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Dossier Pédagogie/éducation

Samedi 30 juin 2012 6 30 /06 /Juin /2012 16:57

Le schéma linéaire « standard » de la communication, qui privilégie la transmission directe d'information entre un émetteur actif et un récepteur passif, n'a plus cours. La communication comme la transmission sont aujourd'hui conçues comme interactives, pleines d'obstacles et de contraintes médiatiques.

 

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Dans le sens commun, communiquer c'est transmettre de l'information, c'est diffuser des idées ou des contenus culturels. Il s'agit là de la transposition spontanée d'un modèle que la linguistique et les sciences de la communication ont formalisé pour tous les processus de communication : une ligne unit deux pôles, l'émetteur et le récepteur, et une entité diversement nommée (signe, signal, message) y subit divers traitements. On trouve une telle conception dite « transitive » dès le Cours de linguistique générale (1916) de Ferdinand de Saussure (1857-1913). Elle sera réellement formalisée dans « La théorie mathématique de l'information », un article de Claude Shannon (1949) qui propose un modèle linéaire de communication reposant sur une chaîne d'éléments : la source d'information, l'émetteur qui transforme le signal en un flux codé (la voix humaine transformée dans le téléphone par exemple), le canal de transmission, le récepteur qui décode les signaux et enfin le destinataire du message.

La communication comme forme active de la culture


Le modèle de C. Shannon est devenu rapidement le modèle standard dans beaucoup de théories de la communication. Ce modèle transitif, institué en « schéma canonique », a pu s'appliquer aux télécommunications, à la langue comme à l'influence des médias. Il a pour lui son apparente évidence, ne serait-ce que parce qu'il passe par un vocabulaire banalisé (émetteur, récepteur, message, contenu) et se traduit en un ensemble d'images mentales communes (boîtes, lignes, flèches). Il induit l'idée que nous pourrions voir, contrôler, optimiser les processus de communication. C'est pourquoi la transitivité obsède le « discours de maîtrise » que l'on trouve aussi bien dans le monde politique que dans la publicité, la pédagogie ou la communication médiatique, qu'il s'agisse de « faire passer » les messages, de contrôler l'« image reçue », d'« évaluer » la rentabilité d'un apprentissage, de définir la performance d'un réseau. En sciences de l'information et de la communication, ce schéma a permis dans un premier temps de distinguer des objets d'étude (production, messages, publics, etc.) mais il est aujourd'hui abandonné. Ces sciences s'intéressent maintenant prioritairement à la nature des constructions sociales, symboliques, formelles qui conduisent à attribuer un certain statut aux « objets culturels », les idées, les théories et savoirs scientifiques ou les croyances.
 
De ce point de vue, le modèle de la transmission de données ne dit rien d'intéressant. Une première critique du modèle transitif (la communication comme processus de transmission) provient de l'anthropologie de la communication. Ce courant a pour objet la compréhension des pratiques de communication en situation, dans toute leur richesse. Avec une telle posture d'observation, il est impossible d'isoler un processus de transmission autonome entre deux pôles, l'un actif et l'autre passif. Le premier effet de ce décalage du regard est d'inscrire le paradoxe d'« autoréférence » au coeur même de toute pratique de communication. La communication a affaire avec elle-même, avec les relations qu'elle établit et le jeu qu'elle institue, avant de concerner quelque information que ce soit. Communiquer est d'abord partager et non transmettre, éprouver ensemble quelque chose, une émotion, l'engagement dans des situations, une participation à la communauté humaine, loin de tout message proprement symbolique. C'est ce qu'indique la racine étymologique communis que l'on retrouve aussi bien dans « communication » que dans « communauté » ou dans « communion ». Le point d'orgue de la célébration chrétienne est nommée « communion » : il s'agit du moment de communication mystique avec la divinité, mais aussi avec les autres membres de la communauté chrétienne assemblée. Une telle conception oblige à penser différemment la mémoire sociale et sa transmission. Celle-ci ne résulte pas d'une opération intentionnelle de transfert, mais tient à des signes de toute nature. Les rois et les hommes d'Etat le savent de tout temps, qui ne cessent durant leur « règne » de créer des signes destinés à la mémoire (statues, bâtiments, rituels, écrits, discours, etc.) Dans les processus réels de communication culturelle, nul ne peut prétendre dire : « J'ai transmis ma pensée. » L'anthropologue remarque avant tout, comme le sémiologue Roland Barthes (1915-1980) l'avait fait, que « tout signifie ». Dans l'exemple de la célébration religieuse, la transmission et la communication sont autant l'oeuvre des paroles prononcées que de l'ordonnancement du rituel, de l'architecture et du dispositif scénique utilisé. De manière générale, on peut dire que si nous transmettons quelque chose de précis aux autres, il est difficile de savoir quoi. De plus, si nous le pouvons, c'est sur un fond de participation à une production de sens incessante et collective que nous ne contrôlons pas. Du point de vue des sciences de l'information et de la communication, ce principe a été rendu célèbre par l'image de l'orchestre opposée à celle du télégraphe, métaphore empruntée par Yves Winkin à plusieurs auteurs américains pour définir la « nouvelle communication ». Ces chercheurs, regroupés dans ce qu'on a parfois nommé l'école de Palo Alto, se sont appuyés sur le concept central d'interaction.
   
Avant l'école de Palo Alto, le linguiste Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) avait déjà affirmé un « principe dialogique », qui veut que chacun de nos énoncés soit avant tout une réponse à d'autres énoncés. Une seconde critique du modèle transitif standard, postulant l'équivalence entre communication et diffusion, s'est développée à partir de la sémiotique, discipline qui s'interroge sur l'élaboration des signes de la communication et leur signification. La sémiotique contemporaine n'est pas une simple théorie du code. Elle analyse à la fois la présence des objets (une affiche, un discours écrit, un tableau) dans leur singularité, leur inscription dans une histoire des formes, leur utilisation par les individus, etc. Prenons le cas du développement d'un courant politique, comme le mouvement antimondialisation actuel. Celui-ci dépend de la diffusion matérielle de nombre d'objets, livres, revues, mails, etc. Ces supports matériels véhiculent des idées et des réflexions politiques, les combattent, les discutent. Ce processus n'est ni un simple transport matériel, ni une pure diffusion intellectuelle, venue d'on ne sait quel centre. Il est fait de pratiques de dispositifs, de genres d'expression, de formes d'émotion partagée face à des types de situations : pétitions, essais littéraires ou discours politiques, réunions, manifestations, meetings. Il convoque des références multiples, impose des présences, anticipe des usages. Ce mouvement procède d'une construction graduelle de représentations et d'interprétations, incarnée dans un ensemble d'objets signifiants : des conversations ont participé à l'émergence de représentations et de notions communes ; le sentiment partagé d'un certain type d'impuissance face à la mondialisation a engendré le projet d'un pragmatisme actif (sans compter l'histoire de la lutte sociale des cinquante dernières années, qui montre la nécessité de prudence face aux idéologies générales) ; des articles de fond ont dénoncé une uniformisation idéologique et promu une invention terminologique (la « pensée unique », le « néolibéralisme » la « malbouffe », etc.) ; une multitude de textes a répercuté des récits exemplaires d'utilisation des médias ; une manifestation a investi de façon inédite le temps et l'espace de la ville, etc. A ces critiques disciplinaires du modèle transitif s'est ajouté une réflexion de plus en plus approfondie sur le rôle et l'importance des médias ou des technologies de l'information et de la communication, mais aussi une nouvelle attention portée aux formes et méthodes de la médiation entre « producteurs » et « récepteurs ».
 

L'examen réel des médiations

  

Il faut souligner que l'observation des processus de médiation est chose récente pour les sciences de l'information et de la communication. Au fond, le succès du modèle transitif a correspondu surtout à un état d'ignorance sur la réalité des pratiques culturelles ordinaires. La culture légitime était censée s'engendrer spontanément, puis faire l'objet d'une diffusion, de l'extérieur. Dans ce cadre, aucun réel intérêt n'était accordé aux pratiques effectives par lesquelles les « objets » de communication (discours, idées, doctrines) deviennent des biens communs : pratiques de collecte documentaire, de chronique journalistique, de légitimation scolaire, de vulgarisation, d'expertise, de conseil, d'inscription de valeurs culturelles dans les objets et les images du quotidien, etc. Dès que les chercheurs ont pris la peine d'étudier les formes de ces médiations, ils ont mis en évidence le caractère créateur et non simplement reproducteur de ces pratiques. Des historiens de l'éducation ont par exemple montré que l'étude de l'orthographe est un construit social, datable précisément : l'orthographe s'est imposée au début du xixe siècle comme pratique de l'école primaire permettant l'évaluation et le tri des élèves. Elle a été promue et s'est cristallisée au rythme de la constitution d'un corps professionnel d'instituteurs, comme marque de leur professionnalité et de leur expertise. Des démonstrations identiques ont été faites à propos de la forme de la dissertation, de l'utilisation du latin, des manuels scolaires, du rapport de thèse.  
 
De telles approches, favorisées par le retour critique sur l'école et les institutions culturelles, se sont développées en sciences de l'information et de la communication. Elles ouvrent la voie à une analyse du rôle des manuels, des brochures, des guides, etc. Ces outils de « diffusion » du savoir ou de la culture légitime ont été conçus longtemps (y compris par leurs auteurs) comme une traduction, ou une transposition. Ils sont aujourd'hui considérés comme des productions spécifiques, ayant leur propre logique, leur rhétorique, leurs effets cognitifs. Un manuel scolaire de terminale n'a pas la même forme - c'est le moins que l'on puisse en dire - qu'un manuel de premier cycle universitaire. L'un est découpé en très courts chapitres synthétiques, très illustrés, comportant des questions, des extraits de textes, etc., l'autre est un discours argumentatif linéaire et le plus souvent sans illustrations. Il est désormais avéré qu'ils ne sont ni plus juste, ni plus faux l'un que l'autre, mais qu'ils s'insèrent dans des processus de transmission et d'appropriation différents du savoir. Dans un autre registre, le psychologue social Serge Moscovici s'est donné le premier la peine d'étudier l'image de la psychanalyse dans la presse, montrant que celle-ci procède de constructions intellectuelles profondément différentes de l'exercice de la discipline thérapeutique. Abandonnant le couple émission-réception, Eliseo Veron a montré, à propos du succès de la linguistique, que chaque légitimation d'un texte entraîne une réinterprétation de maints textes précédents, qui n'a rien à voir avec le processus de leur production.
   
On peut enfin prendre l'exemple de la muséologie, l'un des domaines où les médiations ont été étudiées de près, au fil d'un programme de recherches. Ces dernières décrivent les métamorphoses que connaissent les projets de diffusion des savoirs. Une exposition est une réalité vivante et complexe, qui se développe dans un cadre social et économique chargé d'enjeux. Elle exige la mise en forme de matériaux et de signes différents et crée des associations nouvelles entre ces signes. Loin de constituer un processus homogène, elle repose sur l'emboîtement de plusieurs constructions successives, ayant chacune ses procédures de signification, chacune redéfinissant la précédente. Elle mobilise chez une série d'acteurs des types d'activité interprétative différents (lecture, réécriture, figuration, parcours, commentaire), qui permet des prises de rôle multiples vis-à-vis des objets culturels légitimes et illégitimes. Tout en renforçant à certains égards des valeurs consacrées, elle donne un statut culturel à des pratiques qui n'en avaient pas. L'analyse du rôle des formes et des contraintes médiatiques mène à l'étude des logiques sociales de la communication. Prenons l'exemple de la communication grand public sur la science. Il est impossible d'y voir au fil du temps la poursuite d'un même programme de « partage des savoirs ». La médiatisation des sciences comporte une dimension d'explication, qui présente une relative continuité avec l'« interprétation » et la « vulgarisation » des sciences, du xviie au xixe siècle. Quelles relations peuvent s'établir entre les représentations sociales et les savoirs spécialisés ? Comment représenter, expliquer, métaphoriser les savoirs ? Comment s'instituent les rôles et les relations entre un public, les connaissances, les médiateurs ? De quel type de récit relève la science ? Toutes ces questions continuent de marquer les pratiques de communication écrite ou audiovisuelle.

 

La complexité des logiques de communication

 

En même temps, ce qui se passe aujourd'hui dans une émission de télévision par exemple, procède de logiques différentes de celles qui valaient il y a un siècle et demi. Cela tient à un ensemble de facteurs qui font plus qu'infléchir l'activité et en redéfinissent le sens : les ressorts économiques et les dispositifs techniques de la communication ne sont pas les mêmes, la science n'entretient plus les mêmes relations avec l'actualité, les formes de la médiatisation sont différentes (la télévision n'existait tout simplement pas). Tout cela fait qu'on n'a pas affaire à des reformulations, mais à des types de discours de nature distincte, établissant d'autres rapports de communication et créant des objets culturels différents. Un exemple parfait est fourni par la thématique de l'environnement. Tentons une démonstration par l'absurde : que pourrait signifier transmettre, bien ou mal, la notion d'environnement ? Une « page » de journal télévisé actuel titrée « environnement » peut-elle être comparée avec un livre de vulgarisation du xixe siècle sur les volcans ou avec un colloque international d'hydrologues ? Non. L'environnement est un objet de la communication médiatique contemporaine. Il tient à des dispositifs, à des rôles d'expertise, à des schémas narratifs, à des logiques de dialogue et il ne peut être distingué de tout cela. S'il se réfère à certains savoirs élaborés par des scientifiques, il en modifie profondément le statut. L'objet « environnement », objet hybride, concrétisant des logiques politiques, médiatiques, économiques témoigne de la construction d'une posture politique et morale, d'une définition de l'humanité par rapport à ce qui l'entoure : quelque chose qui n'existait pas en tant que tel il y a vingt ans, et qui présente le caractère d'être largement partagé, de participer à la mémoire de notre culture, sans jamais avoir été en tant que tel transmis.
  

Communication et transmission en tension

  

Si ces recherches empiriques et théoriques constituent des avancées par rapport au schéma transitif, la question des rapports entre communication et transmission n'est pas réglée pour autant. On peut dire aujourd'hui que les notions sont en tension, après avoir été en équivalence. La question ici posée demande que le sens même des notions soit approfondi. Par exemple, la conception de la communication est souvent superficielle. La communication serait l'échange permanent, l'interaction continuelle, la soumission au présent. Cette conception étrange est partagée par les fanatiques du « réseau » et les défenseurs d'une culture sans « trivialité », c'est-à-dire pure et détachée de tous ses médiateurs. Elle permet aux premiers d'annoncer la liberté illusoire de la table rase et aux seconds d'accréditer l'idée d'une culture, une science ou des savoirs exempts de tout compromis, notamment lié à leur commercialisation et aux contraintes matérielles de leur diffusion. Cette opposition entre communication et transmission ne vaut pas mieux que la définition de l'une par l'autre. On ne peut jamais penser l'une sans l'autre. Le concept de communication est par exemple nécessaire pour analyser un document écrit datant d'une époque reculée. Celui-ci n'est jamais simplement une enveloppe contenant des décomptes, des ordres, un mythe, des idées, destinés à être transmis sans parasitage. C'est la mise en oeuvre d'une proposition de sens pour des publics donnés. Il dessine nécessairement la figure d'un lecteur. Il anticipe les modalités d'interprétation qui seront les siennes. Au fil des pratiques, des relectures ou des découvertes archéologiques, cette anticipation sera toujours prolongée ou au contraire déçue : c'est vrai aujourd'hui d'une conversation de café comme de la lecture de l'Encyclopédie. L'histoire récente des recherches conduit à une position tout aussi nuancée en ce qui concerne les rapports entre la communication comme pratique sociale et ses supports matériels et techniques. Les technologies médiatiques jouent un rôle essentiel dans le partage des représentations et la pérennité des oeuvres.
 
L'écriture permet par exemple de fixer des traces d'un certain nombre de savoirs, elle modifie à ce titre les dynamiques de la transmission des croyances et des idées. Mais surtout, le jeu qu'instituent les diverses écritures, de l'idéogramme au multimédia, entre leurs supports et leurs formes, crée au fil de l'histoire des cadres intellectuels et des ressources imaginaires. L'invention des écritures procède d'autre chose que la construction de contenus, elle institue la participation à une certaine qualité d'interrogation sur le monde : une invention qui a été diversement commentée, par des théoriciens comme Jack Goody, David Olson ou Anne-Marie Christin, qui y ont vu pour certains l'affirmation d'un certain ordre de rationalité, pour d'autres l'espace d'une pensée non-cantonnée au langage. Les sciences de la communication ne retiennent pas une conception déterministe des rapports entre dispositifs matériels et pratiques signifiantes : elles ne souscrivent pas à l'idée qu'un régime technique ou médiatique déterminerait une forme de la culture, l'oral entraînant par exemple la convivialité, l'imprimerie la scientificité et l'écran la consommation frivole. On ne peut prétendre, comme Marx soutenait par exemple que le moulin à eau engendra la féodalité, que tel régime technomédiatique (par exemple l'émergence du multimédia aujourd'hui ou de l'imprimerie au xve siècle) donnerait telle ou telle forme culturelle, système de croyance ou théorie. Ce que soulignent les recherches contemporaines en sciences de l'information et de la communication est qu'aucune production culturelle ne se pérennise ni ne se diffuse socialement par la simple multiplication physique de ses traces. Les objets ne font mémoire sociale que quand ils ont été transformés, réinterprétés et réinvestis par de nombreux créateurs inconnus.
  

De Yves Jeanneret: Professeur de sciences de l'information et de la communication à l'université Paris-IV (Celsa). Il a publié récemment L'Affaire Sokal ou la Querelle des impostures, Puf, 1998 ; Y a-t-il (vraiment) des technologies de l'information ?, Septentrion, 2000. Pour scienceshumaines.com.

Par Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - Publié dans : Dossier Pédagogie/éducation - Communauté : "Psychologie interdite"
Samedi 23 juin 2012 6 23 /06 /Juin /2012 18:22

« Time is money », disait Benjamin Franklin. C’est faux ! Le temps est beaucoup plus précieux que l’argent. Maîtriser son temps, c’est d’abord la liberté de décider de sa vie.

 

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Un article de la revue "sciences-humaines" assez riche et neutre, structuré sous forme de récit.

         

  

"Comme tous les dirigeants, les cadres, les universitaires, les infirmières, les avocats, les fonctionnaires, les mères de famille et même les retraités, je suis débordé. Je croule sous les réunions, les rendez-vous, les projets en cours, les emails en retard, les urgences, les chantiers en suspens, les imprévus. Et comme tout le monde, je stresse le dimanche soir en pensant à l’avalanche de tâches qui m’attendent la semaine suivante. Comme tous, je papillonne, je saute d’une tâche à l’autre, je m’agace des dérangements, je m’énerve des imprévus, je culpabilise de mes retards ; je me maudis de ne m’y être pas pris plus tôt et promets de m’y prendre mieux la prochaine fois. Puis, la crise passée, je continue comme avant. Bref, je suis comme tout le monde."

  


Pourtant, de l’extérieur, rien n’y paraît. Je suis le genre de type dont on dit « mais comment fait-il pour tout faire ? »  : diriger une entreprise, écrire des articles, des livres, tenir son blog, s’occuper de sa famille, faire du sport, de la musique, aller au cinéma, tondre la pelouse, voir des amis, faire les courses, lire des romans. Je trouve même le temps de flâner des heures devant la télévision ou sur Internet. Comment cela est-il possible ? En fait j’ai un secret : je me soigne. Mon remède pour lutter contre la dictature de l’urgence tient à quelques règles de vie acquises au fil du temps et de lectures édifiantes.


  

J’ai mis longtemps avant d’oser entrer dans une librairie pour acheter un manuel de gestion du temps. Mes résistances tenaient à quelques préventions tenaces. La première était la honte. Les livres de gestion du temps, rangés aux rayons « Développement personnel », ne sont guère fréquentables car intellectuellement illégitimes. Dans Le Philosophe nu (Seuil, 2010), Alexandre Jollien raconte qu’un jour il est arrivé à la caisse du libraire, un peu honteux, avec le livre Comment avoir un ventre plat glissé dans une pile entre un Spinoza et un livre sur Lucrèce. Je me souviens avoir éprouvé la même expérience avec ma première méthode de gestion du temps. La deuxième résistance tenait du scepticisme à l’égard de méthodes miracles qui prétendent vous changer en sept jours. Comme s’il était possible de se transformer en une semaine ! Mais la principale répulsion m’empêchant d’ouvrir ces manuels tenait à une autre raison plus fondamentale : la peur que ça marche !



 

Ne travailler que trois heures par jour...utopique ?

   


Optimisez votre emploi du temps, Bien gérer son temps, Soyez efficace…, tous ces titres semblent envoyer un message implicite : il faudrait être toujours « performant » et savoir « gérer » sa vie comme on gère une entreprise. Longtemps, j’ai interprété – à tort – ces titres comme une injonction à ne plus perdre une minute, à ne plus gaspiller ses journées, à « rentabiliser » son temps. Donc ne plus flâner, ne plus s’accorder des périodes de farniente, de rêveries… Quelle horreur et non merci ! Comme tout le monde, je ne souhaite pas être efficace : je veux être heureux !


 

Je m’étais trompé ! Quand j’ai ouvert le premier livre sur la gestion du temps , j’ai compris mon erreur. Le livre proposait de « ne travailler que trois heures par jour ! » L’auteur était un consultant américain, le genre de type qui affiche un large sourire, dirige trois sociétés, écrit des livres à succès, est marié à une délicieuse épouse, a trois enfants charmants, a visité le monde entier, fait de l’alpinisme et joue du saxophone avec un groupe d’amis musiciens… Le tout en ne travaillant que trois heures par jour !
 Ce héros libéral rejoignait paradoxalement l’utopie anarchisante de Paul Lafargue, Bob Black et autres apôtres de la réduction massive du temps de travail . Avec un avantage notable : il pouvait en plus accomplir tous ses projets.


  

Je fus donc surpris de découvrir que la règle numéro un d’une bonne gestion du temps ne consiste pas à être performant du matin au soir mais au contraire à disposer de beaucoup de temps libre ! L’art du temps, ce n’est pas de vivre à 150 à l’heure, mais de desserrer les étreintes qui pèsent sur son travail, de dégager du temps pour soi. Il fallait que j’en sache plus…


 

Définir ses priorités


 

Un jour, Joël de Rosnay m’a confié ceci : « Je classe mes activités en quatre catégories : d’abord ce qui est urgent et nécessaire, ensuite ce qui urgent mais non nécessaire, puis ce qui est nécessaire mais non urgent et enfin ce qui n’est ni urgent ni nécessaire… et je commence par la fin ! » Je ne l’ai pas vraiment cru : J. de Rosnay a la carrière trop bien remplie pour croire à ce qui était sans doute une petite coquetterie de sa part. Mais sa description des activités correspondait assez bien à la pratique courante du procrastinateur, celui qui remet toujours à demain.


  

Établir la liste des tâches à faire et les classer par priorité est une pratique courante. On y recourt tous dans les moments de stress quand on se sent débordé. L’art des listes est même devenu une technique psychothérapeutique . Quant au classement des tâches en « urgent » et « nécessaire », elle correspond à la « matrice d’Eisenhower », une méthode courante en gestion de planning pour définir ses priorités.


Mais une fois la liste des « à faire » établie, l’erreur est de se précipiter sur la première tâche : la première urgence est d’abord de s’arrêter pour examiner attentivement cette liste.


 

Tout d’abord, définir ses priorités, ce n’est pas seulement accomplir par ordre d’urgence les tâches qui vous incombent. Gérer son temps, c’est aussi y intégrer tout ce qui est enviable pour nous. Cela intègre donc aussi le repos, les choses futiles mais qui vous tiennent à cœur et surtout nos projets les plus chers : nos « châteaux intérieurs ». Dans toute liste de tâches devrait donc figurer non seulement le travail, les courses, les dossiers administratifs, le dentiste, etc., mais aussi « me reposer », « aller marcher », « jouer du saxophone », « apprendre le japonais », ou « préparer le marathon » si cela fait partie de vos vœux les plus chers. Personnellement, je me suis fixé depuis très longtemps cette règle de vie : « Consacrer un jour par mois à penser à ce que je veux vraiment faire et consacrer une heure par jour à le faire. »

    


Mais où trouver cette heure ? Vouloir la grignoter sur le sommeil n’est pas une bonne idée. Cela ne dure pas plus de trois jours, le temps des bonnes résolutions de début d’année. L’erreur est aussi de repousser à plus tard ce qui compte le plus (le mois prochain, pendant les vacances, l’année prochaine, quand je serai à la retraite…). L’erreur inverse, celle du procrastinateur, consiste à repousser les obligations pour ne faire que ce qui l’intéresse.


 

Dans l’idéal, chaque jour, chaque semaine, doit être composé d’un menu complet et varié intégrant à la fois des obligations, des urgences, mais aussi des plages de détente et du temps consacré à ce qui nous semble le plus précieux.
 Une fois établie la liste des choses à faire, vient une autre étape : éliminer. Le travail d’élagage est la chose la plus utile et la plus efficace qui soit. C’est pourtant la plus difficile. Car couper dans la liste des « à faire », c’est apprendre à dire non (à soi et aux autres), apprendre à déléguer, apprendre à fermer une porte pour ne pas être dérangé, se forcer à mettre son téléphone sur répondeur, ne pas ouvrir ses mails à chaque alerte. Admettre qu’il y a des courriers auxquels on ne répondra pas, des dossiers qu’on ne lira pas, des choses qu’on ne finira pas… Alors autant ne pas les commencer.


 

L’art de la programmation


  

Les méthodes de gestion du temps soulignent toute l’importance qu’il y a à vider son bureau et jeter tous les dossiers ouverts : tout ce qu’on a mis de côté « pour plus tard », « à voir », « en cours »… Faites le compte des chantiers inachevés qui s’amoncellent sur votre table et encombrent votre esprit. Vous serez surpris. L’art de jeter, d’alléger est quelque chose de difficile à cause des remords, des doutes, des peurs de froisser l’entourage. Or l’élagage est aussi nécessaire dans la gestion de son temps que dans le jardinage. Il faut savoir couper des branches pour permettre à d’autres de mieux pousser. Gagner du temps, c’est d’abord éliminer. 


 

Une fois définies les tâches à faire, il faut leur affecter un budget temps. Là encore deux erreurs courantes guettent. La première est de se fixer des activités sans objectif ni délai précis. « Ranger mon bureau », ou « répondre aux emails » est le type même d’activité mal évalué. Est-ce bien raisonnable de vouloir répondre à tous les emails si l’on a une longue liste de retard et que l’on n’a pas défini de tranche horaire précise pour le faire ?


 

Un conseil : si la tâche « courrier » vous rebute (ce qui est mon cas), il est plus raisonnable de fixer un quart d’heure par jour pour répondre à deux ou trois courriers plutôt que de vous attaquer d’un seul coup à la montagne qui s’accumule depuis des semaines. « Découper la montagne en morceaux » est une règle d’or de la gestion du temps. Tout repousser au lendemain ou vouloir tout écluser le même jour sont des erreurs symétriques.


 

Une autre erreur fréquente de programmation consiste à prévoir trop court. La « loi de Hofstadter », une loi fondamentale des activités humaines, affirme que « ça prend toujours plus de temps que prévu même en tenant compte de la loi de Hofstadter ». Les choses prennent plus de temps car il se présentera toujours des imprévus, des déconvenues : de l’encre qui manque dans l’imprimante, un train en retard, un coup de fil importun, des moments de fatigue et de lassitude. Ces imprévus, autant les prévenir. 


 

La nécessité d’établir des objectifs précis et limités se révèle d’autant plus importante que nombre des activités auxquelles on participe n’ont pas de volume très délimité par nature. Elles peuvent occuper un espace de temps très variable. Une même réunion de travail peut être bouclée en une heure ou en trois. Rédiger un mémoire peut prendre une semaine ou trois. Et il n’y a pas de lien étroit entre la qualité du travail accompli et le temps que l’on y a passé. Programmer, c’est donc fixer un but précis, un délai raisonnable. Le travail doit aussi être découpé en tâches intermédiaires, entrecoupé de moments de détente, de récompenses pour le travail accompli. Cette loi du découpage en séquence est essentielle.


 

La loi des 20/80


 

La seconde loi essentielle est celle des 20/80. Elle affirme que dans l’exécution d’une tâche on ne passe que 20 % du temps à faire l’essentiel du travail. Les 80 % du temps restant sont consacrés à finir la tâche. C’est comme si pour faire un long trajet en voiture (1 000 kilomètres) on faisait les 800 premiers kilomètres en deux heures et les 200 kilomètres restants en huit heures !


 

C’est pourtant comme cela qu’on travaille en général. Cela signifie que le temps vraiment efficace dans une journée de travail est très réduit. Prenez une réunion par exemple, les choses essentielles sont dites en peu de temps, tout le reste est bavardage, digressions, détentes et considérations annexes.


Mais attention : la prise de conscience de cette loi des 20/80 ne consiste pas à vouloir être efficace tout le temps pour devenir des supermen de l’organisation qui tournent à plein régime du matin au soi. Le but est d’aménager son temps pour rendre ses quelques heures vraiment productives. Voilà le secret des « trois heures de travail par jour ».


 

Cela consiste d’abord à identifier les moments où l’on carbure le mieux (pour moi le matin de bonne heure). Une fois cernés ces moments-là, il faut les sanctuariser, autrement dit réserver ce temps (et un lieu propice), pour réaliser les activités qui nous semblent les plus stratégiques. Sanctuariser un lieu et un temps, c’est imposer un « Ne pas déranger » à son entourage (et, le plus difficile, à soi-même…). Pour ma part, je rédige mes articles le matin, entre 9 et 12 heures. Auparavant, quand je devais rédiger un article, je me fixais un objectif vague (la semaine prochaine), puis, le lundi venu, je commençais par me documenter, prendre des notes ; ce travail d’exploration étant le plus facile, le plus savoureux et n’ayant pas de limites claires je me laissais entraîner dans des explorations sans fin. Puis quand je sentais venir l’inspiration ou la pression, je me mettais à la rédaction.


 

Il m’arrivait souvent de m’arrêter en cours pour vérifier une référence, faire une lecture complémentaire… Certains jours, je faisais de grosses avancées (20 000 signes !), d’autres je calais et n’arrivais pas à construire un paragraphe correct. Je remettais tout au lendemain dans l’espoir que cela irait mieux. Quand venait le temps du « dead line  », j’étais la plupart du temps en retard. Il me fallait donc boucler à tout prix, dans le stress, la fatigue (avec des journées de 12 heures), la panique (je ne vais pas y arriver !), la culpabilité.


  

Avec le temps, j’ai appris à travailler très différemment. J’ai compris que le travail préparatoire de lecture et de prise de notes demande moins de concentration et d’énergie que l’écriture. J’avais tort de lui consacrer les moments stratégiques de productivité. De même que j’avais tort de remettre le travail vraiment créatif de rédaction à la fin… Lire, se documenter, c’est déjà commencer la rédaction si on s’astreint chaque jour à faire la synthèse des idées et lectures du jour. En consacrant chaque jour, les deux ou trois heures productives à l’écriture, j’arrivais en milieu de semaine avec déjà une base solide pour la suite. J’ai donc appris à sanctuariser ce moment d’écriture qui est devenu un rite et un rythme obligatoire. Le volume de travail assigné pour ce moment est fixé d’avance et invariable : 2 000 à 3 000 signes par jour, ni plus ni moins.


J’ai mis des années pour réussir à mettre au point ce système de travail, puis le respecter. Et il m’arrive encore de décrocher. Cette séquence de travail se découpe en petites tranches d’une demi-heure (parfois simplement d’un quart d’heure quand je ne me sens pas en forme), entrecoupée de petites pauses. Il est essentiel de s’accorder des pauses et même des récompenses (encore un paragraphe fini, tu peux aller prendre un café ou te distraire sur Google actualités).


 

Le reste de la journée est consacré aux réunions, rendez-vous, textes à lire et corriger, emails à traiter, à gérer, manager, me balader sur Internet, passer du temps à la machine à café, lire des magazines, préparer une conférence, bref faire mon job avec plus ou moins de zèle. Ce sont les 80 % restants.


 

Le temps n’est pas 
de l’argent
 !

  

Travailler deux à trois heures par jour, avec rigueur et méthode, cela paraît simple et modeste. Trop facile même. C’est à la fois suffisant et très exigeant.
 La loi des 20/80 peut s’appliquer à une foule d’autres activités. Par exemple, durant une séance d’entraînement à la course à pieds, on ne fait de la « résistance » (courir à un rythme rapide) que pendant 20 % du temps, le reste de la séance étant consacré à l’endurance (un rythme plus lent et qui demande moins d’effort). Quand l’on joue d’un instrument, on a tendance à passer beaucoup de temps à rejouer les mêmes morceaux, avec les mêmes points forts et erreurs. Le temps passé à corriger ses fautes ou apprendre de nouvelles mesures est en fait très réduit. Tout l’art du temps consiste à bien se concentrer sur ces phases cruciales où l’on avance vraiment.


 

Les recettes de gestion du temps sont souvent simples à énoncer mais difficile à mettre en œuvre car elles engagent une profonde transformation dans sa façon de travailler, dans ses relations aux autres et dans les buts que l’on se fixe dans la vie. Rien n’est moins simple que de définir les vraies priorités de son existence. Repousser les dévoreurs de temps, ce n’est pas simplement se défaire de mauvaises routines ou apprendre à fermer la porte de son bureau. Car on s’aperçoit vite que le premier perturbateur, c’est soi-même. Pascal disait que le malheur de l’homme vient de la distraction et de son incapacité à rester seul chez lui face à lui-même. Passer un peu de temps chaque jour, seul, à faire avancer avec méthodes les projets qui comptent pour nous, voilà le vrai défi de l’organisation de son temps. "L’art du temps est un art de vivre".

 

Jean-François Dortier - www.scienceshumaines.com.

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Lundi 11 juin 2012 1 11 /06 /Juin /2012 12:41

Pour commencer cette deuxième semaine de révision du bac philo, Adèle Van Reeth a rencontré Olivier Verdun et ses élèves au Lycée Félix Le Dantec de Lannion, pour traiter du sujet : "Suffit-il d'expliquer le corps pour comprendre l'esprit?"

 

L'importance de la psychanalyse et comment la psychanalyse envisage le rapport corps-esprit: cliquez à la 45ème minute de l'émission pour écouter cette dissertation pertinente:

   France-Culture

-Cliquez sur le logo pour écouter l'émission-

 

  Adèle Van Reeth et Olivier Verdun ©Radio France
  

Plan :

I) De l'homme-machine à l'homme-neuronal. Et inversement.

  

Idée directrice : il suffit d'expliquer le corps pour comprendre l'esprit car l'esprit n'est qu'une propriété de la matière. Cette option matérialiste forte conduit soit à éliminer du vocabulaire philosophique et scientifique le mot «esprit», soit à faire de l'esprit un épiphénomène des processus neuronaux. On aboutit alors à une naturalisation de l'homme, de la pensée, de la subjectivité dont il convient de mesurer les enjeux.

 

A) Déterminisme physique et déterminisme psychique

  1. 1. Le paradigme de l'explication scientifique
  2. 2. Le modèle mécaniste (Descartes)
  3. 3. Une physique du désir, la psychanalyse (Freud)

B) L'âme matérielle : des atomes aux neurones

 

1. Les neurosciences : le cerveau pense

2. L'atomisme antique (Lucrèce)

 

C) La naturalisation de la pensée et de la subjectivité

  1. 1. L'écueil naturaliste et positiviste
  2. 2. Le rêve d'un homme naturel et transparent

 

Transition :

Que l'esprit n'existe pas sans cerveau et qu'il soit le résultat d'un processus évolutif naturel, que les sciences naturelles contribuent, et contribueront encore plus demain, à notre connaissance de ce qu’est l'esprit, est-ce à dire que le corps humain produit sa pensée ? Les phénomènes mentaux n'ont-ils pas leur niveau d'organisation et leur causalité propre, même s'ils sont incompréhensibles en dehors d'un substrat matériel ?

 

II) Le corps spirituel

  

Idée directrice : on peut plus facilement comprendre (comprendre, étymologiquement, c'est «prendre avec») le corps par l'esprit que l'inverse. Le corps présuppose l'activité de l'esprit. La matière est d’abord une production de l'esprit qui confère aux objets le statut de réalité intelligible. La matière est, en ce sens, éminemment spirituelle.

 

A) L'esprit, entéléchie du corps

  1. 1. L'immatérialité de l'âme (Lucrèce derechef)
  2. 2. De la puissance à l'acte (Aristote)

B) Le corps, chef-d'œuvre de l'esprit

  1. 1. L'esprit sublime le corps (Alain)
  2. 2. La perception comme intellection de l'esprit (Descartes derechef)

3. L'énergie spirituelle (Bergson)

 

C) Le corps pensant

  1. 1. Le corps et l'esprit, une seule et même chose
  2. 2. Vers un matérialisme faible

 

Transition : Il ne suffit donc pas d'expliquer le corps pour comprendre l'esprit : sans l'esprit, le corps n'est qu'une matière inerte, indéterminée, impensable. Les événements mentaux sont déterminés par les événements physiques, mais dans un sens large et très approximatif. L'esprit, irréductible à son fonctionnement, est le mouvement d'une subjectivité qui, dans l'extériorité de la matière, tente de de se ressaisir. La pensée jouit ainsi d'une autonomie par rapport au corps eu égard à son pouvoir de réflexivité. Comment alors comprendre l'esprit sans pour autant renoncer à l'expliquer ou à le connaître ?

 

III)   Expliquer plus pour comprendre mieux

 

Idée directrice : la question se pose maintenant de savoir de quel genre de connaissance relève l'esprit. Savoir objectif et compréhension subjective ne sauraient être confondus, même si compréhension vécue et explication objective peuvent être coordonnées.

 

A) Connaissance objective et connaissance subjective

  1. 1. Causalité et motivation
  2. 2. Une herméneutique de l'esprit

B) L'intentionnalité

  1. 1. L'expérience vécue et le sens
  2. 2. Intentionnalité et liberté

C) Causalité psychique et subjectivité : la psychanalyse derechef

 

1. Le déterminisme psychique

2. La preuve par la parole


Bibliographie :

- Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, chapitre 1 et 2 notamment
- Descartes, Méditations métaphysiques, 2ème méditation : le modèle dualiste
- Lucrèce, De la nature III

- Aristote, De l'âme II
- Descartes, Dioptrique, "Vision"
- Bergson, L'énergie spirituelle, "L'âme et le corps"

- Wilhem Dilthey, Introduction aux sciences de l'esprit
- Max Weber, La Sociologie compréhensive
- Freud, Oeuvres complètes : psychanalyse

  

Lecture des textes : Georges Claisse

Réalisation : Mydia Portis-Guérin

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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 18:34

« Le bonheur est un principe ; c’est pour l’atteindre que nous accomplissons tous les autres actes » écrit Aristote. Selon le philosophe grec, la recherche du bonheur serait donc le but de toute vie. Bonheur se disant « eudemonia », par extension, on nomme « eudémonisme » les doctrines qui font de la quête du bonheur le but suprême de l’existence.

 

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Mais qu’est-ce donc que le bonheur ? Est-ce la recherche des plaisirs (« s’éclater ! », « se faire plaisir » comme on dit aujourd’hui). S’agit-il plutôt de trouver une certaine sérénité, plus durable que le plaisir ? Ou plus modestement, est-ce simplement le fait de s’éviter des souffrances inutiles ?


  

Dans l’Antiquité, en Grèce, terre de naissance de la philosophie, deux grands courants de pensée ont formulé leur recette pour atteindre une vie heureuse : l’épicurisme et le stoïcisme.


 

L’épicurisme


On assimile souvent à tort l’épicurisme avec la recherche des plaisirs charnels : la fête, la bonne chère, le vin et le sexe… L’épicurien ne serait rien d’autre qu’un « bon vivant », qui ne pense qu’à se faire plaisir. Pourtant Épicure (341-270 av. J.-C.) n’était pas un partisan de la débauche. Le philosophe soutient que, pour atteindre le bonheur personnel, il faut savoir tempérer ses envies, repousser les plaisirs futiles et factices comme le luxe, le pouvoir et la gloire, fuir les passions. La passion amoureuse elle-même est pour lui une source de souffrance plus que de satisfaction. Le bonheur se trouve donc dans la sagesse. C’est en tout cas sur ce modèle qu’Épicure a copié sa vie. À Athènes où il s’était établi, il est resté en marge de l’agitation de son temps. Ayant acheté un bout de terrain, il y fonde une école philosophique : « l’école du jardin ». À l’écart de la vie agitée de la Cité, de ses ambitions démesurées, de ses troubles, il a mené une existence simple, cultivant l’amitié, l’art et les sciences. Son école fut une sorte de confrérie, ouverte à tous, hommes et femmes, jeunes ou vieux, Athéniens ou étrangers.


 

L’épicurisme est un refus de la course effrénée des plaisirs. Il se démarque d’un hédonisme uniquement préoccupé par les plaisirs immédiats, tel les préceptes enseignés actuellement. Il se démarque aussi de l’ascétisme, qui est un renoncement total aux plaisirs de ce monde. Être heureux, pour Épicure et les siens, c’est choisir entre l’essentiel et l’accessoire, entre les ambitions futiles et celles qui comptent vraiment.


 

Le stoïcisme


Le stoïcisme désigne un vaste courant de pensée qui eut une très grande influence dans l’Antiquité gréco-romaine. Comme l’épicurisme, le stoïcisme est entré dans le vocabulaire courant, mais le sens initial en a été déformé. Être « stoïque », au sens courant, c’est garder son sang-froid, résister à la souffrance et au malheur qui peuvent nous affecter. Il y a bien de cela dans le stoïcisme, mais la philosophie stoïcienne était une doctrine beaucoup large qui comportait aussi une théorie physique, une conception de la nature humaine, une morale et un style de vie. Le stoïcisme ne peut être attribué à un seul auteur mais à toute une école qui s’est déployée durant cinq siècles. On lui associe des penseurs grecs (Zénon de Citium, Antipater de Tarse) et romains (Sénèque, Épictète et l’empereur Marc-Aurèle).


  

Pour les stoïciens, le monde est uniquement un monde matériel gouverné par des lois et non le caprice des dieux (c’est aujourd’hui une évidence, mais ne l’était pas à l’époque.) En matière morale, la doctrine stoïcienne prônait les vertus d’une « vie simple » et naturelle. Bien vivre, c’est vivre en harmonie avec la nature et avec soi-même. Et pour cela, il faut maîtriser ses passions, repousser les fantasmes et illusions qui nous égarent.


Le bonheur repose donc sur la tempérance, c’est-à-dire la limitation des désirs. Il vise à atteindre l’ataraxie, un état de quiétude marqué par l’absence de désir et de troubles, une sérénité et une paix intérieure qui s’apparentent à celles du repos tranquille (voir encadré).


 

Des choses qui dépendent 
ou pas de nous


Épictète, un ancien esclave devenu philosophe, fut l’un des illustres représentants de l’école stoïcienne. Né esclave, Épictète était au service d’un certain Épaphrodite qui, bien que parfois brutal à son égard, lui donna une éducation philosophique et l’affranchit (c’est-à-dire lui redonna sa liberté) à l’âge adulte. Devenu homme libre, Épictète partit pour Rome et y ouvrit son école philosophique. À l’époque, on pouvait en effet « s’installer » comme philosophe, comme aujourd’hui on ouvrirait un cours privé. Une « école » philosophique désignait à la fois un lieu d’enseignement (où on apprenait toutes sortes de disciplines) et un courant de pensée (car chaque fondateur d’école y professait une doctrine particulière). Menacé par la politique répressive à l’encontre des philosophes, en particulier les stoïciens, que connut Rome au temps de l’empereur Domitien, Épictète se réfugia à Nicopolis et y refit sa vie à l’âge de quarante-trois ans.


  

socrate Bibliothèque

  

D’Épictète, on a surtout retenu la distinction célèbre entre « les choses qui dépendent de nous et celle qui n’en dépendent pas ». Les choses qui dépendent de nous – la pensée, le désir, les amours et haines – nous pouvons les contrôler, les diriger par la volonté. Là est notre liberté et nous devons l’employer pleinement. Les choses qui ne dépendent pas de nous – la chance, la maladie, la mort, le monde extérieur – il faut les prendre comme elles viennent puisque « elles ne sont pas notre œuvre propre. Pourquoi donc s’émouvoir de ce qui est inévitable ? Pourquoi s’attrister de la mort, de la maladie, voire de la disparition d’un être cher puisqu’on n’y peut rien ? »


La doctrine d’Épictète est stoïcienne en ce qu’elle enseigne à renoncer aux désirs factices. Mais ce n’est pas qu’une école de renoncement. C’est aussi une philosophie de la liberté intérieure et de la volonté. En se déprenant de ses illusions et aspirations déraisonnables, on conquiert une certaine liberté.


 

La philosophie 
comme art de vivre


Épictète nous dit que la sagesse et la maîtrise de soi, dont doit faire preuve le philosophe, ne peuvent survenir d’un seul coup. L’exercice de la sagesse suppose un apprentissage et un entraînement régulier. « On devient philosophe comme on devient athlète », écrit Épictète, en commençant par des « petites choses » c’est-à-dire des petites épreuves personnelles.


  

Ce faisant Épictète ne fait que reprendre une idée centrale dans la philosophie grecque : vivre est un art et comme tout art, cela s’apprend. De même qu’il existe un art du combat, un art culinaire, un art de la chasse, un art du jardin…, il existerait donc aussi un art de vivre. Apprendre à vivre suppose un enseignement (par un maître), un entraînement régulier, une expérience et une discipline de vie.


 

En Grèce, le philosophe n’était pas qu’un penseur dont le but ultime était la recherche de la vérité. 


Le philosophe est un « ami de la sagesse » et la philosophie un art de vivre. Le sage s’employait donc à mener une « bonne vie ». Cette bonne vie impliquait non seulement l’étude mais comprenait d’abord une certaine « éthique » impliquant une discipline, une maîtrise de ses pensées et de ses passions.


  

Le sage devait adopter un modèle de vie pouvant servir d’exemple à tous et livrait ses enseignements à qui voulait l’entendre. (Une pensée pour Bernard Stiegler, grand philosophe).

 

www.scienceshumaines.com

Par Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - Publié dans : Dossier Pédagogie/éducation - Communauté : Sur les sciences humaines
Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 13:39

France-inter2

-Cliquez sur le logo France inter pour écouter le podcast de l'émission-

 

  

Crise d'adolescence : pourquoi tant de violence ?

           

Difficile d'être parents d'un ado en crise ! D'autant que ce passage vers le monde des adultes se fait de plus en plus violemment… Pourquoi n'en fait-il qu'à sa tête ? Comment l'aider à retrouver ses repères ? Un rapport récent a tenté d'y voir plus clair… Décryptage.

  

L'adolescence est une période difficile pour les jeunes, mais aussi pour les parents, qui doivent gérer le conflit permanent. Or cette fameuse crise semble de plus en plus en plus dure à gérer. Impression erronée ou effet d'un environnement de plus en plus violent ?

 

Le conflit malgré lui…

 

Crise d'adolescenceLa crise d'adolescence est essentiellement marquée par l'opposition : l'ado se cherche et essaie de trouver sa place au sein de la famille et de la société. Et cette quête passe souvent par le conflit. Difficile alors pour les parents de rester calme face à un jeune qui n'écoute jamais et qui n'en fait qu'à sa tête ! Pourtant, ce comportement s'explique : selon Philippe Jeammet, psychiatre et psychanalyste, cette provocation permanente est liée à un paradoxe, "la peur d'être abandonné si personne ne s'occupe de lui et la peur d'être sous influence, s'il fait l'objet de l'attention d'autrui". Même s'il semble les rechercher, sachez que ces altercations l'affectent autant que vous, voire même plus ! Car l'enfant souffre d'une hypersensibilité au conflit. Ces affrontements le perturbent souvent profondément.

 

De plus en plus violente

  

Si la crise d'adolescence a toujours existé, elle semble de plus en plus mal vécue. Ses manifestations sont de plus en plus violentes, traduisant un mal-être croissant. Est-ce parce qu'il est aujourd'hui plus compliqué encore qu'hier de trouver sa place dans la société ? De nombreux observateurs soulignent ainsi l'augmentation de comportements et troubles traduisant les difficultés des ados : anorexie, boulimie, consommation de drogues… Selon les spécialistes, dans 15 à 20 % des cas, l'ado peut être lui-même dépassé par ce qui lui arrive et entrer dans une spirale infernale. Alors que certains se réfugient dans l'isolement, d'autres expriment leur malaise par une révolte plus ou moins violente. Les manifestations les plus extrêmes (délinquance, suicide…) ne concernent heureusement qu'une minorité de jeunes.

 

Comment gérer cette crise ?

 

Il est ainsi de plus en plus difficile pour les parents de gérer ce passage vers l'âge adulte. Si c'est bien sûr à chacun d'affronter la crise d'adolescence, quelques conseils peuvent vous aider à passer ce cap. Il faut être conscient que l'ado passera d'autant plus sereinement la crise qu'il possèdera des repères solides auxquels se raccrocher. Et c'est aux parents de lui fournir ces balises. En commençant par l'image qu'ils donnent : difficile pour un ado de faire siennes des règles de vie que ses parents ne respectent pas… Et en posant les interdits lorsque cela est nécessaire, alors que de plus en plus en plus d'adultes ont choisi de devenir des parents "copains"…

 

Et si vous éprouvez de réelles difficultés pour faire face à cette crise, n'hésitez surtout pas à consulter un spécialiste, pédopsychiatre notamment. Vous pouvez également demander conseil auprès de l'une des "Maisons de l'Adolescent" qui sont en train de voir le jour partout en France. Vous pouvez également demander conseil auprès de l'Ecole des Parents et des Educateurs, qui propose une écoute téléphonique et organise régulièrement des conférences.


Etre parents, ça s'apprend aussi !

Texte de Alain Sousa. 

Par Trommenschlager.f-psychanalyste.over-blog.com - Publié dans : Dossier Pédagogie/éducation - Communauté : Psychonautes online..

Soins conventionnels:

- Etat dépréssif.

- Situation de crise. 

- Fibromyalgie.

- Gestion du stress.

Soins spécifiques:

- Addictions.

- Hypnothérapie.

- Thérapie familiale.

- Troubles du comportement alimentaire.

Université Populaire:

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