24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 13:37

Avoir mal est une expérience commune à tous, mais qui reste singulière à chacun. Peur, colère, refus, la douleur modifie toute notre relation au monde et aux autres… Elle peut aussi être une source de découverte de soi.

 

- Comment la douleur nous change ?-

Il a suffi d’une migraine terrible. « Ça devait être un séjour en amoureux à Venise, se souvient Caroline, 40 ans. Ce fut l’horreur : je ne pouvaisplus parler, ne voulais que le noir et le silence. J’étais annihilée. Plus rien ni personne n’existait, j’étais entièrement envahie par la pulsation de la douleur. » Une réaction que son compagnon n’a pas comprise et qu’il a interprétée comme du non-amour. « Je lui faisais le coup de la migraine ! » Il a fallu du temps pour qu’il réalise… Caroline a fait une découverte ce jourlà : l’immense difficulté de parler de la réalité de sa douleur. Expérience de traverser l’existence sans la moindre migraine ni la plus petite rage de dents ? –, la douleur physique n’en reste pas moins une aff aire singulière, propre à chacun. C’est bien là son principal paradoxe. Comment, dans ces conditions, réussir à en exprimer l’intensité ?

 

La douleur ne se laisse pas attraper facilement. Pulsative, sourde, aiguë, fulgurante, irradiante…, les médecins utilisent un vocabulaire varié pour tenter d’en cerner la nature. Une difficulté telle que la mise au point d’une échelle de quantification de la douleur, de un à dix, utilisée dans les services hospitaliers, a demandé des années de travail pour aboutir à un minimum commun. David Le Breton, sociologue et anthropologue, fait de cette difficulté de communication l’une des clés de voûte de sa réflexion dans son dernier ouvrage. « Même les ressentis peuvent être différents, observe-t-il. La souff rance par rapport à une même cause peut être immense ou dérisoire. » Selon l’âge, les conditions psychologiques, la prise en charge, mais aussi selon la culture. « Déjà dans les années 1960, une étude américaine démontrait qu’Irlandais et Italiens ne souffraient pas de la même manière, rapporte le chercheur. Pour une même cause, en l’occurrence une intervention ophtalmologique, les Italiens avaient tendance à exprimer plus de souffrance que les Irlandais, qui la niaient. » Au-delà des différences culturelles, le ressenti de la douleur n’est pas non plus identique d’un individu à l’autre, ni même d’un sexe à l’autre. « Lors d’expériences où la douleur est provoquée, on s’aperçoit qu’elle apparaît plus rapidement chez la femme, et que celle-ci la tolère moins bien », précise le docteur Alain Serrie, président de la Société française d’étude et de traitement de la douleur. Sans omettre la façon dont ont été accueillis nos maux d’enfant : « C’est rien, serre les dents », ou « Mon pauvre chéri, ça doit faire très mal… »

 

Éloignés les uns des autres

 

Dans ces conditions, rien de surprenant à ce que la douleur, « mal commun » mais pas « en commun », nous isole, nous enferme dans un monde intérieur dans lequel nous n’avons plus accès aux autres, et où les autres ne peuvent plus nous atteindre. Outre le repli sur le soi, la douleur peut engendrer de la colère et de l’agressivité, qui provoquent parfois l’incompréhension et le rejet des proches. Car cette inaccessibilité à l’autre génère à son tour de la souffrance dans l’entourage.

 

Les parents d’enfants malades témoignent aussi de leur incapacité à soulager ou à souffrir avec le petit malade. « À 10 mois, Mathilde a été opérée des intestins, confie Odile, sa maman, 37 ans. Mon impuissance face à sa douleur me déchirait. Elle ne voulait même plus mes bras. » Cette solitude-là nous rappelle que « nous sommes des êtres séparés. La douleur agit comme une coupure entre les êtres », souligne David Le Breton. Et cette coupure est particulièrement insupportable pour les mères, qui doivent abandonner la fusion avec l’enfant… tout en la recherchant comme si elles pouvaient prendre sur elles le mal. « Que l’on me coupe une jambe pour faire cesser sa souffrance ne m’aurait rien coûté ! » jure Odile. « La douleur de l’enfant réactive cette culpabilité fondamentale chez la mère de “jeter son enfant au monde”, selon le mot du philosophe Martin Heidegger », remarque Laure Bertrand, psychologue.

- Comment la douleur nous change ?-

Une nouvelle conscience de soi

 

Si la souffrance est solitude, elle est aussi perception aiguë de l’identité : ma souffrance m’indique les limites de mon être. « Partout où j’ai mal, c’est Fritz Zorn. Dans les grandes crises douloureuses, on investit son corps autant que l’on est investi par lui. Martine, 60 ans, en a fait l’expérience lors de son cancer du sein. « Mon corps s’est rappelé cruellement à moi. Je ne pouvais pas ignorer la “bête” qui me mordait sous l’aisselle. Je sentais parfaitement les contours de l’intervention chirurgicale. » Et si, heureusement, la douleur a disparu, la conscience de son corps est demeurée. « J’ai retenu la leçon. Je m’écoute. » Cette présence aiguë à soi-même peut nous ouvrir à une autre dimension de notre être. En nous arrachant à nous-même (le « nous » d’avant la douleur), la souff rance nous livre à une métamorphose, grande ou petite : pour le pire, si elle nous détruit dans une souffrance sans issue ; pour le meilleur, si elle nous fait nous poser des questions. « Elle nous parle de nous, de notre liberté, indique le philosophe Bertrand Vergely. Pourquoi subissons-nous ? Pourquoi ne supportons- nous pas ? Que se passe-t-il dans les profondeurs de notre être pour que nous soyons soudain paralysés ou libérés et plus forts ? »

 

En nous donnant parfois envie de mourir, la souffrance aiguë peut aussi nous faire passer dans le camp de ceux qui connaissent le prix de la vie. Ou, tout simplement, nous faire apprécier les moments sans souffrance, comme dans le cas des douleurs chroniques, de plus en plus présentes dans nos sociétés. Dans des cas moins extrêmes, la douleur peut devenir un défi , puisqu’il faut cohabiter avec elle. « J’aurai toujours mal, note Martine. Mais plus ou moins. Je vis avec. Je m’adapte : je ne porte plus de choses lourdes, j’évite certains gestes. Je suis assez fière d’avoir traversé cela, même si, bien sûr, j’aimerais bien rebasculer dans l’insouciance de mon corps d’avant. »

 

Trouver du sens pour dépasser la douleur

 

Les témoignages de déportés et de torturés le disent tous : selon que la victime accorde ou non une valeur à l’épreuve subie, elle la traversera plus ou moins bien. David Le Breton parle d’un « bouclier du sens ». Cette notion s’applique aussi à la douleur des sportifs de haut niveau, recherchée comme une mesure de l’intensité de l’entraînement, ou encore à la douleur de l’accouchement, intense mais supportée (voire voulue en cas de refus de la péridurale), pour ne pas manquer un instant de l’irruption de la vie. « C’est plus facile si on sait que cela va s’arrêter, mais même dans les cas de mal chronique, on peut parvenir à lui Psychothérapie, yoga, sophrologie, tout peut aider à chercher en soi la manière d’en « faire » quelque chose.

 

Y compris jusqu’aux portes de la mort. « Une patiente m’a dit que la maladie et la douleur avaient “désenfoui des vérités” », relate Laure Bertrand. La douleur modifie la perception que nous avons de nous-même et altère notre relation au monde, mais elle peut également devenir une « force ». À l’instar d’une épreuve, elle peut se traverser. Et ce voyage particulier au centre de nous-même, cette traversée de l’intime nous métamorphose et nous conduit à une connaissance de notre être le plus profond.

 

Christilla Pellé Douel pour psychologies.com

- Schéma global du cerveau et du système nerveux dans la prise en charge de la douleur -

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