elle pourrait rétrograder vers un ordre de pulsions animales ne faisant pas partie de son programme «génétique». Les violences de certains jeux vidéos visent des objectifs commerciaux (au risque de perturber la santé mentale). Ce sont des produits de circonstance. Ils ne sont pas liés à une intentionnalité stratégique cumulant des programmes de violence de plus en plus performants dans des machines conçues à cette fin : la destruction de l’Humanité. Du moins, nous l’espérons. Nous sommes très loin d’un mode de penser propre au Terminator du cinéma de science fiction.

Double libération – double conséquence sur l’être humain :

Il faut libérer la conscience de soi de la conscience malheureuse (conscience contradictoire avec elle-même ; conscience conflictuelle pulsion-raison) et permettre à l’Humanité d’atteindre cet état de paix, à travers un ajustement des jeux de langages, toujours en attente depuis les promesses originelles encore inachevées du passage de l’état de nature sauvage à l’état de culture.

Il faut notamment résoudre les contradictions de la représentation humaine et du cerveau binaire (Un exemple notable à travers la guerre, sans fondements, opposants les gardiens de la théorie psychanalytique et les adeptes du neuro-scientisme) en soudant, dans une seule et même représentation, le pouvoir englobant et synthétique de l’intuition imaginative et les capacités analytiques de la raison. Cela permettrait de multiplier significativement les capacités cognitives de l’être humain.

 

Étude de cas : Une méthodologie de construction combinatoire

 

Il faut ouvrir cette recherche à d’autres institutions et organisations sur le plan international. Par des études de cas en trois volets :


1) le volet didactique : la validation des hypothèses TEXTE ↔ ANIMATION à la base de nouveaux processus d’apprentissage afin de les confronter avec la vision «libératrice» qui nourrit le projet ;

2) le volet technologique : validation des outils technologiques  - pertinence et performance dans l’établissement des relations de correspondance et de complémentarité TEXTE ↔ ANIMATION, RAISON ↔ IMAGINATION.

3) le volet psycho-neurologique : mesurer l’impact psycho-neurologique de cette nouvelle forme de pensée sur le cerveau humain.


Le volet didactique, c’est le volet rassembleur. Cette seconde libération sera le produit direct de la liberté humaine et non le destin d’une combinaison de la nature. Il s’agit d’une libération culturelle. Elle est donc portée par des processus éducationnels et institutionnels qui indiquent la direction à suivre.  Le volet technologique est le volet support, volet moteur des processus éducationnels. Le volet psycho-neurologique est celui de la finalité du processus global.

"Il faut du temps et des générations pour y aboutir. Mais, il faudra bien commencer un jour par faire un pas…"

 


[1] L'intelligence des réseaux, Derrick. de Kerckhove, ed. O. Jacob, Paris, 2000, p.10

[2] A. Leroi-Gourhan, Le geste et la parole : technique et langage, Albin Michel, Paris 1964,. p. 40-41

[3] Niels Bohr, Physique atomique et connaissance,  Introduction par Catherine Chevalley, Folio/essais, Gallimard, 1991, p. 49 (BOHR 1991)

[4] G. C. Tannoudji, M. Spiro, La matière-espace-temps, La logique des particules élémentaires, folio/essais, Fayard, 1990, pp. 15-16 (TANNOUDJI 1990)

[5] Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_chaos

 

[6] Hegel, Esthétique, T.1, p. 15. (HEGEL s.d.)

http ://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

[7] Les institutions à vocation universelle de la mondialisation, comme l’UNESCO par exemple, devraient jouer en ce sens leur rôle de miroir universel accessible à tous.

Source article : http://www.unima.com/

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